Bonjour,

Petit mot pour vous remercier de vos nombreuses vues sur cette histoire. Depuis des années qu'elle est publiée ici, le nombre de vues de cessent d'augmenter malgré mes suppressions de chapitres pour les écrire à nouveau et les publier. Quasiment 7 000 vues, 6 947 pour être précises ne se font pas en un jour. Il est important de remercier les lecteurs, que ce soit depuis le début ou dernièrement. Et les commentaires sont importants. Ceux qui sont postés ici datent depuis le début de cette histoire et beaucoup de choses ont changé mais j'ai voulu les conserver car ils ont leurs importances !

Je rappelle aussi que toutes les musiques sont répertoriées dans une playlist Spotify, mise à jour régulièrement donc si vous voulez vous plongez dans un univers musical tout en lisant:

Bonne lecture et bonne écoute ! ;)

Au pays des Merveilles


Playlist

« Human » Rag'n'Bone Man

« A certain romance » Arctic Monkeys

« You're the best thing about me » U2

« Heathens » Twenty one pilot

« Earned it » The Weeknd

« Fire meet gasoline » Sia

Chapitre n°15

Point de vue d'Aurore

Ma matinée s'est résumée à un cours d'italien, d'un cours de géographie, d'une heure d'histoire et une heure passée à la bibliothèque. Les cours me passionnent en ce moment. Je suis dans une bonne humeur. Depuis que j'ai vu Matt, mes sentiments évoluent. Sauf que j'en ai aucune idée de son côté. Il est distant. Et rien ne va s'arranger si l'un de nous ne fait pas le premier pas. En fait, je me demande comment il va lorsque je me lève le matin pour aller au lycée, quand je rentre du lycée, quand je vais chasser, quand j'invite Alice a boire un café, quand je vais en cours de sport, quand je couds sur le canapé du salon ou dans ma chambre et même parfois quand je conduis.

Triste constat. Matthéo ne m'aime pas. Je me résous à espérer quelque chose dont j'entends parler depuis des années sans savoir ce qu'il en est réellement. C'est triste. Dommage. J'aurai aimé vivre une belle histoire dès le début. Les visions d'Alice m'en ont fait voir de toutes les couleurs et mes flashback le concernant aussi. L'ai-je idéaliser ? Possible. Je n'ai jamais eu la sensation d'avoir été aimée, d'avoir conquis le cœur de quelqu'un. En fait, je n'ai aucune idée de ce que c'est. Prendre le cœur de quelqu'un. Aimer une personne fortement. La regarder sans se préoccuper des autres, sentir son cœur battre plus fort que d'habitude dans sa poitrine, penser à cette personne n'importe où et n'importe quand. Rêver d'elle parfois et songer aux futures occasions de la rencontrer en cours ou ailleurs. Voilà ce à quoi je passe mon temps. Je me sens comme une adolescente classique, enfin une jeune femme comme d'autres et c'est une sensation agréable parce que je ne suis pas un vampire, je ne suis pas une créature normalement habituée à vivre la nuit, on ne me regarde pas comme un monstre. On me regarde comme tout le monde, sans penser que ma condition de créature mortelle change quelque chose.

Il me semble tout de même que mon cœur est encore présent. Je ressens des choses. J'ai besoin de le connaitre, de toucher ses mains ou si je peux ses beaux cheveux, de sentir son odeur de menthe qui plane lorsqu'il passe à proximité. Je me sens perdue. Donc ma situation reste inchangée. Je n'ai pas de miracle. Personne n'en a un. Même mon frère Edward ne sait pas quoi faire. J'ai longuement hésité à lui en parler. Il m'a quand même sauvé la vie et je sais que son côté frère protecteur est un atout énorme. Je me vois mal me confier à Jasper. Il est le frère biologique de celui sur lequel j'ai flashé. Il ne peut pas m'aider sans lui parler. Et comme je ne sais pas ce que Matthéo en pense. Il est focalisé sur les études de médecine. Il veut faire de grandes études et c'est louable. Il y a moi qui est passionnée de couture et qui ne sait pas quoi faire après le lycée. Je n'ai jamais eu d'ambitions professionnelles telles que me voir dans de grandes maisons de couture parisiennes ou italiennes. Alors je ne peux pas comprendre.

Je regarde Edward courir partout dans la forêt depuis tout à l'heure. Je n'ai aucune idée de ce qu'il cherche. Il m'a dit avoir repéré une proie potentielle qui serait susceptible d'assouvir sa soif mais elle lui a échappé. Je ne peux m'empêcher de rire. Edward me sourit timidement sans savoir quoi me répondre. La situation est absurde. Je lève les yeux au ciel. Edward est pourtant le plus rapide d'entre nous. Je ne comprends pas comment une proie peut lui échapper. Ma vision repère la fameuse proie et je pense qu'à deux on doit réussir à mettre la main dessus. Un regard entre nous et nous concluons que se séparer pour piéger la proie est une bonne idée. Autant essayer on a rien à perdre. Nous courrons aussi vite que possible et le miracle se produit, Edward bondit et attrape l'animal en question. Il la mord et consomme l'animal rapidement. Je repère une proie potentielle que je mords aussi et le reste de son hémoglobine coule dans ma gorge. J'essuie une goutte qui me reste au coin des lèvres. J'ai presque envie de rire parce que c'est très rare de voir Edward stresser pour quelque chose dont j'ignore la raison. Il continue sa progression dans la forêt sous mon œil amusé. Il n'est jamais dans cet état d'habitude ou alors il se passe quelque chose avec Bella. J'ai envie de lui poser la question mais sans être indiscrète. Au pire des cas, j'aurai le droit à une remarque et au meilleur un regard noir de sa part. Je me dis aussi qu'Edward ne se gêne pas pour lire dans les pensées des gens alors je peux me le permettre, non ?

« Il y a un soucis avec Bella ? ».

Cela fait deux mois que je fais partie de la famille Cullen. Un mois durant lequel je me sens comme chez moi, apaisée. Ma scolarité se passe bien. Une chance parce que j'appréhendais ma venue dans le lycée et dans deux semaines il y a une soirée pour débuter les vacances de Noël. Je me demande si Matt va m'inviter. Ses études de médecine lui prennent un temps considérable. Heureusement qu'il est un vampire car en tant qu'humain je ne supporterai pas la pression. Accumuler autant de connaissances en peu de temps n'est pas pour moi. Je me consacre à la couture. Mes travaux ont plu à Esmée qui m'a fait plaisir en m'offrant une sublime boîte de couture. Je ne m'y attendais pas. Un tel cadeau n'a pas de prix pour moi. La couture fait partie de ma vie depuis longtemps. Esmée a eu l'occasion de me surprendre dans ma chambre en plein travail. Je piquais des aiguilles dans le vêtement sur un mannequin en toile. Sa présence n'était pas attendue mais ça m'a fait plaisir. Mon travail est apprécié au moins par une personne.

Edward me regarde un peu surpris. Il fronce les sourcils. Alors je comprends que je n'aurais pas dû poser cette question. Maintenant je le regrette. Je ne veux pas qu'il le prenne mal. Edward est comme un grand frère. Je lui dois beaucoup, avec Carlisle. Ils m'ont aidé lorsque je n'allais pas bien. Ils se sont proposés pour s'occuper de moi lors de ma crise de panique. Il ne semble pas surpris de ma question puisqu'il ne proteste pas. Il s'approche de moi. Il me sourit gentiment.

« Non, ce n'est pas Bella ».

Si ce n'est pas Bella, je me demande ce qui rend Edward nerveux. Il veut parler je le remarque mais semble se résoudre à chaque fois. Je pensais que l'on était suffisamment proche pour se confier l'un l'autre si besoin mais je me suis trompée. Peut-être que c'est de ma faute, que j eme suis attachée à cette famille trop vite et maintenant je me sens comme perdue, sans savoir quoi dire de plus ? Voilà. J'ai encore tout gâcher. Il va falloir que je cesse de me poser un tas de questions, c'est inutile et je ne veux causer aucun mal. J'espère qu'il est au courant.

Edward reporte son regard sur moi. Il semble intrigué. Ce n'est pas la première fois que je me confie. Il connait toute mon histoire. Et c'est la chose la plus personnelle que je peux partager avec une personne. Il ne veut pas en dire davantage, d'accord je n'insiste pas. Je reporte mon attention sur autre chose. Je commence à me demander si ce n'est pas en lien avec moi. Je chasse beaucoup avec Edward ces derniers temps. J'aime bien chasser avec lui, là n'est pas le soucis. C'est un grand frère, celui que je n'ai jamais eu. Alice a le rôle de grande sœur mais nous avons été séparées pas mal de temps. Elle est passée à autre chose on va dire. Elle a trouvé Jasper. Et je ne suis pas du genre à demander de l'attention.

« Tu penses à Matthéo ? ».

Bizarrement, j'attire son attention. Voilà donc le fameux sujet sur lequel Edward semble préoccupé. Cela tombe bien, moi aussi. Je me pose beaucoup de questions à son sujet.

« Tu lis dans mes pensées ? C'est moi qui le fait d'habitude ».

« J'ai raison ? ».

Tout ce qu'il trouve à répondre c'est de rire. Je le regarde vexée et cesse de parler sur le chemin du retour à la maison. J'ose lui poser une question dont je ne connais toujours pas la réponse. Résultat, rien ne va s'arranger. Après tout il y a presque de quoi rire jaune, Matt est tellement occupé. Je n'ai pas non plus l'impression qu'il me regarde. Il a de l'intérêt peut être à mon égard mais je me mets à espérer quelque chose que j'ignore. Les visions de ma sœur nous concernant tous les deux me rendent septiques. Il faut que je sache, non ? En plus, Edward ne nie pas. S'il ne veut pas me le dire je vais me débrouiller pour le savoir.

« J'y pense tout le temps et Jasper encore plus ».

« Un lien avec Matt ? ».

« Je ne l'ai plus revu depuis hier soir, il est resté toute la nuit à l'hôpital. Il ne veut plus en sortir sous prétexte que ses révisions n'attendent pas et que moins il vient au lycée mieux il se porte ».

Je ne sais plus quoi répondre. Insister ne fut pas une bonne idée mais j'ai besoin de savoir, d'être au courant. Matt souffre et se réfugie dans le travail. J'ignore tout depuis le début. Moi qui me suis isolée. Moi qui n'est pas cherchée à comprendre davantage. Il souffre encore des rumeurs qui circulent le faisant passer pour un garçon sans cœur auprès des filles, d'un garçon populaire sans l'être auprès de tous les élèves, cette image inventée et idéalisée qui traverse les sociétés et les médias. Cette image ne montre pas les qualités de la personne. Non, trop facile et pas assez intéressant. Il faut casser cette image. Donc c'est à Matthéo de changer ? Hors de question. C'est une personne ayant de belles qualités. Il n'a pas à se justifier auprès des autres. Il vit pour lui. Il se plonge dans le travail pour sortir de ses pensées, les rumeurs subies au lycée. Travailler pour aller mieux jusqu'au lendemain où remettre les pieds dans un établissement scolaire relève d'un parcours du combattant.

« Je n'ai pas cherché plus loin » dis-je doucement. « Il ne rentrera pas ce soir ? ».

« Aucune idée, avec un peu de chance oui. Jasper lui a parlé aujourd'hui, il a trouvé les mots justes, encore une fois ».

« Je le lui souhaite, il mérite d'aller mieux » dis-je avant d'ajouter. « Il faut que je l'aide ».

Edward m'explique que la situation est compliquée. Je me sens de nouveau vulnérable. L'aider est sans doute la seule option qu'il me reste et je me sens comme obligée de tenter ma chance.

De retour à la maison, je constate que ma sœur Alice est dehors et tient un bel appareil photo dans les mains. Elle est concentrée sur les gestes de la jeune femme qui doit être son modèle pour la journée.

« Que fait Alice ? ».

« Des photos pour son blog » me dit Edward. « Alice a un talent. Tu veux voir de plus près ? ».

Je hoche de la tête positivement en guise de réponse. Je suis curieuse de connaitre une nouvelle facette de ma sœur. Alice photographie une fille que je ne connais pas. Ses gestes sont précis puisqu'elle lui donne des conseils. Je n'ose pas m'approcher de peur de les déranger ou de les interrompre dans leur travail. La jeune fille me sourit poliment et écoute les paroles d'Alice qui elle n'a pas remarqué ma présence. Elle est concentrée. Je regarde Edward afin de lui signifier qu'il vaut peu-être mieux les laisser travailler en paix mais me fait non de la tête. Je ne discute pas plus et regarde la séance photo qui se déroule dans le jardin, une chance que le temps soit favorable.

« Je te présente Marie, une amie du lycée qui souhaite entrer dans le domaine du mannequinat. Je l'aide un peu en la mettant en vitrine via mon blog et grâce à elle, je peux partager mon travail et Marie a une visibilité » me dit ma sœur en se tournant vers nous.

« Un échange de bon procédé » complète Marie. « Tu es sa sœur ? Ravie de te rencontrer enfin, je suis Marie. Alice m'a dit que tu étais douée en couture, je parie que tu fais des merveilles ».

« Tout à fait » ajoute Rosalie en s'approchant.

« Une dernière photo et je te libère Marie ».

Je ne m'attendais pas à de tels compliments. J'explique rapidement mon travail à Marie qui m'écoute attentivement et Alice ajoute que j'ai du talent dans le domaine. Il faut dire que la couture est devenu un échappatoire. J'ai l'esprit apaisé, sans pensées négatives. Je peux créer autant que je veux, recommencer si c'est nécessaire. Coudre est prenant mais le résultat final en vaut vraiment la peine. Il m'est arrivée de rester des nuits entières sur des modèles. Une chance que je sois un vampire aux capacités de fatigue quasiment inépuisables.

« Merci Alice, les photos sont très belles » dit-elle en regardant l'appareil photo.

« Sans un modèle, je ne peux pas travailler ».

« Tu fais des photos depuis longtemps Marie ? » demandais-je.

« Environ un an. J'aime le travail d'Alice. Son blog est accessible à tout le monde et ça m'aide à décrocher des entretiens pour des agences. Une chance que l'on soit dans le même lycée ».

« Merci Marie » dit Alice en rangeant son appareil photo dans un sac. « Passe une bonne fin de journée, on se voit plus tard ».

Marie quitte le domicile en nous saluant. Elle est de la même taille que Rosalie et elle a des cheveux colorés magnifiques. Peu de personnes peuvent se permettre de se teindre les cheveux en rouges sans que ça fasse vulgaire. C'est comme si Marie était née avec cette couleur. On dirait la Petite Sirène. Je suis certaine qu'elle fera carrière d'ici peu de temps et qu'elle gardera les pieds sur terre. Je l'a connais peu mais en tout cas, elle dégage une aura positive et joyeuse. Elle semble ravie de cette séance photo et Alice aussi.

« J'aimerai te proposer de participer à l'une de mes séances photo » se lance Alice.

« Comment ? » dis-je surprise. « Tu es sûre ? ».

« Pourquoi pas Aurore, ce serait une bonne expérience » s'enthousiasme ma sœur.

« Pourquoi ne ferais-tu pas ce projet avec Rosalie ? » dis-je pour tenter de changer de sujet.

« J'y ai déjà participé » répond l'intéressée.

À ce moment, je me sens comme prise dans un engrenage et c'est une sensation stupide. Ma sœur ne me veut aucun mal et cette proposition tourne en boucle dans mon esprit. En fait, je me sens déstabilisée. Alors que je ne dois pas. Alice veut simplement me donner une chance de participer à son travail et c'est une bonne idée, c'est généreux de sa part. Elle voit peut-être quelque chose chez moi d'interessant pour son projet. Sauf que l'image que j'ai de mon corps n'est pas la meilleure. Je manque de confiance. Et je ne suis non plus certaine d'être la bonne personne pour ce projet. La question est: qui est la bonne personne ? Sans hésitation, je dirais Rosalie parce qu'elle a un physique de mannequin. C'est une femme magnifique. On ne peut pas le nier. Et pourtant, ce n'est pas ça qui doit nous arrêter de la connaitre. Elle a beaucoup de qualités. Je ne veux pas briser le cœur de ma sœur. Alice mérite mieux. Et en plus, je ne veux pas lui causer de tords. Alors je ne sais pas quoi répondre.

Autant dire que mon cœur se décompose en voyant Rosalie sous un autre jour. Il y a de quoi tomber amoureuse directement. Rien qu'avec une photo. Rosalie a bien plus de charisme que moi. Elle a une prestance naturelle. Elle a une aura. Moi qu'est ce que j'ai ? Pas grand chose comparé à sa beauté. Les photos défilent sur l'écran de l'ordinateur et elles sont aussi belles les unes que les autres. C'est impressionnant. Je me sens encore seule, avec l'envie de me cacher, pire de m'enfuir sous la terre.

« Rosalie, tu es si belle » dis-je d'un coup.

« Le talent du photographe » répond t-elle directement.

« Et du modèle » dit Alice satisfaite du compliment.

Ce n'est pas une bonne idée. Je ne suis pas prête. Je ne peux pas. Avec mes années passées à l'hôpital, je n'ai pas une bonne estime de moi-même. Mon corps est banal, il ne dégage rien de particulier à mes yeux. J'ai été bourrée de médicaments. Ma peau est pâle, je n'ai pas de charisme. Honnêtement, ce shooting est une mauvaise idée. J'ai envie de crier. Je me pose beaucoup de questions. C'est quand même étrange. J'aime ma sœur, j'ai envie de l'aider mais pour ce coup-ci, je ne m'en sens pas capable. Je ne peux pas poser devant son objectif photo. Avec toute la bienveillance du monde, j'ai l'impression d'être condamnée à me morfondre sur moi au sujet de l'acceptation d'un corps, le mien. Ce n'est pas comme cela que j'ai envie de l'accepter maintenant.

Je recule doucement et pars en direction des escaliers. Une main se pose délicatement sur mon bras. La sensation de sa peau est douce et fait que mon regard sur Alice qui me regarde avec un air désolé au visage. Cette vision me fait mal. Décevoir les gens est ce que je déteste. Voir de la déception dans les yeux d'Alice est ce qu'il y a de pire. Je ne veux pas qu'elle m'en veuille. Je ne veux pas de la distance entre nous. En aucun cas, je ne veux de la peine dans ses yeux. Elle travaille dur pour son blog. Retoucher les photos, écrire les textes, appeler Marie et un tas d'autres démarches demandent un travail constant et sans compter ses heures. Je suis consciente de ça. Mais pas pour poser en lingerie comme voulu. Je sais que cela parait étrange car j'ai vécu dans une Maison close où le regard des filles sur leur corps était très différent du mien. Elles parlaient d'acceptation.

« Je ne t'en veux pas ».

Son regard est bienveillant mais je me doute qu'elle est déçue. Ma sœur ne me le dirait pas clairement. Elle ne veut pas se vexer. Oui, ma sœur est passionnée par la mode et a ouvert son blog depuis un an. Elle s'est liée d'amitié avec une fille au lycée qui souhaite devenir mannequin et le blog de ma sœur est une vitrine supplémentaire. De plus, elle peut ajouter cette courte expérience à son CV. C'est une opportunité. Je les laisse discuter de ça ensemble lorsque je suis près d'elles car je n'y comprends pas grand chose. Je sais et j'aime coudre, ça s'arrête là.

« Vraiment ? ».

« Non, je n'aurai pas dû insister, excuse-moi ».

« Non » ajoutais-je.

Je continue de monter les marches de l'escalier avant de me diriger vers ma chambre qui se trouve à l'angle au fond du couloir. Celle de Matthéo n'est pas loin et je me demande s'il est rentré et je pense que non. Il doit encore être à l'hôpital. Je profite du temps qu'il reste avant la tombée de la nuit pour prendre une douche. J'enlève mes vêtements et les laisse trainer sur le sol de la chambre. Je ne m'en préoccupe pas pour l'instant. L'eau de la douche se réchauffe au bout de quelques secondes. Elle coule le long de mon corps et semble me réchauffer, ironique car ma peau est dure comme de la pierre et froide comme de la glace. Les vampires sont des êtres incroyables mais aussi morts. Cette partie là n'est pas connue des humains. Ils ne voient que l'apparence. Nous sommes inconnues à leur yeux, nous sommes un peu étranges ou intrigants.

Une fois sortie de la douche, je mets un peignoir. La chambre est éclairée faiblement. Je n'ai allumée que la lampe de chevet. Je me mets à regarder l'environnement dans lequel je vis. Dans une belle maison, aux côtés de vampires incroyables, scolarisée dans un lycée et je peux rêver à autre chose telle une jeune fille comme les autres. En fait, la normalité me manque parce qu'au moins je peux avoir des perspectives.

Un bruit qui ne vient pas d'ici attire mon attention. Je me redresse d'un coup, me demandant qui est la personne qui veut entrer dans ma chambre. Je me repasse toutes les personnes de la maison mais c'est en ouvrant la porte que je reconnais Matthéo. Il se tient devant moi, les bras le long du corps, le regard fatigué et ce qui me frappe ce sont ses larmes aux yeux. Il semble être dans un état déplorable et cette vision me fait mal. Je n'ose pas lui demander le pourquoi du comment, je le prends dans mes bras. Dans ces cas là, rien ne vaut un câlin. Un geste assez simple qui peut réchauffer les cœurs les plus froids. Cela ne fera pas de miracles mais au moins, j'aurais essayé quelque chose. Contre toute attente, il ne semble pas riposter. Il n'est pas opposé à ce que je prenne l'initiative de le serrer contre moi. J'en avais envie pour être honnête. J'allie cela à sa détresse du moment. Il est vulnérable. Je pensais qu'il resterait une nouvelle nuit à l'hôpital. Jasper a eu effectivement les bons mots pour qu'il rentre à la maison et au lieu de discuter avec Carlisle ou Emmet, c'est à ma porte qu'il vient frapper. Je n'ai aucune idée de ce qu'il va me dire et moi non plus. Il répond enfin à mon étreinte. Je pense qu'il a compris que se laisser aller est une bonne idée. Ne pas penser à autre chose. Je n'ose pas détacher mon regard du sien que je croise une seconde. Il est triste. Je n'ai jamais vu un garçon dans un tel état.

Pour tenter de le calmer, je frotte son dos. Cela semble faire effet. Il respire plus lentement. C'est étrange pour moi de voir une personne qui fait désormais partie de ma famille dans un état de mal-être. Je n'ai pas l'habitude et je ne sais pas comment réagir ni quoi dire pour arranger les choses. S'il y a quelque chose à arranger. S'il veut parler, je l'écoute sans soucis. J'ai envie de comprendre.

« Tu veux t'asseoir ? ».

Il acquiesce positivement et s'assied sur un coin du lit. Je le regarde toujours debout en ne sachant pas quoi dire de réconfortant et encore moins de sensé. Quel est le mot à dire ? Je me sens plus ridicule d'autre chose. Son regard est triste. Il n'ose pas croiser le mien. Il est gêné.

« Tu peux me parler sans problème » dis-je pour meubler le silence qui s'est installé depuis plusieurs minutes.

J'ai l'impression qu'il tremble. J'ai l'impression qu'il a été plongé dans un bain d'eau froide, ses mains tremblent, ses yeux sont rouges à force d'avoir pleuré. On sait que les vampires ne peuvent plus pleurer. Matthéo n'est pas le genre de garçon à masquer ses sentiments. Il a hérité de l'empathie de son frère et ces deux-là ressentent beaucoup de choses. En temps normal, ceux qui ne possèdent pas ce don ressentent les émotions de manière plus amplifiées mais étant emphatique c'est encore pire. Ils absorbent les émotions des gens et je pense aussi qu'ils ont besoin de ça, c'est une nécessité. Comme s'ils fonctionnaient ainsi. L'émotion guide leur choix, leur opinion, leur vie. Cela m'impressionne car être aussi émotif peut être dangereux. Je ne sais pas si j'en suis capable mais encore faut-il le vivre pour le comprendre concrètement. Je ne suis pas empathe.

« Excuse-moi » murmure t-il. « J'ai... ».

« Raconte moi ».

« Je ne suis pas comme ils le disent. Je ne suis pas une mauvaise personne, je n'ai aucune mauvaise attention. Ma famille est ce à quoi je tiens le plus dans ma vie. Et mes frères et sœurs souffrent à cause de ce que je vis au lycée depuis deux ans. Ça me rend malade. L'idée que tu en souffres aussi me rend malade. J'ai demandé à changer de lycée pour avoir conscience tranquille mais ce serait donner raison aux rumeurs. Je ne suis pas un charmeur. Je ne suis pas un garçon qui joue avec le cœur des gens. Jamais je ne ferais ça, c'est malsain. Je t'en pris, ne te fie pas à cette fausse image. Elle est mauvaise. Mes frères et sœurs me connaissent mieux que personne et peuvent témoigner. Je ne suis pas une mauvaise personne ».

« Je te crois » dis-je en le regardant.

« Depuis trois mois, je suis plongé dans le travail. Les cours me prennent un temps énorme. Résultat, j'ai l'impression de te laisser de côté. J'aurais quand même pu prendre la peine de te faire visiter la ville, montrer ce qu'i voir et à faire, te montrer le lever du soleil à l'autre bout de la ville. Mais non, je n'ai rien fait de tout ça et les rares fois où je suis au lycée à cause de mon emploi du temps aménagé, je ne te regarde pas. Sans doute parce que j'imagine que tu t'en fiche ».

« Je suis désolée » dis-je.

« Crois moi ou non mais je t'aime bien ».