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Chapitre n°12
Point de vue d'Aurore
J'ai trouvé une famille.
Une famille.
Je crois que je ne réalise pas tout à fait.
J'ai retrouvé ma sœur. Depuis tant d'années, elle était ici. Elle m'a tout raconté hier soir. Pour être honnête, je n'ai pas pu attendre plus longtemps. On avait beaucoup de choses à se dire. On y a passé toute la nuit. Une chance que les vampires ne dorment pas. Nous avons pu parler de tout et de rien, j'ai aussi appris ce qu'à fait ma sœur pendant ces années.
Parler m'a fait du bien. Au cours de la conversation, beaucoup de souvenirs sont revenus. J'ai dû mal à réaliser que nos aventures ont prit un autre tournant. Logique. Nous ne pouvions fuir toute notre existence. Il fallait que ça s'arrête. Et nous ne pouvions imaginer une meilleure fin que de faire partie d'une famille. Un foyer chaleureux. Cette perspective est incroyable. Dans mon cas, je ne la pensais pas possible avant longtemps. J'en ai rêvé avec Alice. Sa présence me fait du bien. Depuis le temps, nous n'avions pas réussi à nous revoir, à nous recontacter et ce n'était pas l'envie qui a manqué.
Ma sœur prend ma main dans la sienne et voit toutes les images défiler dans son esprit. J'ai hésité à dire oui. D'une part, ce sont des souvenirs douloureux pour certains et les remémorer n'est pas la meilleure chose pour arriver dans la vie d'Alice à nouveau. Mais elle a insisté et je ne pouvais pas le lui refuser. Elle voit en premier notre séjour à l'hôpital. Les douloureux souvenirs lui reviennent en mémoire. Notre fuite à Rome pour échapper à James, notre voyage en direction d'une autre ville italienne Florence où nous avons vécu de belles années. Des années dans la dolce Vita. Nous avons profité du soleil de Florence, de ses rues atypiques et de notre jeunesse au fond. Le moment de notre douloureuse séparation où nous prenions un chemin différent sans être consciente de ce qu'il se passera pour chacune de nous après. Elle se remémore ces souvenirs. Elle découvre ensuite le reste: ma fuite à Venise et mon passage à la Maison close pendant un an. Elle doit se poser des tas de questions sur le sujet. Je suppose que les visions lui montrent tout ce qu'i voir, mon travail de couturière. Son regard se porte sur moi quand elle voit que j'ai vu Jasper. De loin, il faut le préciser mais j'ai aussi vu son frère et ma sœur sourit à cette vision. Elle l'a imaginée tant de fois. Mais son visage s'assombrit lorsqu'elle voit le sang sur le sol de la Maison close et elle sursaute en voyant le visage de James. Elle me regarde horrifiée à l'idée de le revoir et que j'ai pu le revoir moi aussi. Son expression reste la même jusqu'à ce qu'elle découvre l'existence de Céleste. Ce bébé a été placé et je n'aurais plus jamais de contact avec lui. L'affrontement de James passe dans son esprit et ses yeux menacent de pleurer.
« J'ai dû me séparer de Céleste. Le prénom du bébé, je l'ai trouvé en trois minutes » souriais-je doucement. « Je n'aurais plus jamais de ses nouvelles ».
« Tu as pris soin de ce bébé pendant un an » murmure t-elle. « Elle a les mêmes yeux que toi et les même cheveux blonds » sourit-elle.
« Oui, c'est ce qui m'a surprise en voyant son visage ».
Alice n'ajoute rien de plus et me prend dans ses bras. Je vais devoir m'habituer aux étreintes fortes parce qu'un humain aurait déjà eu une côte cassée. Cela ne me dérange pas et comme ma sœur m'a manqué depuis tellement d'années, il faut bien rattraper le retard. Un câlin veut dire beaucoup de choses. Auparavant, je ne comprenais pas tout à fait la valeur de ce geste. Un geste simple mais qui apporte beaucoup. Prendre quelqu'un dans ses bras n'a rien d'anodin. Cela prouve qu'on l'aime d'une façon ou d'une autre, qu'on lui souhaite d'aller mieux, qu'on veut prendre soin d'elle une minute et que tout ira bien par la suite. Je me sens bien, en sécurité. Comme si rien ne pouvait m'atteindre à cet instant précis. Rien du tout. Alice me tient toujours contre elle. Sa chaleur me réchauffe un peu. Un comble puisque l'on dit que les vampires sont froids comme la glace. Ce câlin me réconforte et me prouve que ma sœur m'aime et ne m'a jamais oublié pendant toutes ces années. Je regarde Alice en ne sachant pas quoi dire de plus. Je me sens un peu gênée. Elle me sourit à son tour. Nous n'avons pas besoin de dire grand chose, on se comprend.
« Comme si rien n'avait changé » dis-je doucement.
« Et pourtant, il y a beaucoup de choses mais le meilleur reste à venir ».
« Tout va bien ? » demande Emmet.
« Depuis quand tu écoutes aux portes ? ».
Emmet rit. Alice le regarde en riant aussi.
« Edward ne cesse de me dire qu'il veut chasser donc si vous souhaitez venir ».
« Ton rire est communicatif » dis-je.
« Merci » répond t-il.
Il est appuyé contre l'encadrement de la porte et attend notre réponse. Alice hôte la tête positivement et se relève. Je suis arrivée il y a peu mais je pense me plaire ici. J'ai de la chance. Au moins, je suis aux côtés de ma sœur alors je n'ai pas à me plaindre. De plus, discuter avec elle m'a fait du bien. Elle a vécu des moments de doutes et difficiles. Je suis contente qu'elle ait concrétisé sa rencontre avec ce fameux Jasper. Elle m'en a beaucoup parlé à l'époque et ses visions étaient de plus en plus précises le concernant. J'ai pu voir ce Jasper rapidement à Venise, par hasard mais au moins j'ai mis un prénom sur ce visage qui était dans les visions d'Alice. J'ai aussi vu la personne qui se trouve être son frère, que nous avions aperçu dans une rue romaine mais ça ne compte pas vraiment. À Venise, l'éclairage était plus approprié. J'ai gardé cette image en mémoire. À force d'en entendre parlé, j'ai envie de faire sa connaissance et c'est un peu troublant de mon côté. Je ne sais pas comment l'appréhender mais je suis certaine que ma soeur préférée va m'aider. Carlisle m'a dit que c'est un moment un peu stressant mais ensuite, on ne regrette pas. Je me souviens du regard attendrissant qu'il a donné à Esmée. C'est la plus belle preuve d'affection que j'ai vu. Son regard voulait tout dire. J'ai hâte d'apprendre à la connaitre davantage car je ne doute pas de la gentillesse de cette femme et de sa grande humanité.
Je suis Alice jusqu'à l'extérieur de la maison. Je remarque les grandes baies vitrées qui offrent un plus à la maison, la lumière envahie le salon. De plus, l'environnement est calme et paisible. Ici, personne ne peut nous déranger et Edward m'a certifié le fait de ne pas être jugé. Il a longtemps appréhendé le jugement lorsqu'il est arrivé ici. Mais il m'a quand même rassuré sur le fait que les habitants de cette ville ne sont pas méchants. Au lycée, je pense que ce sera une autre histoire. Je ne connais personne. J'ai un peu peur du regard des autres.
On se sépare chacun de notre côté pour commencer la partie de chasse puis je retrouve Alice une minute plus tard. Elle se déplace avec élégance. Elle semble danser dans les airs, c'est beau à voir. Nous retrouvons les autres membres de la famille. Emmet est amusant et ne fait pas beaucoup de bruits quand il chasse et il court très vite, son animal favoris est le grizzli. Il en attrape un facilement. Mes premières parties de chasses ne se sont pas révélées fantastiques. À un moment, je repère une proie potentielle qui serait susceptible de ne pas m'échapper. Je me concentre et cours vers elle en étant la plus agile possible. Et c'est réussi. Le liquide vitale, rouge coule dans ma gorge et la sensation de bien-être est indescriptible. Ma gorge n'est plus en feu. Lorsque la soif se fait sentir, la gorge me brûle. La sensation est horrible. Alice arrive à mes côtés et me sourit. Ensemble, nous repérons un autre animal chacune. Ni une ni deux, nous absorbons son liquide rouge, indispensable à notre survie. Et c'est vraiment un bien-être que je ressens, plutôt un apaisement.
« Bien joué ».
« Merci Emmet ».
Il m'aide à me relever. La partie de chasse s'est bien passée et pour une fois, je n'ai pas chassé seule, j'ai chassé en famille. Cette fois, je me sens apaisée d'une certaine façon. Je n'ai pas pensé à autre chose que la partie de chasse. Alors que la présence de Céleste dans mes pensées est constante. Son visage, son rire me manquent encore et ça me rend triste de ne plus rien partagé avec elle. Je suis sûre qu'une fois que je sortirais de la maison pour aller en ville, faire mes études ailleurs je regarderai chaque visage d'enfant que je croiserai dans les rues. Cela risque d'être douloureux au début.
Quelques heures plus tard, je redescends dans le salon. J'ai installé des affaires dans ma chambre et j'ai plongé dans un livre, résultat j'ai lu la moitié en trois heures. La lecture est l'un de mes passe temps favoris. Rare je sais chez les jeunes de mon âge mais pour moi rien n'est plus précieux qu'un livre et la musique. J'ai demandé à Edward si je pouvais lui emprunter des albums car il y a une chaine hifi dans ma chambre. Quand il a accepté, je l'ai remercié au moins dix fois. J'étais heureuse.
Dans le salon, il y a personne. Je suis un peu surprise. Le soleil s'est couché et le salon est plongé dans le noir. Si je n'étais pas moi-même un vampire et en plus dans une maison de vampires, j'aurai eu vraiment peur. Et je ne serais pas descendue seule de ma chambre. J'appréhende un peu. Mais j'entends une voix cristalline au loin mêlée à une voix masculine. Au début, je pense à Carlisle, à Emmet et à Edward mais elles ne correspondent pas. Je voudrais bien connaitre la personne à qui appartient cette voix rauque et grave. Je m'avance un peu à la fenêtre et vois deux silhouettes à côtés de deux voitures. Je suppose que l'un d'eux est Jasper et son frère dont je ne connais pas le prénom.
« Oh tu es là, viens avec moi » dit-elle en me tirant par le bras dans la direction opposée puisque je remonte les escaliers.
« Je viens de redescendre ».
« Laisse toi faire, c'est une surprise » me dit-elle en me trainant jusque dans ma chambre et en me donnant un cintre sur lequel se tient une robe.
« Une robe ? ».
« Pour fêter ton arrivée dans la famille, j'ai organisé une petite fête ».
Je n'ai pas connu ma sœur aussi heureuse. Edward ne m'a pas mentionné ce détail. Je vais devoir lui en parler. Mais je ne peux résister à la bonne humeur de ma sœur. Elle se saisit de produits de maquillage et s'occupe de moi. C'est rare les fois où l'on s'est occupée de moi. Je pense que la dernière fois remonte à notre soirée cauchemardesque à Florence et aussi à Venise avec mon amie Élise. C'était il y a longtemps. Ces souvenirs sont particuliers. Je me demande ce qu'Alice a derrière la tête. Je ne dis rien et la laisse faire. Elle chantonne une chanson et cela me fait sourire. Après dix minutes de travail, Alice me montre le résultat. Mon reflet dans le miroir me trouble. Je ne me regarde jamais dans un miroir. Le résultat est naturel. Les tons sont rosés et je trouve que ça me va. La robe qu'elle me donne est noire, simple et me tombe aux genoux. Les chaussures sont les mêmes que j'ai acheté avec Élise. Ma sœur est vêtue d'une robe noire aussi et son maquillage est plus foncée que le mien. Elle me regarde vraiment satisfaite de son travail. Je souris à mon tour et l'embrasse sur la joue.
Ma main dans la sienne, nous arrivons dans le jardin où un chemin mène à un terrain en retrait du reste et de la maison. Dans les arbres, des guirlandes lumineuses illumines le lieu. Le lieu est magique et jamais je n'ai imaginé ça. Je l'interroge du regard pour savoir si elle avait prévu de faire une fête surprise. Si sa vision est exactement comme je le vois. Elle hôte la tête et un sourire se dessine sur ses lèvres. Je n'en reviens pas. Ma sœur a pensé à tout. Je regarde partout. Je tourne sur moi même quasiment à chaque pas. Alice me tient la main pour que je ne me perde pas. Nous sommes ensemble. Je marche rapidement. Et le lieu est décoré de bouquets de fleurs. On dirait une cérémonie de mariage alors je ris. Alice s'avance doucement.
Edward reporte son regard sur sa sœur. Il s'est fait à l'idée qu'Alice ne compte pas s'arrêter là. Elle aime aussi organiser des anniversaires.
« Il manque deux personnes dans la famille, elles sont en voyage scolaire. Nos deux autres frères reviennent demain matin mais Alice n'a pas pu attendre de préparer une fête » rit Edward en la regardant. « Ma sœur est l'une des meilleures au monde. Tu as de la chance d'être sa sœur biologique et je suis ravie d'en avoir une nouvelle ».
« Merci beaucoup Edward » dis-je surprise.
« Bienvenue dans la famille » sourit Rosalie.
La musique résonne dans le lieu grâce à un poste de radio qui lit les CD. Je suis très touchée de l'accueil réservé dans la famille. Désormais, tout est possible. Je ne peux résister à les serrer chacun dans mes bras. J'ai besoin de ce contact pour les remercier. Ils doivent tous savoir ma reconnaissance d'être acceptée au sein de ce clan incroyable. Lorsque j'étais seule, sans Élise ni Céleste à mes côtés, je me demandais si une famille, un clan allait m'accepter. Je me posais de nombreuses questions, sans doute allaient-elles restées sans réponses. Au final, j'ai bien fait d'espérer. Et je serre ma sœur dans mes bras.
« Merci » murmurais-je.
« Une danse ? » propose Edward à Alice.
Je ris parce qu'Edward est un grand frère protecteur. Il a toute son attention envers Alice. Et c'est touchant. Humaine, j'aurais déjà pleuré devant tant de bienveillance. Elle accepte en sautillant et ils dansent au rythme de la musique. Cela donne une atmosphère unique en ce lieu, mêlé à la décoration, je me dis que rien ne peut gâcher ce moment. Je me surprends à murmurer des paroles de chansons. Pour être honnête, je ne pensais pas vivre ce type de moment. C'est rare dans une vie. Mais maintenant, tout a changé. Alice est à nouveau dans ma vie et je suis heureuse. Alors, je pense aussi à Céleste. Vivre avec elle auprès d'autant de vampires peut sembler effrayant. Rien qu'à l'idée de lui faire du mal, je me rends malade. Hors de question. Ce bébé mérite toute la bienveillance du monde. De plus, je ne me sentais pas capable de m'occuper de cet ange. Mais j'en ai pris soin pendant un an. Ça a été une année incroyable où je me suis sentie utile. J'ai compris le lien maternel. J'ai compris qu'un bébé ne vous juge absolument pas, il vous aime. Céleste m'a aimé, m'a offert de beaux sourires alors quand j'ai vu des larmes perler ses beaux yeux j'ai pris peur. Je n'ai pu supporter sa souffrance et je lui souhaite d'être heureuse. Il faut que j'arrête d'y penser sinon je vais pleurer.
Ma sœur arrête de danser avec Edward et me regarde intriguée. Elle s'excuse et s'approche de moi. Je ne veux pas gâcher la fête ni inquiéter ma famille. Elle a arrêté de sourire en une seconde en me voyant pas bien.
« Tu vas bien ? » demande une voix que je connais.
« J'aurai aimé que tu rencontres Céleste » dis-je triste.
Alice me regarde sans poser d'autres questions. Elle pose sa main sur mon épaule en silence. Céleste me manque. Ma respiration s'accélère un peu plus. Alice me tient la main.
« Je suis sûre qu'elle est incroyable et tu lui manques aussi. Elle saura tout ce que tu as fait plus tard ».
« J'espère » dis-je doucement.
« Viens danser avec moi » dit-elle en tendant sa main pour que je la prenne.
Le lendemain matin est une nouvelle journée auprès d'eux. Hier soir, c'était incroyable. Je ne pense pas « mériter » autant d'attention. L'atmosphère festive comment à s'estomper. Je regarde la vue de ma chambre. J'ai de la chance. La forêt s'étend à perte de vue. Tout est calme à la maison. Je remarque que les choses changent rapidement. Je me demande d'où vient cette sérénité qui règne ici. Avant, je me demandais comment allait se passer la journée suivante.
Je me lève de la chaise sur laquelle je suis assise, encore en pyjama. Je vais dans la salle de bain prendre une douche. L'eau chaude coule instantanément sur ma peau froide. Une fois lavée, je me rends compte de mon reflet dans le miroir. En effet, mes cheveux blonds sont un peu plus longs qu'avant et toujours ondulés, mes yeux sont fatigués et toujours aussi verts. Je me demande pourquoi ils ne sont pas identiques aux autres vampires de ma famille. Quant à ma peau, elle est pâle. Ça me fait sourire un peu tristement parce que j'ai envie de rougir comme les humains, pleurer pour montrer mes émotions. Je peux au moins rire et sourire c'est déjà bien. Je sors un pantalon noir de mon placard et une chemise blanche sans oublier mes boucles en perles aux oreilles. Lorsque je quitte la salle de bain, une voix attire mon attention dans le couloir.
« Bonjour ».
« Bonjour Carlisle » souriais-je.
« Je peux te parler une minute ? ».
« Bien sûr » dis-je doucement.
« Il est un peu tôt mais je viens te donner un dossier pour ton inscription au lycée de la ville ».
« Oh ma première rentrée » dis-je enthousiaste.
« Tu verras, tout ira bien. Mes enfants y sont scolarisés donc tu ne seras pas livrée à toi même ».
« Merci beaucoup Carlisle, pour tout ce que tu fais pour moi ».
« Je suis ravi de t'accueillir dans la famille Aurore. Au fait, mes trois autres enfants rentrent de leur voyage scolaire aujourd'hui. Tu rencontreras les trois autres membres de notre grande famille. Ce sont deux frères et il y a Bella, la copine d'Edward ».
Alors c'est aujourd'hui. Depuis le temps que ma sœur Alice m'en parle. Je vais enfin les rencontrer. J'ai déjà vu Jasper. De loin je l'accorde donc ça ne compte pas vraiment puisque je ne lui ai pas adressé la parole. J'aurais aimé. Rien que pour le connaître davantage et pour demander des informations correspondant à ma sœur à l'époque. Et aussi mettre un prénom sur le visage qui hante mes flashback depuis longtemps.
Je descends les escaliers et va jusqu'à la cuisine qui surplombe le salon. Il y a Emmet assis sur une chaise, Edward qui discute avec sa mère.
« Bonjour » dis-je.
« Bonjour » répond ils en cœur.
« Bien dormi ? ».
« Cette blague n'est pas drôle » dit Esmée un mince sourire sur le visage.
« Elle a son effet » rit Edward.
« Dire que je supporte cette blague chaque matin » rit Rosalie.
« Vivement que Bella rentre » répond Alice malicieuse.
Rosalie s'exclame d'un « oh » choquée par les propos de sa sœur et rit quand même. Je regarde la scène amusée. On aurait dit moi et Alice lors de notre séjour à Florence. On a bien rit ces années là et cette période me manque beaucoup. Nous étions certes sur nos gardes par rapport à James après avoir quitté Rome. On y a vécu notre jeunesse, celle qu'on nous a volé auparavant.
« Je ne réponds même plus » s'offusque Edward.
« Tu m'aimes trop pour ne plus me répondre » répond Alice.
« Ils rentrent aujourd'hui ? » demande Emmet.
« Exact » répond Edward.
« Tu es prêtes à rencontrer le reste de la famille ? ».
« Oui je crois, Alice m'en a parlé tellement de fois ».
« Pourquoi je ne suis pas étonné ? » rit Emmet.
« Notre Alice ne changera jamais ».
« Vous allez être en retard en cours » lance Esmée.
« À ce soir ».
Ils se lèvent tous de leur chaise et quittent la maison les uns après les autres. Carlisle va travailler à l'hôpital. Il s'occupe des urgences aujourd'hui et devrait rentrer tard. Résultat, je me retrouve seule avec Esmée. Non que cela me gêne, au contraire. Juste que je n'ai pas l'habitude de me retrouver face à quelqu'un et je suis un peu intimidée par elle. Elle a une présence si douce.
« Que vas-tu faire aujourd'hui ? » me demande t-elle en buvant une gorgée de sa tasse de thé.
Elle m'en propose une que j'accepte. Le thé est ma boisson préférée. Je ne sais pas comment répondre à sa question. Je ne veux pas paraitre impolie alors je tente de formuler une phrase correcte qui ait un sens.
« Défaire des affaires et coudre peut-être » dis-je timidement.
« Oh tu sais coudre ? ».
J'acquiesce de la tête. Je n'ose pas non plus lui proposer de lui montrer mes modèles mais je ne perds pas grand chose. Je dois continuer de coudre une robe alors pourquoi pas lui montrer. Je me lève de ma chaise et part chercher mon matériel de couture et ma robe. Je redescends les escaliers et m'installe sur un fauteuil du salon. Esmée s'approche de moi, prends un magasine et avant de l'ouvrir, elle écarquille les yeux en voyant mon modèle. J'espère qu'elle ne va pas rire ou penser que ce que je fais n'est pas beau. Au contraire, un sourire se dessine sur son visage.
« C'est toi qui a fait ça ? C'est très beau » s'exclame t-elle.
« Merci Esmée » dis-je touchée. « Elle n'est pas encore terminée ».
Elle feuillette son magasine de mode et me laisse coudre. Je m'installe sur le sol du salon et pose mon matériel sur la table basse. La robe est bleue marine, la matière est en velours. Je l'ai faite à ma taille mais si l'une des filles de la maison est intéressée, je peux encore modifier la coupe. Je me concentre sur l'aiguille qui entre dans le tissus et qui ressort de l'autre côté. Il faut que je pense à faire un pli à un endroit. L'aiguille repasse au même endroit et me pique le doigt. Esmée jette un coup d'œil de temps en temps. Elle semble intéressée par ce que je fais.
Je couds le reste de l'après midi dans le salon, au calme et j'ai mis de la musique en guise de fond sonore, j'espère que ça ne dérange pas Esmée et je m'excuse auprès d'Edward qui n'est pas au courant. J'aime beaucoup coudre en écoutant de la musique. Je déteste le silence.
« Qui est Céleste ? ».
Je n'ai pas entendu ce prénom depuis longtemps. Quand j'y pense, je revois encore son doux visage.
« Un bébé ».
« Ton bébé ? » demande t-elle.
Je ne peux retenir mes sanglots. Penser à elle me rend malade car je ne suis pas à ses côtés, je ne sais pas comment elle va et je ne sais pas ce qu'elle est devenue. Je lâche mon matériel à savoir mon tissu dans lequel mon aiguille plantée dedans et je mets mes mains sur mon visage. Montrer ma faiblesse me rend vulnérable. Je ne suis pas habituée à pleurer devant des gens. Surtout que je viens d'arriver dans la famille.
« Oui » répondis-je naturellement.
Esmée prononce un « oh » surprise par ma réponse, lâche son magasine et s'approche de moi pour me prendre dans ses bras. Elle me sert fort et me murmure des paroles rassurantes. Mes sanglots reprennent et je me réfugie dans le creux de son cou, mes bras autour de sa taille. Je m'y sens bien. Son parfum m'aide à reprendre mon souffle et à me calmer.
« Je suis désolée » dis-je en essuyant mes larmes avec mes mains.
« Ne t'excuses pas, ce sont des souvenirs douloureux apparemment et ma curiosité a pris le dessus. C'est à moi de m'excuser. Je n'ai en aucun cas voulu te froisser. Et tu n'es pas obligée à répondre à ma question » dit-elle en me rassurant.
« Céleste n'est pas vraiment mon bébé. C'est un bébé que mon amie Élise a trouvé et qui l'a pris dans ses bras. Lorsque Élise est morte, elle m'a fait promettre de m'en occuper. Je n'ai pas pu refuser. Et surtout dire non à ce bébé si adorable, un ange tombé du ciel. J'ai trouvé ce prénom, Céleste en trois minutes ».
Je souris doucement lorsque je prononce ce prénom. Autant, il me fait mal parce que je ne peux pas être à ses côtés mais je suis fière de lui avoir donné une identité. Ce petit être n'est plus un simple bébé, c'est une personne qui a une identité.
« Je me suis occupée de ce bébé pendant un an. Un ange tombé du ciel. Elle est sage, souriante et un lien s'est crée entre nous. Sauf qu'un jour, elle a commencé à tousser, à ne plus dormir et à avoir de la fièvre. Cela a duré une semaine. Voyant que ça ne passait pas, j'ai dû l'amener à un dispensaire et on m'a annoncé que Céleste a une pneumonie et que des soins urgents étaient nécessaire. Je n'ai plus jamais revu ce bébé » dis-je une nouvelle fois en éclatant en sanglots.
Esmée se rapproche de moi pour me prendre à nouveau dans ses bras. Elle me murmure à nouveau des paroles douces qui me calment mais mes sanglots reprennent le dessus. Sa voix me berce et me dit que j'ai fait ce qu'il fallait pour ce bébé. Peu de vampires auraient résisté autant devant un humain. N'importe quel vampire, même avec de la bonne volonté aurait craqué. Les conséquences étaient particulières. J'aimais Céleste comme ma propre fille.
Je reprends mon souffle, essuie les larmes qui perlent mes yeux. Esmée me rapporte une nouvelle tasse de thé que je porte à ma bouche. C'est à ce moment qu'Alice franchir la porte de la maison. Je reconnais son rire cristallin. Il cesse dès que ses yeux se posent sur moi et elle se précipite dans mes bras. Elle semble deviner la cause.
« Céleste ? ».
Je hoche positivement la tête et Alice ressert son étreinte. Elle comprend. Elle me murmure que ça va aller, que ce bébé va vivre dans une bonne famille parce que je lui ai sauvé la vie.
« Je l'ai abandonnée ».
« Non » me dit-elle en me regardant. « Tu lui a donné une seconde chance ».
Alice trouve toujours les mots qu'il faut dans n'importe quelle circonstances, sans doute parce que c'est elle l'aînée. Nous n'avons que deux ans de différences. Physiquement, on lui donne dix-sept ans; c'est d'ailleurs l'âge qu'on lui a donné en l'inscrivant au lycée alors qu'en réalité elle a sept ans de plus.
Les autres membres de la famille ne semblent pas comprendre la situation et je leur dois une explication. Alice me donne un sourire rassurant et essuie mes larmes. Je me relève du canapé sur lequel je suis assise et leur montre les images en tendant ma mains à Rosalie. Elle me regarde intriguée et prend ma main dans la sienne. Ce contact me fait drôle et elle lit toutes les images qui défilent. Rose comprend la situation et me prend dans ses bras. Ils me disent tous que j'ai fait le bon choix. Je culpabilise d'avoir abandonné Céleste mais je l'ai fait pour lui donner une seconde chance, une opportunité de vivre.
Ma robe est presque terminée et je suis étonnée de l'avancée qu'elle a prit. Avec un peu de chance, je pourrais la montrer demain matin. Mais là n'est pas la question puisque des bruits de pas résonnent au loin et je devine que mes frères et sœurs sont rentrés du lycée. Alice franchit joyeusement le pas de la porte suivit de Rosalie. Elles me saluent à nouveau et je demande où est Emmet et Edward. Apparemment, ils sont à leurs cours de foot. Je ne savais pas qu'ils jouaient au football. Alice regarde ce que je fais par dessus mon épaule. Cela me fait sourire.
« Tu couds toujours ? ».
« Oui, je termine cette robe » dis-je doucement.
À l'extérieur de la maison, je me rends compte qu'une voiture est garée dans l'allée. Je pose mon matériel et me dirige vers la fenêtre. Esmée sourit et s'approche de la porte d'entrée pour accueillir ses trois autres enfants. J'entends des rires de l'extérieur dont une voix féminine. Je suis un peu nerveuse à l'idée de les rencontrer car je suis arrivée à la maison lorsqu'ils n'étaient pas là. Et puis Alice a organisé une petite fête hier soir qui était incroyable. Lorsque Esmée revient dans la maison, elle est suivit d'une jeune femme brune aux cheveux longs et lisses. Elle a un visage pâle et ce qui me frappe c'est qu'il s'agit d'une humaine. Je suis contente de pouvoir compter sur ma famille pour éviter de lui faire du mal. En tant que vampire, nos caractères ne sont pas identiques mais sont tout de même imprévisibles. Je me recroqueville dans le canapé pour ne pas être vue de l'extérieur mais je respire doucement afin de pouvoir me présenter. Je me demande comment vont ils le prendre. J'appréhende un peu.
« N'ai pas de regrets » me dit Emmet. « Ce que tu as fait est admirable même si c'est douloureux ».
« Merci » dis-je. « C'est encore un sujet sensible chez moi mais je ne perds pas espoir de la retrouver un jour ».
« On t'aidera » me dit Edward d'un clin d'œil.
J'aime cette atmosphère familiale.
Je ne pensais pas raconter cet épisode avec Céleste aussi vite mais Esmée m'a posé des questions et je ne pouvais pas changer de sujet. Leur raconter m'a fait du bien. Quelque part je sens un poids en moins sur mes épaules.
Nous sommes assis chacun sur un fauteuil du salon, chacun à ses occupations. Je les regarde un par un en levant un œil du livre que je suis en train de lire.
Un bruit de voiture crispe les graviers dans l'allée de la maison. Alice se précipite de son siège et va ouvrir la porte. Deux voitures sont garées. Deux belles voitures, pour être précise. Alice court se jeter dans les bras de ce qui doit se prénommer Jasper. Une jeune fille brune aux cheveux longs se jette dans les bras d'Edward. Une troisième personne descend de la voiture et je devine que c'est le frère de Jasper. Je me sens un peu gênée car je ne les connais pas et je pense qu'ils vont être surpris de me voir ici. J'espère qu'ils ont été prévenus.
« Bella, Jasper et Matthéo je vous présente la nouvelle venue dans la famille. C'est la sœur biologique de notre Alice préférée ».
Bella me sourit et me serre dans ses bras. Je ne m'attendais pas à un contact physique mais je ressers doucement son étreinte. Je me présente par mon prénom et elle me dit que la forme de mon visage ressemble à celle d'Alice. Elle s'éloigne de moi et va jusqu'à la cuisine qui surplombe le salon où se trouve Edward.
« Bonjour, je suis content de te rencontrer enfin. Bienvenue dans la famille. Je suis Jasper et voici mon frère Matthéo ».
Jasper est comme je l'ai vu la première fois, ses yeux ambres, il me sourit poliment. Sa voix est envoutante et grave. Je comprends un peu plus pourquoi Alice a craqué.
« Moi aussi » souriais-je.
« Depuis le temps que l'on t'attendait, nous sommes ravis de te voir parmi nous ».
« Jasper, tu as les clés de la voiture ? ».
« Oui » répond son frère.
Jasper lui montre les clés qu'il tient dans les mains. Celui-ci soupire et finit par avoir un petit rire.
« Bonjour, je suis ravie de te rencontrer enfin. Je suis Matthéo, le frère de Jasper ».
Il arrive à la porte d'entrée et nos regards se croisent. Il me sourit poliment et je me présente en première.
« Je suis Aurore ».
