Bonjour, bonsoir, bonne nuit, bon ce que vous voulez.

Non, vous ne rêvez pas, me revoilà pour un petit O.S. Je sais que LaT est en pause et je vous remercierai jamais assez pour votre patience, pour celles qui ne le savent pas, je n'ai plus le temps de poster chaques semaines alors je préfère prendre de l'avance pour ne pas vous faire attendre. En plus, petit couac, mes chapitres d'avance ont été effacés donc je recommence maiiis je garde la pêche ! Même si pour être honnête avec vous, cela m'a foutu un sacré coup au moral. Mais ne vous en faites pas, l'envie de continuer est toujours présente et vous serez prévenues quand LaT reprendra! C'est une histoire qui me demande beaucoup de temps et pas mal de recherches pour être au plus proche de ce que j'ai imaginé alors j'espère que vous comprendrez que je ne puisse pas m'y plonger complètement... Je vais vous faire quand même une confidence, cela me manque beaucoup de ne pas recevoir de mails pour me prévenir pour les reviews... Au-delà du fait que j'aime énormément vos commentaires, j'aime aussi ce lien qui nous rassemble. Jai hâte de vous retrouver! Et en pleine forme s'il vous plaît ! 

J'espère que tout le monde va bien ou pas plus mal. Pâquerette, mes petites lectrices et lecteurs qui se sont perdus en route, je souhaite que vous soyez en forme et que nous allons nous retrouver à un moment ou un autre ! Voilà pour les vœux du lectorat. Portez vous bien c'est le principal, après si vous voulez repasser par là... Ça sera avec un grand plaisir ! Si vous avez le temps pour dire que vous allez bien... N'hésitez pas !

Gweeny, Alex, Mane-Jei, merci de votre soutien, de votre présence et de votre amitié si importante maintenant. Je n'ai pas d'espérance particulière sauf une qui serait d'être toujours accompagnée par vos petits mots et votre bonne humeur si réconfortante. Un grand merci pour notre rencontre. Je ne suis toujours pas douée pour les mots mais je sais que vous savez ce que je veux dire. 

Petit mot sur l'O.S., j'ai pris quelque peu de retard, je voulais poster cette histoire au même moment mais la vie étant ce qu'elle est avec son lot de surprises, je n'ai évidemment pas pu être à l'heure. Cet O.S. aurait dû avoir deux histoires distinctes avec un thème commun, mais par volonté de poster quelque chose et aussi parce que l'autre histoire n'est pas (encore) écrite, j'ai choisi de poster d'abord celle-là. J'espère qu'elle vous plaira car comme d'habitude, vous commencez à me connaître, je prends très à coeur de détailler un peu (trop) les choses. Mais voilà c'est un thème que j'aime et j'ai l'espoir de vous emmener, encore une fois, dans un monde plutôt pas mal.

P'tite chimiste, merci d'être sur le discord et de passer faire des coucous! Si vous voulez aussi venir vous amuser et découvrir une autre personne qui écrit *suivez mon regard* elle s'appelle Gwen Who, elle écrit vraiment pas de la merde et pas parce que j'ai des royalties chez elle mais allez-y jeter un coup d'oeil. Notre discord commun est ouvert à tous et toutes pour les réclamations ou tout simplement pour partager des moments ensemble. Si vous voulez son profil, regardez les reviews, elle est toujours là à hanter fanfiction. Je sais, c'est toujours bizarre la première fois de ce dire "oh un fantôme rode" mais je vous assure, à la longue, l'apprivoisement se fait très bien. Je serai écossais que je penserai presque à 'a déclarer en tant que fantôme officiel du château.

Revenons à nos moutons....

Je reste à votre disposition pour des réponses, des questions ou un petit bonjour donc n'hésitez pas à laisser une trace (vous avez vu le placement de produit?) De votre passage. Puis sinon... Yolo (rohw encore mais enfin c'est fou pire que les pubs sur Youtube celle-là.)

Pourquoi ce titre? Je vous donne un indice : Mies van der Rohe. Si vous avez des idées, les mp sont là pour ça et pour celles qui savent pourquoi, ne dites rien ;).

Bonne lecture et n'oubliez pas de prendre soin de vous et des autres! Ici pas de passe sanitaire mais de grâce, ayez une pensée pour le personnel soignant et penser aux autres c'est plutôt une bonne idée . Pas de leçons de morale, ici c'est comme McDo, venez comme vous êtes.

À très bientôt sur des nouveaux horizons.

Et pssssittt on sourit c'est gratuit et ça réchauffe le cœur.

J'ai encore bien trop parlé, entrons dans le vif du sujet!

Kaname.


Less Is More.

Cela faisait déjà un moment que j'avais quitté Milan pour Londres. Après avoir étudié à l'école polytechnique, j'avais été plus qu'enchantée d'apprendre que j'avais réussi à intégrer le Master d'architecture et design de la prestigieuse "Bartlett School of Architecture" de l'UCL. Oui oui, l'University College London, je n'en revenais pas, moi Isabella Swan avait réussi à toucher du bout des doigts mon rêve. J'étais italienne par ma mère, Renée et américaine par mon père Charlie. Ils vivaient tout les deux leur "Dolce Vita" à Florence. Tandis que moi, j'étais une des architectes du cabinet de mon mentor Zaha Hadid. Nous nous étions approchées lors de ma dernière année d'étude, où j'avais assisté ébahie à une conférence qu'elle donnait à l'Architectural Association School of Architecture où elle avait fait ses études. Elle avait été charmée par un défi de projets d'étude que nous avions à réaliser où il fallait dessiner un prototype de piscine olympique pour les JO de Londres, petit clin d'œil à l'architecte puisque c'était elle qui avait réalisé le centre aquatique pour ces Jeux. J'avais réalisé un bâtiment tout en légèreté, mêlant le bois, le verre, les courbes et surtout je voulais que cela soit aérien et géométrique. Les autres projets étaient tombés à l'eau, si je peux dire, et c'était le mien qui avait séduit Zaha.

Depuis, le cabinet enchaînait les demandes, répondant toujours aux concours de conception d'innombrables projets, puis un jour, la consécration pour moi.

— Isabella, tu peux venir dans mon bureau? Demanda Zaha, qui était mon mentor mais aussi une amie en qui j'avais confiance, presque comme une seconde maman.

Je répondis avec un sourire tout en la suivant dans son bureau.

— Je suis toute ouïe...! Riai-je.

— Tu n'es pas sans savoir que le cabinet court après tous les projets et que nos différentes équipes de conception essayent de répondre à la demande toujours aussi croissante... Commença mon mentor.

— Jusqu'ici... J'arrive à te suivre, j'ai cru entendre que nous croulions sous les demandes et qu'il nous fallait refuser des projets ...

— Hinhin... Mais... Commença-t-elle énigmatique.

— Mais... Oh aller dis moi tout ! M'impatientai-je.

— Ils veulent la reine des courbes...

Je pouffais de rire, c'était le surnom que " The Guardian" avait trouvé pour la nommer.

— Tout le monde la veut... C'est loin d'être un scoop ! Affirmai-je amusée.

— ... Pour les Jeux Olympiques de Tokyo! Finit-elle.

— Mais... Je croyais que pour le stade olympique ils t'avaient évincée... J'essayai de prendre des pincettes.

Je n'étais pas bien certaine de comprendre où elle voulait en venir, le gouvernement japonais avait accepté le dossier de Zaha avant de rompre le contrat, pour eux, les frais étaient bien trop importants puisque cela aurait été le stade le plus onéreux du monde. Ne voulant pas engendrer plus de polémiques, qu'il y en avait déjà sur le coût du projet ainsi que sur le design controversé, un appel d'offre avait donc était relancé et c'était l'architecte Kengo Kuma qui l'avait remporté.

— C'est exact... Et tu sais comme moi que je n'étais pas très ravie de cette décision... Mais c'est comme ça, il faut savoir accepter les rejets.

C'était un doux euphémisme, elle s'était exprimée sur son site et c'était plus que cinglant. Elle accusait ouvertement les autorités nippones à comploter à l'égard des architectes internationaux afin de garder dans leur poche certains cabinets locaux. Elle n'y avait pas été avec le dos de la cuillère, mais je la comprenais, elle avait passé deux ans à concevoir le projet pour finalement être évincée.

— Pardonne moi... Mais je n'arrive pas à te suivre... J'étais plus que perplexe.

— J'y viens... Soit patiente ! Me gronda-t-elle doucement. C'est toi que j'ai proposé...

J'écarquillais les yeux de surprise.

— Comment ça... Pour le stade...?

— Hahaha non Bella, oublie ce stade ! J'ai proposé que tu puisses assister l'agence d'architecture Nikken Sekkai pour le gymnase et le centre aquatique, ils doivent présenter une conception pour les appels d'offre...

— QUOIIII !!! M'écriai-je, ne pouvant pas contenir mon émotion.

— Bella ne crie pas comme ça !! S'amusa Zaha.

— Comment veux-tu que je reste calme alors que tu me proposes d'épauler la plus grande agence indépendante japonaise! Elle figure dans le top 3 en terme d'architectes employés! Soufflai-je admirative.

— Je les appelle pour dire que... Tu refuses? Plaisante-t-elle.

— Noooon! Je suis quasiment dans l'avion là ! Riai-je.

Je sortis rêveuse du bureau de Zaha, je faisais un rapide tour mentale sur les projets de la Nikken Sekkai... C'était impressionnant, ils avaient une aura internationale. Je me sentais terriblement fière de pouvoir assister à ce projet. Si nous réussissions à faire de belles réalisations, le rayonnement de mon travail pourrait exploser. Je gloussais. Attends attends Bella, avant de mettre la charrue avant les bœufs, il faut déjà que j'organise tout et puis... Que je rentre en relation avec l'équipe d'architectes.

Je revenais à mon bureau pour voir que Zaha m'avait envoyé un mail pour me dire qu'elle me donnerait tous les contacts pour commencer les projets, tout était à concevoir et j'étais grisée par l'idée de dessiner un gymnase et un centre aquatique. Cela représentait un énorme défi pour moi mais les retombées, si les bâtiments aboutis étaient parfaits, seraient extraordinaires. Je mesurai, de plus en plus, la chance que j'avais de travailler pour la première femme à avoir reçu le prix Pritzker, qui équivaut à un Nobel d'architecture. Seulement 3 femmes en furent lauréates. Et maintenant, j'avais pas encore 34 ans que j'allais réaliser mon premier gros projet, sans avoir Zaha à mes côtés, au Japon.

Depuis 5 ans que j'étais dans le cabinet, j'avais supervisé des projets mais jamais d'aussi importants et surtout, il y avait toujours une personne plus expérimentée pour me diriger. J'avais pris à la fin de mes études une année pour apprendre le design d'intérieur, pensant qu'il serait bon d'allier intérieur et extérieur, pour avoir une sorte de complémentarité. Ensuite j'avais intégré le cabinet et mes rêves les plus fous avaient pu germer. On dit que l'architecture est l'art de construire... J'avais ressenti ça dès mon plus jeune âge, l'envie d'atteindre le ciel toujours plus, avec mon père, on construisait des petites cabanes dans les arbres, toujours plus haut pour toucher les étoiles, les Lego avaient été une de mes grandes passions plus jeune, très vite remplacés par le dessin... Je dessinais souvent des parcs arborés et des bâtiments, mes parents avaient pensé que j'allais jeter mon dévolu sur le métier de paysagiste, mais il n'en était rien, j'aimais bien trop bâtir. Tout ce que je pouvais bricoler, construire, inventer, remodeler me passionnaient. Alors c'est naturellement que ma voie se traçait. Je voulais mettre à profit mon imagination débordante et mon envie de faire pousser des bâtiments, changer la face des villes, on ne pouvait pas changer le monde, d'autres corps de métiers le faisaient mais on pouvait matérialiser le changement... Tout ça avec les matériaux que l'on a à disposition, notre imagination et un peu de fantaisie. C'était si fort ce sentiment de fierté une fois l'œuvre finie, comme chaque artiste devant son œuvre, donnant son bébé au monde... Nous étions architectes mais parfois artistes d'autre fois ingénieurs... Pour moi, chaque chantiers étaient un lieu de tolérance où se mêlent d'innombrables nationalités, avec leurs cultures, leurs traditions et ce n'est pas peu dire que chacun mettait sa pierre à l'édifice. L'architecture a ce côté périlleux et exaltant, un mauvais livre se referme, une mauvaise cuisine ne se mange pas et une mauvaise musique s'interrompt alors qu'un mauvais bâtiment est visible encore et encore, comme pour rappeler notre échec.

À la fin de la journée, je m'empressais de téléphoner à mes parents pour leur annoncer la nouvelle, ils étaient très contents et fiers même si mon père avait un peu rouspété, grommelant sur le fait que je ne serai pas là pour Noël. Mais je savais qu'il plaisantait, si mon père avait pu le faire, il aurait visité chaque projets que j'avais réalisé !

J'envoyais un texto à ma meilleure amie Alice, elle était styliste et diplômée du «Central Saint Martins College of Art and Design» ou CSM pour les intimes. Cette prestigieuse école avait accueillie des grand noms comme Stella McCartney, John Galliano, Alexander McQueen... Alice m'avait regardé avec des yeux brillants de fierté quand elle avait su que le bassiste des Sex Pistols y avait été aussi élève. Je me souviens encore quand, de sa voix cristalline, elle m'avait annoncé que Jean-Charles de Castelbajac avait été un des professeurs. Alice travaillait pour Dior, elle avait pour projet de créer sa propre marque, la connaissant, je ne me faisais aucun soucis pour elle. Je raccrochai en riant, ma meilleure amie, toujours fidèle à elle-même avait décrété qu'il fallait fêter ça «comme il se doit» en fin de semaine, ne manquant pas, par la même occasion, de me percer un tympan.

J'arrivais chez moi, j'aimais la bulle que j'avais créé, c'était un appartement situé au troisième étage d'un ancien entrepôt de l'époque Victorienne. Idéalement placé à Borough, un quartier parfait, la scène culinaire internationale ainsi que les pubs y étaient pour beaucoup. Non loin de là se trouvait la Tate Modern, où j'y avais mes habitudes ainsi que des galeries dispersées par ci par là. Tout cela proche du cabinet qui se trouvait à 35 minutes à pieds.

J'avais eu un coup de foudre pour ce lieu, après les travaux, j'avais redessiné la pièce pour qu'il y ait un grand espace ouvert que j'avais divisé en trois zones, la cuisine, le salon et la chambre. Le salon était placé au centre, j'y avais fait installer de nombreux placards, du sol au plafond, le tout dissimulait intelligemment la porte d'entrée, j'avais gardé le parquet d'origine. J'avais aussi craqué pour un hamac qui habillait le salon, on devrait toujours avoir un hamac chez soi!

De l'autre côté, j'avais fait garder les grandes fenêtres à guillotine, puis des bibliothèques couraient le long de la pièce. La cuisine entourait un îlot central, briques apparentes et carreaux de ciment d'origine avaient été conservés. La porte de la cuisine s'ouvrait sur un balcon donnant sur une rue calme. C'était parfait. Une immense bibliothèque séparait la chambre, dans la salle de bain, j'avais installé une douche/hammam, un petit régal après une longue journée. J'étais ravie d'avoir pu garder la luminosité, j'attachais une importance primordiale à l'éclairage. Je me sentais bien chez moi et c'était le principal. C'était mon premier projet si je peux dire, et j'en étais on ne peut plus fière.

Je m'installai confortablement dans mon canapé moelleux avec un bon verre de Bordeaux, je voulais absolument voir les derniers projets réalisés par l'agence nippone. Ils étaient littéralement sur tout les fronts, des immeubles, des galeries, des bâtiments plus grands les uns que les autres. Je dois dire que cela forçait le respect de voir leur tableaux de chasse. Rien n'était encore fait, il fallait que je prenne contact avec les architectes responsables du projet, pour que l'on puisse discuter des premières idées et de voir aussi si nous étions sur la même longueur d'ondes. Je laissai mon esprit vagabonder, gribouillant des plans par ci par là, en fond les Doors jouaient, la voix de Jim Morrison m'entraînait dans une douce frénésie créative.

Le temps passait si vite, j'avais l'impression qu'hier encore je dessinais des plans dans mon appartement Londonien alors qu'il était 6.50 et que des mois avaient passé. Je posais les pieds au Japon, enfin plutôt quand mon vol de la veille d'Heathrow jusqu'à l'aéroport International d'Haneda arriva à destination. Je prenais tout mon temps pour m'étirer, j'avais dormi comme une souche, en plus de profiter du confort de la classe affaire. Tout avait été parfait. Je pris ma valise cabine et me dirigeai vers la sortie où une personne de l'agence m'attendrait. Après quelques minutes, une grande blonde me fit des signes.

— Isabella Swan je présume? Dit-elle dans un sourire resplendissant en s'inclinant.

Un instant, je me sentie comme le Docteur Livingston, phrase qui contribua largement à sa notoriété, bien qu'il ait découvert les chutes Victoria.

— C'est bien moi... Et vous êtes? Répondis-je après l'avoir saluée en m'inclinant à mon tour.

— Je manque de politesse pardonnez-moi, je suis Rosalie Hale, je travaille à l'agence en tant qu'architecte responsable de l'aménagement extérieur.

— Oh vous êtes... architecte paysagiste? Fis-je curieuse.

— C'est cela! Vous n'êtes pas sans savoir que les extérieurs sont très importants ici.

— Comme je vous comprends, je mets un point d'honneur à concevoir les espaces en incluant le plus de verdure possible. Je lui fis un petit sourire.

— Nous allons bien nous entendre alors! Cela fait longtemps que vous êtes chez Zaha?

Elle me prit ma valise et c'est ainsi que l'on s'embarqua dans les lignes de trains Tokyoïtes; leur réputation d'être ponctuels n'était en aucun cas usurpée, tout était réglé comme du papier à musique.

— Et bien cela fait cinq ans... Et vous?

— On peut se tutoyer, on va travailler ensemble, si tu le veux bien... Entre occidentaux, on peut se permettre ce genre... - Elle cherchait ses mots avant de me répondre en riant - de familiarité! Je souriais, je sens qu'elle serait de très bonne compagnie. Et donc pour te répondre, je travaille depuis 3 ans à Tokyo, avant j'étais à Singapour. Je ne fais pas partie de la Nikken Sekkei à proprement parlé, comme les autres d'ailleurs...

— Oh je vois... Vous êtes employés par la Nikken Sekkai en tant qu'architecte indépendant?... - Elle hocha la tête affirmativement - Tu as étudié à la NuS? (National University of Singapore, School of Design Environment), j'ai d'ailleurs lu qu'elle s'était associée à l'UNESCO pour la création de la Chaire sur la conservation et la gestion du patrimoine architectural en Asie?

— Ouiiii,au DoA de l'école (Department Of Architecture) je suis ravie, Edward, tu le verras tout à l'heure est consultant en conservation, puisqu'il a lui aussi étudié à la NuS... Entres autres... J'ai fait ma dernière année à l'ETH Zurich ( Swiss Federal Institute of Technology).

— Donc tu parles allemand... Grimaçais-je.

— Haha oui! Et toi ton parcours? Fit-elle intéressée.

— Il est un peu plus classique, j'ai intégré la Politicnico di Milano pour le bachelor et ensuite la Bartlett School of Architecture de l'UCL (University College London).

— Et bien je vois que tu as bien choisi tes cursus! Mais tu as pris la facilité avec l'italien, c'est ton père? Ria-t-elle.

— Haha, par ma mère, et toi?

— J'ai des vagues ancêtres allemands je pense, mais je suis américaine, mes parents sont dans la finance, ils se sont installés quand j'étais petite à Singapour! Et ensuite... j'aime trop le chocolat, il fallait que je parte en Suisse! Répondit-elle comme si c'était une évidence. Cela me fit rire, je ne l'imaginais pas partir, seulement pour cette raison, qui n'était pas une mauvaise décision loin de là. L'expression «le ventre est notre deuxième cerveau» se révélait encore plus vrai avec Rosalie.

Définitivement, j'appréciais Rosalie Hale. On arrivait après quelques changements à destination, j'en eu le souffle coupé.

— C'est impressionnant n'est-ce pas? Chuchota Rosalie à côté de moi.

Devant moi se dressait une maison-tour de trois étages, je pouvais voir que le premier étage était complètement entouré par la jungle extérieure.

— C'est magnifique... Je chuchotais moi aussi, j'avais l'impression d'être devant un mirage, et qu'un seul mot plus haut que l'autre suffirait pour le faire disparaître.

— Je travaille ici tous les jours et pourtant à chaque fois, je reste ébahie devant.

La visite commença, le rez-de-chaussée de la maison était un grand espace, l'entrée principale se faisait par une terrasse en mezzanine qui créait un balcon au-dessus du premier étage, menant au deuxième par un escalier ouvert. La cuisine et le séjour donnaient sur un luxuriant jardin grâce aux cinq baies vitrées. Il devait bien y avoir 4 mètres de hauteur sous plafond, ce qui faisait que la pièce était à la fois baignée de lumière et ombragée par le plancher supérieur. Au premier, la chambre principale, huit volumes qui regardent vers huit directions différentes à travers de grandes fenêtres qui elle, s'étendent sur la végétation dense. Le deuxième étage quand à lui se faisait sur six volumes, avec la même idée d'ouverture sur six directions différentes qui elles se tournaient vers la ville. La connexion avec le paysage se vivait à travers les fenêtres. C'était apaisant.

— On peut dire que c'est une vraie oasis urbaine, Edward et Jasper ont dû combiner des éléments architecturaux et des types de construction différentes sachant qu'ici, l'air est humide car il traverse la forêt et que les vents; soufflant vers le ciel, sont secs mais agréables. Les murs sont fait en terre creusée localement. Commenta Rosalie en me souriant.

J'étais subjuguée, cette maison était si sereine, lumineuse et étonnement traditionnelle avec le bois omniprésent. J'avais pu remarquer que nous nous trouvions dans le quartier de Setagaya, le climat est différents du reste de Tokyo grâce à la luxuriance de la végétation locale, j'avais pu apercevoir des bambous, des cerisiers, des palmiers et de nombreuses plantes. La vallée Todoroki où nous nous situons avait été creusée par la rivière Yazama, ce qui eut pour effet que le paysage était en légère pente par rapport au niveau de la ville.

— Edward est tombé amoureux de cette vallée, il voulait donc autant que possible être en harmonie et en communion avec la nature. Il définit son architecture comme... une archéologie du futur.

Je la regardai, levant un sourcil perplexe.

— Je t'ai dit que je ne faisais pas partie de la Nikken, comme Edward d'ailleurs, moi j'ai mon propre cabinet d'architecture paysagiste et nous travaillons avec Edward et Jasper qui ont aussi leur cabinet. Et ensemble, nous avons été approchés par la Nikken pour collaborer. Qui sommes nous pour refuser des projets d'une telle ampleur...! Mais Edward a travaillé pour eux pendant quelques temps avant de fonder l'atelier.

— Oh je vois, vous êtes comme associés? - Encore une fois elle hocha la tête pour me dire que j'avais bien compris - Et donc... l'archéologie du futur...?

— Je te rassure, moi aussi au début j'ai trouvé ça curieux mais en réfléchissant bien, cela à un sens, en fait ils mettent un point d'honneur à rechercher et enquêter sur le passé. Il t'expliquera mieux je pense, les voilà! Elle fit signe à deux... gravures de mode. Littéralement je restais un instant estomaquée par leur beauté. L'un était blond et élancé tandis que l'autre avait des cheveux indescriptible et un physique... avantageux... Très avantageux. Il avait des épaules larges, une fois proche, je pus remarquer ses yeux verts, aussi beau qu'une rivière d'émeraude. Il me sourit et je crois que mon cœur eut un raté.

— Bonjour, je suis Edward Cullen et voici mon associé Jasper Whitlock! Il s'inclina tout en me tendant sa carte qui restait un instant dans la paume de ma main. Une fois que mon cerveau fonctionnait de nouveau, je m'inclinais aussi en lui remettant ma carte. Il avait une voix asses grave mais terriblement envoûtante, j'étais persuadée qu'avec une voix pareil, il aurait pu vendre des frigos à des esquimaux.

— Isa...Isabella Swan, je suis architecte. Bredouillai-je. Oui en même temps tu n'es pas là pour acheter la maison hein...!

— J'expliquais... Enfin je tentais d'expliquer à Isabella les principes de ton architecture! Mais je pense que tu décriras mieux... Puisque tout est dans ta tête! Je vais aller préparer le thé. S'empressa de dire Rosalie, me laissant avec ...Edward-j'ai-aussi-des-mains-splendide.

— Et bien... Par où commencer... Suivez-moi, on peut s'installer dans le salon... Il plaça délicatement sa main en bas de mes reins, ce qui provoqua une décharge électrique remontant sur toute ma colonne. Nous marquions une courte pause, puis j'avançais vers la pièce de vie. En même temps il t'aurait emmené n'importe où que tu n'aurais pas refusé coquine!

— Je vous écoute... Soufflai-je presque, rougissant à ce que venait de dire ma conscience.

— Jasper ne parle pas beaucoup mais nous avons la même philosophie, nous croyons que l'architecture commence à partir de la mémoire d'un lieu, du passé qui continuera à l'avenir. Alors pour nous, comme des archéologues, on commence à explorer, à fouiller les souvenirs de l'endroit, ce qui est fascinant, ce processus est rempli de surprise, de découverte. C'est la rencontre entre ce que nous ne savions pas, ce que l'on a oublié ou ce qui est perdu à cause de la modernisation et de la mondialisation... Il parlait avec passion et c'était agréable, très agréable.

— Pourtant, vous n'êtes pas contre la modernisation... Fis-je remarquer avec un petit sourire, qu'il me rendit.

— Hahaha, vous marquez un point, mais les souvenirs sont toujours profondément ancrés dans le sol, dans l'histoire, la mémoire est comme un processus du passé vers le futur et lentement, l'archéologie devient architecture, comme une force motrice pour créer l'avenir. L'archétype résidentiel des zones urbaines se décline dans des maisons cubique... Il ne manqua pas de grimacer.

— Ce qui est le meilleur schéma en terme d'optimisation de l'espace. Notai-je à voix haute.

—Je suis bien d'accord, toutefois, cette rationalisation détériore la qualité de vie. On se focalise sur l'intérieur des édifices sans s'occuper de l'extérieur, qui devient souvent un lieu négligé, oublié. - Il marqua une pause pour soupirer. - Les gens recherchent la connexion avec la nature, alors qu'un rien peut être ce fil, il suffit de savoir regarder et écouter. C'est pour cela que nous avons choisi un plan de tour, pour pouvoir diviser verticalement les zones microclimatiques en deux volumes pour s'adapter aux différences d'humidité et en plan, on a choisi de garantir une vision à 360.

— C'est pour cela que vous avez choisi de faire un grand espace vitré donnant sur le jardin au rez-de-chaussée avec ces volumes en bois comme une transparence au sol qui contraste avec la plus grande ouverte des étages supérieurs? - Je marquai une pause pour réfléchir - il me semble que le corps principal est plus intime, une structure légère pour évoquer un nid ou une cabane nichée dans les arbres? Tentai-je d'expliquer.

Il souriait de toutes ses dents, ces yeux pétillaient de malice.

— Je pense que l'on va très bien se comprendre... Vous avez entièrement raison, c'est ainsi que nous l'avions pensé. La terre que l'on a extraite du site à servie à revêtir les murs en bétons à l'intérieur et à l'extérieur. Quant à la partie supérieur, elle est en bois renforcé d'acier. On voulait vraiment que cette maison soit... comme un plan séquence, aucune interruption, pas de portes ni de cloisons.

— J'ai bien compris ce que vous vouliez dire par là et je suis tout à fait d'accord avec vous sur le fait que l'on doit intégrer l'environnement dans notre manière de concevoir des projets. D'ailleurs, où avez-vous trouvé ce bois magnifique?

— Schhhh tu vas... Il avait essayé de m'avertir mais trop tard...

— C'est mon petit ami!!! S'écria Rosalie qui revenait avec du thé matcha ainsi que des wagashi (les pâtisseries traditionnelles japonaise, des bouchées de plusieurs formes, textures et ingrédients variés. On peut les assimiler à un «art des cinq sens», le goût des saveurs qui régalent le palais, l'odorat, des parfums subtiles d'ingrédients naturels qui n'altèrent pas la délicatesse du thé vert accompagnant la dégustation, le toucher, la vue avec la beauté des couleurs et des formes, l'ouïe; avec la consonance poétique des noms, comme une chanson évoquant des saisons, des scènes oniriques des légendes ou tout simplement pour laisser le plaisir à l'imagination.)

— Et voilà... Tu nous l'as branché, elle ne va plus s'arrêter! S'amusa Jasper, que je voyais rire pour la première fois. Rosalie leur envoya un regard furieux avant de me regarder avec des yeux brillants.

— Emmett est menuisier et c'est comme cela que je l'ai rencontré, il travaille depuis longtemps en partenariat avec Edward et Jasper... J'avais besoin de ses services pour la partie paysagère un jour et puis... Je n'imaginais pas Rosalie être une de ces filles rougissantes quand elle parlait de leur petit ami mais je m'étais trompée.

— D'habitude c'est toi qui fait la cour ou le jardin des gens... C'est lui qui a du s'y coller cette fois-ci! Dit espiègle Edward.

— Rohw!! Ne les écoute pas, ils sont jaloux puisqu'ils n'ont, d'après eux, pas le temps d'avoir des relations longues! Bouda Rosalie en servant le thé. Je riais, on aurait dit une petite famille.

— Et j'ai vu des chambres... C'est une maison habitable en plus de l'atelier? Je revenais sur la maison qui m'intéressait beaucoup.

— En fait... La maison était un projet pour un paysagiste qui a changé d'avis, sa femme ne se voyait pas du tout vivre dans «cette jungle urbaine», alors comme j'en étais tombée amoureux... Du terrain... Pas de la femme! Rectifia Edward, ce qui me fit sourire. On a envisagé de transformer le tout en atelier, comme pour avoir cette maison témoin de ce que l'on pouvait réaliser puis finalement, c'est devenu notre maison à Jasper, Rosalie, Emmett et moi... Même si je possède une maison traditionnelle.

— Je comprends tout à fait que vous ne vouliez pas quitter les lieux en fin de journées... Confessai-je doucement.

— Est-ce que tu as une chambre à l'hôtel? Me demanda Rosalie d'un coup, me surprenant.

— Euh... Oui j'ai les réservations. Répondis-je perplexe par sa question.

— Tu pourrais, si tu le souhaites annuler... Edward a sa résidence dans la maison familiale, nous y allons pour le week-end et c'est grand... Enfin ça te permettrait de dormir dans une vraie maison traditionnelle. Elle a résisté aux tremblements de terre et aux bombardements!

— Tu pourrais me demander mon avis quand même! Grommela Edward. Elle est connue pour son architecture typique de l'ère Taisho. Si vous aimez les tatamis, les parois coulissantes, salle de cérémonie et contempler la végétation par la pièce ouverte...Vous y êtes la bienvenue... Il me regardait droit dans les yeux, j'étais quelque peu hésitante et un poil décontenancée par son regard.

— Je ne voudrais pas m'imposer...

— Surtout que c'est Rosalie qui t'a forcé la main! Rigola Jasper.

— Oui voilà surtout...Je répondis légèrement mal à l'aise.

— Ne vous en faites pas, c'est de bon cœur. En plus cela nous permettra d'avancer sur le projet, de partager nos idées et nos réalisations? Qu'en pensez-vous? Il était convaincant, très convaincant!

— Si vous me prenez par les sentiments... C'est avec grand plaisir alors. Je dois prévenir le cabinet et puis... l'hôtel!

Je m'éclipsai doucement pour passer mes coups de fil. J'envoyais un rapide message à mes parents ainsi qu'à Alice pour les mettre au courant. On resta un moment à discuter tous ensemble, j'appris que Jasper était français, il avait d'abord étudié l'architecture d'intérieur à l'école Penninghen, ratant de peu son entrée à l'école Boulle, il était tout simplement... dans les bras d'une fille, bien trop occupé... à améliorer son anglais, d'après lui! Ce qui ne manqua pas de me faire rire et aussi lever les yeux au ciel, rater cette opportunité à cause de ça me dépassait. Il partit ensuite pour l'Ecole Nationale Supérieur d'Architecture de Bretagne (ENSAB) où en partenariat avec l'Université de Rennes, il intégra le Master d'Histoire Théories Critique de l'Architecture». Edward quant à lui avait étudié à Tōdai, l'Université de Tokyo, puisqu' il était parmi les meilleurs, il bénéficia d'une bourse pour la Graduate School of Design d'Harvard. Je n'avais pas encore demandé comment ils s'étaient rencontrés mais j'avais envie de connaître leur parcours.

On partit pour la maison traditionnelle en fin de journée, «grand» était un doux euphémisme, la propriété était immense. Le jardin est entouré de clôtures et la maison se situe au milieu du jardin. J'avais appris que les jardins japonais avaient été édifiés pour que les esprits divins puissent se reposer. C'est pour cela que c'est un lieu privilégié pour rentrer en contact avec les dieux. La sérénité s'unit avec la nature pour représenter la sobriété et la simplicité. La demeure d'Edward renfermait les 3 types de jardin japonais, le Shizen fukeishiki est la représentation miniature de la beauté et la grandeur de la nature. Il y avait des petits ponts aussi. L'eau représente les lacs ou les rivières, les cailloux et les rochers symbolisent les montagnes. Puis je continuais ma découverte par le Karesansui, le jardin sec que l'on retrouve dans les temples bouddhistes, il met en lumière la nature, représentée par la mer, les montagnes et les îles. Le sable et les graviers sont alors utilisés pour symboliser la mer, on vient avec un râteau travailler les éléments pour donner l'illusion de vague. Il y a 15 pierres placées en 5 groupes pour former la représentation des montagnes et des îles. Ensuite, le jardin de thé, Chaniwa, où se déroule la cérémonie du thé. Le Tsukubai est une pierre creuse qui contient de l'eau pour permettre aux invités de se purifier avant la cérémonie, une lanterne japonaise sert à éclairer et guider les invités. Tout autour de la maison, j'avais pu apercevoir les engawa, les couloirs extérieurs qui facilitent la circulation dans un espace protégé des vents et de la pluie, comme une transition entre l'intérieur et l'extérieur. Ce sont aussi des endroits de détente et de méditation, comme un espace tampon. En cas d'intempéries, de vents forts ou d'attaques éventuelles, les panneaux amado ont la capacité de refermer entièrement la maison.

A la fin de la visite du jardin, je me retrouvais devant l'entrée Genkan où l'on enlève ses chaussures, cette pratique remonte à l'ère Heian, on retrouvait ce vestibule devant les temples, il était alors dit que chaque individu qui franchissait la porte du temple devait se soumettre aux préceptes zen. Vers le XVII, les Samouraïs s'en inspiraient pour leurs maisons, depuis c'est devenu une coutume. En Occident, l'agencement d'une maison se décide après avoir validé le projet extérieur, au Japon, l'architecte est aussi d'intérieur. J'avais appris dans mes cours que l'on utilisait le procédé de Shakkei , c'est à dire «paysage emprunté». Ce principe repose sur le fait d'incorporer le paysage d'arrière-plan dans la composition d'un jardin , d'un intérieur. Les vues, effets de lumières, chants, odeurs, tout s'intègre pour fondre la maison dans son environnement.

J'aimais le fait que les architectes ici, empruntent et ne s'attribuent pas. Sans jardin, on peut dire au Japon que la maison devient «introvertie», pour éviter cela, le jardin et les ouvertures donnant sur celui-ci seront alors placés au cœur de la maison.

Je tournai la tête pour voir l'intérieur, on retrouvait le minimalisme connu dans le monde entier, il y avait peu de meubles mais beaucoup de rangements. Je devais scruter les fenêtres depuis un moment puisque Jasper me sortit de ma torpeur.

— Le Shoji est la trame en bois recouvertes d'un papier translucide, le washi, pour diviser l'espace en laissant tout de même passer plus de lumière et en réduisant l'humidité, comme tu peux le voir le papier est poreux.. M'expliqua Jasper.

— Le Fusuma, est le même principe mais sont plus opaques pour cloisonner une pièce. Ajouta Edward.

Je savais que les architectes japonais affectionnaient le clair-obscur, on pouvait discerner sans vraiment voir, les pièces ne sont pas sombres. Tout n'est que dosage entre les parois opaques, translucides, transparentes, les stores en bambous que l'on appelle sudare, comme sculptés par les ombres mouvantes. Edward m'avait expliqué à quoi ces éléments servaient, c'était pour adoucir les relations avec l'extérieur.

— Il me semble que le tatami est aussi une unité de mesure? C'était une question plutôt rhétorique mais je voulais tout de même savoir si j'avais bien étudié mes cours.

— Tu as raison Isabella, nos tatamis ont une dimension très standardisée, 182 cm de long et 91 cm de large, c'est courant dans les annonces de voir que les dimensions des pièces sont indiquées en nombre de tatamis. Continua Rosalie.

Je laissais mes yeux vagabonder sur le tokonoma, cette alcôve décorative, le plancher est légèrement surélevé. Il y avait une estampe suspendue ainsi qu'un arrangement floral; l'ikebana est un art au japon, un brûleur d'encens, le kôro et une poterie complétaient le tableau.

— Il faut savoir que les maisons en bois et papier sont conçues pour une durée moyenne de 25 ans. Contrairement à des pays comme la France où le style Haussmannien privilégie la pierre massive car elle est rassurante, c'est de là que tien l'importance des grandes propriétés que l'on transmet de génération en génération. Ajouta Jasper.

— Ce qui permet de renforcer l'idée que l'on ne construit pas pour une société mais pour un individu, pour une famille qui réparera ou reconstruira leur habitation. Edward avait le don de faire quelques remarques par ci par là sans crier gare

On s'installa à côté de la table basse, le chabudai entourés des coussins zabuton. Au milieu trône une sorte de foyer ouvert, irori avec le crochet jizaikagi qui est suspendu au-dessus du feu. Rosalie m'expliqua qu'il y avait plusieurs salles de bain, celles équipées de lavabo et les autres «ofuro», les petits bains japonais, l'équivalent des baignoires occidentales. Nos chambres étaient toutes décorées et il y avait le fameux futon. Edward m'entraîna à sa suite pour me montrer le «trésor de la maison», après avoir ouvert une porte coulissante, la maison disposait d'un onsen, oui une source chaude semi extérieure.

— Mes grands-parents ont battis cette maison autour de la source... Dit-il avec une pointe de fierté.

— Je ne vous ai pas demandé, mais vous ne m'avez pas l'air...

— Japonais? Il plissa les yeux amusé.

— Je ne voulais pas paraître indiscrète... J'étais gênée à l'idée d'avoir commis un impair.

— Ne vous en faites pas, tout simplement parce que mon grand-père américain est tombé follement amoureux d'une japonaise. Mon père était trésor national, il dirigeait une fabrique de Washi. C'est pourquoi il a eu cette distinction pour avoir contribué au patrimoine immatériel du Japon. Il n'en dit pas plus et comme je ne voulais pas être impolie, je ne relevai pas.

— Votre maison est superbe... J'ai appris l'architecture japonaise mais je suis qu'un fœtus en la matière. Je fis un petit sourire contrit face à ma non connaissance.

— Haha, vous savez, il faut seulement se dire que les espaces sont neutres, si je pose un futon alors cette pièce deviendra une chambre, c'est aussi simple que ça! Sans oublier de surélever la maison pour que le vide résiduel puisse permettre la circulation d'air et rafraîchir la bâtisse. Le tout est disposé sur des poteaux centraux ancrés dans le sol pour la stabilités latérale et le reste de la structure est posée sur des grosses pierres, ainsi, en cas de tremblement de terre, la maison bouge mais ne tombe pas. Affirma Edward tout en me regardant.

Je souriais, j'aimais bien en apprendre d'avantage. On passa une soirée très agréable, mes hôtes avaient prévu de me faire découvrir la différence entre un shabu-shabu et un sukiyaki, les deux étant une préparation comme un pot-au-feu, dans les deux cas, on a de fines tranches de bœuf. Pour ce qui est du sukyiaki, à Tokyo, le bœuf est cuit lentement et il mijote, ensuite sont rajoutés les ingrédients comme le tofu, les vermicelles et la sauce. Dans le pot de fer, il y a de la sauce soja, du mirin, du saké et du sucre. On trempe les ingrédients dans des œufs crus battus avant de le manger. Tandis que le shabu-shabu, que l'on appelle comme cela à cause du bruit que fait la viande qui mijote. Cette fondue, est préparée avec le bœuf tranché finement auquel on rajoute des légumes, par exemple des champignons, des carottes, du nori, des oignons, choux, nouilles... Le tout est trempé dans un bouillon, ensuite, on trempe la viande et les légumes dans une sauce puis on les dispose sur un bol de riz. La coutume veut qu'après avoir fini , le bouillon restant est mélangé avec le riz. Après cette expérience, je décrétais que j'aimais particulièrement le Shabu-shabu qui était plus savoureux et moins sucré que le sukiyaki.

Après avoir dégusté des délicieux dorayaki préparés par Rosalie, on entama notre discussion sur le projet. On fut rejoint dans la soirée par Emmett, qui venait tout juste de rentrer. Il me faisait penser à un grand enfant dans un corps de géant. Il avait les yeux rieurs et encore une fois, je me sentais bien, comme si depuis toujours, je faisais partie de cette drôle de famille.

Les discussions avaient été naturelles et spontanées, c'est si facile en fait de leur parler de ma meilleure amie, de mes parents, ils me racontèrent leur rencontre, Edward et Jasper s'étaient rencontrés lors d'un concours de conception entre Havard et le M.I.T. chacun étant dans l'équipe rivale. Rosalie et Edward s'étaient eux rencontrés sur un chantier de la Nikken Sekkai où chacun avaient été appelés en tant qu'expert consultant. Depuis, ils ne se quittaient plus avec Emmett qui avait naturellement rejoint le cercle restreint en étant non seulement une entreprise partenaire et non des moindres, le petit ami de Rosalie.

Six mois étaient passés depuis mon arrivée ici, l'été laissait place doucement à l'automne, les nombreux arbres du jardin d'Edward avaient changé de couleur, ils s'étaient dépouillés de leur couleur verte pour mieux former un parterre multicolore. Certains gardaient leur vert sapin ou leur pomme granny tandis que d'autres viraient au jaune doré, au marron et au rouge. Comme les érables qui redeviennent rose-rouge, le jardin était toujours aussi magnifique et reposant.

Je déambulais aujourd'hui dans la ruelle Minami Aoyama, cette ruelle perpendiculaire à l'avenue Ayoma Dori, proche du célèbre quartier d'Omotesando. Rosalie était à côté de moi.

— Nous sommes arrivées! Sourit-elle.

Nous nous trouvions devant un immeuble de trois étages, comme un panier, un lattis, c'est à dire un ouvrage en lattes, aux formes irrégulières. L'extérieur en forme de losanges, voulait rappeler un ananas qui est le produit phare de la société taiwanaise qui habitait les lieux. Leur spécialité était un délicieux petit gâteau à l'ananas. Le bâtiment était en béton et verre avec un doublage intérieur/extérieur en bois croisés. L'enveloppe faite de tasseaux en bois de cèdre blanc japonais; l'Hinoki, était assemblée selon la méthode traditionnelle des artisans menuisiers le «jigoku-gumi» qui permet d'assembler des lattes sans clous ni colle. Les lattes de longueurs différentes combinées pièce par pièce avaient des angles précis de 30 et 60. Ce qui faisait des effets de lumières exceptionnels. On ressentait tout de suite la chaleur des pièces malgré un décor minimaliste. Il y avait ce côté accueillant, on avait envie de rester dans cet endroit «cocon», avec pour seule compagnie un bon livre. Rosalie m'expliqua qu'ils avaient réalisé ce projet. C'est ainsi que l'idée du centre avait germé dans notre esprit.

Notre équipe avait bien avancé, nous en avions fini avec l'ébauche du gymnase. Il nous fallut seulement quelques jours pour que nos idées se rejoignent mais c'est avec joie que l'on s'aperçut que l'on était exactement en phase.

Edward avait dessiné les plans, on avait convenu que le centre de gymnastique serait en bois, après des recherches, on découvrit que le site avait, autrefois, été un étang de stockage de bois, c'est alors tout naturellement que l'on en avait utilisé pour la charpente du toit, la façade, les sièges des spectateurs et les murs extérieurs. Cette structure à ossature en bois nous permettait de réduire le poids de la structure globale.

Ensuite, la façade en bois prenait en compte les propriétés d'isolation acoustique et thermique. J'étais satisfaite du résultat, je pense que l'on avait réussi à combiner nos idées pour rester dans la beauté et la richesse des matériaux tout en respectant la simplicité. Le centre ressemblait à un navire en bois flottant dans le paysage de la baie. Par la suite, le gymnase serait transformé en salle d'exposition permanente, l'idée phare du dossier de candidature olympique était des installations boisées et de la durabilité, avec notre bâtiment, nous étions parfaitement dans les thèmes.

A l'intérieur, j'avais dessiné un espace sans colonne, la structure était simple, faite en gros bois stratifié puis collé avec une haute capacité thermique pour obtenir des performances de résistance au feu et aussi une stabilité de la structure.

Les murs extérieurs étaient en bois de cèdre tandis que le plafond du dôme était construit à base de mélèze de la préfecture de Hokkaido et de Nagano. On avait placé volontairement l'espace du hall à l'extérieur, trop souvent, les halls se trouvent à l'intérieur, c'est pourquoi, on voulait créer un espace d'approche ouvert et large pour casser le côté impénétrable créés par les murs monolithiques que l'on retrouve habituellement dans les installations sportives.

Nous avions maintenue la hauteur du bâtiment aussi basse que possible, en réduisant le volume global tout en contrôlant la hauteur de l'avant-toit afin de tenir compte de l'environnement résidentiel alentours. Pour que le centre soit vraiment fait de lignes horizontales longues et fluides. Grâce à tous ces éléments, on respectait l'essence de l'architecture japonaise, le bois est résistant aux typhons et aux tremblements de terre.

Il faut savoir que le Japon était avant-gardiste dans la conception des gratte-ciel modernes, les architectes japonais connaissaient depuis la nuit des temps le principe du porte-à-faux qui permet de soutenir de lourdes charges comme les toits des temples. J'avais appris au cours de mes études, qu'un de mes architectes favoris, Frank Lloyd Wright avait été influencé par les arrangements spatiaux japonais ainsi que l'interprétation des espaces intérieurs et extérieurs. Il fut l'un des grandes figures de la «Prairie School», l'architecture organique qui sert à entretenir un lien entre un habitat domestique et naturel, sans perdre de vue le bien-être du citadin et le respect de la nature. Tout cela concordait avec le principe feng shui. C'était un réel art de vivre, en architecture, c'est devenu un moyen pour penser l'espace et concevoir entièrement une maison.

Je me souvenais d'une conversation que l'on avait eu avec Edward sur le futur site du chantier. Je le revoyais manipulant d'étranges instruments.

— Qu'est ce que c'est ? Fis-je curieuse en désignant l'outil qu'il tenait dans la main.

— Oh ça? C'est un luo pan, une boussole géomantique chinoise. Me répondit-il en souriant, tout en inclinant sa «boussole».

— Hum... Je le regardai perplexe.

— Tu dois te demander ce que c'est...? Il me lança un sourire taquin.

— Un petit peu... sans mauvais jeu de mot, tu me parles chinois là! Je souriais contrit.

— Cela signifie littéralement «l'univers sur un plateau», comme tu peux le voir, le plateau est rond et symbolise le ciel, la base est rouge et carrée pour représenter la terre. Au centre se trouve la boussole, le «tai ji», d'où toute chose émane. La boussole est montée sur un capuchon en laiton qui est coiffé par un axe métallique serti d'un saphir, comme les pointes de lecture d'un tourne-disque. Expliqua-t-il en prenant le temps de voir si je comprenais bien.

— Jusqu'ici, j'arrive à suivre...

— Sur le plateau mobile se trouve des informations gravées et organisées en anneaux. Il y plusieurs sous ensemble, la section astronomie qui est la plus ancienne, la section ciel externe, c'est le qi de mouvement lent autour de nous, elle sert à analyser les montagnes, les collines... alors que le ciel interne le qi rapide donc l'eau. La section terre permet de travailler directement le bâtiment et son environnement. C'est à dire des éléments externes qui pourraient causer des problèmes. Le luo pan sert à mesurer l'espace et le temps; les années, les saisons, les mois, les jours, les heures, tout cela module la nature des qi. Il continuait sa "leçon" prudemment.

— Je vois des directions aussi... Comme pour la rose des vents?

— C'est ça, il y a 8 directions, 4 principales et 4 secondaires que l'on divise en 3 sous-secteur ce qui nous donne les 24 montagnes...

— Alors là... Tu viens de me perdre! Ricanai-je. Il me sourit de toutes ses dents.

— Pour ne pas trop rentrer dans les détails, ce qu'il faut savoir c'est que l'espace se répartit sur 360que l'on subdivise en 8 pour les directions, les trigrammes qui nous permettent, entre autre, de connaître les bons ou les mauvais secteurs des maisons. Pour une meilleure maîtrise, chaque tranche est divisée en trois, ce qui fait 24 tranches de 15 que l'on appelle les 24 montagnes. Tout cela sert à rééquilibrer, fluidifier et adoucir le Chi, le flux d'énergie naturelle. Il frôla du bout des doigts ma main, j'avais voulu toucher le plateau pour voir comment le luo pan tournait. Je ressentis encore une fois ce courant électrique me parcourir. J'essayais d'entamer la discussion, pour ne pas à avoir à penser à ce qu'il venait de se passer.

— Sans trop rentrer dans les détails hein... Riai-je malicieusement.

— Je ne t'ai pas parlé des cinq éléments! Dit-il sur le même ton taquin.

— Et bien je vous écoute ô grand maître !

— Il y a le bois, le feu, l'eau le métal et la terre, le bois correspond à l'est et au printemps, le feu au sud et à l'été, le métal à l'ouest et l'automne et l'eau au nord et à l'hiver.

— Et la terre?

— Je vois que tu suis! La terre représente l'homme debout au centre des 4 éléments, qui eux mêmes sont des animaux, le bois et le dragon d'azur, la tortue noire l'eau, le tigre blanc le métal, le phœnix écarlate le feu et le centre correspond au Chi... Est-ce que c'est assez clair?

— Je pense comprendre... Donc par exemple les gratte-ciel troués à Singapour ou Hong Kong... Sont parfaitement établis grâce aux calculs des formules du luo pan...?

— C'est tout à fait ça! Si on construit des trous, c'est pour que les dragons vivant dans les montagnes environnantes puissent se diriger vers l'eau. Pour la petite histoire, le bâtiment de la Bank Of China de Hong Kong, a subit beaucoup de controverses car la banque est le seul édifice à contourner la convention de consultation des maîtres feng shui. Donc à cause de cela, une légende dit que c'est pour cela que les résultats des finances sont mauvais!

Je clignais des yeux revenant au présent, je souris légèrement, me remémorant nos conversations passionnées autour de Wright et de son influence sur l'architecture mondiale et japonaise, de nos avis sur sa création de l'Hôtel impérial qui n'existe plus maintenant. Puis on avait parlé de ses maîtres, il avait travaillé pour Shigeru Ban, «l'architecte de l'urgence» qui est connu pour construire des logements temporaires pour les réfugiés après des catastrophes naturelles aux quatre coins du monde, grâce à ses constructions à base de tubes en carton. Ensuite de son autre maître, lui aussi lauréat du prix Pritzker, Tadao Ando, connu pour son travail avec le béton et la lumière. Il est considéré comme un dieu vivant, influencé par Le Corbusier. Rien que ça. Le travail de la lumière est l'élément central de ses créations. Edward avait été profondément touché par ses maîtres et leur travail avec la nature. Je pouvais d'autant plus le sentir quand il me parlait d'eux avec un respect et une admiration sans borne.

Nous avions longtemps discuté, j'essayais de comprendre comment il imaginait son mentor, en particulier Tadao Ando, le maître du béton.

— Je respecte et j'apprécie énormément le travail de Ando... Mais parle moi de ce rapport avec le béton et la nature?

— Je me disais bien que tu allais me poser cette question un jour où l'autre! Ria Edward.

Nous étions dans le jardin, il faisait doux cette soirée là. On s'amusait à allumer des petits bâtons lumineux, une coutume pendant les festivals. Je regardai avec tendresse cette tige d'où sortait des petits feux d'artifice.

— Si on soigne le béton, on peut le rendre digeste pour la nature et la planète... Je sais qu'ils peuvent cohabiter magnifiquement. On trouve du béton dans le monde entier et c'est accessible à tous... Ce que m'a appris mon maître c'est le fait d'obtenir une architecture unique dans une matière universelle.

— Je pense saisir ce que tu dis... Comme pour la maison Azuma?

— En effet, cette maison a une façade aveugle du côté de la rue, c'est un boîte en béton mais ce n'est pas seulement ça. De nos jours, la beauté est charnelle, on peut toucher ou saisir du regard alors qu'Ando, lui, créé ce que l'on voit pas.

— Le vide permet de créer la grandeur... Soufflai-je.

— Je vois que tu as bien étudié ton sujet! S'amusa-t-il en me regardant quelques secondes avant de reporter son attention sur les bâtons. Je crois que pour moi, si un bâtiment ne communique rien alors ce n'est pas de l'architecture... Un architecte doit considérer l'histoire, appartenir au présent et avoir foi en l'avenir... Un lieu doit donner un espoir de vivre.

Je haussai la tête, dans l'affirmative, je n'avais rien à ajouter, il avait tout dit. A la remise du prestigieux prix Pritzker, le président du jury avait salué « une philosophie de l'architecture qui crée des espaces où l'homme est en relation avec la lumière, l'ombre, le vent et l'eau, loin du chaos environnant de la ville.» Edward en était le parfait héritier. Il avait su apprendre de ses maîtres, tout en évoluant, en laissant aussi sa patte. J'avais en tête les merveilleux trésors architecturaux de ses maîtres et j'enviais un peu les chantier auquel Edward avait participé, notamment le «Temple de l'eau» sur l'île D'Awaji, le musée d'art moderne de Forth Worth ou la magnifique colline du Bouddha sur l'île de Hokkaido à Sapporo exactement. Ce dernier projet était pour moi du pur génie, ou de la folie pure, les deux étant positifs. Il était convenu de mettre en valeur un Bouddha en pierre de 13.5 mètres de haut, et quoi de mieux pour ça? L'engloutir jusqu'à mi tête sous une colline artificielle circulaire entourée de 150 000 pieds de lavande. Du pur génie ou de la folie pure je l'avais bien dit!

Les visiteurs ne voyaient qu'un crâne flottant au dessus d'une mer changeante de couleur en fonction des saisons, mauve en été, blanche en hiver. La statue quant à elle est accessible par un tunnel en béton et illuminée par un puits de lumière. C'était d'une virtuosité rare. Je trouvais ça admirable et j'avais espoir que moi aussi, je puisse travailler sur des chantiers et avec des personnes aussi enrichissantes. Edward avait parfaitement intégré l'idée de créer des huis-clos contre le chaos urbain, l'atelier de leur cabinet en était le parfait exemple.

Cela faisait presque un an que l'on travaillait d'arrache pieds, le projet du centre avait été validé et nous étions en train de réunir le bois nécessaire pour le chantier. Edward et Jasper étaient sur tous les fronts, ils avaient aussi signés un contrat avec Shigeru Ban qui avait fait appel aux talents de son ancien disciple pour un projet de Dojo dans les airs... Parmi tant d'autres projets.

Rosalie et moi menions nous aussi la barque, elle épaulait, en plus de son travail, les commandes de bois avec Emmett. Nous étions rassurés d'être dans les temps, le respect des délais et du budget étaient deux contraintes que l'on ne pouvait pas contourner; 170 millions d'euros pourrait sembler être une enveloppe confortable, mais dans mon métier, j'avais bien appris que parfois, rien ne se passait comme on l'aurait voulu.

Le bois arrivait de six préfectures différentes, Nagano, Hokkaido pour le mélèze pour concevoir le toit, Shizuoka, Miyazaki Akita pour le bois de cèdre et Mie, qui lui, servirait pour les l'agencement des tribunes de 12 000 places. Il y en avait pour 2300 mètres cubes de bois pour construire le centre. C'était une véritable course contre la montre mais c'était terriblement excitant.

J'avais découvert de nombreux quartiers dans mes tribulations nippones, Akihabara, le temple de l'électronique, Asakusa, le quartier historique, Ikebukuro, passage obligé si on est une férue de shopping avec celui de Shibuya, véritable quartier de la mode, ce que je ne manquais pas de dire à Alice. Harajuku était le quartier des jeunes. La nuit se passait entre Kabukichô, Golden Gai et Kappabashi, respectivement les quartiers de la nuit et de la cuisine. J'étais tombée amoureuse du quartier Shimokitazawa, très calme et coloré. Des boutiques de seconde main, des petits salles de concert indépendantes, clairement un quartier que l'on pourrait décrire comme «hipster», avec ses cafés branchés et ses magasins vintages. Edward m'avait fait découvrir le quartier d'Oconomizu, consacré à la musique et au sport quant à Jasper, il m'avait traîné à Nagano, le quartier des otakus. J'avais eu le plaisir d'aller au musée Ghibli, j'étais une fan inconditionnelle.

Il y avait une multitude de choses à faire, à voir et j'étais loin d'avoir tout vu et tout fait, même si je m'évertuais à «m'enrichir» culturellement, gastronomiquement, tout ce que le Japon avait à m'offrir, je le prenais avec plaisir. Je profitais de ces bonheurs au quotidien.

La vie avec mes collègues était plus que satisfaisante, Jasper s'était largement ouvert, il paraissait introverti mais il était doté d'un humour redoutable et c'était un puits de sciences pour ce qui était historique. C'était une personne discrète dont on appréciait la compagnie, il avait ce don d'apaiser les mœurs. L'idée de le présenter à ma meilleure amie m'avait traversé l'esprit, il avait un physique... plutôt intéressant et peut-être que lui saurait la supporter en maintenant un équilibre avec cette pile électrique. Je riais intérieurement, mon idée tenait du génie, j'en avais aussi marre qu'elle revienne en pleurs parce qu'elle était tombée sur une mauvaise personne, ou une personne mariée ou gay. Rosalie était devenue une confidente hors-pair, on partageait beaucoup de chose et derrière sa façade de femme des glaces, c'était une adorable fille. Elle était empathique, travailleuse, honnête et franche. Tout ce que j'appréciais. Emmett était surprenant, dans tous les sens du terme, c'était à la fois un homme droit, sur qui on pouvait compter littéralement jour et nuit. Mais il avait ce côté enfantin qui me faisait rire. C'était un geek qui adorait la pop culture et il faisait souvent des sorties otakus avec Jasper.

Edward quant à lui... Que dire... Il était talentueux, solitaire et passionné. J'avais l'impression de le cerner et d'un claquement de doigt, il me surprenait. J'aimais énormément nos discussions, souvent portées sur l'architecture et nos goûts respectifs, on passait beaucoup de temps à esquisser des croquis. Quand il ne travaillait pas, il faisait de la musique, c'était un amoureux des notes et des instruments. Je pense que cela allait avec le processus de création et d'évolution. En plus des sentiments que la musique pouvaient procurer. J'étais bien en sa compagnie, nos silences n'étaient pas pesant, ils nous accompagnaient sans nous étouffer ou nous gêner. Parfois, l'atelier était si calme car nous travaillions tous sur les différentes esquisses pour le projet de notre deuxième bâtiment. On nous avait confié la réalisation du centre aquatique. Le jour de l'annonce de notre candidature, j'avais esquissé un sourire, décidément, l'eau me suivait partout où j'allais. Elle avait traversé ma vie pour m'emmener vers Zaha et maintenant, elle me portait sur le projet des Jeux Olympiques.

Aujourd'hui, j'avais décidé de prendre un peu de temps pour m'imprégner d'idées, on devait rendre d'ici quelques semaines les dessins et plans pour le centre aquatique. L'équipe et moi avions pensé à faire un projet chacun et une fois nos idées partagées, nous ferions le projet final avec l'ensemble des idées qui sortiraient de nos travaux personnels. Je trouvais la façon de faire intéressante, cela nous poussait à donner le meilleur de nous pour l'injecter dans un projet commun.

Je voulais commencer par voir le quartier de Roppongi qui était connu pour sa vie nocturne. Mais c'était de jour que je voulais l'explorer. Ici se trouvait le centre national des arts, le plus grand espace d'exposition japonais, avec sa surface de 48 000 m2. La façade était tout en longueur, en verre et métal. Je ne résistais pas à l'envie d'aller à la galerie 21-21 Design Sight, toute discrète dans le jardin Midtown. L'espace d'exposition se trouvait en sous-sol qui était éclairé par un patio. Situé sur l'ancienne agence de la Défense, le complexe 21-21 Design Sight était tout à fait particulier, par son architecture, ses volumes et les expositions qui y ont lieu. Le nom du musée était tout un message, la «20-20 vision» en anglais correspond à la vision parfaite, c'est pourquoi le musée avait choisi «21-21» pour voir au-delà de l'objet, plus loin. C'est sans surprise que je reconnue l'œuvre de Tadao Ando, qui fut assisté par le graphiste Taku Sato, le designer Naoto Fukasawa et par le célèbre couturier Issey Miyake. L'ensemble représentait une pièce de vêtement du couturier. Le bâtiment relevait des prouesses technologiques, avec une des plus grandes vitres à double vitrage du Japon, chacun des deux toits était constitué en une seule pièce de métal.

La nuit venait de tomber, je marchais sur l'avenue Harumi Dori, dans le quartier commerçant de Ginza, ici les plus grandes enseignes de luxe faisaient appel aux architectes les plus renommés. Je m'arrêtai ébahie devant la maison de verre d'Hermès. Les façades translucides en pavés de verre créaient une douce lumière la nuit et filtraient celle du jour, telle une «lanterne». J'empruntais ensuite l'ascenseur menant au 13ème étage du centre commercial Ginza Six. 240 boutiques étaient regroupées dans ce centre où trônaient des œuvres suspendues monumentales qui changeaient tout au long de l'année. En haut se trouvait un jardin de 4000 m2 sur un rooftop. De là, on pouvait admirer une vue imprenable sur Tokyo. En face, j'observais le magasin japonais Uniqlo, il ressemblait à une maison de poupée à travers ses murs entièrement vitrés. Au loin, on apercevait la Tour de Tokyo.

C'est avec un rythme effréné que nous terminions trois semaines après nos projets, on ne s'était pas beaucoup croisés ces derniers temps, Rosalie avait fort à faire avec les projets végétaux qu'elle devait gérer en plus de superviser l'arrivée des matières premières avec Emmett. Nous nous étions retrouvés seulement deux trois fois pour dîner ou déjeuner en vitesse. Edward avait élu domicile à l'atelier, Jasper et moi dans la maison. J'enroulais les derniers plans et dessins dans un tube de transport pour ne pas les froisser pendant le trajet jusqu'aux bureaux. J'étais vraiment fière d'avoir été au bout de mon idée, c'était tout en verre et en courbe, ma marque de fabrique comme j'aimais à le penser.

J'étais un peu fébrile à mon arrivée, Jasper était comme à son habitude, calme, et Edward, on avait l'impression que c'était un vampire qui n'avait pas été nourrit pendant des siècles et que sa chevelure si désordonnée habituellement...Avait été détruite complètement dans un chaos monstre. Mais je devais reconnaître que ça lui donnait un côté sexy redoutable. Je me mis une claque mentale en me mordillant la lèvre. Nous étions tous les quatre, avec Rosalie, regroupés autour d'un thé. Jasper brisa le silence.

— Très bien pas tous en même temps! Je me lance! Il déroulait minutieusement ses plans devant nous.

Je parcourais des yeux le rendu, ce qui me frappait en premier c'était l'aspect brut du projet. La parcelle se composait d'un plateau carré d'une dizaine d'hectares au milieu d'une plantation de prunier décoratifs. Deux bâtiments presque totalement enterrés l'un rectangulaire pour le centre aquatique l'autre rond pour le tennis. Les surfaces du toit plat étaient fermées et il y avait des centaines de tapis d'acier à mailles étroites montés sur un cadre en acier. Jasper nous montrait le rendu en 3D sur son ordinateur. Les effets d'optiques grâce à cette combinaison étaient remarquables car ils variaient en fonction de la météo. La forme ronde scintillait presque comme un joyau. Les reflets de la forme rectangulaire grâce à la couvertures métalliques jouaient comme des pièces d'eau. Les bassins étaient spectaculaires alignées avec l'échafaudage qui ressortait. Jasper avait misé sur un projet paysage plutôt que de l'architecture pure. Les mégastructures qu'étaient la piscine et le bâtiment abritant les courts de tennis émergeaient à peine de ce verger. La charpente ronde était déployée contre l'allée centrale et une poutre circulaire périphérique portée par des colonnes de béton. Les panneaux en acier tissé étaient amovibles pour la maintenance.

J'étais quand même dubitative, j'aimais beaucoup le rendu des bassins mais l'aspect externe ne correspondait pas à ce que je me faisais d'un projet renouvelable et naturel. C'était un peu trop brut. Edward quand à lui était bien plus réservé, je le voyais froncer les sourcils, prendre des notes. On passa ensuite sans un mot vers le projet d'Edward.

Il nous montrait un énorme bloc de béton, tel un monolithe recouvert d'une structure en bois cuivré. Le complexe aquatique était structuré par un ensemble de panoramas. Comme si il voulait brouiller les frontières entre l'environnement extérieur et intérieur où la nature est toujours présente à l'avant. Les ouvertures encadrées mettaient en valeur l'intérieur comme l'extérieur. Il avait réussit à enraciner la nature dans la structure de la charpente qui était un judicieux mélange de bois, d'aluminium et de titane recouvert de cuivre. Par le jeu des facettes, la perception du bâtiment changeait selon le soleil et les saisons comme on pouvait le voir sur le rendu 3D. Les surfaces en verre transformaient le bloc en cristal scintillant à la lumière. Je reconnaissais la volonté d'Edward grâce à l'homogénéité et le choix de matériaux durables et naturels. Les murs étaient tapissés de planches de bois et les plafonds tendus de toile pour épouser le volume des facettes. L'éclairage naturel, les volumes généraux et l'ambiance qui s'en dégageait étaient propices à la sérénité. Une mezzanine partielle était créée pour le staff. Tout était enfermé dans un écrin de nature, comme la forêt de son atelier si cher à son cœur. Quiconque connaissait Edward et son cheminement, reconnaissait directement sa patte et l'influence de ces mentors. C'était contemporain, simple, puissant et redoutablement tourné vers la nature.

Rosalie ne disait rien mais je voyais qu'elle n'était pas insensible au fait qu'Edward avait utilisé pas mal de verdure, ce qui était aussi le cas avec les pruniers de Jasper. Quant à moi j'appréciais le côté minéral du projet, il aimait comme moi travailler la lumière et on voyait sa détermination à continuer cet équilibre entre la brutalité du béton et la légèreté et la puissance de la nature. Jasper sourit dépité, il regardait avec une pointe de fierté son associé.

— Je crois que j'ai aucune chance face à toi Ed! Ria-t-il.

—Ne dis pas ça Jazz, j'aime énormément ce que tu as fait pour le rendu des plongeoirs ainsi que les surfaces du toit.

— Arrêtes de me complimenter en public je vais rougir! Gloussa le blond, ce qui nous fit tous rire en plus de détendre l'atmosphère.

Je me lançai dans le grand bain si je pouvais dire. Je sortais mon ordinateur ainsi que les plans et les dessins. Mon hall principal était lumineux et élégant, par un effet belvédère qui offrait une vue panoramique sur le paysage. De loin, seule la salle principale émergeait au-dessus des points d'eau que j'avais imaginé. Le toit était comme des pétales flottant au-dessus du sol, la structure évoquait les ondulations et les mouvement de l'eau. Les vestiaires étaient intégrés dans un bâtiment en béton pour laisser émerger le hall principal. Le treillis de la façade filtrait la lumière et les regards tout en créant des reflets dans le paysage. La surface incurvée du toit intérieur traitait l'acoustique et l'environnement lumineux des piscines. J'avais opté pour une structure en métal blanc, des sols et des murs clairs avec un bardage en bois pour s'harmoniser avec l'univers végétal environnant.

Le bâtiment avec ses grands espaces vitrés de différentes hauteurs permettaient une entrée directe de la lumière du jour au milieu du hall principal grâce au déport des toitures. Les débordements du toit participaient à la protection solaire des vitrages pour un confort optimal des Jeux qui se déroulaient en été. Le verre serait traité pour apporter de la lumière tout en minimisant la réverbération tout en maximisant la transparence sur la piscine. La structure blanche du hall principal était visible comme pour rappeler une coque de navire. Un système d'attaches non apparentes le tout recouvert de triangles micro-perforés servait à modéliser les courbes de la toiture. Le treillis métallique permettait d'éviter les poteaux à l'intérieur.

J'étais un peu inquiète, je les voyais faire défiler les dessins ainsi que la maquette 3D, Edward était silencieux. C'est Rosalie qui parla en premier.

— Je ne veux pas faire du "girl power" mais c'est quand même Bella qui remporte le match!

— Je suis bluffé, pas que je ne croyais pas en tes capacités, nous avons vu les travaux que tu as réalisé... Mais ton complexe aquatique est remarquablement bien pensé, il est lumineux, écologique, il s'intègre parfaitement dans un environnement... Les courbes sont superbes... Vraiment je te tire mon chapeau Bella! Me gratifia Jasper. Il continuait de parcourir des yeux mon projet. Je me sentais fière de montrer ce genre de projet, j'étais aussi... Soulagée que l'on ne me dise pas quelque chose du genre "oh c'est du Hadid tout craché". Cela me plaisait de trouver "mon" architecture. C'est ce que j'aimais avec mon métier de pouvoir puiser dans tout ce qui nous entoure, de nous inspirer des autres, de la nature, de nos ressentis pour montrer notre vision.

Après un long silence, Edward me sourit.

— Je rejoins les autres... C'est un très beau projet! Tout en légèreté, c'est moderne sans empiéter sur l'environnement, ton centre se confond dans la nature... Il hocha la tête, appréciateur.

Je rougis légèrement devant les compliments des autres.

— Hum... Je me suis beaucoup promenée ces derniers temps pour essayer d'emmagasiner des idées par ci par là et de comprendre l'essence de l'architecture nippone, pour que le centre soit à la hauteur des Jeux.

— Je comprends ton envie de faire rayonner notre savoir-faire et c'est dans cette optique là que l'on travaille. Je suis ravie que l'on s'entende. On a tous vu que nous étions similaires dans nos idées tout en étant différents lorsque l'on a créé le centre de gymnastique... Compléta Edward.

— Mais oui ! J'ai été agréablement surprise de voir que l'on se complétait autant alors que nous n'avions jamais travaillés avec toi Bella... Je suis enchantée par notre collaboration ! Et je pense ne pas trop m'avancer pour dire que les garçons aussi le sont... Rajouta une Rosalie enjouée.

— C'est avec plaisir... J'espère que l'on aura l'occasion de retravailler ensemble! Me sourit Jasper en pressant mon épaule d'un geste amical.

— Hahaha Jazz avant de sortir ton mouchoir, il faut déjà que l'on termine ces projets ! S'amusa Edward en tapotant le dos de Jasper qui faisait mine de pleurer théâtralement.

— C'est vrai... Il faut que nos projets soient évalués par le Comité d'Organisation des Jeux et par le Japan Sport Council... Soupira ce dernier.

— Mais j'ai confiance en vous ! Nous rassura Rosalie, qui était notre premier soutien.

Nous décidions de fêter la fin de nos longues semaines de travail. La nuit fut courte mais nous nous étions bien changés mes idées. Cela faisait du bien de se détendre.

Je me prélassais dans mon lit, profitant pleinement du petit courant d'air matinal obtenu grâce à l'ouverture des panneaux coulissants donnant directement sur le jardin. C'était agréable de vivre dans un tel havre de paix. Mon expérience japonaise était au-delà de mes attentes, j'avais vécu un projet de Jeux Olympiques, fait la rencontre de gens adorables et compétents. La ville était époustouflante et j'avais comme une envie d'y rester pour toujours. Je crois que si j'étais une personne impulsive, je me laisserai capturer avec plaisir par cette ville aux mille visages. Tout était attirant ici, la culture, l'équilibre entre modernité et tradition... Bien entendu je n'étais pas optimiste au point de me dire que ce pays était le plus beau du monde. Seulement... Il comportait beaucoup de points positifs qui auraient pu embarquer facilement mon cœur et ma raison. L'architecte, que j'étais, était plus que ravie de découvrir chaque jours encore et encore des prouesses architecturales. Mes collègues étaient instruits, intéressants et il y avait vraiment cette notion de partage. Je connais des cabinets ou des agences où c'était la guerre même entre architectes de la même boîte. Et pourtant avec eux... La vie, le travail semblait s'écouler sur un autre temps.

J'étais chanceuse d'avoir pu assister à l'Hanami, on avait pique-niqué tous ensemble, à l'ombre de la nouvelle floraison des cerisiers. C'était envoûtant. Tous les tokyoïtes se déplaçaient pour cet événement qui se déroule fin mars, début avril selon l'humeur de mère nature. Famille, couple, bande d'amis... Tout le monde était au rendez-vous.

Nous étions maintenant en juillet, c'était la période des festivals de feux d'artifices. Nous étions le 6, une petite effervescence se faisait ressentir dans la maison. Rosalie et Emmett étaient déjà en train de prendre le petit-déjeuner, Alice, ma meilleure amie était arrivée la veille. J'étais heureuse de la retrouver et elle était plus qu'enchantée de venir en juillet. Grâce aux festivals, elle allait pouvoir "puiser" dans les costumes traditionnels japonais pour s'inspirer pour ses croquis.

— Hey Bella ! Tu tombes à pique, je voulais sortir avec Rosalie et toi pour faire du shopping !!! S'écria mon petit démon de meilleure amie. Je fis une grimace, que je ne cherchais même pas à dissimuler.

— Hahaha ça a l'air de te faire plaisir Hachi, il avait décrété que Bella lui faisait penser à Bee... et qu'hachi en japonais était tout bonnement une abeille. Je trouvais ça drôle qu'il me trouve un surnom, mais j'appréciais le geste.

— Et bien... Commençai-je

— Et bien rien du tout Bella! C'est un festival in-con-tour-nable demain donc tu dois être parfaitement habillée! Il nous faut des Yukata (kimono en coton léger) pour tout le monde!

— Tu prends un peu trop au sérieux tout ça Al'! Regarde même Rosalie a dit qu'elle pouvait utiliser son yukata du dernier festival ! Je tentai de négocier le reste de la journée pour préserver mes pieds qui seront sans aucun doute meurtris. Alice fit une horrible grimace de dégoût, comme si j'avais dit une absurdité totale.

J'entendais Emmett et Jasper pouffer derrière moi, alors qu'Edward regardait distraitement par la baie vitrée, enfin il pensait être discret mais je voyais bien son petit sourire en coin.

— Non mais rigolez, je vous épargne peut-être les déambulations dans les magasins mais... Vous n'allez pas y échapper! Ce soir vous allez faire les essayages pour demain ! Ordonna Alice d'une voix qui ne soufflait aucune négociation.

— C'est pas un peu une tyran...? Murmura Jasper.

J'étouffais un rire devant la mine déconfite d'Alice qui avait tout entendu. Je ne sais pas pourquoi mais je me suis dit que Jasper allait le payer... Et cher... Peut-être même bien de sa personne.

On déambula toute la journée pour se rendre dans les boutiques qu'Alice avait sélectionnées. Une boutique pour les "Obi", la ceinture pour les kimonos et ses accessoires. Elle tenait absolument à se rendre dans une boutique dans le quartier prisé de Ginza. La particularité de cette boutique, c'est qu'elle utilisait les chutes de tissus utilisés par les grands créateurs pour leur défilés ainsi que des anciens Obi. Nous nous rendions ensuite à Shimokitazawa, Shimokita pour les initiés.

À notre premier arrêt, on trouvait un Jinbei, pour Emmett, une tenue légère et décontractée qui servait de tenue d'intérieur pour les hommes. C'était parfait pour lui. Une simple paire de geta. Sa tenue bleue chinée était assortie parfaitement au Furisode de Rosalie. J'appris qu'il y avait plusieurs sortes de Kimono, et chaque occasion avait son modèle. En l'occurrence celui de Rosalie avait des manches flottantes et était réservé pour un usage formel pour des femmes non mariées. Son kimono était bleu avec des énormes grues ivoires, des pivoines et des chrysanthèmes rouges et blanches avec quelques touches de bleu clair pour ne pas jurer avec le fond bleu marine. Il était superbe. Sophistiqué comme Rosalie, il était ni trop ni pas assez. Parfaitement le juste milieux. Les motifs des manches étaient différents des deux côtés, ce qui le rendait particulièrement impressionnant quand on le voyait étalé. J'aimais beaucoup la reprise de motif ancien tout en étant complètement dans l'air du temps.

On se rendait dans un autre magasin, cette fois-ci de créateur, Alice avait opté pour un kimono avec un motif de grues aussi ainsi que des flèches, un hakama, ce pantalon que l'on porte au-dessus du kimono, les néophytes le connaissent puisque cela fait partie de l'uniforme de certains arts martiaux. J'adorais ce qu'Alice avait choisi, il était radicalement moderne et elle compléterait sa tenue avec des broches dans les cheveux. C'était très haute couture, du Alice tout craché. Elle avait choisi pour Jasper quelque chose de très "casual" il porterait un pantalon en lin noir, une chemise à col Mao blanche avec un sautoir bohème et par dessus une veste de kimono pour homme noire avec les bordures des manches et en bas du vêtement un espèce de patchwork en raccord avec celui d'Alice. C'était tout à fait Jasper, simple mais bourré de chic avec un petit côté rebelle.

Je me demandais ce qu'elle avait sélectionné pour Edward et moi... J'avais compris que l'on fonctionnait par binôme, donc logiquement nous étions le dernier. On poussait de nouveau les portes d'une boutique très connue pour ses kimonos. Je découvris le mien, c'était un yukata avec pour motif du feuillage qui était parfaitement accordé dans un camaïeu de vert. Il était à la fois très simple et pourtant il avait ce côté rafraîchissant et la soie qui le composait était de grande qualité. Edward quant à lui avait un kimono traditionnel gris,l' hakama et l'haori étaient indigo. Il était fabriqué parfaitement dans les règles de l'art, c'est simple mais je l'imaginais déjà le porter superbement. Je rougis légèrement à l'image mentale qui était apparue dans ma tête, j'aurai peut-être bien aimé, enlever doucement ses différentes couches de vêtements... Pour une nuit pleine de promesse... Je me raclai la gorge légèrement gênée d'avoir ce genre de pensées.

On sortait toutes guillerettes, il n'y a pas à discuter, Alice nous avait habillé avec simplicité, en respectant nos caractères mais elle avait le don de rehausser les vêtements avec quelques touches par ci par là. Je pensais avec joie que l'on serait superbes, même moi qui me trouvait d'une banalité affligeante, je suis certaine que ce yukata m'irait à ravir.

Nous allions les recevoir directement à la maison, en fin d'après midi, ce qui nous laisser le temps d'aller chiner quelques accessoires, broches et kinchakus (petit sac brodé en forme de bourse) par exemple.

La journée avait filé si vite, ce qui n'était pas étonnant quand on connaissait Alice, la tornade. Nous avions même eu le loisir de voir les préparatifs pour le festival du lendemain.

Je me posai sans aucune grâce sur le coussin à côté d'Edward.

— Pfiouuu je suis épuisée...! Si ce n'était pas ma meilleure amie, je la maudirai de nous avoir entraînées dans sa fièvre acheteuse!

— Ahahah j'ai cru comprendre que... Ce n'était pas de tout repos. Me sourit Edward.

— Je ne t'ai pas demandé, on va à quel festival? J'ai tendance à me perdre avec toutes ces festivités! Je rougis légèrement devant ma confession.

— Je veux bien te pardonner pour cet oubli... Mais c'est bien parce que c'est toi...! Tu es encore une novice... Il me regardait avec ses yeux malicieux.

— Oh et bien si Monsieur est assez magnanime pour m'expliquer...

— Tu as de la chance, je suis dans mon jour de bonté! Demain c'est Tanabata.

— Taratata? Rigolai-je.

— Non non! Je voyais bien qu'il essayait de ne pas me rire au nez. Tanabata, la fête des étoiles... Fit-il après avoir repris son sérieux.

—Mmmmh... Est-ce que cela serait trop de demander une explication?

Les autres nous avaient rejoint, sûrement pour profiter de l'histoire.

— Oh oui oui Edward Senseï! S'exclama Alice en battant des mains, ce qui nous fit rire.

— Hum hum, et bien il existe deux versions de ce conte, la version chinoise raconte la légende du bouvier et de la tisserande. La première version parle de la septième fille du Dieu du Ciel que l'on avait appelé Orihime dans la légende, la princesse tisserande représente l'étoile Véga. Elle passait ses journées à tisser des brocards. Un jour, elle décida d'aller visiter la Terre où elle fit la rencontre d'Hikoboshi, Altaïr, l'étoile du bouvier. Elle en tomba éperdument amoureuse. Ils se marièrent et eurent des enfants, ce qui déplut au Dieu du Ciel qui envoya un génie pour lui ramener sa fille. Hikoboshi se précipita pour la récupérer mais la mère d'Orihime fit apparaître une rivière, la voie lactée, et le Bouvier fut séparé de son épouse. A partir de ce jour, les deux amoureux devinrent inconsolables, chacun d'un côté de la rivière. Le Dieu du Ciel, ému, les autorisa à se revoir une fois par an, la septième nuit du septième mois lunaire. La légende veut que des pies construisent, cette nuit-là, un pont au-dessus de la rivière du Ciel pour qu'ils puissent se rejoindre.

— Ohhhhh c'est si mignon j-'a-d-o-r-e !! Je voudrais tellement vivre ça!! Papillonnait Alice.

— Arf très peu pour moi! Personne ne me dicte qui je dois aimer! Râla Rosalie.

— Et la deuxième version?

— Pour te répondre Bella, celle là est moins romanesque, le Dieu du Ciel présenta les deux amoureux, qui s'aimèrent tant qu'ils négligèrent leurs tâches respectives et irrité, le Dieu décida que les amants ne se retrouveraient qu'une fois par an, la septième nuit du septième mois. Continua Jasper.

— Mais dans les deux versions, si il pleut cette nuit-là, les deux époux ne peuvent pas se rejoindre et devront attendre l'année suivante. Ajouta Edward.

— De nos jours, c'est la coutume de faire un vœu le soir de Tanabata, il se pourrait que les deux amants exaucent les souhaits faits ce jour-là. C'est pour cela que l'on va scruter le ciel pour essayer de voir les étoiles Véga et Altaïr se rapprocher de la voie lactée... Finit d'expliquer Emmett.

Alice avait raison, c'était une très belle légende et je dois dire que j'étais emballée par ce folklore. J'aimais que l'on me raconte des histoires...

Plus tard dans la journée, on sonna et c'est avec une grande joie que l'on reçut nos habits. Nous nous retrouvions entre filles pour enfiler nos tenues, Alice nous avait dit que si il y avait des retouches à faire, elle s'en chargerait. Mais il fallait reconnaître que le travail avait été parfait. Mon yukata m'allait à ravir, Rosalie était magnifique. Le rouge et le bleu rehaussaient sa chevelure blonde, elle était d'une beauté à couper le souffle. Elle avait une élégance naturelle et son port de tête avait énormément de grâce. J'enviai un petit peu les personnes qui n'avaient pas besoin de passer des heures pour s'embellir. Au naturel, elle était très belle mais ainsi vêtue, elle coiffait pas mal de mannequin au poteau. Alice était une mini gravure de mode, je savais qu'elle avait du goût, pas seulement parce qu'elle avait été dans une école de stylisme, parce que parfois il faut reconnaître que leur «génie créatif» est... incompréhensible. En tout cas, on aurait presque dit qu'Alice avait retravaillé le noir et le blanc Chanel dans un tourbillon de motif, un mélange d'art rétro, vintage et de modernité. J'adorai le fait qu'elle ait puisé aussi dans des obi et autres accessoires d'occasions, c'étaient une très bonne idée; on se replongeait avec nostalgie dans ces habits anciens, j'aimais croire que ces pièces avaient une histoire. On retrouvait des motifs géométriques contrastés que l'on pouvait compléter par des styles occidentaux pour les nostalgiques des années 40/50. Rosalie avait acheté un panier en osier doublés de tissus très joli.

Nous voulions acheter des kimono chez Aoki Hoten, c'était un magasin très réputé pour celles qui recherchaient des pièces sophistiquées et classiques. On avait très envie d'acheter ces kimonos raffinés avec ces motifs animaliers et fantaisistes. Finalement j'aimais beaucoup les motifs feuillus qu'elle m'avait choisi, ce vert était très beau. Je me retournai devant le miroir, je me surpris à sourire devant ce reflet. Je me trouvais... jolie, j'étais loin d'être moche, mais j'étais ordinaire.

Pour les garçons, Alice avait choisi des créateurs qui concevaient des vêtements traditionnels que l'on pouvait porter dans la vie quotidienne. Ils prônaient l'importance du rituel de l'habillement. Les couleurs étaient simplistes tout en tirant profit des belles nuances de la nature. Celui d'Edward était particulièrement... soigné et poli. Je pense que ça lui correspondait, un homme moderne, avant-gardiste tout en conservant les traditions. C'est sur les derniers essayages et un bon dîner que la soirée se terminait, demain serait une journée haute en couleur, les premières processions se faisaient le matin.

Le lendemain, après une nuit des plus agréable, une fois pouponnées, on sortit avec nos habits flamboyants. Les garçons nous attendaient dans le salon, j'eus un petit moment d'arrêt, Edward était... très beau. Ses cheveux étaient toujours aussi indisciplinés, sa silhouette longiligne ressortait parfaitement avec son kimono d'une étonnante simplicité tout en étant très classe. Emmett était si drôle avec sa tenue d'intérieur. Jasper était très élégant et décalé mais ça lui ressemblait.

— Tu es ravissante... Si je peux me permettre... Edward me sourit, ce qui fit battre mon cœur à une allure folle.

— Hum... Tu n'es pas mal non plus! Il souriait encore plus devant ma gêne.

— Tu es plutôt bien habillé Ed! S'amusa Rosalie.

— Et toi, tu es un peu... mieux que d'habitude! La taquina Edward.

— Mieux que d'habitude... Rosalie avait le souffle coupé.

— L'écoute pas ma Rose... Tu es splendide! A croquer... Je te...

— Merci Em! On va se passer des détails... Grommela Jasper en riant.

— En route! On va être en retard! Alice prit d'office le bras de Jasper, qui n'avait pas l'air de s'en plaindre.

Rosalie et Emmett étaient bras dessus bras dessous. Edward s'approchait de moi.

— Je crois que je serai votre cavalier ce soir... Il me tendit le bras par la même occasion.

Je fis mine de regarder autour de moi.

—Mince... C'est dommage, je ne vois personne pour... m'accompagner... Je vais devoir accepter ton offre...Je refrénai un petit sourire.

— Oh et bien... Si ma présence est... tolérable... Il me regardait, les yeux pétillants.

Je lui pris le bras et notre jolie troupe pris le chemin des festivités. Le quartier avait déjà un autre visage, des petits bambous ainsi que des décorations colorées tapissaient les rues du quartier, les magasins, les écoles et les jardins d'enfants. On avait décidé d'aller à Hiratsuka, à un peu plus d'une heure de train de Tokyo, c'était la parfaite occasion pour faire une sortie tous ensembles mais aussi, le festival de Tanabata d'Hiratsuka était un des plus grands et ils méritaient le détour.

Bien évidemment dans le train, les quatre autres m'avaient laissé la place à côté d'Edward.

— A croire que l'on va devoir passer le voyage à côté... Je m'excusai presque de lui imposer ma présence.

Il regardait dans plusieurs directions avant de me sourire.

— J'ai comme l'impression qu'il n'y a pas foule pour prendre ta place et que je vais être obligé d'accepter que tu m'accompagnes pendant le trajet...

— Je crois que je ne vais pas me plaindre de ta compagnie!

— Voyez-vous ça ?! Tu veux que je te raconte les origines des festivités? Il s'appuyait en fermant les yeux contre le dossier de son fauteuil, je m'assis à côté de lui tout en plaçant ma bouteille de thé vert pas trop loin.

— Père Castor, raconte nous une histoire! Mimai-je, ce qui le fit rire.

— Au début, c'était une tradition aristocratique de célébrer Tanabata, il était convenu que ce jour là, il fallait démontrer ses talents d'écriture en rédigeant des poèmes qu'on laissait par la suite dériver dans un cours d'eau. Un peu plus tard, la pratique se diversifia et les gens priaient pour améliorer leurs talents d'écrivain ou d'artistes en attachant les prières à des bambous.

— Et aujourd'hui? M'empressai-je de demander.

— Tu ne devais pas être très patiente lors des histoires du soir, je me trompe? Dit-il amusé.

— ... Alors alors? J'esquivai totalement sa remarque.

Il ria franchement avant de poursuivre.

— Aujourd'hui, la tradition veut qu'on écrive son vœu sur des tanzaku, que l'on accroche ensuite à des branches de bambou.

— Et pourquoi la fête des étoiles?

— J'avais expliqué que les amants représentaient Altaïr et Véga, avec Deneb, elles forment la constellation du Cygne, le triangle d'été. Ce sont les trois étoiles les plus brillantes de juin à septembre et c'est aussi pendant l'été que la voie lactée s'observe plus facilement... Tout est une histoire de légendes et de clin d'oeil au monde qui nous entoure...

— Je vois... C'est poétique! Je ne t'ai pas demandé ce qu'était un tanzaku...

— Ce sont des bandes de papier coloré sur lesquelles ont écrit le vœu.

Le reste du voyage se passait tranquillement, de temps à autres, nous échangions des regards complices, comme des gamins qui partaient en voyage scolaire, vers d'autres aventures. Je retrouvai un peu une âme d'enfant, je n'étais pas seulement «Bella l'architecte débordée de travail» mais j'étais «Bella qui profitait d'un instant hors du temps avec une bande d'amis».

Nous arrivions à destination, dès la sortie de la gare, le thème était donné, des lanternes et des bambous étaient disposés tout autour de la station. De nombreuses étapes se trouvaient sur le chemin. On pouvait regarder des représentations de l'histoire de Tanabata, des danses folkloriques, telle que le yosakoi, des musiciens. D'énormes décorations étaient suspendues aux toits des galeries marchandes, on retrouvait des personnages de la culture populaire japonais et occidentaux comme Pikachu, Doraemon et des Disney.

Comme tout festival qui se respecte, il y avait des kilomètres de yatai, des stands de nourriture, okonomiyaki (crêpe japonaise salée), yakisoba, banane au chocolat, des taiyaki (des gaufres en forme de poisson fourrées à la pâte d'haricot) ... Tout avait l'air délicieux. Emmett s'amusait à pêcher des poissons pour Rosalie.

— Dans nos fêtes foraines, il y a un petit stand similaire, où l'on pêche des canards... Intervint Jasper.

— Et le canard tu le gagnes? S'étonna Emmett

— Nooon! Ils sont en plastique et tu l'échanges contre un lot! Ricana Jasper.

— Oh... Je préfère notre pêche aux poissons! Et de loin!...

Alice et Edward rapportaient des takoyaki, des boulettes de poulpe que j'avais découverte récemment et que j'adorais. On mangea aussi des somen, les fines nouilles blanches dont l'apparence rappelle, selon la tradition, les fils de la tisserande, enfin de la Voie Lactée.

— Dépêchons nous! Il faut monter jusqu'au temple, on va rater le feu d'artifice! S'écria Alice.

Nous nous retrouvions devant le temple, les visiteurs étaient accueillis par des décorations somptueuses, les fukinagashi, d'immenses banderoles cylindriques en papier, représentent les étoiles et sont censées aider les femmes à devenir des bonnes tisserandes. Elles délimitent un chemin qui conduit à la fameuse «Voie Lactée»; Amanogawa, c'était en fait de milliers de LED suspendues sur une longueur de près de 24 mètres. Au bord de la colline, on laissait s'envoler des lumignons, afin d'illuminer d'étoiles la véritable Voie Lactée.

Du coin de l'oeil, j'aperçue Rosalie et Emmett en train d'écrire leurs vœux et d'accrocher des grues en papier.

— Pourquoi ils accroches des grues? Demandai-je à Edward curieuse.

— Les orizuru, sont pour la longévité et la sécurité du foyer...

Je regardais aussi avec amusement et une pointe de tendresse, Alice essayer d'accrocher son tanzaku en hauteur, la coutume veut que les bambous choisis doivent avoir les branches hautes pour que le message soit transmis. Il est souvent dit que le bruit du vent dans les feuilles de bambou serait en fait les voix des vœux qui montent vers les divinités. Elle était aidée par Jasper, qui la regardait avec... affection. Je pense que le message était clair et que ces deux là avaient sûrement un vœu commun.

On rejoignit les autres et je me mêlai à l'ambiance générale, pour moi, aussi écrire mon vœu. Edward, que je regardais discrètement était en train d'accrocher le sien. Je fis un petit cri quand les bruits du feu d'artifice me sortirent de ma torpeur. Je me retournai pour assister au spectacle. C'était si beau, Rosalie et Emmett étaient tendrement enlacés, Alice et Jasper se perdaient dans le regard de l'un et de l'autre, comme seuls au monde. Tandis que moi, j'étais résolument tournée vers ces lumières, sursautant aux bruits mais je ne pouvais pas me détacher du spectacle éphémère. C'était beau, une douce brise d'été me fit frissonner. J'étais bien et pour rien au monde, j'aurai échangé ma place. Edward était lui aussi absorbé par le spectacle, les mille et une couleur qui se reflétaient sur son visage, rendaient sa beauté encore plus irréelle. J'aurai, à ce moment là, aimé croquer délicatement sa mâchoire angulaire...

Il tourna sa tête vers moi et je ne pus refréner un petit couinement, il leva un sourcil interrogateur et je chuchotais que quelqu'un m'avait écrasé le pied. Il eut l'air de croire ça... Ou alors il était bien élevé et il ne fit aucune remarque.

C'est tard dans la soirée que l'on rentrait à Tokyo, je dus m'endormir car un moment, j'avais rêvé que j'étais sur une surface moelleuse, entourée d'arbres. Je pouvais sentir une odeur boisée puissante mais fraîche. J'étais bien dans ce cocon. Parfois, des petits brins me chatouillaient le nez, je m'imaginais dans une grande clairière, allongée dans l'herbe sentant la forêt environnante, c'était enivrant et réconfortant.

Je ne sais comment mais le lendemain, quand je me réveillai de ce tendre songe, j'étais dans mon futon. Je n'aurai pas su dire ce qu'il s'était passé mais dans mon rêve, une personne avait délicatement posé ses lèvres sur mon front et à ce moment là, je m'étais sentie... complète? Je fronçai les sourcils, aussi tendre soit-il, ce n'était qu'un rêve.

En septembre, nos journées avaient pris une sacrée accélération, le comité avait été emballé par nos créations et ils avaient jugé bon de nous demander de faire un projet commun mélangeant tous nos travaux individuels. Notre surprise avait été de taille, nous qui pensions qu'une de nos idées allaient être sélectionnée, on se retrouvait à travailler en commun pour dessiner une centre aquatique qui mélangeait nos trois styles. Le défi était de taille mais il me plaisait vraiment. Comment on allait s'organiser et dans quelles mesures on arriverait à sortir un bâtiment créé par trois personnes tout en conservant notre patte individuelle.

Il nous aura fallut près de deux mois entier pour arriver à trouver un équilibre entre nous. Les dessins étaient superbes, la maquette était nette et je crois que nous étions tous d'accord pour dire que c'était un projet qui nous avait pris énormément d'énergie. On proposa notre maquette ainsi que les coupes 3D au comité qui avait été plus que satisfait des esquisses. Ils nous avaient laissé 2 ans pour réaliser les travaux. Je pense que nous avions largement le temps de commander les matériaux. Le consortium dirigé par la Nikken avait remporté l'appel d'offres pour le centre aquatique. Il avait été question de concevoir le centre, de faire avec les exigences de la FINA ( Fédération Internationale de NAtation) et aussi de voir ce que deviendrait le site après les jeux.

Le centre serait construit dans le Tatsumi-no-Mori Seaside Park, non loin de l'ancien temple japonais de la natation. Dès la phase d'études de CAO 3D pendant la phase de conception. On voulait vraiment que les visiteurs puissent «regarder en l'air». Pour cela, on avait pensé à construire des panneaux d'avant-toit qui couvriraient les quatre périphéries du bâtiment. Les panneaux seraient fabriqués à partir d'un alliage en aluminium. Pour raccourcir la période de construction, nous avions vu avec les entreprises, que le toit de l'aréna principal serait fabriqué à partir d'une ferme d'acier que l'on installerait avec la méthode de construction surélevée. Ce qui n'impliquerait pas de grues à tour ni d'échafaudage, tout reposerait sur des plates-formes de travail élévatrices. Le côté périlleux était que l'installation serait réalisée à 15 mètres au-dessus du sol tout en se déplaçant.

Le centre avait une capacité de 15 000 places sur une superficie de 65 500 mètres carrés. Au début, il était prévu qu'il en accueil 20 000 mais pour tenir dans les délais impartis et surtout satisfaire les exigences budgétaires imposées par le Comité d'Organisation et aussi par le Comité International Olympique (CIO). On avait convenu avec le gouvernement métropolitain de Tokyo qu'après les jeux, cela servirait la communauté comme installation sportive et récréative. Jasper s'était occupé du dessin intérieur, on avait gardé l'idée de ses grands bassins et des grands plongeoirs. Les piscines principales et secondaires auraient des sols et des parois mobiles pour être totalement flexibles. On pouvait ajuster les blocs de départ et varier la profondeur jusqu'à trois mètres. La piscine pouvait être divisée en deux bassins de 25 mètres. Il y avait aussi une piscine de plongée et des piscines d'entraînement.

J'avais dessiné le plafond pour qu'il s'inspire de l'origami pour créer une esthétique unique et symbolique. Edward avait misé sur un chauffage géothermique écologique pour maintenir une température de l'eau optimale située entre 25 et 28 degrés.

J'étais vraiment satisfaite de notre travail, le centre aquatique était certes imposant mais il nous correspondait. Il était à la fois lumineux, angulaires, pas trop de courbes ni de bois mais la structure avait cet idée de légèreté, le revêtement blanc faisait ressortir le centre.

L'installation était à la pointe de la technologie. On avait aussi conçu la piscine de manière à ce que les vagues de chaque couloir ne gênent pas les autres nageurs.

Un an après le début des travaux, nous retournions sur le chantier du centre de gymnastique Ariake, le chantier avançait grandement, les 2.300 mètres cubes de bois faisait son effet, le toit doucement courbé et les murs extérieurs fabriqués en planches de cèdre étaient vraiment une bonne idée. De loin, grâce aux tubes de soutènement, le centre avait l'air comme suspendu, comme un «bol de bois» flottant sur la baie de Tokyo. J'étais satisfaite du rendu, on avait vraiment respecté la tradition japonaise du bois et rien qu'en regardant le bâtiment, on ressentait la beauté simple. Je déambulai dans l'installation qui prenait forme, je pouvais ressentir la chaleur et quasiment sentir l'odeur du bois. Le plafond de mélèze était magnifique, j'imaginai les gymnastes faire leurs sauts périlleux, je ressentais presque l'excitation des chorégraphies artistiques. C'était lumineux comme j'aimais, traditionnel et moderne. J'étais persuadée que c'était une grande réussite, j'en avais presque les larmes aux yeux de voir que nous avions réussis ce défi. Je pris des photos pour montrer à mes parents... C'était un peu dérisoire puisqu'ils allaient voir les installations sur tous les écrans du monde entier. J'attendais avec impatience la fin du chantier du centre aquatique, je savais que les épreuves aquatiques intéressaient énormément de monde.

Je rentrai à la maison, rompue mais immensément fière d'avoir vu notre projet sortir de terre.

— Hey Bella! Tu as vu le centre? M'interpella Jasper.

— J'ai le droit de dire que je le trouve magnifique? Chuchotai-je non sans une pointe de fierté.

— On a largement le droit de fêter ça! On a fait de l'excellent travail! Souriait Edward.

— J'ai quand même bien participé pour le bois! Emmett bombait le torse.

— Mais oui mon kuma (ours en japonais), tu es le meilleur! Roucoula Rosalie amusée.

— Tu te moques! Mais se sont des bois splendides! Bougonna Emmett.

— C'est fabuleux ce que vous avez réalisé... Tous! On va fêter ça! Trancha Alice amusée.

La soirée se passa dans un yakiniku-ya , un restaurant de viande grillée, c'est une méthode de cuisson originaire de Corée et qui est très populaire au Japon. Au centre de la table, on trouvait une grille sur laquelle on dépose la viande crue. On avait décidé de fêter cela copieusement et c'est ainsi que l'on se retrouvait avec du plat de cote, de la hampe, de la langue de bœuf particulièrement apprécié ici car c'est tendre et parait-il goûteux... Mais très peu pour moi. Il y avait de la poitrine, de la longe, des côtes de porc et pour les amoureux du poulet, on retrouvait des cuisses, des ailes... Rosalie avait rajouté du canard et de l'agneau. C'était un vrai festin accompagné de légumes en tout genre. On trinquait à nos projets et c'est un peu joyeux que l'on rentrait à la maison. Je m'endormis de bon cœur, ne laissant pas la place aux rêves tant j'étais fatiguée. Le fait d'avoir vu le centre Ariake m'avait comblé de joie et de satisfaction. C'était comme si toute l'énergie et le stress accumulés avaient quitté mon corps d'un coup. J'étais physiquement vidée. J'avais un petit peu de tristesse de voir la fin de mon aventure japonaise arriver, je m'étais attachée aux habitants de la maison et à la vie nippone.

Nous étions fin 2019, l'annonce de présentation officielle aux médias était tombée, les installations étaient vraiment à la hauteur de nos espérances et même au-delà. Les bâtiments étaient imposants et sans me vanter, ils correspondaient totalement à la philosophie de chacun d'entre nous. J'étais persuadée que grâce à ça, au respect des traditions et à l'esthétisme soignée, on gagnerait le cœur des gens. La presse avait encensé nos travaux, le centre Ariake reflétait parfaitement l'artisanat traditionnel nippon, notre structure extérieure soutenue par d'immenses piliers rappelaient les vérandas de l'archipel. Au-delà de l'esthétisme, on avait grandement facilité les futurs gestionnaires et les organisateurs des Jeux. La vue était entièrement dégagée pour les spectateurs puisqu'il n'y avait aucun piliers intérieurs. Notre charpente de poutre en bois tenait de la prouesse technique. Le centre aquatique avait reçu lui aussi un très bon accueil malgré les remous qu'avait subit le chantier. On avait pris quelques mois de retard mais tout finissait bien. Le prix Pritzker avait été même remporté par Arata Isozaki, le Japon était définitivement à l'honneur cette année.

Le stade olympique construit par Kengo Kuma avait lui aussi été présenté, nous avions eu le loisir d'aller le voir avec la petite équipe. A l'intérieur les sièges étaient colorés, reprenant les nuances des végétaux, du vert au gris en passant par l'écru. Un système de brumisation avait mis en place pour rafraîchir les visiteurs. On retrouvait parfaitement la patte Kuma, l'enceinte de 68 000 places avait fait la part belle aux matériaux recyclés et aux végétaux. On pouvait quasiment parler de jardins suspendus tout autour des parois de l'installation. Deux écrans géants haute définition étaient installés au nord et au sud du site pour suivre aux mieux les résultats. Le chantier avait duré 3 ans. Cela n'avait rien à voir avec le projet qu'avait proposé Zaha, le stade devait contenir 80 000. Le stade aurait été équipé d'une toiture rétractable, ce qui en aurait fait le premier stade doté d'un tel mécanisme. Le Comité avait tranché et c'était Kuma qui avait finalement évincé Zaha grâce à son concept aux formes plus classiques et au coût moins onéreux.

Nous nous étions mis sur notre 31, les garçons étaient tous en costumes trois pièces, et les filles en robes de gala. Il y eut beaucoup de péripéties, notamment une pandémie mondiale qui avait quelque peu bousculée les Jeux. Les spectateurs que l'on attendait tous ne serait pas présents et surtout, les organisateurs avaient du prendre la décision difficile de reporter les épreuves d'une année. C'est au cours d'une cérémonie officielle que l'on inaugura presque un an après la présentation aux médias, les installations. Les athlètes nippons et la Gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike ainsi que le Ministre en charge des Jeux, Seiko Hashimoto, présentèrent le centre aquatique. Tout le monde était d'accord sur le fait que les lignes architecturales relativement épurées ne devaient pas masquer la complexité du chantier, qui avait débuté par l'aménagement de la toiture!

J'étais si fière de voir que l'assemblage au sol puis le hissage de la toiture par un système coulissant avait été un succès, tant pour les coûts que pour les délais.

Nous nous rendions par la suite au centre de gymnastique où nous eûmes l'immense surprise de recevoir un prix, nous avions été récompensés par le Ministère de l'Environnement car nous avions valorisé l'utilisation du bois comme ressource renouvelable et esthétique. C'était une grande fierté pour nous et aussi pour montrer à quel point le Japon pouvait être uni après les nombreux séismes, tsunami et avec l'après Fukushima. Je voyais aisément les gymnastes faire leur prouesses artistiques et rythmiques dans ce cadre.

Les derniers mois avaient été éprouvants, à cause de la pandémie, nous avions du limiter nos déplacements et nous étions privés de nos proches... Au grand bonheur d'Alice qui avait pu profiter de son temps ici. J'avais longuement parlé à mes parents, qui étaient forts déçus de ne pas avoir pu venir pour les Jeux. Mais il fallait bien faire avec, cela n'entachait pas notre empressement ni notre fierté d'avoir pu réaliser en temps et en heures les différents projets.

L'atmosphère était complètement différente de ce qu'on avait imaginé. Ce moment tant attendu depuis l'annonce officielle qui avait désigné la ville hôte des Jeux Olympiques en 2013, avait été retardé d'un an à cause de la situation sanitaire.

Après des incertitudes toujours croissantes, la décision était tombée, la cérémonie d'ouverture se ferait à huit clos, une poignée de personnes avait des invitations, et je fus ravie de voir que nous faisions partie des privilégiés à assister à ce grand moment. Un petit pincement au cœur se fit ressentir dans ma poitrine, la cérémonie d'ouverture allait être à la fois époustouflante mais aussi c'était la clôture du projet et donc la fin de ma présence ici. J'avais apprécié de faire partie de cette «famille» et je regrettai un petit peu de ne pas rester plus longtemps. J'allais sûrement prendre des vacances pour me reposer l'esprit, me ressourcer et essayer de retrouver mon quotidien. Alice et Jasper étaient finalement en couple depuis quelques jours, ils avaient décidé de ne plus se voiler la face et surtout de profiter des instants présents, pour mon plus grand bonheur, ils allaient tellement bien ensemble. Jasper était l'équilibre et Alice, la force brute dans un petit bout de femme. J'avais été émue quand Alice avait débarqué dans ma chambre pour me dire qu'elle ne voulait pas passer à côté de cette histoire, malgré la distance, les obstacles et la vie respective de chacun, elle voulait donner une chance à cet amour qui lui était tombé dessus. Je la comprenais, je n'étais pas très conte de fées mais tout le monde avait remarqué l'attachement qu'ils éprouvaient l'un envers l'autre. Je les rejoignais dans le jardin, ils étaient tous magnifiques. Les garçons portaient vraiment bien leurs costumes trois pièces, Alice était superbe dans sa robe longue bleue et Rosalie était flamboyante dans sa robe rouge. Jasper était assorti à Alice avec son costume bleu nuit, Emmett était en rouge foncé. Edward et moi étions encore assortis, tout les deux avec nos costumes verts foncés. Je ne voulais pas mettre de robe mais je n'avais pas imaginé que l'on soit aussi raccord.

— Tu portes plutôt bien le costume... Murmura-t-il près de mon oreille, ce qui ne manqua pas de me faire frissonner. Plus ça allait, plus il me faisait ressentir des petites choses au creux de mon ventre.

— Tu... n'es pas mal non plus. Je passais une main dans ses cheveux, puis me figea. - Qu'est ce qu'il m'avait pris de faire ça? Dis ou fais quelque chose Bella, tu vas vraiment passer pour une tarée! - Euh tu avais de la paille dans les cheveux...

Il ria franchement avant de me répondre, les yeux pétillants de malice.

— J'avais de la paille...? Je ne me souviens pas m'être roulé dans des champs de blé...

— Oui enfin du bambou... Une feuille! Donc je voulais pas que tu ais l'air... ridicule... Ridiculement doux, c'était l'effet que m'avait fait ses cheveux.

— Et... Bien merci de m'avoir sauvé du ridicule! Il se pencha pour m'embrasser sur la joue. Je rougis comme une adolescente.

— De rien ! Couinai-je, sous le regard amusé mais pas du tout dupe d'Alice.

Notre petite troupe était partie pour le stade olympique. Kuma avait fait un travail magique, c'était beau et «parfaitement nippon» si je pouvais dire. On s'installait dans les gradins, quasiment vide, c'était une situation inédite dans l'histoire des Jeux, dans l'esprit de tout le monde, ils symbolisaient la rencontre des peuples et la célébrations de l'esprit sportif. Dès les premières minutes, le ton était donné, la nature et l'importance de la respecter avait été mis en avant. De superbes chorégraphies et de la pyrotechnie. Je ne sais pas si c'était le feu d'artifice d'ouverture ou la proximité d'Edward qui faisait tambouriner mon cœur, mais j'étais si bien. Des danseurs mimaient les sports en courant sur un tapis de course et en faisant du rameur, seuls pour montrer l'impact de la pandémie sur les compétitions qui ont du être stoppées. D'autres tableaux mêlaient danses moderne, arts traditionnels, un petit peu d'humour avec un mime des pictogrammes représentant les sports au programme, tout cela mêlés à une myriade de couleurs. Un hommage au personnel médical a été rendu avec des infirmières et des soignants pour porter le drapeau olympique. La chanteuse Misia, que je ne connaissais pas, interpréta Kimi ga yo, l'hymne national japonais, sous la levée du drapeau et le regard du Mont Fuji, représenté sur la scène. Après un discours du président du CIO ( Comité international olympique). Solennellement, Naruhito, l'empereur du Japon a déclaré les Jeux de Tokyo ouverts. Puis l'entrée dans le stades des délégations, sans acclamations ni applaudissements mais les sportifs saluaient tout de même la foule, présentes virtuellement, regardant le spectacle sur leur télévision, smartphone et autres.On pouvait entendre des bandes originales de jeux vidéos qui accompagnaient les sportifs dans le stade. Les anneaux olympiques arrivèrent guidés par des lanternes en papier et sous des chants traditionnels mettant en scène divers tenues, les différents tableaux chorégraphiés devait retracer l'histoire du Japon «de la culture ancestrale aux mangas». On fit le tour de la ville de Tokyo dans un défilé de grands monuments et lieux emblématiques.

Puis après la rétrospective montrant la flamme qui a traversé les 47 régions, un relais se mit en place, d'abord par l'ancienne lutteuse quadruple médaillée et l'ancien judoka ayant remporté trois titres de champion olympique, puis la flamme changea de main les médecins et soignants transmirent le flambeau aux étudiants et enfin la vasque olympique fut allumée par la joueuse de tennis Naomi Osaka. Le Japon avait encore montré une prouesse technologique en formant un globe terrestre grâce à quasiment 2000 drones. Malgré tout, la cérémonie avait été sublime le Japon avait réussi à apporter de l'espoir et à ressouder les liens sportifs malgré les polémiques diverses concernant le maintien des Jeux. La chanson Imagine de Lennon faisait toujours un petit pincement au cœur, puis le slogan des Jeux, affiché au sol qui n'était que trop vrai «Faster, Higher, Stronger, Together» sous les feux d'artifice finaux.

On ne se fit pas prier pour repartir, autour du stade , des manifestants anti Jeux mais aussi des japonais en quête d'une photo devant le stade étaient présents. Je me sentais dans un drôle d'état, j'avais déjà eu ce sentiment quand nous avions visité les sites finis, mais ce soir j'avais le cœur serré et une petite boule dans la gorge. Je n'arrivais pas à mettre le doigt sur la raison de mon état.

Nous repartions, notre fine équipe et moi à la découverte de la vie nocturne nippone. C'était léger, joyeux, sans contrariétés et on pouvait être soi-même. C'était ça... J'étais bien avec des gens que j'appréciais énormément. En si peu de temps, nous avions réussi à tisser plus de liens que je n'aurai jamais imaginé. Rosalie était devenue pour moi comme Alice, une fidèle amie, Emmett me faisait énormément rire et Jasper était ce qui se rapprochait le plus d'un confident. Edward... Edward me plaisait clairement mais je ne m'imaginais pas m'engager vers l'inconnu, sachant qu'il n'avait jamais fait quoi que se soit pour me faire comprendre que c'était réciproque. Je partais dans quelques semaines, le travail était terminé.

Ce fut une soirée hautes en couleurs, nous nous étions amusés, j'ai découvert l'amour des japonais pour les karaokés. On avait beaucoup chanté, pas mal bu en fêtant nos projets. J'ai pu goûter du très bon saké chaud et des confiseries parfaitement étranges. La nuit se terminait, Alice était dans les bras de Jasper, elle déclamait qu'elle allait l'épouser et Rosalie était en concurrence pour savoir qui des deux allaient épouser en premières leurs petits amis respectifs. Quant à moi, je me sentais planer doucement, j'avais fermé les yeux, bercée par l'odeur qui m'était devenue familière maintenant, celle du bois et de la fraîcheur. J'aimais me retrouver dans «ma bulle» de nature. J'aurai presque pu sentir les rayons du soleil sur ma peau. On avait aussi fêté le nouveau contrat de la petite troupe, ils avaient été mandatés pour construire un complexe médical écologique complet à Hanoi au Vietnam. J'étais si contente pour eux, grâce aux J.O. ils avaient eu la confiance de nouveaux clients, c'était vraiment une opportunité en or. Je ne me souvenais pas de comment j'étais arrivée dans mon futon, mais je ressentis encore une fois une légère pression, si douce, sur mon front. Je souris dans le vide en soupirant. La forêt m'enveloppait et je continuais ma nuit.

Quelques semaines plus tard, je me retrouvai dans l'avion en direction de mon appartement. J'avais, avec l'aide d'Alice et Rosalie, mis un mot sur mes états d'âme, je regrettais qu'il ne se soit rien passé entre Edward et moi, mon côté fleurs bleues aurait aimé qu'il fasse le premier pas, mon côté cartésien pensait que j'avais eu raison de ne pas m'engager dans une relation aussi courte. Je poussai un soupir, un petit somme et j'arrivai chez moi.

Après des vacances bien méritées, ma vie reprit son cours habituel, boulot, boulot, pluie et... ma vie londonienne en fait. Il me manquait clairement un peu de Japon mais c'était comme ça, je me faisais une raison, c'était une aventure extraordinaire mais toute bonne chose avait une fin. Puis un jour, trois ans après mon escapade nippone, je reçue un colis, un énorme colis. Je fronçai les sourcils puis décidai d'ouvrir le carton, je serai au moins fixée. D'abord, une enveloppe pliée, c'était minutieux, tout en minimalisme mais il y avait ce «truc» tout à fait japonais. Je sortais l'autre petit carton qui était emballé avec autant de soin que l'enveloppe, le furoshiki, la technique ancestrale qui permet d'envelopper des affaires en réalisant des délicats emballages cadeaux faits à partir de chutes de tissus. Je posai provisoirement le cadeau pour m'intéresser à l'enveloppe. Je la déballais et qu'elle ne fut pas ma surprise quand je vis en grosses lettres SANAA, une immense agence d'architecture fondée par les deux prix Pritzker, Kazuyo Sejima et Ryue Nishzawa, la Sejima And Nishizawa And Associates était internationalement connue pour avoir édifié le nouveau bâtiment du New Museum of Contemporary Art, celui de Christian Dior à Omotesando entre autres. Je comprenais pas ce qu'ils me voulaient mais je continuai, ma curiosité était piquée à vif.

« Isabella San, nous avons vu votre potentiel lors de votre projet pour les bâtiments olympiques, c'était audacieux, ambitieux, humble. C'est pourquoi, nous avons pensé à vous pour notre futur projet, de réaliser les travaux de la Samaritaine à Paris. Nous sommes persuadés qu' Edward San et vous, sauriez garder l'esprit que représente cet édifice pour les parisiens ainsi que de préserver ce bijou d'art Déco et d'art Nouveau, tout en apportant une touche de modernité comme vous savez très bien faire. L'union entre tradition et avenir que l'on apprécie tant.

Nous espérons vous compter parmi nous très prochainement. Que ce bâtiment en sommeil depuis 16 ans puisse retrouver un éclat, un renouveau que seuls les talentueux architectes comme vous puissiez lui donner.»

J'étais estomaquée, l'agende SANAA avait pensé à moi, à nous... Mon cœur fit des bonds, Edward... J'allais le revoir... Enfin dans l'espoir qu'il accepte. Je reportai mon attention sur l'emballage cadeau, je reconnaissais le tissu, c'était des chutes de mon kimono vert. Intriguée, j'ouvris le tout, une cascade de grues en origami me tomba dessus, avec un petit mot écrit avec une fine écriture élégante.

« Bella, après ces longues années, j'espère que tu vas bien et que tes projets sont en plein épanouissement. J'aurai aimé te revoir avant, malheureusement, mon emploi du temps chargé m'a empêché de faire une escapade londonienne. Je suis tout de même ravi que l'on ait pu garder contact. Malgré mes longs mois de silence... J'ai souvent pensé à toi et j'ai pu constater avec joie que tu étais fortement occupée par tes nombreux projets.

Voici une guirlande de mille grues, un senbazuru, que j'ai réalisé... Tu pourras aisément trouver la symbolique derrière tout ça... Je te fais confiance pour trouver.

Je t'ai aussi joint le contrat... Et j'espère de tout cœur que l'on pourra de nouveau travailler ensemble et trouver une harmonie pour ce projet. Je n'en doute d'ailleurs pas... Je connais tes capacités et j'ose croire que tu as apprécié les miennes. Je te laisse réfléchir à cette proposition...

Je t'embrasse.

Edward.»

Je tapai frénétiquement sur mon smartphone « guirlande de mille grues», puis tombais sur une page explicative. Ils parlaient du fait que la grue était un animal sacré au Japon, ce que je savais déjà, et qui était censé vivre mille ans. Je descendais l'écran pour continuer ma lecture. La légende des mille grues raconte qu'on doit adresser le vœu à une personne; vœu de santé, de longévité, d'amour ou de bonheur exaucé. Si l'on plie mille grue en papier dans l'année, toutes reliées par un lien et qu'à chaque grue réalisée on formule une prière, alors le vœu s'accomplira, porté aux cieux par le vol des milles grues. La grue est connue pour rester en couple avec le partenaire qu'elle choisie jusqu'à la mort.

C'était un symbole de fidélité et d'amour. Moins nombreuses seront les personnes à confectionner la guirlande, plus la valeur sera grande et le vœu puissant. L'exigence demandé est tellement grande, que de nos jours, sur le plan international, est synonyme de paix.

Mon cœur bondit dans ma poitrine, une fois ma lecture terminée. Si je comprenais bien la légende et la symbolique, Edward ressentait des choses pour moi... Je pris mon ordinateur pour envoyer ma décision, c'était un grand oui! J'avais une folle envie de découvrir Paris, de me lancer à corps perdu dans ce projet... Et de le retrouver...

Ce n'est que bien plus tard... que j'appris que la forêt qui m'entourait dans mes songes, n'était autre que les bras d'Edward et son parfum boisé qui me bordait chaque nuit où je n'étais pas en mesure de le faire moi-même. Pour le reste, l'architecture de l'avenir chère au cœur d'Edward avait plutôt pris un autre sens pour moi, mon futur serait en construction avec un certain architecte.

Mirai no Kenchiku.


Et voilà la fin, j'espère que vous avez passé un bon moment. Évidemment la plupart des choses sont réelles, vous savez comment je fonctionne. C'est pourquoi, si votre imagination ne suffit pas, je peux joindre les photos des projets, de l'appartement de Bella et autres. Mais je vous fais confiance pour faire travailler vos méninges et toutes ces petites connexions.

Il n'y aura pas de suite à cet O.S. je pense avoir tiré le meilleur (ou le pire) et même si la contrainte d'une histoire courte est toujours un défi à relever, j'ose croire que j'ai réussi, pas avec brio mais au moins suffisamment pour ... Être sur le podium. Comme vous l'aurez compris, je voulais profiter d'un thème actuel et vous montrer que les JO sont bien entendu des épreuves sportives mais aussi des épreuves architecturales. 

Comme d'habitude, je suis bourrée d'incertitude sur l'intérêt de mes histoires mais j'espère tout de même vous faire passer un bon moment. 

Prenez le temps de lever le nez, il y a toujours quelque chose qui attirera votre oeil. Nous avons la chance, pour la plupart de pouvoir marcher la tête haute et d'oublier un instant que l'on peut relâcher notre attention juste pour contempler ce monde qui nous entoure. On oublie trop souvent que d'autres, n'ont pas la chance de pouvoir contempler un ciel calme et radieux. Alors pour eux, pour la vie, prenez le temps d'apprécier ce que vous avez. Et si vous n'avez rien, donnez vous les moyens de pouvoir le faire. Puis y'a pas de mystère, une bonne étoile ça aide toujours au moins d'y croire un mini peu. Je sais que la majorité ne va pas lire ce pavé monstrueux mais au moins pour celles et ceux qui le lisent, merci.

Petite annotation, j'ai cru avoir mis les noms en italique mais par je ne sais quelle fourberie... Je crois que ça n'a pas fonctionné. J'ai eu beau me démêler entre l'appli, le site mobile et le site ordinateur... Je crois que l'italique me boude. J'essaierai de faire une dernière vérification avant de poster.

Merci d'avoir pris le temps de lire, merci d'être encore là pour une petite personne qui aime vous raconter des histoires et qui continuera de le faire encore un peu.

J'espère qu'il ne reste pas trop de fautes, je n'ai encore une fois pas la vue infaillible et au bout d'une dizaine de relecture, toutes les lettres finissent par se ressembler.

Je crois que j'ai à priori traduit le maximum de mots japonais, peut-être que cela coupe la narration mais... J'aime avoir les termes exacts, toujours ce soucis d'authenticité.

Prenez soin de vous et des autres, toujours!

Kaname qui parle toujours et encore trop.