Hey ! :D Je dois encore une fois m'excuser pour cette période sans publication... mais me revoilà et normalement pour de bon cette fois ! La suite est enfin là et avec elle, le fameux choix que fait Kara ! Alors a votre avis, elle laisse une seconde chance a Lena ou pas ? Je vous laisse le découvrir ;)
Amaguiz : Hey ! J'espère que ce nouveau chapitre te plaira et qu'il sera moins frustrant que le précédent ! Et si ça peut te rassurer, William ne va bientôt plus faire partie du paysage :p Je te souhaite une bonne lecture et à la prochaine ! :)
KmillE822 : Hey :D Je suis toujours aussi contente de voir que cette histoire te plait ! Bon, nouveau chapitre, sans suspens promis et qui nous met sur la bonne voie pour un happy end... enfin je crois :p C'est vrai qu'il est chiant ce William mais qu'est-ce que c'est drôle de le ridiculiser :p promis on ne va bientôt plus le revoir ;) Par contre je ne vais pas pouvoir exaucer tes souhaits de réconciliation entre les sœurs et de bisou entre Alex et Sam dans ce chapitre, mais ça viendra à un moment ou à un autre d'ici la fin de la fic ;) Voilà, j'espère que ce chapitre là te plaira autant que le précédent, à tout bientôt et bonne lecture ! :)
Chapitre 26
« Nous devions nous aimer,
c'était écrit là-haut.
Les âmes sœurs finissent par se trouver
quand elles savent s'attendre »
~ Théophile Gautier
La dernière barrière autour de son cœur avait cédé. Elle avait laissé les murmures de sa raison derrière elle et avait accepté de laisser une seconde chance à Lena.
Et maintenant... Maintenant elle était en panique. Son cœur battait la chamade entre ses côtes alors qu'elle se tenait devant la porte de l'ancien appartement de la brune. Elle était à la fois surprise de découvrir que la jeune femme ne l'avait pas vendu en quittant National City et anxieuse de se trouver ici. La dernière fois qu'elle avait frappé à cette porte, sa vie avait basculé du tout au tout. Peut-être qu'aujourd'hui aussi tout basculerait à nouveau ? Mais en bien cette fois-ci ! Tout du moins, elle l'espérait...
La jeune Danvers se mordit la lèvre inférieure. Oui, elle avait envie que les choses changent entre elles. Maintenant qu'elle s'était confiée sur tous les sentiments négatifs qui lui avaient tenaillé la poitrine durant ces cinq dernières années, elle était enfin prête à avancer et à voir leur relation évoluer. Elle était prête, oui, mais cela n'enlevait en rien la peur qui l'habitait toujours lorsqu'il était question de sa relation avec la brune.
Cinq minutes déjà qu'elle se tenait devant la porte de Lena, et elle n'avait toujours pas daignée bouger un muscle. Elle se sentait ridicule. Elle allait finir par se mettre en retard alors même qu'elle avait rejoint l'immeuble de la Luthor avec un peu d'avance.
Elle ferma brièvement les yeux. Son esprit lui imposa ses retrouvailles de la veille avec son ancienne meilleure amie. Elle repensa à la horde de larmes sur ses joues, à la sensation qui l'avait envahi lorsque Lena l'avait serré dans ses bras, aux soubresauts de son cœur lorsque leurs deux corps s'étaient collés l'un à l'autre pour une courte étreinte. Elle repensa à ses propres mots, ceux-ci même qui lui avaient échappé dans un simple murmure, une réponse courte mais efficace : « j'accepte ». Elle repensa aux frissons qui l'avaient parcouru puis au sentiment de bien-être qui s'était diffusé en elle comme une vague sur la côte, d'abord doucement puis avec plus de force. La vérité était juste là, cachée derrière ce frémissement : elle était amoureuse de Lena et rien de ce qu'elle ne pourrait faire, ne saurait changer cela. Et ce constat, elle l'acceptait enfin. Elle en avait fini de fuir, fini de le garder pour elle, elle allait baisser chacun des remparts derrière lesquels elle passait son temps à se cacher et qu'importe le temps que cela lui prendrait, elle rebâtirait sa relation avec Lena. Elle allait reconquérir la jeune femme. Elle lui ferait oublier ces cinq dernières années passées à se déchirer, elle lui prouverait que malgré toute sa colère précédente, elle l'aimait. Elle l'avait toujours aimé. Ses sentiments n'avaient jamais disparu, ils étaient simplement passés en arrière-plan.
Elle rouvrit les yeux. Elle était prête et cette fois pour de bon. Elle leva le poing, décidée à toquer. Elle allait le faire. Elle le voulait. Pourtant, malgré toute sa bonne volonté, sa main resta suspendue dans les airs, son geste venait d'être intercepté par le ding sonore avertissant de l'ouverture des portes de l'ascenseur, situé au bout du couloir. Le silence précédent fut alors remplacé par le bruit caractéristique d'une paire de talons sur le sol. Le rythme était rapide, témoignant que la personne était pressée. Le bras de Kara retomba mollement le long de son corps. Elle n'avait pas besoin de se retourner pour deviner l'identité de la nouvelle venue. Cette façon de se mouvoir, elle l'aurait reconnu entre mille.
« Kara ?! », la voix de Lena résonna dans le couloir, à mi-chemin entre la surprise de la trouver déjà-là et l'indignation d'arriver elle-même en retard.
La concernée se mit bêtement à sourire. Le claquement lui, se fit plus pressant.
« Je suis désolée, je suis allée nous chercher à manger, ils avaient du retard », expliqua rapidement Lena presque à bout de souffle alors qu'elle arrivait enfin devant Kara. « Ça fait longtemps que tu es là ? »
Le regard de la jeune Danvers se posa d'abord sur les deux sachets en papier que tenait Lena dans chacune de ses mains, puis passa sur sa jupe crayon noir, remonta sur sa chemise en satin bordeaux, pour finir son trajet dans les orbes émeraude de la jeune femme. Son cœur se mit à battre à tout rompre, elle était magnifique. A tel point qu'elle en oublia momentanément que la brune lui avait posé une question.
« Kara ? », l'interpella Lena, un rictus amusé sur les lèvres.
« Hum quoi ? »
« Tu m'attends depuis combien de temps ? »
La blonde perdit une seconde fois l'usage de la parole. Mais, dans le cas présent, la raison était toute autre. Comment lui dire qu'elle ne l'attendait pas vraiment puisqu'elle s'était mise à paniquer avant de se perdre tout simplement dans ses pensées ?
« Euh... Je-euh... Non », bafouilla-t-elle, soudainement mal à l'aise.
La brune l'avisa en plissant légèrement les yeux.
« Kara, quand on s'est dit hier qu'on ne voulait plus de mensonge entre nous, ça valait aussi pour toi », la réprimanda faussement Lena dans un sourire attendrie. Elle faisait référence aux quelques paroles qu'elles avaient eues l'occasion d'échanger après que Kara ait accepté de laisser une seconde chance à leur relation. Leur petit moment de bonheur n'avait cependant pas duré longtemps, écourtée par l'arrivée en furie d'une Sam paniquée de ne pas les voir quitter les toilettes pour rejoindre leur tablée, après de longues minutes d'absences.
« Tu marques un point », concéda Kara dans un petit soupir. « La vérité, c'est que je suis là depuis une petite dizaine de minutes, mais je n'ai même pas osé toquer »
« Et pourquoi ça ? », demanda Lena dont les sourcils s'étaient froncés d'incompréhension.
« Parce que je suis anxieuse à propos de cette soirée... »
« Tu regrettes ? », s'enquit la brune avec un empressement qui ne laissait aucun doute sur sa peur de voir Kara tout annuler à la dernière minute.
« Non ! Bien sûr que non ! », s'exclama tout aussi rapidement la jeune Danvers. « Je veux juste que cette soirée se passe bien, c'est tout »
« Il n'y aucune raison pour que ça se passe mal », affirma la milliardaire en avançant vers sa porte d'entrée, une main dans son sac à main à la recherche de ses clés d'appartement. « Tu es là, je suis là, et on a de la nourriture »
Accompagnant ses paroles d'un geste, elle tendit les sachets de nourriture à Kara. Le post-it indiquant le numéro de commande et le nom de Lena, fixé sur un des sachets se décolla lorsque la blonde réceptionna la nourriture. Elle le regarda tomber au sol, là où se trouvait auparavant le paillasson. Là, où s'était trouvé l'espace d'un instant, la lettre qu'elle lui avait écrite. Est-ce que Lena l'avait lu ? Est-ce qu'elle l'avait même ramassé ? Kara se l'était souvent demandé... Peut-être que l'occasion d'en discuter se présenterait à elle ce soir.
« Tu viens ? », l'interpella gentiment Lena, la faisant sortir de sa torpeur.
La milliardaire avait déverrouillé sa porte et attendait patiemment qu'elle daigne rentrer dans l'appartement. Kara acquiesça et se remit en mouvement. Elle devait laisser les souvenirs douloureux du passé, derrière elle. Elle le devait vraiment !
Lena referma la porte derrière elles et Kara s'avança jusqu'à la cuisine pour déposer leur repas du soir sur l'îlot. Ses yeux bleus parcoururent rapidement l'ancien appartement de la brune. L'endroit était presque vide. Subsistait juste les quelques meubles de la cuisine, le frigo, le four et les deux canapés du salon. La télé, la table basse, et même les chaises de bar, avaient disparu.
« Désolé, il ne reste que le strict minimum... », souffla Lena comme si elle avait lu dans les pensées de la blonde. « Mais je voulais vraiment qu'on passe une soirée tranquille sans risquer d'être dérangé par Sam, Ruby ou... Alex »
Alors c'était chez Sam et Lena que se cachait sa sœur ? Kara n'aurait clairement pas parié là-dessus. Surement plus sur une des chambres de garde de l'hôpital, mais elle était contente de voir que les choses étaient en train de rentrer dans l'ordre pour tout le monde. Leur petite bande allait enfin se reconstituer pour de bon. Elle se mit à sourire, son cœur se gonflant d'allégresse.
Lena fit le tour de l'îlot, se retrouvant en face d'elle tout en lui lançant un regard interrogateur. Elle attendait clairement une réponse à sa remarque précédente et sûrement voulait-elle comprendre ce qui la rendait soudainement si joyeuse.
« C'est parfait, Lena », déclara la blonde sans se départir de son immense sourire. « Tu l'as dit toi-même, le plus important c'est toi, moi et la nourriture »
Un léger rire s'échappa des lèvres de la brune. Elles échangèrent un rapide coup d'œil empli d'une complicité qui leur avait manqué à toutes les deux et Kara finit par se tourner en direction du salon, les joues rouges.
Derrière elle, Lena déballa ses commandes : raviolis chinois et Big Belly Burger. C'était simple, mais c'était tout ce que Kara aimait le plus. Elle espérait juste que ses goûts alimentaires n'aient pas changé. Elle observa brièvement Kara dont le regard s'était perdu sur la vue de la ville s'étendant à travers la baie vitrée. Voyant que la jeune femme s'était une fois de plus perdue dans ses pensées, elle se dirigea vers le frigo pour en sortir la bouteille de vin qu'elle avait mis au frais un peu plus tôt dans la journée. Elle était passée en amont et en avait profité pour faire un peu de ménage alors qu'elle n'avait pas remis les pieds ici depuis cinq ans. Elle soupira discrètement. Cinq ans qu'elle gardait un appartement pour rien. Personne n'était au courant, pas même Sam. Mais la vérité, c'est qu'elle n'avait jamais réussi à s'en séparer. La majorité de ses meilleurs souvenirs se trouvaient ici. Surement le pire aussi... Elle se sentit chanceler face aux souvenirs de Lillian à la porte en train de parler à Kara. Elle repensa à la panique et au sentiment d'impuissance qui l'avait envahi lorsqu'elle avait vu la blonde tourner les talons pour s'enfuir sans qu'elle ne puisse rien faire pour la retenir. Ses poings se resserrèrent avec force sur le bord du plan de travail. Plus jamais elle ne laisserait Kara partir de la sorte. Plus jamais elle ne la laisserait partir tout court. Elle s'en fit la promesse.
Elle prit une profonde inspiration, chassa sa colère précédente et entreprit de remplir de vin, deux verres qu'elle avait subtilisés dans la maison qu'elle partageait avec Sam.
« On mange sur le canapé, ça te va ? », lança-t-elle lorsqu'enfin Kara se détourna des buildings de la ville pour laisser ses orbes azures se poser sur elle.
« J'ai une meilleure idée », affirma la journaliste dans un rictus espiègle.
Lena la dévisagea, un sourcil haussé. Avait-elle le droit d'avoir peur de cette fameuse idée ?
« Je sais que tu n'habites plus ici, mais est-ce que malgré tout, tu as une couverture qui traîne quelque part ? »
Sans poser de question, la milliardaire délaissa la cuisine pour se diriger dans son ancienne chambre. Son lit trônait toujours au centre de la pièce. Elle l'avait laissé lui aussi, se disant que si un jour – comme aujourd'hui – elle se décidait à revenir dans son appartement, elle pourrait y passer la nuit. Elle avait prévu le coup, se doutant qu'elle n'aurait aucune envie de faire le trajet jusqu'à la maison lorsque la blonde partirait et en plus des verres, elle avait pensé à apporter des draps, deux oreillers et une couette. Elle attrapa cette dernière et rebroussa chemin jusqu'au salon.
« Je n'ai que ça », annonça-t-elle.
Kara se précipita vers elle et réquisitionna l'épaisse couverture. Elle ne prononça aucun mot, se contentant de mettre en place l'idée qui lui avait traversé l'esprit un peu plus tôt. Elle étendit la couette sur le sol et rapprocha les canapés pour qu'ils forment un angle droit. Une fois que ce fut chose faite, elle retira ses talons et s'installa sur le sol, s'adossant contre l'assise d'un des deux sofas, le tout dans un sourire rayonnant.
« Voilà, on est paré pour un pique-nique »
« Un pique-nique ? », répéta la brune clairement dubitative. « Tu sais qu'on est dans un appartement ? »
« Et alors ? », répliqua la Danvers presque offusquée par la réponse de la milliardaire. « Est-ce qu'il y a une règle interdisant de pique-niquer à l'intérieur ? Je ne crois pas... En plus la vue est juste magnifique ! »
D'un mouvement de tête, elle indiqua la baie vitrée face à elle. Le ciel si bleu et sans nuage de la journée était en train de se teinter de couleurs flamboyantes signe que le soleil cédait peu à peu sa place à la lune et aux étoiles que Kara appréciait tant.
« On est clairement mieux ici que dans un parc », conclut Kara, ne laissant aucune chance à Lena d'argumenter. Elle n'en aurait de toute façon pas eu l'envie. Il lui avait suffi de voir les yeux de la journaliste scintiller de bonheur et de fierté pour savoir que son idée était très bonne et qu'elle allait l'accepter qu'importe sa perplexité précédente.
Son regard s'attarda encore une poignée de secondes sur la blonde, son rythme cardiaque s'accélérant subitement, puis elle se remit à bouger. Elle déposa leurs victuailles sur la couette puis repartie dans sa chambre. Elle revint dans le salon cette fois-ci munie de ses oreillers et d'un épais carnet relié de cuir. Elle offrit un coussin à Kara qui le calla entre le canapé et le bas de son dos, et s'installa à son tour sur le sol, déposant le livre à ses côtés.
Le regard curieux de Kara se posa dessus, et Lena s'attendit à tout moment à la voir lui poser des questions. Il n'en fut cependant rien. La journaliste se contenta d'attraper leur verre de vin et de lui en tendre un.
« Et si on trinquait ? », suggéra la jeune Danvers.
« Trinquer, à quoi ? », l'interrogea la brune en dissimulant tant bien que mal un nouveau sourire. Elle avait bien une petite idée de ce à quoi elle avait envie de trinquer, mais il subsistait toujours cette peur en elle, de ne pas être sur la même longueur d'onde que Kara.
« A notre réconciliation. A nos retrouvailles. A notre amitié et-... », Kara se stoppa d'elle-même. Elle avait terriblement envie de se confier sur ses sentiments toutefois, elle savait aussi que ce n'était pas le bon moment pour s'épancher là-dessus. Il y avait encore trop de choses qu'elles ne s'étaient pas avoué, trop de non-dits et de secrets non dévoilés. « Et à l'avenir de notre relation », termina-t-elle finalement dans un murmure. Elle espérait juste que Lena comprendrait le message caché derrière cette conclusion.
« A nous », résuma Lena en entrechoquant doucement son verre contre celui de la journaliste.
« A nous », répéta rêveusement Kara en lui lançant tout de même un sourire resplendissant.
Leur soirée commençait divinement bien.
Une heure plus tard, le soleil n'était plus qu'un lointain souvenir et il ne restait plus sur le sol que les emballages vide de nourriture. Kara avait comme à son habitude dévorée son repas, et Lena s'était sentit une fois de plus rassurée. La journaliste n'avait peut-être pas changé plus que ça, comme elle avait pu en douter la veille. Certes, la jeune femme avait muri, c'était un fait, mais la milliardaire retrouvait assez facilement la Kara de 22 ans derrière ses mimiques, et sa façon de s'exprimer. La jeune Danvers était toujours aussi gauche et pleine de maladresse et retrouver cette facette de la femme qu'elle aimait avait fait exploser un feu d'artifice dans sa poitrine.
Tout semblait revenir sur le droit chemin pour elles. Leur alchimie était toujours bien présente. Les rires avaient fusé dans tous les sens, mais les conversations sérieuses n'avaient pas été réellement abordé. Pas encore tout du moins. Seul le sujet d'Alex avait été mis sur le tapis, au travers la relation qu'elle entretenait avec Sam et la certitude qu'elles partageaient de les voir un jour se mettre en couple. Lena avait aussi gentiment tenté de convaincre Kara de pardonner son aînée, mais la blonde avait rapidement éludé le sujet en changeant habilement de conversation. La milliardaire n'avait pas souhaité insister et leur soirée s'était poursuivie sur une note plus fraîche.
Mais voilà, malgré le bonheur de Lena de retrouver sa complicité avec Kara, elle ne l'avait pas invité à dîner pour parler des futilités en tout genre de la vie. Bien au contraire. Elles devaient se parler à cœur ouvert et avoir une sérieuse discussion toutes les deux, si elles souhaitaient vraiment voir les choses évoluer entre elles.
Après avoir avalé une dernière gorgée de son verre de vin, la brune le reposa sur le sol et attrapa l'épais carnet laissé derrière elle. Les pupilles se Kara se teintèrent à nouveau de curiosité, mais comme précédemment, elle ne fit aucun commentaire. Pourtant, Lena aurait aimé que la journaliste lui pose les questions qui lui traversaient l'esprit, cela l'aurait aidé à ouvrir son carnet et à lui confier de tout ce qu'il contenait sans avoir à lutter avec la boule qui grossissait dans sa gorge.
Kara comprit son trouble et sans que Lena n'ait le temps de l'inviter à s'installer à ses côtés, elle vint se caller au plus près d'elle. Elles étaient même si proches que leurs coudes et leurs jambes se touchaient sans même qu'elles n'aient besoin de bouger. Lena n'avait pas souvenir de s'être retrouvé si près d'elle depuis une éternité mais cela lui fit le plus grand bien. Elles échangèrent finalement un regard puis un sourire avant de détourner leur attention sur le petit livre emprisonné entre les mains tremblantes de la brune.
Kara ne réfléchit pas avant d'apposer avec douceur sa main droite sur un des poignets de Lena.
« Je peux ? », demanda-t-elle en indiquant le carnet d'un mouvement de tête.
Lena acquiesça et s'en sépara presque avec soulagement. Ce serait plus simple pour elle si c'était Kara qui tournait les pages. Ce qu'il y avait dans ce carnet, la rendait nostalgique d'une vie dont elle n'avait aucun souvenir. D'une vie qui aurait pu être la sienne aujourd'hui, si le destin n'en avait pas fait qu'à sa tête... Et ce constat pourtant si simple avait le don de l'ébranler à chaque fois qu'elle avait le malheur de reposer les yeux sur le petit ouvrage. Néanmoins, si elle voulait une véritable chance d'être sincère avec Kara, elle se devait de lui parler du contenu de ce carnet.
Un silence les enveloppa pendant un court instant, durant lequel Kara, pensive, laissa son index caresser la couverture en cuire du livre. Elle s'attarda plus longuement sur les contours de l'étrange symbole imprimé en relief sur le dessus de la reliure : un cercle orné d'une sorte de triangle aux traits courbes et entrelacés si bien que Kara n'arrivait pas à savoir où la forme commençait et où elle prenait fin. Un peu comme pour le signe de l'infini
« Qu'est-ce que ça représente ? », la questionna la journaliste.
« C'est une triquetra, un nœud celte de protection. Ces trois sommets font référence à une triade, ici, c'est pour mon père, ma mère et moi », lui expliqua Lena dans un murmure enroué.
Kara se figea, les yeux écarquillés. Pourquoi venir gâcher ce moment en évoquant Lionel et Lillian ? Et pourquoi Lex n'était-il pas compris dans l'équation ? Sans parler de la soudaine tristesse brillant dans les pupilles émeraude de la brune... De la tristesse, ou bien de la gêne –celle d'évoquer les Luthor devant elle peut-être ? – Kara n'arrivait pas à trancher et s'en était d'autant plus déstabilisant.
« Est-ce que tu te souviens de ce que je t'ai dit avant de partir, cinq ans plus tôt ? », reprit Lena, toujours avec ce même trémolo ampli d'incertitude dans la voix.
Kara hocha la tête. Leur conversation était ancrée dans son esprit et elle se souvenait de leurs adieux comme s'ils avaient eu lieu la veille.
« Alors tu te rappelles que je suis née en Irlande ? »
Un nouveau hochement de tête de la part de la Danvers. Elle s'en souvenait parfaitement. Les billets d'avion que la brune lui avait offert et qu'elle n'avait jamais utilisé, l'avaient nargué pendant plusieurs mois. Sans compter ses nombreuses recherches internet, infructueuses. Le web était resté vierge de toute information personnelle sur la cadette des Luthor pendant très longtemps. Encore aujourd'hui, les renseignements restaient succincts. Sa biographie Wikipédia par exemple, ne tenait qu'en quelques lignes à peine et décrivait ce que tout le monde savait déjà : sa filiation avec les Luthor et sa relation avec l'héritier des Spheer. Les autres sites, n'offraient rien de plus et lui prêtait même Metropolis comme lieu de naissance...
« Toute la vérité sur qui je suis réellement, tient là-dedans », ajouta Lena, en tapotant la couverture du livret de son index. « Ouvre-le »
La journaliste ne perdit pas une seconde et s'exécuta. En haut de la première page, la blonde eut l'occasion de poser ses yeux sur une écriture fine si semblable à celle de Lena. Mais quelque chose lui disait que ce n'était pas la sienne.
« Lena Kieran », lut Kara dans une voix remplie d'étonnement. « Je ne comprends pas, Kieran, je croyais que ce nom était un faux... »
« Pas tout à fait, je ne l'ai porté que pendant 4 ans, 5 si on compte l'année que l'on a passé ensemble »
« Okay... Tu m'as perdu, je ne comprends absolument rien », soupira la blonde en laissant son regard divagué sur le polaroid scotché sur la page qui montrait un bébé emmailloté dans une couverture. Un bébé, qu'elle devinait être Lena.
« Où sont passés l'esprit de déduction et la logique de Kara Danvers ? », se moqua gentiment la Luthor.
« Quand ça te concerne, je n'arrive plus à raisonner normalement », déclara Kara avec un naturel qui déconcerta Lena, à tel point qu'elle en perdit ses mots, et même le petit rictus amusé qui s'était précédemment figé sur ses lèvres.
« Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ? », s'enquit prestement la journaliste en s'apercevant du soudain mutisme de la brune.
« Rien, rien, laisse tomber », lui assura Lena qui avait réussi rassembler ses esprits.
Kara la scruta d'un air suspicieux avant d'être rappelé à l'ordre par la milliardaire qui tourna à sa place, une nouvelle page du carnet. La blonde délaissa son observation du doux visage de celle qu'elle aimait pour poser les yeux sur un second polaroid. Ce fut à son tour de rester sans voix...
Ses yeux alternèrent entre Lena à côté d'elle et la femme qui prenait fièrement la pose sur la photographie. Elles se ressemblaient comme deux gouttes deux, s'en était terriblement déconcertant. Les mêmes cheveux de jais, le même sourire étincelant, le même éclat dans le regard... La seule différence était la couleur de leurs iris. Là où Lena avait les yeux aussi verts que les plaines d'Irlande, l'autre brune, elle, avait des yeux aussi bleus qu'un ciel d'été.
« Je te présente Erin Kieran, ma mère », annonça Lena d'une voix rendue rauque par l'émotion qui la gagnait. « Ma vraie mère... »
« Je... Tu... », bégaya Kara, incapable de dire ce qui la choquait le plus entre la révélation que venait de lui faire son amie et la ressemblance plus que frappante entre la mère et la fille.
Lena se mit à rire face à la réaction de la blonde, le poids qui s'était abattu sur sa poitrine en voyant le cliché de sa mère se faisant subitement plus léger. Kara avait toujours eu le don de l'apaiser et cela ne semblait pas avoir changé.
« Tu as été adopté par les Luthor ? », réussit finalement à formuler la Danvers après avoir retrouvé un peu de contenance.
La milliardaire ne répondit pas, se contentant de passer à la page suivante. La nouvelle photo qui s'afficha à présent sous les yeux de Kara, montrait une Lena de quelques mois à peine, serrée contre la poitrine d'Erin, elle-même enlacée dans les bras d'un homme. Un homme aux cheveux roux savamment gominés vers l'arrière et aux yeux émeraude, que la journaliste reconnue comme étant Lionel Luthor... Ce même Lionel qui était, au vu de la date annotée sous le cliché, déjà marié à Lillian et papa d'un petit garçon. La blonde eut un temps d'arrêt, essayant d'assimiler la nouvelle information, assemblant lentement, mais sûrement les pièces du puzzle. Le regard amoureux que l'homme d'affaires lançait à Erin ne laissait pourtant aucun doute sur la nature de la relation qu'il entretenait avec elle. Cela voulait donc dire que...
« Mon père a trompé Lillian », dévoila la PDG, devançant la réponse qu'allait lui fournir Kara.
« Donc Lillian n'est que ta belle-mère et Lex, ton demi-frère ? »
La brune acquiesça et une nouvelle horde de question fusa dans la tête de la journaliste, dont une plus précisément : pourquoi Lena s'était retrouvée à vivre, chez les Luthor, à des milliers de kilomètres de chez elle ? Cependant, elle n'osa pas lui demander de but en blanc, préférant lui laisser l'opportunité de lui raconter son histoire a son rythme. Au fond d'elle, la jeune Danvers sentait que la réponse à la question qui prédominait dans son esprit n'était peut-être pas si joyeuse que cela. Peut-être que Lillian avait fait pression pour séparer la mère et la fille ? Peut-être qu'Erin n'était pas la mère aimante qu'elle paraissait être ? Ou peut-être lui était-il arrivé quelque chose de grave ? Un accident, une maladie, un meurtre... ? L'estomac de Kara se contracta désagréablement, rien que d'y songer.
« Mes parents se sont rencontrés lors d'un voyage à Londres », lui expliqua alors Lena, répondant ainsi à une des questions qui avait traversé l'esprit de la blonde. « Ma mère y était avec des amies et mon père pour affaires. Ils se sont croisés dans un pub et ça a été le coup de foudre... Enfin c'est ce que ma mère a écrit dans un de ses journaux intimes dont j'ai hérité à la mort de mon père... Sans ça, je n'aurais que très peu de souvenir d'elle... »
Sa voix mourut dans sa gorge et Kara comprit que son mauvais pressentiment précédent était justifié. Elle lâcha le petit carnet, ne le tenant plus qu'à une main, pour laisser ses doigts libres, se glisser entre ceux de Lena, tentant à travers ce geste de lui insuffler le peu de courage qu'il semblait lui manquer pour poursuivre son récit.
« J'ai apparemment été conçue pendant ce voyage », un maigre sourire éclaira le visage pâle de Lena et Kara resserra un peu plus sa prise sur sa main. « Mon père est reparti aux Etats-Unis quelques jours plus tard, sans penser une seule seconde qu'il avait pu mettre enceinte ma mère... Heureusement, ils avaient décidé de garder contact et d'échanger leurs adresses mail avant de rentrer chacun dans leurs pays respectifs... Etrangement, mon père a bien pris la nouvelle de la grossesse de ma mère et a assumé son rôle du mieux qu'il a pu. Il était présent à ma naissance, et nous rendait visite le plus souvent possible »
Comme pour appuyer ses propos, Lena encouragea Kara à tourner les pages du petit album désormais posé sur ses genoux, laissant défiler devant elles, différentes photos de la petite famille qui semblait rayonner de bonheur malgré la distance qui leur était parfois imposée. Elles rigolèrent devant certains polaroids où la petite Lena excellait par ses pitreries et Kara, même si elle ne lui avoua pas, fut plus d'une fois attendrie par la bouille angélique de la fillette qu'avait pu être la jeune femme à ses côtés.
Leurs doigts toujours liés et plus complices que jamais, elles arrivèrent à la fin du carnet. Lena avait quatre ans sur la dernière photo et prenait la pose devant un lac où les rayons du soleil se reflétaient à la surface, d'une façon presque irréelle.
Juillet 2002, lut intérieurement Kara avant que Lena ne referme sèchement le carnet, ne pouvant supporter la vue de cette photo plus de quelques secondes. Son geste fit sursauter la journaliste qui détourna son attention sur elle, la dévisageant d'un regard plein de surprise auquel Lena répondit par une petite moue désolée, ses deux émeraudes brillant d'un chagrin qu'elle semblait vouloir retenir à tout prix.
« Lillian n'a rien su de la liaison qu'entretenaient mes parents, jusqu'à ce que je me retrouve obligé de venir vivre à Metropolis avec mon père », Lena reprit son récit, continuant de faire comme si son cœur n'était pas sur le point de se briser en miette à la simple idée de penser à ce qu'elle allait raconter à Kara.
« Pourquoi ? », osa demander la blonde, du bout des lèvres.
« Parce que... parce que ma mère est morte le jour de notre dernière sortie au lac. Elle s'est noyée et personne n'a rien pu faire pour la sauver... JE n'ai rien pu faire... »
Ses derniers mots mirent subitement Kara dans une colère noire. Lena ne pouvait pas se blâmer pour la mort d'Erin, elle n'avait pas le droit !
« Lena, tu n'avais que qu-... »
« Mon père a très rapidement été mis au courant », poursuivit Lena, coupant la journaliste dans ce qu'elle s'apprêtait à lui dire, refusant d'entendre des mots qu'on lui avait souvent répétés, mais qu'elle ne se sentait pas digne de recevoir. Encore moins de la part de la jeune Danvers. « Il est directement venu me chercher pour m'amener en Amérique avec lui. Il a tout révélé à Lillian et m'a présenté Lex... Mon frère a été mon seul allié dans cette famille jusqu'à ce que sa folie et sa soif de pouvoir prenne le dessus sur la bienveillance dont il avait su faire preuve avec moi. Lillian, elle, ne m'a jamais aimé, et dans le fond, je la comprends même si j'ai toujours cherché à lui plaire par tous les moyens que ce soit. Et mon père, mon père que j'avais toujours connu aimant et devenu distant et s'est enfermé dans son travail à Luthor Corp. Je pense qu'il ne voulait pas s'attirer les foudres de Lillian plus qu'il ne l'avait déjà fait, mais j'ai énormément souffert de son éloignement. Je venais de perdre ma maman, d'être déraciné du seul pays que j'avais toujours connue, je n'avais pas besoin en prime de perdre mon père... »
Elle retint difficilement un hoquet de douleur et Kara resta sans voix, digérant péniblement ce que Lena venait de lui révéler.
« Je ne me suis jamais senti à ma place dans cette famille et Lillian a tout fait pour entretenir mon malaise. Elle a toujours veillé à me tenir loin des événements médiatiques entourant notre famille, elle m'a tenu à l'écart de tous les galas où nous étions conviés et c'est à peine si je figurais sur les photos de famille... A la première occasion qu'elle a trouvée pour se débarrasser de moi, elle n'a pas hésité... J'ai fait une grande partie de mes études dans un pensionnat en Irlande. J'étais heureuse de m'éloigner de Metropolis et de retourner là où je suis née, mais j'ai vite compris que c'était un cadeau empoisonné... Je n'avais que très peu de souvenir de mon enfance avant mon arrivée chez les Luthor et je passais mon temps à m'imaginer ce qu'aurait été ma vie si ma mère n'était pas morte... Une vraie torture... Face à ma détresse ma camarade de dortoir m'a conseillé d'aller rendre visite à ma mère, elle pensait que sa pourrait soulager ma peine. Pur hasard ou mauvaise blague de Lillian, je ne le saurais jamais, mais le pensionnat était à des centaines de kilomètres de la petite ville où j'avais vécu et où ma mère était enterrée. J'ai pensé abandonner l'idée, mais un week-end, j'ai fini par craquer et je me suis sauvée. J'ai alterné entre voyage en bus et autostop, et je suis allée me recueillir sur la tombe de ma mère. Ça a été la seule et unique fois. Je n'avais pas assisté à son enterrement et lorsque Lillian a appris que je m'étais enfuie, elle m'a passé un véritable savon qui m'a fait passer toute envie de fuir à nouveau et d'y retourner... »
Lena se tut et Kara sut qu'elle n'ajouterait rien de plus. Elle déposa le petit album sur le sol et se lova encore un peu plus contre la milliardaire, emmêlant leurs jambes pour les rapprocher le plus possible. Le silence les enveloppa et la journaliste due se faire violence pour parler, submerger par la soudaine culpabilité qui lui tiraillait le cœur. Après ce qu'elle venait d'apprendre, elle ne pouvait que s'en vouloir. Son comportement envers Lena avait été abject et maintenant, plus que jamais, elle le regrettait.
« Je suis désolée », murmura-t-elle finalement dans le creux de son cou.
Surprise, Lena se redressa, obligeant Kara à en faire de même, pour lui faire face.
« Je ne t'ai pas raconté ça pour que tu aies pitié de moi, Kara », soupira la milliardaire.
Ses yeux étaient rougis par les larmes qu'elle refusait toujours de laisser couler et elle avait l'air plus fatiguée que jamais.
« Je ne suis pas désolée pour ça, enfin, bien sûr que j'aurais préféré que ta vie soit belle et que tu puisses vivre au côté de ta mère biologique... Mais je suis surtout désolée d'avoir un jour pensé que tu ne valais pas mieux que ton frère ou Lillian... Parce que ce n'est pas le cas, tu vaux infiniment mieux qu'eux et j'aurais dû chercher à comprendre ce qui t'avait poussé à me mentir plutôt que de t'accabler de toute ma rancœur. Je ne t'ai jamais laissé l'occasion de t'expliquer, après tout tu m'avais toujours dit haïr ta famille... J'aurais dû faire les liens et comprendre mais à la place, je me suis conduite comme une vraie garce. Alors oui, je suis désolée, parce que j'aurais dû te soutenir et ne pas oublier la magnifique personne que tu étais et que tu es toujours »
Les épaules de Lena se mirent à tressauter et il ne fallut que quelques secondes avant que la jeune femme éclate en sanglots, laissant enfin libre cours au chagrin qui l'étreignait depuis qu'elle s'était décidé à parler de son passé.
Elle ne savait pas si c'était parce qu'elle sentait qu'elle touchait au dénouement de la crise entre Kara et elle, mais elle avait l'impression que son cœur avait besoin de se libérer de toute la peine et la souffrance qui avait été son quotidien pendant ces cinq dernières années.
« Je-... Je ne t'en ai j-jamais voulu, tu sais », réussit-elle à formuler difficilement, son corps secouer par des spasmes qu'elle n'arrivait pas à contrôler. « Jamais »
La journaliste se pencha pour déposer un baiser sur son front, la remerciant silencieusement de l'indulgence dont elle avait toujours su faire preuve à son égard, puis l'attira dans une nouvelle étreinte, toute aussi serrée que la précédente.
Elle essuya de nombreuses larmes du bout de ses doigts, caressant parfois les cheveux de jais de la jeune femme pour tenter de l'apaiser, mais jamais elle ne prononça le moindre mot, se contentant de lui laisser le temps nécessaire pour se calmer.
Ce ne fut que plusieurs longues minutes plus tard qu'elle osa enfin briser le silence, après s'être assurée que la respiration de la milliardaire avait repris un rythme normal et que plus aucune larme ne dévalait ses joues.
« J'ai une chose à t'avouer et une question à te poser », déclara-t-elle, presque craintivement.
Lena retira son visage de son cou où elle s'était nichée pour lui offrir un doux sourire qui fit palpiter un peu plus fort son cœur.
« Je t'écoute »
« Je n'ai jamais utilisé les billets d'avion que tu m'as offert... », avoua-t-elle en baissant les yeux au sol.
La milliardaire laissa échapper un petit rire face à l'air coupable de la journaliste.
« Ce n'est pas grave, je m'en doutais un peu à vrai dire »
« Et si maintenant, je te dis que je regrette de ne pas y être allé ? »
« L'Irlande ne va pas disparaitre en un claquement de doigts, tu peux encore y aller si tu en as envie », pouffa la brune, se moquant ouvertement de la blonde.
La journaliste se renfrogna, presque déçue que Lena ne comprenne pas le double sens de sa remarque. Néanmoins, elle n'avait pas le courage de lui expliquer plus clairement ce qu'elle souhaitait lui demander. C'était peut-être encore un peu tôt pour se projeter aussi loin, après tout, elles venaient tout juste de se réconcilier...
« Et ta question ? »
« Est-ce que tu as trouvé une lettre sur ton pas-de-porte le jour de l'accident ? »
« Non... »
Kara fit la moue, encore plus déçue d'apprendre que Lena n'avait jamais tenu la lettre qu'elle lui avait écrite que de voir qu'elle n'avait pas compris son sous-entendu sur l'Irlande.
« C'est Lillian qui l'a ramassé. Elle me l'a donné peu de temps après que je lui aie annoncé que j'allais transformer Luthor Corp en L-Corp et que je profiterais de ce changement pour la virer de l'entreprise. Elle a pensé que lire la lettre me ferait tout remettre en question et que je finirais par partir te rejoindre en lui laissant mes parts, mais elle s'est leurrée. J'avais deviné ces attentions et je n'avais pas envie de me faire plus de mal encore, alors je n'ai jamais lu ta lettre »
L'espoir qui avait brillé un instant dans les prunelles azure de Kara vacilla et ses épaules s'affaissèrent face à la déception qui s'abattit sur elle. Elle se reprit cependant, très rapidement. Tout n'était pas encore perdu. Il y avait encore une chance pour que Lena la lise.
« Est-ce que tu l'as toujours ? »
« Ça va peut-être te paraître étrange, mais oui, je n'ai jamais pu me résoudre à la jeter même si je refusais de la lire... »
Kara crut voir les joues de la milliardaire s'empourprer suite à cet aveu, mais l'impression ne dura qu'un bref instant, si bien qu'elle pensa avoir halluciné.
« Est-ce que tu accepterais de la lire maintenant que les choses se sont arrangées entre nous ? », la questionna-t-elle d'une voix remplie d'appréhension. Elle n'aurait su dire pourquoi, mais elle ressentait désormais le besoin que Lena lise cette lettre.
« Seulement si tu me promets de m'accompagner un jour en Irlande », répliqua la milliardaire en lui envoyant un clin d'œil espiègle.
Kara comprit alors que la brune l'avait mené en bateau et qu'elle avait depuis le début, très bien saisi l'appel du pied qu'elle lui avait précédemment fait. Un feu d'artifice explosa dans sa poitrine à ce constat. Tout était en train de rentrer dans l'ordre et Lena, saurait bientôt à quel point elle l'avait toujours aimé.
« Deal »
« Et celle-là ? », demanda Lena en pointant du doigt une constellation d'étoiles visible à travers l'immense baie vitrée de son salon.
La lune était haute dans le ciel et éclairait faiblement les deux jeunes femmes qui profitaient tranquillement de la vue s'offrant à elles, toujours allongées côte à côte sur le sol.
Elles avaient beaucoup parlé après leurs promesses respectives, échangeant diverses anecdotes sur la vie qu'elles avaient vécues, chacune de leur côté, si loin l'une de l'autre, réapprenant à s'apprivoiser doucement, mais sûrement. Leurs discussions avaient été tantôt sérieuses, tantôt pleines de plaisanteries, puis le silence était revenu naturellement s'immiscer entre elles, et elles avaient profité de ce moment de sérénité pour se plonger dans la contemplation du ciel nocturne. Un instant de paix qui n'avait pas duré longtemps, écourter par le passage d'une étoile filante dans le ciel et la curiosité de Kara qui avait tout fait pour connaître le vœu que Lena avait fait. Mais la milliardaire n'avait pas cédé et s'était amusé à détourner l'attention de la journaliste en l'interrogeant sur les astres brillants dans le ciel.
« Ça, c'est Verseau, et si tu regardes un peu plus haut sur ta gauche, c'est la constellation des Poissons », répondit Kara après avoir écrasé un bâillement.
Mais les orbes émeraude au lieu de monter dans le ciel, descendirent sur la montre accrochée au poignet de Lena. Au vu de l'heure affichée sur le cadran, Kara avait toutes les raisons du monde d'être dans un tel état de fatigue.
« Quelle heure il est ? », marmonna Kara en réprimant un nouveau bâillement
« Une heure du matin », déclara Lena à contre cœur. Elle n'avait aucune envie que cette soirée se termine, aucune envie de voir Kara partir. Qu'importe qu'elles se revoient le lendemain, elle ne voulait pas briser la magie de leurs retrouvailles.
Kara se redressa, retrouvant une position assise. La milliardaire frissonna, maintenant loin de la chaleur du corps de la blonde.
« Je vais y aller », annonça tristement la journaliste. « Sinon je risque de ne jamais pouvoir me lever quand mon réveil sonnera et ma boss va me faire passer un sale quart d'heure si j'arrive en retard »
Lena rigola.
« Ta patronne est une imbécile », affirma-t-elle sans se départir de son rictus.
« Je confirme »
« Hé ! », protesta la brune en faisant mine d'être vexée.
« Je plaisante », rétorqua dans un rire la journaliste, tout en se mettant debout. « Aller vient là »
Elle lui tendit une main que Lena accepta, et l'aida à se remettre sur ses pieds. Face à face et toujours main dans la main, le temps sembla se figer. L'émeraude retrouva le saphir et Kara se sentit frémir sous l'intensité du regard de Lena. Elle mourrait d'envie de l'embrasser et de rattraper tout ce temps perdu inutilement. Mais d'un autre côté, n'était-il pas trop tôt ? Elles venaient tout juste de mettre les choses à plat entre elles, elle ne voulait pas précipiter les choses et remettre la pagaille dans leur relation comme elle avait si bien su le faire en embrassant la brune pour se défiler par la suite. Non, cette fois si, elle voulait faire les choses bien. Emmener Lena dîner dans un bon restaurant par exemple, puis lui déclarer sa flamme, lui dire tout ce qu'elle avait toujours eut sur le cœur, lui lire elle-même la lettre qu'elle lui avait écrite s'il le fallait, mais elle tenait vraiment à faire les choses de la bonne façon. Elle ne voulait plus fauter avec la jeune femme. Plus jamais.
Lena remarqua l'hésitation danser dans ses yeux et se recula d'elle-même, lui offrant un simple sourire pour lui dire qu'elle comprenait – comme toujours, elles n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre – avant de se pencher pour ramasser leurs verres et les sachets de nourritures, vides.
Kara se racla la gorge pour retrouver un peu de contenance puis l'aida à ranger le salon. Elle rapporta les oreillers et la couette dans l'ancienne chambre de la brune, et remit les canapés à leur place pendant que Lena s'activait à laver rapidement le peu de vaisselle utilisée. Quand elles eurent terminé, elles se dirigèrent toutes les deux vers l'entrée d'un pas traînant. Elles avaient la boule au ventre de cette séparation à venir, mais aucune des deux n'osa parler de l'appréhension qui leur tordait les entrailles.
Lena ouvrit la porte et s'accouda au chambranle après que Kara se fut échapper de son appartement pour s'arrêter sur le pas-de-porte.
Les joues légèrement rosées et le cœur battant la chamade entre ses côtes, la jeune Danvers avait l'impression de faire ses adieux à la milliardaire, qu'elle allait pourtant revoir dans quelques heures à peine.
« Merci », murmura-t-elle timidement, le regard rivé sur ses chaussures. « J'ai passé une très bonne soirée, c'était parfait »
« Moi aussi, Kara. Je suis contente que tu aies accepté de me laisser une seconde chance »
« Je suis heureuse de l'avoir fait », assura la Danvers en plantant cette fois-ci son regard d'azure dans celui de la milliardaire comme pour lui prouver qu'elle disait vrai.
Elles échangèrent un nouveau sourire et Kara sentit son rythme cardiaque accélérer de plus belle. Elle fallait qu'elle parte avant de totalement craquer. Il le fallait. Maintenant !
« Bon et bien... Bonne nuit ! », lança-t-elle avec précipitation, commençant déjà à se reculer dans le couloir.
« Bonne nuit Kara... »
La journaliste n'ajouta rien et tourna les talons, prête à rejoindre l'ascenseur.
Lena la regarda faire un pas, puis au second, sans broncher. Cependant, elle bouillonnait intérieurement, sa lèvre inférieure emprisonnée entre ses incisives, tentant tant bien que mal de ne pas céder à son désir de la faire rester. Mais c'était plus fort qu'elle, elle ne voulait pas que Kara parte ! Elle avait encore tellement à lui dire, tellement de péripéties à lui raconter et de choses plus intimes à lui confier. Ces sentiments notamment. Elle n'avait pas trouvé le bon moment pour lui en parler. Et si elle s'était déjà déclaré la veille, elle avait maintenant besoin de savoir si elles étaient enfin sur la même longueur d'onde. Certes Kara, lui avait demandé de lire sa lettre – et elle s'était détestée de ne pas l'avoir eu directement sous la main – mais elle n'était pas tout à fait certaine de ce que la Danvers attendait d'elle à travers cette lecture. Au final, elle n'avait jamais su ce qu'elle lui avait écrit. Peut-être qu'elle n'avait jamais voulu plus que de l'amitié entre elles...
Kara entamait son quatrième pas, lorsque Lena sentit les mots lui échapper sans qu'elle ne puisse rien y faire.
« Kara... »
Le prénom de la journaliste n'avait été prononcé qu'à demi-mot, mais ce fut suffisant à cette dernière pour sentir toute sa volonté s'évaporer comme neige au soleil. En moins d'une fraction de seconde, elle fit volte-face et avant même que Lena ne comprenne l'étendu du cataclysme qu'elle venait de déclencher dans sa poitrine, la jeune femme avait déjà comblé les quelques mètres de distance qui les séparait.
Les deux mains de Kara, se posèrent avec délicatesse sur le visage de la brune, attirant à nouveau l'émeraude dans les profondeurs de son regard. Les deux saphirs flamboyaient d'un désir trop longtemps réprimé. Et si pendant un instant, Lena avait douté des sentiments de la journaliste, elle sut à ce moment précis, qu'elle n'avait plus à avoir peur.
Kara l'aimait.
Et elle aimait Kara.
Ce fut tout ce qu'elle avait besoin de savoir pour fondre sur les lèvres de la blonde, qui accueillit ce baiser dans un gémissement de bonheur. Tout lui paraissait irréel. De la façon dont son cœur s'était mis à battre, à la manière dont Lena l'embrassait, avec une douceur et un amour incommensurable, en passant par les flopées de papillon dont elle sentait les battements d'ailes jusqu'au bout de ses doigts. Elle avait l'impression de flotter sur un nuage. Personne ne lui avait jamais fait ressentir autant d'émotion à travers un si chaste baiser.
Elles ne se séparèrent que lorsque le souffle leur manqua et front contre front, leurs regards s'accrochèrent à nouveau. La jeune Danvers sentit Lena sourire plus qu'elle ne la vit faire et son envie de ravir une seconde fois les lèvres de la Luthor, lui tordit l'estomac. Elle avait attendu ce moment depuis tellement de temps qu'elle n'était pas prête à laisser sa chance lui échapper encore une fois. Au diable sa volonté de faire les choses bien ! Lena était dans ses bras et c'était tout ce qui lui importait.
Lentement, elle laissa glisser ses mains jusqu'aux hanches de la brune pour rapprocher leurs deux corps et les coller l'un à l'autre, arrachant un râle de plaisir à la milliardaire, qui la fit frémir. Sans perdre une seconde de plus, leurs bouches se retrouvèrent, initier d'un même mouvement par les deux jeunes femmes.
Leur baiser prit une toute autre tournure lorsque leurs langues se rencontrèrent. L'air sembla soudainement se charger d'électricité et les mains que Lena avait garder nouée sur la nuque de Kara, tracèrent un chemin jusqu'au col de son blazer dont elle se saisit avec ardeur pour la maintenir au plus près d'elle.
Sa bouche quitta finalement les lèvres de la blonde pour tracer un chemin de baisers jusqu'au lobe de son oreille.
« Reste avec moi ce soir », l'implora-t-elle d'une voix rendue rauque par le brasier ardent qui flambait au creux de son bas-ventre.
Pour toute réponse, Kara l'embrassa à nouveau et la poussa à reculer dans son appartement. Elle referma la porte d'entrée du mieux qu'elle put alors que toute son attention était désormais portée sur Lena et la multitude de sensations qui commençaient à engourdir ses membres. Elle avait l'impression que son estomac était en train de se liquéfier, mais pour rien au monde, elle n'avait envie que ce moment s'arrête. Bien au contraire. Elle ne pensait plus qu'à prouver à la jeune femme à quel point elle l'aimait.
Elles s'étaient enfin retrouvées, et pour de bon cette fois, Kara en était certaine. Plus rien ne pourrait les séparer. Surtout pas après cette nuit. Leur nuit. Celle qu'elles avaient attendue depuis si longtemps. Celle qui scellerait véritablement leur amour et effacerait toutes leurs craintes.
Voilà, j'espère que vous aurez apprécié ce chapitre, le bisou est enfin là et personne ne fuit cette fois-ci ! Comme on dit, tout va bien dans le meilleur des mondes ! x)
Sinon, je n'ai pas de date de prévu pour la publication du prochain chapitre... même si les vacances sont enfin là, j'ai pas mal de choses à faire, notamment commencer la rédaction de mon mémoire... :( mais si ça peut vous rassurer mon but est tout de même de terminer cette fic avant la rentrée c'est a dire avant la mi-septembre pour ma part ;)
Voili voilou, trêve de racontage de life, je vous laisse avec un petit "teaser" du chapitre 27, alors au programme : un réveil surprenant pour nos deux demoiselles, un article qui fait du bruit et l'apparition d'un Benjamin Lockwood un chouilla tendu !
Sur ce, je vous souhaite une bonne journée et vous dit à tout bientôt pour la suite :D
PS : pour celles et ceux qui se demandent ce qu'est une triquetra, si vous avez regardé Charmed, le symbole qui est sur le Livre des Ombres en est une ! Et si vous n'avez pas vu la série et que vous ne voyez pas de quoi je parle, malheureusement je vous laisse aller chercher sur le net ;)
