Playlist

« Till the sun comes up » Gavin James

« Take my hand » Picture This

« Under the Bridge » Red hot chili Peppers

« Ho hey » The Luminers

« Sweet creature » Harry Styles

« Someone new » Hozier

Chapitre n°11

Point de vue d'Aurore

Je regarde Edward s'éloigner un peu plus loin, passer un coup de fils à quelqu'un. Carlisle me regarde toujours de ses yeux ambres. Je me demande ce qu'il pense. Qu'est-ce qu'il va se passer ensuite ? Vont-ils partir et me laisser dans cette ville ? Que ferais-je après leur départ ? Sans eux, je n'ai plus personne. Ce sont mes sauveurs. Le vampire aux yeux ambres me sourit poliment.

« On va devoir rentrer à la maison. Nous sommes un clan de neuf personnes. Moi et ma femme avons adopté plusieurs enfants et si tu le souhaites faire partie de notre famille, ce sera avec plaisir. Tu es la sœur d'Alice, elle parle de toi tous les jours. C'est comme tu le souhaites. ».

« Je ne m'attendais pas à une telle proposition » dis-je étonnée.

On se connait peu mais c'est une proposition inattendue pour moi. Je suis solitaire et faire partie d'une aussi grande famille me fait un peu peur, peur de l'inconnu mais je serais heureuse de revoir Alice. Elle me manque tellement. Et aussi, j'ai une curiosité énorme à rencontrer son fameux Jasper. Et tant qu'à faire, mettre un prénom sur le visage de son frère pour lequel, je suis intriguée et je suis impatiente de le connaitre car Alice en était déjà persuadée à l'époque, lui et moi allions finir par être en couple. Ce n'est pas poli de répondre. Je me sens un peu gênée face à une telle annonce. Pour moi, cela signifie faire partie d'une famille et non d'un clan, partager des moments simples. C'est quelque chose que je ne connais pas. Hormis mon année passée à la Maison close, je n'ai jamais vécu avec plusieurs personnes.

« Il se trouve que j'ai loué un logement dans la ville où vous vivez » dis-je pour ne pas faire croire que je m'en fiche.

« Oh ? ».

Ce qui est un mensonge. Je n'ai rien loué du tout. Comment j'aurais pu le faire. Je n'ai pas quitté l'Italie et à part répondre à une annonce dans le journal pour ce type de démarches, je ne peux rien faire d'autres. Mentir n'est pas bien. Je culpabilise déjà. Mentir à ce jeune médecin qui m'a sauvé la vie en plus. Je devrais avoir honte. J'ai honte.

« Mais je vais m'arranger pour résilier le bail rapidement, à la fin du premier mois » dis-je et Carlisle sourit de nouveau, comme soulagé.

Il va falloir l'admettre, je n'ai d'autre choix que de chercher un logement dans les journaux. Qu'est-ce qui m'a pris d'inventer ce mensonge ?

Je regarde maintenant dans le vide afin de ne pas montrer ma gêne. Raté.

« J'ai eu Emmet au téléphone, il est ravie de rencontrer la nouvelle venue dans la famille » sourit Edouard.

« Merci Edward, je ne sais plus quoi dire ».

« Aucune pression ».

Nous sortons tous les trois chasser. Ces derniers temps, je n'ai pas pris la peine de me nourrir. De plus, prendre l'air ne me fera pas de mal. Voir le monde extérieur est plus intéressant que le plafond d'une chambre d'hôtel, que j'ai un peu trop fréquenté d'ailleurs. Je parle des chambres d'hôtel. La vie est pleine de surprise. Il y a peu, je déprimais seule car Céleste m'a été enlevé et je sais que c'est pour son bien. Elle devait absolument être soignée. Mais je me retrouve seule, sans personne car Élise n'est plus là non plus. Sa présence me manque. J'en ai un peu discuté avec Edward. Il a un rôle de grand frère avec moi. C'est appréciable. Il m'a expliqué qu'il rentre avec Carlisle aux Etats-Unis dans deux jours. J'ai donc quarante huit heures pour réfléchir. C'est peu. Au fond de ma conscience, ma décision est prise mais je n'en suis pas encore à me faire à l'idée qu'une vie de famille m'attend.

La partie de chasse commence bien, Edward attrape une première proie suivit de Carlisle qui en trouve une deux minutes plus tard. Il ne reste que moi. Aucune ne semble coopérer avec moi aujourd'hui mais j'en repère une qui m'échappe de justesse. Mon regard se porte sur une seconde proie qui elle n'échappe pas à mes crocs. La soif m'obsédait presque. Son liquide vitale coule à présent dans ma gorge et la sensation de bien-être est incroyable. Boire me fait du bien. J'ai négligé mon alimentation ces derniers temps. Je me mets ensuite en chasse d'une autre proie. Même scénario, elle m'échappe de justesse mais je réussi à la rattraper. Avec l'aide d'Edward je l'accorde. Il rit de son exploit. J'attrape la proie en question et savoir son liquide vitale. Je m'excuse toujours après avoir consommé l'hémoglobine d'un animal.

Une fois satisfaite, je me relève doucement. Carlisle appelle Edward qui arrive aussitôt à ses côtés. Ils se regardent mais ne parlent pas. Je suppose qu'ils se disent quelque chose. Je ne dis rien pour ne pas les déranger. Edward veut éclater de rire mais se retient. Je ne comprends toujours pas la situation. Ai-je fais quelque chose de drôle ? Ou dis quelque chose de drôle ? Je n'en ai pas le souvenir alors je reporte mon regard sur mes pieds et le sol. Le regard de Carlisle change et redevient sérieux. Cela m'inquiète un peu.

« On devrait rentrer ».

Sans autre explication, je les suit jusqu'à l'hôtel. Sur le chemin, ils continuent de ne rien dire. Pas oralement en tout cas, je suis sûre qu'ils communiquent entre eux par la pensée. Je n'arrive pas à suivre la conversation car Edward parle vite et je n'arrive pas à suivre. Il parle italien, je comprends des bribes de mots. Celui de « Maison close » revient. Ce mot me bloque sur place. Il a un sens pour moi. J'ai quand même passé un an dans un établissement, sans rien faire de mal je le promets. Y penser me fend le coeur parce que j'y ai tout de même rencontré des filles géniales et l'une est devenue ma meilleure amie, pour ne pas dire une soeur. Sa présence m'a aidé lorsque Alice est partie. Ça a été des moments difficiles. Alors, je ne regrette pas forcément mon année passée à leur côté. Il ne faut pas croire les non dits et les idées non fondées sur ce type d'établissement. Et je ne veux pas être jugée une nouvelle fois. Je pensais qu'Edward était différent des autres et je commençais à l'apprécier. Sauf que je me suis trompée. Je souhaite faire erreur. Je ne veux pas le croire. J'ai décidé d'avancer quand même et une fois à l'hôtel, je m'enfermerais dans ma chambre sans leur adresser un mot. J'accélère le pas pour montrer mon changement d'humeur. Ce n'est pas passé inaperçue aux yeux d'Edward qui d'un échange de regard avec son père adoptif.

Je ne suis pas une mauvaise personne. J'ai trouvé refuge dans une Maison close mais je ne suis pas... je n'ai pas vendu ma personne. Et le regard des gens est assez lourd pour moi pour en rajouter. Je ne le revendique pas non plus, cette parenthèse fait partie de ma vie. Rien ne peut y changer. Carlisle fait signe à Edward que ces mots ont dû dépasser sa pensée alors, il s'approche de moi. Par instinct, je recule d'un pas. Mal à l'aise, je croise aussi les bras.

« Pardon » commence par dire Edward. « Je ne le pensais pas, pas du tout ».

« Je n'ai pas vendu mon corps si c'est ta question » dis-je sur la défensive.

Irritée, voilà mon humeur. Edward tente une nouvelle fois de s'avancer un peu mais je n'y prête pas attention et pars dans une autre direction. Le connaissant, il ne laissera pas la situation s'aggraver. Alors je cours dans la forêt, seule. Personne ne me suit. Le vent me frappe le visage et les larmes menacent de couler le long de mes joues. Je ne vais pas le laisser avec des jugements hâtifs. Je m'arrête à une clairière où une rivière coule à proximité. Je m'installe sur l'herbe. Les sons de la nature me parviennent, plus amplifiés. J'ai oublié la sensation que ça fait, écouter l'environnement. Dans un endroit comme celui-ci, rien ne perturbera cette journée.

« Aurore ? ».

La voix d'Edward. Jamais je ne peux être tranquille.

« Tu es là » dit-il en surgissant. « Je n'aurai pas dû le dire, pardon ».

« Je parle italien, j'ai compris tes propos ».

Il me regarde intrigué avant de se rappeler que j'ai passé pas mal d'années en Italie et que je connais la langue. De tout façon, il a couru pour me retrouver et s'excuser alors je peux au moins lui accorder la parole.

« Cette année là fait partie de ta vie, je n'aurai pas dû te juger et je m'en excuse. Tu nous a raconté ton histoire et je suis désolé. Désolé que tu aies eu autant de peine. Ce n'était pas mon intention ».

« Raconte moi la tienne et on sera quitte ».

« Tu veux tout savoir ? » me demande t-il étonné par ma question.

« Oui ».

« Je suis né le 20 juin 1920 à Chicago. J'y ai grandi toute mon enfance et mon adolescence avec mes parents, je n'ai pas de frère et sœur. Je ne connais pas encore le lien fraternel à l'époque. À mes dix-huit ans, la grippe espagnol a ravagé la ville de Chicago. J'étais en train de succomber à l'épidémie qui se répandait comme une trainée de poudre. La fièvre refusait de descendre depuis des jours, des frissons ont parcouru mon corps et des hallucinations ont commencé à prendre possession de mon esprit, jusqu'à m'en rendre fou certaines nuits. Le médecin qui s'occupait de mon cas s'est posé des questions et m'a annoncé que mes jours étaient comptés. Un soir de l'année 1918, un jeune médecin, Carlisle a eu l'idée de me changer en créature de la nuit. Il a été attiré par l'odeur de mon sang, j'avais une blessure sur le bras à cause d'une piqure de prise de sang mal faite. Carlisle a pris la responsabilité de me sauver la vie et pour ça je lui en suis reconnaissant. Sans lui, je ne serais plus là depuis longtemps. Il m'a mordu au cou. La douleur était horrible, insupportable. Je savais que je pouvais mourir de façon plus rapide que la première à cause de la grippe. J'en étais conscient. Mais je ne pouvais pas agir. Carlisle a pu s'arrêter à temps et laisser le destin se charger de mon cas. À mon réveil, tout a changé. En commençant par mon apparence, mon comportement, mes paroles et ma perception des choses. ».

Je regarde Edward qui parle lentement, en faisant attention à ses propos. Il est attentif à mes réactions et je suis surprise qu'il se livre autant. Il ne semble pas encore satisfait de sa vie d'immortel. Il est reconnaissant envers Carlisle car il lui a sauvé la vie. Au début, il a eu des difficultés à l'accepter parce que la souffrance reprenait le dessus. Une fois transformé en vampire, on ne souffre plus. Nos maux sont guéris. C'est qu'une question de temps avant qu'ils ne surgissent à nouveau. La soif est le premier maux qui nous submerge et c'est sans doute le pire. La soif nous fait perdre le contrôle de nous-même, comme si l'ancien Nous n'existait plus du tout. On ne pense qu'à une seule chose, apaiser notre gorge qui brûle sans que l'on puisse faire quelque chose. On cherche une proie pour soulager notre douleur. Je le conçois.

Edward reprend son récit. Je l'encourage à continuer car la suite promet d'être riche en rebondissements et parler avec lui me calme.

« Tout est devenu plus simple. Mon regard était précis, je voyais très bien à plusieurs mètres, mon ouïe était développée à un point que je ne soupçonnais pas. Les émotions étaient plus compliquées à gérer puisque je ressentais tout de manière plus amplifiée que la norme. Carlisle est resté à mon chevet et m'a sourit. J'étais en vie. Au début, j'étais un peu euphorique mais en voyant mon reflet dans le miroir j'en ai voulu à Carlisle. Honte de moi. Honte de devenir une créature nocturne et dangereuse. Cela comportait de nouvelles règles à prendre en compte. Jusqu'au jour où j'ai compris que Carlisle m'a réellement donné une chance. J'ai eu la chance d'être en vie, sous une autre forme au fond mais en vie quand même. La souffrance que j'ai éprouvé avant de devenir une créature de la nuit s'est arrêtée mais la soif a pris le dessus. Alors j'ai culpabilisé des années. Mais lorsque je t'ai vu allongée hier sur le sol, j'ai repensé à tout ça. À moi, allongé sur ce lit d'hôpital en attendant que la mort vienne me chercher. Et l'idée de te laisser m'est devenu impensable. Il te fallait une autre chance alors j'ai demandé à Carlisle de m'aider à m'occuper de toi. J'ai deviné que tu étais un vampire, probablement de mon âge alors ça ma conforté dans l'idée de te sauver. Quelque part, tu aurais pu être ma sœur alors te laisser seule m'était inconcevable ».

« Tout à l'heure je l'ai jugée et je m'en veux. Je ne connais pas les Maison closes. Tu y as vécu un an là-bas, ce n'est pas rien et les mots ont dépassé ma pensée. Pardonne moi. Cela fait partie de ta vie mais pas ce que tu es. Je t'apprécie Aurore. Vraiment. Tu es une fille incroyable. Je te considère presque comme ma sœur. Étrange de dire ça alors que nous nous connaissons à peine. Je regrette que tu aies dû laisser ton bébé entre les mains d'inconnus, même si c'était pour une raison médicale. J'imagine que tu as pu penser perdre une partie de toi. Le regard des autres a dû peser sur ta conscience mais je peux t'assurer que je n'aurais pas été aussi fort que toi. Tu as un courage, une audace folle et je suis certain que ta présence dans la famille serait appréciée, à commencer par Alice ».

En entendant le prénom de ma sœur, tout change. Il est vrai que sa présence à mes côtés me manque. Edward s'est excusé et m'a expliqué son histoire à son tour. Je m'en veux d'avoir mal réagit. Ses yeux sont noirs et son visage est inquiet. Je vois que les remords reviennent. Il ne doit pas en avoir. Ce n'est pas de sa faute. Il a vécu les aléas de la vie et à son époque, il a été confronté au pire. Chacun à son histoire. Et je ne peux pas le juger non plus. Il est vrai que mon passé dans cet établissement n'a rien de dénigrant puisque je n'ai rien fait.

« Merci » dis-je en me jetant dans ses bras.

Il est un peu surpris. Moi aussi. Mais j'ai eu besoin de le prendre dans mes bras. Edward est comme un grand frère. Étrange aussi de dire ça alors que l'on se connait peu. Mais je suis touchée qu'il me considère déjà comme sa sœur, c'est l'une des plus belles choses que l'on m'ait dite.

« À présent, on est quitte ? ».

« On est quitte ».

Nous marchons en silence jusqu'à retrouver Carlisle qui commençait à s'impatienter.

« J'espère que la situation est réglée ? ».

« Elle l'est ».

« Parfait ».

« Oh, nous repartons demain tu as réfléchis ? ».

« Oui » dis-je en souriant. « Je pars avec vous ».

« Excellent » dit Carlisle satisfait de ma réponse. « Tout le monde a hâte de te rencontrer ».

Voilà comment mon arrivée chez les Cullen s'est faite. Je suis intimidée. À vrai dire, je n'ai pas imaginé une seconde faire partie d'une famille. J'ai apprécié le fait qu'Edward se confie un peu. Il m'a dit s'être voulu de la seconde chance qui lui a été donné au début de sa vie en tant qu'immortel. Il a eu peur, ce que je comprends. Il ne pensait pas mériter cette chance, même si les conséquences ne sont pas faciles. Au contraire, il est reconnaissant de vivre encore. Sa convalescence a été horrible. Maintenant il renait. J'apprécie Edward pour sa bienveillance.

Avant de rentrer à la maison, j'ai demandé à Carlisle la permission de chasser avec Edward. J'ai envie de repérer les lieux. C'est un prétexte. Je suis morte de peur. Mes mains sont moites mais j'ai vraiment hâte de revoir Alice. Connaitre le reste de la famille aussi car Edward m'en a parlé. J'ai finalement renoncé à trouver un logement à proximité de la maison. C'est un mensonge stupide et il fallait y mettre fin. Je n'ai rien dit. Je respire profondément quand on s'approche de la maison. Une grande habitation, de grande baies vitrées. La maison est entourée par la forêt. La famille Cullen est tranquille, personne pour les regarder ni les déranger. Ils ont de la chance. Je me sens bien. Enveloppée dans un cocon familial. Un mince sourire se dessine sur mes lèvres. J'ai hâte d'entrer et de rencontrer le reste de la famille. Edward me sourit aussi. Je me sens soutenue. Nous continuons à marcher, toujours dans le silence. Edward reste le visage neutre tandis que sur le mien se dessine un mince sourire. Un sentiment agréable de légèreté. Je n'ai pas ressenti ça depuis un moment, probablement jamais pour être honnête. Difficile de l'admettre mais c'est vrai.

Un son me fait sursauter légèrement et je regarde Edward pour savoir si il a entendu la même chose que moi. Je fais mine de me cacher les yeux entre mes mains derrière Edward. Je ne suis pas prête à affronter un vampire en cas de danger. J'entends un rire. Ce n'est pas la voix du vampire devant moi. Je ne reconnais pas la voix, ce n'est pas Carlisle non plus. J'hésite. J'entends un autre rire. Ce n'est pas bon signe. Edward se retourne vers moi et écarte un de mes doigts pour que je puisse voir. Il remarque que je ferme aussi les yeux. Il enlève mes mains de façon délicate de mes yeux puis me demande de le regarder. Il m'assure que tout va bien, qu'il n'y a pas de danger. Mes yeux s'ouvrent doucement et je suis surprise de constater que Carlisle se tient près de son fils adoptif, un sourire au coin des lèvres. Je ne comprends rien à la situation.

« Aurore est avec nous ».

C'est en ouvrant les yeux que je comprends. Une paire d'yeux marrons chocolats que je connais très bien se trouve face à moi. Une jeune femme aux cheveux courts, noirs de jais, petite, élégante et un sourire orne son visage doux de porcelaine. Elle me regarde surprise. Enfin, je ne sais pas car elle voit l'avenir. C'est elle qui est au courant des choses avant tout le monde, pas moi. Je ne l'ai pas revu depuis si longtemps. Dès qu'elle a disparu de la circulation, contre notre gré il faut le souligner à cause de James, je me suis jurée de la retrouver. Je voulais la revoir. Ma sœur est mon pilier depuis l'enfance. Lorsque l'on s'est quittée, je ne me souviens pas l'avoir embrassée ou serrée dans mes bras. On a dû partir chacune de notre côté vers une destination inconnue pour nous. Nous nous séparions pour une durée indéterminée. Restait juste à savoir quand allions nous nous revoir. Et ce souvenir me fend le cœur. Ma sœur est en face de moi.

Je compte sur une prise de parole d'Edward mais visiblement, il reste silencieux.

« Aurore ? ».

Mon prénom. Elle n'a pas oublié mon prénom. Je ne sais pas quoi faire. Si je sais quoi faire. Je ne rêve que d'une seule chose, me précipiter dans ses bras et la serrer le plus fort possible. Physiquement, elle n'a pas changé tant que ça. Elle est plus rayonnante. Elle teint un bouquet de fleurs sauvages à la main, relié avec une ficelle. Alice me regarde toujours, de ses yeux couleur ambre. J'ai l'impression qu'ils changent de couleur selon la lumière. Je me demande bien pourquoi est-ce que je me précipite pas dans ses bras. La question ne devrait pas se poser. Tout se mélange dans ma tête. Je regarde Edward qui me soutien du regard. J'ai envie de lui demander s'il le savait, s'il était au courant depuis le début mais je ne dis rien.

« Alice » murmurais-je.

Son sourire m'a vraiment manqué. Son rire aussi. D'autres paires d'yeux me regardent. Je me sens un peu gênée parce que je ne sais pas quoi dire de plus. Je présume que ce sont les enfants adoptifs de Carlisle. Wha. Je culpabilise déjà en apercevant une magnifique jeune femme blonde aux côtés d'un grand jeune homme aux cheveux bruns à la carrure impressionnante. Je ne suis pas grande, un peu plus qu'Alice, nos formes du visages se ressemblent. Ses cheveux sont noirs et les miens blonds. Hormis ça, elle a une joie de vivre contagieuse.

« Bonjour » me dit une femme qui se tient aux côtés de Carlisle. « Je m'appelle Esmée. Tu dois être la sœur d'Alice ? ».

« Bonjour, je suis Aurore » dis-je en la regardant.

« Vous vous ressemblez » murmure le jeune homme que j'ai vu en premier « Je m'appelle Emmet ».

« Nous avions hâte de te rencontrer » ajoute Esmée.

« Toute la famille est là ? » demande Edward en riant.

« Il manque Bella, Jasper et Matt » répond Alice.

« Ah oui, ils sont en voyage scolaire, j'ai oublié ».

« Comme si quatre blonds ne suffisaient pas dans la famille. Je suis Rosalie ».

« Carlisle, Rosalie, Jasper et Matthéo sont blonds » intervient Edward pour que je comprenne. « Tu es la quatrième personne de la famille ».

Un « oh » d'étonnement m'échappe ainsi qu'un petit rire suivi d'Emmet qui sourit sous le regard de Rosalie. Le reste de la famille a les cheveux châtain sauf Emmet qui est brun. Je me sens toute petite. Cette famille est accueillante et chaleureuse, je m'y sens bien. Ma sœur me prend dans ses bras sans demander quoique ce soit et des sanglots s'échappent de sa bouche. C'est spontané. C'est ce que j'espérais depuis le début que notre conversation. Je ferme les yeux une seconde et ressert mon étreinte autour d'elle. J'ai l'impression de m'accrocher à elle car les années ont passé mais pas notre lien fraternel. La retrouver est inespéré. J'ai failli arrêté d'y croire à un moment.

« Je l'ai vu tellement de fois » dit-elle en m'embrassant le front avant de resserrer son étreinte.

Toutes les fois où j'ai espéré, toutes les fois où je me suis demandée comment Alice se portait, si elle était heureuse ou triste, où se trouvait-elle dans le monde, que faisait-elle ? Tant de questions sans aucune réponse. Des sanglots s'échappent de ma bouche. Je ne peux plus les retenir. Elle m'a beaucoup manqué. Maintenant, je me sens entière. Tout est finit, on peut laisser le passer derrière nous. On peut penser à nous. Nous sommes toujours dans les bras l'une de l'autre. Elle me regarde un peu et sourit au bout d'une très longue minute et m'entraine vers la maison. Sur les quelques mètres, elle ne me quitte pas du regard.

« Oh je leur ai dit de faire attention » rit-il en ouvrant la porte d'entrée de la maison.

En entrant dans la maison, mon regard s'attarde sur une banderole, « Bienvenue à la maison » et je devine l'écriture de la personne, une écriture délicate.

« Il fallait marquer le coup » s'exclame ma sœur. « J'ai organisé une fête demain soir ».

« Tu veux peut-être monter tes affaires ? » demande Edward.

« Ses affaires sont déjà dans sa chambre ».

« Tu as tout prévu ».

Je monte à l'étage suivi d'Alice qui me présente ma chambre située au fond du couloir. Toutes les chambres sont situées au premier étage, la moitié se trouve en haut de l'escalier et les autres à l'opposée dans une autre aile toujours au même étage. La mienne est à l'angle. Elle a une jolie baie vitrée et le paysage vert qui surplomb la chambre est captivant. La lumière du matin doit être magnifique. Je ne sais pas quoi dire, la vue parle d'elle-même.

Je me sens enveloppée d'une chaleur familiale et accueillante, un sentiment qui m'est inconnu jusqu'à présent et que je suis heureuse de connaitre. Dans le salon, nous sommes assis sur des canapés, fauteuils et chaises pour certains pour discuter. Carlisle tenait à me présenter comme la nouvelle venue dans la famille autour d'un verre. Il m'annonce aussi que tous ont fait des études, en ce moment ils sont scolarisés dans le lycée de la ville et qu'ensuite ce sera le moment de choisir une université. Au vu du nombre de diplômes affichés dans le cadre au-dessus de l'escalier, celui-ci est rempli et manque de place s'ils continuent d'obtenir des diplômes. Je me fait à l'idée d'être scolarisée au milieux d'humains. Je n'ai aucune idée de comment ça se passera. Ils sont soudés et peuvent m'aider à appréhender ma première année dans un lycée. Il faudra que je fasse attention à mon comportement vampirique. Mes déplacements doivent être beaucoup plus lents comparé à ceux des humains.

« Raconte nous ton histoire » intervient Rosalie.

Un échange de regard entre moi et Alice nous fait comprendre qu'il est peut-être temps de me jeter à l'eau. Je regarde Edward aussi. Il a fait preuve de confiance en me racontant la sienne.

« Je... ».

« Demain ? » répond Alice à ma place.

« Oui, excuse-moi » répond Rosalie. « Tu viens d'arriver, je suis un peu trop impatiente ».

« Ne t'excuse pas, je vous raconterai tout demain ».