Playlist

« My way » Tom Walker

« Happy and sad » Kacey Musgraves

« Raise me up » Corson

« Connection » OneRepublic

« Arrow » Rag'n' Bone Man

« Safe and sound » Capital Cities

Chapitre n°9

Point de vue de Matthéo

« Je suis désolée » dit-elle en sanglotant dans mes bras.

« Cesse de t'excuser » dis-je doucement.

Voir ma sœur dans cet état me fend le cœur. Elle est très sensible. Ses visions sont de plus en plus précises au sujet de sa sœur biologique. Elle en parle peu pour le moment, on lui laisse tout le temps de le faire lorsqu'elle le souhaitera. En la voyant arrivée dans la famille, on ne se doute pas de sa fragilité. Elle est toujours de bonne humeur et souriante. Ce sont ses plus grandes qualités. Je passe ma main doucement conte son dos afin d'apaiser ses légers tremblements. Sa respiration devient plus lente qu'avant. Son regard se fixe sur un coin de la pièce et ses cheveux sont collés contre mon torse. Ses sanglots sont moins forts, elle s'apaise. Je lui dis que ça va aller, qu'il y a des solutions pour tout. Des paroles de grands frères. C'est normal d'être présent. Mon frère l'est pour moi alors c'est à mon tour de l'être avec ma sœur. Je n'ai pas le don de mon frère qui peut changer l'humeur des gens mais je peux modifier ses pensées en les rendant moins pénibles, moins tristes. Lorsque ses yeux croisent les miens, je ne peux constater un effet immédiat.

« Merci » souffle t-elle.

Pour seule réponse, je ressers mon étreinte sa position reste inchangée pendant encore de longues secondes. Depuis le couloir, je peux entendre la démarche de mon frère Jasper. Il jette un coup d'œil à l'encadrement de la porte de chambre de ma sœur. Elle sourit en l'apercevant. Je tente de me lever pour les laisser tous les deux mais sa main me retient le poignet.

« Je peux te parler tout à l'heure ? ».

Sa voix est coupée entre deux sanglots.

« Bien sûr ».

La voir aussi triste me rend malade. Ma sœur a une grande importance comme mon frère évidemment. Depuis peu, les visions d'Alice lui montrent l'évolution de sa sœur. Elle est encore en Europe.

C'est un concours de circonstances puisque j'ai déjà vu Alice à Chicago il y a longtemps. J'y étais avec mon frère. Et plus tard, j'ai appris qu'ils étaient liés. Elle a rejoint la famille quelques temps plus tard. Lors de notre escapade à Venise, j'ai rencontré une jeune femme incroyable qui se trouve être la sœur d'Alice. Rencontrer est un bien grand mot parce que nous n'avons pas échangé un mot, je le regrette. Alice m'expliquait ses visions à son sujet. C'est comme si une sorte de connexion s'était crée. Un sentiment étrange. J'étais loin d'imaginer cela et depuis son visage ne quitte pas ma mémoire.

Je descends les escaliers pour rejoindre le reste de la famille dans le salon. Emmet regarde un match de football avec Carlisle. Rosalie et Esmée sont parties chasser avec Edward.

« Un café ? » me propose Emmet en se levant, une tasse vide à la main.

« Ça ira, merci » dis-je depuis la cuisine où je me trouve.

« Comment va Alice ? ».

« Toujours sensible sur le sujet ».

« Il est temps de retrouver sa sœur, non ? ».

« Ne précipitons pas les choses. Les visions d'Alice sont à prendre avec des pincettes. Il ne faut pas brusquer les choses. Alice en parlera le jour venu ».

« Les choses ne risquent-elles pas d'empirer ? » demande Emmet les bras tendus appuyés contre une chaise.

« On ne peut rien faire de plus » ajoute Carlisle.

« Faire quoi ? » demande Rosalie en arrivant dans le salon.

« Les visions d'Alice au sujet de sa sœur ».

« Aurore c'est ça ? ».

« Alice en souffre depuis longtemps et comme ses visions lui montrent l'évolution de sa sœur, ne pas l'avoir à ces côtés lui est insupportable ».

« Je suis d'accord mais la question reste de savoir comment l'aider à la retrouver ».

« Si j'étais éloigné de mon frère, je ne le supporterais pas non plus ».

« On sait que tu prends ça à cœur » répond Carlisle.

« Ne t'inquiètes pas, jamais je ne t'abandonnerais » me dit Jasper depuis les escaliers.

Son intervention me fait sourire parce que Jasper est discret et il est d'un incroyable soutien. Nous sommes des frères biologiques. Alors, je comprends l'angoisse d'Alice. Ce sentiment de ne pas savoir, la sensation de manque est compliquée. Sans doute est-elle la pire. Ses visions lui apportent des éléments mais rien n'est suffisant. Jasper nous explique que les sanglots d'Alice sont terminés et que sa dernière vision l'a secouée. Elle a passé quelques années en Europe auparavant et souhaite désormais venir aux États-Unis.

« Tu penses que c'est possible qu'elle vienne ici bientôt ? » demande Emmet.

« Tout est possible » souffle Jasper. « Nous ne pouvons pas avancer sur le sujet tant qu'Alice n'aura pas retrouvé son calme même si elle va mieux ».

« Ne vous inquiétez pas pour moi, je vais bien » murmure une voix que nous connaissons.

« J'en doute » lui souffle Jasper en la prenant par la taille.

« On se fait du soucis pour toi Alice » ajoute Rosalie.

« Je sais et mes visions sont particulières en ce moment ».

« Attendre est sûrement une bonne solution ».

« J'ai assez attendu. Il est temps ».

« Je sais » dis-je. « Mais toi penses à toi en première Alice. Nous avons des raisons de nous inquiéter et laisse toi du temps pour qu'on puisse aussi t'aider à la retrouver dans de bonnes conditions ».

« Wha ta sagesse m'impressionne » dit Emmet en riant.

Il est toujours le premier à rire dans la famille. Mon frère Jasper me donne un clin d'œil. Je sais qu'il pense la même chose. Nous avons une relation fraternelle forte.

Un coup d'œil à l'horloge de la cuisine nous confirme que nous devons aller en cours. En remontant l'escalier qui mène aux chambres, je ne peux m'empêcher de rire face au grand tableau où sont regroupés tous nos diplômes universitaires. Bientôt, il n'y aura définitivement plus de places sur le mur entier. Le tableau ne suffira pas. Je prends mon sac de cours dans ma chambre et redescends rejoindre mes frères et sœurs dans le garage où nos voitures sont garées. Nous avons presque le même emploi du temps alors nous devons aller à deux voitures. C'est le cas aujourd'hui par exemple.

Le lycée est petit mais au moins, on peut mener une vie d'étudiants normaux. Pas besoin de se cacher ou de prendre des cours par correspondances à la maison. Nous ne sommes pas regardés tels des vampires, des êtres dangereux pour autrui. Et je n'en fais pas partie. Ma famille et moi faisons tout pour que ça aille. Je refuse d'être regardé différemment des autres.

Les élèves circulent dans les couloirs, ils se cherchent du regard, rient assez fort.
Je referme la porte de mon casier après y avoir rangé des affaires et en ai repris d'autres. Je ne pense pas à autre chose que les dernières prémonitions d'Alice. Mes pensées semblent brouillées et cela me perturbe un peu.

La sonnerie tire de mes pensées. L'heure du premier cours de la journée, italien. Carlisle tient à ce que nous suivions des cours de langue pour développer notre culture et ayant des liens plus ou moins éloignés avec les Volturis, cela peut s'avérer utile. Je rejoins mon frère Jasper dans ma classe. Il m'envoie une onde d'apaisement lorsque je m'asseois à côté de lui.

« Tu n'es pas obligé de faire ça » dis-je en ayant un mince sourire sur le visage.

« Si tu n'étais pas mon frère non ».

Nous reportons notre regard sur le professeur qui commence le cours.

Je détache mon regard du sourire de mon frère vers le tableau noir sur lequel est inscrit plusieurs dates. Cela me dérange un peu car ces dates représentent des épisodes marquants ne nos vies. Notre passé de soldats dans l'armée confédérée fait de nous des inconditionnels d'histoire, des inconditionnels un peu trop pointilleux car je ne peux pas m'empêcher de rectifier ou de contester des propos racontés par le professeur au sujet des dates. Jasper et moi avions vécu à cette période et il y a une grande différence entre les propos des médias et ce qu'il se passait réellement sur le terrain avec les soldats de l'armée. Cela a le don de ne pas me laisser indifférent et c'est à ce moment là que Jasper trouve judicieux de m'envoyer une onde d'apaisement. Son don m'énerve mais il a le mérite d'être incroyable. Jasper est satisfait de son action du jour. Son regard en dit long et je sais aussi qu'il pense la même chose que moi. Il ne peut s'empêcher de consulter ses livres d'histoires dès qu'une coquille se glisse dans les cours uniquement pour prouver qu'il a raison. Et après, on dit que c'est moi qui suit méticuleux.

Le cours passe plus vite que je ne l'aurais cru, il reste dix minutes. En arrivant dans ce lycée, j'observais les élèves pendant les cours. Les humains sont assez expressifs et l'odeur de leur sang est enivrante. Cela m'a valu des regards un peu insistants de la part de quelques personnes qui ont interprétés ça comme une vague tentative de rapprochement. Pas besoin de dessins. Je ne suis pas comme ça. Surtout qu'il m'est déjà arrivé de trouver des papiers laissés par des filles dans la porte de mon casier. De nouvelles rumeurs fleurissent à mon sujet toutes les semaines. Au début, elles ne m'ont pas atteints mais lorsque les professeurs ont commencé à y faire des allusions, cela devenait difficile pour moi. Je ne veux pas avoir cette image là. Ce n'est pas moi.

Les paroles du professeur interrompent mes tristes pensées. J'arrête de tenir mon crayon entre mes doigts, il se casse d'un coup. Le professeur divise la classe en binôme et inscrit une liste de livres au tableau. Je les ai tous dans ma bibliothèque. Le professeur nous demande d'en choisir un et de rédiger une analyse de chapitre, celui qui nous semble pertinent. Copie à rendre dans deux semaines et la note aura un coefficient conséquent pour le trimestre suivant car il est prévu d'autres travaux individuels à rendre entre temps. Mon binôme pour ce travail est une fille qui me fait beaucoup d'avances. Ça me met mal à l'aise et je ne veux blesser personne. Je suis quelqu'un de timide, en manque de confiance en moi parfois comme d'autres personnes. Avoir de l'attention me déstabilise. Son regard dérive vers moi et elle exprime sa joie à sa voisine de table.
Pour ce devoir, je pense que ça va bien se passer. J'irai travailler à la bibliothèque, un lieu neutre et aussi celui où je préfère travailler au lycée. Dès que je discute simplement avec une fille, que je lui souris poliment, des rumeurs à mon sujet circulent. De simples contacts sociaux deviennent des théories selon lesquelles mon charme rendrait les filles faillent et cela m'affecte. Ça devient de plus en plus pesant et ça dure depuis deux ans.

Je suis l'une des premières personnes à quitter la salle de classe dès la sonnerie. Je marche rapidement dans le couloir.

« Je te laisse mon adresse mail et mon numéro de téléphone pour le devoir » me dit une voix féminine dans le couloir en me tendant un bout de papier griffonné.

« Merci » dis-je en reconnaissant mon binôme pour le devoir d'italien. « On ira travailler ensemble à la bibliothèque si tu veux bien ».

« Après les cours ? Parfait » me sourit-elle en me donnant un clin d'œil.

Et ça recommence.

« N'hésite pas à m'appeler » ajoute t-elle.

Je m'éloigne d'elle en apercevant Jasper au bout du couloir en train de composer le code de son casier. Cela me donne une raison supplémentaire de partir. Je joue le rôle de l'étudiant suffisamment occupé pour pouvoir couper court aux moments gênants. Un avantage.

« Je sens que ça va être long » soufflais-je le dos collé au casier à côté du sien.

« Tu ne peux pas prendre sur toi à chaque fois car je l'avoue, ça commence à peser sur ta conscience ».

Ça me fait sourire car Jasper me connait par cœur. Nous sommes frères mais notre complicité est importante pour nous. On nous appelle les jumeaux parfois.

« Courage Matthéo » me dit-il en me tapotant sur l'épaule.

Je le suis pour le reste des cours de la matinée. D'ailleurs, je ne reçois pas de remarques, ce qui me fait du bien. Mon frère le remarque aussi.

« Ce cours d'anglais m'a tué » dit une voix que l'on connait bien.

Un sourire ironique se dessine sur les lèvres de mon frère qui se retourne.

« Pourtant, tu es toujours là Rose ».

« Ton humour est toujours le même depuis un siècle ».

« On ne change pas une équipe qui gagne ».

« Ne t'y mets pas Matthéo » répond t-elle en me tapant sur l'épaule. « Concentre toi sur le cours d'histoire qu'on a en commun pendant deux heures » rit-elle.

Le professeur nous rend nos devoirs rendus la semaine dernière. Il fait une division du paquet de copies selon les notes et procède à la distribution. La plupart des élèves obtiennent la moyenne et lorsque ma copie arrive à ma table, je suis surpris de récolter une note correcte.

La sonnerie à la fin du cours annonce aussi la pause déjeuner. Après avoir rassemblé mes affaires, je suis Rosalie et Jasper à la cafétéria. La cafétéria est remplie de lycéens et un brouhaha résonne dans la pièce.

« Tu vas bien ? » me demande Edward.

« Matt a encore eu un papier d'une fille qui lui a écrit son numéro de téléphone » répond Jasper à ma place.

Je suis surpris de la rapidité de réponse de Jasper. Je lui lance un regard noir avant de prendre la parole.

« C'est pour un devoir » me justifais-je.

« C'est une humaine » ajoute Edward.

« Bella était auparavant une humaine Edward » ajoute Rose.

« Je m'incline ».

« Oui et je ne suis pas attiré par cette fille ni toutes les autres qui me tournent autour depuis mon arrivée dans cet établissement ».

« Ne le prends pas mal ».

« Ça devient pesant et je le subie depuis deux ans ».

« J'ai une idée pour y remédier » dit Edward.

« Une idée lumineuse ? » intervient Rosalie.

« Sache que c'est une mauvaise idée » dis-je ironique en lançant un morceau de pain à Edward.

« Tant pis et demande à Jasper ».

« Que veux-tu que je dise ? » répond t-il à Edward. « Mon frère est canon, c'est tout. Regarde ses boucles blondes et ses yeux ambres incroyables, comment veux-tu résister ? ».

« Ne dis rien » riais-je. « J'ai hérité de toi ».

« Belle description » répond Rosalie. « À ce propos, ça fait trois ans que vous êtes ici et deux ans que ces rumeurs circulent » dit-elle en regardant Jasper et moi. « Alice a des visions concernant sa sœur biologique depuis un moment et apparemment, elle semblerait préparer un voyage vers les États-Unis. Tu me diras ça doit faire au moins trois ans. Je me dis que ce serait bien, une bonne idée de l'aider dans ses recherches et sûrement » ajoute t-elle un mince sourire aux lèvres. « que sa sœur serait ton âme sœur. Voilà je l'ai dit ».

« Réellement ? » intervient Jasper.

« Pourquoi pas ? Avoue qu'il y a des chances et si Alice le pressentait ? De toute façon, Matt va le savoir ».

« Je suis là » dis-je pour leur montrer que je suis là.

« Excuse-moi » me dit Rosalie. « Je ne devrais pas, c'est maladroit de ma part, je promets de ne plus en parler ».

« Non » dis-je le plus rassurant possible. « Tu as dit ce que tu penses et je t'en remercie. Ne t'excuse pas. En aucun cas ».

Travailler avec mon binôme pour le devoir d'italien n'était pas aussi horrible. Du moins pour moi. J'ai mis une distance. Je parlais sur un ton froid. Sur un ton qui ne me ressemble pas. Je voulais en finir au plus vite comme si c'était une torture. C'est dur de penser ça. Mais c'était le cas. Je ne comprends pas pourquoi les humaines de ce lycée me trouvent à leur goût. Ce n'est pas mon cas personnel. Au moins, nous avons avancé sur ce devoir et on a le plan détaillé et les idées principales. On se reverra pour le clôturer. Je vais tout de même faire en sorte que je n'ai pas à la revoir. Nous avons le principal, reste plus qu'à rédiger chacun de notre côté. Je lui enverrai un mail pour la prévenir. Pendant une heure et demi, j'ai supporté des appels du pied et des sourires hypocrites. Quand j'ai fermé le livre pour terminer la séance de travail, elle a été surprise mais n'a pas protesté. Je ne lui ai pas laissé le choix.

Je suis rentré à la maison seul car les autres ont une heure de cours en plus. Nos emplois du temps concordent de temps en temps pour quelques cours seulement.

Je travail sur une dissertation de philosophie assis à mon bureau, une playlist résonne dans la pièce. Je ne peux pas me passer de musique et je déteste le silence. La musique est un prétexte pour le combler. Un point en commun avec Edward, nous sommes deux fans de musique. Notre grande collections d'albums et de disques vinyles le confirme.

Je repose mon stylo et reporte mon attention sur l'ordinateur allumé. Je consulte une nouvelle page Internet. Je fais plus de place en poussant les livres de philosophie. Parfois je me surprends à murmurer les paroles de chansons. Si mes frères me voyaient, ils me riraient au nez. Pourtant Edward est pareil. Ma page Internet affiche un nouveau contenu qui semble plus intéressant. Mes yeux le lit rapidement et change à nouveau de page. Je note des informations sur une feuille à part qui me servira aussi de brouillon.

Une présence me fait sortir la tête de mon ambiance studieuse. Ma plus jeune sœur est en face de moi, accoudée à une chaise. Ses yeux n'ont pas la même lueur que d'habitude. Je n'arrive pas à déchiffrer ses émotions et pour que je n'y arrive pas, elle récite un texte en plusieurs langues dans sa tête.

Je ne sais pas quoi lui dire car Alice se jette dans mes bras. Je ressers mon étreinte pour la rassurer et tenter de lui faire comprendre que ça va, elle n'a pas besoin de parler. Alice se détend un peu et m'envoie ses visions par la pensée. Tout est clair. Cela ne dure pas longtemps mais je vois clairement son visage et je suis surpris de la drôle de sensation qui m'envahie. Sa sœur biologique semble désemparée, triste, perdue dans ses pensées et elle tient quelque chose dans sa main. Elle regarde un papier qui semble important. Son visage. Ses cheveux blonds ondulés plus clairs que les miens et ses yeux verts sublimes. Je l'ai vu pour la première fois à Venise. Apparemment, elle m'a aperçue bien avant dans une rue romaine. Cela me fait rire parce que c'est inattendu. Je remercie Alice de partager ses visions avec moi. Je me doute que ce sont des souvenirs importants à ses yeux et peut-être qu'elle souhaite les garder pour elle. Quand Alice a su qu'un lien se créait entre moi et elle, j'ai été intrigué. Et à force de voir cette jeune fille en vision, j'ai envie de la connaitre. Toute la famille le souhaite. Je connais son visage et son prénom.

Un sourire se dessine sur les lèvres d'Alice lorsque ses iris croisent les miens. Et je réponds en souriant.

« Tu es le premier au courant » me dit-elle.

Je suis ravie pour Alice. C'est une personne joyeuse, de bonne humeur et lorsqu'elle a évoqué son histoire, j'ai eu le cœur serré tout le long de ses explications. En apprenant à la connaitre, je comprends. Et je suis le premier à l'avoir encouragé à entreprendre des recherches pour retrouver sa sœur depuis deux ans. Je suis heureux aussi que ses visions lui apportent des réponses concrètes.

« Merci d'y avoir autant cru » murmure t-elle. « Tu n'imagines pas à quel point ça représente à mes yeux et merci pour ta présence ».

« Ne me remercie pas, tu es ma sœur ».

« J'ai le droit d'organiser une fête ? ».

« Une fête ? ».

« Pour marquer le coup, son arrivée dans la famille. Aurore sera tellement contente ».

« Elle n'aura pas peur ? » demandais-je intrigué.

« Non » m'assure t-elle.

« On verra, il faut en parler aux autres ».

Je referme la page Internet de l'ordinateur et la lumière de ma chambre. L'écran de mon téléphone attire mon attention une seconde, un nouveau message mais cela m'importe peu. Je le laisse sur mon bureau et rejoins Alice dans le couloir avant de descendre les escaliers avec elle.

Alice sautille de jour jusqu'au salon. Ce qui me fait rire. Ma sœur est de bonne humeur à nouveau et le sentiment d'espoir est le plus fort que l'on puisse ressentir en ce moment.

« J'ai une bonne nouvelle » s'exclame t-elle.

Le regarde de nos parents Carlisle et Esmé se tourne vers elle ainsi que ceux de mon frère Jasper, Emmet et Edward, celui de mes deux autres sœurs Rosalie et Bella. Tous ont un sourire sur le visage, intrigué mais un sourire quand même en se demandant la raison de la future annonce d'Alice. Tous sont impatients de savoir. Alice ne fait pas durer le suspense pas longtemps. Elle me jette un coup d'œil afin de s'assurer de mon soutien. Je lui souris en guise d'encouragement.

« J'ai retrouvé ma sœur. Elle a récemment acheté des billets de train pour Paris et projette d'aller en voyage aux États-Unis. Je sais où elle est et où elle désire de rendre ».

« Tu as eu de nouvelles informations ? » demande Rosalie en se rapprochant de ma sœur qui acquiece.

« Wha alors il y a encore un espoir ? » intervient Esmée.

« Je nous ai tous vu heureux, ensemble. Vous allez l'adorer. C'est ma meilleure amie en plus d'être du même sang. Nous avons beaucoup de choses à vivre encore ensemble. Et ce que je voulais te dire Matt, je vous ai vu ensemble. Pour de vrai. Heureux. Alors, tu n'es pas obligé de me croire maintenant, je l'ai vu. Vous allez être heureux. Je sais qu'elle t'as vu une fois. Mes visions me l'ont aussi montré et tu as pu t'en rendre compte en les voyant car je les aient partagées avec toi ».

« Arrête Alice, il va tomber dans les pommes » intervient Rosalie en riant.

« C'est le dernier célibataire de la famille » ajoute Edward en riant.

« Alors là, je n'aurai jamais osé » rit Rose.

« Ta sœur va conquérir le cœur de Matthéo ? Je demande à voir » dit Edward. « Va falloir du temps parce que les rumeurs au lycée sont encore d'actualité ».

« Ce qui se passe au lycée y reste » dis-je sur la défensive. « Personne ne sera mêlé à ça ».

Le reste de la famille acquiesce mes propos qui clos le débat. Alice m'a montré ses visions et je comprends davantage la situation même si ça me trouble un peu. Et aussi parce que c'est étrange. J'ai déjà eu des histoires mais elles étaient douloureuses. Un prénom a changé ma vie, Lucy. Et Jasper et Maria. Nous ne sommes plus les mêmes après elles. Jasper s'est reconstruit comme il a pu et Alice l'a transformé et l'a fait espérer en un avenir meilleur. Il a trouvé une raison supplémentaire de changer et d'envisager un avenir.

Nous avons passé le reste de la nuit à discuter des visions d'Alice. Elles changent tout le temps. Elles nous donnent des explications face aux questions que l'on se pose tous dans la famille. Discuter la nuit est ce que je préfère. Ce moment est idéal pour se laisser aller dans des discussions profondes. En général, les mots sortent plus facilement et on se sent mieux, apaisé ou libéré je ne sais pas. En tout cas, nous en savons davantage.

Le lendemain...

Je parcours le couloir du lycée pour rejoindre ma classe de science. Mon premier cours de la journée qui dure deux heures. Je déteste cette matière. Je ne suis pas fait pour suivre des cours scientifiques.

« Hé, tu n'as pas répondu à mes messages hier soir, j'étais un peu inquiète » dit une voix féminine que je veux pas entendre.

« Désolée, je ne les ai pas consultés ».

« Il me faudra quand même une réponse ».

« J'y penserai » dis-je pour couper court à la conversation avant de partir.

Ce type d'interactions avec les filles de ma classe sont récurrentes. Auparavant, je commençais à sympathiser avec les filles parce que j'appréciais leur calme et leur vision des choses. Mais ça a bien changé.

« On aurait dû dire qu'on était des triplés » me dit Rosalie en riant.

« Presque » riais-je doucement.

« Je ne veux pas que toutes ces rumeurs te minent le moral. Elles durent depuis longtemps et te voir mal ne me plais pas du tout ».

« Deux ans » soufflais-je.

« Tu ne devrais pas supporter leur comportements puérils ».

« N'oublie pas que rien ne peut changer leur comportement ce sont des jeunes filles ».

« Humaines » complète Rose en soupirant. « Surtout que si tu as une copine bientôt, les rumeurs cesseront ».

Je regarde Rosalie intrigué par sa remarque. Je refuse que la sœur d'Alice en prenne plein la tête et de toute façon, ma vie sentimentale est une autre histoire. Oui, les rumeurs me font mal, ma soit disant réputation ce « charmeur » ou « homme à femmes », ça c'est sans doute le pire, me font mal. Je ne suis pas comme ils le disent. Rien qu'en étant poli et surtout respectueux des gens, voilà que l'on me donne une réputation totalement infondée. J'ai la sensation désagréable que les valeurs inculquées par mes parents sont balayées tel un château de cartes. C'est renier une partie de moi.

« Il faut remettre ces adolescentes à leur place et leur clouer le bec, non ? ».

Oui, j'ai hérité des boucles blondes de mon frère, j'ai hérité de son empathie naturelle, j'ai hérité de la couleur ambres des yeux qu'on eu d'autres vampires avant moi. Je suis grand, de la même taille que Jasper.

Je ne suis certainement pas quelqu'un qui s'amuse avec le cœur ni avec les sentiments des gens. J'en ai aussi et on a déjà joué avec les miens, c'est la chose la plus douloureuse donc impossible de le reproduire auprès d'une personne que j'aime. Je me le suis promis.

Je reporte mon regard sur Rosalie qui est gênée par ses propos mais je ris face à la situation. Elle me tape sur l'épaule pour se venger.

« Ne me ris pas au nez lorsque je suis sérieuse avec toi ».

Rose me fait signe de la suivre jusqu'à la salle de cours de science. D'ailleurs, c'est le cours sur les cellules. Passionnant.
Durant tout le cours, je ne cesse de prendre des notes. Pas les propos que dit le professeur ni du schéma dessiné sur le tableau. Mes notes ne veulent rien dire.

Les choses doivent changer pour moi.

J'ai le sentiment désagréable de stagner, de me poser cent cinquante questions sans avoir pu obtenir de réponses, de ne pas avoir envie de retourner entre ces murs à étudier. Il me manque quelque chose. Je ne ressens pas l'envie d'assister aux cours de cet après midi alors que celui-ci est réservé au sport. Justement, me dépenser physiquement me ferait du bien. C'est ce qu'il me faut. Je compose un rapide message sur mon téléphone à Jasper pour lui demander s'il veux bien m'attendre à la salle de boxe. Sa réponse positive ne tarde pas.

J'avais raison. Taper dans un sac de boxe était ce qu'il me fallait pour ne pas dire nécessaire. Les nerfs lâchent. Et ce n'est pas plus mal pour moi de les laisser s'exprimer dans un endroit calme car il n'y a que moi et Jasper et un endroit neutre. Je ne parle pas. Mes mouvements le font à la place de la prise de parole. Je ne veux pas être méchant alors autant garder le silence. Mon frère le respecte puisqu'il ne me pose pas de questions.

Concentré sur mes mouvements, je garde une posture correcte et droite. Frapper dans ce sac me vide la tête. Toutes les rumeurs me rendent malades. Je suis un étudiant tels qu'il en existe d'autres. Et je déteste les étiquettes. J'ai des sentiments à ce que je sache. Sortir avec beaucoup de filles pour les faire souffrir m'est impensable. J'attends de développer des sentiments forts pour une fille, d'être heureux auprès d'elle. Je veux tomber amoureux d'une fille sans qu'elle ait peur de ces rumeurs. Je veux qu'elle puisse passer au-dessus. Je respecte les gens. Mon frère est pareil. Ces rumeurs me hantent l'esprit. Je suis incapable de ne pas y penser. Emmet rit toujours en me disant de modifier les pensées des gens. C'est mon don. Jasper est capable de modifier les humeurs et moi les pensées des gens. Nous sommes complémentaires. Mais je me demande pourquoi je ne modifie pas les pensées de ces personnes qui s'amusent à diffuser des fausses informations à mon sujet. Je pense que si je commence, rien ne se calmera et cela attirera l'attention à un moment donné. Peut-être que j'utiliserai mon don juste une fois.

« Ça va ? » me demande t-il enfin.

« Mieux » dis-je fatigué.

Je retire mon premier gant en sachant que je vais revenir m'entrainer dans cette salle au prochain cours de sport. Jasper retire ses gants de boxe, il s'est un peu entrainé. J'enlève mon second gant et je les dépose dans un petit local où est stocké le matériel. Cela fait au moins une heure trente que nous étions dans la salle de boxe. Nous n'avons pas échangé un mot. L'anxiété me paralyse un peu pour être honnête. Ces histoires ridicules ne devraient pas m'attrister autant. Auparavant, je me souvenais pas avoir été vulnérable à ce point par des remarques. Je me demande si ce n'est pas le fait que les professeurs eux-mêmes commencent à relayer ces rumeurs et que j'en soupçonne deux, la professeur d'histoire-géographie et la professeur de maths de me faire un peu de charme. Ça me déstabilise vraiment.

Lorsque Alice va retrouver sa sœur biologique, physiquement en face d'elle, les choses ne seront plus les mêmes. Dans le bon sens, j'entends car nous attendons ces retrouvailles depuis cinq ans. Je suis encore surpris de l'arrivée d'Alice dans la famille il y a déjà cinq ans. Jasper et moi sommes chez Carlisle depuis sept ans. Jasper a pris du temps pour voyager un peu et un séjour à Philadelphie a changé sa vie. Ce souvenir me fait sourire parce que j'étais partie chasser avec Edward et Emmet ce jour-là, quand au retour j'ai été étonné de voir Jasper aux côtés d'une charmante lutin aux cheveux noirs.

« Tu repenses encore à ce souvenir ? » demande Jasper en ayant lu dans mes pensées.

« Parfois » souriais-je.

« On devrait rentrer » dit-il plus sérieux.

Dans la voiture, le volume de la radio est réglé au minimum. C'est moi qui conduit, ça me vide la tête. Le vent frais entre dans l'habitacle métallique et me frappe le visage. La musique résonne. Je soupçonne Edward d'avoir changé l'album dans l'auto radio, ce n'est pas le même que d'habitude.

Arrivé à la maison, les lumières sont toutes allumées et une délicieuse odeur de cuisine italienne embaume la cuisine dès la porte d'entrée.

Esmée cuisine rarement et il n'y a que des vampires dans cette maison donc la cuisine est là uniquement pour le principe. Personne dans la pièce. L'odeur de nourriture embaume la salle à manger.

Intrigué par un bout de papier griffonné de l'écriture fine d'Edward, on nous attend dans le jardin. Jasper me regarde sans poser de question. Étrange. Je soupçonne Alice de préparer une fête. C'est bien son genre.

Le décor du jardin change totalement. Je me demande si je ne suis pas dans un monde imaginaire. Des lanternes de toutes les couleurs sont dissimulées dans les arbres aux alentours. Une tente blanche est dressée. J'ai l'impression que c'est une blague.

« C'est Alice » se justifie Rosalie qui se presse de la rejoindre.

« Rose ! » interpelle Alice « C'est pour la bienvenue d'Aurore » me dit-elle d'une voix timide.

« On dirait une cérémonie de mariage » dis-je.

« Nous sommes d'accord » ajoute Emmet en riant.

« Je suis dans une famille incroyable ».

« Oh oui » s'exclame Edward. « Ton Aurore a beaucoup de chance ».