Playlist

« Je m'en vais » Miossec

« Just a little bit of your heart » Ariana Grande

« Ready for it » Taylor Swift

« Natural » Imagine Dragon

« Celebrate » Mika

« Hotel California » Eagles

Point de vue d'Alice

Un an plus tard...

Je dois me rendre à Philadelphie.

D'un pas déterminé, je me dirige vers la gare de Chicago. Elle est quasiment vide à cette heure tardive. Une chance. Personne ne peut faire attention à ma présence. La soif commence à se faire sentir. Avant de prendre le train, j'ai intérêt à aller chasser. Ce serait plus prudent.

Cela fait un an que je suis à Chicago. J'ai pensé rester quelques semaines tout au plus pour apprendre à vivre seule, mieux comprendre mes visions et prendre du recul sur ces quatre vingt cinq dernières années. James nous traque. Cela fait six mois que je n'ai pas eu de nouvelles. J'ai été surprise d'avoir une vision de James au sein d'un clan de vampires. Il ne semble pas être en mesure de mettre la main sur moi ou Aurore mais je reste quand même sur mes gardes. Aurore me manque. Et penser à elle me met les larmes aux yeux. Je ne pense qu'à une chose: la serrer à nouveau dans mes bras. Outre le fait de rencontrer Jasper en chair et en os. Ma sœur est la personne la plus importante de ma vie et je ne cesserai de le répéter.

Je cherche des yeux le premier train de nuit pour Philadelphie. Il est dans trois heures. Je pose mon sac sur un des sièges vides et attends patiemment. Je ressens mon imperméable beige pour avoir plus chaud. Je ne suis pas sensible au froid hivernal mais c'est encore pour montrer un réflexe humain aux yeux des autres.

La gare commence à se remplir de monde. Ceux qui travaillent prennent un café avant de monter dans leur train, ceux qui voyagent recherche le nom de la ville dans laquelle ils se rendent. J'aime bien regarder les gens entrer dans une gare. Ils regardent partout, leur billet de train à la main ainsi que leur bagage. Ils vaguent à leurs occupations. Aucun d'eux ne se préoccupent de ce qu'il se passe autour. Ils lisent un livre ou un journal, ils surveillent l'heure qui passe.

Dans quelques heures, Jasper sera face à moi. Wha. Je n'ai jamais fait ça pour personne avant et ça me fait peur.
Au lieu de me persuader d'un échec, je dois rester positive. Je ne risque pas grand chose mais je dois en avoir la certitude.
Mon billet de train en main je monte dans le wagon. Sans regret de quitter Chicago.

Des voyageurs habitués, des voyageurs occasionnels comme moi sont assis à quelques sièges de moi. Ils n'ont pas peur. Je fais partie du décor. Personne ne remarque ma nature. Cela me soulage un peu. Au moins, on ne me dévisage pas, on ne me voit pas comme une créature nocturne potentiellement dangereuse.
Je dois être la seule vampire présente dans ce train.

Le trajet dure toute la nuit.

Au petit matin, je vais une nouvelle fois dans un hôtel pendant quelques jours, à attendre que mes visions m'apportent davantage d'informations.
Il est temps d'en savoir plus sur mon futur. Mon futur est ce qui m'intrigue le plus. C'est étrange de savoir que je peux le prévoir une idée de ce à quoi il ressemble.

Assise depuis des heures pour un trajet qui me semble interminable, je regarde le paysage défiler jusqu'aux premiers rayons du lever de soleil.
Cette vie éternelle est particulière. Parfois la vie humaine me manque vraiment. Le temps défile sans que je ne change, physiquement je reste la même femme de vingt quatre ans.
Je ferme les yeux pour montrer aux autres passagers de vieux réflexes humains. Le sommeil. Je ne dors plus depuis longtemps.

Une enfant s'installe sur le siège en face de moi et m'accompagne de sa mère. L'enfant me regarde de ses yeux marrons. Ne sachant quoi lui dire je lui souris poliment puis continue de regarder par la fenêtre. Elle tient un livre entre ses petites mains.

« Pourquoi tu es triste ? » me demande t-elle se sa voix mélodieuse.

« Je ne suis pas triste » réussis-je à articuler en étant surprise qu'elle prenne la parole.

« Tes yeux le disent » dit elle sûre de ses propos.

« Tu es observatrice » souriais je sans répondre directement à sa question.

« Excusez la » intervient sa mère « On interroge pas les gens sans raison, ce n'est pas poli ».

La petite fille s'excuse et promet de ne pas recommencer. Je confirme que ce n'est rien. Cette petite fille a mis le doigt sur un point délicat. Elle est observatrice. À un si jeune âge, je n'aurais pas osé dire cela à un inconnu. Elle a tout de même raison. À force de réfléchir et de penser à pleins de choses je commence à déprimer car en réalité j'ai peur de l'avenir. Un comble pour une personne qui est capable de le voir.

Du coin de l'œil, la petite fille ne me regarde plus et ouvre un livre que sa mère lui donne entre ses petites mains. En retour, elle lui sourit. Si j'étais encore humaine, la maternité aurait fait partie de mes envies. Attendre la bonne personne, prendre cette décision à deux, songer à un prénom et envisager une vie de famille. Beaucoup de gens en rêvent, y songent peut être et d'autres veulent accéder à ce droit.

Arrivée à destination, je trouve un hôtel dans une des rues parallèles à la gare de Chicago. Je ne sais pas combien de temps je vais rester dans cette ville.

Je suis assise dans ce café, bar plutôt en train de chercher du regard un dénommé Jasper. Un homme aux cheveux blonds, de mon âge ayant de beaux yeux ambres. C'est le contenu de la vision qui défile sous mes yeux. Et le contenu me fait sourire. Oserais-je l'aborder ? Lui dire bonjour ou lui demander si je peux m'asseoir à côté de lui ? Beaucoup de questions troublent mon esprit.

J'espère sincèrement que Jasper ne me prendra pas pour une folle. De toute façon, je lui montrerai mes visions le concernant, seulement quelques unes pour qu'il comprenne ma démarche. Je garde les rêves où je touche ses cheveux pour moi sinon je serais gênée. Les choses doivent se dérouler normalement, un minimum. C'est rare que j'ai une piqûre d'audace à ce point et je suis mince sourire s'affiche sur mon visage.

Je continue de me demander pourquoi j'ai fait ce chemin pour une personne qui ignore mon existence. Quelle personne est capable de faire ça ? J'éprouve des sentiments, non confirmés par Jasper au passage car il ignore qui je suis et que je l'attends. Je suis là à attendre sagement que mes visions fassent une partie du travail. Je vis donc dans la fiction ? J'ai envie d'en parler à Aurore. Sauf qu'elle n'est pas là. J'aimerai que mes visions m'aident à la voir heureuse, peut être munie d'une adresse postale afin d'avoir des nouvelles. Cela ne me quitte pas. Il faut que cette idée quitte mon esprit.

Mes visions concernant Jasper se précisent de plus en plus. C'est aussi perturbant et excitant que les premières que j'ai eu. Sa personnalité est unique, il est poli, courtois, il a un visage apaisant je trouve. Plus les semaines passent, plus les visions étaient précises le concernant et me concernant aussi, nos futures études, nos crises de fou rire, nos sourires ainsi que notre date de première rencontre physique, réelle et non imaginée.

Je décide d'aller chasser, il faut que je sorte de cette chambre d'hôtel.

L'air frais me fait du bien. Sortir la nuit est le seul moment, excepté quand il pleut où je peux me sentir comme les autres. Comme une fille qui a une indépendance, une vie sociale inexistante par contre mais je ne le dis pas. Dans la rue, mes pas sont rapides. J'adopte une démarche humaine. Me fondre dans la masse est une habitude et une obligation pour moi. Ma partie de chasse commence dans un bois aux alentours de Philadelphie. Respirer autre chose que l'air urbain n'est pas négligeable. Je ferme les yeux pour apprécier les bruits de la nature, profiter du silence, sentir le vent sur mon visage dur et froid pour l'éternité. Me sentir un peu chez moi au final, la nature est un refuge. J'aime me perdre parfois au fur et à mesure de la rapidité de mes pas. Cette fois, je ne m'aventure pas loin. Juste assez pour assouvir ma soif. J'ai bu suffisamment pour tenir au moins deux jours. La forêt me coupe un peu de mes pensées négatives. J'ai l'impression de ne pas être qu'un vampire.

Sur le chemin du retour, la pluie commence à tomber. Moi qui imaginais que les arbres retiendront les gouttes de pluie. J'arrive plus vite en ville que je ne le pensais. Mes vêtements sont trempés et mes cheveux sont comme étanches à l'humidité car j'ai réussi à m'abriter sous un arbre.

Arrivée en ville, un bar allumé attire mon attention après qu'une vision plus précise ait décidé de défiler sous mes yeux. Jasper est bel et bien présent dans ce bar, assit à une table, un café qu'il porte à ses lèvres.

En guise de fond sonore, un musicien joue au piano, une mélodie mélancolique. Les cheveux de Jasper sont mouillés par la pluie. Des gouttes perlent sa veste noire. Je n'ose imaginer dans ses cheveux blonds que je meurs d'envie de toucher. Mon esprit me dit d'entrer dans l'établissement, mon corps ne semble pas vouloir suivre cet ordre. Je veux entrer, trouver Jasper et discuter sauf que c'est plus difficile que prévu. Ce n'est pas la même chose que les visions. Je vais finir par entrer, je l'ai vu des centaines de fois.

Mon maquillage ne tient plus, des traces noires coulent sur mon visage à cause des gouttes de pluie. Je respire profondément pendant quelques secondes avant de marcher vers le fameux bar. Il faut savoir que je n'ai jamais fait ça.

En ouvrant la porte, des odeurs d'alcool se mêlent à celles des cafés servis ce soir. L'ambiance du bar n'est pas si calme que je ne le pensais, pas au fond en tout cas car je peux percevoir des discussions animées.

A première vue, je ne vois pas Jasper. Il y a plus de monde que dans ce que j'imaginais. Cela va être difficile. Jasper a dû partir. Je ne perds pas espoir pour autant de le revoir, ce n'est que partie remise. Cela doit se passer, je l'ai vu. J'en suis dépendante. Rare sont les fois où quelque chose, quelqu'un m'obsède autant.

La foule se disperse davantage, ce qui me permet d'avoir une meilleure vision dans la pénombre. Le bar n'est pas très bien éclairé mais cela ne me gêne pas. De plus, la soif me fait mal à la gorge. Je suis allée chasser juste avant, c'est psychologique. Je m'apprête à dire mes sentiments à un vampire inconnu jusqu'à présent, mise à part dans mes visions où j'ai appris à le connaitre mais il n'y a que moi qui est au courant.

En tournant la tête, une vision me le montre à cet instant, il faudrait la porte du bar. Je m'étais avancée car ma précédente vision me montrait le contraire. Dans tous les cas, ça ne change rien. Jasper et moi sommes enfin réuni au même endroit. Je n'ai jamais été aussi nerveuse de ma vie. Je prends soin de le regarder avant que mes pieds n'avancent en sa direction. Ses boucles blondes sont mouillées par la pluie. Je me mors la lèvre. J'arrange mon imperméable beige et secoue un peu la tête. Le siège à côté de Jasper est vide. Je vais m'y asseoir en espérant croiser ses yeux ambres.

C'est chose faite, je suis dos au bar, lui est dos à moi. Comme dans un siège conversation. Je ne cesse de le regarder aussi. J'ai envie de lui toucher la main. Chose que je ne fais pas. S'il ne semble pas vouloir me regarder, je ne sais pas comment réagir.

« Bonsoir » articulais-je doucement.

Jasper ne semble pas m'avoir entendue non plus. Très bien. Mes espoirs sont vains, une illusion à laquelle je me suis accrochée, pendant un an. Mes yeux ne veulent pas le quitter. Comment suis-je sensée réagit ? Soit je sors de ce bar abattue, les larmes aux yeux ou alors je me retourne vers Jasper et lui dit que je suis là.

« Je t'attends depuis longtemps » dis-je sans me rendre compte.

Ses épaules se redressent, visiblement intrigué par mes mots. Il y a de quoi. Je me sens si petite à ses côtés. Ses yeux ambres croisent les miens, ils s'excusent de ne pas m'avoir prêtés attention.

Je décide de lui tendre ma main droite pour qu'il connaisse les raisons de ma venue ici. Il faut donner des réponses à un moment alors il prend ma main dans la sienne, doucement et les traits de son visage commence à changer dès les premières secondes. Un mince sourire se dessine sur son visage. Tout change. A présent, il sait, il connait la vérité.

« Je m'excuse de t'avoir fait attendre » murmure t-il en comprenant toute l'histoire.

Un sourire de satisfaction se dessine sur mes lèvres. Un espoir ne s'est pas perdu. J'ai bien fait de persévérer. Ma main se trouve toujours dans la sienne. Ce geste me surprend. C'est nouveau pour moi.

La pluie tombe toujours dehors, une tempête d'après le titre du journal posé sur le bar qui s'abat sur Philadelphie. Les lumières du bar s'éteignent.

Je surveille encore les réactions de Jasper qui ne me quitte pas des yeux. Une sorte de bulle se crée autour de nous sans que les autres personnes du bar ne s'en aperçoivent.

« Mes visions sont subjectives » dis-je.

« Elles sont très précises » ajoute t-il.

« J'espère que tu n'as pas peur ».

« Peur ? De quoi par exemple ? » dit-il avant de comprendre le sens de ma question. « Comment puis-je avoir peur de toi ? Ne le prends pas mal. Tes visions sont très précises, je n'ai jamais vu un don aussi développé ».

« Elles changent souvent mais notre futur ensemble est vrai, j'ai tout vu ».

« Nous avons la nuit pour discuter un peu alors ? ».

« On dirait ».

« Sortons de ce bar » suggère t-il. « Mon appartement se situe à quatre rues d'ici ».

Jasper me précède en me tenant la porte comme un parfait gentlemen. En passant, j'ai senti des regards intrigués vers moi. Une fille arrive seule, discute avec une personne et ces deux personnes repartent ensemble.

Son appartement est sommaire. Jasper est un passionné d'histoire à en croire sa grande collection de livres dans l'étagère.

Une fois la bouilloire d'eau chaude posée sur la table basse du salon avec deux tasses et deux sachets de thé. Jasper commence à discuter.

« Tes visions nous concernant ont commencé quand ? ».

« Il y a environ un an ».

« Un an ? Pendant un an, tu as vu défiler ma vie, notre rencontre et le reste ? ».

« Oui » dis-je en hochant la tête. « J'ai vu pas mal de choses ».

« Impressionnant, je n'ai jamais ressenti ça et j'ai hâte d'en apprendre davantage ».

« Moi aussi » dis-je en mordant ma lèvre.

Tout est prévu, tout est à faire et je ne sais pas comment Jasper fait pour réagir aussi bien. C'est perturbant quand même. Sachant que je lui ai montré des preuves irréfutables je dirais que c'est encore pire. Cela m'angoisse un peu. Je ne m'attendais pas à ce que l'on tombe dans les bras l'un de l'autre. Je suis tombée sous le charme au fur et à mesure de ce que je voyais. Est-ce le point sensible ? La réalité rattrape la fiction. La réalité sera différente. Jasper me jugera.

Arriver devant lui en espérant qu'il éprouve la même chose que moi en quelques minutes est illusoire. Sur le chemin de son appartement, je ne cesse de le regarder. Son visage est parfait. Ses yeux ambres me captivent déjà et l'effet de ses cheveux blonds est identique. Je suis petite à côté ne dépassant pas le mètre cinquante et lui fait deux mètres de plus que moi. J'ai tout vu nous concernant. Tout. Cela m'a fait non seulement espérer à un meilleur futur mais ç am'a fait du bien de savoir ou croire je ne sais pas, que c'est possible. J'ai eu de l'espoir en presque un siècle d'existence.

D'un coup, une once de soulagement envahi mon corps. Je me sens bien. Je sens mon esprit moins brouillé par toutes les questions qui me taraudent et mon corps se détend. Un coup d'œil autour de moi, rien. Qui peut bien me faire ressentir aussi bien ? Mon regard s'arrête sur Jasper. Il le remarque comme pour se dire « Enfin. Tu n'est pas la seule à avoir un don ». Il me sourit. C'est lui qui me procure cet effet là.

Nous approchons de son immeuble. Cela m'intrigue parce que je sais beaucoup de choses à son sujet et lui rien du tout. Soit je lui explique en me retenant de fondre en larmes soit je lui montre mes visions dans leurs intégralités. Cela me fait jouer cartes sur table. Je risque de perdre Jasper. Être confronté à autant d'informations aussi vite est déstabilisant et troublant. Ce que je conçois. Cela m'effraie aussi. Je n'ai jamais fait ça. Ayant déjà vu ce moment en vision, je sais que ça se passera bien. On est à l'abri de rien. Jasper peut prendre peur, partir pour ne plus jamais me revoir. C'est à prendre en considération.

Arrivée devant la porte, la clé tourne dans la serrure, la porte s'ouvre. Il me propose un café ou un thé. Je lui réponds un thé. La décoration est sommaire. Il ne doit pas aimer le changement alors il se contente du minimum. J'analyse l'espace en restant debout, Jasper le remarque et me dit de faire comme chez moi. Je m'assois sur un fauteuil et attend qu'il vienne. Nous avons la nuit pour discuter. Je n'ai jamais été aussi nerveuse de ma vie. C'est frustrant. Je connais l'avenir. Il défile sous mes yeux afin d'appréhender, de me faire à l'idée, de me préparer à des choses particulières.

J'ai l'impression que mes efforts de rester sereine ne servent à rien. Mon corps tremble un peu. Je ressers mes mains entre elles. Je ressens à nouveau un apaisement en moi au moment où Jasper apporte nos thés. Il s'assoit sur le siège d'à côté.

« Tu comprendras tout » dis-je d'emblée en lui donnant ma main. « À présent tu auras toutes les informations à mon sujet ».

« Mais tu m'as déjà dit l'essentiel ».

« Cela reste flou, non ? ».

« Nous avons le temps ».

« Tu as juste vu mon dernier voyage en Italie et les premières visions te concernant, nous concernant ».

« Je ne veux en aucun cas précipiter les choses ni te faire peur, nous avons du temps pour connaitre nos histoires respectives ».

« Très bien » admis-je en reposant ma main sur mes genoux.

Jasper porte le premier sa tasse de thé à ses lèvres. J'ai aussi vu ce geste en vision. Il va falloir que je me fasse à l'idée que la réalité n'a rien avoir avec la fiction. C'est différent mais tellement mieux.

« Comment tu fais ça ? » dis-je en brisant un silence de quelques secondes qui pour moi dure une éternité.

« Pour faire ça ? » dit-il en souriant.

Je ressens à nouveau un bien-être, je suis sereine, calme avec le sentiment agréable que cela va durer.

« Oui ».

« Je suis empathe » dit-il.

« Vraiment ? ».

« Je ressens toutes les émotions des gens et les modifier à ma guise est facile ».

« Tu n'as pas modifié mes émotions j'espère ? ».

« Non, rassure toi » sourit-il amusé. « Je m'assure que tu ailles bien ».

« Jusqu'à quel point ressens-tu les choses ? ».

« C'est compliqué. Je ressens tout. Modifier les émotions n'est pas difficile. Les émotions ne cachent rien, elles montrent qui nous sommes. Je suis vampire depuis presque deux siècles alors j'ai été confrontée à beaucoup d'émotions. Rare sont celles qui me font autant d'effets que celles que je ressens maintenant ».

« Et que ressens-tu maintenant ? ».

« Je ne sais pas si je peux te le dire maintenant, c'est un peu tôt ».

« D'accord » dis-je en sachant que je saurais bientôt.

« N'essaie pas de lire dans mes pensées ».

« Je ferais un effort » riais-je.

Les choses changent à une vitesse impressionnante. Mes visions se confirment et honnêtement, je ne peux rêver mieux. Cela me trouble mais l'avenir est rempli d'imprévus parfois cela a du bon de profiter du moment présent.

« Tu n'as pas à te cacher, tu peux venir ici à temps partiel si tu le souhaites ».

« Ma chambre d'hôtel est déjà réglée. Le peu que j'ai est dans un sac que j'ai rapporté ici ».

« Oh » dit-il surpris. « Alors, ta chambre est au fond du couloir si besoin ».

Six mois plus tard...

Six mois se sont écoulés depuis ma rencontre avec Jasper. Six mois durant lesquels on a appris à se connaitre. J'ai eu le droit à des cours d'histoire afin d'être au clair avec sa propre histoire. Cela m'a fait peur par moment parce que Jasper a vécu dans un climat de violence jusqu'à sa transformation en vampire. Il m'a raconté comment un camarade l'a aidé à avancer, à renoncer à un quotidien violent et compliqué. Il a changé du tout au tout.

Jasper est calme, attentionné, mystérieux pour la plupart des gens, poli comme personne n'a pu l'être avec moi, courtois, gentil.

Je me suis habillée tôt pour aller chasser seule ne m'est pas arrivée depuis longtemps. J'ai pris l'habitude de chasser avec Jasper. Nous partons soit très tôt le matin soit très tard le soir afin que personne ne se rende compte de notre présence.

Arrivée à l'appartement, l'eau de la douche résonne à mes oreilles. J'espère qu'il n'a pas paniqué en ne me voyant pas rentrer. En six mois, nous avons appris des parties importantes de nos histoires respectives. Lui a su pour mes années sombres et tristes passées à l'hôpital. Il sait aussi l'existence de ma sœur. Il sait qu'elle me manque. Sauf que je ne m'attendais pas à apprendre que j'ai déjà vu le frère de Jasper un soir. J'ai vu son frère et il a un don similaire avec Jasper. Ces deux là sont fusionnel. A un moment, j'ai espéré que ma sœur puisse être heureuse et peut être avec lui mais je n'en ai aucune idée.

Jasper sort de la salle de bain, les cheveux perlés d'eau. Il est vêtu d'un pantalon noir classique, sa chemise sous le bras. Même vêtu simplement ou à moitié comme maintenant, il dégage une aura. Je ne saurais l'exprimer mais je suis certaine que beaucoup de femmes se retournent vers lui à l'extérieur. C'est l'impression que j'ai mais je ne lui ai pas posé la question au risque de le mettre mal à l'aise. Je le regarde, adossée à l'entrée de la cuisine en me mordant la lèvre inférieure.

Cela fait six mois que nous sommes ensemble mais je ressens la même chose que la première fois où nos regards se sont croisés. Parfois, je me demande comment les choses auraient été si je n'étais pas rentrée dans ce bar. Jasper aurait-il posé les yeux sur moi ? Se serait-il retourné vers moi ? Je me le demande. Mes visions me montrent clairement que nos âmes se comprennent. Jasper a accepté l'idée. Cela me surprend encore. Il me connait par cœur. Je suis heureuse d'avoir rencontré quelqu'un qui m'accepte de A à Z. J'ai vraiment de la chance. Jasper me sourit.

Encore une fois, je reste figée dans la même position. Jasper avance vers moi et met de l'eau à chauffer pour un café et un thé.

« Bien dormi ? ».

« Les vampires ne dorment pas ».

« J'ai toujours eu envie de dire cette phrase » rit-il en avançant d'un pas.

« C'est un classique mais j'aime bien ».

Ses cheveux blonds bouclés me donnent envie de mettre mes mains entre quelques mèches. Alice, laisse tes fantasmes de côtés. Je ne veux pas paraitre impolie mais mon regard se détache de Jasper. Mes doutes doivent cesser de me tourmenter et en six mois de relation, je n'ose pas encore l'embrasser. C'est fou quand même.

« Tu ne devrais pas te dénigrer à ce point ».

« Comment ? » dis-je surprise.

« Je suis empathe, l'as-tu oublié ? » dit-il en me regardant.

Je devine une once de colère dans sa voix. Il semble surpris de ma réponse. En vérité, ma réponse lui fait mal. Il se retourne vers moi, les bras appuyés contre le plan de travail de la cuisine.

« J'ai entendu tout ce que tu as dit depuis ce matin. Les questions que tu te poses, les doutes que tu traines depuis une éternité n'ont pas lieu d'être. Je ressens tes émotions à un point que ça pourrait être les miennes ».

Ce mot « empathe » résonne dans mon esprit. S'il ressens mes émotions en plus des miennes sachant qu'étant vampire, nos propres émotions sont multipliées, c'est logique. Je me sens coupable de lui infliger autant en six mois de relation.

« Si notre avenir est d'être ensemble et c'est le cas je ne me sens pas capable de gérer autant d'émotions. Alice ne te dénigre pas. Tu es une personne incroyable et en deux siècles d'existence, j'ai espérer. Grâce à toi ».

Ma main s'apprêtait à ouvrir la porte d'entrée de l'appartement. Jasper me regarde. Il a vidé ce qu'il a sur la conscience. J'espère qu'il ne garde pas cela depuis six mois. Il ne doit pas. J'ai tout fait rater. Six mois. A cause de moi.

A cet instant précis, j'ai envie de pleurer. Pleurer et courir loin d'ici jusqu'à ce que mes pieds me disent stop. Je devrais regarder Jasper dans les yeux et je ne suis pas capable de le faire. J'ai envie de faire une chose. Une chose que je veux faire depuis longtemps sans oser. Peut-être que c'était par fierté ? Excuse bidon et pathétique. Si je ne suis pas capable de dévoiler ne serait-ce qu'une part de moi, je dois me poser des questions. Il est temps.

Et la façon dont il me sourit tous les jours est unique. Je suis vraiment chanceuse. Je n'ai pas le droit de nier, de dénigrer cela. Non. En 85 ans d'existence, 86 ou 7 je ne sais plus avec tout ça, je goûte à un sentiment d'espoir et de bonheur moi aussi. Surtout depuis que ma sœur n'est plus à mes côtés depuis un an et demi. Nos routes se sont séparées mais je souhaite la retrouver de tout cœur. Elle aussi compte sur moi. Hors de question de ne pas honorer ma promesse.

Je me mets à la hauteur de mon Jasper, en essayant sur la pointe des pieds même si ça reste difficile. Cette fois, ma spontanéité prend le dessus sur autre chose. Il est devant moi, je lui murmure de ne pas bouger. Mes lèvres captures les siennes sans qu'il ne puisse ajouter quoique ce soit. Jasper a raison. Je ne dois plus douter, je n'ai aucune raison de le faire maintenant. Mes mains trouvent rapidement place entre les mèches blondes et bouclées. Cela me fait envie depuis une éternité. Ses mains à lui ont du mal à aller sur mes hanches. Il me répète très souvent que ses principes d'éducation l'empêche d'embrasser une fille librement avant le mariage est quelque chose qui le préoccupe. Et qu'il ne veut pas paraitre impoli ou avoir un comportement déplacé. Chose que je conçois mais étant donné que nous nous connaissons, il a vu mes visions, cela ne doit pas être aussi pesant.

Personnellement, l'embrasser fait partie de mes envies depuis le début. Je voulais garder ce moment si spécial pour un moment particulier. Cela me tient à cœur. Ses lèvres quittent les miennes une seconde avant que je ne soupire de frustration puis de les reprendre entre les miennes. Son sourire est vraiment adorable. Cette fois-ci, ses mains resserrent davantage mes hanches.

J'ai vu ce geste tellement de fois en vision mais la réalité est incroyable. Les sensations sont uniques et je suis heureuse de stocker ces souvenirs dans ma mémoire.

« Je sais » dis-je en le regardant dans les yeux. « Promis, on vivra une belle vie ensemble ».

« J'en suis certain ».

« Tu souhaites terminer de t'habiller peut être ? ».

« Pour être honnête, je n'osais te le demander ».

« Excuse-moi » riais-je.

« Attends une minute » ajoute t-il en prenant mes lèvres en otage quelques secondes.

« Wha » dis-je.

« Je me dis la même chose ».