Playlist

« Young blood » Birdy

« Let it go » James Bay

« Shadows » Lilly wood and the Prick

« Million eyes » Loïc Nottet

« Combustible » Cœur de pirate

« What the water gave me » Florence + the machine

Informations:

Il est vrai que le personnage d'Elise est énigmatique jusqu'à présent, on connait peu de choses à son sujet. Je ne l'ai pas beaucoup décrite (préférant laisser libre cours à l'interprétation au lecteur), prétexte un peu facile sans doute, il est vrai et avoir une description détaillée est mieux pour les lecteurs. Je me suis dis qu'un chapitre de son point de vue serait cool. Dans ce chapitre, j'espère que vous apprendrez à mieux la connaitre. Pas forcément physiquement mais psychologiquement, connaître sa personnalité avant tout. Même s'il ne s'y passe pas grand chose et qu'il n'a que très peu de dialogues, j'espère que vous aimerez lire ce chapitre autant que j'ai aimé l'écrire.

Bonne lecture ! ;)


Chapitre n°7

Point de vue d'Élise

James me regarde toujours de son sourire en coin. Je déteste ce sourire. Il est arrogant. Pendant qu'il a assommé ma meilleure amie, j'ai saisi un objet qui va me permettre de prendre la fuite en le mettant hors d'état de nuire quelques instants, le temps de partir. Je ressert l'objet entre ma main gauche qui est cachée dans mon dos. Je suis écœurée de laisser Aurore seule mais je dois affronter James moi-même.

Aurore est arrivée dans ma vie à un moment où c'était compliqué pour moi. Je lui dois beaucoup de choses. Je meurs d'envie de lui écrire une lettre. James va être à mes trousses d'ici quelques minutes. Ridicule de penser à écrire dans un moment pareil.

La situation se complique lorsque James avance d'un pas vers moi, un sourire narquois aux lèvres. Je déteste ça. Je repense aux traces rouges dans le couloir tout à l'heure. Elles doivent appartenir aux filles. Je me mords la joue pour me retenir de pleurer toutes les larmes de mon corps. Elles ne demandent qu'à couler le long de mes joues. Hurler aussi mais je n'ai pas le temps de l'envisager.

Mon bras me fait mal mais je ne parle pas de mon poignet qui me fait grimacer de douleur. James m'a marqué la peau. La marque est rouge vif et son venin me fait rien d'autre que de laisser une empreinte; comme si j'étais sa chose. Non James, je ne suis pas ta chose.

« Ne sois pas timide ».

S'il savait, il n'oserait pas prononcer cette phrase. Je frappe James le plus fort possible. Il est temps de clore cette histoire. Fuir Venise est ma dernière option qu'il me reste. Une idée me traverse l'esprit mais je ne songe pas à elle maintenant. Si James lis mes pensées ? Je me le demande. Au quel cas, il me mettrait rapidement en pièce. Vaut mieux ne pas y penser sinon ce sera pire. Le corps de mon amie, allongé sur le sol me fend le cœur mais elle m'aide à faire ce que je veux à l'instant T. Je n'hésite plus. James est près de moi.

« Aurore choisit bien ses amies » sourit-il en me regardant de haut en bas.

C'est la phrase de trop. L'énergie qui me manquait jusqu'à présent à cause de mon bras et de la morsure au poignet, me dicte de me défendre. Pour elle, pour les filles et pour moi. L'objet en main, je frappe le vampire en face de moi. N'ayant pas vraiment anticipé la douleur de mon poignet, je grimace et James le remarque.

Ma tentative de défense laisse à désirer si j'en crois son expression du visage. Au moins, j'aurais essayé. Je recommence une nouvelle frappe plus forte. Cela porte ces fruits, une aubaine dans ma situation plus que délicate.

Le maigre champs libre pour fuir la Maison close est à saisir. James se mettra à ma poursuite et Aurore sera sauve. Du moins, je l'espère.

Je quitte la chambre, arrivée dans le couloir en courant. Les escaliers sont dévalés sans que ne je regarde autour de moi. Je me retiens de pleurer en pensant aux filles que je quitte sans explications et à Aurore. Cela me serre l'estomac.

Les traces rouges dans le couloir doivent être celles des filles. À part Aurore et moi, aucune d'elle n'est immortelle.

Au détour d'une ruelle sombre, un cris me surprend. Je stoppe ma course dans Venise puis vérifie autour de moi si James n'est pas derrière. Plus j'avance en direction plus je suis surprise de l'odeur qu'il dégage. Il sent très bon.

Entouré d'une couverture, je constate qu'un être vivant y est caché. Une magnifique paire d'yeux verts me regarde. On dirait les yeux d'Aurore. Cela me fait immédiatement penser à elle. Comme si je me prenais une gifle en plein visage. Je suis un peu sonnée. Je constate personne aux alentours. Un bout de papier attire mon attention. En dépliant le papier, une écriture fine mentionne le fait de prendre soin de ce bébé. Par acquis de conscience, je ne peux le laisser ici, pas dans la rue mais je prends aussi conscience que je peux tuer ce bébé en quelques secondes parce que son sang est très odorant et attirant.

À la Maison close, il est déjà arrivé que l'on recueille des bébés abandonnés. Plusieurs fois. Lorsque l'une d'entre nous y était confrontée, il était logique de s'en occuper quelques temps avant de prendre la décision de les confier à l'orphelinat de Venise.

Laisser cette petite fille ici m'est inenvisageable. Je me surprends à sourire en sa présence.

Mais il ne faut pas oublier que James me poursuit, quitter cette ruelle est urgent. Je prends le bébé dans mes bras. Je m'arrête de temps en temps pour la regarder. Ce soir, la lune est pleine. Cela ne me portera pas chance et James va pouvoir me mettre la main dessus. Hors de question.

Cependant, la sécurité du bébé est désormais ma priorité. Son visage innocent et déjà confronté à la fuite, au sentiment de ne pas appartenir au même monde, c'est trop tôt, pas à trois mois. Cet enfant a besoin d'un toit chaleureux, une famille aimante. Je ne suis pas capable de le lui apporter. C'est incroyable de ma part de ne pas avoir, ne serait-ce que penser à tuer ce bébé.

Quand il y a eu des bébés à la Maison close, les filles s'en occupaient. Elles étaient humaines. Ma condition de vampire m'a empêché de prendre soin d'un bébé. Comment prendre soin d'un si petit être et fragile sans être sûre de ne pas lui faire de mal ? Je suis immortelle depuis deux siècles. Avoir un bébé m'a traversé l'esprit mais pas seule, il me fallait trouver la bonne personne. L'adoption aurait été un bon choix mais j'y ai renoncé. Aucun orphelinat ne ferait confiance à une fille qui habite dans une Maison close. Cela parait étrange et presque improbable. La plupart des enfants proviennent de ce type d'établissement et de toute façon, il y a eu des enfants à la Maison close. J'ai eu l'occasion de jouer avec eux, jamais seule, toujours sous le regarde d'une des filles. C'étaient des moments heureux, forts parfois car je me sentais bien, normale, comme une jeune maman de temps en temps. Cela me fait sourire lorsque j'y repense.

Le regard de ce bébé sur moi me fait sentir apaisée, pas comme un vampire, pas comme un monstre. Je ne suis pas un monstre. On m'a imposé l'éternité. Vivre dans une Maison close s'est imposé à moi et puis je ne souhaite pas me remémorer cette histoire, c'était compliqué. Les filles ne m'ont en aucun cas jugé et elles m'ont aidé. Je venais de devenir immortelle, une créature de la nuit à l'époque. Mes pensées et mes émotions étaient confuses.

Le bébé est calme. Il semble bien. Tant mieux parce que si James est derrière nous, il va peut-être épargner le bébé. En attendant, je chasse cette pensée de mon esprit et reprends ma course dans la ville. Aucune idée de combien de temps cela va durer mais je tente de gagner le maximum de temps.

Le vent frais me frappe le visage.

Je me demande comment ça a pu déraper à ce point. Connaissant Aurore, elle savait au fond de sa conscience que cela pouvait se produire. Depuis tant d'années, elle a redouté ce moment.

Maintenant, au lieu d'être près d'elle à l'aider, je suis au cœur de Venise avec un bébé dans les bras à fuir un vampire assassin. Honnêtement, c'est la pire chose qui puisse m'arriver. Je regarde par dessus mon épaule pour voir si James est à mes trousses. Non. Je me demande pourquoi mais tant mieux pour moi. Et le bébé qui ne pleure pas. Je bénis ce bébé.

Il est temps de le nourrir à mon avis. Je ralentis ma course. Tout est fermé à cette heure-ci, personne ne peut me donner du lait. Quelle idée. Maintenant, je suis responsable d'un bébé qui va mourrir de faim. Incapable de quoique ce soit, le déposer devant une porte au hasard et partir me traverse l'esprit. Lorsque je regarde le visage du bébé, cela m'est impossible et je me déteste d'y avoir suggéré. C'est horrible de le penser.

Les lumières sont encore allumées mais pour combien de temps encore ? Au bout de la rue, je repère une bâtisse qui se trouve être un hôtel. La lumière attire mon attention et j'hésite à y entrer. Une fenêtre donne sur l'accueil de l'hôtel, personne. Étonnant pour une période où normalement les clients se pressent. Bref, là n'est pas la question.

L'hôtel a beaucoup de charme. Il est en bois sculpté à l'extérieur. A l'intérieur, un premier escalier est revêtu d'un tissu rouge en velours dont je devine l'usure sur les marches. Ensuite je suppose que le couloir a une continuité. Les cuisines ne doivent pas être loin. Je commence à avancer dans l'établissement à la recherche de lait. Ce n'est pas prudent de ma part d'être ici. Mais il faut que je réussisse à trouver du lait. Quelle idée dangereuse alors que James est à mes trousses. Si la situation n'était pas réelle, j'aurais envie de rire.

C'est absurde. Une fille telle que moi, un bébé dans les bras, à la quête de lait, le tout dans un hôtel visiblement déserté et attendez, un vampire fou qui est en train de parcourir Venise pour mettre la main sur moi. Et sur un bébé. Sauf si je réussi à le mettre en sécurité.

Incroyable.

Je continue l'exploration de l'établissement. Le parquet grince un peu mais hormis ça, les tapisseries sont atypiques dont je ne saurais ni décrire ni définir les motifs. Je ne juge pas le goût décoratif des autres. Au bout du couloir que j'empreinte, situé à gauche de l'accueil, une porte semble être la cuisine, la pièce que je convoite. La porte résiste un peu mais un coup de bassin règle l'affaire. J'ai ainsi une vision panoramique des équipements que compose la cuisine. L'éclairage blanc est violent. On dirait un laboratoire.

D'ailleurs, je me bluffe à faire abstraction de ma douleur au bras. La fraîcheur de la cuisine le soir me fait du bien.

Je me dirige vers les réfrigérateurs. Je n'ai croisé personne depuis mon arrivée. Je surveille chaque recoin. Et ce bébé calme me bluffe encore plus. Je ne perds pas de vue l'objectif de mettre la main sur du lait. J'ouvre une porte du réfrigérateur, il est vide puis une deuxième encore vide. Je tente une troisième et dernière fois, un reste de lait. Miracle. Les premières gorgées sont avalées sans problème. Au moins, le bébé aura l'estomac remplit.

Il faut que je fasse attention en sortant d'ici. L'angoisse reprend le dessus sur le reste.

Le bébé est toujours calme. Une chance. Je me retiens d'embrasser son front, ses joues. Cet enfant est vraiment un cadeau du ciel.

Dehors, personne aux alentours. Ce qui me fait peur est qu'Aurore soit perdue lorsqu'elle aura reprit ses esprits. Elle n'aura aucune réponse. Cela me rend malade d'y penser et de l'avoir laissée seule là-bas.

Un échange de regard entre moi et le bébé me conforte dans mon action de le protéger. Mais il faut que je me cache quelques heures. La fatigue commence à se faire sentir et le bébé doit avoir besoin de quelques heures de sommeil.

Je me dirige vers le Nord, dans un endroit plus vert. Il faut que je gagne du temps. James est à ma poursuite. Sa présence se fait sentir.

Je dépose le bébé sur mes genoux et le contemple. Être assise près de cet arbre est sans doute une grosse erreur. Il me fallait une pause. Faire un peu le point sur la situation de ce soir qui me rend confuse. Je ne sais plus quoi penser ni quoi dire. Aurore n'est pas là pour m'aider à prendre une décision et les filles ne sont plus là. Cela me fait mal au cœur. Les choses ne doivent pas se dérouler de cette manière.

Je ferme les yeux pour me concentrer une minute. Oublier. Je crois que c'est le mot que je regrette le plus de ma vie humaine. L'oublie a parfois du bon.

Tourner la page pour avancer.

Avancer pour passer à autre chose.

Passer à autre chose pour vivre.

Vivre pour le moment présent.

Le moment présent fait partie de la vie humaine. C'est un avantage. On se préoccupe de l'instant. L'avenir fait peur, on ne sait pas de quelle façon l'apprivoiser.

Là je vis le moment présent avec ce bébé. Ses yeux verts me fascinent. Avec ceux d'Aurore je l'avoue. Ses yeux sont incroyables. Ses cheveux sont doux, je ne résiste pas à effleurer quelques mèches en étant vigilante de ne pas la brusquer. Voyant qu'elle ne pleure pas et n'affiche pas une grimace, je glisse mes doigts entre ses cheveux fins. Son parfum est vraiment agréable. Une douce odeur de mandarine.

Par contre, je viens de penser, cet enfant n'a pas de prénom. Je n'ai pas songé à trouver un prénom parce qu'il m'est impossible d'avoir un enfant. La stérilité a brisé ce rêve. Donc mon métier d'infirmière me permettait de combler ce manque en prenant soin de ceux qui étaient hospitalisés. Un lien se créait forcément. Et c'est un peu le cas avec le bébé sur les genoux. Un mince sourire sur le visage, je continue de jouer un peu avec ses cheveux. J'ai presque envie de murmurer quelque chose mais rien ne veut sortir de ma bouche.

Un craquement de branches me tire de mes pensées. Je suis surprise de constater qu'il s'agit d'un lapin. Un adorable lapin gris. Instinctivement, ma langue passe sur mes lèvres. La pensée aura raison de mon besoin vital d'hémoglobine. J'ai honte sur le moment parce qu'il s'agit d'un lapin mignon mais je préfère épargner une vie humaine. Comme celle qui est délicatement posée sur un lit de feuilles mortes.

« James » murmurais-je.

« Tu devines rapidement » dit-il le sourire en coin ancré sur le visage.

Je déteste ça.

« Comment ... ? » demandais-je hésitante.

« t'ais-je retrouvé ? Honnêtement ? Il m'a suffit de suivre l'odeur du bébé que tu as eu dans les bras. Où est-il d'ailleurs ? ».

« Cela ne te regarde pas ».

« Oh, moi qui voulais simplement discuter avec toi ».

« Prétexte inutile ».

« Dommage que tu le prennes comme ça ».

« Qu'est-ce que tu veux ? ».

« Te tuer ».

« Clair, net et efficace ».

« C'est dans ma nature ».

« Tu es certain de savoir ce que tu fais ».

« Bien sûr ».

Je ne suis pas assez proche de la grosse branche qui est posée à deux mètres de moi pour la saisir et l'utiliser contre James.

Je sature.

Je ne sais plus quoi faire.

Je veux me défendre. Il ne peut pas mettre la main sur le bébé. Personne ne touche à ce bébé.

James bouge dans tous les sens sans pour autant me quitter des yeux. Résultat, je me sens perdue, la tête qui tourne sans savoir ce qu'il se passera lorsque cette histoire finira mal. Je le sais parfaitement. Et c'est horrible d'en être déjà consciente à ce stade. Et je le regrette. J'ai eu deux siècles de vie remplis. C'est ce qu'il faut retenir. Mais je ne suis pas prête pour autant, je dois m'assurer du bien-être du bébé avant. C'est ma priorité. Je me suis un peu attachée à ce petit être fragile et innocent.

Les larmes me viennent. À ce moment précis, plus grand chose n'a d'importance.

Tout me parait presque futile.

Tout ce que j'espère est qu'Aurore prenne soin du bébé. Je le souhaite sincèrement.

James trouve le moyen de disparaître un instant de mes yeux. Un coup derrière moi se fait sentir dans mon dos et ce n'est pas bon signe. Les choses changent bien plus vite qu'on ne le pense. C'est ainsi. Mais ce n'est pas pour autant que je l'accepte. Je ne l'accepte pas. James réapparait devant moi, décidé à accomplir ce qu'il souhaite depuis le début. Me mordre tout à l'heure ne lui a pas suffit.

La douleur me bloque, je tombe sur les genoux, consciente qu'il n'y a rien d'autre à faire. Cette fois, je ne suis pas capable de me défendre. J'ai vraiment envie de me lever et de me défendre. Mes jambes ne semblent pas de cet avis. Elles ont décidé de ne pas se relever. Dommage. Je suis vulnérable. Vulnérable aux yeux du bébé, aux yeux d'Aurores et à ceux des filles.

J'aurais voulu que cela se passe autrement, pour être honnête pas du tout.

En levant les yeux, une ombre attire mon attention mais je ne relève pas cette information. Je suis concentrée sur autre chose. Je ne suis pas concentrée mais détachée. Le mot est mieux. Mon poignet ne me fait plus mal qu'il y a quelques heures. J'ai oublié la douleur et je m'en fiche aussi. Elle n'a plus d'importance.

L'ombre que j'ai vu se rapprocher et une mèche blonde a attiré mon attention. Il me reste un espoir à quoi me raccrocher ?

James effleure de ses doigts ma morsure au poignet. Il commence à resserrer ses doigts autour et le brise. Une fumée s'en échappe ainsi qu'un petit tas de cendre se dépose sur le sol. Cela m'arrache un cris. J'ai alors peur des conséquences sur le bébé. Je m'en voudrais si James lui faisait du mal. Hors de question. Je m'inquiète davantage pour ce bébé que pour moi. J'ai vécu deux siècles alors que lui n'a que trois mois. Pour moi, cela se résume à une minute.

James affiche une grimace sur le visage. Étrange. Il n'y a personne d'autre aux alentours. De toute façon, il n'y a plus rien à faire pour moi, je suis en train de décomposer. Il y a des cicatrices partout sur mon corps, je n'attends plus rien.

Sur son bras, une marque que je n'ai pas remarqué jusqu'à présent m'intrigue un peu. Le fait de me sentir impuissante est nouveau. Auparavant, j'aurais tenté quelque chose mais face à un vampire en face de moi c'est perdu d'avance.

La figure de James change. En fait, je reconnais la personne derrière lui. C'est elle qui me fait sourire dans ces tristes heures.

La chevelure blonde apparait encore une fois sous mes yeux, derrière James pour être exacte. Je reconnais cette chevelure puisqu'il s'agit ce mon amie Aurore. Elle a repris ses esprits.

« Qu'est-ce-que ... » réussis-je à dire.

Mon amie est essoufflée. Sa coiffure n'est pas parfaite, j'en conclue qu'elle a couru dans la ville en ce soir de pleine lune. Elle achève tout de même l'ennemi avec une branche qu'elle enfonce dans son cœur. Il hurle sous la douleur. C'est une chose inattendue pour lui.

« Ne dit rien » me murmure t-elle.

La branche en question est une arme redoutable. Je pensais qu'il l'aurait arrachée. Elle a bien visé. La branche s'enfonce encore, ce qui accentue la souffrance de James.

Je reste figée face à la scène qui se déroule sous mes yeux. Debout, je ressers les poings sans savoir comment l'aider. Le vampire trouve quand même le moyen de lancer une branche vers moi. J'essaye de me détourner d'elle mais c'est trop tard pour moi. Aurore porte un nouveau coup à James qui s'écroule sur le sol. Je fais la même chose.

« Non » hurle t-elle.

Mon corps s'effondre sur le sol dur et froid. Mon regard est fixé sur le visage de mon amie. Mes larmes ne coulent pas et je sais qu'elles le feraient abondamment si je n'étais pas vampire.

« T'inquiète pas » dis-je.

« Je suis désolée » dit-elle en caressant mes cheveux.

« Prends soin du bébé » dis-je en tournant la tête.

« Le bébé ? Quel bébé ? ».

« C'est lui qu'il faut protéger ».

« Tu as un bébé ? » demande t-elle surprise. « Depuis quand ? ».

Elle s'éparpille un peu dans le reste de ses questions, je comprends. Je lui attrape le bras afin de croiser son regard et de capter ainsi son attention.

« Prends soin de ce bébé, s'il te plait. James a mis la main sur moi après que tu aies été inconsciente. D'ailleurs, comment as-tu su où je me trouvais ? ».

« C'est une longue histoire. Te connaissant, empreinter ce chemin était logique. Mais pour être honnête, l'odeur du bébé est vraiment agréable. Comme elle flottait dans l'atmosphère j'ai simplement suivit l'odeur. Une chance que je t'ai retrouvé aussi vite. Le cas contraire aurait été impossible ».

« Ce bébé est une bénédiction ».

« C'est maintenant que tu fais de l'humour ? ».

« Quand sinon ? C'est le meilleur moment ».

Aurore commence doucement à rire. Son visage s'éclaircit. C'est ce que je veux voir. Ses doigts effleurent les miens.

« Tu as mal ? ».

« Pas vraiment. J'ai l'impression d'être sous morphine ».

« Je... ».

« Pas d'excuses ma belle ».

« Je peux sûrement faire quelque chose, t'aider ? ».

« Tu l'as déjà fait » souriais-je timidement sous la douleur qui me tiraille.

« On n'est pas dans un film, tu peux me le dire ».

« Ne me fait pas rire ».

« Pardon » dit-elle avant de me demander où est le bébé.

« À côté ».

« Elle est adorable » s'exclame t-elle.

« Oui et regarde ses yeux, on dirait les tiens ».

« Elle a un prénom ? ».

« Non, pas encore. Tu vas devoir en trouver un ».

« Lourde tâche ».

« Prends soin d'elle. Je t'en pris ».

« Promis ».

« Maintenant pars, s'il te plait. Tu dois vivre ta vie et ce bébé en fait à présent partie ».

Aurore ne pleure plus et m'écoute attentivement. Je tiens à elle et je veux qu'elle le sache. James va être brûlé. Pour raisons techniques je lui ai demandé de le faire ainsi que pour moi.

Elle est assise avec le bébé dans ses bras à le regarder en souriant les larmes aux yeux.

Je ne me suis jamais demander de comment j'allais mourir. La question ne m'a jamais traversé l'esprit. Pas en deux siècles. Mais j'ai fait beaucoup de choses, sans regrets.

« Je t'aime » murmurais-je dans un dernier souffle.