Hello ! Je continue sur ma lancée du squattage de ce fandom avec un autre OS IronFrost déprimant. J'espère qu'il vous plaira... Enjoy !


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L'après-vie était un concept qu'eux, Ases, vénéraient et chérissaient. Le Valhalla, la terre sacrée pour les mortels, le domaine des dieux...

Mais y avait-il un Valhalla pour les dieux mêmes ? Oui, sans aucun doute. Les Ases y croyaient fermement, en tout cas. Il avait été bercé par de douces promesses de terre dorée où les guerriers reposaient et festoyaient en attendant le Ragnarok. Y être amené signifiait l'honneur absolu. Chaque valeureux combattant qui perdait la vie au nom d'Asgard y méritait sa place.

Mais dans le fond, il n'avait pas réellement sacrifié sa vie pour Asgard.

Dans le fond, Loki était juste mort pitoyablement en essayant de faire un pseudo-acte héroïque tout aussi pitoyable.

Ce n'était donc pas si étonnant que cela qu'il ne trouva pas le Valhalla en rouvrant les yeux.

Mais tout de même... Il ne s'attendait pas à ça.

Nulle sensation, nulle douleur, nul repère. Simplement une fragrance de corps dont il devinait à peine les contours. Il reconnaissait pourtant parfaitement ses mains si blanches, ses doigts si fins. Mais nulle magie n'y sortait plus. Comme aucun son ne sortait plus de sa gorge certainement irritée à trop essayer de hurler.

Il ne restait plus que les souvenirs, les remords et les regrets. Et malgré l'absence de sensation et de douleur, cette souffrance-là était pourtant réelle. Elle lui vrillait le cœur s'il lui en restait un, lui consumait l'âme, brouillait sa vision dont il ne comprenait même pas le fonctionnement.

Après tout... Ne promet-on pas d'éternelles souffrances aux pêcheurs ?

C'était donc là sa sanction. Sa sanction pour avoir trompé, volé, menti, pris d'innombrables vies.

Une nouvelle éternité devant lui pour se repentir à loisir de ses fautes passées... Pour pleurer un frère qui ne l'avait pas suivi, une mère qu'il ne retrouverait jamais, un père à qui il n'aurait jamais l'occasion d'offrir son pardon.

Tant de regrets. Tant d'amertume.

Et au centre de tous ces visages aimés, un en particulier luisait encore plus fort que les autres.

Il luisait si fort qu'il eut envie de suivre sa lumière. Maigre espoir de l'atteindre, de pouvoir le récupérer pour le replacer près de son cœur.

Et peut-être était-ce sa détermination qui fut plus forte que le reste, mais au bout d'un temps infini, l'immensité glacée de l'espace laissa sa place à autre chose. Quelque chose de bien plus chaleureux.

Une chambre.

La chambre d'Anthony Edward Stark.

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Le temps s'était mué en quelque chose de bien plus abstrait. Il ne le sentait plus passer, ne le voyait pas défiler. Les jours épousaient la nuit, comme la lumière de la lune semblait reflétée par le soleil.

Mais dans cet enchevêtrement confus de repères floués, un seul restait constant et le rappelait à ce qui ressemblait une réalité tangible, de temps à autres.

« Anthony. »

Lorsqu'il s'éveillait à cette réalité, il le voyait. Sa vie défilait doucement, et elle ressemblait tant à celle qu'ils avaient partagé. Peu de temps, certes, mais ces précieuses heures restaient gravées dans le cœur du dieu de la malice comme une douce mélodie. Comptine fredonnée au rythme de la préparation d'un repas, basses crachant des sons métalliques bien trop forts, berceuse chuchotée amoureusement au creux d'une oreille, paroles citées au détour d'une plaisanterie quelconque...

Battements de cœur à l'unisson lorsque leur bulle devenait imprenable à mesure que les vêtements échouaient au sol.

À l'instar de leur rapprochement qui avait été digne d'une vaste farce, leur histoire non plus ne semblait pas avoir le moindre semblant de sens. Ils avaient vécu cachés, gardés bien à l'abri de la réalité qui leur ordonnait qu'ils n'avaient pas leur place dans les bras de l'autre. Quelques semaines, quelques mois : une simple goutte dans l'océan de vie d'un Jotün immortel. Cela n'avait été qu'un passe-temps, qu'un amusement de plus.

Du moins, c'était ce que Loki avait essayé de se convaincre.

Mais l'insignifiant et agaçant mortel était plus. Bien plus, tellement plus qu'une simple passade.

Un écho à sa solitude. Une réponse à ses doutes. Un échappatoire à ses remords.

Finalement, ce n'était que pure logique que ce qu'il restait de son âme l'ait mené ici et pas ailleurs.

Finalement, même s'il ne pouvait ni l'entendre, ni le voir, ni lui répondre, il était bien là, le Valhalla. Aussi doux qu'amer, aussi terrible que rassurant.

Et même s'il ne pouvait lui répondre, Loki continuait, inlassablement. Son prénom comme une incantation pour chasser sa douleur, pour oublier sa peine.

« Anthony. »

Mais bien vite, le dieu remarqua que l'existence semblait se stabiliser. Sa vue paraissait moins floue, le silence moins assourdissant. Il lui semblait que ses mains reprenaient de leur consistance, même si elles gardaient leur allure translucide. La réalité autour de lui retrouvait ses couleurs, le temps défilait de nouveau dans une logique qu'il parvenait parfois à comprendre.

Il regardait désormais Anthony continuer de vivre, sans lui. Il le regardait se lever, ses éternelles cernes bien trop creusées lui barrant ses magnifiques prunelles chocolat. Il le regardait se verser son café, lire les nouvelles du jour, observer mélancoliquement les nuages qui caressaient l'étage de sa tour. Il le regardait répondre à Jarvis en levant le nez en l'air, enfiler son armure lorsqu'un appel le sortait de sa routine, partir pour revenir sale, éreinté, parfois avec certaines parties métalliques manquantes...

Il le regardait enchaîner les nuits sans sommeil, encore et toujours. Il le regardait se tuer à la tâche lorsque son brillant cerveau avait trouvé une nouvelle idée extraordinaire. Il voyait ses yeux pétiller, dans de rares moments.

Et il le regardait également tomber de fatigue. Il le regardait pleurer dans ses songes dont il ne doutait pas de la défiance cauchemardesque. Il le regardait se réveiller dans un cri lorsque ceux-ci l'emportaient trop loin dans l'horreur.

Et lui prononçait son nom. Encore, et encore, et encore. Inlassable litanie comme pour lui murmurer qu'il était toujours là. Qu'il n'était pas seul. Que ce n'était qu'un rêve. Que tout finirait par s'arranger.

Il osait même le prononcer comme il aurait prononcé un « je t'aime. »

« Anthony. »

Mais ses appels restaient sans réponse. Aucun son ne sortait. Condamné au mutisme alors que de son vivant, c'était bel et bien les mots qu'il maniait le mieux.

La lumière teintée d'espoir qu'il avait si désespérément suivie s'était à son tour muée en éternelle souffrance.

En éternelle solitude, encore.

Alors que l'être unique qui avait réussi le prodige de la palier était juste là, à portée de main.

Juste là, à pleurer entre deux gorgées d'alcool trop fort, ses lèvres semblant chanter le même mot. Le même nom. Encore, et encore, et encore.

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L'évolution était incompréhensible, mais la douleur résonnait parfois si fort qu'il ne cherchait plus vraiment à réfléchir à tout cela.

Le pourquoi du comment, la vérité : il s'agissait là de concepts pour les mortels. Pas pour des dieux comme lui. Pourtant, il était mort à son tour. Immortel de nom, seulement. Immortel misérable que plus personne ne priait depuis longtemps.

À part peut-être cet homme. Ce petit homme mortel pourtant si grand, si beau, si important. Ce petit homme pour qui il se damnait, même après son dernier souffle. Ce petit homme pour qui il aurait tant donné pour qu'il ne l'entende, au moins une fois. Une seule et unique fois. Pour qu'il sache qu'il ne l'avait pas oublié. Qu'il n'avait pas pu l'oublier, au même titre que lui –il l'espérait de tout ce qu'il restait de son être-, ne l'oubliait pas.

Sa souffrance était terrible à regarder, sa déchéance une plaie béante dans son cœur inexistant qu'il lui paraissait si froid. Il le voyait vaciller de plus en plus, jour après jour. S'épuiser dans le travail et les missions, se noyer dans l'alcool, se cacher derrière des sourires faux et des costumes où le fond de teint à outrance finissait inexorablement par échouer. Et il ne ressentait aucune colère, aucune aversion pour cette attitude qui menait pourtant le petit mortel droit dans le mur. Il ne pouvait lui en vouloir, car il aurait certainement agi de la même manière, à sa place.

Non... À sa place, il se serait donné la mort depuis longtemps dans l'espoir de le retrouver.

C'était là, encore une fois, une importante nuance entre un véritable héros et un être pitoyable dont le sacrifice pitoyable avait été le seul et unique acte héroïque durant sa vie pitoyable.

Par Odin, comme il pouvait l'admirer. Comme il pouvait l'aimer. Lui et son idiotie, lui et ses tendances autodestructrices, lui et son esprit masochiste qui s'accrochait férocement, il ne savait pourquoi.

Il avait eu l'impression de respirer pour la première fois de sa vie à son contact. Il avait eu l'impression d'exister réellement à travers ses yeux rieurs. Que ne donnerait-il pas aujourd'hui pour que la peau blanche qu'il dépose délicatement dans ses mèches emmêlées et salies de cambouis ne reprennent vie à ce contact, comme à l'époque. Au lieu de le traverser comme une illusion condamnée à mourir dans l'oubli...

Et pourtant, ce jour-là, Loki jura que ses mains sentaient de nouveau. Il sentait la douceur des cheveux châtains sous sa pulpe, leur légèreté malgré leur épaisseur, la fine couche d'huile noire qui se déposa sur ses doigts.

Et il vit Anthony émerger violemment de son sommeil, se lever de son plan de travail dans un sursaut, balayer nerveusement les alentours de son atelier de ses yeux désespérés.

Et le film muet prit enfin la parole.

« Loki ? »

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Il connaissait le concept de fantôme, bien évidemment. Les Midgardiens n'étaient pas les seuls à leur donner vie dans leur folklore. Mais à l'instar de la plupart d'entre eux, un dieu comme Loki n'y croyait pas un seul instant. Comme Anthony, il était de ceux qui ne croyaient que ce qu'ils voyaient.

Et il furent bien forcés de croire, dorénavant. De croire de toutes leurs forces, de tout leur espoir. De croire que pour une raison inexpliquée, ils pouvaient être réunis à nouveau.

Pas toujours, hélas. Il apparaissait qu'Anthony ne pouvait le sentir et l'entendre qu'à de rares moments, là où lui l'entendait de plus en plus nettement. Il l'entendait grogner à son réveil, il l'entendait faire des petits commentaires amusants à son IA, il l'entendait vrombir dans son armure quand une mission l'appelait, il l'entendait haleter et cracher du sang lorsqu'il en revenait.

Et surtout, il l'entendait l'appeler. Encore, et encore, et encore. Au réveil comme au coucher. Entre deux pièces resserrées dans son atelier. Etre deux verres de whisky. Entre deux cauchemars. Entre deux sanglots.

Loki continuait de l'appeler aussi, mais les moments où il pouvait l'entendre se faisaient si rares, si précieux... Ils ne duraient qu'un instant. Qu'une seconde devenant éternité, une seconde durant laquelle son cœur s'enflammait, se réchauffait à nouveau.

Et au milieu de toute cette désespérante recherche de la moindre fragrance de connexion, il comprenait, petit à petit.

Il comprenait que lorsqu'Anthony et lui s'entendaient enfin, c'était durant le sommeil, durant l'ébriété, durant la perte de conscience. Et la résolution devenait de plus en plus claire. Cette évolution depuis qu'il avait suivi la lumière, son corps qui semblait reprendre de plus en plus de tangibilité...

Peut-être, au final, ne reprenait-il cette tangibilité qu'aux yeux d'Anthony.

Ou plus précisément, à mesure qu'Anthony perdait la sienne.

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Il l'avait compris, lui aussi.

Il était devenu encore plus désespéré que lui, à son tour.

La noyade devint inéluctable. Quand bien même Loki ne lui souhaitait pas cela, oh non.

Il se damnait pour lui, mais jamais ô grand jamais il n'aurait souhaité qu'il ne connaisse à son tour si rapidement ce vide. Cette absence de sensation, de douleur, de repère. Non, il voulait continuer de le voir rire, sourire, manger, dormir, partir et revenir. Il voulait continuer de le voir vivre.

Mais Anthony en avait apparemment décidé autrement.

Et sa vision ne lui sembla jamais aussi nette depuis son réveil qu'à ce moment où il le vit en double. Où il vit une partie de lui sale, maigre, épuisée, rongée par l'alcool, échouée au sol près de son bar et l'autre rayonnante, pétillante, souriante, tous bras tendus vers lui, marchant tranquillement dans sa direction comme s'ils s'étaient quittés la veille.

Il aurait voulu lui demander ce qu'il avait fait sur un ton réprobateur. Il aurait voulu lui en vouloir, le rabrouer, l'insulter pour avoir osé franchi cette ligne.

Mais ç'aurait été nier qu'il ne l'avait pas vu arriver depuis bien longtemps.

Ç'aurait été nier que dans le fond, il savait qu'Anthony n'était pas si héroïque que cela, pas si masochiste que cela. Ç'aurait été nier que dans le fond, ils se ressemblaient beaucoup trop. Désespérément trop.

Il ne pourrait jamais lui en vouloir d'avoir tout sacrifier pour lui. Pas quand ce sacrifice annonçait leurs retrouvailles, aussi invraisemblables qu'elles pouvaient être.

Pas quand il aurait fait exactement la même chose à sa place.

Et pour la première fois, son appel trouva un écho parfaitement clair. Adieu les réponses hasardeuses, adieu les devinettes : le son fut clair et trop parfaitement destiné. Tout autant que son toucher lorsque ses mains calleuses glissèrent sur ses bras blancs.

« Loki... ? »

« ... Anthony. »

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