Playlist

« Lost on you » LP

« Iron heart » Marina Kaye

« Brick by boring brick » Paramore

« Strong » London Grammar

« Budapest » George Ezra

« Bang Bang » Sonia Lacen

Chapitre n°10

Point de vue d'Aurore

Ce cauchemar doit bien avoir une fin. Une fin correcte.

Je ne peux pas rester ainsi, pas recluse sur moi.

James a assassiné ma meilleure amie. Élise est morte. James est mort. Je devrais me sentir soulagée de ne plus fuir à cause de lui, de ne pas être sur mes gardes à chaque fois que je me rends dans une ville ou encore que je rencontre quelqu'un. Il a tué Élise sous mes yeux et Céleste a été placée dans un orphelinat. Je ne peux pas me le pardonner. Si toutefois, la maladie ne l'a pas tuée avant. J'espère sincèrement qu'elle sera placée dans une bonne famille. Le fait de ne pas savoir, d'être dans l'incertitude est ce qui me ronge le plus. La culpabilité. Céleste souffrait. Elle pleurait sans cesse et il lui fallait des soins. Je me devais de l'amener à ce dispensaire. Je ne me le serais en aucun cas pardonné si elle était morte dans mes bras. J'aimais ce bébé. Y penser m'arrache le cœur. Sans elle, tout est différent. Je ne suis plus personne. Une fille normale, perdue et sans repère. Céleste m'a aidé. Ce n'est pas qu'un bébé à mes yeux. Elle est ma raison d'espérer quelque chose dans ma vie. De plus, je n'ai pas de nouvelles d'Alice alors Céleste était le seul point positif dans ma vie et elle continue de l'être. Il ne me reste que mes yeux pour pleurer. Ma respiration est saccadée et lente. Je ne peux pas refouler mes sanglots. Les larmes sont au bord de mes yeux mais elles ne coulent pas. Elles ne peuvent pas dévaler le long de mes joues. Ce sont celles qui font le plus mal. Celles qui font en sorte que mon ventre se tord. Celles qui signifient toute la culpabilité qui me ronge. Celles qui montrent que rien ne va.

Quelle scène pathétique. Une jeune fille assise dos à un arbre, seule dans une forêt. Sans meilleure amie car elle a été assassinée et sans bébé car il a été placé sous soins et plus tard dans une famille qu'elle ne connait pas du tout, sans repères. Triste vie. Triste réalité. J'ai la sensation qu'on me frappe très fort sur la joue et que la marque de la main sera indélébile. C'est elle qui me montrera tous les jours à quel point, la culpabilité est importante dans ma vie, que laisser Céleste était un choix difficile, horrible mais important pour elle. Cette marque prouvera aux yeux de tous, quel vampire pathétique je suis. Que le poids de la culpabilité est au-dessus de ma tête. Mon cerveau est mis sur pause et mon cœur menace d'exploser. Mon cœur ne bat plus, il n'existe plus.

Actuellement, j'ai envie de pleurer toutes les larmes de mon corps, de ne pas bouger d'où je suis, de me morfondre et de ne plus penser à rien. Me laisser tomber ici. J'y pense. Et ce serait justifié au fond. Pourquoi trouver une raison de rebondir quand on ne s'en sens plus ou pas capable ? Trouver quelque chose à quoi se raccrocher. Remonter la pente parce que c'est nécessaire. Je ne me vois pas continuer ainsi. Milles choses me traversent l'esprit. Je ne sais plus à quoi penser. M'évader. J'ai besoin d'air. J'ai besoin d'aller ailleurs, de quitter l'Italie. Ce billet de train va changer ma vie. Il peut me conduire dans une autre ville, loin de l'Italie et de ses mauvais souvenirs. J'y ai vécu avec ma sœur Alice un certain temps, on s'est reconstruite dans ce pays. On a pris nos repères. Vivre comme deux jeunes filles normales a été bénéfique. Pourtant, j'ai l'impression d'avoir perdu tout le bénéfice. La réalité me frappe le visage, comme une gifle dont je vais garder la trace à vie. Encore une. Je regarde mon billet de train jusqu'à Paris. Aller en France mais encore ? Je n'ai même pas envie d'y rester. Que ferais-je ensuite ? Autant m'installer à Paris quelques temps. Ce sera comme des vacances pour préparer mon voyage aux États-Unis. Pourquoi pas. Cela retarde encore mes chances de retrouver ma sœur. Une prise de conscience qui ne peut m'apporter que du positif. Dans mon cas, difficile de tomber plus bas. Je n'ai plus envie d'être déçue. Je ne veux plus perdre quelqu'un ou quelque chose.

Mon regard se porte vers le ciel étoilé. C'est dans un moment comme celui-ci que je tenais un bébé de trois mois dans les bras et que je lui ai trouvé son prénom en quelques minutes. Les semaines ont passé, les mois sont passés et nos liens sont devenus évidents. J'ai pris soin de ce bébé. Jusqu'à ses un an, un an sans contraintes particulières. Céleste a contracté une fièvre qui n'a pas diminué, elle toussait. J'étais désespérée. Son bien-être est devenue ma priorité. Il fallait que je l'amène dans ce dispensaire au centre ville de là où je me trouve encore actuellement. Je n'ai pas eu le choix que de laisser Céleste entre les mains du médecin. Je me suis éloignée d'elle après qu'on m'ait annoncé sa pneumonie. Sans médicaments, ses jours étaient comptés. Et la voir partir dans les bras d'une autre personne est difficile. J'ai pris soin d'elle pendant un an. Je me retrouve ici, dans cette forêt. À méditer à je ne sais quoi. Le bonheur qui m'a suivit jusqu'à présent avec Céleste s'est envolé. Il s'est envolé en quelques secondes. Il était éphémère. Cela me fend le cœur. Je veux oublier cette situation. Tout recommencer à zéro afin de reprendre le cours d'une vie classique. La vie ne doit pas être comme ça. Elle est déjà assez compliquée pour se laisser aller. On mérité quelque chose de positif. On mérite d'aller bien. Céleste mérite tout l'or du monde. L'abandonner en ne sachant pas comment la revoir me rend triste et malade. Elle me manque. Les images de Céleste qui pleure me hantent l'esprit. Elle ne doit pas souffrir. J'espère que son état de santé s'est amélioré et qu'à présent, elle coule des jours heureux au sein d'un foyer aimant.

Je marche dans la forêt toute la nuit telle une âme en peine.

C'est bien ce que je suis.

Une créature de la nuit dangereuse.

Une créature de la nuit inoubliable pour celui qui la croise sur son chemin.

Je me retrouve dans une sorte de clairière. Il commence à faire jour.

Mes membres ne veulent pas bouger. Je me sens comme prisonnière de cette forêt. Elle va m'engloutir. Je me sens déjà mal, au point d'étouffer. Ma respiration devient plus rapide. Mes mains tremblent un peu et j'ignore la raison. Je me fais des films. Mes flashbacks se percutent dans la tête et mes souvenirs se mélangent. Cela ne présage rien de bon. Des gouttes de sueur perlent mon front, ce n'est pas bon signe non plus et je ne sais absolument pas quoi faire. Des images défilent devant mes yeux. Alice. Moi. Nos aventures à Rome et à Florence. Mes aventures à Venise. Élise. Céleste. Ma rétrospective de ces dernières années, pour ne pas dire quasiment dernier siècle défile sous mes yeux. Des images impossibles à oublier. Mais ce qui m'étonne n'est pas le fait de revoir tout ça, c'est aussi ce fameux visage que je n'ai pas réellement oublié. Une tête blonde au visage agréable à regarder.

Une branche qui craque. Quelqu'un d'autre que moi est dans les parages. Et je suis incapable de faire quoi que ce soit si jamais il s'agit d'un vampire qui me veut du mal ou d'un humain qui risque de me dévoiler aux yeux des humains. C'est vraiment la chose qui m'angoisse et dont je n'ai pas besoin. Au quel cas, il le paiera cher. Je ne veux pas me montrer violente, pas comme le monstre que j'ai été 88 ans plus tôt. J'ai changé depuis. Ma nature vampirique ne doit en aucune manière être révélée au grand jour. Les conséquences seraient grandes. Et si je veux récupérer Céleste un jour, il faut que je passe pour une humaine. Et personne ne donnera un bébé à une créature de la nuit comme moi par exemple. Ce ne doit pas être un humain sinon j'aurai déjà entendu des cris résonner dans la forêt. Je ne sais pas qui est cette personne, elle me murmure des paroles rassurantes et je l'écoute. Elle ne semble pas effrayée. Mes yeux se ferment une seconde puis se rouvrent. La voix me berce. C'est agréable. La voix m'aide à m'allonger sur le sol. J'ai moins chaud. Le froid du sol me donne des frissons.

« Doucement » murmure la voix.

La voix me dit de rester allongée quelques secondes puis de m'asseoir. Ce que je fais. Je l'écoute. Une paire d'yeux or/miel me fait face, un visage doux et carré. Un teint très pâle et il a une odeur de chocolat. Il tente de murmurer son prénom mais je ne l'entends pas la première fois alors il le répète.

« Je m'appelle Edward ».

Je hoche la tête afin de lui faire comprendre que j'ai entendu ses paroles et que je les aient comprises. Il me sourit doucement, signe qu'il sait que je me calme un peu et que je suis réceptive.

« Les crises de panique sont rares chez les vampires » dit-il étonné.

Une crise de panique ? J'en ai déjà faite par le passé, à l'hôpital. Plusieurs même et Alice aussi. C'était horrible. Je me souviens d'elle allongée sur le sol de la salle de bain, à pleurer parce qu'elle a eu peur, de la sueur qui perlait son front. Je tentais de rester calme mais la voir souffrir me faisait mal. Je la calmais moi-même, préférant éviter l'intervention d'un infirmier.

« Comment va t-elle ? » demande une autre voix.

Le second visage me dit quelque chose, j'ai déjà vu cette personne auparavant. Ses yeux or/miel, son ton de voix grave mais rassurant. Il était devant ce fameux dispensaire. Céleste. Tout me revient à l'esprit, comme un flash. Mes flashbacks. C'est le médecin que j'ai vu lorsque j'ai amené Céleste à ce fameux dispensaire un an plus tard, elle n'avait qu'un an. Les larmes me montent aux yeux et repenser à ce jour me fend le cœur. De toute façon, mon cœur ne supporte pas la séparation, je me morfonds depuis des heures dans cette forêt et je ne sais pas quand ça ira mieux

« Alice ? ».

Les deux paires d'yeux se fixent sur moi. Ils sont surprit. J'en conclue rapidement qu'il connaisse ce prénom. Soit c'est le destin soit j'ai une chance incroyable de retrouver ma sœur qui me manque depuis des années. J'aurai dû mettre en œuvre un plan, une idée au moins pour tenter de la retrouver et reprendre contact. Seulement je ne l'ai pas fait et je le regrette. Je n'ai pas le temps de me morfondre sinon je vais faire une seconde crise de panique. Vaut mieux éviter ça. Edward reporte son regard sur le médecin. De mémoire, il s'agit de Carlisle. C'est la première fois qu'on me porte de l'intérêt et que l'on est bienveillant avec moi. C'est le premier mot qui sort de ma bouche. Mon inconscient est surprenant. J'ai envie d'en savoir davantage alors je prononce une nouvelle fois son prénom.

« Où es Alice ? » dis-je une nouvelle fois.

« À la maison » dit Edward avant de relever la tête surpris. « Attends, tu connais Alice ? ».

J'acquiesce pour répondre à sa question. Oui Edward, Alice est ma sœur. Je ne sais pas si elle a déjà parlé de moi. Je suis à sa recherche depuis longtemps. On a vécu des épreuves ensemble, je ne sais pas si elle t'as raconté notre histoire. Je suppose que oui. Elle me manque énormément. Il est vraiment surpris de ma réponse positive. Il a donc des informations. Il peut m'en dire plus sur Alice. J'ai envie de le prendre dans mes bras et de le remercier mais il va se poser des questions. Je ne veux pas qu'il ait peur de moi. Alors je me résous à ne rien faire. Edward m'aide à me relever mais une grimace se fige sur mon visage. Je ne ressens pas de douleur particulière, sauf au bras. Une coupure. Je me demande d'où elle vient. Je ne me souviens pas m'être coupée. Des gouttes de sang perlent mon bras. Il ne manquait plus que ça. Carlisle examine la blessure et heureusement ce n'est pas grand chose. Et ma tête se met à tourner. Je ne comprends pas ce qu'il m'arrive. Mes yeux se ferment.

« Regarde son bras » me dit Carlisle.

Je n'entends plus rien. Je suis plongée dans le noir complet et personne ne peut m'aider. Je suis vulnérable, destinée à subir. Seuls les deux jeunes hommes qui m'ont aidé peuvent faire quelque chose. Chose étrange est que je ne panique pas. De ce fait, je suis pas capable de me défendre ni de crier alors autant laisser le destin ou je ne sais quoi faire son travail. Drôle de sensation que d'être dans un autre monde, un endroit plus tranquille que la réalité. Ici, on ne se préoccupe de rien. On ne vit plus rien. On plane. La noirceur m'accueille, m'embrasse délicatement. Je ne sais pas si j'existe encore, au sens physique du terme. C'est comme si mon heure est arrivée. Une sorte de second décès. Je n'aime pas. Je n'ai pas assez accompli de choses dans ma vie. J'ai encore Céleste à récupérer lorsque ce sera possible. Je n'ai pas commencé mes études, passer un diplôme m'a traversé l'esprit. J'ai travaillé comme couturière mais aller à l'école est concret, je pourrais être comme des millions de jeunes filles.

C'est donc quelques heures plus tard que je me réveille sur quelque chose de moelleux et de confortable. Mes yeux s'habituent à la lumière naturelle plus vite que je ne le pensais. Sentir de nouveau les sensations sur mon corps est agréable, je sens la douceur de l'oreiller contre mes cheveux. À côté de moi se trouve deux autres lits. Les murs et le sol sont de la même couleur clair, la lumière traverse la chambre. Je suppose que je suis dans un hôtel. Dans une grande chambre d'hôtel puisque je ne dois pas être seule ici.

Edward est assis à une chaise, les yeux clos. Il semble endormi, apaisé et loin de tout. Sauf que je sais que les vampires ne dorment pas. Le lit se met à grincer un peu du fait que je change de position pour m'asseoir. Mes sens sont toujours en alerte je n'ai rien perdu de mes facultés. Une chance. Cela me fait sourire. J'ai eu peur qu'il arrive quelque chose de grave et de ne plus avoir la possibilité de revoir ma sœur et Céleste. Une paire d'yeux me regarde, c'est Edward. Je lui souris par politesse pour lui dire que tout va bien.

« Excuse-moi, je n'aurais pas dû... Comment tu vas ? ».

« Bien merci » dis-je doucement.

Edward se comporte comme un grand frère protecteur. Son attitude m'apaise. Il est vrai que sans son intention, je ne sais pas ce qui serait arrivé. Je n'ose pas pleurer devant lui. Il m'a sauvé la vie sans me connaître et je le suis redevable. Il me semble attentif. Son regard dérive sur mon bras. Je ne sentais plus là douleur durant ma sieste. Étrange phénomène que je ne peux pas expliquer.

« Que s'est-il passé ? ».

« Tu veux vraiment le savoir ? Carlisle et moi chassions dans le coin et on a été attiré par un bruit lorsque nous t'avons vu allongée sur le sol, il nous a été évident de t'aider ».

« Une chance que vous étiez là ».

« À présent que tu es reposée, si tu veux bien Carlisle va regarder ton bras ».

Je hoche la tête et pars avec Edward dans une autre pièce. Il y a un sac contenant des ustensiles de chirurgie, du coton, des produits désinfectants. Tout le nécessaire d'une trousse premiers secours.

« Bonjour, bien dormi ? » plaisante Carlisle.

« Les vampires ne dorment pas » rit Edward.

Carlisle a des yeux identiques à ceux d'Edward. Ils semblent de la même famille. Et en effet, Edward m'explique avoir été adopté par le vampire qui est en face de moi. Ils sont soudés et attentionnés l'un envers l'autre. Je regarde Carlisle qui m'indique de m'asseoir mais je préfère restée debout. Il manipule mon bras délicatement, je ne sens même pas ses doigts sur ma peu. Je suis surprise de ne sentir aucune douleur. Je pense que comprendre serait inutile.

« Tu es immunisée contre la douleur ? ».

« Je ne ressens rien, vous avez des doigts de fée » dis-je en comprenant que ça relève du miracle.

Il continue de faire passer le fil doucement avec délicatesse. Il me promet qu'il n'y aura pas de séquelles. Tant mieux. Edward regarde les gestes du jeune médecin avec attention. Il est appuyé contre l'encadrement de la porte de la salle de bain. Parfois il affiche un air sérieux et plus détendu quelques secondes plus tard. Je me demande alors ce qu'il lui passe par la tête.

« Je m'appelle Aurore » réussis-je enfin à dire.

Mon regard se perd une minute puis se repose sur Carlisle. Je n'espère pas spécialement de réponse. Et ma phrase sort d'un coup. Je n'ai rien prévu mais il fallait que je dise quelque chose. Me présenter est la moindre des choses lorsque je rencontre quelqu'un. Carlisle a des yeux vraiment beaux, un visage pâle comme son fils adoptif.

« Je suis Carlisle et voici mon fils Edward ».

« Comment as-tu été adopté ? » demandais-je.

« Carlisle m'a sauvé alors que je succombais à la grippe espagnole. Sans son intervention, la vie ne m'aurait pas accordé une seconde chance » sourit-il doucement.

« Tu étais trop jeune pour mourir » dit le jeune médecin.

« C'est une histoire qui finit bien » dis-je.

« C'est ce que l'on dit ».

« Tu connais Alice ? » intervient Edward.

« C'est ma sœur » dis-je naturellement.

Ils me regardent encore plus surpris que la première fois. J'en conclue qu'ils savent quelque chose. Et je veux savoir. J'ai le droit, non ? Alice est ma sœur, notre séparation a suffisamment duré. Ils ne savent peut-être pas par où commencer ?

« Il est temps ? » demande Edward à son père adoptif.

« Je pense que oui ».

Carlisle s'assoit près de moi après avoir terminé avec mon bras.

« Alice est ta sœur ? ».

« Oui, biologique » précisais-je.

« Tout s'explique » intervient Edward.

J'ai touché un point sensible. Ils sont au courant de mon histoire s'ils connaissent Alice.

« Comment va t-elle ? » demandais-je.

« Bien mais je pense que tu dois lui poser la question directement ».

« Et si elle ne veut pas me voir ? ».

« Elle nous parle de toi tous les jours ».

Ces mots me font vraiment plaisir. Je ne m'y attendais pas. Alice est donc en vie, en sécurité dans un foyer aimant et chaleureux. L'entendre me conforte dans le fait que je veux la voir. La situation change du tout au tout et dans le bon sens. Les mots me manquent. Ce que je ressens enfin est de l'espoir, chose qui ne faisait plus partie de mon vocabulaire depuis longtemps. Je regarde Edward en souriant avant de me jeter dans ses bras pour le remercier. Des sanglots m'échappent sans m'en rendre compte mais je m'en fiche. Il m'a raconté comment elle était. D'après ses propos elle n'a pas changé. Edward ne ressert pas mon étreinte, je devine qu'il est surpris de mon câlin spontané mais j'en ai eu besoin. Je sens son odeur de chocolat. Edward frotte mon dos de façon à apaiser mes sanglots. Le geste est tendre et agréable. Je me calme un peu plus mais je me sens bien. Je n'ai pas pris quelqu'un dans mes bras depuis longtemps. Et la sensation de sécurité est agréable mais je ne veux pas abuser ni faire peur à Edward alors je me recule un peu.

« Alice te ressemble » dit Carlisle. « La même forme de visage, les mêmes mimiques parfois ».

« C'est incroyable que je sois tombée sur vous ».

C'est vrai que sans eux, j'aurai continué à errer seule.

« Il faut que je vous raconte mon histoire » dis-je en les regardant.

C'est alors que je commence mon récit. Mon arrivée dans cet horrible hôpital avec Alice. Je suppose qu'elle a raconté cette partie là de l'histoire.

« Ceci dit, je tiens à dire que les méthodes utilisées sont loin d'être éthiques. J'ai eu si peur. Autant pour elle que pour moi et pour les autres patients de l'établissement. On nous a volé notre enfance et notre adolescence. On a rien vécu. Le jour où l'on s'est enfuie, on a été poursuivie par James, un vampire qui traque ses victimes jusqu'au bout. Il n'abandonne pas. Alice et moi avons fuit en Italie précisément à Rome, première étape de notre voyage. Nous y avons vécu de bons moments. Nous y avons vécu 85 ans avant d'aller à Florence. Une ville dans laquelle j'ai mis mes compétences couturière en pratique en allant apprendre dans des maisons de couture. Cette période a été incroyable. Je lui raconte les premières visions de ma sœur au sujet d'un dénommé Jasper. À Florence, les visions le concernant se sont relevées être pleine de sens pour elle et elle parlait de lui au futur alors j'ai compris. Ensuite, nous nous sommes rendues à une fête, toujours à Florence. La fête ne s'est pas déroulée comme prévue. Il a fallut que James retrouve notre piste. Un bain de sang. James a assassiné tous les invités de la fête et en rentrant chez nous, un message sur le miroir de la salle de bain nous attendait. C'est ce soir là que la décision de nous séparer s'est prise ».

Je reprends mon souffle. Les larmes perlent le coin de mes yeux. Carlisle est soufflé au sujet de mes derniers mots.

« La course poursuite avec James s'est faite. Ma sœur a pris la fuite de son côté mais je n'ai aucune idée de la destination. De mon côté, je suis partie à Venise. J'ai trouvé refuse dans une Maison close ».

Le regard d'Edward est étrange, il lève un sourcil et Carlisle lui fait signe de me laisser continuer le récit. Carlisle ne me juge pas. Je ne peux pas en vouloir à Edward. À sa place, je me serais posée la même question. J'ai évoqué ma rencontre avec Élise, une des filles de la Maison close.

« Une jeune fille incroyable. Elle m'a beaucoup apporté. Elle m'a notamment aidé à m'assumer, à aimer davantage la personne que je suis devenue. Mais un soir, elle m'a amené dans un bal et tout à changé. J'ai non seulement revue la silhouette que j'ai vu avec ma sœur un soir à Rome. Un dénommé Jasper comme je l'ai dit un peu plus tôt mais une autre personne, ressemblante à Jasper. Physiquement, on devine que ce sont des frères biologiques. Ils ont les cheveux bouclés, de beaux yeux ambres et un visage rassurant. Et mes flashbacks le concernant ont presque hanté mon esprit. Ce fut une sensation étrange et particulière mais toute de même agréable ».

« Je suis restée une année dans cette Maison close. J'y ai travaillé en tant que couturière. Et un soir, James a de nouveau retrouvé ma trace. Je m'en suis voulu pendant des mois parce que c'est à cause de moi si toutes les filles ont finit dans un bain de sang. J'ai fui. Encore. Élise a fui. James m'a assommé et je suis restée consciente deux heures peut-être. En me réveillant dans la chambre, tout était en désordre et il n'y avait plus personne au sein de la Maison close. C'était effrayant. J'ai senti une odeur nouvelle lorsque j'ai gagné l'extérieur de l'établissement. Une odeur agréable. Une odeur qui rend fou chaque vampire présent dans les parages et ce fut le cas, j'ai suivi l'odeur en question jusqu'à ce que je la retrouve. Il s'agissait d'une odeur de bébé. Un bébé. Quelle est la probabilité pour que je sois en face d'un bébé ? Très faible ».

« James était face à Élise ».

Je fais une pause dans mon récit. Mon regard se porte vers le plafond. Je ressens le besoin de me lever, de faire quelques pas dans la chambre. Carlisle et Edward ne semblent pas deviner tout de suite les raisons de mon trouble. Je n'ai pas parlé de cette histoire à qui que ce soit. Personne n'est au courant et en parler me procure une sensation étrange. Je ne peux pas accorder ma confiance à beaucoup de gens. Il faut pourtant que je m'ouvre un peu. Ils m'ont aidé. Ils ont su prendre soin de moi jusqu'à présent.

« Si tu souhaites arrêter pour aujourd'hui » me suggère Carlisle.

Ses paroles ont une résonance particulière dans mon esprit.

« Élise était comme une sœur. Lorsque James a porté le coup fatal sur elle. J'ai vu dans son regard une sorte d'apaisement. Étrange d'ailleurs. Ce genre de moment est supposé être effrayant. J'ai pris une branche qui a transpercé le cœur de James. Il est tombé au sol et j'ai brûlé son corps en faisant un feu. Élise est partie. Je l'ai brûlée à son tour. Avant, elle m'a fait jurer de m'occuper du bébé qu'elle a trouvé. J'ai tenu parole. Je me suis retrouvée avec un bébé de trois mois dans les bras. Drôle de situation pour moi. Me confronter à la maternité en quelque sorte fut nouveau. J'ai choisi un prénom à ce bébé, en trois minutes ».

Ce détail me fait sourire.

« En trois minutes, ce bébé a eu une identité. J'ai pris soin de ce petit être au parfum irrésistible comme une mère le ferait. J'ai pris ce rôle à cœur. Pour une fois dans ma vie, je me suis sentie utile. C'est un sentiment incroyable. Mais le bonheur n'a duré qu'un an. Céleste a eu un souci de santé ».

Je sens de nouveau ma gorge se nouer. Courage Aurore, il ne reste plus grand chose à raconter.

« Céleste a eu une pneumonie. Il lui fallait des médicaments sinon ses jours seraient comptés. J'ai dû la laisser entre les mains d'un médecin en espérant, en priant qu'il prenne soin d'elle. Je suppose qu'elle a dû être adoptée, dans une famille aimante. Si vous aviez vu son visage, les cheveux blonds et fins, des yeux verts incroyables et un visage adorable. Elle me manque. Ensuite, je suis partie et notre rencontre s'est faite ».

« Tu es une jeune femme courageuse » me dit Carlisle.

« Incroyable » ajoute Edward.