Hey :D me revoilà avec un nouveau chapitre assez long ! Et pas forcément très joyeux non plus... pourtant il n'y a pas vraiment de drama... j'espère que vous l'apprécierez tout de même !
Bonne lecture !

Amaguiz : Hey ! Contente si tu as toute de même aimé le précédent chapitre! Les retrouvailles sont dans ce chapitre ! En espérant que ça s'améliore de ton côté, courage ! A bientôt

KmillE822 : Hey ! :D Je suis contente si tu as aimé ! Après on verra surement plus Kate que Nia mais bon... :p J'ai essayé de leur donner une vie pas trop dramatique, sinon les pauvres quand même x) Tu auras certaines réponses à tes questions dans ce chapitre donc je vais pas trop t'en dire et pour la réaction d'Alex ça sera normalement dans le prochain chapitre mais surprise quant à sa réaction ;) Je suis désolée mais fallait rajouter un peu de piment alors oui, William est là et il va bien mettre les pieds dans le plat le petit :p Merci pour ton commentaire, c'est toujours un plaisir de connaitre tes réactions ! A tout bientôt :)

Serieslover44 : Hey ! Oui les retrouvailles risque même de ne pas être vraiment appréciées :p Est-ce que l'arrivée de Kate va mettre le bordel? Hmm peut-être x) Elles pardonneront peut-être après encore un peu de drama :p En attendant voilà la suite, à bientôt !


Chapitre 21

« Une histoire d'amour,
c'est les bonnes personnes au bon moment.
Mais souvent dans la vie,
c'est les bonnes personnes mais pas au bon moment ;
Et puis un jour, le moment revient... »
~Marc Levy

Le lendemain.
National City.

Le soleil était au rendez-vous en ce début de matinée du mois de mai, mais Kara, qui comme à son habitude était encore une fois en retard, ne put en profiter, trop occupée à regarder où elle mettait les pieds alors qu'elle traversait les quelques rues qui la séparait de Catco au pas de course.

Son regard dévia du bitume pour jeter un rapide coup d'œil à la montre accrochée à son poignet. Les aiguilles lui indiquèrent qu'elle aurait dû rejoindre son poste depuis dix bonnes minutes déjà.

Elle grogna, mécontente contre elle-même de se présenter en retard pour sa reprise au travail sous la direction de sa nouvelle patronne. Qu'allait d'ailleurs en penser cette dernière ? A tous les coups, la jeune Danvers devrait faire face à des remontrances. Déjà qu'elle n'avait pas été présente pour accueillir la Rojas, la veille... Elle ne marquait clairement pas des points auprès de la jeune femme.

La boule au ventre, soudainement angoissée par son futur face à face, et toujours en courant, elle bifurqua à l'angle de la rue du journal. Ne faisant clairement plus attention à ce qu'elle faisait, elle manqua de tomber lorsque l'avant de son pied rencontra un pavé un peu plus haut que les autres.

Un nouveau grommellement s'échappa de ses lèvres, alors qu'elle se reprenait de justesse. Soulagée d'avoir évité la chute, elle accéléra encore un peu plus le pas jusqu'à franchir les portes automatiques du rez-de-chaussée de Catco, au moment où une brune s'engouffrait dans un des ascenseurs menant au dernier étage de la tour.

Kara, toujours en proie au stress provoqué par son retard, analysa rapidement la situation. Les deux autres ascenseurs semblaient occupés et n'ayant clairement pas envie de prendre les escaliers pour monter à son étage après la course qu'elle venait de faire, elle se précipita dans la cage de fer où la brune venait de se glisser.

Cette dernière se retourna pour appuyer sur le bouton de l'étage qu'elle souhaitait rejoindre, dévoilant ainsi son identité à la journaliste. Cependant, prise dans son élan, Kara ne put s'arrêter avant d'entrer dans l'élévateur.

Figée a à peine quelques centimètres de l'autre jeune femme, ses yeux s'écarquillèrent de surprise alors que son regard tombait dans celui émeraude de la brune qui se tenait désormais en face d'elle. Son cœur loupa un battement avant de se remettre à battre avec frénésie, menaçant de s'échapper de sa poitrine.

Elle ne voulait pas le croire. Ce ne pouvait pas être réel. Non, elle était clairement en train de rêver... Enfin plutôt de cauchemarder. Lena Luthor ne pouvait pas se trouver juste devant elle !

Décontenancée comme rarement la blonde l'avait été dans sa vie, elle se mit à reculer presque paniquée par cette rencontre. Elle ne souhaitait plus qu'une chose, mettre le plus de distance possible entre Lena et elle.

Malheureusement pour elle, son dos butta fortement contre les portes de l'ascenseur désormais scellées, finissant de lui couper le peu de souffle qu'il lui restait encore. Toujours plus étonnée et affolée, elle se décolla de la paroi et se retourna pour vérifier qu'elle n'hallucinait pas.

Elle était bel et bien prise au piège.

Résignée et tentant comme elle le pouvait d'apaiser la course effrénée de son palpitant entre ses côtes, elle se tourna pour faire à nouveau face à la brune.

Lentement, elle remonta ses yeux jusqu'au visage de la jeune femme, admirant bien malgré elle les traits de cette dernière. En cinq ans, Lena n'avait quasiment pas changé, quoi qu'elle semblait peut-être plus fatiguée et que ses joues s'étaient un peu creusées. Mais malgré cela, la jeune Luthor était toujours de cette même beauté glaciale qui avait fait chavirer le cœur de Kara lors de leur première rencontre et qui menaçait de la faire sombrer une nouvelle fois à cet instant précis.

Toujours muettes et sous le choc de leurs retrouvailles impromptues, les deux jeunes femmes ne bougèrent pas.

Leurs regards finirent par se trouver pour ne plus se lâcher, et comme six ans plus tôt, le temps paru se figer à son tour.

Kara fut prise d'une énorme bouffée de chaleur, ses joues se teintant de rouge alors qu'elle était traversée par le désir de s'enfuir à tout prix le plus loin possible de Lena et par la multitude de sensations contraires que sa vis-à-vis lui faisait ressentir en ce moment-même.

Son souhait sembla être sur le point de s'exaucer lorsque la voix robotique de l'ascenseur leur indiqua qu'elles arrivaient au dernier étage du building.

Il n'en fallut pas plus à Lena pour sortir de leur transe et pour bondir en avant, appuyant avec une rapidité des plus surprenante sur le bouton d'arrêt d'urgence, stoppant subitement la cage d'acier avant que les portes ne s'ouvrent à nouveau.

« Qu'-...qu'est-ce que tu fais ? », bafouilla Kara totalement paniquée à l'idée de rester coincée plus longtemps avec Lena dans un espace aussi exigu.

« J'essaie de comprendre ce qu'il se passe », lui répondit Lena sur un ton des plus froid qui déconcerta toujours un peu plus l'ex basketteuse. La magie de leur retrouvaille semblait s'être totalement évanouie au profit de la colère. « Qu'est-ce que tu fais ici ? »

« C'est plutôt à moi de te poser cette question », répliqua sur le même ton la blonde, qui n'appréciait pas de voir son ex meilleure amie s'énerver contre elle sans raison apparente.

« Catco m'appartient et tu n'as aucune raison de te trouver ici », déclara la brune en croisant ses bras sur sa poitrine, l'air passablement contrariée.

La mâchoire de Kara se décrocha alors qu'elle secouait la tête, les sourcils froncés. La situation était en train de lui échapper totalement. Elle ne comprenait absolument rien, mais au vu de la mine sérieuse de la Luthor, Kara savait que cette dernière ne lui mentait pas. Lena avait bien acheté Catco.

« Quoi ? », Lena s'étonna de voir Kara aussi surprise par quelque chose qu'elle aurait dû savoir. « Pourquoi tu fais cette tête ? »

« Parce que James m'a dit que c'était Andrea Rojas qui avait racheté Catco, pas toi ! »

Ce fut au tour de Lena d'être prise au dépourvue, mais contrairement à Kara qui s'était laissée submerger par ses émotions, la jeune Luthor, elle, était en train d'assembler les pièces du puzzle avec beaucoup plus de facilité.

« Laisse-moi deviné, tu es ici aujourd'hui parce que tu travailles toujours à Catco, c'est ça ? », comprit la milliardaire dans un soupire las.

« Bien sûr, pourquoi est-ce que je ne travaillerais plus ici ? »

« Parce que Sam m'a dit que tu étais partie à Washington avec Cat Grant »

« Okay, je vois... Nos amis sont des traîtres », maugréa la blonde, la tête baissée en direction du sol, luttant presque pour ne pas laisser son regard glisser encore une fois sur le corps de la milliardaire, consciente que ses vieilles émotions étaient en train de se rappeler à elle d'une manière qu'elle n'appréciait guère.

Cinq ans étaient passés, cinq ans où elle avait désespéramment essayé d'oublier Lena. Elle croyait avoir réussi. Mais elle devait finalement admettre que malgré toute la rancœur qu'elle avait accumulée pour elle, la brune l'attirait toujours autant.

Elle expira bruyamment, le cœur lourd et l'estomac en vrac. Tout avait basculé si rapidement. Elle était passée du bonheur de retrouver Catco au souhait de vouloir quitter le bâtiment en un clin d'œil. Et maintenant, elle n'arrivait même pas à imaginer comment elle pourrait continuer à travailler ici alors que Lena était désormais sa nouvelle boss et encore moins à comprendre ce qui avait motivé leurs amis à les pousser dans un tel traquenard. Elle ne comprenait plus rien et sa proximité avec la jeune Luthor ne l'aidait clairement pas à réfléchir.

Voyant la blonde blêmir à vue d'œil et comprenant parfaitement ce qu'elle devait ressentir même si elle n'en montrait rien, Lena qui était restée collée au fond de la cabine, s'avança d'un pas.

Inquiète de voir la PDG de L-Corp s'approcher d'elle, Kara recula au point de se retrouver une nouvelle fois bloquée contre les portes de l'ascenseur.

Les émeraudes de Lena se troublèrent lorsqu'elle constata que la jeune Danvers n'avait vraiment aucune envie de voir la contiguïté entre elles, augmenter. Elle se stoppa alors en plein milieu de la cabine et le masque d'indifférence qu'elle s'était employée à faire tenir depuis le début de leur conversation, tomba. Se retrouver confronter à Kara était une chose que Lena se savait capable d'affronter sans trop de problème, mais comprendre que malgré les nombreuses années passées, cette dernière entretenait toujours cette même amertume à son égard, lui était beaucoup plus difficile à gérer.

« Ecoute... », reprit la brune avec une subite douceur qui interpella la blonde.

Kara releva les yeux dans sa direction et ce qu'elle lut sur son visage fit vaciller ses certitudes. Lena lui sembla soudainement si fragile et lui donna l'impression d'avoir fait un retour en arrière. Ce n'était plus Lena Luthor, la PDG d'une des plus grandes firmes du pays qui se tenait devant elle, mais Lena Luthor, la jeune étudiante au cœur brisé, éprise de sa meilleure amie, celle-là même qui s'était déjà tenue devant elle cinq plus tôt.

La gorge de la journaliste se serra alors qu'elle résistait intérieurement face à la horde de souvenirs qui tentait de la submerger pour la pousser dans les bras de son ancienne amie. Elle ne devait pas céder, elle ne pouvait pas. Lena l'avait abandonné et ne méritait pas le réconfort qu'elle aurait pu lui offrir.

« Je-... », Lena voulut poursuivre, prête à lui promettre qu'elle ferait tout son possible pour ne plus interférer dans sa vie plus qu'elle ne l'avait déjà fait, mais le grésillement de l'interphone situé sous l'immense panel de bouton de l'ascenseur la coupa avant qu'elle n'ait pu s'exprimer.

« Bonjour », une voix féminine s'échappa du petit boîtier. « Je suis Gideon, l'IA au service de la sécurité des ascenseurs de Catco Worldwide Media. Je vois que vous avez appuyé sur le bouton d'arrêt d'urgence depuis trois minutes et trente-quatre secondes à présent, avez-vous besoin d'aide ? »

« Non, tout va bien », grogna Lena, mécontente d'avoir été ainsi interrompu.

« Je n'ai pas bien saisi votre réponse, veuillez recommencer en articulant clairement s'il-vous-plait »

Clairement irritée, la brune allait s'avancer vers le panneau de commande, prête à réitérer ses propos, mais cette fois-ci, Kara fut plus rapide qu'elle.

« Tout. Va. Bien ! », s'égosilla la journaliste avant d'appuyer à son tour sur le bouton d'arrêt d'urgence, déverrouillant ainsi les portes de l'ascenseur.

Elle s'échappa ensuite de l'élévateur sans laisser la moindre chance à Lena de finir ce qu'elle s'était apprêtée à lui dire. Chamboulée et les larmes menaçant de s'écouler sur ses joues, elle prit le chemin des toilettes de l'étage pour s'octroyer un moment de répit avant de devoir rejoindre son poste de travail.

Bien qu'aussi bouleversée par cette rencontre, Lena, elle, sortie de l'ascenseur avec assurance, comme si la scène qui s'était jouée dans la cabine, n'avait jamais eu lieu. Elle rejoignit son immense bureau en maîtrisant au mieux la douleur qui lui étreignait désormais la poitrine et s'installa sur son fauteuil la mine sérieuse, juste après avoir refermé la porte derrière elle. Elle avait besoin d'un peu de calme pour se remettre les idées en place, mais une chose était sûre, Sam et James n'allaient pas tarder à lui rendre des comptes sur leurs mensonges. Elle s'en fit la promesse.


Ses mains cramponnées au lavabo devant elle, Kara peinait à récupérer la maîtrise de ses émotions. Son cœur ne semblait pas vouloir ralentir le rythme effréné qu'il avait pris depuis son entrée dans l'ascenseur et respirer lui faisait étrangement mal aux côtes.

Elle n'arrivait pas à croire que Lena avait de nouveau fait irruption dans sa vie. Et elle n'y arrivait pas et n'avait pas non plus envie de le croire. C'était trop dur à accepter. Plus encore alors qu'elle avait désormais consciente de ce que la jeune femme lui faisait encore et toujours ressentir.

Tentant de chasser de son esprit, la morsure du désir qu'elle avait ressenti au creux de son estomac lors de leur altercation, elle songea alors à appeler Kate. La Kane saurait forcément comment l'apaiser et l'aider à gérer cette situation de crise avec diplomatie.

Elle jeta un coup d'œil à sa montre et fit la moue, déçue. Si elle prenait en compte le décalage horaire entre Gotham et National City, elle savait que la tatouée ne serait pas joignable. Comme tous les mardis midi, Kate était en train de déjeuner avec son père et la blonde ne voulait pas prendre le risque de les interrompre, sachant pertinemment à quel point la relation entre le père et la fille était conflictuelle.

Abandonnant son idée de joindre son amie et se sentant étrangement plus sereine, elle décida qu'il était temps pour elle de rejoindre son bureau. Juste avant de quitter les toilettes, elle s'inspecta dans le miroir et constata que ses larmes avaient fait couler son mascara. Elle soupira puis se dirigea vers le distributeur de papier, bien décidé à faire disparaître les traces qu'avait laissé son maquillage sur sa peau.

Une fois rafraîchit, elle rejoignit l'immense open space que formait l'espace rédaction de Catco.

A peine eu-t-elle fait irruption dans la pièce qu'elle capta le regard de son collègue William Dey sur elle. Le jeune homme se mit instantanément à sourire, sourire qui sembla s'agrandir au fur et à mesure qu'elle s'avançait vers lui, jusqu'à afficher deux lignée de dents parfaitement blanches. La bonne humeur de William finit par la contaminer et le visage de Kara s'égaya à son tour alors qu'elle se plantait devant le bureau du jeune homme.

William ne perdit pas de temps et se leva prestement pour venir donner une brève accolade à la jeune femme.

« Kara ! Ça fait longtemps », la salua-t-il sans se départir de son rictus. « J'espère que tu as trouvé ce que tu cherchais à Gotham »

Un petit rire gêné s'échappa de la bouche de la jeune Danvers, face à l'enthousiasme du brun. Elle remonta maladroitement ses lunettes sur le haut de son nez, ses joues ayant subitement rosi. Elle avait parfois de la peine à s'habituer à toute l'attention que William lui portait, mais au fond d'elle, elle savait que c'était simplement parce que le jeune homme ne la laissait pas totalement insensible. Après tout, William était un beau garçon, quoi que puisse en penser Kate.

« Oui, plus qu'à écrire l'article et j'en aurais fini avec mes aller-retour aux quatre coins du pays », déclara la blonde.

« J'ai hâte de lire ça ! »

Les deux journalistes échangèrent un regard complice avant qu'un silence ne les enveloppe. Alors qu'elle cherchait quoi ajouter à cette très courte discussion de retrouvailles, les yeux de Kara dérivèrent jusqu'à l'ancien bureau vitré de Cat Grant. Les portes de la pièce qui n'avaient quasiment jamais été fermées avant aujourd'hui, étaient désormais closes. Kara n'en fut qu'à moitié surprise. Même si Lena avait toujours su cacher ses émotions à la perfection, après la peine qu'elle avait vue transparaître dans les deux émeraudes de la milliardaire lors de leur discussion, la blonde devinait facilement le besoin de s'isoler qu'elle avait dû ressentir.

Kara était toujours perdue dans sa contemplation de la brune lorsque William reprit la parole, loin de se douter de ce qui s'était tramé un peu plus tôt entres les deux jeunes femmes :

« Alors, contente de voir que Lena Luthor est notre nouvelle boss ? »

La journaliste se retourna vers son collègue, haussant simplement les épaules en guise de réponse. Elle n'avait aucune envie de donner son avis là-dessus, parce qu'elle se voyait très mal avouer à William qu'elle avait l'impression de nager en plein cauchemar. Connaissant le jeune homme, elle savait qu'il finirait par l'interroger sur ses raisons de détester la Luthor, et ça non plus, elle ne souhaitait pas les lui donner.

« Apparemment, c'est une très bonne amie de James », poursuivit le brun. « Tu dois sûrement la connaître non ? »

A la question, Kara déglutit avec difficulté, commençant à se dandiner sur place clairement mal à l'aise. D'un côté, il était hors de question de s'épancher sur sa relation avec Lena auprès de William, elle ne se voyait absolument pas lui expliquer qu'elle avait été folle amoureuse de cette dernière et qu'elle l'était sans doute encore... Mais d'un autre côté, elle ne pouvait décemment pas mentir au jeune homme...

Le journaliste haussa un sourcil interrogateur en remarquant que Kara ne semblait pas savoir quoi lui répondre. Il trouva cela très étrange, mais se garda bien de le montrer. Il connaissait la blonde, si quelque chose s'était passé entre elles, la jeune femme lui en ferait part, parce que Kara Danvers ne mentait jamais.

« Disons qu'on s'est perdu de vu depuis pas mal d'année », marmonna finalement l'ancienne basketteuse. Elle n'était pas totalement honnête, mais ce n'était pas non plus un mensonge. Elle s'était juste contentée de garder pour elle une certaine partie de la vérité...

« C'est cool, vous aurez tout le temps de renouer et de rattraper le temps perdu », s'enthousiasma William en souriant de plus belle.

Kara n'était pas sûre que « cool » soit le mot adéquat pour définir sa situation. Et puis elle n'avait aucune envie de renouer le moindre lien quel qu'il soit avec Lena. Non tout ce qu'elle voulait, s'était retrouvé sa vie d'avant, celle où la Luthor n'était pas réapparu et où elle pensait encore avoir surmonté son histoire avec elle.


1 heure plus tard.

Lena, toujours installée à son bureau, tentait vainement de remplir l'épais tas de paperasse que sa nouvelle assistante lui avait fait parvenir avant son arrivée à Catco ce matin-même. Mais rien n'y faisait, son esprit était à mille lieux de la tâche qu'elle devait accomplir.

Elle soupira en agitant nerveusement le stylo qu'elle tenait entre ses doigts sans véritablement son rendre compte et avisa la quantité de travail qu'il lui restait à faire. La pile de papier n'était pas beaucoup descendue depuis qu'elle s'était penchée dessus. Elle n'avait pas pensé, en achetant le journal, que le changement de propriétaire lui prendrait autant de temps. Elle n'avait même pas encore eu l'occasion de se rendre dans ses nouveaux quartiers à L-Corp. Heureusement pour elle que Sam était là pour l'aider à gérer son entreprise.

Elle chassa sa meilleure amie de ses pensées actuelles, consciente que la colère à son égard était toujours bien présente en elle. Elle n'arrivait toujours pas à réaliser le sale tour que la châtain et le photoreporter lui avait joué. Et comme par hasard, James s'était absenté aujourd'hui pour un reportage dans une ville voisine. Lena était donc seule avec ses problèmes...

Bien décidée à poursuivre son travail, elle prit une grande inspiration, tenta de se reconcentrer et se remit à lire le document qu'elle avait sous les yeux.

Son répit ne fut pourtant que d'une courte durée. Malgré les portes fermées de la pièce, un rire qu'elle ne connaissait que trop bien résonna à ses oreilles, ce qui l'obligea à relever la tête.

Kara, assise elle aussi à son bureau, était en train de rigoler à gorge déployée, aux bêtises que semblait lui raconter un de ses collègues, un grand brun, au sourire étincelant.

L'estomac de Lena se contracta douloureusement. Voir la jeune Danvers rire et sourire de cette façon lui avait manqué. Et dire qu'elle avait loupé tant de ces moments d'euphories...

Il n'y avait pas un jour où elle ne regrettait pas de ne pas s'être plus battu pour rester dans la vie de la jeune femme. Elle n'aurait jamais dû accepter l'héritage de son père pour s'enfuir à Metropolis, ni même s'abaisser face aux menaces d'Alex. Mais cela, elle ne l'avait compris que bien trop tard... Et maintenant, alors qu'elle avait les deux collègues dans son champ de vision, il lui était forcé de constater qu'elle n'avait plus sa place aux côtés de Kara. Son ancienne meilleure amie semblait parfaitement épanouie dans sa vie actuelle et il était temps pour elle, de l'être également.

Elle serra les dents et se repencha sur ses formulaires. Le silence était revenu au sein de l'open space, Kara semblait s'être remise à travailler pourtant la brune n'arrivait toujours pas à avancer. C'était même pire qu'avant. Son cerveau ne cessait de lui répéter en boucle qu'elle n'avait pas sa place ici, le tout superposé avec de nombreux flashbacks de ses moments passés avec la blonde. Sa respiration devint soudainement sifflante, et l'atmosphère autour d'elle se fit plus oppressante.

Elle revit Kara l'embrasser juste après avoir reçu le mail de Cat Grant. Elle revit Kara lui briser le cœur quelques minutes après. Elle revit la situation lui échapper le jour suivant, alors que Lillian lui apprenait la vérité. Elle sentit son cœur se briser une nouvelle fois alors que la horde de souvenirs qu'elle s'était attelée à garder scellée dans un recoin de sa tête, l'assaillait de toute part.

Ses yeux commencèrent à la piquer et sa gorge se serra, signe qu'elle allait se mettre à pleurer, chose qu'elle se refusait de faire en public, encore moins à quelques pas de Kara.

S'en fut trop pour elle, elle ne pouvait plus supporter cette situation. Elle avait besoin d'une pause et d'air frais pour se remettre les idées en place.

Sans réfléchir plus longtemps, elle se leva d'un bon, sa chaise de bureau manquant de justesse de rentrer dans une des télés diffusant les informations dans son dos, et se dirigea sur le balcon attenant à son bureau.

Elle referma la porte-fenêtre derrière elle pour s'assurer que personne ne viendrait la déranger et s'approcha de la balustrade jusqu'à sentir le vide face à elle, l'appeler. Une légère brise lui caressa le visage et les rayons du soleil l'étreignirent tandis qu'elle prenait de profondes inspirations pour tenter d'apaiser la douleur cuisante dans sa poitrine.

Mais rien n'y fit, la sensation d'étouffement qu'elle avait ressentie dans son bureau était toujours aussi présente.

Elle ne s'était que très rarement sentit comme ça, c'était comme si la Luthor qu'elle était n'existait plus. Son stoïcisme avait disparu et elle ne pouvait plus cacher ses émotions derrière lui comme elle avait toujours eu l'habitude de le faire, encore plus depuis ces cinq dernières années.

Tentant de garder la tête hors de l'eau comme elle le pouvait, elle se cramponna d'une main au parapet et d'une autre, sortie son téléphone de la poche de son tailleur. De son pouce tremblant elle ouvrit le registre de ses appels passés et cliqua sur le seul contact de son répertoire, qu'elle savait en capacité de l'aider à se calmer. Tant pis si cette personne était celle qui l'avait mise dans cette situation tordue, elle avait besoin d'elle plus que de quiconque d'autre.

Sam décrocha au bout de deux sonneries.

« Hey Lenny ! », la salua sa meilleure amie, comme si de rien était.

Lena bouillonna intérieurement, Sam savait pertinemment pourquoi elle était en train de l'appeler, elle n'avait de ce fait aucun droit de faire semblant que la plaie béante dans sa poitrine, celle qu'elle avait mis tant de temps à panser, ne s'était pas rouverte à cause de sa bêtise.

« Lena ? », tenta à nouveau la châtain alors que sa meilleure amie n'avait toujours pas ouvert la bouche. « Est-ce que tout va bien ? »

Bien sûr que non ! Tout était en train de partir de travers, comment Sam pouvait-elle oser lui poser une telle question ?

« Je te déteste », souffla-t-elle finalement, pousser par la rage qui s'était insinuer en elle.

« Ooh je vois que tu es tombée sur Kara », répliqua la jeune mère de famille, sur un ton soudainement devenu coupable.

La poigne de Lena se resserra un peu plus sur la rambarde devant elle, dans un espoir totalement dérisoire de canaliser sa colère.

« Je te jure que si je ne t'aimais pas, je te tuerais de mes propres mains », grogna la brune, le regard rivé sur l'immeuble en face d'elle.

Elle entendit Sam déglutir à l'autre bout du fil. Elle connaissait assez sa meilleure amie pour savoir qu'elle était en train de sérieusement s'en vouloir, même si les raisons qui l'avaient poussé à agir de la sorte devaient lui paraître des plus valables.

« Mais putain qu'est-ce qu'il t'est passé par la tête pour me faire un coup pareil ? », reprit-elle en hurlant, laissant enfin exploser sa fureur.

Ce ne fut pourtant que de courte durée. Son agressivité se mua subitement alors en chagrin lorsque des larmes se mirent à couler silencieusement sur ses joues.

« Pourquoi me faire subir ça Sam ? », poursuivit-elle cette fois-ci d'une voix cassée laissant enfin entrevoir la souffrance qui la cisaillait depuis son tête-à-tête avec la journaliste. « Pourquoi m'obliger à revivre tout ça ? Est-ce que je ne mérite pas un peu de bonheur dans la vie ? »

« Si ! Bien sûr que si ! », se récria la commerciale et sous directrice de L-Corp en sortant du mutisme qui l'avait précédemment gagné. « C'est pour ça qu'on a décidé de faire tout ça avec James, pour ton bonheur, et pour celui de Kara »

« Kara n'a pas besoin de moi pour être heureuse et peut-être que c'est égoïste mais je ne m'en vois pas plus enchantée qu'avant », déclara Lena, avec amertume.

« C'est ce qu'elle veut bien te faire croire »

« Tu ne l'as pas vu comme je l'ai vu, croit moi elle est heureuse Sam, et elle n'était clairement pas contente de me revoir, c'était même tout le contraire, j'ai plus eu l'impression de la répugner qu'autre chose », objecta la milliardaire en lâchant enfin sa prise sur la barrière pour essuyer ses joues d'un revers de manche.

« Contrairement à toi, j'ai continué à la côtoyer et je peux te dire qu'elle est loin de nager dans la joie et la bonne humeur. Elle n'est jamais passé à autre chose Lena, j'en suis certaine et je ne suis pas la seule à le penser. Malgré toutes ses années, elle t'aime enc-... »

« Tais-toi ! », la coupa abruptement Lena, incapable d'entendre ce que sa meilleure amie allait lui dire. C'était beaucoup trop dur à supporter, parce qu'elle savait que la moindre étincelle ferait renaître l'espoir en elle, et elle refusait qu'une telle chose ne se produise. Son histoire avec Kara s'était terminée dès le premier jour, dès leur première rencontre, dès le moment où elle avait pris la décision de lui mentir effrontément sur sa véritable identité.

« Non ! Toi, tais-toi ! », riposta fermement Sam faisant comprendre à l'autre jeune femme qu'elle n'avait plus intérêt à l'interrompre. « Tu aimes toujours Kara c'est un fait »

« C'est faux ! », protesta la brune sans prendre en compte le précédent avertissement de sa meilleure amie, ce qui fit fortement soupirer cette dernière.

« Alors rappel moi pourquoi tu as quitté Jack malgré tes sentiments pour lui ? Et ne me sort pas que c'est parce que tu as paniqué parce que je sais très bien que c'est un mensonge »

Les oreilles de Lena se mirent subitement à bourdonner alors que l'évocation de son ex petit ami la propulsait trois ans en arrière.

Flashback

3 ans plus tôt.

Deux ans que Kara et Lena ne s'étaient plus adressées la parole, pourtant certains mots que la jeune Danvers avait adressé à la Luthor quelques années plus tôt, étaient restées ancrées dans sa mémoire et l'avait poussé à se dépasser toujours plus.

« Bats-toi pour ce à quoi tu crois et si tu n'y arrives pas ou que tu te trompes, recommence mais surtout n'abandonne pas ! »

Et c'était ce qu'elle avait fait. Elle s'était battue et n'avait jamais abandonné même quand tout lui avait semblé impossible. Elle était tombée un nombre incalculable fois, elle s'était même parfois trompée, mais elle avait continué malgré ses erreurs jusqu'à se retrouver là où elle en était aujourd'hui. Certes elle n'y était pas arrivée toute seule. Kara l'avait aidé sans le savoir, et même si leur relation s'était terminée sur une note très mauvaise et qu'elle continuait de s'en vouloir terriblement pour ça, elle tentait de garder à l'esprit ce que leur rapprochement lui avait apporté de meilleur dans la vie. Même si cela était loin d'être facile pour elle.

Sam aussi avait été un véritable soutient, autant lorsqu'il avait été question d'aider Lena à se reconstruire après que la Danvers ait un mit un point final à leur amitié que lorsqu'elle avait décidé de transformer L-Corp en entreprise pharmaceutique afin de réaliser le projet qui lui avait toujours tenu à cœur. La châtain l'avait épaulé dans chacune des épreuves qu'elle avait traversé, et n'avait cessé de lui donner les moyens de résoudre les problèmes qui s'étaient mis sur son chemin... Ou plutôt sur leur chemin. Car Lena le savait, ses aventures étaient aussi celles de Sam, et vice-versa. Depuis leur emménagement à Metropolis et la naissance de Ruby, elles formaient une vraie famille et grâce à la jeune commerciale, Lena avait appris qu'une famille se serrait toujours les coudes, qu'importe la hauteur de l'obstacle qui se présentait face à elles.

Le courage et la force que les deux jeunes femmes lui avaient insufflés, mais aussi l'essor fulgurant qu'avait rencontré L-Corp, lui avaient permis, un an auparavant d'enfin se consacrer entièrement à ses recherches sur le cancer, celles-là même qu'elle avait entrepris de mener durant sa dernière année de fac à National City. Mais alors que son mémoire avait écopé d'une note parfaite, Lena s'était heurtée à une immense différence entre la théorie accumulée lors de la rédaction de son travail et la mise en pratique de son idée. Tout était beaucoup plus compliqué que prévu, mais la jeune scientifique n'avait pas tant été surprise de cela. Le corps humain était beaucoup plus complexe qu'il n'y paraissait.

Ces difficultés l'avaient alors amenée à participer à un des plus gros congrès scientifiques du pays, quelques mois après le début de ses recherches. Là-bas, elle y avait rencontré Jack Spheer, un séduisant et riche ingénieur, spécialisé dans les nanotechnologies. Après un jeu de regard qui avait manqué de faire rougir la jeune femme plus d'une fois, durant une conférence des plus ennuyeuse, Jack s'était approché d'elle pour faire connaissance. L'alchimie entre eux s'était rapidement fait ressentir, ce qui avait poussé le jeune ingénieur à inviter Lena au restaurant lors de la dernière soirée du colloque. Leur dîner avait alterné entre rires et discussions plus sérieuses. Lena charmée, avait saisi l'occasion pour parler au jeune homme, des problèmes qu'elle rencontrait sur la mise en œuvre de sa technologie révolutionnaire. Jack, autant intéressé par cette idée fabuleuse que séduit par la jeune Luthor, s'était proposé pour l'aider. Lena avait fait mine de réfléchir à sa suggestion et lui avait promis de lui donner une réponse le lendemain. Au fond d'elle, elle savait déjà qu'elle allait accepter l'aide du jeune Spheer. Elle refusait de laisser une telle chance lui filer entre les doigts, mais elle n'avait pu résister à l'idée de le faire mariner un peu.

Un mois plus tard, alors qu'ils travaillaient déjà ensemble depuis plusieurs semaines, les deux génies avaient décidé d'officialiser leur relation auprès de leurs amis et involontairement, aux yeux du monde entier lorsque la presse avait eu vent de l'information.

Leur histoire d'amour avait fait crisser Kara autant qu'elle avait passionné le pays. L'héritière des Luthor et l'héritier des Spheer, œuvrant main dans la main pour le bien commun, c'était à la fois inattendu et bien venu.

Aujourd'hui, Jack et elle allaient fêter leur un an. Rien n'avait été simple ni même parfait, mais l'amour qu'il se portait l'un à l'autre et leur passion pour la science, n'avait eu de cesse de les réconcilier après chaque dispute.

Cette pensée fit sourire la milliardaire alors qu'elle était installée face à un microscope dans son laboratoire à Metropolis, en train d'observer attentivement des cellules cancéreuses réagir à la première formule du médicament que Jack et elle avait créé. Depuis que le jeune homme était à ses côtés, sa recherche avait bien avancé, même si elle était encore loin d'aboutir. Ils leur restaient encore tant à faire, comme par exemple concevoir le premier prototype de nanorobot qui permettrait de diffuser la médication qu'il aurait créé, au plus près des tumeurs. Jack s'était d'ailleurs absenté de la pièce pour passer un coup de fil à un de leur fournisseur en vue de cette création.

Voyant que ce premier essaie ne donnait rien de concluant, elle fit rouler son tabouret en arrière pour se reculer de l'oculaire de son microscope, puis écrasa un bâillement, à la fois terriblement déçue et épuisée par ses courtes nuits. Voilà déjà sept jours qu'elle n'était pas rentrée chez elle, sept jours qu'elle ne dormait quasiment pas, mais surtout sept jours qu'elle n'avait pas vu Ruby et à peine croisée Sam et le manque des deux Arias commençait sérieusement à se faire ressentir. Presque autant que la fatigue qu'elle avait accumulée pour mettre au point la première formule de son futur remède miracle. Jack l'avait bien sommé de diminuer son rythme exagéré de travail, mais fidèle à elle-même, elle ne l'avait pas écoutée.

Toutefois, elle savait qu'après cet échec, Jack la forcerait à tous les coups à prendre une pause de quelques jours, mais en attendant qu'il ne revienne auprès d'elle, elle se devait de poursuivre ses recherches. Prête à tenter de modifier l'équation chimique du médicament marqué sur un des tableaux blancs derrière elle, elle se leva de son tabouret, mais fut prise par un violent vertige qui l'obligea à se rattraper de justesse au plan de travail face à elle.

Son moment de faiblesse, loin d'être isolé tant il était redondant ces derniers temps, lui rappela qu'elle n'avait pas encore mangé de la journée. Elle tourna son regard vers son ordinateur tout en se massant les tempes pour essayer de faire passer son mal de tête, et avisa l'heure afficher sur l'écran. Il était déjà 16 heures passées. Elle soupira, elle n'avait aucune envie de s'arrêter là pour aujourd'hui, mais elle devait bien avouer que l'idée de manger quelque chose était très tentante.

Toujours indécise sur le choix à faire, son corps décida de la rappeler une nouvelle fois à l'ordre. Des gouttes de sang se mirent à tomber abondamment sur le clavier de son ordinateur. Son temps de réaction mis à mal, elle mit plusieurs secondes avant de se rendre compte de ce qui lui arrivait. Bien que désarçonnée par ce soudain saignement de nez, elle entreprit tout de même de réduire l'écoulement de son sang à l'aide de sa main, le temps de trouver de quoi le stopper totalement. Des yeux, elle chercha des mouchoirs dans la pièce, mais ne trouva rien jusqu'à ce que son regard ne se pose sur la veste de costume que Jack avait laissé sur sa chaise. Elle tilta en le voyant puis se dirigea, chancelante, jusqu'au blazer du jeune homme. Elle savait qu'aussi étrange que cela soit, son petit ami, avait toujours dans la poche intérieure de sa veste, un mouchoir en tissu brodé à ses initiales, habitude qu'il avait apparemment hérité de son père. Mais pour une fois, cela lui serait utile.

Se comprimant toujours la narine d'une main, elle retourna prestement le vêtement de son autre main avant de la glisser dans la poche en question. Mais contre toute attente, ses doigts ne se refermèrent pas sur le fameux morceau de tissu comme elle se l'était imaginée. A place, elle extirpa avec agilité quelque chose de bien plus gros et de beaucoup plus solide. Incertaines de ce qu'elle avait maintenant en main, ce ne fut que lorsqu'elle put enfin poser les yeux dessus qu'elle comprit avec stupeur ce qu'était cet objet : un petit écrin de velours bordeaux qui faillit presque lui échapper de la main tant sa découverte était surprenante.

Elle toisa l'étui sans jamais oser l'ouvrir. Elle n'en avait pas besoin. Au fond d'elle, elle savait très bien ce qui se trouvait à l'intérieur. Elle aurait même dû s'en douter.

En y repensant, Jack aujourd'hui, avait été particulièrement nerveux. Plus encore, lorsqu'il était venu lui annoncer quelques heures plus tôt, qu'il l'emmènerait dîner dans un très bon restaurant ce soir-là. Lena avait bêtement pensé qu'il voulait juste fêter dignement l'année qu'ils venaient de passer ensemble. Mais maintenant que l'écrin était dans sa possession, elle n'avait plus de doute sur les intentions du jeune homme.

Jack comptait la demander en mariage.

Et alors que cette nouvelle aurait dû la réjouir au vu des sentiments qu'elle partageait pour l'ingénieur, il n'en fut rien. Pire encore, elle avait la désagréable impression de se sentir nauséeuse.

Ses doigts se crispèrent sur la petite boite toujours dans sa paume alors que l'envie de propulser l'étui de toutes ses forces sur le sol, la saisissait. Elle ne put cependant pas céder à sa pulsion, son nez ne s'étant toujours pas arrêté de saigner.

Ce constat l'ancra de nouveau dans la réalité présente. Elle finit par déposer l'écrin sur la table devant elle, incapable de le remettre là où elle l'avait trouvé, puis prit la direction des petites toilettes annexées à son laboratoire. Là, elle se précipita aussi vite que ses jambes le lui permettaient, vers le distributeur de papier qu'elle dévalisa presque.

Comprimant de nouveau son nez, elle se laissa glisser contre le mur pour s'installer à même le sol en attendant que le saignement se stoppe enfin. Elle profita alors de ce moment de pseudo-calme pour réfléchir. Au fond d'elle, elle était furieuse. Non pas contre Jack, mais contre elle-même. Pas parce qu'il voulait la demander en mariage, mais parce qu'une partie des battements irréguliers de son cœur lorsqu'elle avait découvert les plans de son petit ami, appartenaient à une toute autre personne. Une personne bien différente de Jack. Une personne que Lena avait espéré un jour pouvoir oublier. Mais elle devait se rendre à l'évidence. Elle n'y arriverait jamais. Bien au contraire, elle pensait à Kara chaque jour. Elle pensait à Kara en se réveillant chaque matin, et le soir lorsqu'elle n'arrivait pas à trouver le sommeil, chose qui lui arrivait couramment. Elle pensait à Kara lorsqu'elle passait devant un Big Belly Burger dans la rue ou lorsque qu'un exemplaire du dernier magazine de Catco atterrissait dans ses mains. Elle pensait à Kara à chaque fois qu'elle revoyait James et Winn ou quand Sam partait voir Alex lors de ses visites à Metropolis. Mais, le pire de tout sans doute, elle avait pensé à Kara alors que la bague de fiançailles de Jack avait été entre ses doigts. Et juste pour ça, elle se détestait.

Elle aimait sincèrement Jack, mais trouver cette bague lui avait fait prendre conscience que ses sentiments pour lui était loin d'égaler ceux qu'elle nourrissait toujours pour la journaliste. Et rien que pour cela, le jeune homme ne méritait pas que Lena continue sa vie avec lui. Il méritait tellement mieux et tellement plus que ce qu'elle ne pourrait jamais lui offrir.

A cette pensée elle se mordit furieusement la lèvre inférieure, retenant difficilement les larmes qui menaçaient de lui échapper.

Elle n'avait pas envie de voir Jack sortir de sa vie, toutefois elle ne pouvait pas non plus l'épouser. Le dilemme était grand, cependant son choix était déjà fait et rien ne pourrait la faire revenir en arrière.

Accablé par la culpabilité et n'arrivant plus à rester calme, elle décida de se relever. Constatant que le saignement s'était enfin atténuée, elle ouvrit le robinet du lavabo présent dans la pièce et se rinça abondamment le visage à l'aide de ses deux mains, nettoyant sa peau tout en tentant de se remettre les idées en place à coup d'eau froide.

Lorsqu'elle réapparut dans le laboratoire, fraîchement nettoyée, elle eut la surprise de trouver Jack accoudé au plan de travail, les traits tirés et le regard perdu en direction du sol. Il ne lui suffit que d'un coup d'œil pour remarquer qu'il serrait dans son poing, l'écrin qu'elle avait laissé sur la table. Son cœur se serra en voyant qu'il ne semblait pas du tout heureux qu'elle ait découvert la bague et elle sentit soudainement encore plus fautive que lorsqu'elle avait pris sa décision quelques minutes plus tôt.

Elle se racla la gorge pour attirer le regard du jeune homme sur elle. Jack releva la tête, l'air confus en la voyant s'avancer face à la lui. Chacun d'un côté du plan de travail, ils se toisèrent dans un silence tendu jusqu'à ce que le brun se décide enfin à parler.

« Comment est-ce que tu l'as trouvé ? »

Sa voix était d'un calme presque glacial ce qui fit frissonner désagréablement Lena. Elle ne l'avait jamais vu comme ça et elle ne savait pas si elle devait avoir peur pour la suite de la discussion ou se sentir encore plus mal qu'elle ne l'était déjà.

« Par pur hasard », murmura-t-elle. « J'ai saigné du nez et je voulais te prendre ton mouchoir... Et à la place j'ai trouvé ça »

D'un petit mouvement de tête, elle désigna l'étui toujours emprisonné dans le poing de Jack.

Le jeune homme détailla le visage de son amante en faisant rouler sa mâchoire d'une façon qui ne laissait aucun doute sur son état d'esprit. Il était en train de bouillonner intérieurement.

« Tu as pleuré », releva-t-il après avoir aperçu les yeux rougis de la milliardaire.

Lena se contenta d'hocher la tête en guise de réponse.

« J'en déduis que tu es loin de te réjouir à l'idée de ma demande en mariage », reprit-il toujours sur ce même ton vide de sentiment.

« Je... », Lena essaya de parler, mais la boule qui s'était glissée dans sa gorge, rendit sa tâche difficile.

Jack fit comme s'il n'avait rien entendu et poursuivit :

« Au début, j'étais déçu que tu aies découvert la surprise pourtant j'étais prêt à passer outre et à faire ma demande un peu plus tôt que prévue... », il fit une pause et Lena observa son regard chocolat devenir trouble. « Puis, ne te voyant pas revenir, j'ai finis par me dire que peut-être, tu t'étais sauvée parce que tu ne voulais pas te marier avec moi. Au plus profond de moi, j'ai espéré me tromper, mais en te voyant, là, devant moi, j'ai compris... »

« Jack... », Lena tenta un geste dans sa direction, mais le jeune homme retira vivement sa main avant qu'elle n'ait pu le toucher. « Je suis désolée... »

« Je veux juste comprendre pourquoi Lena, pas t'entendre t'excuser, ça ne sert à rien », répliqua l'ingénieur, profondément blessé. « Il y a quelqu'un d'autre, c'est ça ? »

« Non, bien sûr que non », souffla la brune, loin d'être totalement sincère. Mais pouvait-elle réellement lui dire qu'elle était toujours amoureuse d'une fille qui ne souhaitait plus la voir ? Elle était ridicule et à tous les coups, Jack finirait par lui rire au nez.

« Donc tu n'es pas en train de fuir à cause de Kara ? »

Les yeux de Lena s'écarquillèrent de surprise à la mention de la jeune Danvers. Elle ne lui avait jamais parlé de Kara, aussi lâche et peu sincère qu'elle était.

« Co-comment ? », bégaya la Luthor se sentant totalement prise au piège. Ses mensonges étaient encore une fois en train de lui retomber dessus. Décidément, elle n'avait pas appris de ses précédentes erreurs.

« Comment je sais ? »

Lena acquiesça.

« Il y a quelques mois, lors de la dernière visite de James et Winn, je suis rentré un peu plus tôt que prévu. J'ai surpris une discussion qu'ils avaient avec Sam au sujet de ton ancienne relation avec cette Kara. Sur le coup, j'ai été un peu étonné que tu ne m'en aies jamais parlé, mais comme je te sentais sincère sur tes sentiments pour moi, je me suis que dis cette histoire ne devait pas être si importante que ça pour toi et j'ai laissé couler. Mais maintenant, c'est la seule raison valable qui me vient à l'esprit »

« Je t'aime », avoua la milliardaire, faisant froncer d'incompréhension les sourcils de Jack. « Et j'ai toujours été sincère sur mes sentiments pour toi, mais il y a toujours une part de lui qui bat encore pour elle »

De son index, elle indiqua l'emplacement de son cœur.

« J'ai essayé de faire comme si c'était normal que les fantômes du passé continuent de me hanter après deux années passées sans la voir, mais j'ai compris que c'était loin d'être le cas quand la première chose qu'il me soit venu à l'esprit en trouvant la bague, c'était que si je t'épousais, je n'aurais plus aucune chance d'être avec elle »

Les larmes que Jack avait réussi à retenir depuis tout ce temps, se mirent à rouler sur ses joues pour finir par s'échouer sur sa barbe parfaitement taillée.

« Le plus bête dans tout ça, c'est que la probabilité d'avoir une seconde chance avec elle, est nulle. Je suis en train de tout gâcher avec toi pour rien, car Kara me déteste et qu'elle ne veut plus jamais avoir à faire à moi... »

« Alors épouse-moi, je sais qu'on peut surmonter tout ça tous les deux », rétorqua le jeune Spheer presque suppliant.

« Non, c'est trop tard », affirma-t-elle en secouant la tête. « Tu mérites une personne qui saura t'aimer de tout son cœur, pas une handicapée des sentiments qui passe son temps à se mentir à elle-même et à te mentir par la même occasion »

Le poing de Jack se resserra tellement fort sur l'écrin toujours dans sa main, que pendant un instant Lena, crut qu'il allait réussir à le broyer. Il relâcha finalement sa prise dans un long sanglot qui déchira littéralement le cœur de la scientifique.

« Très bien, j'ai compris, Kara restera à tout jamais ta plus grande faiblesse et je ne peux pas lutter contre ça... »

« Je suis désolée Jack, sincèrement »

Le jeune homme s'avança jusqu'à elle et la regarda pleurer à son tour. Il connaissait assez Lena pour savoir que ses larmes étaient vraies et qu'elle lui disait la vérité.

Sans un mot, il la prit dans ses bras et la serra rapidement contre lui. Ils échangèrent un regard toujours dans le silence puis il se pencha pour embrasser son front avec douceur avant de la quitter pour de bon, laissant tout ce qu'ils avaient bâti ensemble cette dernière année, derrière lui.

Fin flashback

Quand Lena était rentrée à l'appartement qu'elle partageait avec Sam, le peu d'affaire que Jack avait chez elles, avait disparu. Ne restait plus qu'en possession de Lena, la bague que le jeune homme lui avait achetée et qu'il avait semble-t-il oublié dans le laboratoire. Trois ans plus tard, le petit écrin était toujours dans son armoire à bijoux. Elle avait été incapable de s'en débarrasser, se servant de l'alliance comme d'un rappel à ce qu'elle ne devait plus faire : mentir et continuer à se voiler la face sur ses sentiments pour Kara.

Depuis son départ, elle n'avait plus eu de nouvelle du jeune Spheer. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'il était désormais heureux aux côtés de Querl Dox, un éminent mathématicien du MIT.

« Lenny ? », l'interpella Sam face à son manque de réaction.

Cela eut raison de son moment d'égarement et secouant la tête, Lena se reconnecta à la réalité.

« J'ai vraiment pris peur... », finit-elle par répondre ce qui fit soupirer de frustration sa meilleure amie qui s'attendait à l'entendre encore une fois lui raconter le prétexte qui l'avait soit disant poussé à quitter Jack. Même s'il est n'avait jamais rien dit, Sam avait toujours su pourquoi Lena avait refusé d'épouser l'ingénieur.

« ... Du moins pas pour les raisons que je vous ai exposées », reprit Lena, rassurant de ce fait Sam sur la tournure que prendrait la suite de leur discussion. « Certes, m'engager au bout d'un an de relation n'était pas vraiment dans mes plans, mais quand j'ai découvert la bague, j'ai compris qu'au fond de moi, j'avais toujours l'espoir de retrouver Kara... Que je l'aimais encore et que je ne l'avais jamais oublié... Alors oui, j'ai carrément flippé, qu'est-ce que j'étais censée faire ? Je n'allais quand même pas accepter de l'épouser ! »

« Tu sais Lena », intervint Sam d'une voix douce en voyant que la milliardaire était de nouveau à deux doigts de la crise nerfs. « Je ne te jugerais jamais pour la décision que tu as prise, si tu l'as prise, c'est que c'était la meilleure chose à faire pour toi et c'est ça le plus important. Jack s'est remis de cette rupture alors ne culpabilise pas pour ça »

« Mais justement, peut-être que si j'avais pris le temps de réfléchir un peu plus, les choses auraient pu être différentes, peut-être qu'en l'épousant, j'aurais réussi à oublier Kara »

« Non, tu as juste agi avec ton cœur pour une fois, pas avec ton cerveau et c'est sûrement la meilleure des décisions que tu aies prise de toute ta vie. Parce que tu as écouté ce que tu voulais le plus au fond de toi »

« J'ai surtout écouté un espoir débile fondé sur une illusion grotesque », la contredis Lena, toujours persuadé que Sam se trompait.

« Ce n'est plus une illusion, tu as enfin une chance de te prouver que tu n'as pas quitter Jack pour rien comme tu sembles si bien le penser »

« Tu ne comprends pas... », déplora la brune.

« Je ne demande justement qu'à comprendre »

« J'aime vraiment Kara, je l'aime de tout mon cœur et je l'aimerais surement de toute mon âme si je croyais en ce concept », Sam eut un petit rire, amusé de voir que Lena était toujours si cartésienne même en amour. « Et c'est tellement plus facile de se raccrocher à l'espoir qu'un jour peut-être, on pourra se réconcilier, que de se retrouver confronter à la réalité et de comprendre qu'elle ne veut simplement plus de moi dans sa vie. C'est pour ça que je refuse de tenter quoi que ce soit avec elle, parce que je sortirais forcément de cette histoire encore plus blessée que je ne le suis déjà »

« Donc tu es prête à laisser la chance que je t'ai offerte juste parce que tu as peur d'être blessée ? Tu ne seras donc pas peinée de voir Kara, s'épanouir chaque jour devant toi sans jamais pouvoir interférer avec elle qu'à travers Catco ? »

Lena ne répondit rien, se contentant d'encaisser les propos de sa meilleure amie, en serrant fortement les dents. Elle n'avait pas réfléchi à cette éventualité, bien trop aveuglée par son chagrin, mais bien sûr que cela lui ferait du mal. Elle resta pourtant cloîtrer dans son mutisme, car parler serait donner raison à Sam, chose qu'elle peinait à faire, car elle détestait avoir tort.

« Tu sais quoi, Lena ? Tu me déçois », déclara avec dureté la châtain, ébranlant avec force les dernières convictions de la scientifique. « La Lena Kieran Luthor, forte et courageuse que je connais aurait saisi cette occasion pour réparer ses erreurs pas pour s'apitoyer sur son sort. La Lena que je connais aurait pris le risque d'être blessée par ce qu'elle aurait su que sa meilleure amie serait toujours là pour l'aider à panser ses plaies. Mais apparemment, cette Lena-là, n'existe plus »

Des nouvelles larmes lui échappèrent en se rendant compte que Sam était réellement dépitée par son comportement et qu'elle ne mentait pas. Décevoir sa sœur de cœur était bien la dernière chose qu'elle souhaitait.

Toujours silencieuse, elle jeta un rapide coup d'œil derrière elle, là où une des fenêtres lui permit d'apercevoir Kara concentrée sur la rédaction d'un article. Son cœur s'emballa bien malgré elle dans sa poitrine.

Elle se reprit sa position initiale, ses émeraudes se perdant sur la vue en face d'elle. La bague que Jack lui avait achetée s'imposa alors à son esprit et lui fit repenser à la promesse qu'elle s'était faite en gardant le petit écrin avec elle. Peut-être que retenter sa chance auprès de Kara serait la meilleure façon d'honorer son serment ?

Cette réflexion termina de la convaincre.

« Sam ? », d'une petite voix coupable, Lena s'assura que sa meilleure amie était toujours au bout du fil.

« Oui ? »

« Tu as raison, je suis décevante... »

« Je ne vais clairement pas te contredire »

« Mais je te promets que je vais me reprendre. Je vais prouver à Kara que je suis toujours prête à me battre pour elle et qu'elle avait tort de penser que mes sentiments pour elle, n'étaient que mensonge ! », affirma Lena avec l'assurance habituelle que Sam lui connaissait.

Cette dernière se mit d'ailleurs à sourire de toutes ses dents, aussi fière d'elle-même qu'elle l'était de Lena. Peut-être que finalement le plan qu'elle avait mis au point avec James, allait marcher.


Après s'être assuré que Lena avait réussi à sécher ses larmes et avoir clôturé leur discussion, Sam avait pris le volant de sa voiture pour se rendre à l'appartement qu'Alex partageait avec Maggie depuis déjà quatre ans. Elle s'était garée sur le parking de leur immeuble, avec une boule au ventre comme souvent, lorsqu'il était question de revoir l'aînée des Danvers. Mais cette fois-ci, outre la peur de voir ses sentiments pour Alex se réveiller à nouveau, c'était l'idée de lui avouer que Lena et elle, étaient de retour à National City, qui l'angoissait.

Maggie lui avait certes promis qu'elle gérerait la potentielle crise que ferait sa compagne en apprenant la nouvelle, Sam voulait tout de même être la première personne à mettre Alex dans la confidence. Après tout, ce déménagement avait été avant tout sa volonté à elle. C'était donc à elle d'assumer ses choix.

Elle sortit de sa voiture après avoir rassemblé son courage et s'être saisi de son sac à main. Elle ne savait pas si Alex était chez elle n'ayant pas pris la peine de lui envoyer un message pour connaître ses horaires de travail à l'hôpital. Elle prenait donc le risque de louper la jeune femme. En vérité, s'il elle ne l'avait pas prévenu, c'était dans le seul but de pouvoir elle-même se désister si son intrépidité habituelle, décidait de lui faire défaut.

Elle qui avait blâmé Lena pour son manque d'audace face à Kara quelques minutes plus tôt, devait avouer que face à Alex, elle n'était pas plus vaillante. Surtout lorsque le sujet qu'elle comptait aborder avec la chirurgienne avait déjà failli briser leurs liens cinq ans auparavant...

Elle éloigna cette triste pensée de son esprit et croisa très fort les doigts pour qu'Alex se comporte comme la personne mature qu'elle était.

Arrivée en bas de l'immeuble, elle composa le code de la porte d'entrée qu'elle connaissait par cœur, et prit la direction de l'appartement de la Danvers. Lorsqu'elle arriva dans le couloir du second étage, là où habitait Alex et Maggie, des bribes d'une dispute lui parvinrent aux oreilles. A la fois intriguée et un peu surprise, Sam s'avança jusqu'à la seule porte de l'étage. Même à travers la porte close, Sam entendit très clairement la voix de Maggie. Cette dernière semblait furieuse, mais étonnamment, la jeune Arias n'entendit aucune des réponses de l'interlocuteur faisant face à la policière. Elle comprit alors que cette dernière devait être au téléphone.

Prête à faire demi-tour, comprenant que ce n'était pas le bon moment pour elle de se présenter chez ses amies, elle fut cependant stoppée dans son geste lorsque que Maggie se remit à parler.

« Non, je ne me calmerais pas ! C'est le troisième lapin que tu me poses en trois jours ! Je n'en peux plus ! »

Incapable de ne pas écouter ce que la policière était en train de dire, Sam décida de rester. Elle savait qu'espionner les gens ne se faisait pas, c'était même très impoli. Mais son cerveau s'était mis à tourner à plein régime. Soit Maggie était en train de parler avec Alex, chose que la châtain ne pensait pas possible. Elle connaissait assez la Danvers pour savoir qu'elle n'aurait jamais supporté que la jeune femme ne lui hurle dessus de la sorte. Ou soit, Maggie avait une amante. Dans les deux cas, sa conscience l'empêcha de partir avant d'avoir éclairci cette histoire.

« Tu prétends vouloir des enfants et j'étais prête à faire des efforts et à remettre mes convictions en question pour toi, mais si tu ne changes pas, tu peux tracer un trait sur tout ça ! Comment tu veux élever un gamin si tu passes l'entièreté de ton temps à l'hôpital ? Hein ? Vas-y dit moi Alex »

En entendant les dernières paroles de la policière, le sang de Sam ne fit qu'un tour. Si cela n'avait tenu qu'à elle, elle serait rentrée dans l'appartement pour coller son poing dans la figure de Maggie. Elle était estomaquée par la façon qu'elle avait de parler à Alex. Jamais elle n'aurait pu imaginer que la latina soit capable d'utiliser les failles de la chirurgienne de la sorte. Surtout pas après tout ce que leur couple avait traversé à cause de ce sujet très controversé entre elles.

« Des efforts ? », reprit Maggie dans un rire mauvais. « Ça fait des mois que tu me dis que tu vas en faire, pourtant rien ne change ! J'en ai marre Alex, vraiment marre de me battre pour quelqu'un qui ne cesse de vouloir faire passer son travail avant sa fiancée ! »

L'estomac de Sam se retourna face à ce cruel rappel. Parfois, elle oubliait que Maggie avait demandé en Alex mariage pourtant ce qu'elle avait prédit cinq ans plus tôt, lors de sa discussion avec Mike au Bollywood, était sur le point de se produire... Enfin elle n'en était plus si sûre après ce qu'elle venait d'entendre mais son cœur n'en était pas moins brisé.

« Tu sais quoi ? Ce n'est pas la peine de rentrer à la maison ce soir. En fait, ne reviens que quand tu sauras réellement où sont tes priorités ! »

Le silence revint soudainement dans le couloir, signe que Maggie avait raccroché sans prendre la peine d'écouter la réponse de sa compagne.

Sam était toujours sous le choc de la discussion qu'elle venait de surprendre. Elle savait qu'Alex avait parfois des horaires invivables et elle comprenait que Maggie se sente abandonnée, mais ce qu'elle n'arrivait pas à encaisser c'étaient les paroles que la flic avait durement jeté à la chirurgienne. S'en était même trop pour elle qui n'arrivait pas à s'enlever de la tête les images de la Danvers qui devait sans aucun doute être dévastée.

Elle sentit la colère s'insinuer vicieusement en elle et a défaut de pouvoir céder à sa pulsion en frappant la policière, son poing s'abattit contre la porte face à elle. Elle savait qu'elle aurait dû quitté l'immeuble, mais le besoin de cracher son ressentiment à la Sawyer fut plus fort que tout. Il était hors de question qu'elle ne défende pas Alex, la chirurgienne méritait tellement plus que ce que la petite brune lui offrait dans leur relation.

Il ne fallut qu'une poignée de secondes à Maggie pour lui ouvrir. Le regard noisette de Sam tomba instantanément dans celui troublé de larmes de la policière et la colère qui avait précédemment contrôlé la commerciale, s'ébrécha quelque peu. Certes, sa relation avec la policière était loin d'être amicale même après cinq ans passés à la côtoyer et à tenter par tous les moyens de l'apprécier, pourtant, elle ne lui souhaitait aucun mal, même après ce qu'elle l'avait entendu dire à Alex. Maggie avait toujours tâché d'être cordiale avec elle et c'était même montrée d'un soutien surprenant à la naissance de Ruby, et cela malgré la certaine aversion pour les enfants qu'elle avait su leur montrer quelques mois plus tôt.

« Alex n'est pas là », grogna la latine en s'appuyant contre la porte à demi ouverte.

« Je sais, je vous ai entendu », répliqua Sam en essayant de garder son calme.

« Alors qu'est-ce que tu fais ici ? »

« Je voulais juste te prévenir que tu avais plutôt intérêt de ne pas tout faire merder avec Alex. C'est une femme en or, beaucoup aurait souhaité pouvoir être à ta place, moi la première, mais je ne t'apprends rien... » claqua la Arias d'une voix tremblante d'une colère trop longtemps retenue. Son assentiment dépassait l'altercation qu'elle venait de surprendre et Maggie le devina alors qu'elle acquiesçait lentement. La Sawyer savait très bien ce que ressentait Sam pour sa petite amie. Cela n'avait jamais été un secret entre elles, même si elles n'en avaient jamais parlé aussi clairement. C'était même la première fois que Sam posait ainsi des mots sur ce qu'elle éprouvait devant elle et Maggie ne savait pas quoi faire d'autres que d'abdiquer car elle se savait redevable de ce que la sous-directrice de L-Corp avait su faire pour elle.

« Alors il est hors de question que les cinq dernières années que j'ai passé à souffrir de la voir avec toi, aient été vaines ! », reprit la châtain en fixant sa vis-à-vis d'un regard dur. « Je t'interdis de tout gâcher, alors que j'ai toujours tout fait pour repousser mes sentiments pour elle, je t'ai toujours respecté même quand j'avais les moyens d'obtenir ce que je voulais au plus profond de moi, je n'ai jamais cédé et je l'ai toujours poussé dans tes bras malgré tes erreurs et les doutes qu'elle avait concernant votre relation... »

Le chevrotement dans sa voix se transforma en trémolo et pendant un instant, Maggie cru que Sam allait se mettre à pleurer.

Cependant, il n'en fut rien. Après une brève inspiration, Sam poursuivit sur sa lancée, toujours avec ce même air concerné qui aurait pu faire froid dans le dos à la policière si elle n'avait pas eu l'habitude d'être confrontée dans son métier, à plus coriace que la jeune Arias.

« Trouve un moyen de te faire pardonner parce qui j'apprends que tu l'as blessé encore plus que tu ne l'as fait aujourd'hui, flic ou non, je te le ferais payer »

Sam n'attendit aucune réponse de la part de la policière et tourna les talons, les poings et la mâchoire serrés. Ce ne fut que lorsqu'elle se réinstalla au volant de sa voiture, qu'elle se laissa aller à verser les larmes qu'elle s'était évertuée à retenir tout au long de sa tirade.

Maggie avait intérêt à réparer ses erreurs parce que la châtain refusait de voir l'espoir d'un jour pouvoir à dépasser l'amitié avec Alex, flamboyer à nouveau dans sa poitrine. C'était une chose qui ne devait plus arriver, elle se l'était promis cinq ans plus tôt alors qu'Alex lui avait broyé le cœur sans aucun ménagement. Une promesse que l'aînée des Danvers n'avait pourtant pas cessé de mettre à mal, et ce, depuis que Sam se l'était faite...

Flashback

5 ans plus tôt.
Quelques jours après la discussion de Lena et Kara.

Plantée en plein milieu du salon, Sam, lasse, avisa le carton déjà plein devant elle. Elle s'était dévouée pour emballer les affaires présentes dans la pièce à vivre de l'appartement qu'elle partageait avec Lena, en vue de leur déménagement imminent, mais elle avait clairement sous-estimé la proportion d'objet en tout genre qu'elles avaient réussi à accumuler depuis qu'elles habitaient ensemble. Et le pire était sûrement, que les trois-quarts devait lui appartenir à elle. Lena avait toujours été du genre à se satisfaire du nécessaire et à ne pas s'encombrer avec le superflu. Tout le contraire de Sam...

La châtain soupira, et se baissa avec précaution pour déplacer le carton en le faisant glisser sur le sol. Le matin même, Lena lui avait fait promettre de ne rien porter de trop lourd, ayant constaté que son ventre avait commencé à s'arrondir depuis quelque temps déjà. Sam avait voulu protester et lui dire qu'elle était encore capable de bien des choses, mais elle s'était finalement abstenue n'ayant pas le courage de contredire Lena alors que cette dernière traversait une très mauvaise passe, encore plus depuis sa dernière discussion avec Kara. Elle savait que si la milliardaire se comportait de manière si protectrice, c'était simplement parce qu'elle se jugeait encore coupable de l'accident de Kara et qu'elle refusait qu'il lui arrive à son tour quelque chose. La future maman comprenait, elle était même touchée de voir que Lena se préoccupait autant d'elle et de sa grossesse et c'est pour cela que même si cette dernière n'était pas là pour la surveiller, Sam tenait promesse.

Une fois relevée, elle attrapa un nouveau carton qu'elle déplia et commença à y ranger de nouvelles affaires. Elle eut à peine le temps de poser au fond de la boite, les livres qu'elle tenait en main, qu'un coup sonnette résonna dans l'appartement.

« Entrez ! », s'exclama-t-elle depuis le fond du salon, sachant pertinemment qui se trouvait derrière la porte. James et Winn lui avaient proposé leur aide, et cela, quand bien même, Lena s'évertuait à les éviter. Ils avaient tous les trois en tête, l'idée de confronter la milliardaire lorsqu'elle reviendrait en fin d'après-midi, car ils rejetaient l'idée de la laisser partir sans s'être réconciliés avec elle. Aucun des deux hommes ne lui en voulait pour son mensonge, mais Lena ne semblait pas l'avoir compris... Ou plutôt elle refusait de le comprendre, ne pouvant concevoir que malgré le secret qu'elle avait gardé pendant de si longs mois, des personnes tenaient encore à elle.

La porte d'entrée s'ouvrit, et alors que Sam s'attendait à voir surgir le visage malicieux de Winn et l'imposante carrure de James, elle fut surprise lorsque ses yeux tombèrent dans un regard chocolat qu'elle ne connaissait que trop bien.

Son cœur se serra et la colère qu'elle avait accumulée pendant le dernier mois, se rappela à elle. L'étonnement dans ses pupilles laissa place à quelque chose de plus orageux qui manqua de peu de faire reculer la personne qui avait souhaité rentrer quelques secondes plus tôt.

Plus de quatre semaines maintenant, s'était écoulées depuis l'altercation qu'elles avaient eu à l'hôpital. Un mois complet qu'Alex ne lui avait plus adressé la parole, préférant la considérer comme une traîtresse au même titre que Lena, sans avoir cherché à comprendre les raisons qui les avaient poussés à taire la véritable identité de la milliardaire. L'interne avait fait du mal à Sam et l'amour qu'elle lui portait toujours et qui avait longtemps brûlé dans sa poitrine, avait lentement, mais sûrement commencé à se transformer en rancœur.

Les premiers jours suivant leur dispute, Sam avait accusé le coup, trouvant maintes excuses à l'aînée des Danvers pour expliquer son comportement odieux. Elle comprenait sa colère et avait décidé de passer outre. Mais le temps avait filé et elle n'avait eu aucune nouvelle de la part de la brune aux cheveux court. Le pardon qu'elle avait été prête lui offrir, s'était finalement évaporé et la douleur entre ses côtes avaient terminé de la convaincre : Alex ne méritait pas l'amour qu'elle entretenait pour elle. Sam était déçue, autant de la brune pour son comportement abject que d'elle-même pour s'être ainsi trompée sur la personne qu'était réellement la future chirurgienne. Son incompréhension et sa déception n'avaient fait qu'augmenter au fil du temps, encore plus alors que Kara, elle, lui avait pardonné d'avoir tenu secrète l'identité de Lena.

Et maintenant, alors qu'elle s'était promis de ne plus laisser Alex faire flancher son cœur, voilà que la concernée refaisait irruption dans sa vie. Sam essayait de garder contenance, alors qu'elle fixait la brune qui n'avait plus osé avancer, les bras croisés sur sa poitrine dans un air dur, mais au fond d'elle, elle n'en menait pas large. Tout se mélangeait dans sa tête, les bons moments passés avec la jeune femme comme les pires côtoyaient son animosité et la tendresse qu'elle avait toujours envie de lui porter... Elle avait l'impression qu'il n'existait pas pire sentiment que celui d'être ainsi déchirée en deux... C'était horrible et elle n'avait plus qu'une envie, que tout cela s'arrête et qu'Alex s'en aille quoiqu'elle avait à lui dire. Pourtant, les mots qui s'échappèrent de sa bouche ne furent pas ceux qu'elle aurait souhaité prononcer, mais ceux que son cœur avait envie d'entendre, toujours épris par cet espoir bête que tous pouvaient encore s'arranger entre elles, malgré la blessure que lui avait infligée l'interne.

« Qu'est-ce que tu fais là, Alex ? »

La brune qui s'était mise à parcourir la pièce de ses yeux, sursauta presque en entendant la question. Sam avait parlé dans un grondement qui ne lui laissa pas penser un seul instant qu'un combat intérieur était en train de se jouer entre sa raison et son cœur. L'étudiante en commerce semblait juste furieuse, peut-être un peu triste, mais rien de plus.

« Tu... Vous partez ? », constata Alex sans répondre à la question que lui avait posé Sam.

A vrai dire, elle était bien trop obnubilée par la douleur et l'étonnement, qui s'étaient insinués en elle lorsqu'elle avait aperçu les cartons de déménagement disséminés un peu partout dans la pièce.

Elle était consciente d'avoir commis une terrible erreur en ne contactant pas la jeune femme durant les quatre dernières semaines. Elle avait été lâche en refusant de l'affronter parce qu'elle se sentait coupable du comportement qu'elle avait eu à l'hôpital. Puis, elle s'était mise à réfléchir et s'était finalement dit que rien n'était perdue, que Sam la pardonnerait forcément, parce que la jeune Arias n'était pas du genre à être rancunière et parce qu'elle savait que le lien les unissant étaient assez forts pour résister à ce genre de conflit.

Mais, au vu de l'activité dans laquelle elle avait dérangé Sam, peut-être qu'au final, elle s'était trompée ? Peut-être avait-elle tout simplement dépassé des limites qu'elles n'auraient jamais dû franchir ? Peut-être même qu'elle ne pourrait pas réparer ses erreurs ?

Elle était incertaine quant à l'avenir de son amitié avec Sam et s'était sûrement ce qui lui faisait le plus de mal. Elle ne pouvait pas se résoudre à perdre la jeune femme, cette dernière comptait beaucoup trop pour elle. Elle avait certes mis du temps à se l'admettre, voire même beaucoup trop de temps si elle prenait en compte l'état d'énervement de la châtain et le fait qu'elle comptait quitter la ville sans l'en informer. Mais elle était à présent sûre d'une chose : elle ferait tout son possible pour se faire pardonner de l'étudiante en commerce.

« Comme si ça t'importait », la voix de Sam claqua désagréablement aux oreilles d'Alex, qui accepta pourtant le reproche sans broncher. Elle l'avait bien mérité.

« Bien sûr que ça m'intéresse Sam, je tiens à toi et j'ai envie de savoir ce qu'il se passe dans ta vie »

« Ah ouais ? Alors tu étais où durant le dernier mois écoulé ? », lui demanda la jeune Arias sur un ton qui ne laissait pas la place au doute concernant la peine que cette situation lui avait causé.

Alex serra la mâchoire, accueillant les paroles de la future maman comme elle aurait reçu un coup de poing. C'était affreusement douloureux, mais pas autant que de se rendre compte à quel point elle avait fait souffrir Sam.

« J'étais en train de réfléchir à toute cette histoire, loin de me douter que tu comptais partir sans me le dire », souffla Alex en s'avançant jusqu'à l'îlot central de la cuisine, quittant enfin l'entrée dans laquelle elle était restée jusqu'à maintenant.

« Si tu es en train de me reprocher de ne pas t'avoir adressé la parole après tout ce que tu as fait l'hôpital, tu peux faire demi-tour et partir d'ici », cingla l'étudiante en commerce.

« Ce n'est pas une accusation, je constate juste à quel point j'ai été bête. Tellement bête que tu étais prête déménager sans m'avertir alors qu'on sait toutes les deux qu'en temps normal, tu n'aurais jamais fait ça... », bredouilla Alex, sa lèvre inférieure s'étant mise à trembler alors que l'assurance dont elle avait réussi à faire preuve jusqu'ici s'était subitement envolée.

« T'auto-flageller n'excusera pas ce que tu as fait, Alex », répliqua la châtain en se passant une main lasse sur le visage. L'envie de croire que l'aînée des Danvers n'était pas la femme méchante et blessante qu'elle avait été un mois plus tôt, était en train de s'amenuiser en elle.

« Tu n'avais aucun droit de faire ce que tu as fait ce jour-là Alex, tu n'avais pas le droit d'interdire à Lena de voir Kara. Ce n'était pas à toi de prendre cette décision. Mensonge ou non, Luthor ou non, tu savais pertinemment qu'elle était amoureuse de ta sœur. Et maintenant, à cause de toi Kara pense que Lena l'a abandonné et ne l'a jamais aimé. Tout ça pour quoi ? Sois disant pour la protéger, mais à la place, tu as brisé le cœur de ta sœur et celui de ma meilleure amie par la même occasion. J'espère que tu es fière de toi ! »

Alex baissa les yeux en direction du sol, se triturant les doigts, clairement mal à l'aise. Elle était prise en faute. Elle avait merdé sur tous les points, elle le savait, mais que pouvait-elle faire ? Il était de toute façon trop tard pour revenir sur son comportement... Et puis au fond, elle ne regrettait pas tant que ça la partie concernant la milliardaire. Lena méritait de souffrir pour tout ce qu'elle avait infligé à Kara. Alex ne changerait certainement pas d'avis là-dessus.

« Réponds-moi ! », exigea Sam en se sentant perdre patience face au mutisme de la brune.

Cette discussion ne rimait à rien. Ce n'était juste qu'une perte de temps où Alex ne cessait de lui faire du mal, rien de plus.

Néanmoins, quelque chose la poussait tout de même à poursuivre sur sa lancée... Toujours ce même espoir illusoire de voir les choses s'améliorer mais qui d'un autre côté, menaçait à tout moment de faire imploser son cœur dans sa poitrine.

« Quoi ? Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? », s'emporta à son tour Alex qui ne supportait pas de voir la future maman, faire passer la jeune Luthor pour une victime alors qu'elle-même elle ne la considérait pas comme telle. Non, Lena était coupable. Coupable de tous ce qui leur arrivait aujourd'hui et l'aînée des Danvers ne pouvait pas lutter contre la colère qui grondait en elle à chaque fois qu'elle repensait à la milliardaire.

« Je veux que tu t'excuses Alex ! Je veux te voir regretter tes actes et tes paroles ! Je veux retrouver la femme que je pensais que tu étais ! Pas te voir me prouver que j'avais totalement tord sur toi ! », confessa Sam, la gorge nouée et les yeux soudainement devenus humides.

La future chirurgienne pinça les lèvres, incapable de répondre tant elle était stupéfaite par la déclaration de sa camarade. Sam était déçue d'elle, une chose qui lui était difficile à digérer. S'il y avait bien une autre personne qu'elle ne souhaitait pas décevoir, en dehors de Kara, c'était bien Sam

« Même si le fait que tu ne te sois arrêté qu'au nom de famille de Lena me répugne et que je ne cautionne absolument pas ta réaction envers elle, je peux concevoir que lui en veuille. Je sais que tu tenais à elle toi aussi et je te connais assez pour deviner que tu t'es senti trahis par son mensonge... », reprit Sam en comprenant qu'Alex ne lui répondrait pas. Mais cette fois-ci, l'étudiante en commerce n'avait que faire de ce nouveau mutisme auquel elle se heurtait. Tout ce qu'il lui importait désormais, c'était de de se confier sur la douleur qui l'étreignait depuis plusieurs semaines par sa faute. Alex devait comprendre tout le mal qu'elle lui avait fait en la rejetant de la sorte.

« ... Mais que tu t'en prennes à moi alors que je n'ai rien fais, mise à part tenir parole auprès de ma meilleure amie, ça c'est autre chose », assena-t-elle alors en s'avançant dans le séjour.

Elle ne s'arrêta qu'une fois posté à quelques centimètres d'Alex qui se vit obligée de reculer d'un pas, tant l'aura que dégageait Sam était menaçante.

« Ta façon de me regarder, ta façon de me parler, ta façon de me faire me sentir comme la pire des personnes alors que j'ai toujours été loyale envers tout le monde... », déblatéra Sam, en enfonçant un index accusateur contre la poitrine d'Alex à chacune des paroles qu'elle prononçait. « ... Ça, je ne l'oublierais jamais. Je n'oublierais jamais la manière dont tu m'as brisé le cœur Alex. Jamais ! »

Elle eut à peine terminé son discours, qu'elle éclata soudainement en sanglots, emportée par l'immense vague de tristesse que ses propres mots avaient provoqué en elle.

Voir Sam pleurer fut le déclic nécessaire à la Danvers pour se reconnecter à la réalité. En une dixième de seconde à peine, elle réduisit le peu d'espace qui subsistait encore entre elles et attira la châtain contre son corps. Instinctivement, Sam s'accrocha à la nuque d'Alex comme si la jeune femme avait été sa bouée de sauvetage dans la tempête de leur vie. Une tempête qu'Alex avait déclenchée, mais qu'elle comptait bien effacer de leurs esprits. Encore plus alors que le double sens caché derrière les dernières paroles de la jeune femme résonnait dans sa tête.

Se pouvait-il que Sam soit amoureuse d'elle ? Rien que de l'imaginer, elle sentait son estomac palpiter étrangement, de cette même sensation délicieuse qui l'avait déjà assailli sous la branche de gui à Midvale, l'hiver dernier. Une sensation qui l'avait à la fois désarçonnée et effrayée. Une sensation qu'elle avait néanmoins aimée, si bien est qu'elle avait tenté par tous les moyens de l'oublier après ça.

Mais alors qu'elle tenait Sam fermement dans ses bras, elle ne pouvait plus nier l'évidence. Si elle était bel et bien amoureuse de Maggie, il lui était forcé d'avouer, que Sam possédait elle aussi une partie de son cœur...

« Pour mon bien, sors de ma vie Alex. Je t'en supplie... », l'implora Sam d'une voix cassée par les sanglots qui continuaient de la traverser.

La bataille qui avait fait rage en elle depuis le début de leur discussion, s'était finalement terminée au moment même où les bras de la brune s'étaient refermés avec force sur sa taille. Elle avait lutté du mieux qu'elle avait pu, mais cela n'avait pas été suffisant. Rien ne pouvait surpasser le sentiment qui l'avait gagné, celui d'enfin avoir trouvé sa place, en étant ainsi blotti contre la jeune femme. Son amour pour Alex avait triomphé du ressentiment qui l'avait précédemment habité et quoique la Danvers lui dirait pas la suite, Sam savait qu'elle n'arriverait plus à se battre.

« Non », lui répondit avec fermeté la future chirurgienne qui se sentait désormais animée par une toute nouvelle force. « J'ai déjà failli te perdre une fois, je ne referais pas deux fois la même erreur Sam ».

La concernée hoqueta contre sa peau, sa tête toujours nichée dans le cou d'Alex. Sentant l'émotion qu'avait provoqué en elle, ses propos, la brune décida de déloger la jeune femme de sa place, décollant leurs deux corps pour venir prendre son visage en coupe entre ses mains. Aussitôt, face à face, les orbes noisette de l'étudiante en commerce se noyèrent dans celles chocolats de l'interne, lui laissant l'opportunité d'y lire toute la détermination bouillonnant désormais chez Alex.

« Ce que j'ai dit et ce que j'ai fait ce jour-là, je n'aurais jamais dû le faire, qu'importe la colère et le sentiment de trahison qui me traversait à ce moment-là. Je le regrette sincèrement, et même s'il est malheureusement trop tard pour revenir en arrière sache que je suis désolée. Tu ne méritais pas ça et j'espère réellement que plus personne ne te blessera comme j'ai pu le faire... »

La Danvers fit une courte pause, reprenant son souffle et effaçant de ses pouces, les larmes qui continuaient de ruisseler sur les joues de la châtain.

« Tu n'es ni une menteuse, ni une traitresse, ni une manipulatrice ou que sais-je d'autre. Mais TU ES une femme exceptionnelle Sam Arias et ne laisse personne te faire penser le contraire. Pas même moi. Surtout pas moi... »

Sam aurait voulu lui répondre, mais elle peinait à trouver ses mots. Elle était à la fois touchée par les paroles d'Alex et désarmée par la profondeur du regard qu'elle lui jetait.

« Je-... »

Le murmure qui s'échappa de sa bouche attira les yeux d'Alex sur ses lèvres. L'estomac de cette dernière se retourna alors que l'envie d'enfin succomber à la tentation se fit tout de suite plus présente en elle. Si elle avait su résister à sa pulsion durant les fêtes de Noël, aujourd'hui, elle était bien décidée à ne pas laisser passer sa chance. Bien plus encore, alors que la jeune femme allait sûrement s'en aller loin d'elle dans un futur beaucoup trop proche à son goût.

Ce fut donc entièrement portée par son désir qu'Alex ferma les yeux et approcha un peu plus son visage de celui de Sam.

Mais alors que le cœur de la future chirurgienne s'était furieusement emballé à l'idée de se baiser à venir, l'index que Sam lui avait précédemment planté dans le torse, se posa cette fois-ci avec beaucoup plus de délicatesse sur sa bouche, l'empêchant d'aller au bout de son geste.

Surprise, Alex rouvrit subitement les paupières et avisa la châtain avec incompréhension.

« Tu sais très bien que c'est impossible Alex », lui expliqua avec douceur la future maman, comme si elle avait lu dans ses pensées. « J'accompagne Lena à Metropolis, et toi... toi tu as Maggie. Tu l'aimes et tu finirais forcément par regretter ce moment d'égarement »

Etonnée et aussi gênée d'avoir été éconduite de la sorte, Alex se recula d'un pas tout en se massant fébrilement la nuque. Que pouvait-elle décemment répondre à ça ? Elle connaissait Sam et savait que cette dernière ne changerait pas d'avis. Et peut-être que c'était mieux ainsi ? Peut-être n'étaient-elles tout simplement pas destinées à être ensembles...

« Tu as sûrement raison », admit-elle finalement même si elle n'en pensait pas un mot. « Je suis désolée... »

« Ce n'est rien », répliqua avec bienveillance Sam.

Pour la première fois depuis le début de leur discussion, un sourire se fraya une place sur le visage de la châtain, et cela malgré la peine qu'elle ressentait à l'idée d'avoir ainsi repoussé la femme qu'elle aimait. Mais qu'aurait-elle pu faire d'autre ? Embrasser Alex n'aurait fait qu'entretenir l'espoir qu'elle avait d'un jour pouvoir avoir une chance avec elle et elle refusait de vivre avec ça. Elle devait juste arrêter de croire que son désir le plus profond finirait par se réaliser. Cela valait mieux pour elle.

« Mais je veux juste que tu saches que peu importe la distance qui se dressera bientôt entre nous, je serais toujours là pour toi Sam. Toujours, quoi qu'il se passe, quel que soit l'heure ou l'endroit, je te promets de te soutenir », affirma Alex en espérant que Sam ne remettrait pas en doute sa sincérité.

« Si une dispute aussi forte soit-elle n'a pas pu nous séparer, ce ne sont pas quelques milliers de kilomètres qui le feront Alex », déclara à son tour Sam sans se départir du sourire franc qu'il l'avait précédemment gagné, rassurant ainsi son amie.

Fin flashback

Et alors que Sam avait peiné à tenir la promesse qu'elle s'était faite à elle-même de ne plus se laisser aller à ses sentiments pour Alex, cette dernière elle, n'avait eu de cesse de d'honorer son serment. Malgré son assentiment pour Lena qui partageait la vie de la châtain au quotidien, la chirurgienne avait épaulé la jeune Arias tout au long de ces cinq dernières années et lui avait prouvé qu'elle ne s'était jamais trompée sur sa personne. Alex était une femme merveilleuse même si elle était parfois beaucoup trop bornée pour le bien de ses amis.

A cette pensée un petit rictus étira les lèvres de Sam qui avait redémarrer sa voiture et repris la route, prête à rejoindre la brune à l'hôpital. Alex ne l'avait jamais laissé tomber et la jeune commerciale comptait bien lui rendre la pareille.


Pénitencier de Strycker's Island.

Lex Luthor était en train de lire le dernier numéro du Daily Planet, installé dans sa cellule. Même s'il n'en montrait rien, il était intérieurement en train de fulminer. Le dernier achat de Lena faisait le gros titre du célèbre journal. Les journalistes de Metropolis semblaient se réjouir de la nouvelle collaboration entre la riche scientifique et leur collègue très prometteuse de Catco, Kara Danvers. Lex eut un haut-le-cœur en voyant ainsi le nom des Luthor et celui de la cousine de Clark Kent, trônant ainsi côte à côte dans l'article. Après tous les efforts qu'il avait mis en œuvre pour les éloigner l'une de l'autre, il n'en revenait pas d'apprendre que Lena était de retour à National City. C'était même pire que tout ce qu'il avait imaginé.

Il serra les dents et reposa le journal devant lui, s'en prendre le temps de terminer sa lecture. Il n'en avait plus l'envie bien trop déçue par les derniers choix de vie de sa cadette.

Mais, si le dernier plan qu'il avait élaboré se déroulait comme prévu, il ne se gênerait pas de rectifier son erreur de jugement. Il avait peut-être sous-estimer Lena, mais il ne manquerait pas de lui faire regretter de s'être ainsi dressée contre lui.

Une nouvelle idée était d'ailleurs, déjà en train de germer dans son crâne. Sans le savoir, la brune venait de lui offrir une occasion en or de s'emparer de quelque chose qu'il convoitait depuis de longues années. Et s'il s'y prenait bien peut-être qu'il réussirait même à séparer les deux femmes, pour de bon...

Des bruits de pas qui raisonnèrent soudainement dans le couloir s'étendant derrière lui, l'arrachèrent à ses réflexions. Sans se retourner, il jeta un regard à la montre accrochée à son poignet et un sourire satisfait déforma ses lèvres.

« Pile à l'heure », souffla-t-il.

Les pas se rapprochèrent puis furent remplacer par le son métallique d'une clé qu'on glisse et qu'on tourne dans une serrure.

Lex se leva de sa chaise puis fit volte-face au moment où les portes de sa cellule s'ouvrirent dans un fracas. Il ne s'inquiéta pourtant pas du raffut que sa libération venait de causer et s'approcha de l'homme qui l'attendait en dehors de sa geôle.

« Salut boss, content de vous revoir », déclara Otis Grave avec un enthousiasme presque niais, qui fit rouler des yeux le Luthor.

« Où sont les gardes ? », se contenta de demander le chauve en guise de simple réponse à l'accueil chaleureux du jeune homme.

« Tous mort ou de votre côté boss »

« Et le directeur de la prison ? »

« En train de se chier dessus dans son bureau », répliqua Otis dans un rictus moqueur, s'imaginant parfaitement la peur qui devait habiter le vieil homme alors que la moitié de son personnel gisait désormais au sol.

« Très bien », le félicita Lex en prenant le chemin de la sortie, un rictus carnassier étirant désormais ses lèvres. « En route pour la liberté ! »


Bon Lex s'est échappé de prison, et Alex et Maggie sont au bord de la rupture... ou pas, tout peut encore arriver :p
Le prochain chapitre arrivera dans une durée indéterminée (comme d'habitude) mais je vous laisse avec les grandes idées clés de ce futur chapitre, nous aurons donc : le retour d'un ancien personnage, une pendaison de crémaillère et une engueulade (encore haha)
Je vous laisse faire vos hypothèses ;)
Sur ce, prenez soin de vous et à bientôt :D