Playlist

« Breathin » Ariana Grande

« I don't know why » Imagine Dragon

« Mother » Kacey Musgraves

« Je t'aime, je t'aimais et je t'aimerai » Francis Cabrel

« Love you when I'm drunk » Mika

« The price I've had to pay » Marina Kaye


Information:

Ce chapitre est assez émotif. Pas forcément besoin d'un paquet de mouchoirs à proximité mais je ne vous cache pas ne pas avoir eu le cœur serré par moment. Beaucoup de textes et peu de dialogues (c'est le second chapitre où il n'y a pas beaucoup de dialogue) mais j'ai été inspiré.

J'ai donc souhaité parler de l'attachement de ce petit bébé retrouvé par Élise auparavant.

Bonne lecture ! ;)


Chapitre 8

Point de vue d'Aurore

Le petit être gigote dans mes bras. Son odeur est enivrante. Ses yeux verts me rappellent les miens. Ses cheveux sont fins et doux, je prends déjà l'habitude de les toucher.

Pendant ce temps, le feu consume deux corps dont l'un d'eux va me manquer jusqu'à ce que je cesse de respirer. Élise n'était pas qu'une amie, elle était une sœur. Une sœur qui me manque déjà.

Beaucoup de choses se sont passées en peu de temps. Difficile à croire mais je pense que demain s'annonce mieux. Jamais je ne l'aurais dit avant ce soir. La vie présage trop de choses. Ce soir est un chapitre qui va se fermer. Un chapitre qui sera impossible à oublier. Ma mémoire va s'en souvenir mais cela ne m'empêche pas d'espérer, de prévoir un avenir radieux et d'avoir le droit au bonheur.

Je dois prendre ce bébé en charge mais je n'ai aucun savoir à ce sujet. Abandonner ce bébé m'est in envisageable. De plus, l'odeur du bois brûlé me parvient et les larmes veulent passer la barrière de mes yeux. L'avenir est étrange. Il y a quelques temps, je n'imaginais pas cela. Élise n'est plus là, un bébé est dans mes bras et je me retrouve seule au milieu d'arbres. Seul le crépitement des flammes résonne. Même la respiration du bébé est calme. Il ne bouge pas trop en plus.

D'ailleurs, je dois trouver un prénom pour ce bébé. Il s'agit d'une fille, blonde aux iris verts, comme moi. C'est intriguant. Trouver un prénom, je n'ai aucune idée de la manière à adopter. Comment être sûre que le prénom choisit lui plaise ? Ce soir, les étoiles sont de sortie. Le ciel est magnifique. La lune est pleine. Je pense que le prénom « Céleste » convient. Il m'a fallut trois minutes pour choisir le prénom au bébé. En regardant son visage, ce prénom est parfait. Ses iris verts croisent les miens.

Le crépitement du feu devient moins fort. Bientôt il ne restera que des cendres qui seront portées par le vent. Plus aucune traces. Comme si ces deux vampires n'avaient pas existé.

Je respire lentement pour me retenir de pleurer. Sans Élise, je ne sais pas de quoi demain sera fait. Et ce bébé dont je dois m'occuper. Comment je suis censée me regarder dans la glace ? Je suis un être éternel, un vampire ayant encore une part d'humanité. S'occuper d'un bébé est une tâche difficile. Cela requiers de la rigueur. Je me sens capable de faire quelques temps mais certainement pas à vie. Je ne suis pas assez cruelle pour boire son sang.

Je décide d'éteindre le feu une fois les corps consumés puis prends la route avec le bébé dans les bras. Il faut quitter Venise pour rejoindre la prochaine ville. Là-bas, je pourrais me fondre dans la population le temps de trouver une solution adaptée.

Je marche en avant le cœur lourd pour ne pas dire en miettes pour Élise. Sa présence est encore constante dans ma tête. Avant de la voir partir, j'ai serré ses mains dans les miennes. Un dernier contact. Et je connaissais les sentiments d'Élise mon égard dès le début. Plus les semaines passaient plus cela devenait évident. J'ai compris qu'il se passait quelque chose. J'aimais Élise mais pas de la même façon. Au fond d'elle-même, elle le savait. Je faisais abstraction au lieu de lui dire concrètement que nos sentiments n'étaient pas identiques. Bien que je n'ai eu aucune expérience auprès des filles ni des garçons. Je ne sais pas réellement ce que c'est d'aimer une personne. Ce sentiment me fait peur et m'attire, c'est contradictoire. Qui peut s'intéresser à moi ? Je ne suis pas le genre de fille qui va vers les gens facilement, bien au contraire ni le genre de fille que l'on regarde en premier parce qu'il y a d'autres personne au charisme irrésistible. J'aime rêvasser, rester dans mon coin, j'aime la photographie, voyager et découvrir des paysages incroyables, coudre des vêtements, profiter du lever du soleil le matin une tasse de thé à la main, rire, regarder la mer lors des tempêtes. Et en général, les gens s'intéressent aux personnes spontanées.

J'arrive dans un endroit plus confiné de la forêt. Je ne dois plus être loin de la frontière française. Demain, j'irais acheter des billets de train. Je dois quitter le pays.

Le bébé a sombré dans un profond sommeil suite aux mouvements de mes bras. Auparavant, je n'aurais pas songé à ce qu'un bébé s'endorme dans mes bras.

« Qu'en penses-tu Céleste ? » lui demandais-je.

Comme si un bébé pouvait me répondre. Elle dort paisiblement. Sans contraintes. Je me surprends vraiment à créer un lien avec elle. Je me demande si j'aurais fait une bonne mère. Ce bébé est sous ma responsabilité mais je dois lui trouver un foyer car je ne peux la garder avec moi. Je suis un vampire, elle est humaine. Ce n'est pas compatible. Je me nourris d'hémoglobine animale mais j'ai goûté au sang humain plus d'une fois. Et toucher à ce bébé me met déjà hors de moi rien que d'y penser. Ce bébé doit être dans un foyer sain, entouré d'amour et de bienveillance.

La seule chose que je veux est de mettre ce bébé hors de danger afin qu'il puisse vivre sa vie comme il l'entend. J'aimerais suivre son évolution et j'aurais le cœur serré en le voyant loin de moi, prendre des nouvelles même par l'intermédiaire de quelqu'un.

Je continue ma route vers la ville la plus proche d'où je me trouve. Je n'ai aucune affaire destinée au bébé dans mon sac. Je vais devoir me contenter de celles qu'elle porte et de les laver dès que possible. De l'organisation me sera nécéssaire. Que ferait Élise à ma place ? Les larmes ne peuvent franchir la barrière de mes yeux. Je ne peux m'empêcher de sangloter dans mon coin. Rien ne va. Ma meilleure amie n'est plus là. Ma sœur Alice reste introuvable. Depuis que je l'ai aperçue ce fameux soir à Venise, je suis obnubilée à l'idée de la retrouver. Il faut que je la revoit à tout prix.

Ma première nuit avec un bébé.

Au loin, je repère un hôtel qui ne semble pas occupé. Un comble. Le bébé doit se reposer dans un endroit calme. Je regarde son adorable visage. Je suppose que beaucoup de mamans le font. À présent, je comprends la raison. C'est hypnotique et irrésistible.

Les minutes s'écoulent tel des heures. Je ne cesse de réfléchir à un avenir. Le regard rivé sur le plafond j'ai envie de rire. Rire fort. Cela n'a aucun sens, mes pensées sont brouillées. Comment les prochaines heures/jours/semaines/mois se dérouleront ? Je me pose trop de questions. Encore après la disparition d'Élise, je ne ressens pas de soulagement à la mort de James. Il l'a assassinée. Sous mes yeux. Céleste ne se souviendra jamais mais moi oui.

Je décide de sortir avec le bébé pour prendre l'air. Cela me fait du bien. Le bébé doit voir autre chose qu'un plafond blanc. Là encore, je me déteste de devoir infliger cela à Céleste. Elle mérite mieux. Son sourire est communicatif.

La rue dans laquelle je me trouve est animée. Voir du monde, regarder les vitrines, écouter des bribes de conversations, sentir l'air sur ma peau me fait sentir normale. Rien ne me ferait plus plaisir que de ressentir des sentiments humains pour une journée. Rien que quelques heures, pour ne plus me cacher aux yeux des autres. Je pense que c'est ce que je souhaite le plus.

Les yeux rivés sur l'environnement qui m'entoure, je continue de marcher sans me poser de questions et sans me soucier du regard des autres personnes. Je marche jusqu'à la gare où j'achète des billets de train pour Paris. Le trajet sera long mais c'est le moyen de transport le plus adapté. Dans le hall de la gare, des familles croisent ma route, des enfants rient. Un petit garçon au visage adorable souffle à sa mère « regarde, la jolie dame a un bébé », ce qui me fait sourire et rougir si je le pouvais encore. Je remercie l'enfant d'un sourire sincère. Sa mère le ramène près d'elle.

Les gens ne se soucient pas du reste du monde. L'atmosphère des gares me captivent. Les gens tiennent leur billet en main, marchent le long des quais pour rejoindre leur train, regardent les horaires sur le panneau d'affichage où toutes les destinations sont répertoriées. Ils ne se préoccupent pas du temps qui passent ni de ce qu'il se passe à l'extérieur de la gare.

Mes billets de train en main, je me sens comme tout le monde. Nous partons dans un train de nuit dans une semaine, les prix étaient moins élevés. Et je dois prendre le temps de déterminer comment retrouver Alice. C'est ce qui m'importe le plus en ce moment. Elle me manque beaucoup. J'ai besoin de ses conseils.

Le bébé est toujours aussi sage, ce qui me surprend encore.

« Céleste, tu es un bébé parfait » lui murmurais-je.

Je ne résiste pas à toucher ses cheveux blonds délicatement. Ses iris verts croisent les miens. Ils sont parfaits. Plus tard, elle deviendra une enfant, une adolescente et une jeune femme incroyable.

Au centre ville, une tente blanche de grande dimension attire mon attention. Des sortes de lits de camps y sont disposés. Du personnel médical s'y active sous des consignes données par un médecin. Je regarde la scène intriguée sans détacher mes yeux d'un jeune homme allongé sur un lit. Il semble dormir.

« C'est ton bébé ? » me demande un médecin.

Il est grand, le visage aussi pâle que le mien. Ses yeux ambres me regardent et les miens sont fixés sur la personne allongée derrière lui. Il semble apaisé. Il a l'air jeune, sûrement la trentaine à peine et je me demande quelle est la raison de sa présence sous cette tente blanche. Son regard ne quitte pas le mien. Il attend ma réponse patiemment. Pour ne pas paraitre impolie, mon regard croise le sien. Mes mains tiennent le bébé. Ses mains tentent de toucher mon menton. Ce geste simple me fait sourire doucement.

« Oui » dis-je doucement.

Il est surprit d'entendre ma voix. J'aurai pu acquiescer de la tête simplement et sourire poliment. Ce médecin est jeune pour exercer ce métier et le fait qu'il s'adresse à moi me surprend un peu. Il faut dire que ma vie sociale est maigre depuis quelques temps.

« Je m'appelle Carlisle » me dit-il. « Je m'excuse de ne pas avoir pris la peine de me présenter avant ».

« Aurore » répondis-je.

C'est le second mot qui sort de ma bouche. Je ne parle pas beaucoup et je n'aime pas parler de moi pour de mauvaises raisons. C'est quelque chose que j'aimerai changer. Être capable de tenir une conversation doit être naturel, non ? Et pas si compliqué que ça, si ? Et je me pose trop de questions. C'est aussi un problème que je ne sais pas résoudre.

Rencontrer un vampire qui plus est, est assez surprenant. J'ai un passé sombre avec les hôpitaux. C'est un endroit effrayant pour moi. Des frissons me parcourent le corps en me rappelant de ces tristes souvenirs.

« Je ne te veux aucun mal » me dit-il.

Mes yeux croisent à nouveau les siens. Je ne doute pas de ses attentions. Elles sont sûrement bonnes. Je n'accorde pas ma confiance aux gens tout de suite. Il perçoit ma réticence. Je veux m'excuser mais n'y parviens pas. Je recule d'un pas. Il faut que je m'en aille. Je le remercie du regard et quitte la tente blanche. Ma curiosité me perdra.

Quand je m'éloigne, je peux entendre un dialogue entre le médecin et une autre personne. La vue de ce jeune homme allongé sur ce lit, immobile me fend le cœur. Le seul soucis est que faire de Céleste ? Je veux trouver une famille pour elle. Une famille capable de la choyer, de l'accueillir comme elle le mérite. J'hésite à faire demi-tour et proposer mon aide mais je doute que ce soit une bonne idée. Encore moins raisonnable.

Je continue mon chemin jusqu'à l'hôtel. Le hall n'est pas si accueillant au premier abord et puis il s'agit d'un refuge temporaire.

Ce plafond blanc commence à m'agacer et des tas de questions que je me pose depuis deux ans m'apparaissent devant les yeux. Je regrette de ne pas avoir de réponses. Je continue de penser aux nombreuses possibilités de retrouver Alice. Elle me manque. D'ailleurs, je n'ai pas eu de flashback ces derniers temps qui seront susceptibles de m'aider dans mes recherches. Je commence à désespérer. Céleste me regarde de ses beaux yeux et je l'interroge du regard en lui souriant. Elle grandit bien trop vite pour moi. Ses belles joues roses qui ne demandent qu'à recevoir des bisous, ses cheveux blonds, ses mains si délicates et son visage d'ange. Je suis sous le charme. Plus les semaines passent plus je suis fière d'elle. Je suis fière d'avoir pu prendre soin d'elle, de m'être comportée comme une maman. Une maman comme d'autres sauf que ma particularité est dangereuse pour un humain. Céleste n'est qu'un bébé. Elle ne doit pas grandir auprès d'un vampire. Je pourrais lui faire du mal et cette idée me révolte et me donne envie de vomir. Je ne suis pas une mauvaise personne. Cela me donne envie de pleurer. La réalité me saute aux yeux et me fait mal. Mon cœur froid se serre. J'ai parfois des rappels comme ceux-là. Mon cœur ne bat plus mais j'ai quand même des sentiments. Les exprimer est une autre histoire. J'en ai envie mais le manque d'habitude m'en empêche parfois quand cela s'avère bien de les montrer. Et je fais des efforts pour y remédier.

Je me demande comment ma sœur Alice va. Que devient-elle ? Comment s'en sort-elle ? Et d'autres encore qui resteront sans réponses. C'est ce qui me frustre le plus. Ma condition vampirique n'est pas un atout. Mais je ne peux pas renier l'opportunité qu'elle m'offre pour vivre une seconde vie. C'est une vision particulière. Ma vie humaine n'a pas été facile et a été compliquée. Ma vie de vampire n'est que mensonges et hypocrisies envers les autres parce que je dois cacher ma nature afin de ne blesser personne. Je dois quand même reconnaitre que je peux vivre sans penser au lendemain, avec appréhension du moins.

On dit que demain est un autre jour mais avec Céleste à mes côtés, tout ira pour le mieux. C'est un bébé très sage qui sourit, qui aime toucher ma main ou mes cheveux quand elle arrive à agripper une mèche blonde de ses petits doigts. C'est drôle car c'est la première fois que je me sens utile et surtout regardée comme une personne normale je dirais et non comme un vampire potentiellement dangereux. Je refuse de représenter un danger pour quiconque. Je suis respectueuse de ce bébé qui est allongé à mes côtés et attentive à son bien-être. Je redoute le moment où je serais obligée de la confier à une famille. Ce sera pour son bien, c'est ce qui m'importe le plus. Ce jour viendra mais je ne veux pas y penser ce soir.

Une fois endormie sur le lit, je m'échappe par la fenêtre pour aller chasser. Je n'ai pas comblé mon besoin d'hémoglobine, il faut que je le fasse rapidement avant que Céleste ne se réveille. Je me mords la joue afin de ne pas y penser le temps de ma partie de chasse.

Le silence de la nuit ne m'inspire pas. Pas seule en tout cas. Auparavant, ma sœur était là puis Élise. Les choses ont bien changé, je suis désormais seule et avec un bébé en charge. Mes sens sont en éveils. Une chance pour moi d'être non loin de la frontière française, des forêts sont à ma disposition. Je peux chasser sans danger pour les autres humains. Je repère vite une première proie qui ne m'échappe pas. Son liquide rouge épais et vitale coule le long de mes mains avant de couler dans ma gorge. Je n'ai pas eu la sensation de satiété depuis longtemps. Me nourrir d'hémoglobine animale n'a pas été facile, il faut dire que le sang humain est enivrant et addictif. Il faut que je me nourrisse si je veux m'occuper et prendre soin de Céleste. Elle compte pour moi. Elle est trop jeune pour se préoccuper de quoique soit, en grandissant cela sera plus claire pour elle.

Il est temps de rentrer à l'hôtel. Si elle n'était pas là, je pourrais chasser plus longtemps. Je serais curieuse de connaitre l'avenir. Dans le sens où, savoir si nos choix sont les bons, s'il y a moyen de les changer. Encore trop de questions coincées dans mon esprit.

Je regagne ma chambre d'hôtel par la fenêtre. À l'intérieur, Céleste dort paisiblement au milieu du lit. Je ne peux résister à la regarder dormir. Son ventre bouge doucement au rythme de sa respiration. Ses petites mains sont disposées au-dessus de sa tête. Je ne peux rester insensible. J'embrasse ses mains en veillant à ne pas troubler son sommeil. Elle doit rêver à quelque chose d'agréable. Elle est calme, ses traits de visage sont ceux d'un ange. Je comprends pourquoi regarder un bébé dormir est fascinant. Cela me fait sourire.

Je tiens Céleste aussi fort que possible dans mes bras. Ce bébé compte pour moi. De plus, elle commence à gigoter. Elle a un visage expressif et si adorable que je lâche un petit rire. Je suis reconnaissante envers le destin de m'avoir mis sur la route de ce bébé. Sans lui, je n'aurais pas tenue depuis la mort d'Élise. M'occuper du bébé me fait me sentir utile et exister pour quelqu'un qui dépend de mes soins. Comme une promesse à Élise, prendre ce bébé en charge est ma priorité. Je ne peux pas promettre qu'il n'arrivera rien car ce serait une erreur, un mensonge. Tout peut arriver. Ceci dit, je refuse d'y croire. Céleste fait partie de ma vie. Céleste m'est indispensable. Sans elle, j'aurait fait ce que je fais de mieux depuis 87 ans, fuir.

Même si James est mort, je peux dire que le danger principal qui me préoccupait l'esprit depuis quasiment toute mon existence vampirique n'est plus un problème. D'autres ennemis existent et je ne veux faire courir de danger à personne. Hors de question.

Un an plus tard...

La fièvre de Céleste refuse de descendre. La voir sur le lit, fiévreuse, à pleurer toutes les larmes de son corps, ses joues et ses yeux rouge me fend le cœur. Jamais Céleste n'a été malade. J'ai aussi fait en sorte qu'elle ne soit pas en contact avec des virus mais elle a dû en attraper un lors de nos promenades habituelles. La voir se tortiller sur le lit, pleurant chaudement me rend malade. Je me hais.

Céleste est sous ma responsabilité. Je ne suis pas sa véritable mère mais je l'élève comme il faut. Je prends soin d'elle. Elle est en bonne santé, jusqu'à présent. Et je ne sais pas comment calmer ses pleurs. Je ne sais pas comment la soulager.

La tente blanche disposée au centre ville est un dispensaire. Là-bas, je pourrais demander de l'aide à un médecin. Il faut que Céleste aille mieux. Je ne peux me résoudre à la voir souffrir. Des liens se sont tissés entre nous. Pourtant, nous n'avons rien en commun au niveau biologique mais c'est tout autre chose au niveau affectif. J'aime Céleste. Comme si elle était mon propre enfant.

Je la prends dans mes bras le plus délicatement possible. Ses iris verts ne brillent plus, ils sont inondés de larmes. Ses petits bras bougent dans tous les sens, n'hésitant pas à me frapper un peu le visage de temps en temps. Je tente de la bercer une nouvelle fois en lui murmurant des paroles apaisantes en ayant aussi espoir que les larmes qui coulent le long de ses belles joues roses s'atténuent. Aucune chance que cela n'arrive, les pleurs de Céleste doublent d'intensité.

Je refuse de la laisser comme ça. Je reprends mon souffle et tente de refouler mes larmes. Mon sanglot est de plus en plus fort, il est mêlé au chagrin de Céleste. C'est le pire sentiment qui existe. Elle a pleuré toute la nuit. Une semaine qu'elle a mal.

« Une semaine que votre bébé pleure ? Vous vous rendez compte ? » me dit une infirmière aigrie.

« Vous êtes une mauvaise mère » me lance une autre femme à ses côtés.

« Elle va mourir à cause de vous ».

Je reste sans voix à ce que me dit cette femme en pleine figure depuis vingt minutes. Je n'ai pas retenue tout ce qu'elle m'a dit tellement je tombe de haut. Mes sourcils se froncent et je suis incapable de discuter. Mes membres sont bloqués. Ma conscience me hurle de demander l'avis d'un médecin plus humain mais personne ne semble disponible.

Je me sens coupable d'avoir infligé ça à Céleste, de ne pas avoir réagit. On ne m'a jamais autant jugé en aussi peu de temps. Les larmes guettent la barrière de mes yeux. Comme si je ne pleurerais pas assez ces derniers temps. Je renifle sans me préoccuper du regard de l'infirmière. Visiblement sur les nerfs, elle refuse de m'aider davantage et son aide n'est d'aucune utilité.

« Elle va avoir des médicaments » intervient un médecin que je ne connais pas.

« Où est Carlisle ? ».

« Aucune des personnes qui travaillent ici ne porte ce prénom ».

« Si, je l'ai rencontré récemment ».

« Vous faites erreur ».

« Remise en cause de la parole d'un médecin ? » me dit-il sèchement.

« Non... » tentais-je de me justifier. « Je veux juste avoir son opinion ».

« Votre bébé a une pneumonie ».

« Une pneumonie ? » répétais-je.

« Fièvre qui augmente, respiration difficile, pleurs incessants, sommeil agité, ce sont bien les symptômes de l'enfant ? ».

Incapable de répondre j'acquiesce.

Le médecin prend Céleste pour s'occuper d'elle sans me donner davantage d'informations. Je reste devant elle sans oser la toucher. Ses yeux sont rouges d'avoir trop pleuré, c'est un spectacle insupportable. Céleste fait partie de ma vie depuis un an. Un an. Elle m'a sourit les jours qui ont suivit le soir où je l'ai trouvée. Tout ça s'effondre comme un château de cartes, le ciel me tombe sur la tête.

« Il faut lui administrer les médicaments sinon elle ne survivra pas longtemps ».

Mon regard se détache de mes pieds, mes poings se serrent, le monde semble me tourner autour comme si c'était terminé. Si je le voulais, tuer tout le personnel serait facile. Me venger, tuer tout le monde et récupérer Céleste. Ensuite, je fuirai avec elle pour la faire soigner ailleurs et avoir une autre vie.

C'est une mauvaise idée.

Céleste a besoin de soins.

Sa santé passe avant tout.

À ce moment là, je renonce à mettre Céleste à l'adoption. Mais c'est égoïste. Je peux la tuer en une seconde. Et je vais regretter cette seconde toute ma vie. Alors, je vais me torturer dans un coin et espérer que Céleste se remette. C'est tout ce que je souhaite.

En passant, je demande si les bébés sont isolés des autres patients et quand il est possible de venir les chercher. Un infirmier me regarde avec de grands yeux.

« Les bébés sont mis à l'adoption une fois rétablit ».

Ma bouche s'ouvre et se referme incapable de dire quoique ce soit. J'ai envie de l'étrangler et de boire son que je ne suis pas un monstre. Je ne suis pas comme certains vampires. J'ai encore une part d'humanité.

Je refuse de commettre un meurtre.

C'est les yeux fatigués, en sanglotant très fort, le cœur brisé que je quitte le centre ville en ayant des regrets sur la conscience. Des regrets que je n'oublieraient jamais.

Je me dépêche de courir dans la forêt, un endroit bien plus calme. C'est mon refuge depuis le début. J'ai marché quelques mètres avant de coller mon dos à un arbre.

Je ne reverrai plus jamais Céleste. Actuellement, je me déteste au plus haut point. Par ma faute, elle sera morte seule avant d'être mise à l'adoption. Je ne suis plus la même. Je me mords la joue mais cela ne suffit pas à retenir mes sanglots. Mon visage entre mes mains, je ne souhaite plus bouger de ma place.

Tout est terminé.

Des gouttes de pluie me tombent sur la tête, il ne manquait plus que ça. Le désespoir.