Playlist
« Take me home » Jess Glynne
« On the loose » Niall Horan
« Where is my angel » Metro station
« Born to die » Lana del Rey
« A beautiful lie » Thirty seconds to Mars
« Whisper » Superbus
Chapitre n°2
Point de vue d'Aurore
Nos aventures continuent toujours et avec ma sœur préférée, nous avons établi domicile à Florence. Nous profitons un peu de la Dolce Vita. Pas de visions angoissantes concernant James ni autres menaces. Au contraire, Jasper a fait plusieurs apparitions dans les visions de ma sœur. Elle en connait davantage à son sujet. Personnellement, le visage de son ami me reste en tête et ça me fait sourire.
Aujourd'hui est une journée ensoleillée. Nous sommes en forme et rien ne viendra gâcher cette journée. Depuis notre arrivée il y a environ un an, nous sommes plus à l'aise avec les gens. On se comporte de façon plus spontanée et je dois dire que ça fait du bien.
La garde robe de ma sœur s'accroit de jour en jour, elle est fan de mode. Elle commence à me transmettre sa passion. Depuis six mois, je créer des vêtements, que j'essaie sur elle avant de les vendre. Ce qui est étonnant est que certaines boutiques sont vraiment satisfaites. Alors j'ai pris des cours de couture dans l'une d'entre elle. J'y vais tous les matins avec le même enthousiasme. Je suis heureuse dans ce domaine. Mon équilibre professionnel est super.
Je prends mes affaires avant de m'installer sur le canapé. L'atelier est fermé pour cause de congés alors je travaille sur un pantalon classique noir avec de fines rayures verticales. J'essaye de varier les motifs, les coupes de mes créations. Parfois, je me retrouve avec des modèles sans acquéreurs alors mes créations finissent au fond d'un placard ou dans ma penderie ou dans celle de ma sœur. Mon pantalon est cousu au quart. Les patrons en papier sont disposés à mes pieds. L'un d'eux est déchiré. Je me lève pour prendre une aiguille supplémentaire, elle me pique le doigt et le porte à ma bouche. Un vieux réflexe humain qui me reste.
« Tu t'es piquée ? » me demande ma soeur que je n'ai pas entendu rentrer.
Une goutte de sang a cependant atterrit sur le sol. Mon doigt est toujours à mes lèvres.
« Ne t'en fais pas, ce n'est rien ».
« Ce pantalon avance ? ».
« Oui » dis-je en lui montrant le modèle.
« Il est magnifique » s'exclame t-elle.
« Merci mais attend de le voir porter par quelqu'un ».
« Toujours attendre » soupire t-elle.
« C'est comme ça » dis-je en reprenant mon travail.
Coudre est relaxant. Au moins, je me sens utile dans le sens où les vêtements ont une seconde vie. Un jour, j'espère voir mes pièces de vêtements portées. En y pensant, je songe à une belle italienne en pantalon à rayures marchant dans une ruelle, un panier en osier à la main et d'un chapeau noir sur ses cheveux noirs. Un chemisier beige mettrait ses yeux ambres en valeur. Je ne sais pas ce serait possible. Je n'envisage pas que cette italienne me ressemble. L'espace d'un instant, j'y ai cru. Je me concentre sur mon travail.
Ma sœur me regarde pensive. Je sens son regard posé sur ce que je fais. Elle reste silencieuse un moment tendis que je manie mes aiguilles dans le tissu, les fils se croisent parfois entre eux. Quelque chose me fait sourire et je me retiens de rire. Alice ne semble pas remarquer mon mince sourire. Rien ne sert de lutter, je pose mes affaires avant de rire aux éclats. J'en suis surprise. Le rire est quelque chose de beau. Je n'ai pas ris depuis longtemps. Je dois dire que depuis que nous vivons ensemble, on s'accorde des rituels, des moments entre sœurs et ils sont précieux. Ce sont mes moments de bonheur. Cela nous fait penser à autre chose que notre passé compliqué à l'hôpital.
« Mais pourquoi tu ris ? ».
« Parce que tu me fais rire ».
« Je devrai songer à un avenir de comédienne » songe t-elle.
Je ne pu réussir à la regarder dans les yeux. Mon rire reprend de plus bel. Impossible de penser à autre chose. Rire permet d'oublier le quotidien. Je n'ai pas regardé ma sœur intriguée mais qui s'est jointe à mon délire personnel.
« Je te vois bien en tête d'affiche ».
« Cesse de dire des bêtises ».
« Je ne dis pas de bêtises ».
« Mais bien sûr » dit-elle en devinant l'ironie.
Je me concentre à nouveau sur le pantalon à rayures.
« On aura réussi à passer à autre chose ».
« Oui » murmure t-elle heureuse. « La vie est pleine de surprise ».
« Nous avons eu de la chance ».
« Je n'aime pas te voir ressasser le passé ».
« Ça fait partie de notre vie ».
« Faisait » rectifie t-elle. « Nous avons tourné la page ».
« On oublie jamais ».
« Les choses évoluent. L'avenir sera meilleur ».
« Croisons les doigts » dis-je en reprenant mon travail.
Je reprends le fils de ma couture. A chaque point, la pièce avance. J'ai hâte de le terminer. La lumière du soleil est agréable. Nous apprécions sa chaleur. Même si elle est dangereuse pour nous, on fait avec. Seul ennui, on doit sortir que la nuit. Exception où je m'autorise à aller au marché tôt le matin. J'ai besoin d'un rythme. Ma vie humaine me manque parfois à cause de ça. Les choses ne peuvent qu'aller mieux après tout.
« On part chasser ? ».
« La nuit n'est pas tombée ».
« Bientôt » dit-elle d'un clin d'œil.
« Tu as une idée derrière la tête ? ».
« J'ai besoin d'aller chasser ».
« Très bien » admis-je.
Notre partie de chasse commence bien, deux proies s'offrent à nous. La distance est minime et je peux en atteindre une aisément. Alice me suit et attrape la deuxième proie. Elle ne lui échappe pas. La mienne semble résister quelques mètres supplémentaires mais son hémoglobine finit quand même dans ma gorge. Chasser fut bien plus facile que je ne le pensais. La proie vague à ses occupations, j'attends silencieusement, prête à agir, le bon moment pour étancher ma soif. Personne ne peut savoir que deux vampires chassent ici. C'est une zone tranquille.
Je suis sûre qu'Alice lit dans mes pensées, elle m'adresse un clin d'œil lorsque je tourne la tête en sa direction. On se dirige vers une autre piste afin de consommer une autre proie. Notre soif s'est en partie apaisée mais pas rassasiée pour autant.
Le mot « vampire » résonne dans mon esprit. Toutes les histoires, les légendes vieilles de plusieurs siècles sont vraies ? Et si quelques unes se révèlent vraies ? Y a t-il une part de vérité que j'ignore ?
Être une créature immortelle effraie les gens alors je ne comprends pas le principe de séduction qui s'opère. Nous sommes des êtres dangereux et en même temps intriguant et attirants. Dans ce cas, je ne risque jamais de rencontrer l'âme sœur. J'y pense en ce moment. Je me demande ce que l'on ressent. Il est temps de reprendre le contrôle de mes pensées. Songer à l'avenir est la meilleure option.
Après tout, ça fait partie de la vie. Je vois une autre proie, mes yeux l'ont repérée et en moins de temps qu'il n'en faut, son hémoglobine coule dans ma gorge. La soif s'apaise au fur et à mesure. Mon esprit apprécie aussi. A présent, je me sens bien. Avant de partir, j'efface les traces de mon passage puis je m'éclipse.
Mes pas avancent dans les feuilles sèches de façon subtiles. Personne d'autre qu'un vampire ne peut m'entendre. Alice m'aperçoit de loin, je lui souris savant de la rejoindre.
« Si on organisait une fête ? ».
« Tu crois que c'est une bonne idée ? ».
« Et pourquoi pas ? ».
« Je doute que... Nous ne connaissons personne ».
« Les filles de l'atelier ».
« Ce sont avant tout des collègues ».
« Dans ce cas, on peut se rendre à une fête ? ».
« Où ? Je ne connais personne qui en organise une ».
« On devrait s'amuser un peu plus ».
« Je suis d'accord. Et je pensais que tu voulais être discrète ».
« Au bout de 85 ans, il est temps de sortir à l'extérieur et de nous socialiser ».
« Tu as marqué un point ».
Sur ce, Alice a raison. Nous aurions pu prendre du bon temps à Rome. Restée cacher autant d'années, fuir sans cesse une menace dont on espère une issue alors que James n'abandonnera pas sa traque. James est entrainé pour ça. Je ne me sens pas capable d'être face à lui. Si ça arrive, je serais sans doute incapable de me défendre.
« On rentre ? ».
« Tu as peur ? » me demande Alice.
« De ? » dis-je avant de comprendre qu'elle a lu dans mes pensées. « C'est vrai, on ne sait pas ce que James prépare et s'il nous retrouve ».
« Personne nous traquera autant que James je te l'accorde. Cependant, rien ne s'est passé en 85 ans. Il a dû passer à autre chose parce qu'il nous aurait retrouvé depuis longtemps. Et puis on ne pas pas vivre dans l'incertitude à vie. Ce ne serait pas bon pour nous et ce ne serait pas une vie ».
« Je ne veux pas vivre avec cette peur constante ».
« Pas tant que tu me supporteras ».
« Promis ?» dis-je en affichant un sourire.
« Promis » dit-elle en me prenant dans ses bras. « Maintenant, j'ai une surprise pour toi, passons à l'étape supérieure. Ce soir, nous sortons ».
« Pardon ? ».
« Tu as bien entendu » dit-elle en me tendant une robe sur un cintre.
« C'est ma taille ? ».
« Evidemment ».
« Pourquoi le devant est en dentelle noire ? ».
« Sache que ça te va extrêmement bien ».
« C'est gentil mais je réitère ma question, pourquoi ? ».
« Elle t'ira très bien et ça te change, il est temps de renouveler ta garde robe ».
« Heureusement que tu es ma sœur ».
Une fois prête, c'est-à-dire ma robe noire offert par ma sœur sur moi. Le devant est uniquement en dentelle au niveau du cou et elle descend aux genoux. Elle est fluide et agréable. Mes cheveux sont déjà ondulés mais ma sœur m'attrape par le bras avant que je n'ai eu le temps de prendre mon sac à main. Elle tient un tube noir dans sa main droite. Je la regarde intriguée sans savoir quel est cet objet. J'ai envie de lui poser la question mais elle ouvre le tube et étale la matière sur mes lèvres. Elle prend la peine de ne regarder que mes lèvres. Mes yeux semblent rechercher un semblant d'informations, sans succès.
« Voilà la touche finale. Tu es parfaite » dit ma sœur satisfaite.
« Merci » dis-je en me regardant dans le miroir près du canapé. « La couleur est naturelle ».
« Oui, pour un premier essai, il y a tellement de couleurs ».
« Ce maquillage est hors de prix » constatais-je en lisant le nom de la marque sur le tube « Et parce que les pigments sont très beaux ».
« Il vaut son prix. Tu es ma sœur alors tu le mérite ».
Un sourire s'affiche sur mon visage. Rare sont les fois où l'on m'adresse un compliment. Ceux de ma sœur sont précieux.
Alice ouvre la porte du logement et nous allons dehors à une fête. Seul Alice sait où nous allons.
En sortant, elle m'explique que l'atelier où je travaille organise un évènement et elle a réussi à se procurer deux invitations. Elle m'en tend une et range la sienne dans son sac à main.
Nous marchons quelques minutes avant de trouver le lieu. Un bâtiment ancien se tient devant nous avec une jolie décoration. C'est la première fois que je vais à ce genre d'événement privé.
Je me sens nerveuse et pas forcément à ma place. Je ne travaille pas dans le milieu de la mode. Mes créations sont un loisir avant tout et c'est un plaisir de les vendre mais je ne considère pas ça comme un travail. Selon moi, il y a une nuance.
Être ici est étrange pour moi. Je remercie tout de même Alice d'avoir pu se procurer des places. De loin, je peux apercevoir les collègues que je côtoie depuis six mois. Elles discutent et boivent en compagnie d'autres personnes. Je suis les pas de ma sœur. On se mêle à la foule. Il y a des personnes de tous les âges. Des filles sont bien plus âgées que moi, des gens ne me regardent absolument pas et d'autres me dévisagent. Et je n'aime pas les regards insistants. Mon corps est nouveau, je m'approprie mon corps de vampire au fur et à mesure.
Je regarde la salle attentivement et tout le monde a un verre dans les mains. J'ai l'impression d'être un pantin. Je plisse ma robe pour occuper mes mains une seconde et aussi parce que ma robe est légèrement plissée. Mes battements de cœurs sont plus réguliers donc c'est bon signe. Il y a deux petites salles sur le côtés et une grande. Les différents pavillons sont individuels et ils sont clos par un petit portail en guise d'entrée et de sortie. Ma sœur me sourit. Elle me donne un verre, histoire d'avoir un prétexte pour me mêler aux invités présents ce soir.
La musique résonne dans la pièce de manière plus forte, mon audition est trop sensible pour le supporter. Je m'éloigne de l'enceinte et mets le doigt sur mon oreille en grimaçant.
Bizarrement, je me mets à repenser au visage de ce jeune homme aux côtés de Jasper il y a quelques temps, un an sans doute. Une année s'est écoulée depuis ce soir là et je suis surprise d'y penser à nouveau mais je n'ai pas d'informations supplémentaires. Contrairement à ma sœur, je ne peux pas voir l'avenir, je ne peux pas prédire certaines choses de façon précise même si Alice dit toujours que ses visions sont subjectives. Selon moi, elles sont uniques. A chaque fois qu'elle a une vision, son visage se fige. Ses yeux fixent un point dans le vide durant quelques secondes qui paraissent interminables pour un témoin. Être témoin des visions de ma sœur est impressionnant les premiers temps. Je ne connais pas le contenu de ses visions ni la capacité qu'a eu Alice a les interpréter, à les expliquer et à les encaisser. J'essaye toujours de me montrer compréhensive et bienveillante. Tenter de comprendre ses peurs et essayer de la rassurer du haut de mes vingt deux ans (âge humain je précise, en tant que vampire il faut ajouter 85 ans). Aujourd'hui j'y pense encore. Nous avons seulement deux ans de différence, soit deux ans de plus pour elle.
Tout ce qui m'importe, c'est le bien-être de ma sœur. Je suis plus jeune mais pas moins projective envers elle. C'est plus fort que moi.
« Je te cherchais » murmure une voix familière, celle de ma sœur.
« Moi aussi » dis-je en regardant ses yeux. « On peut sortir ? Je ne me sens pas à l'aise ».
« D'accord » me dit-elle sans chercher à me convaincre du contraire.
Cela fait deux heures que je piétine chaussée de talons d'une grande valeur sentimentale. Mes pieds disent stop et je peux mettre fin à la torture en enlevant directement mes chaussures aussitôt le portail du lieu franchi.
« Je n'en pouvais plus » dis-je soulagée.
« C'était suffocant ».
« Qu'elle idée judicieuse d'être venue » lançais-je avec amertume.
Je remets une mèche de cheveux en place et porte mes chaussures par le bout.
« J'ai eu du mal à obtenir des invitations, tu pourrais être reconnaissante ».
C'est dans le silence que je me dirige vers le petit jardin extérieur à l'écart de la foule. Même si le lieu de la fête est confiné, je me sens à l'étroit. C'est une sensation étrange pour moi. La plupart des invités sont humains et les vapeurs d'alcool se font déjà ressentir. Il n'y a que deux vampires ici et personne n'est au courant. Ma sœur et moi avons pris la précaution de chasser avant. Mon corps semble être un robot et mes pensées sont confuses.
« Tu vas bien » me demande ma sœur.
« Oui, j'avais besoin de prendre l'air ».
« J'espère que ce ne sont pas les effets de l'alcool » dit-elle en riant.
« Non, ne me fait pas rire ».
« La soirée vient de commencer, ce serait dommage ».
« N'en rajoute pas ».
« Plus sérieusement, tu as eu un flashback ? ».
« Non, pas depuis longtemps ».
« Je n'ai pas eu de visions non plus ».
Je ne comprends pas que la soirée ne se déroule pas à l'extérieur. La musique est concentrée au milieu de la pièce dans la grande salle et les gens dansent au rythme de la musique comme hypnotisés. Je ne reste pas sur place. Je regarde la manière dont les gens s'amusent en me demandant en même temps si je suis capable de m'amuser comme eux.
Mon regard se perd, mon verre est toujours dans ma main. C'est comme si je suis hypnotisée et comme si je ne suis jamais allée à une fête de ma vie. Et c'est nouveau pour moi. Je dois paraitre naïve aux yeux des autres invités. Je décide de vider mon verre et de le poser sur un autre bar parmi d'autres verres vides. Les vapeurs d'alcool m'intriguent, elles planent dans l'atmosphère.
Je n'aperçois plus mes collègues de l'atelier. Elles ont dû quitter la fête.
J'en profite pour hercher ma sœur des yeux. Même si je l'appelle, personne ne m'écouterait.
Après quelques minutes, je réussi à trouver Alice dont le visage est figé lorsque je parviens à sa hauteur. Ses yeux fixent un point précis. Je ne peux pas lire dans ses pensées parce qu'elles sont brouillées. Je ne perçois rien. Ma sœur a une vision. Ses mains sont immobiles, ses yeux sont comme perdus dans le vide, son visage est expressif, d'abord une grimace puis un sourire amère.
« Tu m'entends ? » demandais-je avec l'espoir qu'elle m'explique le contenu de sa vision.
Pour tenter de capter son attention, je claque des doigts, je l'appelle mais rien. Il faut que la vision se termine. En général, cela dure quinze secondes et ça peut paraitre une éternité. je m'inquiète du contenu de sa vision de ce soir. Il doit se passer quelque chose d'important. Je ne peux rien faire à part attendre.
Je garde la main de ma sœur dans la mienne en attendant une réaction de sa part. Son visage est légèrement plus détendu à présent. J'ai espoir que la vision est finie et qu'Alice va doucement reprendre ses esprits.
« S'il te plait » dis-je en ayant envie de pleurer.
La position de ma sœur ne semble pas figée pour autant car j'ai l'impression qu'elle m'entend et ses mains commencent à bouger. Je prends une profonde inspiration afin de reprendre mes esprits une seconde. Prendre une décision ou ne pas prendre une ? Si oui, que faire ?
Un bruit sourd me tire de mes pensées et fait monter la pression en moi. Des cris se font entendre. Nous sommes toujours dans le jardin. Je lève les yeux au ciel et une lueur attire mon attention, comme un feu d'artifice. Cela annonce un mauvais présage.
C'est à ce moment là que je ressens une pression sur ma main. Vu la situation soit je panique soit je suis heureuse que ma sœur reprenne ses esprits.
« Je » entendis-je derrière moi. « C'était la vision la plus longue que j'ai eu ».
« Tu as repris tes esprits » dis-je soulagée en me jetant dans les bras de ma sœur.
« Que se passe t-il ici ? » me demande ma sœur.
« Un bruit sourd a retenti plus loin, dans la salle principale je pense et une lueur est apparue dans le ciel, comme un feu d'artifice. Je ne sais absolument pas ce qu'il se passe » me demande ma sœur.
« Allons voir » me dit-elle en me prenant par le bras.
« Raconte moi ta vision d'abord ».
« Ça n'a sûrement pas de lien ».
« Il n'y a que toi pour le dire ».
« Ma vision portait sur James ».
« Pardon ? ».
Nous remontons le petit escalier par lequel on accède au jardin. De là, on a une vue imprenable sur la grande salle en haut. Une passerelle mène à la salle principale.
« Il est en pleine recherche, il nous traque et il aurait une idée d'où on vit ».
« Ce n'est pas vrai » dis-je en colère. « On va devoir fuir à nouveau » dis-je en découvrant la scène qui se présente sous mes yeux.
Un bain d'hémoglobine, c'est le cas, des gens piétinent d'autres corps allongés sur le sol. L'image de ma première victime me revient en mémoire. Des larmes veulent franchir la barrière de mes yeux. Mes genoux veulent être en contact du sol. Cette mise en scène ne peut être que l'œuvre que d'un vampire assoiffé, éprit d'une haine sans nom et je pense tout de suite à celui qui a fait de ma sœur et moi les créatures nocturnes que nous sommes depuis 85 années, James. Je ne sais plus quoi dire. Je ne sais plus quoi faire non plus. La main sur le front, le regard rivé dans le vide, l'envie de pleurer, je me retourne sans savoir quoi faire. A quoi tout ça rime t-il ? Pendant 85 ans, j'ai fait le deuil de mon ancienne vie, je me suis surprise à profiter du moment présent avec ma sœur et maintenant, tout est balayé du revers de la main. C'est la même sensation qu'une gifle. On ne comprend pas toute la raison sur le moment, on porte notre main sur la joue rouge et on interprète la situation. Fuir est le choix le plus judicieux. Ma soif se fait ressentir. La situation devient dangereuse. Il faut que l'on quitte les lieux, rester ici est insensé.
« Non » murmure ma sœur à mes côtés.
« James est dans les parages ».
« Il nous a retrouvé ? ».
« Si c'est l'une de ses œuvres oui » dit-elle doucement.
« Regarde. Ce n'est pas James »
« C'est un nouveau-né » complète ma sœur.
« Une armée ? ».
« Impossible » répond t-elle directement.
« C'est la seule explication logique ».
« Pourquoi ai-je vu James dans ma vision ? Les nouveaux nés n'étaient pas présents » dit-elle frustrée. « Je ne comprends pas ».
« Ta vision a duré une éternité ».
« Pourtant les images étaient les mêmes, elles tournaient en boucle dans mon esprit. James chez nous en train de sentir notre odeur, il nous a laissé un message sur le miroir avec mon rouge à lèvres ».
« Qu'as-tu dit ? James chez nous ? ».
Un coup d'œil vers le massacre et on comprend toutes les deux que les nouveaux-nés qui ont commis ces meurtres sont une diversion.
Nous descendons dans l'escalier qui surplomb la scène ensanglantée qui s'offre à nous pour rejoindre au plus vite la sortie.
J'enlève mes chaussures afin d'être plus à l'aise. Le passé nous rattrape. En 85 ans, rien ne peut se passer comme prévu puisque notre créateur a décidé de nous traquer. Pourquoi créer une armée de nouveaux-nés près à tout pour survivre, afin de faire un massacre à un événement privé ? Si James est chez nous, un message nous sera adressé en personne et je crains le pire. Alice va être énervée s'il s'agit de son rouge à lèvres favoris.
La situation s'aggrave. James ne lâche jamais. Je ne réalise pas bien la situation pour être honnête, je suis perdue, dépassée. Ma sœur me regarde sans savoir quoi dire ni quoi faire. Elle me prend par la main et nous courrons vers la sortie. Les rares survivants se sont volatilisés dans les rues de Florence, je distingue des traces de pas rouges sur les pavés. Cette image me glace le sang. Ma sœur me tire par le bras pour accélérer le pas. Nous arpentons les rues florentines dans la pénombre inquiétante, un nouveau-né peut se cacher dans un recoin. En y réfléchissant, ils ont dû s'entretuer bien avant. Ils ne verront jamais la lumière du jour.
« Ramène moi à la maison » murmurais-je une première fois.
Ma sœur est déterminée à avancer quoi qu'il arrive. Au détour d'une rue, je ressens le besoin de reprendre mon souffle. J'ai besoin d'avoir les idées claires une seconde. Toute cette histoire me fait tourner la tête.
En reprenant notre course, je constate d'autres traces rouges sur le sol. Des nouveaux-nés sont sûrement morts dans le secteur. Je n'ai pas le temps de vérifier. Une forte odeur de sang attire l'attention d'autres créatures.
Entre temps, je demande à savoir le contenu exact de la vision d'Alice car elle ne me dit pas tout. Aucun secret entre nous, non ? J'ai un mauvais présentiment sur la suite. Elle m'a dit avoir vu notre traqueur préféré à notre recherche. Il crée une armée de nouveaux-nés, ceux-ci viennent pour tuer, cela explique le bain de sang tout à l'heure. James veut nous tuer parce que c'est son objectif. Il n'y a pas d'explications plus simples et il recommencera autant de fois qu'il le souhaite.
La vue de notre logement m'apaise un peu mais c'est avant de me souvenir des mots d'Alice, James y est passé pour nous laisser un message personnel. Autrement dit, rien de rassurant.
« Prête ? » me demande Alice.
J'acquiesce sans hésiter, il va falloir l'affronter un jour alors je me tiens droite, prête à agir. La porte de l'appartement s'ouvre sans difficulté. Depuis l'extérieur, aucune trace de vitres brisées ou d'effraction au niveau de la porte d'entrée.
A l'intérieur, nos vêtements sont éparpillés et plus étonnant nos sous vêtements. Cette idée m'effraie et m'écœure en même temps.
Une carte posée sur une petite table attire mon attention. « Un message de James » pensais-je aussitôt.
Pas de traces d'intrusions, hormis dans nos placards à vêtements, des carnets dissimulés non ouverts. Je ne comprends pas. Je prends la carte, l'ouvre et découvre une écriture grossière. La signature m'interpèle « Jasper ». Son prénom me saute aux yeux, le vampire blond que l'on a vu dans notre rue il y a quelques temps.
« Regarde la carte » dis-je en m'adressant à Alice.
« Elle est signée de Jasper » s'exclame t-elle. « On ne se connait absolument pas et ce n'est pas de lui, il s'agit d'une imitation. J'ai déjà vu Jasper écrire dans mes visions, il a un style calligraphique ».
« Comment ? » demandais-je incrédule. « Tu me cache beaucoup de choses » dis-je en lâchant la carte qui tombe sur le sol. « C'est insensé ».
« Ecoute » me coupe Alice en tendant l'oreille et en me faisant signe d'écouter.
« Il n'y a aucun son » dis-je.
« Il fait nuit » répondis-je sans comprendre là où elle veut en venir.
Mes yeux balayent le petit salon dans lequel nous sommes. Le canapé n'a pas bougé.
« Baisse toi » me dit Alice fermement.
Sans réfléchir, j'obéis. Mes chaussures sont encore imbibées de l'odeur sanguine. James a une détermination sans faille pour nous retrouver. Pour quelle raison ? Nous livrer à qui ? Je pense qu'il est temps de lui arracher la tête et de le brûler. Ma sœur sera d'accord. Je scrute la pénombre de l'appartement et pas de signe de James. Pas de traces d'effractions, il a obtenu un double des clefs et dans ce cas on doit changer d'endroit au plus vite. Seuls nos vêtements ont été fouillés, il est à la recherche de quelque chose mais nous ne possédons rien. Nos affaires tiennent dans un sac ou une petite valise pour ma sœur.
« La salle de bain » murmurais-je. « Le bruit » indiquais-je du doigt.
Et c'est ainsi que je découvre une chose dont je n'aurai jamais pensé voir d'aussi près. Un corps pendu, dans notre salle de bain. Il s'agit d'un nouveau-né. Son pou est éteint. Il ne respire plus. Je me demande depuis combien de temps ce corps est ici. Le message écrit en lettres capitales rouges attire mon attention. Il est dans la salle de bain et non dans le salon. Et le message est bien signé de James.
« Alice » appelais-je.
« Oh mon dieu » s'exclame t-elle horrifiée. « C'est un message de James, il s'agit de son écriture dans le miroir, comme sur la carte posée sur la table ».
« Il nous a retrouvé » dis-je froidement.
« Prépare tes affaires ».
« Maintenant ? ».
« On doit quitter la ville ».
Sans réfléchir davantage ni poser de questions, je rassemble mes affaires dans un sac sans bien sûr oublier mon sac à main qui contient mes papiers d'identités. Une fois prête, je rejoins Alice dans le salon.
Aucune question n'est nécessaire pour l'instant, on doit rapidement disparaitre. Je ne m'habituerai jamais à ce mode de survie, de ne plus exister dans la Société, mentir pour garder mon identité secrète. Maintenant, on part. Une partie de notre vie s'est reconstruite en Italie est forcée de constater que ça a été balayé comme un château de cartes. Triste vérité.
Alice prend ma main dans la sienne jusqu'à la porte d'entrée. En passant, je lui donne les clefs.
La porte fermée, nos sacs à nos pieds, Alice tourne la clef dans la serrure.
« Je suis sincèrement désolée » murmure t-elle en sanglotant.
