Chapitre 19


Hermione hocha la tête et baissa les yeux. Elle savait parfaitement ce que Drago espérait - d'après Harry en tous cas - et elle devait avouer qu'elle était loin de refuser de se rapprocher de lui. Cependant, il y avait un lourd passé entre eux et surtout cette histoire au sujet de la libération de Lucius.

Elle rassembla son courage de Gryffondor et elle posa doucement son verre sur la table basse devant elle, avant de croiser les mains sur ses genoux. Finalement, elle soupira.
- Malefoy. Qu'est-ce que tu attends de moi ?

Elle nota sa surprise et il prit le temps de boire une gorgée de son verre avant de soupirer.
- Honnêtement, je ne sais pas vraiment quoi te répondre. J'ignore ce que tu espères entendre…

Hermione gloussa nerveusement.
- Politicien jusqu'au bout des ongles, non ? L'art de manier la langue de bois… Je m'inquiète des raisons qui t'ont poussé à m'inviter ce soir, des raisons pour lesquelles j'ai reçu ces superbes fleurs.

Drago se laissa aller en arrière dans son siège en la détaillant, sourcils froncés. Puis il haussa les épaules, et marmonna, légèrement agacé.
- Ça s'appelle "Faire la cour" Granger. Je sais que les moldus font la même chose, donc tu es censée connaître ?

La jeune femme aurait pu se vexer, mais elle ricana. Elle passa ensuite la langue sur ses lèvres et lissa sa jupe avec nervosité avant de lever le regard vers Drago pour le fixer dans les yeux. Elle voulait voir sa réaction lorsqu'elle parlerait.
Elle nota son inquiétude soudaine et vit qu'il était pleinement attentif.

- Juste après ton invitation à ce dîner, j'ai vu le Ministre de la Magie. Il avait un dossier à me confier. D'ailleurs, ce dossier était précisément la raison pour laquelle nous avons été… interrompus lors de notre dernière… rencontre.

Hermione ne put s'empêcher de rougir en repensant au baiser. Elle se passa la langue sur les lèvres, se trouvant stupide d'en avoir encore envie. Drago semblait uniquement perplexe et elle poursuivit, bafouillant presque.
- Ce dossier concerne ton père. Il a demandé sa libération, en fait.

La jeune femme nota le choc sur le visage de Drago Malefoy. Il blêmit, visiblement incapable de réagir, et elle fut aussitôt rassurée, comprenant que Harry avait eu raison. Il n'était pas au courant, et visiblement il n'avait pas tenté de l'utiliser.

D'une voix blanche, il murmura.
- Et tu as cru que j'essayais de te… De t'amadouer c'est ça ?
Hermione hocha la tête sèchement, en justifiant ses craintes.
- La demande de libération date de l'époque où j'ai reçu le premier bouquet. La coïncidence était… pour le moins troublante.

Le jeune homme se leva d'un bond, furieux, et fit des allées et venues devant Hermione. Celle-ci n'osait pas bouger, ne comprenant pas ce qui lui prenait. Finalement, il se posa devant elle, les joues rouges et ses yeux gris lançant des éclairs. Il commença à parler rapidement, visiblement décidé à ouvrir son cœur.
- Si je vis dans cet appartement, en dehors du fait que le Manoir est plein de mauvais souvenirs, c'est parce que je… suis en froid avec mes parents. Ils se sont tous les deux justifiés des raisons qui ont conduit notre famille dans cette situation, mais… quelque part je leur en veux de m'avoir imposé cette voie. Ils auraient dû… penser à mon avenir en premier lieu et pas uniquement à la réputation de la famille ! Mais… mon père a préféré comploter et jouer les Mangemorts jusqu'à se faire prendre. Ma mère… elle m'a laissé être marqué. Oh bien sûr, elle se souciait de moi, elle était inquiète, mais elle n'a pas bronché à l'idée que je sois obligé de devenir un assassin. Sans… Sans Potter, je tiendrais compagnie à mon père à l'heure actuelle. J'ai compris la leçon, sur ce point. Je suis bien décidé à… montrer qui je suis réellement au lieu de suivre les préceptes idiots de mes parents.

Hermione le coupa, d'une voix douce.
- C'est plutôt une bonne chose, non ? Tu t'en sors plutôt bien.
Il haussa les épaules.
- Tu as cru que je pouvais me servir de toi. Mes parents seraient fiers, non ? La dernière fois que j'ai vu ma mère, elle essayait d'organiser un mariage pour moi. Elle voulait une héritière Sang-Pur aux idéaux conformes à ceux de la famille, d'après ses mots.

Hermione grimaça, soudain jalouse. Drago ne sembla pas voir sa réaction, perdu dans ses souvenirs. Il reprit après un ricanement amer.
- J'ai refusé et je l'ai envoyée au diable. Je… J'ai perdu mon calme et je lui ai hurlé tout ce qui me passait par la tête. A quel point je haïssais le Manoir depuis que j'avais dû assister au meurtre d'un de mes professeurs par ce foutu serpent, à quel point je leur en voulais de m'avoir imposé ça. Et malheureusement pour moi, j'ai dit quelque chose qui lui a fait comprendre que… que je t'appréciais.

La jeune femme leva un sourcil surpris.
- Vraiment ?
Il éluda la question d'un haussement d'épaule, et il continua.
- Je suppose qu'elle a décidé d'agir pour récupérer son époux. Elle pensait probablement que tu… lui accorderais cette faveur puisque… je te courtise.

Hermione hésita longuement, puis souffla.
- Et toi ? Que veux-tu que je fasse ? C'est ton père après tout. Tu es certain que si je décide de le laisser là où il est tu ne m'en tiendras pas rigueur ?

Drago se frotta le visage et laissa échapper un rire nerveux.
- J'ai imaginé bien des choses au sujet de ce rendez-vous, mais certainement pas ce type de… conversation. Je suis capable de différencier la vie professionnelle de la vie personnelle. Je… Je sais qu'il mérite Azkaban.
- Mais j'ai le pouvoir de le libérer.

L'ancien Serpentard sembla perturbé un instant et il se plongea dans ses pensées, sourcils froncés. Hermione l'observait, attendant sa réponse, le cœur battant. Elle ne savait pas ce qu'elle espérait, elle voulait juste connaître son point de vue sur la situation, savoir s'il avait sciemment tenté de se servir d'elle.
Finalement, Drago sembla avoir pris cette décision. Il se réinstalla face à Hermione et il la fixa dans les yeux, pour lui montrer sa sincérité.
- Et je ne te demanderai rien. Rien du tout. Peu importe ta décision, ça ne me concerne pas. Mon père a fait ses propres erreurs, il doit désormais les assumer.