Chapitre six : Les sept âmes


Le lendemain était un samedi. Normalement, la plupart des élèves devraient être en train de profiter d'une grasse matinée bien méritée, pourtant le hall d'entrée débordait de monde. Depuis l'annonce de l'ouverture des inscriptions la veille, tous les élèves ne parlaient plus que de ça. La Coupe ne se retrouvait jamais seule depuis tôt le matin, entourée de curieux, ainsi que d'un spectateur quasi permanent : Edward veillait au grain. Il patientait sur les marches et éconduisait les prétendants par un simple sort de confusion.

Peu d'élèves passèrent à travers les mailles de son filet — à vrai dire, une seule pour l'instant et Edward doutait qu'elle puisse être choisie étant donné son peu de conviction en jetant son nom dans la Coupe. En une matinée, il devint l'As de la confusion en tous genres. Son coup préféré s'avéra l'évitement de la participation de Cédric Diggory. Lorsque celui-ci avait sorti du parchemin et une plume pour écrire son nom, Edward lui avait discrètement jeté un sort puis l'avait « malencontreusement » bousculé pour voir ce qu'il avait écrit sur son morceau de parchemin. Le « Je suis crétin » qu'il y lut le satisfit beaucoup et le moment s'améliora encore plus quand les amis du Poufsouffle l'acclamèrent une fois son « nom » enflammé.

Ces petites plaisanteries le réjouissaient bien plus qu'il ne voudrait bien l'avouer. Mais pour se libérer et ne pas paraître trop suspect à rester ici à rôder toute la journée, il comptait poser un sort de confusion tout autour de la Coupe, en espérant qu'aucun professeur ne le remarquerait.

Du coin de l'œil, Edward aperçut le trio arriver, vite suivi d'Envy, un toast à la main. Dès qu'ils l'aperçurent, ils se joignirent à lui.

- Quelqu'un a déjà mis son nom dedans ? demanda Ron avec curiosité.

– Tous les élèves de Durmstrang. Ceux de Beauxbâtons ne sont pas encore passés et à Poudlard, il y en a quelques-uns comme Diggory de Poufsouffle ou Angélina de Gryffondor. Je ne connais pas les autres.

Et de toute manière, ça n'avait aucune importance puisqu'ils n'avaient que cru mettre leur nom dans la Coupe.

– Ah oui, tes frères vont bientôt arriver avec leur potion de vieillissement aussi, ajouta-t-il.

Au même moment, ces derniers entrèrent accompagnés de Lee Jordan, hilares. Edward les observa en ricanant, sachant d'avance qu'ils ne pourraient pas passer la ligne sans dommages. Dumbledore n'était pas n'importe qui. Il avait déjà assisté à deux tentatives semblables, l'une d'une fille de Serdaigle, Faucett, et l'autre d'un garçon de Poufsouffle. Les deux avaient terminé à l'infirmerie avec de longues barbes et il ne doutait pas que les jumeaux subiraient le même sort. Bien sûr, il ne les préviendrait pas, c'était un spectacle dont il ne se lassait pas.

- Ça va être ton tour, annonça-t-il à voix basse en s'adressant à Envy derrière lui.

– J'ai déjà mis mon nom hier soir, murmura Envy avec un sourire en coin. Juste avant qu'ils ne la mettent dans le hall.

– Oh, mais je voulais voir ça moi !

– Tu verras ma nomination, c'est le plus important.

Edward se garda bien de dévoiler sa contribution à la sélection du Serpentard et dévia le sujet.

– J'ai hâte de voir la tête de Malefoy si jamais tu es choisi.

Une explosion attira leur attention sur les jumeaux Weasley, alors qu'ils étaient expulsés du cercle, des barbes poussant avec un bruit de pétard.

- Alors, ça avance avec les élèves de Durmstrang ? demanda Edward avec un rire dans la voix alors qu'il ne pouvait détacher ses yeux du spectacle.

– Ma réputation m'a précédé, soupira Envy. Malefoy s'est fait un plaisir de réduire toutes mes chances à néant. Par contre, je ne vais pas te demander pour Beauxbâtons, ça a l'air d'aller plus que bien. Au fait... Tu dragues bien ?

Edward rougit brusquement.

– Tais-toi.

Envy sourit machiavéliquement.

– Tu me raconteras si tu conclus ?

Un talon vint lui écrabouiller méthodiquement les orteils.


Une fois la délégation de Beauxbâtons passée dans le hall pour déposer tous leurs noms un par un, Edward se fit entraîner dans la foule. Il eut à peine le temps de saluer ses amis avant que le troupeau l'emporte définitivement par les grandes portes jusqu'au parc où se trouvait le gigantesque carrosse de l'Académie.

- Quel chanceux ! s'exclama Ron, les yeux encore avides après le passage de la Vélane.

Manifestement, il n'était pas le seul à le penser et Envy capta une multitude de regards envieux dirigés vers le parc où le groupe en uniforme bleu noyait un petit point noir et blond en bas de la colline.

– Je crois bien qu'il leur a tapé dans l'œil, commenta-t-il en souriant en coin. Vous auriez dû voir sa tête hier soir, pleine de rouge à lèvres.

- Non, mais vraiment ! s'exclama Hermione alors que Harry et Ron semblaient plus jaloux qu'auparavant. Je ne comprends vraiment pas pourquoi vous réagissez comme ça face à ces filles. Il y en a de très bien à Poudlard aussi !

– C'est l'attrait de la chair fraiche et de la nouveauté, ricana Envy en s'attirant un regard interloqué d'Hermione.

– La chair fraiche ! Tu as vraiment les idées mal placées toi !

– Ce n'est pas moi qui tombe en pâmoison à chaque fois que cette blonde passe, n'est-ce pas Ron ?

– Mais qu'est-ce qu'il a de plus ? se plaignit celui-ci, les épaules basses. Elles ignorent tout le monde et lui on dirait que c'est... que c'est... une vraie célébrité.

– Il y a de quoi, répondit Harry à son tour. Déjà, il parle leur langue.

– C'est vrai ça, je l'ai entendu hier soir, confirma Hermione en se tournant vers Envy. Vous viviez en France avant de venir à Poudlard ?

– Non, il connaît seulement la langue comme ça. Vous le connaissez, hein, tout le temps le nez plongé dans les bouquins.

Il se garda bien de leur révéler que lui aussi savait le parler. D'ailleurs, c'était bien l'un des seuls dons que la Vérité leur avait octroyé. Cette année il en comprenait mieux l'intérêt. Fichue Vérité manipulatrice qui savait déjà tout à l'avance.

– Tu penses qu'il pourrait nous.. présenter ? demanda Ron, plein d'espoir et les oreilles rouges.

– T'as aucune chance, répondit Envy impitoyablement.

Le Gryffondor se renfrogna et croisa les bras.

– Ouais... C'est vrai, qui a la moindre chance à côté de mônsieur Edward Elric ?


Edward ne reparut pas de la journée, mais Envy ne s'inquiétait pas, son ami entretenait une bonne compagnie. Désœuvré comme tous les samedis, il se rendit pour la première fois chez Hagrid avec le trio. Ils discutèrent du Tournoi des Trois Sorciers et le garde-chasse faillit leur révéler des informations sur la première tâche, avant de se raviser in extremis. Pour une fois qu'il aurait pu faire fuiter un secret intéressant, il tint bon et ne leur dit rien.

Ensuite, ils déjeunèrent avec lui en échangeant des pronostics sur les futurs champions. Beaucoup de Poufsouffles pensaient à Cédric Diggory, les Serpentards comptaient sur Warrington, un mastodonte sans cervelle, les Serdaigles comptaient sur une élève dont il ne se souvenait plus du nom et les Gryffondors étaient plusieurs à s'être inscrit. Ron, quant à lui, refusait catégoriquement que le champion de l'école puisse appartenir à Serpentard. « Enfin, ne le prends pas contre toi, hein ? ». Non, bien sûr... Comment devait-il le prendre ?

Vers cinq heures et demie, la nuit commença à tomber et ils décidèrent qu'il était temps de retourner au château pour le festin d'Halloween et surtout pour entendre l'annonce des noms des champions. Hagrid les fit attendre pour se badigeonner d'eau de Cologne, mais alors qu'ils patientaient dans sa cabane, ils le virent dehors s'adresser à Madame Maxime qui venait de sortir du carrosse de Beauxbâtons. Bredouillant, rougissant et avec un regard d'extase, il se mit en route avec elle vers le château, les élèves les suivant de près.

- Il va au château avec elle ! s'indigna Hermione. Je croyais qu'on l'attendait !

Sans le moindre regard pour eux, Hagrid traversa le parc en compagnie de la charmante directrice. Derrière, au milieu d'une foule plus ou moins disciplinée, Envy distingua Edward discutant avec animation avec deux garçons de Beauxbâtons. Voilà qu'il avait terminé par les séduire eux aussi. Redoutable. C'était dans ce genre de situations qu'il se rendait compte qu'il ne le connaissait pas aussi bien qu'il le pensait. Quelle vie avait-il eue entre le Jour promis et leur arrivée dans ce monde ?


Le festin d'Halloween tirait en longueur. Envy n'avait pas d'appétit ce soir-là et se contenta de rester accoudé sur la table à attendre que le temps passe, sans toucher le moindre plat, qui dégageait des odeurs alléchantes accentuant ses nausées. Dans son for intérieur, il tentait de se convaincre que c'était seulement parce qu'il n'avait pas besoin de manger plus. La réalité était tout autre, son ventre se nouait d'anxiété alors que le trac s'intensifiait. Il fallait absolument qu'il soit choisi. Sinon, ils seraient obligés de passer au plan B — nettement moins subtil que celui de s'approcher lentement de Karkaroff ou de Verpey — et qui finirait immanquablement par un kidnapping si les choses tournaient à leur désavantage. Ce plan lui plairait plus, c'était sûr, mais il tenait à participer à ce tournoi pour une raison personnelle dont il n'avait fait part à personne pour le moment. Même pas à Edward.

Au bout d'un long moment, les derniers reliefs du festin disparurent de la vaisselle d'or, qui retrouva instantanément son éclat. La rumeur des conversations s'intensifia, puis laissa place à un soudain silence lorsque Dumbledore se leva. À ses côtés, tous les professeurs semblaient aussi impatients que les élèves.

– La Coupe de Feu ne va pas tarder à prendre sa décision. Je pense qu'il faudra attendre encore une minute. Lorsque le nom des champions sera annoncé, je demanderai aux heureux élus de venir jusqu'ici et d'aller se regrouper dans la pièce voisine où ils recevront leurs premières instructions.

Il indiqua d'un geste large la porte située derrière la table des professeurs. Alors, sûrement pour assurer le spectacle et instaurer un suspense encore plus insupportable, il fit s'éteindre une grande partie des chandelles pour plonger la Grande Salle dans la pénombre. Les flammes bleues jaillissant de la Coupe brillaient à présent d'un éclat presque douloureux. Envy soupira silencieusement en remarquant que ces flammes ne l'émouvaient pas. Il ne put toutefois retenir une petite pensée pour Mustang, c'était plus fort que lui.

Brusquement, les flammes de la Coupe de Feu devinrent rouge flamboyant, projetant une gerbe d'étincelles. Un instant plus tard, une langue de feu jaillit et un morceau de parchemin noirci voleta dans les airs. Les élèves autour d'Envy retinrent leur souffle bruyamment.

Dumbledore attrapa le morceau de parchemin et le tint à bout de bras pour le lire à la lumière des flammes, redevenues bleues.

– Le champion de Durmstrang, annonça-t-il d'une voix forte et claire. Sera Viktor Krum.

Sans attendre, un tonnerre d'applaudissements et d'acclamations retentit dans la salle. Quelques places plus loin de lui, Krum se leva et quitta ses amis et Malefoy pour se diriger vers Dumbledore avant de disparaître derrière la porte donnant accès à la pièce voisine tandis que Karkaroff félicitait Krum d'une voix tonitruante que chacun put entendre distinctement malgré le tumulte des applaudissements.

Enfin, le silence revint et tout le monde reporta son attention sur la Coupe dont les flammes rougeoyèrent à nouveau. Un deuxième morceau de parchemin en jaillit, projeté par une langue de feu.

– Le champion de Beauxbâtons, annonça Dumbledore. Sera une championne... Fleur Delacour !

La Vélane se leva sous les applaudissements et offrit un dernier sourire à Edward avant de s'avancer entre les tables des Poufsouffles et des Serdaigles. Les autres élèves de Beauxbâtons étaient bien plus que déçus et Envy remarqua même certains regards humides féminins tournés vers Edward de façon désespérée. Encore la maladie Elric, pensa Envy en roulant des yeux. Encore des inconnus rencontrés la veille qui cherchaient à l'impressionner. En fait, il devait être sorcier depuis bien plus longtemps que ce qu'il croyait.

Fleur disparut à son tour dans la pièce voisine et Envy se tendit aussitôt. C'était le moment de vérité. Il ne remarqua pas le regard trop confiant pour être honnête d'Edward quelques mètres plus loin.

Le silence régnait sur la salle entière. Cette fois, la tension était palpable.

Une fois de plus, les flammes de la Coupe rougeoyèrent, des étincelles jaillirent, une langue de feu se dressa dans les airs et Dumbledore attrapa du bout des doigts le troisième morceau de parchemin.

Le silence dura longtemps. Très longtemps. Tous virent le visage de Dumbledore se décomposer. Il leva enfin les yeux et fixa l'assemblée.

– Le champion de Poudlard, annonça-t-il. Est Envy Alighieri.

Envy n'en croyait pas ses oreilles, malgré tout ce qu'il avait pu dire à Edward en lui affirmant qu'il n'y avait aucune chance qu'il soit évincé par qui que ce soit de Poudlard. La déception et la surprise déferlèrent dans la Grande Salle silencieuse. Puis quelqu'un applaudit à la table des Serdaigles. Debout et hilare, Edward applaudissait à tout rompre en le fixant. Bientôt, les Serpentards le suivirent avant que les Serdaigles se joignent à eux. Quelques rares Gryffondors suivirent, mais aucun Poufsouffle. Ils avaient tellement compté sur Diggory.

Fier comme un paon, Envy se leva en enjambant le banc pour se diriger vers Dumbledore qui l'attendait d'un air grave.

- Ça aurait dû être Cédric ! entendit-il venant d'un élève avant qu'il passe la porte menant à la pièce d'à côté.

Les applaudissements s'assourdirent dès la porte refermée derrière lui. Les portraits recouvrant les murs de la petite salle le félicitèrent sur son chemin jusqu'à la cheminée près de laquelle attendaient les deux autres champions. Il s'approcha sans laisser passer la moindre hésitation. Voilà sa chance de se rapprocher de Krum, et donc de Karkaroff. Il s'avança jusqu'à eux.

– Félicitation, souhaita-t-il à Krum en lui tendant la main.

Le garçon la lui prit et la secoua en hochant la tête.

– Toi aussi, répondit-il avec un fort accent.

Il se tourna légèrement vers Fleur, qui le dévisageait prudemment. Avant d'avoir pu tenter d'engager la conversation, la porte s'ouvrit à nouveau. Envy fronça les sourcils en voyant Harry arriver, l'air ahuri et complètement perdu.

– Qu'est-ce que tu fais ici ?

Harry ne répondit pas, il paraissait sous le choc et n'avait pas l'air de comprendre ce qu'il venait de dire. Il y eut derrière lui un grand bruit de pas précipités et Ludo Verpey entra dans la pièce. Prenant Harry par le bras, il l'entraîna vers la cheminée.

- Extraordinaire ! murmura-t-il en lui pressant le bras. Absolument extraordinaire ! Messieurs, Mademoiselle, ajouta-t-il à l'adresse des trois autres, permettez-moi de vous présenter — si incroyable que cela puisse paraître — le quatrième champion du Tournoi des Trois Sorciers !

Envy se retint de se frapper le front contre la cheminée.


Au fil des ans, Envy avait appris à connaître le caractère souvent versatile des humains, et encore plus l'étendue de leur mémoire sélective. La soirée qui eut lieu en son honneur pendant la nuit le prouva. Eux qui le fuyaient encore quelques heures auparavant parce qu'il menaçait leur sécurité, le portaient maintenant en triomphe. Seule une personne restait constante dans ses idées. Malefoy lui lança un regard envieux et furieux dès son arrivée avant de s'enfermer dans les dortoirs pour le reste de la soirée. Pourtant, la suite aurait pu lui plaire avec la création d'une formation anti-Potter, qui était considéré comme un tricheur et un faux champion.

Toute sa maison comptait sur lui pour gagner la Coupe et évincer Harry en priorité, puis les deux autres. L'honneur des Serpentards se jouait. Même le Baron sanglant vint le féliciter. Personne dans la salle commune ne paraissait douter du fait qu'il gagnerait le tournoi, pas après ce qu'il s'était passé deux mois plus tôt lors de la Coupe du Monde de Quidditch.

Heureux que l'on flatte ainsi son ego, Envy se laissa balancer d'un côté à l'autre par une foule d'élèves en délire. On but à sa santé et sa côte remonta en flèche en à peine une soirée. Vers minuit, la masse se clairsema et il resta jusqu'au bout.

Environ une heure plus tard, il se retrouva seul dans un canapé, à attendre que tout le monde se soit endormi. Quand ce fut le cas, plus aucun bruit ne venait troubler le calme régnant autour de lui et il se rendit dans la salle de bain pour prendre une douche bien méritée. Il se sentait à nouveau nauséeux et craignait la crise. En essuyant la buée sur la glace, il découvrit son teint verdâtre qui le fit grincer des dents.

Il s'immobilisa brusquement.

Au milieu de la peau blanche de son torse trônait fièrement une large tâche bleue. Perplexe, il la toucha du bout des doigts sans rien sentir avant de la frotter doucement avec un coin de la serviette. Face au manque d'effet visible, il frotta plus vigoureusement, jusqu'à s'en faire mal. Ce n'était pas une quelconque décoloration d'un vêtement. Comment avait-il pu se faire un hématome malgré ses pouvoirs de guérison ?

Il haussa les épaules et enfila un pull, comptant sur sa Pierre pour le guérir rapidement. Alors, il passa une main dans ses cheveux — beaucoup plus courts que ce dont il avait l'habitude — avec un regard appréciateur en se souriant dans le miroir. Il se lança un clin d'œil charmeur avant de tourner les talons pour retourner dans la salle commune qu'il traversa silencieusement avant de quitter les cachots. Ça faisait un moment qu'il n'était plus venu frapper aux carreaux de la tour Serdaigle et cette nuit paraissait être la bonne occasion.


- Quelqu'un a mis son nom dans la Coupe pour le tuer ! grognait Edward, qui faisait les cent pas depuis le début de leur conversation. Ces épreuves sont dangereuses, il risque gros !

Non, il ne s'inquiétait pas, il angoissait carrément. Ce rebondissement imprévu changeait pas mal de choses en plus d'ouvrir de nouvelles possibilités. Harry n'était pas censé participer et encore moins contre son gré, alors qu'il y avait tellement de Mangemorts dans son entourage plus ou moins direct.

Avec ces deux Mangemorts dans l'école, tout est possible, marmonna Edward pour lui-même. Mais pourquoi avoir fait ça ? Maugrey a raison, celui qui a mis son nom l'a fait pour le tuer. Qui a mis le nom ? Qui en a eu la possibilité ? J'aurais dû rester près de la Coupe au lieu de simplement poser ce stupide sortilège.

Perché sur le dossier d'un canapé, Envy observait ses allers-retours d'un œil vaguement blasé et amusé. Il en était au trente-cinquième.

De quel sortilège tu parles ?

Edward s'arrêta une seconde en le regardant avec irritation avant de reprendre.

Dis-moi comment ils ont réagi. Je veux les réactions de tout le monde.

Maxime et Rogue étaient furieux. Dumbledore et McGonagall inquiets, récita Envy en rythme avec les bruits de pas. Croupton stoïque. Karkaroff calme.

Calme ? Comment ça ? Il avait l'air de s'y être attendu ?

Non, il était en colère, ça se voyait et il le faisait bien comprendre. Il a aussi proposé que les deux autres écoles présentent un second candidat pour que ce soit égal. Mais bon, on sait qu'il est bon acteur. Il a déjà réussi à persuader le ministère qu'il était repenti.

Edward prit son menton entre son pouce et son index alors qu'il réfléchissait intensément.

- Tu veux le meilleur ? dit Envy.

Brusquement intéressé, Edward releva la tête.

Verpey était content.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Edward, les yeux écarquillés.

Ça veut tout dire. Il était content que les choses se passent comme ça. Enfin ça ne veut pas forcément dire quelque chose. Ce type est toujours content de tout.

Oui, c'est vrai. Mais...

Edward poussa un long et bruyant soupir avant de reprendre ses allers-retours nerveux. Cinquante-sept.

Les choses bougent, on aurait dû prévoir cette éventualité ! On sait pourtant que Harry est au centre de tout, pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt ! Pourtant j'aurais dû me douter qu'on n'était pas les seuls à truquer le tournoi...

Quoi ?

Edward s'arrêta à nouveau une seconde pour le regarder avec agacement cette fois. Puis il reprit sans lui répondre. Son comportement intriguait l'Homonculus. Il ne parvenait pas à mettre le doigt sur l'évidence qui flottait dans l'air.

Je m'en veux, marmonna Edward en entamant un soixante-huitième tour de la pièce. J'aurais dû y penser.

Tu vas creuser des tranchées si tu continues, soupira Envy, moqueur et dont la nausée s'intensifiait. Tu me donnes le tournis, arrêtes. En plus, comment on aurait pu deviner ? On était tellement focalisés sur tout le reste, et surtout sur ma participation... Et puis Harry a déjà vu pas mal de choses. Au pire, je serai là pour l'aider. En plus, il en connaît bien plus sur la magie que moi, il a plus de chances de survivre.

- Je te rappelle juste que toi tu as un nombre incalculable d'âmes en toi qui te rendent pratiquement immortel ! s'écria presque Edward en levant les bras. Alors que lui —

J'ai un truc à te dire à ce propos.

Edward se stoppa net en voyant son air grave.

De quoi tu veux parler ?

– Il m'en reste sept, annonça Envy avant de fixer Edward dans les yeux en attendant sa réaction.

Son visage formait un grand point d'interrogation, qui dans un autre contexte aurait fait ricaner l'Homonculus, mais pas maintenant. Ça faisait plus d'un an qu'il le lui cachait et avec ses crises à répétition, il fallait bien qu'Edward l'apprenne un jour. Maintenant qu'il était définitivement un champion, Edward ne pourrait plus s'opposer à sa participation. Même si pour l'instant le blond ne comprenait toujours pas la bombe que son ami venait de jeter.

Envy se laissa glisser de son perchoir pour se camper sur ses deux jambes face au Serdaigle tandis qu'il posait ses mains sur ses hanches en prenant une grande inspiration.

La Vérité ne m'a laissé que huit âmes pour cette mission. Je n'ai pas le droit à beaucoup d'erreurs. Sans compter que l'an dernier, Lupin m'a tué une fois. Au grand maximum j'aurais droit à une mort pour chaque épreuve, mais il faudrait éviter. On ne sait pas ce qui nous attend après le retour de Voldemort.

Victime d'un moment de faiblesse, Edward tituba en arrière et se laissa tomber lourdement dans un fauteuil. La bouche entrouverte, il fixait Envy avec une tête de mort.

P-p-p-p-pourquoi tu ne m'as rien dit ? Pourquoi maintenant ? Tu es complètement cinglé ! Pourquoi tu as fait ça ? Tu n'aurais jamais dû te présenter au tournoi ! Si j'ai accepté que tu participes malgré ta nullité en magie, c'est bien parce que je pensais que tu pouvais ressusciter à volonté !

Je savais que tu aurais refusé si je te l'avais dit avant.

– Tu te fiches de moi ? Ça fait un an qu'on est ici et tu n'avais aucune idée de ce qui pourrait se passer cette année et qu'il y aurait le tournoi !

- Eh on se calme là en bas, y en a qui voudraient dormir ! s'exclama une voix excédée en haut des escaliers.

Edward et Envy se figèrent d'un même ensemble jusqu'à ce qu'ils entendent une porte se refermer. Calmé par l'interruption, Edward s'affaissa encore davantage dans son fauteuil. Le visage rongé par l'inquiétude et les traits soudain tirés, il faisait peine à voir. Envy se sentit coupable et s'approcha prudemment jusqu'à pouvoir s'agenouiller à côté de son fauteuil. Il croisa ses bras sur l'accoudoir et y posa son menton, dans une parfaite imitation d'un chiot désirant se faire pardonner une bêtise. Sauf que ce n'était pas une simple broutille, mais une menace de mort.

- Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? demanda Edward d'une voix lasse et basse.

Envy haussa les épaules, ne sachant quoi répondre.

Tu pourrais mourir.

– Je sais, répondit Envy. Je me suis inscrit en toute connaissance de cause. Et je te signale que toi aussi tu voulais t'inscrire à la base, alors que si tu meurs, tu le restes. Je sais que j'ai moins de puissance magique que les autres, moins d'expérience de la magie, mais j'ai l'expérience du terrain. Je sais me battre et je sais survivre.

Rien ne se passe comme prévu, grogna Edward en posant son front contre sa main. Je pensais qu'une fois que je t'aurais fait entrer dans le tournoi tout se passerait —

Attends, tu as triché ? comprit enfin Envy. C'était ça ton comportement bizarre alors ! Comment tu as fait ça ? Quand ? Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?

Le regard noir d'Edward fit mourir toute protestation dans sa gorge. En matière de manque de communication, il le battait sûrement de plusieurs longueurs.

Au final, rien ne s'est passé comme prévu, à part que tu es champion. Avec Harry forcé de concourir, ça change toute la donne. Nous savons déjà depuis longtemps que Voldemort sera de retour à la fin de cette année, ce qui correspond grosso modo à la fin du tournoi. Il est lié à ce qui se passe, si ce n'est pas lui l'instigateur. En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il a un complice dans le château. Quelqu'un avec assez de puissance magique pour ensorceler un artefact aussi puissant que la Coupe.

Karkaroff ou Verpey.

Je préfère qu'on ne se limite pas à ces deux-là. Tout est possible. Ce serait trop facile de les repérer. Mais c'est peut-être ça le but... En tout cas, il va falloir surveiller Harry. Quelqu'un veut qu'il meure dans le tournoi, et il faudra l'en empêcher.

– C'est un plan trop aléatoire, rétorqua Envy. Harry a une chance de cocu, il pourrait très bien réussir à passer les trois épreuves. Si son nom a été jeté dans la Coupe, c'est pour une autre raison.

Possible. Je te suis sur cette hypothèse.

Edward laissa passer un silence de plusieurs minutes avant d'enfin faire assez confiance à son calme retrouvé pour baisser les yeux vers Envy, accoudé près de son bras. Ses grands yeux noirs levés vers lui, l'Homonculus avait un air sincèrement inquiet de sa réaction. Un peu plus et il l'aurait parfaitement imaginé rabattre les oreilles en arrière comme un chien triste. À cet instant, il lui fit tellement penser à Alphonse qu'il ne put résister à l'envie de poser sa main sur le sommet de sa tête. Envy écarquilla légèrement les yeux, comme s'il ne s'attendait pas au geste affectueux.

Il se laissait trop facilement attendrir. Mais comment ne pas succomber à ses grands yeux qui par moment lui semblaient si innocents ?

Envy se détendit sous lui et ferma les paupières, en toute confiance. Sa tête se pencha un peu pour s'appuyer contre son coude en profitant du contact inhabituel et rare. La main, chaude et rassurante, glissa légèrement dans ses cheveux, distraitement. L'évidence le frappa. C'était ce sentiment, en cet instant précis, d'appartenir à une famille. Alphonse avait bien eu de la chance pendant toutes ces années.

Peu de temps plus tard, il tombait endormi dans sa position précaire, loin de tout cauchemar.


Le lendemain, Edward et Envy, contrairement à la plupart des habitants de l'école, se levèrent relativement tôt pour décider d'un plan d'action. Le premier s'occuperait de suivre Verpey pendant que le second se chargerait de Karkaroff. Un autre problème se posait : la sécurité de Harry. Pour l'instant, ils ignoraient comment le protéger efficacement. Ils se mirent d'accord sur le fait qu'en dehors des épreuves, il serait relativement en sécurité.

Alors après un petit-déjeuner copieux, ils se mirent à la recherche des élèves de Durmstrang pour rattraper le retard qu'avait pris Envy dans l'infiltration. Par chance, certains des plus courageux marchaient près du lac malgré la fraicheur matinale. Les deux élèves de Poudlard se retrouvaient un peu ralentis par les rumeurs qu'avait laissé filtrer Malefoy sur Envy. Par chance, le nouveau statut de champion de l'Homonculus et les histoires que les étrangers avaient pu apprendre depuis leur arrivée sur lui et son passage dans la Gazette du Sorcier les aidèrent. Grâce à cela, cet adversaire plus sérieux qu'ils ne pouvaient le penser de prime abord en voyant son allure frêle intrigua les élèves de Durmstrang.

Apparemment, il incarnait la seule vraie menace du tournoi selon la délégation de Durmstrang, car « la fillette de Beauxbâtons » et « le pauvre gamin de quatorze ans de Poudlard » ne pesaient pas grand-chose comparés à Envy Alighieri, le provocateur de Mangemorts. Pour qu'un garçon de cette constitution leur déclare la guerre sérieusement, il fallait bien qu'il cache une botte secrète. Karkaroff leur avait presque ordonné de découvrir laquelle était-ce. Au bout d'une matinée passée en la compagnie de cet étrange Britannique, certains commençaient à douter de la légende de la Coupe du Monde. Cet Envy n'était qu'une grande gueule, et son ami blondinet, dont ils ne connaissaient même pas le nom, était du même genre.

Inconscients du fait qu'ils n'étaient pas les seuls à être intéressés, Envy et Edward firent plus ou moins ami-ami avec eux, sans toutefois encore réussir à approcher Krum, leur objectif principal. Ils gardaient bon espoir de réussir, après tout, entre champions, ils finiraient bien par se parler un jour ou l'autre.

Plus tard dans la journée, Edward se sépara de lui quand Envy eut la situation bien en main. Il avait une mission bien différente à mener maintenant. Avec la sélection surprise de Harry et le ressentiment des deux écoles invitées, ses relations fragiles avec les élèves de Beauxbâtons s'en voyaient menacées. Son pressentiment se confirma quand on l'accueillit froidement. Dès qu'un elfe de maison l'annonça auprès de ses amis à sa demande et que plusieurs visages peu avenants apparurent dans le hall du carrosse, il sut qu'il avait du pain sur la planche.

Heureusement, il avait été à bonne école. Mustang avait maintes fois rencontré la colère d'anciennes conquêtes et savait comment adoucir les cœurs. Quand il repensait à ces leçons spéciales, Edward ne pouvait s'empêcher dans un premier temps d'en frémir d'horreur avant de ressentir une certaine nostalgie et une certaine mélancolie. Car en y songeant de plus près, Mustang lui avait transmis tout son savoir dans bien des domaines, un peu comme un père à son fils. Ce qu'il devait bien avoir été pour lui dans un certain sens. Il lui était plusieurs fois arrivé de se rendre compte qu'il pensait bien souvent à son ancien supérieur. Plus que Winry, ou mamie Pinako, ou même encore que maître Izumi, qui pourtant avaient toutes été une vraie famille pour lui.

Se reconcentrant sur sa mission première en repoussant ces pensées inutiles, il mit tout en œuvre pour se faire inviter une nouvelle fois dans le repère de la concurrence et réussit bien plus facilement qu'il le pensait. Il lui suffit de quelques battements de cils et mots mielleux pour se les remettre dans la poche. Il se fit même offrir un thé dans le grand salon qui servait de sorte de salle commune pour les onze élèves venus jusqu'ici.

Encore un macaron, Édouard ? proposa Louise en lui tendant la boite élégante qu'il lorgnait le plus discrètement possible.

Il faudra vraiment que je vienne en France un jour, s'extasia-t-il en cédant à sa gourmandise. Votre cuisine est excellente.

C'est sûr que c'est plus raffiné qu'ici, dit Fleur avec une moue dédaigneuse. J'ai l'impression de n'avoir jamais autant mangé de graisse que depuis notre arrivée. Si ça continue, je ne pourrais même plus rentrer dans ma robe de bal.

En plus elles lui tendaient toutes la perche l'une après l'autre pour qu'il les rassure, les flatte et les complimente. En fait, elles paraissaient chercher à s'attirer ses éloges. Loin de lui de s'en plaindre.

Pourtant, les choses se gâtèrent en fin d'après-midi, quand Madame Maxime arriva dans le salon et découvrit sa présence.

- Qui lui a permis d'entrer ? s'écria-t-elle, furieuse, d'une voix forte. Sorteu d'ici ! Vous n'aveu rien n'a feur dans notreu carrosseu !

Edward se leva d'un bond en enfournant un dernier macaron sous les gloussements des filles. Il entendit un « il est craquant » tandis qu'il était pratiquement supplié par les elfes de maison de partir avant que leur maîtresse s'énerve trop. Leurs petites mains le poussaient même dans le creux des reins pour le faire partir au plus vite.

– Vous êteu un tricheur ! Vous nous espionneu !

Menaçante, Madame Maxime avait sorti sa baguette qu'elle pointait au milieu de son torse. Edward enjamba le canapé en l'escaladant et la directrice devint rouge de colère alors qu'il attrapait la boite de pâtisseries, sous les rires des filles qui l'encourageaient à tout prendre.

– Reposeu ces gâteux ! Peutit sacripant ! Vandaleu !

Edward poussa du coude la fenêtre entrouverte en reculant trop précipitamment. Elle s'ouvrit complètement sous son poids et il bascula dans le vide sous les cris paniqués de la foule. Plusieurs têtes passèrent par les fenêtres pour vérifier les dégâts. Les rires reprirent quand elles virent qu'il allait parfaitement bien. Il les salua d'une courbette sous leurs applaudissements et leurs signes de main. Les cris furieux de Madame Maxime continuaient en fond sonore, et il en profita pour une dernière provocation en envoyant des baisers aux protégées de la grande sorcière. Celle-ci fulminait et lui envoya un sort qui frappa une motte de terre près de lui. Alors il opéra un repli stratégique vers le château, accompagné par les adieux enthousiastes et bruyants.


En route pour le dîner, Envy et Edward n'avaient toujours pas croisé Harry de la journée et cette absence les tracassait. Que pouvait bien ressentir le pauvre garçon d'être impliqué de force dans un tournoi potentiellement mortel ? Edward se sentait coupable de ne pas avoir pensé aux sentiments de son ami et désirait plus que tout avoir l'occasion de se rattraper. Donc quand il aperçut les cheveux roux de Ron au-dessus d'un groupe d'élèves, il l'interpela.

– Salut Ron !

Le Gryffondor, qui marchait d'un pas rageur, s'arrêta pour attendre qu'ils arrivent à sa hauteur.

– Tu n'aurais pas vu Harry quelque part ? On l'a cherché partout.

– Pourquoi ? les agressa Ron d'un ton froid. Vous voulez fêter la réussite de votre coup pour mettre vos noms dans la Coupe en cachette ?

– C'est quoi ton problème ? répliqua Envy en montrant les dents d'un air mécontent. C'était mon droit de me présenter.

– Derrière notre dos ?

– Si tu n'étais pas toujours aussi jaloux de tout le monde, j'aurais peut-être eu l'envie de t'en parler plus tôt. Puis en quoi ça t'intéresse qu'on veuille voir Harry ?

Edward leva les yeux au ciel en une prière silencieuse. Parfois, Envy pouvait avoir le sang bien trop chaud.

– On veut juste savoir s'il va bien, expliqua le blond plus calmement, bien que crispé. J'imagine qu'il ne doit pas être bien de se retrouver là-dedans.

- Vous croyez ses bobards ! s'exclama Ron, incrédule. Toi aussi tu vas dire que tu ne t'es pas présenté ?

– Ton problème c'est seulement que t'es jaloux, attaqua Envy, grinçant. De ton meilleur pote, je ne te pensais pas comme ça. Et c'est toi le Gryffondor ? Bravo !

Ron rougit violemment et serra les poings.

– Te prends pas la tête pour ça, commenta Edward, ennuyé. C'est son problème. Allons voir Harry, il a besoin de soutien.

Edward tira Envy par le bras sans lancer un seul regard à Ron qui les suivit des yeux, l'air chamboulé, en colère et perdu. Avaient-ils raison après tout ?