Chapitre 27


Harry Potter, Auror de son état, devait avouer qu'il était parfaitement heureux. Ou presque.

D'abord, il avait trouvé l'amour, de la façon la plus incroyable qui soit. Il était devenu ami avec Drago Malefoy - ce qui en soit était un petit miracle après leurs années de rivalité - et avec quelques anciens Serpentard.
À l'époque, perdu, il papillonnait, enchaînant les conquêtes et souffrait de cette situation. Lui qui avait rêvé d'une famille n'arrivait pas à s'attacher et il commençait à penser qu'il ne parviendrait jamais à se caser. Que quelque chose en lui était irrémédiablement brisé.

Lorsqu'il avait rencontré Théo Nott pour la première fois, ils s'étaient à peine adressé la parole. Théo avait semblé aussi mal à l'aise que lui et ils s'étaient enivrés tous les deux.

Dans un délire alcoolisé, ils avaient parlé, échangeant quelques détails sur eux. Pas assez pour révéler tous leurs secrets, mais suffisamment pour être intrigués par l'autre. Au début ça avait été le début d'une belle amitié.
Ils avaient pris l'habitude de se voir régulièrement, tous les deux, et en peu de temps, ils avaient parlé à coeur ouvert. Harry avait raconté son enfance désastreuse chez les Dursley, l'envers du décor de la vie du Survivant. Théo avait parlé de la mort de sa mère et de l'éducation stricte de son père, bien trop stricte. Les coups, la magie noire et son envie de ne jamais ressembler à Nott Senior.

Si Harry sortait toujours autant les week-ends où il était libre, il ne ramenait plus de jeune femme inconnue dans ses draps. Il dansait, riait, buvait et restait près de Théo.

La première fois qu'ils s'étaient embrassés, ils étaient parfaitement sobres tous les deux. Théo venait de parler de sa crainte de ne jamais pouvoir fonder une famille, trop brisé pour ça, et quelque chose avait résonné en Harry. Il avait repoussé toutes ses peurs à l'idée de le perdre et il avait saisi son courage de Gryffondor pour l'embrasser, avec douceur.

Si Théo avait été sous le choc dans un premier temps, il avait vite répondu et participé. Un peu comme si c'était une évidence.

Ils n'avaient rien dit à personne. Ça n'appartenait qu'à eux après tout. Ils avaient eu tout le temps de se découvrir, de consolider leur relation. Harry avait appris à compter sur quelqu'un, à se montrer plus prudent, moins tête brûlée dans son travail. Désormais, il n'était plus seul.
Théo, lui, avait trouvé un soutien sans faille et l'amour qui lui avait manqué toute sa vie. Il avait appris la confiance également et se montrait bien plus ouvert.

Lorsqu'ils avaient été surpris en pleine scène de tendresse par Drago Malefoy, ils avaient craint l'un et l'autre d'être rejeté, mais ils avaient fait front ensemble, main dans la main. Le blond avait juste haussé les épaules, comme si tout était normal. Visiblement, s'il n'avait pas compris quelle était exactement leur relation, il avait noté qu'ils étaient l'un et l'autre plus heureux et plus détendus et ça lui suffisait.

Harry, de son côté, hésitait à en parler à ses amis. Ils l'avaient toujours soutenu, mais les réactions de Ron pouvaient parfois être imprévisible. Alors… il avait juste attendu. Ils n'étaient pas pressés, ni l'un ni l'autre. Ils vivaient désormais ensemble et ils avançaient dans la vie à leur rythme.

Ensuite, Drago Malefoy - LE Drago Malefoy insupportable à Poudlard - lui avait avoué qu'il avait une légère attirance pour Hermione Granger. Même s'il était devenu ami avec lui, il s'était montré méfiant au premier abord. Il était très protecteur avec Hermione et refusait à ce qu'elle soit blessée.
C'était Théo qui l'avait poussé à faire confiance à son amie pour prendre les bonnes décisions. Et au final il ne regrettait pas.

Après quelques phases de doutes, Hermione semblait parfaitement heureuse. Épanouie.
Drago souriait plus également. Avec lui, c'était plus difficile de savoir ce qu'il en était vraiment, il avait toujours été doué pour cacher ses sentiments, mais lorsqu'Hermione était présente autour de lui, il ne pouvait pas s'empêcher de la suivre des yeux, de la couver du regard.

Harry était certain que ces deux-là étaient faits l'un pour l'autre, autant que Théo était fait pour lui. Après tout, Hermione avait assez de caractère pour tenir tête à Drago Malefoy. Elle n'était pas impressionnée par son nom prestigieux - autrefois prestigieux - ni par sa fortune familiale. Et surtout, elle aurait la force nécessaire de faire face aux obstacles qui se dresseraient sur leur chemin.
Quant à Drago… il pouvait accepter le côté studieux de Hermione, sa façon de se perdre dans le travail, tout en la rappelant à l'ordre si elle en faisait trop. Il aimait lire au moins autant qu'elle et ils aimaient tous les deux apprendre.

Il restait une seule ombre au tableau : Ronald Weasley n'était au courant de rien. Pour lui, ses amis étaient tous les deux célibataires.
Harry connaissait l'aversion du rouquin pour les Serpentard, et il n'était pas vraiment pressé de faire face à ses hurlements indignés - même s'il faisait confiance à Ron pour, au final, accepter. Quant à Hermione… elle avait hésité à lui annoncer qu'elle avait une relation avec Drago Malefoy. Puis, elle avait décidé de garder le silence, en expliquant à Harry que ça ne servait à rien de déclencher l'apocalypse avec leur ami si au final ce n'était qu'un coup de coeur passager avec le blondinet.

Sauf que… Sauf que c'était désormais bien plus qu'un coup de coeur puisque Hermione s'apprêtait à emménager avec Drago, et que d'ici peu, le dossier Lucius Malefoy serait classé - Hermione avait suivi le conseil de Harry et il serait libéré tout en étant surveillé de près - et que les deux tourtereaux avaient prévu de s'afficher publiquement.

Ils avaient donc décidé d'avouer à Ron ce qu'ils lui avaient caché depuis plusieurs mois, et ils n'étaient pas vraiment pressés de faire face au rouquin qui - bien qu'adorable - pouvait se montrer obtus et capricieux.

Ainsi réunis tous les trois, Hermione et Harry échangèrent de nombreux regards nerveux, indécis. Lorsque Ron termina sa bièraubeurre et reposa la chope sèchement sur la table, ils sursautèrent, comme pris en faute. Les yeux plissés, le rouquin les dévisagea l'un après l'autre.
- Dites tous les deux, vous couchez ensemble ou quoi ?
Ils se récrièrent, l'air si horrifiés par cette idée que Ron se mit à rire, amusé.

Avec un sourire hésitant, Harry se lança, priant pour que tout se passe bien.
- Justement, Ron, mon pote. On a un petit truc à t'avouer…