Playlist
« We are golden » Mika
« New soul » Yael Naïm
« La nuit » Amir
« Skinny love » Birdy
« Too much to ask » Niall Horan
« Never let me go » Florence the machine
Chapitre n°6
Point de vue d'Aurore
« Ne regarde pas, ferme les yeux ce sera plus simple » me dit finalement Élise impatiente.
« Pourquoi ? ».
« Tu peux ouvrir les yeux maintenant ».
Élise prépare quelque chose depuis ce matin. Sa voix malicieuse m'a« réveillé » alors que je trainais entre les draps du lit, un oreiller sur la tête. Je ne comprends pas l'intérêt des gens à rester au lit mais à présent, oui pour le confort que cela procure.
Elle m'assure qu'il s'agit d'une bonne surprise.
« Des billets ? Tu veux voyager ? Allez voir une pièce de théâtre ? ».
« Lis bien ce qu'il y a écrit » sourit-elle.
« Un bal. Ici ? ».
« Cela fait un an que tu es ici. Venise est une ville réputée entre autre pour les bals. Ils sont incroyables et je tiens à t'y emmener ».
« Ce soir ? Mais je n'ai aucune robe correcte pour ce genre d'évènements ».
« Ne t'inquiète pas pour ça, je vais t'aider ».
Élise m'assure que dans quelques heures, elle m'aura trouvé un habit de lumière. Je suis un peu sceptique mais je la laisse faire.
La devanture de la boutique devant laquelle je me trouve est ancienne et cela donne un style atypique. Elle est jolie mais les prix ne sont pas ceux que j'imaginais. Tout le magasin n'est pas en accord avec mon porte monnaie. Prendre soin de moi de manière générale n'est pas dans ma nature. Élise me montre une robe si courte que je ne cesse de la plisser en espérant une seconde la rendre plus longue. Le jugement de moi-même dans cette robe est assez dur. J'essaie un second vêtement qui selon Élise me va.
« Tes yeux sont si clairs, on dirait des émeraudes » dit-elle sûre d'elle.
Ma réaction humaine aurait été de rougir et de me cacher dans un trou de souris le plus vite possible. Cela me surprend encore de recevoir des compliments. Je connais Elise depuis un an. Un an et demi maintenant et la sensation étrange qui parcours mon corps est la même.
« On la prend » dit Elise spontanément.
« C'est la première boutique » dis-je surprise.
« Pas besoin d'attendre, celle-ci est parfaite ».
« Je me rhabille et... ».
« Je t'attends ».
En sortant de la cabine d'essayage, Elise a un mince sourire sur le visage.
« Tiens ».
Je remarque le sac. Un regard entre Elise et lui me fait immédiatement comprendre qu'elle m'offre cette robe couleur argent. Mon regard lui fait comprendre à la fois ma surprise et ma frustration de ne pas m'avoir laissé réaliser mon achat.
« Elise, je ne sais pas quoi te dire, c'est bien trop cher » dis-je en la prenant dans mes bras en sortant dehors.
« Tu n'as pas besoin ma belle, un merci me convient et un câlin aussi » rit-elle.« Tu as une réelle importance pour moi alors, je sais que c'est aussi une manière de te remercier de ton amitié ».
« Wha » dis-je.« Si j'étais humaine, je serais en train de pleurer ».
« Dommage qu'on ne puisse plus montrer certaines émotions. Je ne veux pas voir de larmes sur ton visage ».
« Tu es incroyable » soufflais-je avant de la suivre dans les rues de Venise.
« Viens, on va être en retard ».
Elise est une fille incroyable. Je l'admire pour être honnête. Elle a une personnalité spontanée, en apparence elle a une grande confiance en elle. En apprenant à la connaitre, elle en manque. Elle est l'une des première à m'avoir fait confiance à mon arrivée à la Maison close. Elise est rapidement devenue une amie. Sans elle, je n'aurais pas pu m'améliorer en tant que personne en un an et demi.
Au début, je m'appliquais à rester tranquille dans mon travail de couturière, dans une Maison close, j'admets que c'est étrange et troublant pour la plupart des gens, je le conçois. J'ai su trouver ma place grâce aux filles. Elles ont été magiques avec moi.
Elise m'attrape la main, ce qui me tire de ma rêverie, pour accélérer le pas. Selon elle, je rêve un peu trop.
Ce soir, elle m'emmène quelque part et sans chaussures adéquates c'est compliqué. Cette fois-ci, je tiens à payer mon achat moi-même. Je veux une paire de chaussures qui me servira pour d'autres occasions importantes. Un achat utile et durable.
Une paire d'escarpins noirs, rien de plus classique attire mon attention dans une vitrine. Après essayage, les escarpins me vont très bien. Quelques pas dans la boutique confirment mon achat. Elise me regarde de ses yeux ambres et je suis un peu confuse.
En sortant, je demande à Elise si elle souhaite aller dans une autre boutique, elle me répond que non et qu'il est préférable de rentrer à la Maison close.
Dans la chambre,je me regarde dans le miroir en me demandant si c'est réellement une bonne idée. J'y vais parce qu'Elise m'a invité. De moi-même, cela ne me serait pas venue à l'esprit. Je pense que je m'empêche ce genre de chose. Mes années à l'hôpital y sont pour quelque chose. Si la confiance en soi s'achète en magasin, je serais la première cliente. J'en manque mais plus le temps passe et plus je suis entourée la confiance en moi s'améliore.
Ma robe est dans mes bras mais ce n'est pas la chose qui capte son attention, pour le moment c'est mon reflet dans ce miroir. Je ne suis pas grande, le cheveux cours et blonds, des yeux verts et une peau pâle de vampire. Il n'a rien de plus qu'un autre. Un corps est un corps, non ? Chacun est unique et on aura toujours un avis différent sur le sujet. Les mots d'Elise résonnent dans ma tête« Tu as un physique parfait ». Honnêtement j'en doute. Ça me trouble un peu. Je ne suis pas habituée à recevoir des compliments de ce type et m'en faire moi-même non.
La présence d'Elise me sort de mes pensées. Elle est quasiment prête, elle tient un petit flacon de parfum dont je devine les senteurs de mimosa et d'agrumes. Elle asperge sa robe de quelques gouttes et de quelques unes dans la pièce. Elle semble se demander ce que je fais à rester fixée face à mon reflet dans ce miroir et elle fait bien de se poser la question.
Je me retourne vers elle, comme pour lui demander son approbation. Elle me sourit et m'apporte mes chaussures en même temps. Elise se place derrière moi, effleure des mèches de cheveux désordonnées et commence à les coiffer. Je reste toujours silencieuse. Je regarde ses mouvements. Un sourire se dessine sur mes lèvres. Rare sont les fois où je me laisse coiffer. J'aime bien lorsque l'on me touche les cheveux de manière délicate comme le ferait une maman. Elle a un instinct maternel que je trouve touchant.
Une fois terminée, je la remercie et lui propose de la coiffer mais elle souhaite rester les cheveux détachés. Pour rire, elle me dit que nous allons être en retard vu le temps qu'il me faut pour me préparer. Je lui demande au moins de m'aider à fermer la fermeture de ma robe qui se trouve dans mon dos, ce qu'elle fait en veillant à ne pas coincer un cheveux.
« Une dernière chose » sourit-elle avant d'attraper un petit tube noir que je reconnais.
Elise applique de la matière sur mes lèvres en étant méticuleuse. Elle approche son visage du mien, assez prêt puisque je sens son souffle. Je ne bouge pas, pas le moindre geste pour ne pas brusquer son action. Cela me rend un peu confuse quelques secondes. Je soupçonne Elise de le percevoir. Nos yeux se croisent et un sourire s'étale sur son visage. Elle éloigne son visage du mien satisfaite.
« Tu es parfaite » dit-elle doucement.
Je ne sais pas quoi ajouter. Je prends la main d'Elise dans la mienne et nous nous mettons en route. Traverser la ville avec Elise me fait me sentir libre. C'est une sensation étrange mais si agréable. Elle m'aura été d'un grand soutien mais aussi une aide dans mon développement personnel.
Nous arrivons enfin sur le lieu indiqués sur les billets. Le stress monte un peu. Aller dans ce genre d'endroit est inconnu pour moi. Les invités entrent dans la salle. Elise me prend par le bras et entre la première, les billets à la main. Surprise de constater que la salle est pleine et je me demande encore la raison de ma présence ici. Le regard des autres me pèsent encore sur la conscience. Tout le monde dansent autour de moi. Ils suivent le rythme de la musique dans une synchronisation parfaite pour des danseurs sans doute amateur. Tous sont habillés de façon élégante. Je me sens un peu tâche à les regarder.
La salle est disposée de la façon suivante: une grande salle en bas, un escalier mène à un étage duquel on a une vue imprenable sur le reste de la salle. Le bâtiment est ancien, dans le style vénitien.
Elise arrive vers moi en tenant deux verres, elle m'en tend un. La soirée se déroule bien et je remarque une fenêtre ouverte donnant sur un balcon. Je me dirige vers l'extérieur respirer un peu d'air frais.
« Tu vas bien ? » me demande t-elle en me rejoingnant.
« Penses-tu que notre situation va changer ? ».
« Dans quel sens ? ».
« Ce n'est qu'une question de temps ».
« J'espère que oui » dit-elle en s'appuyant sur la rambarde.« La Maison close fait partie de ma vie et les filles sont ma famille ».
« Je parlais de reprendre ton métier d'infirmière ».
« Parfois j'y pense » me dit-elle.« Cela me manque car j'avais un rythme de travail, des horaires, un sentiment d'utilité réel et concret ».
« Pourquoi ne pas partir de Venise ? ».
« J'aime cette ville et ça fait beaucoup de questions étranges ce soir » rit-elle.
« Tant que nous sommes ensemble ça ira » dis-je.« S'il te plait, on peut rentrer ? ».
« D'accord » souffle t-elle.« Je termine mon verre et on y va ».
Elise termine de boire son verre et le pose sur un des plateaux disponibles avant de me rejoindre. Nous nous faufilons parmi les invités pour accéder à l'escalier. Mon regard se pose sur chaque personne que je croise. La foule devient moins dense au niveau du second balcon qui est à droite de l'étage où nous sommes. La fenêtre permet d'apercevoir les lumières du jardin et le vent frais s'engouffre dans la pièce.
Arrivée à l'escalier, je commence à descendre les premières marches. Un visage parmi la foule attire mon attention, je reconnais le visage de cette personne. Je l'ai vu avec Alice à Rome, un soir en revenant de la chasse. Impossible. Je ne l'ai pas revu depuis tant d'années et la probabilité pour qu'il soit présent ce soit est faible. Et pourtant il est présent dans la salle de bal. Je reste figée. Si je me souviens de son prénom, il s'agit de Jasper. Ses cicatrices au bras gauche me sautent aux yeux et me ramènent en arrière. Jasper. C'est lui qu'Alice a vu en vision. Et de nombreuses fois. Il est plus grand que moi. Blond miel et bouclés, ses yeux sont de la même couleur que ses cheveux et son teint est aussi pâle que le mien.
J'ai vraiment envie de me présenter à lui, au risque de me faire passer pour une folle. Ma respiration se bloque, mon corps refuse de bouger. Je reste figée en regardant Jasper. Physiquement, il pourrait être mon frère. Je ne le connais pas mais il dégage une aura. Je prends une profonde inspiration pour me ressaisir une seconde. Si Jasper se trouve non seulement à Venise mais dans la même pièce que moi alors ma sœur Alice doit y être aussi, non ? Alice est à Venise. Je me pince la joue pour me retenir de pleurer. J'ai presque envie de crier tellement je n'y croyais plus. Depuis si longtemps, une once d'espoir est possible. Revoir Alice est possible.
Sans me rendre compte, le regard de Jasper croise le mien. Je tente de reprendre mes esprits afin de ne pas paraitre ridicule. Il me sourit poliment, me regarde un instant et comprend qu'il se passe quelque chose. Oui Jasper, il se passe quelque chose. Je connais ton prénom depuis longtemps et tu dois sûrement connaitre le mien car en principe tu connais ma sœur Alice. Jasper détourne son regard du mien car on l'appelle. Il se retourne vers une personne que je ne vois pas très bien, des gens sont venus se mêler à eux.
J'en profite pour descendre quelques marches de l'escalier afin de mieux voir la personne aux côtés de Jasper. Une chose est sûre, ce n'est pas Alice, elle est trop petite. Jasper fait deux têtes de plus qu'elle, comme la personne avec laquelle il discute car elle est de la même taille que lui. C'est bel et bien le frère de Jasper, ses cheveux sont blonds comme les miens mais en plus foncés et bouclés encore une fois comme les miens, d'accord plus ou moins je l'admets mes cheveux sont ondulés mais bouclés comme les cheveux de Jasper, les yeux de la même couleur miel et un visage doux et rassurant. Il a des cicatrices sur le bras droit. C'est à se demander s'ils sont tous blonds dans cette famille ? Son frère ne semble pas préoccuper par la foule autour d'eux. Jasper le suit. Ils partent.
Tant pis pour les manières et la politesse, je dois parler à Jasper. Je descends les dernières marches de l'escalier afin de le rejoindre tout en faisant attention d'où je mets les pieds. Arrivée en bas, ils ne sont plus là. J'oublie Elise, j'oublie jusqu'à mon prénom. Je balaye la pièce du regard, personne.
En sortant dehors, pas de traces de Jasper. Non. Je ne peux pas perdre sa trace. Pas maintenant. Si Alice est dans les parages j'ai besoin de la voir et si possible demander au moins à Jasper de ses nouvelles. Je regarde partout autour de moi, respirant doucement afin de pouvoir contrôler mon souffle. J'aperçois Elise sortir de la salle affolée en espérant me trouver dehors. Son regard en dit long sur son inquiétude.
« Que se passe t-il ? Il y a un problème ? ».
« J'ai vu Jasper » soufflais-je.
« De qui parles tu ? ».
« Avec ma sœur nous avons vu deux silhouettes il y a longtemps, dans une rue sombre près de notre appartement à Rome. Je fuyais avec elle et des traces de sang tâchaient nos chaussures. Ces deux silhouettes étaient des vampires. Frères car ils se ressemblent et j'ai vu le visage du premier, Jasper. Je connais son prénom car son frère la prononcé. Je ne connais pas l'autre prénom. Ma sœur voir l'avenir et l'a vu à de nombreuses reprises. Je viens de le voir ce soir » réussis-je à dire.« Si Jasper est ici, c'est qu'il a des raisons d'être à Venise et ma sœur doit être avec lui dans les parages. C'est un signe. Nous avons perdu contact depuis quasiment deux ans. Elle me manque tellement ».
« Oh et ce Jasper serait au courant d'où se trouve ta sœur ? ».
« J'en suis quasiment certaine ».
« D'accord » dit Elise surprise.« Je ne sais pas qui il est mais on va le retrouver, non ? ».
« Tu es prêtes à m'aider ? ».
« Tu es une amie alors oui. Il s'agit de ta sœur alors je pense qu'il n'y a pas à hésiter ».
« Merci Elise ».
« Tu me diras merci lorsque l'on aura réussi ».
Je regarde autour de moi pour ne serait-ce qu'essayer d'apercevoir Jasper dans la foule sauf que non. Mon seul espoir s'est envolé. Ma lueur d'espoir s'est effondrée comme un château de cartes. La foule se disperse sur la place où je me trouve avec Elise. Mon regard se repose sur mes mains. J'ai envie de m'asseoir. Elise me tire par le bras. Le vent me frappe le visage. J'ai besoin d'une seconde.
« As tu entendu ? » me dit Elise en tendant l'oreille et en mettant un doigt sur sa bouche. « Là ».
« Un cri ? À qui appartient-il ? » demandais-je.
« Ne me dit pas que... ? ».
« Alice ? » dis-je surprise. « Non, ce n'est pas sa voix ».
« Sans te vexer, tu n'as aucune nouvelle depuis deux ans. Tout est possible ».
J'enlève mes chaussures et entreprend une course contre la montre dans la nuit noir d'encre. Je ne sais pas si c'est une bonne idée. Je ne me demande pas non plus si c'est raisonnable. Ce n'est pas le moment de douter ni de se poser des questions. Je dois en avoir le cœur net. Cela fait presque deux ans sans nouvelles, je m'impatiente alors si le seul moyen d'en avoir est de me mettre en danger, ok.
Un nouveau cris résonne dans l'air. L'atmosphère commence à me faire peur. Humaine, je ne me serais pas aventurée dans les rues. Ce cris me fait peur et me rappelle l'hôpital psychiatrique, ce ne sont que des mauvais souvenirs, des souvenirs douloureux malheureusement. La voix n'est pas celle de ma sœur. Je le sais. Une victime malheureuse d'un vampire de passage à mon avis. James. Ce prénom ne m'a pas traversé l'esprit depuis longtemps. Mais il faut constater par soi-même avant de juger.
Je vérifie de temps en temps qu'Elise me suit. Elle me sourit par moment afin de me signifier sa présence morale et physique. Nous arrivons à la fin d'une rue où des habitations nous surplombent. En avançant un peu, je peux accéder aux toits. Je reste en bas, Elise arrive à mes côtés mais continue sa course quelques mètres.
Une ombre venant des toits attire mon attention. Une petite silhouette qui parcours les toits de façon légère. Et je pense avoir une idée de son identité sans oser le dire à haute voix. Ma respiration s'accélère un peu, alors que faire ? Au risque de le regretter.
« Alice ! » hurlais-je suffisamment fort pour qu'Elise stoppe net sa course.
La silhouette en question se retourne, par curiosité sans doute en reconnaissant son prénom. Je n'arrive pas à apercevoir autre chose que la silhouette sur ce toit. On ne s'est pas vue depuis longtemps. Elle est juste à quelques mètres de moi. Je ne peux la toucher, juste la regarder et cela ne me suffit pas. J'ai besoin de lui parler, de la prendre dans mes bras, d'entendre au moins sa voix. On s'est quittée de façon précipitée. C'est ce que je regrette le plus. Je ne m'attends pas à ce qu'elle vienne me prendre dans ses bras et me dise que ça va. J'en rêve.
Aucun mot ne sort de ma bouche. Nous nous regardons, sans bouger, tout juste si nous respirons. Je peux rester debout, dans la nuit à la regarder encore longtemps. J'aperçois Elise qui ne bouge pas non plus. Les larmes me montent aux yeux, la gorge se noue et mon estomac aussi. Je commence à ressentir une sensation de froid. Beaucoup de sentiments se mélangent. J'ai attendu de la voir depuis deux ans, ce qui m'a paru une éternité. Un mince sourire s'affiche sur mon visage. Je ne quitte pas Alice des yeux.
« Aurore, tu vas bien ? » se retourne Elise.
« L'as tu vu ? » dis-je en pointant l'ombre de ma sœur qui s'éloigne.
« Oui » souffle t-elle.
« Elle a réagit lorsque j'ai prononcé son prénom ».
« Retrouver ta sœur est plus simple que prévu ».
« Il semble que oui ».
Je tente de refouler mes larmes en respirant doucement. Cela me paraissait impossible. Aucun contact, aucun moyen d'en avoir, aucune informations sur l'une, rien pour nous aider à obtenir quelque chose. La voir ne serait-ce qu'un instant est un souhait qui m'est cher. J'essaye de sourire un peu parce que c'est un signe qu'elle soit dans la même ville que moi. Finalement, ce n'est pas impossible que l'on se revoit. J'ai bien fait d'espérer, même si ça a été compliqué. La silhouette de ma sœur s'est enfuie dans la nuit aussi vite qu'elle est apparue.
Une autre ombre part dans la même direction, il s'agit de Jasper à qui je murmure un« merci » qu'il ne peut percevoir de là où il est. J'espère le lui dire un jour.
Mais une troisième silhouette attire mon attention, son visage m'apparait comme une évidence puisqu'il s'agit du frère de Jasper. Je ne connais pas son prénom.
Mon cœur se sert de les voir partir sans un mot. Une once de soulagement se fait ressentir car je sais qu'Alice va bien. Elle est en vie. C'est vraiment ce qui m'importe le plus.
Elise appuie son bras contre mon épaule en affichant un mince sourire sur le visage. Elle comprend. Je continue de regarder dans le vide quelques secondes. Mais il est temps de partir. Elise me tapote le bras et m'attire un peu plus loin. Nous commençons à courir jusqu'à la Maison close avec une once d'espoir en plus et une volonté de revoir ma sœur d'ici peu pour la prendre dans mes bras, lui dire aussi à quel point sa présence m'a manqué.
Nous avançons plus vite dans la pénombre. Sur le chemin, je ne cesse de penser à Alice. Elle était si près. Si j'avais insisté, si je m'étais avancée, peut être que nous aurions pu nous voir de plus près. Aucune idée de pourquoi je ne l'ai pas fait.
Arrivées devant la Maison close, nous constatons que c'est calme. Rare pour un vendredi soir. Cela ne m'inquiète pas plus que ça jusqu'à ce que je vois le visage d'Elise inquiet quand on monte les escaliers qui mène à notre chambre. Je n'ose lui demander la raison de son inquiétude. Elle me dit de rester silencieuse. Je m'excuse du regard. Je la suis dans le couloir en faisant le moins de bruit possible. Quelque chose ne va pas. Des traces rouges apparaissent sur le sol au fur et à mesure de nos pas dans le couloir. Il se passe quelque chose ici et dans la chambre car la porte est entré ouverte. Elise ouvre la porte doucement et avance dans celle-ci. Les secondes s'écoulent tel des minutes. Elle ne dit toujours rien. Le silence devient pesant.
« Je ne comprends pas » dit-elle en constatant que toutes nos affaires sont sur le sol.
« Il n'y a rien à comprendre » répond une autre voix.
Une voix masculine que je reconnais. Il est vrai que je refuse de l'admettre immédiatement. Pourtant, il va falloir l'admettre. Je n'ai pas vu ce vampire depuis 87 ans. Tant d'années ont passé et il n'a jamais cessé de traquer. James apparait devant nous, un sourire au coin des lèvres signifiant sa satisfaction à avoir réussi ce qu'il voulait depuis tout ce temps. Je ne sais vraiment pas quoi lui dire. Je regarde Elise désolée de la situation.
« Alors, c'est ici que tu vis ? » dit-il surpris.« Je n'imaginais pas cela de toi ma chère Aurore ».
« Ne dis pas ça » dis-je sur la défensive.
« Que fais tu ici ? » intervient Elise.
« Je suis venu chercher ce qui m'appartiens ».
« Rien ne t'appartiens ».
« Je ne te conseille pas » dit-il sèchement.
James nous regarde avec son sourire en coin qui a le don de m'énerver. Je repère un objet lourd qui peut me servir en cas de besoin. Incapable de bouger parce que je redoute ce moment depuis presque un siècle. Au fond, James aurait très bien pu mettre son plan à exécution d'ici là. Non, il a trouvé assez judicieux d'intervenir ce soir. Au moment où ma vie était plus lumineuse; il a tout gâché.
« Pourquoi avoir attendu autant d'années ? ».
« Vraiment ? Tu veux aborder le sujet ? ».
« Tu es là pour ça, non ? ».
« Tu oublies que je suis ton créateur ».
« Tu parles d'une aubaine ».
« J'aurais pu agir plus tôt c'est vrai. Mais cela me regarde. Je suis heureux de constater que tu es en vie et toujours aussi belle ».
« Reviens en aux faits » dis-je sèchement.
« Je vais devoir commencer par toi puis ce sera au tour de ta sœur Alice. Et si ton amie s'y mêle, ce sera aussi son tour, comme les autres. Ce serait dommage ».
« Ne touche pas à Elise ».
« Pourquoi pas ? Je doute qu'elle manque à quelqu'un ».
Sans que je ne réagisse, James attrape Elise par les épaules. Je le regarde horrifiée. Il attrape son bras avant de mordre son poignet. Ses cros s'enfoncent dans la peau délicate d'Elise. Je me retiens de pousser un cris car je ne veux pas attirer l'attention mais tant pis je lui hurle de s'arrêter. Elise ne se retient pas. Son cris résonne dans la chambre et cela me fend le cœur.
« Ne bouge pas Aurore, je vais régler ça » me dit Elise.
Elise gémit de douleur. Devant mes yeux, je ne sais pas quoi faire. Ma conscience me hurle de me saisir de l'objet lourd que j'ai vu il y a peu. Sauver Elise est ma priorité. James ne peut pas la tuer, pas tant que je serais vivante dans la même pièce qu'elle.
J'attrape l'objet en question. James ne voit pas le coup arriver, ce qui m'étonne. Il a l'habitude de prévoir ce qu'il se passe. Je ne comprends pas comment c'est possible de connaitre ses agissements futurs. À croire que je le connais bien. Je me demande si nous n'avons pas une sorte de lien puisque c'est lui qui m'a fait devenir immortelle, ainsi qu'Alice. Nous lui devons notre éternité. Il veut nous tuer alors je ne comprends pas son obstination à nous traquer depuis 87 ans.
Elise n'aurait pas dû entrer la première dans la chambre. C'est moi que James cherche, pas Elise. J'entends la voix de mon amie lorsque quelque chose de lourd me frappe le dos. Un coup assez fort pour me faire perdre l'équilibre dans un premier temps et me faire vraiment mal. Elise tente de crier, elle me dit de résister à la douleur.
Pourquoi est-ce que ça se termine ainsi ?
Si James s'attaque à Elise, je n'ai plus personne à qui me rattacher. Mais cela signifie une chose, fuir encore. Fuir un danger. Je ne dois pas laisser mon amie dans la même pièce que lui. Sauf que je n'ai pas les moyens d'agir. Mon corps est déjà au sol, James me frappe à nouveau au même endroit, cette fois-ci plus fort.
Mes yeux veulent se fermer. Ce n'est pas une bonne idée. Non, je dois reprendre mes esprits.
Impossible pour moi de faire quoique ce soit et je m'en veux. Je ferme les yeux et sombre dans une autre atmosphère. Mon esprit est ailleurs. Je ne tiens compte de rien. Je suis ailleurs, loin de tout sans savoir où. C'est une drôle de sensation.
En 87 ans d'existence, il a fallut que James trouve le moyen de m'assommer pour me faire perdre connaissance. Elise est en train de payer le prix fort. C'est quelque chose que je ne me pardonne pas.
