Playlist

« Where the streets have no name » U2

« I'm still here » Sia

« Two ghosts » Harry Styles

« Love to lay » The Weeknd

« Boulevard of broken dreams » Green Day

« From Eden » Hozier

Chapitre n°14

Point de vue de Matthéo

Alors c'est ça le coup de foudre. Celui qui vous frappe le visage comme une gifle. Celui qui éveille la conscience. Celui qu'on attend depuis toutes ces années. Je ne comprends même pas pourquoi je ne sors pas de cette chambre. Elle est dans la sienne. J'entends des bruits de pas à côté de la mienne. Je voudrais aller m'excuser. Au lieu de refouler la colère que je ressens, la tristesse je me suis réfugié dans mon cocon et je ne veux pas en sortir. Je ne souhaite pas voir la peine dans les yeux de ma famille. Je ne veux pas à nouveau affronter les regards des élèves du lycée demain. Ceux qui font circuler des rumeurs totalement fausses à mon sujet et qui me collent à la peau depuis deux ans. Je ne dois pas me laisser atteindre à ce point. Sauf que c'est plus facile à dire qu'à faire. Elle me frappe le cœur comme un couteau à la lame aiguisée. Je passe pour une mauvaise personne aux yeux des autres alors que ce n'est absolument pas le cas. Je suis une bonne personne. Je me fais harceler par des humains c'est quand même un comble. Je ne dis pas que les vampires sont meilleurs, loin de là. Mais ça me fait vraiment souffrir. Dès que je parle à une fille, certains imaginent je ne sais quoi. Personne ne m'a vu avec une fille d'ailleurs et c'est mieux pour elle car il est hors de question que la personne avec qui je sors subisse ça. Et si jamais je tombe amoureux, j'ai peur des répercutions sur elle. Je ne veux pas paraitre ridicule à ses yeux. Cela me rend malade.

Mon frère Jasper est affecté et je ne peux pas le consoler, lui dire que ça ira mieux parce que ça n'ira pas mieux. À force, j'ai la sensation que ces rumeurs me suivront jusqu'à l'université. Heureusement pour moi, je suis la moitié du temps à l'hôpital avec Carlisle. En parallèle, j'ai commencé des études de médecine depuis un an. Avec lui, je me sens en sécurité au travail et au moins, on ne me juge pas aux premiers abords. Je travaille dans une salle isolée de temps en temps et je peux accompagner Carlisle lors des consultations. Il m'épaule beaucoup. D'ailleurs, je dois mettre mes livres de cours dans mon sac. Cela m'importe peu maintenant.

Demain, je retourne au lycée et je rejoins Carlisle en fin d'après-midi.

Je culpabilise de ne pas avoir pris la peine de faire connaissance avec la nouvelle venue dans la famille. La sœur d'Alice doit se poser des questions. Je ne peux même pas lui apporter de réponses. C'est quand même un comble. Je me dois au moins de me montrer poli et courtois envers elle. Sachant qu'Alice nous en a parlé pendant des années et l'idée de la retrouver était difficile. Elles n'a eu aucun moyen de communiquer pendant cette période. Je n'ose pas imaginer. Me séparer de mon frère biologique m'est impensable. Jasper et moi sommes comme les deux doigts de la main. L'un sans l'autre n'est pas possible. Nous avons une histoire commune depuis notre venue dans ce monde. On a grandit, fait l'armée ensemble et notre transformation en créature de la nuit s'est faite à quelques années d'intervalles, cinq ans je crois. Il est devenu un vampire avant moi. Je sais qu'à cette époque, il est resté enfermé pendant des semaines en ne sortant que la nuit à cause de sa condition. Il n'a pas supporté pas le regard des autres. Nous vivions au Mexique Etats-Unis à l'époque. Autour de nous, il n'y avait personne, que du sable et des cactus. Pour chasser, c'était un enfer. Jasper m'avait dit ne pas pouvoir assumer longtemps la situation et m'avait suggéré de partir, de vivre ma vie. Sauf que ce n'est pas possible. Il a eu un self-control sur lui qui m'a coupé le souffle. Beaucoup de gens ne supportent pas leur condition de vampire. Il faut savoir que certains tombent dans la folie, qu'ils se laissent mourir de faim parce qu'ils ne savent pas comment se nourrir ni comment demander de l'aide. Je l'ai compris cinq ans plus tard en me faisant transformer à mon tour en par une femme, Lucy. Si Maria a transformé Jasper en créature immortelle, Lucy m'a fait la même chose. Entre nous, c'était simple. Au début. Ensuite, les choses sont devenues plus compliquées.

Jasper raconte nettement mieux cette histoire que moi. Il préfère ne pas omettre les dates exactes et les détails.

Ma transformation en vampire s'est faite chez nous. Lucy est entrée chez nous et m'a mordu le cou. Aussi simple et rapide que ça. J'étais allongé sur le sol, Jasper au-dessus de ma tête incapable de m'aider. Sa voix tremblait. J'ai sombré dans un sommeil qui a duré trois jours. Je n'ai rien entendu. Je flottais dans l'obscurité sans me rendre compte de quoique ce soit. En tout cas, mon cœur s'est arrêté et d'un coup, il est reparti. Il a doucement recommencé à battre. Cette sensation m'a étonné. Son cœur à lui a dû faire un arrêt sur pause pendant ces trois jours. J'étais immobile et mes yeux se sont ouverts. À partir de là, ma vie a changé du tout au tout.

Lorsque Alice a évoqué l'existence de sa sœur biologique, j'ai été intrigué parce qu'elle n'en parlait pas beaucoup. Elle en souffrait. La séparation a été compliquée. Évidemment, mon visage s'est légèrement crispé à ce moment-là et Jasper l'a remarqué. Les visions d'Alice sont subjectives mais lorsqu'elle a eu des visions concernant sa sœur, une lueur s'est allumée dans ses yeux. Un espoir. Son regard a changé. Avec nous, elle est au sein d'une famille mais j'imagine que le lien fraternel est plus fort que tout. Je le comprends. Alice et moi nous entendons très bien sur le sujet. Je me souviens de notre première rencontre. Dans cette ruelle de Chicago, un peu étrange je l'avoue mais avec le recul, on en rit. On en parle encore de temps en temps et Alice sourit toujours. Je suis heureux de voir que les choses changent. Jasper et Alice ont une relation incroyable.

Je reporte mon regard sur ma grande collection de livres. Un rictus se dessine sur mes lèvres. J'ai acheté des anciens livres récemment. C'est l'un de mes passe temps. Idem pour Jasper. Les livres sont mon refuge lorsque tout me paraît sombre autour de moi.

« Comment tu vas ? ».

Cette voix résonne dans ma tête. Elle provient d'une personne que je connais parfaitement. Jasper se tient à l'encadrement de ma porte. Il me sourit doucement, les bras croisés. Il me demande l'autorisation d'entrée. Je me retourne vers lui et hoche les épaules. Ne sachant pas quoi répondre je suppose que ce simple geste devrait être assez clair. Et je n'ai pas envie de parler. Mes humeurs sont changeantes en ce moment et je me suis promis de ne pas infliger cela à mon entourage. Déjà qu'ils s'inquiètent suffisamment, je ne veux pas en rajouter. De toute façon, je culpabilise. Cela va finir par me ronger un jour.

« Tu n'es pas descendu chasser avec Edward ? Il a amené Aurore et je vais y aller tout à l'heure ».

Jasper comble le silence qui s'est installé. C'est devenu difficile pour lui aussi cette histoire et je ne veux pas paraitre ridicule à ses yeux.

« Je devrais aller m'excuser » réussis-je à reconnaitre.

« Tu n'as pas à te justifier ».

Si. Un peu. Je n'ai pas à me cacher de la sorte. On dirait un animal en fuite ou une créature dangereuse. C'est horrible. Et en plus, ça a des répercussions sur ma famille. Ils s'inquiètent. Une fois, j'ai entendu Esmée en discuter avec Carlisle dans la cuisine. Je revois ma mère les bras croisés et le regard désemparé face à ce que je vis. Ça date d'il y a un an déjà et cette image me marque encore. J'ai ressenti de la peine, de la tristesse dans leur cœurs et dans le mien mais avec de la colère en plus. Je m'en voulais d'être autant peiné et j'ai demandé à Carlisle de changer d'établissement. Jasper m'en a dissuadé en me disant que ces rumeurs ne cesseraient pas pour autant et que ça donnerait raison à ceux qui les propagent. Il a raison. Je ne veux pas qu'un autre élève subisse la même chose. Mais je n'en pouvais plus. C'était trop dur. Aller en cours et supporter je ne sais qu'elle rumeur. Chaque semaine, j'apprenais que j'ai embrassé telle fille, que je sortais avec une autre. Alors que pas du tout, les filles de ma classe sont bienveillantes avec moi. Lors des travaux de groupe, on a l'habitude de travailler à la bibliothèque ou même dans des cafés. J'aime bien être à l'extérieur de l'école, il y a moins de pression et le binôme est plus serein. C'est ce que je ressens en tout cas. Et cette routine banale fait parler dans les couloirs. Triste constat. À croire que je ne peux parler à personne sans jugement hâtif à mon égard. Encore sur moi, à la limite mais parfois, la fille avec qui j'ai rendu un devoir de chimie, d'histoire se sont faites critiquées parce qu'apparemment j'aurai dragué les deux. Je ne suis absolument pas confiant envers moi même alors auprès d'une fille, j'ai plus tendance à rougir qu'autre chose. Je ne suis pas non plus un briseur de cœur.

« Depuis quand tu écoutes les autres ? Tu es dans un état que je n'ai jamais vu. Demain, on restera à tes côtés sans te lâcher une seconde ».

« Même aux cours de sport ? ».

« Même aux cours de sport » répète Jasper.

« Qu'est-ce que je ferais sans toi ? ».

« Probablement rien » dit-il en riant.

« Il faut que je révise mes cours de médecine ».

« Je te laisse, on se voit demain. Bonne nuit Matt » dit-il en sortant de ma chambre.

J'appréhende. C'est ainsi que je passe le reste de la nuit à travailler, une playlist résonne dans mes oreilles, mes fiches de révision sont étalées sur le sol de ma chambre ainsi qu'une pile de livres de médecines. Certains sont des anciens livres de Carlisle alors j'en prends soin. Mes études secondaires en plus du lycée m'occuper énormément. Je compte sur elles pour avancer et quitter le lycée au plus vite. Sans le soutien de ma famille je n'y serais pas arrivé seul.

Jasper est mon frère biologique mais il est d'un soutien incroyable.

Je le répète tout le temps mais je veux qu'il le sache définitivement. Sans son soutien les choses auraient été bien différentes et tristes aussi. Donc sa présence m'est nécéssaire. Mon frère m'aide entre autre à poursuivre mes études. Il m'a encouragé à commencer des études de médecine mais avec le temps, la charge de travail devient de plus en plus conséquentes, ce qui est tout à fait normal et Carlisle m'aide lorsque je ne comprends pas. C'est plus facile. D'ailleurs mon premier cours de la journée demain, c'est science. Demain sera un autre jour et j'ai été surpris en rentrant dans ma chambre de découvrir un petit mot d'Aurore qui m'invite à discuter autour d'un nouveau café qui a ouvert au centre ville. Au début je ne savais pas si l'endroit était approprié. J'ai vraiment envie d'apprendre à la connaitre. Je ne veux pas paraitre froid ou encore pire hautain face à Aurore. Elle ne doit en aucun cas se sentir exclue. Sa venue dans la famille a été une belle surprise et Alice était ravie. Il faut dire qu'elle en parlait tous les jours et les visions sont devenues de plus en plus fréquentes. Donc il était logique que ma sœur Alice la retrouve. Elle a remercié Edward au moins cent cinquante fois et lui a posé des tas de questions sur le sujet.

Aurore semble une belle personne. Je n'ai pas envie de m'étendre davantage mais elle est magnifique. Je n'aime pas juger sur le physique. Il faut avouer qu'elle a un doux visage, des yeux verts comme je n'en ai jamais vu de ma vie. Ils sont vraiment captivants. Ses cheveux blonds bouclés sont magnifiques et me rappellent les miens c'est assez drôle. Je dois continuer à travailler sinon je vais passer la nuit à penser à elle.

Le lendemain matin, tout semble différent de la veille. Je me sens mieux dans ma peau. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé cette nuit. J'ai tenté d'ingurgiter mes fiches de révision en les lisant sans cesse. Je me suis plongée dans le travail sans penser à autre chose. Mais une petite enveloppe a attiré mon attention en rangeant mes affaires. Un carré de feuille en papier doté d'une jolie écriture indiquait une invitation. L'attention m'a fait sourire.

J'ai commencé tôt par un énième cours de philosophie, l'une des matières que je préfère, ensuite j'ai eu histoire et je vais en géographie. Cours en commun avec Emmet. Je n'ai pas eu de remarques ce matin. Ça m'a étonné et presque déstabilisé au début mais au final, je me sens apaisé. Ne pas se soucier du regard des autres est quand même agréable j'ai oublié à quel point ça représente beaucoup.

Je m'arrête au casier de mon frère Edward que j'aperçois au bout du couloir, il me salue et me sourit lorsque je lui annonce.

« J'ai accepté l'invitation d'Aurore ».

« Laquelle ? ».

Je le regard en fronçant les sourcils, il est au courant depuis le début. Je connais mon frère mais je fais comme s'il ne savait pas.

« Je rigole » dit-il en me regardant. « Alice me la dit, elle n'y croyait plus ».

« Ne te moque pas de moi, c'est sérieux ».

« Oh ça fait du bien de te voir rire » dit-il appuyé sur son casier.

Je suis devant lui, un peu embarrassé mais j'ai ris. Je n'ai pas ris depuis longtemps et ça fait du bien. Pour une fois. Rien aujourd'hui ne peut gâcher cette journée. Edward sait ce que je pense donc je n'ai pas besoin de l'expliquer. Il lit dans les pensées des gens. Et il ne se gêne pas. Parfois, on lui lance des regards outrés parce qu'il nous regarde avec insistance et un sourire aux coins des lèvres. Pour le contrer, Alice s'amuse à réciter un texte en plusieurs langues et Edward est perdu. Il lève le drapeau blanc. Rare sont les fois où ça arrive. Mais depuis mon arrivée dans la famille, Edward se montre plus protecteur que mon frère biologique, c'est pour dire. Il a connu Aurore avant moi alors il sait de quoi il parle.

« Tu n'as pas rit depuis longtemps. Aurore est une fille géniale. Elle est drôle, souriante, élégante aussi. Elle fait partie de la famille maintenant et je suis content que tu puisses passer du temps avec elle. Alice l'a prédit » sourit-il.

Je regarde Edward surpris alors que non, Alice prévoit toujours tout et je pensais qu'elle me le dirait avant. C'est mal la connaitre. Elle a dû se retenir de m'en parler à cause d'Edward qui a su la convaincre de garder le secret. Ce n'en est plus un maintenant. Je suis au courant et Edward a raison, je n'ai pas ris spontanément depuis longtemps. La sensation est agréable, surtout que la journée a bien commencé.

« Et tu n'as qu'à pas être aussi beau » dit-il d'un coup.

« Quoi ? » dis-je en regardant mes chaussures.

« Allons en cours » répond t-il exaspéré, un sourire collé sur le visage.

C'est à la fin de la journée que je rejoins Aurore au café qu'elle a choisit. Je me devais de lui parler aussi et avant tout de m'excuser de mon attitude. Elle n'a certainement pas à subir ça. J'arrive en avance et gare ma voiture non loin du café, incroyable de trouver une place libre aussi prêt et du premier coups.

La façade du fameux café est rose, ornée de fleurs. J'ai l'impression de me retrouver dans un conte de fée. C'est très mignon, si on aime les roses, la couleur rose et les meubles marbres, ce n'est pas du vrai mais ça donne un certain charme au lieu. Je ne pensais pas qu'Aurore aimait ce type de cafés. Ni moi d'ailleurs. L'atmosphère y est chaleureuse. Etonnamment je m'y sens bien?. L'endroit est petit et de forme rectangulaire. Quand on entre, des tables sont visibles depuis l'extérieur, le comptoir est situé à côté et en face, d'autres tables sont dispersées jusqu'au bout de la pièce. Ce qui me surprend est que le lieu est quasiment désert. Vu l'heure, beaucoup de gens devraient être en train de discuter autour d'un café et d'un cookie.

Un crissement de pneus attire mon attention et Aurore arrive. Ses cheveux blonds sont un peu ébouriffés par le vent et son regard se tient sur la personne qui vient de la déposer. Elle la salue de la main et ouvre la porte du café. Elle me trouve facilement et s'installe à la table en face de moi et je ne peux m'empêcher de lui sourire.

« Je suis contente que tu aies accepté » dit-elle en enlevant son manteau.

« C'est une bonne manière de discuter hors de la maison ».

« C'est ce que j'espérais ».

Oh, elle l'a donc prévu ? Je ne me suis jamais posé de questions à ce sujet. Étant timide, être au près d'une fille me rend nerveux. Pas que je sois mal à l'aise mais je ne veux pas paraitre impolie ou froid parce que mes sentiments sont flous.

« Je voulais m'excuser ...».

La serveuse arrive, me coupant dans mon élan et nous demande ce que l'on souhaite consommer. Je réponds un café allongé et Aurore un chocolat chaud et un cookie. Une fois cela noté, la serveuse s'éloigne en me souriant.

« T'excuser ? » dit-elle étonnée.

« Oui, pour mon attitude de l'autre jour ».

« Tu n'as pas à te justifier ».

« C'est exactement ce que m'a dit mon frère hier soir » souriais-je.

« Lequel ? ».

« Jasper ».

Elle me regarde avec bienveillance et étrangement, je me sens bien en sa présence. Son invitation me change les idées mais c'est une opportunité d'être tous les deux.

« Tu n'es pas obligé de t'excuser, ce n'est pas de ta faute et je trouve ça triste que tu sois jugé gratuitement. Edward et Jasper m'en ont un peu parlé, j'espère que ça ne te gêne pas. Je ne veux pas te mettre mal à l'aise sur ce sujet ».

Elle s'inquiète. Je trouve ça touchant. Je ne sais pas pour quelle raison, un souvenir avec Lucy me revient en tête. Lucy ne s'est jamais préoccupé de mon bien-être mental, en fait elle pensait à elle et m'accordait de l'attention dès que possible. Je me suis laissé berner comme un pantin. Avec le recul, je le regrette vraiment. C'était une autre époque. Alors que les années ont passé, les siècles même et j'ai encore ce souvenir en tête. Il va me rester en mémoire encore un moment. J'aimerai l'oublier histoire de passer enfin à autre chose, depuis le temps. Jasper a réussi en rencontrant Alice.

Aurore est quand même en face de moi. C'est la sœur de ma sœur préférée dans la famille, pardon Rosalie. Elle a une personnalité que j'ai envie de découvrir et à ses côtés je me sens bien. C'est la première impression que j'ai eu en la voyant à la maison. Son calme, sa sérénité et il faut que je le dise ses yeux verts sont beaux.

« Figure toi que depuis ton arrivée au lycée, les rumeurs ont diminué. Ne pense pas que ta présence ait un lien, enfin je suppose et j'espère que non parce que ça risque de mettre une pression sur tes épaules ».

« Vraiment ? C'est drôle ».

« Drôle ? ».

« Oui, c'est drôle parce que les gens ont des aprioris sur toi depuis deux ans et il a fallu que j'apparaisse pour que ça se calme et tant mieux pour toi, si je peux aider ».

« Ne te sens pas obligée ».

« Non, non ce n'est pas normal de subir des jugements hâtifs, des rumeurs non fondées pendant deux ans. Je n'ose pas imaginer ce que tu vis. En vérité, je n'en ai aucune idée puisque je n'ai jamais mis les pieds dans un établissement scolaire et avec Alice, nous sommes habituées à nous faire discrète. Être dans un lycée est un peu étrange pour moi ».

« Tu n'as pas confiance en toi ? ».

« Moi ? Si ça pouvait s'acheter dans un magasin, j'aurais été la première cliente ».

« Moi aussi ».

« On ne dirait pas pourtant, du moins je ne te connais pas beaucoup. Tes années dans l'armée n'ont pas été bénéfiques ? Je suppose que tu as dû prendre des décisions difficiles. Oh et pardon si mes propos sont maladroits ».

« Jasper t'as parlé de nos années dans l'armée confédérée ? S'il commence à en parler, tu n'es pas obligée d'être attentive à tous les détails, mon frère est un passionné d'histoire et quand ce chapitre est abordé en cours, il prend sur lui pour ne pas contester les propos du prof. C'est drôle à voir pour nous qui sommes habitués mais pas pour les autres élèves. Ces années nous ont autant apportées que marquées. Le contexte de la guerre fait que ».

« Je n'en doute pas, j'aime les livres d'histoires. Disons que j'en ai lu quelques uns mais je n'ai pas une aussi grande collection que Jasper ».

« Difficile de l'égaler sur ce point » riais-je. « J'espère que ces rumeurs ne vont pas changer notre relation. Je ne veux pas que tu subisses ça et je m'excuse quand même du fait que tu aies dû assister à mon entrée fracassante dans le mauvais sens du terme il faut préciser, tu viens d'arriver et je n'ai pas eu à agir ainsi. Alors je m'excuse. Tu mérites un meilleur accueil. Alors s'il te plait, pardonne moi pour tout ».

« Tu n'as pas à te justifier » répète t-elle. « Merci de t'être confié, ce n'est pas facile ».

Son regard se porte sur son cookie qu'elle a à peine mangé. Je bois une nouvelle gorgée de mon café allongé. Je me rends compte au fur et à mesure de la conversation que c'est une fille géniale. Pour une fois depuis des lustres, je me sens bien et une sensation positive envahie mon esprit. L'espoir aussi. Je me mets à espérer. Aurore me fait-elle espérer ? Finalement est-ce que les visions d'Alice au sujet de notre avenir potentiel ensemble est sûr ? Je n'aime pas m'y résoudre mais si cela s'avère vrai, je serai le premier surpris. Avant tout, je tiens à connaitre Aurore. Je veux l'inviter à boire un café, à chasser, à aller au cinéma, à regarder les étoiles sur la terrasse, à cuisiner pour elle même si elle ne mange pas, à courir avec elle, elle mérite toute l'attention du monde, tout le soutien possible. Mes sentiments commencent à prendre le dessus on dirait. Après la trahison de Lucy, je ne suis jamais tombé amoureux. J'ai cru comprendre ce que c'était mais en fait non j'ai vécu dans l'illusion. L'amour est un sentiment unique. Jasper le connaît maintenant. Je suis le seul dans la famille qui n'ai aucune idée de ce que c'est.

Aurore est patiente parce que si j'étais face à moi en tant que fille, j'aurai pris mes jambes à mon cou. Je me demande comment elle peut s'intéresser à moi. J'ai des cicatrices un peu partout, en majorité sur le bras gauche et dans le cou. Déjà ce n'est pas ce qui fait le charme. De mon point de vue, je ne suis pas spécialement beau garçon. Sans mes boucles blondes héritées de Jasper, je suis septique. Triste image n'est-ce pas ? Et je ne veux en aucun cas me faire illusion et à Aurore aussi car elle mérite quelqu'un de bien.

On discute de tout et de rien pendant une heure. Je pense qu'il s'agit de la plus belle heure de ma vie. Sans complexer.

Aurore termine de boire son chocolat et de croquer à nouveau dans son cookie. Je la regarde amusé. Manger un cookie ne fait pas partie de nos habitudes. Nous ne mangeons rien. Au sens stricte, on se contente de boire de l'hémoglobine animale. Raison pour laquelle, Carlisle nous considèrent comme végétariens.

En rentrant à la maison, la lumière est allumée et de l'extérieur je peux voir Esmée assise sur le canapé aux côté de Rosalie. Je ne vois pas Emmet ni Edward. Carlisle doit travailler tard à l'hôpital, il nous a prévenu. En ce moment, il enchaine les urgences. Il rentre au petit matin. À peine arrivé dans l'allée de la maison, je gare ma voiture devant, à côté de la belle Porche jaune d'Alice. J'ai acheté la mienne couleur crème l'année dernière.
Aurore descend en première de la voiture et je me pose encore des questions. Nous n'avons pas besoin de dire grand chose bizarrement on se comprend bien. Elle a murmuré quelques paroles de chansons qui sont passées à la radio. Elle m'a confié sa passion pour la musique. Sa collection d'albums et de disques vinyles ne dépasse pas celle de mon frère Edward. Difficile de l'égaler.
Aurore m'attend avant d'entrer dans le salon. Son regard se porte sur moi quand elle voit que le mien porte sur elle aussi. Je me sens un peu troublée en sa présence. J'ai aimé discuter, sans aucune hésitation dans nos propos respectifs, elle m'a captivée. Je crois que son charme a opéré sur moi.