Chapitre huit : Dragons et cacahuètes grillées


Les dix jours suivants passèrent à une allure folle. Pour le punir de lui avoir encore désobéi, Edward interdit à Envy de poursuivre la surveillance de Karkaroff ou toute autre mission divertissante et amusante pour à la place suivre Harry et essayer de découvrir qui s'intéressait trop à lui. C'était un cul-de-sac, une impasse complète, une perte de temps. Edward en avait bien évidemment conscience et c'était pour cette raison qu'il lui avait attribué cette tâche. Le vil faux Serdaigle...

Envy se demandait même pourquoi il lui obéissait. Il pourrait tout simplement ignorer sa colère et faire comme bon lui semblait, mais il craignait les fourberies de son ami. Ses vengeances toujours plus terribles provoquaient chez lui un besoin maladif de rester en bon terme avec lui. Pourtant, malgré sa bonne volonté, il perdit vite patience. Tout le monde semblait graviter autour de Harry. Depuis l'article de Rita Skeeter complètement erroné et humiliant sur l'orphelin aux tendances suicidaires, ce dernier se montrait particulièrement désagréable, surtout parce que les Serpentards se faisaient une joie de le rabaisser à chaque opportunité. Le ressentiment de Harry avait fini par déteindre sur toutes ses relations et Envy n'échappait pas à la règle. D'un certain point de vue, c'était même pire avec lui, que Skeeter n'avait fait qu'encenser dans tout le paragraphe lui étant consacré.

Heureusement, Edward avait compris la situation et s'était montré clément. Il lui avait confié la surveillance de Verpey pour compenser, mais celui-ci retourna au ministère pour quelques jours. Envy perdit donc tout sentiment d'utilité. Et c'était loin de lui plaire. Il avait l'impression dérangeante d'être puni comme un enfant après une bêtise. « C'est exactement ce que tu es », lui avait affirmé Edward sans hésitation ni complexe. Sale gosse, aurait-il rétorqué, s'il ne craignait pas des coups redoutablement précis en représailles.

En fin de compte, la mission Karkaroff n'avançait plus, celle de Sirius non plus et en plus, Edward ne lui apportait pratiquement plus aucune aide, toujours avec ses groupies dans les pattes. Une vraie bande de demoiselles en chaleur, dont la vélane Fleur Delacour, l'adversaire d'Envy, semblaient avoir jeté son dévolu sur le blondinet et tentaient par tous les moyens de le séduire. C'était hautement agaçant. Pas une seule fois il ne pouvait croiser son ami sans que ces sangsues ne le collent. Ce qui au début l'avait amusé ne l'amusait désormais plus du tout. Sans s'en rendre compte, la jalousie prit lentement place, exacerbée par la concurrence qui existait déjà entre Delacour et lui en vue du tournoi.

Contrairement à ce que l'on pouvait penser, il ne ressentait que rarement de la jalousie. Son problème tenait davantage de l'envie, ce qui représentait une grande différence, car ce sentiment signifiait qu'il ne possédait rien et convoitait donc les possessions d'un tiers. Pour une fois, sa situation avait changé. Il jalousait Delacour parce qu'elle prenait quelque chose censé lui appartenir — à savoir, Edward. Il détestait ce dérivé de son Péché. Cette peur sourde qui augmentait un peu plus chaque jour, tandis qu'Edward ne remarquait rien. Il accordait autant d'attention à Fleur qu'à Envy.

Mais...

Il était le champion de Poudlard. Pas elle.

Il était celui qu'Edward devait soutenir et aider à gagner le tournoi. Pas elle.

Il était son meilleur ami... Pas elle. Pour qui se prenait-elle ? Comment Edward la considérait-il ? Envy craignait la réponse. Ce qu'il avait dit à Ron n'était peut-être pas si inventé que ça. Peut-être qu'Edward avait réellement eu un coup de cœur pour la Vélane ?

Malgré ses craintes quant à l'abandon dont il pourrait devenir la victime, Envy taisait sa possessivité, même si elle faisait partie intégrante de sa nature. De toute manière, pendant le peu de temps qu'il pouvait passer avec son ami, il n'avait de loin pas l'opportunité de provoquer un scandale. Ils ne se voyaient plus qu'en cours de botanique et de défense contre les forces du Mal, durant lesquels il éprouvait quelques difficultés à discuter de quoi que ce soit. Déjà parce qu'une salle pleine d'oreilles attentives n'était pas un cadre idéal, mais en plus, pour le second cours, la présence de Maugrey tendait bien trop Edward pour qu'il tienne un discours cohérent et davantage que monosyllabique.

Pour l'aider à se détendre, Envy s'était spontanément proposé pour surveiller Maugrey. S'il changeait d'apparence, il pourrait plus efficacement l'espionner qu'Edward, qui devait déjà avoir provoqué sa méfiance.

Au bout de trois jours, il savait déjà que Maugrey était un sacré parano (même s'il n'en avait jamais douté). En plus de ne boire que dans sa propre fiole, il refusait tout repas qu'il n'avait pu vérifié à l'avance. Il avait même hermétiquement ensorcelé ses appartements privés dans lesquels Envy ne put s'introduire, pas même par le plus petit orifice qu'il put trouver. Il comprenait le raz le bol d'Edward, même s'il ne comprenait pas pourquoi il s'acharnait. « Je le sens au plus profond de mes tripes. Il cache quelque chose de louche, ce type ». En fait, ils se ressemblaient assez côté paranoïa.

Néanmoins, l'entêtement d'Edward payait à quelques rares occasions, comme lorsqu'il se mit en tête de découvrir des indices sur la première tache du Tournoi des Trois Sorciers. Pour cette raison, ils se retrouvèrent une nuit à s'enfoncer dans la Forêt interdite après le couvre-feu.

- Tu es sûr que tu as vu Verpey et Croupton aller par là ? s'impatienta Envy en regardant l'air concentré de son ami avec scepticisme.

– Je te dis que oui, on devrait bientôt trouver quelque chose. Si ce n'est pas pour le tournoi, alors c'est quand même louche. Dans les deux cas, il faut ouvrir l'œil. Et fermer la bouche.

Envy retint son croche-pied et se tut à contrecœur. Ils s'éloignèrent du château en silence et marchèrent jusqu'à ce que le lac noir disparaisse de leur vue. La luminosité décroissait et, en une dizaine de minutes, les bois furent plongés dans la pénombre. Mais bientôt, une lueur leur parvint, donnant le chemin. Elle les guida sur une centaine de mètres, devenant au fur et à mesure un éclat éblouissant. Ils entendirent finalement des rugissements et des voix fortes d'hommes en plein travail. Ça y était. Il y avait bien quelque chose par ici.

Ils accélèrent pour déboucher sur une clairière. Là, un brasier les accueillit. En y regardant mieux, ils restèrent bouche bée. Ce n'étaient pas des feux de joie, mais d'énormes bêtes reptiliennes. Des dragons en chair, en os, et en écailles.

Ils se cachèrent dans un bosquet sans les quitter de leurs yeux ahuris. Quatre énormes dragons à l'air féroce se dressaient sur leurs pattes arrière à l'intérieur d'autant d'enclos fermés par d'épaisses planches de bois calcinés. Le cou tendu, ils rugissaient, mugissaient, soufflaient par leur gueule ouverte munie de crocs acérés. Des torrents de feu jaillissaient vers le ciel noir à quinze mètres au-dessus du sol. Vraiment impressionnant.

– Tu dois survivre à ça ?

Envy se mordit la langue en voyant les flammes. À son grand dam, il frissonna.

– Je vais devoir le battre à mains nues ?

– Avec une baguette, idiot, rétorqua Edward avec son air je-sais-tout. Tu vois cette bande de sorciers mous comme des larves courir après un dragon ?

Il secoua la tête, déconcerté par les réflexions idiotes de l'Homonculus.

– Si seulement je pouvais prendre ma vraie forme pour les combattre, maugréa Envy, grognon. J'en ferai qu'une seule bouchée.

– Mais tu ne peux pas, conclut Edward en sortant un carnet de notes sur lequel il commença à griffonner.

– Qu'est-ce que tu fais ?

– Je vais étudier les différentes races pour savoir quels sont leurs points faibles et trouver une solution pour combattre chacun d'entre eux. J'imagine que tu n'avais pas prévu de te préparer, je me trompe ?

– Tu sais, un jour Pince va vraiment te virer de la bibliothèque, commenta Envy. Ou alors vous devriez penser au mariage.

Edward lui lança un regard noir puis étudia encore quelques minutes la morphologie des dragons pour pouvoir les retrouver plus tard dans les livres illustrés. L'un brillait d'une couleur argentée et possédait des cornes pointues. Furieux, il grognait et claquait des mâchoires en essayant de mordre les sorciers autour de lui. Un autre était muni d'écailles vertes et lisses et il se tortillait en tous sens, piétinant le sol de toute sa puissance. Un troisième, de couleur rouge avait la tête couronnée d'une curieuse frange d'épines dorées et crachait des nuages de feu en forme de champignon. Enfin, le dernier, noir, gigantesque, les pupilles verticales comme celles d'un chat, se détachait à peine du décor nocturne. Le plus effrayant restait sa queue, hérissée de longues pointes couleur bronze.

– Y a pas à dire, commenta Edward en continuant à noter. Tu as un sacré bol. Une seule phobie et il faut que la première épreuve porte pile sur elle.

– Les remarques de ce genre tu peux te les garder.

– Je ne fais que dire la vérité... Tu penses que tu vas faire un nouveau blocage ?

– Lâche-moi les basques avec ça !

Pas effrayé d'un sou par l'air lugubre et furieux d'Envy, Edward se contenta de ranger son crayon et son carnet dans une poche de sa robe.

– Je suis sérieux, Envy. Je prends peut-être un ton un peu moqueur parce que j'aime particulièrement t'asticoter, mais je me fais du souci. Ça pourrait très mal finir.

Momentanément calmé, Envy se mordit la langue en enfonçant ses poings tremblants au fond de ses poches.

– Je ferai de mon mieux, grinça-t-il finalement entre ses dents serrées.

Edward savait qu'il n'obtiendrait pas davantage et qu'il devrait remettre le sujet sur le tapis, mais pour l'instant, il décida de ne pas s'y étendre.

– On devra parler des dragons à Harry, déclara-t-il en faisant demi-tour.

– Pourquoi ?

– Peut-être parce que c'est notre ami et qu'il vaudrait mieux qu'il soit au courant pour survivre ?

Envy ne dit rien et lança un regard assassin au dos d'Edward devant lui. Il n'avait pas du tout l'intention d'aider Harry (encore moins depuis qu'il s'énervait contre lui sans raison), ni qui que ce soit d'autre. Lorsqu'il avait jeté son nom dans la Coupe, ce n'était pas en espérant peut-être survivre jusqu'à la fin. C'était pour gagner.

Ce qu'il comptait bien accomplir.


Le samedi précédant la première tâche, tous les élèves de l'école, à partir de la troisième année, furent autorisés à se rendre dans le village de Pré-au-lard. Pendant les grandes vacances, Envy avait réussi à obtenir la responsabilité d'Edward et il put donc légalement l'emmener (tirer serait plus proche de la réalité) jusqu'au village. Il s'était également arrangé pour qu'aucune groupie de Beauxbâtons ne puisse venir les déranger. La journée s'annonçait donc agréable et détendue.

Enfin c'était ce qu'il croyait...

- Tu n'y mets vraiment pas du tien ! s'exclama Edward. Comment veux-tu que ce sortilège fonctionne sur quelque chose qui fait dix fois ma taille si tu n'y arrives même pas sur moi ? Je n'ai même pas les yeux qui piquent.

… Avant qu'Edward ne se mette en tête de lui apprendre le sortilège de conjonctivite qui selon lui était le meilleur moyen de vaincre un dragon. Envy lui faisait confiance pour savoir ce qu'il disait, mais ce sort commençait sérieusement à le barber.

– Faut dire que ma cible est particulièrement minuscule, le railla Envy.

– Tu ne m'auras pas de cette façon, tu le sais ça ?

Envy fit la moue. Il aurait au moins le mérite d'avoir essayé.

– Allez, s'il te plaît, essaie un peu. Je ne te demande pas la lune.

Plein de mauvaise foi, Envy haussa les épaules en lui lançant un regard signifiant clairement que si.

– Je n'ai pas assez de puissance.

– Arrête ton cirque, rétorqua Edward, mauvais. J'y arrive moi.

– Eh bien je suis pas toi.

– Presque ! On a la même Porte !

Edward plaqua ses mains sur sa bouche. Il fit un tour d'horizon pour vérifier que personne n'avait entendu ce qu'il avait dit. La présence prolongée dans le monde britannique leur avait donné le réflexe de la langue anglaise et il n'était pas rare que, même dans l'intimité, ils abandonnent leur langue natale sans s'en rendre compte. C'était un problème qui un jour où l'autre pourrait les mettre dans l'embarras.

– Très malin, le railla Envy en lui donnant une chiquenaude sur la tempe. Cris le sur tous les toits tant qu'on y est. Je peux même contacter Rita Skeeter pour que tu lui dises tout et qu'elle l'imprime dans la Gazette du Sorcier...

– Ai-je entendu « Gazette du Sorcier » ?

Ils se figèrent.

– Envy, c'est bien toi ? se réjouit Skeeter en contournant leurs silhouettes immobiles pour leur faire face. Quel plaisir de te rencontrer ! Mon article t'a-t-il plu ?

Elle était toujours vêtue de façon extravagante et Bozo, son ami photographe, l'accompagnait, son fidèle outil de travail accroché autour du cou. Le regard acéré et curieux de la journaliste passa brièvement sur Edward avant de finalement s'y attarder plus longuement. Elle le détailla de la tête aux pieds, en s'attardant sur son visage légèrement crispé.

– Oui, grinça Envy en affichant un sourire forcé. Il était très bien. Je ne pensais pas vous croiser ici.

– Je me suis installée au village pour pouvoir assister à la première tâche. J'imagine que tu es ici pour profiter de ton dernier week-end avant de commencer ? Vraiment une belle journée pour se promener, n'est-ce pas ? Et tu es venu avec ton petit frère, je vois, tu es le petit blondinet qui était là au ministère après l'attaque de la Coupe du Monde, je me trompe ?

Edward serra les mâchoires en faisant crisser ses dents. Elle l'avait traité de petit deux fois en une seule phrase. Sale garce.

– Ed n'est pas mon frère, répondit Envy en ne cherchant même pas à cacher son sourire moqueur. Il est mon... hum... ami.

Les sourcils de Skeeter tressautèrent avec intérêt et ses doigts boudinés s'agrippèrent violemment à son sac en crocodile, comme si s'empêcher de sortir sa plume et un carnet représentait un effort surhumain. L'hésitation d'Envy avait apparemment nourri son imagination déjà débordante et il se maudit intérieurement. Qu'allait-elle encore en conclure ?

– Je vois je vois, murmura Rita en souriant d'un air polisson. Je ne vais pas vous déranger davantage alors... Je pense que vous avez des choses plus intéressantes à faire aujourd'hui...

Ouvrant de grands yeux, Edward comprit parfaitement le sous-entendu et commença à ouvrir la bouche pour nier en bloc quand Envy enroula son bras autour de sa tête pour le bâillonner de sa main. Punaise, il se faisait avoir à chaque fois par cette satanée technique !

– En effet, nous avons déjà des projets. Mais c'était un vrai plaisir. J'espère que nous nous reverrons bientôt !

– Je n'en doute pas un instant.

Le sourire qu'elle affichait ne lui disait rien qui vaille. Il tourna les talons en emportant Edward avec lui.

– Je ne sais pas ce que je crains le plus... Nos bourdes ou ce que Rita Skeeter en fait.


Évoluant souplement sur les marches menant à la tour Serdaigle, Envy faillit échapper un miaulement joyeux lorsqu'il vit une élève réussir à entrer dans la salle commune. Habituellement, il préférait passer par l'extérieur, puisqu'il arrivait fréquemment que les Serdaigles ne trouvent pas les réponses aux énigmes de leur porte et restent coincés dans le couloir pendant des heures à attendre un esprit plus vif que le leur. Ce soir, il était monté jusqu'ici sur un coup de tête pendant ses déambulations dans les couloirs et il n'avait pas trouvé de fenêtre ouverte.

Il accéléra pour passer entre les jambes de l'élève et ne s'arrêta pas en entendant son couinement surpris.

C'était la veille de la première tâche, et Envy se tourmentait bien plus que ce qu'il voulait bien avouer à tous ceux lui posant la question à longueur de temps. Il n'osait même pas imaginer l'état d'angoisse de Harry, qui avait appris deux jours plus tôt à peine ce qui les attendait.

Ce n'était que par hasard qu'Edward avait su qu'Envy n'avait pas fait passer le message au Gryffondor concernant les dragons et il s'était mis en quatre pour le retrouver le dimanche soir. Mais il arrivait un peu tard, car Harry l'avait déjà découvert pendant le week-end et cherchait avec Hermione un moyen de vaincre la créature contre laquelle il devrait lutter le mardi suivant. Selon eux, les deux autres champions savaient également, car Hagrid avait montré les dragons à Madame Maxime et Karkaroff les avait suivis. Edward confirma que Fleur connaissait l'existence des dragons. Sachant qu'il passait beaucoup de temps à la bibliothèque, elle lui avait demandé des informations, l'air de rien.

La jalousie d'Envy s'était accrue quand il avait compris que son traitre d'ami les lui avait donnés. En plus, il ne lui en avait pas soufflé un mot avant cette discussion. Jouait-il donc sur tous les fronts ? Aidait-il tous les champions ? Le pire, c'était qu'Envy n'osait pas aborder ce sujet avec lui... Avant il n'aurait pas hésité, il aurait foncé, sans aucun filtre. Mais il redoutait la réponse à cette question. Il aurait voulu avoir l'exclusivité, il avait toujours admis qu'il l'avait, étant tous les deux liés par un même secret et un même but. Il avait tort, de toute évidence.

Slalomant entre les pieds de chaises et les jambes des élèves encore debout en ce début de soirée, Envy repéra Edward assis près d'une fenêtre, le nez plongé dans un livre. Il allait finir par devenir un bouquin, à force de ne vivre qu'avec eux. Envy ralentit son petit pas pressé et prit son élan avant de bondir sur les genoux de son ami. Edward sursauta et rattrapa à temps les fesses du chat avant qu'il glisse et atterrisse par terre. Par réflexe, il le poussa au milieu de ses cuisses et Envy se roula en boule en le fixant de ses grands yeux jaunes.

– Monsieur aurait-il le trac par hasard ? se moqua Edward à voix basse.

Envy regretta aussitôt d'être venu. Si c'était pour se faire tanner, il préférait encore rester seul dans un coin. Il tenta de s'échapper, mais Edward l'attrapa par la peau du cou un peu trop fort et en ricanant méchamment.

– Ne t'en fais pas. Tu t'en sortiras bien. Fais quelque chose de spectaculaire et tu attireras l'attention sur toi et dévieras celle qui repose sur Harry.

Edward se tut lorsque plusieurs camarades passèrent devant lui.

– Il suffit de vaincre le dragon.

Il aurait bien voulu l'y voir lui. Pour ce qu'il en savait, il pourrait bien finir grillé comme une cacahuète le lendemain après-midi. Il ne savait pas à l'avance de quelle façon il réagirait au feu, si jamais le dragon en crachait (ce dont il ne doutait pas un seul instant). Malgré les différents plans envisagés par Edward pour terrasser chaque dragon, il savait qu'il agirait comme à son habitude, à l'instinct. Ce qui ne présageait pas d'excellentes perspectives.

Pendant sa réflexion, Edward avait repris sa lecture et ne lui prêtait plus un seul regard. Alors Envy resta couché en boule sans bouger, ses yeux grand ouverts tournés vers la salle qu'il voyait dans son ensemble. Il ne savait pas trop pourquoi il était venu, mais il sentait qu'il en avait besoin. La présence d'Edward avait quelque chose de rassurant.

Tous les poils de son corps se hérissèrent quand un poids tomba sur le milieu de son dos. Il manqua de pousser un juron avant de comprendre qu'il s'agissait de la main de son oreiller improvisé. Le moindre de ses muscles se contracta, redoutant la chute, lorsqu'il serait éjecté. Il avait peut-être commis un impair en pensant pouvoir venir sur lui sans permission.

Sa surprise n'en fut que plus grande lorsqu'il sentit qu'on le grattait derrière les oreilles. Un soupir de contentement faillit lui échapper et il frotta le sommet de son crâne contre la paume ouverte. Edward émit un reniflement amusé et marmonna quelque chose qu'il ne comprit pas avant de reprendre ses gratouillis. Envy crut fondre de bonheur alors qu'il s'étirait de tout son long, ses coussinets prenant appui sur la jambe pour rester en équilibre.

Complètement détendu, il se mit à ronronner. Aussitôt, la main disparut alors qu'Edward le dévisageait fixement.

– C'est vraiment bizarre comme situation en fait.

Envy émit un son de gorge signifiant son mécontentement.

- Parce que tu aimais vraiment ça ? demanda Edward, un sourcil haussé.

Il colla sa truffe fraiche et humide contre sa main et mordilla la peau tendre entre le pouce et l'index pour l'inciter à reprendre son travail immédiatement. Incertain, l'humain reprit son activité en se plongeant avec plus de mal dans sa lecture.

– Il a l'air de bien t'aimer.

Aucun d'eux n'avait senti Luna approcher, pourtant, elle était déjà penchée au-dessus d'Envy et le fixait de ses grands yeux bleus.

- C'est ton chat ? demanda-t-elle, curieuse. Ce n'est pas la première fois qu'il vient dans la salle commune et je l'ai déjà vu plusieurs fois monter dans les dortoirs des garçons.

– Oh euh... Oui, c'est le mien.

– Il est très mignon. Mais il a l'air un peu grognon.

– C'est parce qu'il l'est. C'est une vraie tête de mule. N'est-ce pas ? ajouta-t-il en s'adressant au chat.

– Tu ne trouves pas qu'il ressemble un peu à Envy ? fit remarquer Luna d'un air songeur. À moins que ce soit l'inverse ? Envy ressemble à un chat. C'est bizarre, non ? Au fait, qu'est-ce que tu lis ?

Envy souffla de soulagement. Cette fille le mettait vraiment mal à l'aise, il n'y avait pas à dire.

– Oh, c'est un traité psychomagique sur les phobies. C'est vraiment très intéressant.

– Tu n'as pas l'air absorbé par ta lecture pourtant, remarqua Luna. Tu es inquiet pour Envy, j'imagine.

Curieux d'entendre la réponse, le concerné releva les yeux vers Edward qui le fusilla des yeux en voyant ses oreilles dressées.

– Peut-être.

Envy sourit en coin derrière ses pattes.


Le grand jour était finalement arrivé. Il régnait dans le château une atmosphère de tension mêlée d'excitation. Les cours devaient cesser à midi pour donner aux élèves tout le temps de se rendre sur les lieux de la première tâche. Aucun ne savait quel spectacle les attendait là-bas. Envy lui-même n'avait pas la moindre idée du déroulement des événements. Il sentait l'adrénaline monter et la matinée passa trop longuement à son goût. Lui qui était soumis à l'inaction depuis si longtemps, ce combat contre un dragon lui faisait très envie. Le besoin de se battre pulsait chaque seconde plus fort. Cependant, ses vieux réflexes, loin de la baguette et de la magie, pourraient se révéler fatals pour sa couverture. Edward l'avait assez prévenu contre ce risque et il espérait qu'il ne commettrait aucune erreur.

Pendant le déjeuner qu'Envy passa sous les encouragements de ceux de sa maison, Rogue débarqua dans toute sa mauvaise humeur habituelle afin de le prévenir que les champions devaient dès à présent aller se préparer pour l'épreuve. Un rapide coup d'œil à l'autre bout de la salle lui permit d'apercevoir McGonagall donner certainement les mêmes instructions à Harry qui se leva, blême.

L'Homonculus n'avait pas eu le temps de voir Edward ce matin. Arrivé sur le pas de la porte, il se tourna dans l'espoir de le distinguer dans la foule, mais il paraissait absent. Dommage.

Quand ils arrivèrent dans le parc, il sut où était passé ce fichu nabot pendant le déjeuner. Il grinça des dents en le voyant en compagnie de Fleur à qui il souhaitait manifestement bonne chance. Elle lui répondit par une bise prolongée et Envy rentra la tête dans les épaules avant de suivre Rogue de très près en ignorant obstinément son environnement. Ce dragon, il allait l'exterminer. On verrait bien qui méritait le plus d'attention après ça.


Edward, Hermione et Ron jouaient des coudes pour se frayer un chemin entre les gradins et se trouver une place de premier choix afin de supporter leurs amis. C'était la première fois depuis une éternité qu'ils se retrouvaient ensemble. Ou en tout cas c'était le sentiment d'Edward lorsqu'il s'assit au deuxième rang entre deux groupes de Gryffondors qui riaient bruyamment.

Eux trois ne partageaient pas la liesse générale et restaient silencieux. Ron paraissait verdâtre alors que les mains d'Hermione tremblaient légèrement, même si elle essayait de le cacher. Le malaise d'Edward, quant à lui, était dû en majorité parce qu'il n'avait pas eu l'occasion de souhaiter bonne chance à Envy ni de lui donner quelques conseils de dernière minute. Quand il était passé près de lui dans le parc, l'Homonculus s'était contenté de passer en coup de vent sans même lui accorder un seul regard. Le trac, sûrement. Il espérait de tout cœur qu'il n'agirait pas de manière inconsidérée. Et surtout, qu'il ne reste pas pétrifié face au feu, car flammes il y aurait.

– J'espère qu'ils s'en sortiront tous les deux, pria Hermione d'une voix tremblante alors qu'elle lançait un regard mi-terrifié mi-colérique aux parieurs passant dans les rangs. Enfin... Krum et Fleur aussi, bien sûr...

– Bien sûr qu'ils s'en sortiront, répondit Edward d'un ton confiant. Harry a un plan, et normalement, Envy aussi. S'il n'en fait pas qu'à sa tête.

Il observa les tribunes officielles des juges alors que Madame Maxime, Karkaroff, Dumbledore et Croupton s'y asseyaient en discutant.

-... Les quatre champions devront alors passer le dragon, sans casser les autres œufs ni être blessés, et lui dérober l'œuf d'or, qui est un indice essentiel pour la seconde tâche ! annonçait Croupton par voix magiquement amplifiée.

Ron parut plus vert encore. Il devait réaliser l'étendue de sa stupidité en cet instant.

« Récupérer l'œuf d'or sans casser les autres ni être blessé. » pensa Edward. Il fallait juste espérer qu'Envy ne ferait pas son bourrin comme d'habitude.

Verpey arriva en courant et s'assit au centre de la table des juges.

– Le premier champion à affronter son dragon sera Mr Envy Alighieri, représentant de Poudlard, contre le Suédois à museau court !

Il donna un coup de sifflet. Le silence tomba sur les gradins. Edward se tortillait sur son siège, prêt à se lever pour mieux voir. Enfin... Envy apparut en bordure de l'arène. Aussitôt on l'acclama, Edward le premier et le plus fort. Mettant leurs préférences pour telle ou telle maison de côté, tout Poudlard participait et l'encourageait.

Envy paraissait tout à fait impassible, voire complètement nonchalant. Edward le remercia mentalement de ne pas être venu les mains dans les poches comme à son habitude. Mais il ne voyait sa baguette nulle part. C'était comme si le fait de devoir passer un dragon ne lui faisait ni chaud ni froid. Ca pouvait se comprendre si on connaissait sa véritable forme, mais quand même. Il devrait donner un peu plus le change.

- Bouge-toi ! s'écria-t-il, à bout de patience, en mettant ses mains en porte-voix.

De là où il se trouvait, Envy le remarqua facilement dans la foule. Il l'imaginait très bien s'arracher les cheveux parce qu'il n'avait pas encore sa baguette en main. Cette image le fit sourire et il remédia au problème en la sortant de sa poche avant de sauter dans l'arène. La dragonne lui faisait face, à l'autre bout de l'enclos. Elle couvait ses œufs, les ailes à demi refermées. Entre eux, le terrain se rapprochait du type montagneux avec un sol fait de terre et recouvert de rochers plus ou moins imposants et aiguisés. Le chemin était particulièrement escarpé.

Il avait déjà oublié tout ce qu'Edward avait bien pu lui dire. Il aurait mieux fait de l'écouter au lieu de rêvasser. Promis, la prochaine fois, il écouterait avec plus d'attention.

Il monta facilement sur le rocher le plus proche pour obtenir une vue d'ensemble. Ce fut la première fois qu'il rencontra les yeux jaunes de la dragonne.

Ce qui se passa alors n'était pas prévu.

Elle poussa un rugissement aigu et recula de plusieurs pas.

– Que se passe-t-il donc ? Le dragon semble apeuré. Serait-ce la maison Serpentard qui l'effraie ?

Dans les gradins, les Serpentards semblaient très heureux et riaient à gorge déployée, satisfaits de leur réputation.

Pour Envy, c'était une autre histoire. Un ennemi qui a peur est un ennemi dangereux. Plus encore quand l'ennemi en question pèse environ cinq tonnes et qu'il crache du feu. Elle devait sentir son inhumanité. En plus, dans la chaîne alimentaire, il la survolait de loin et ça ne devait pas arriver souvent à un tel mastodonte.

La dragonne recula encore et referma ses ailes pour protéger ses œufs. Terrorisée, elle émettait des gémissements plaintifs qui inspiraient une certaine pitié. Envy en profita pour courir dans sa direction, se sachant plus rapide qu'elle, qui devait rester sur ses petits pour les préserver. Elle cracha une gerbe de flammes qu'il évita d'un bond sur le côté.

– Inimaginable ! Une attaque frontale, la tactique semble très risquée !

Dissimulé derrière un rocher, il se pencha pour jeter un coup d'œil à la dragonne de plus en plus agitée qui piétinait sous elle, sa queue battant nerveusement derrière elle. Il avait oublié tous ses sorts. Il ne connaissait plus la moindre formule. C'était rare qu'il perde ses moyens, et encore plus qu'il combatte un ennemi plus grand que lui.

Tout à coup, il se sentit vexé de se soumettre ainsi et resserra sa prise sur sa baguette. Il ôta sa cape d'un geste souple et la jeta sur sa droite avant de contourner le rocher vers la gauche.

La cape flamba avant d'avoir touché terre.

– Oh là là, attention !

Trop tard. La dragonne l'avait flairé et s'était tournée vers lui. Il était à découvert et pas assez proche pour lui lancer un sort. Mais pas assez loin pour échapper aux flammes.

Son hurlement de douleur résonna dans toute l'arène.

– Par Merlin !

Dans les gradins, on hurlait. C'était la panique. Quelqu'un fit un malaise.

Les dresseurs de dragons entraient déjà en action, à lancer des sorts d'extinction sur la victime brûlée vive. Une épaisse brume en résulta, plongeant l'arène dans un brouillard épais. Personne ne voyait le corps. Volant sur leurs balais, les dresseurs brandissaient leurs baguettes vers la dragonne et s'apprêtaient à la stupéfixer quand soudain...

– Par la barbe de Merlin, mais que se passe-t-il ! s'écria Verpey en sautant de son siège.

La dragonne n'eut pas le temps de réagir. Envy, derrière elle, lui lança le sort de conjonctivite. Elle l'évita en faisant mine de lui donner un coup de patte. Il l'esquiva d'un parfait salto-arrière qui provoqua des exclamations ahuries et admiratives. C'était l'apocalypse dans les gradins et chez les juges. Plus personne ne comprenait ce qu'il se passait. Les dresseurs, dont certains étaient en train de descendre pour récupérer le corps carbonisé, paraissaient perdus.

Ignorant le chaos que sa réapparition miraculeuse avait provoqué, Envy continua son numéro d'acrobate avant de finalement réussir à provoquer l'ouverture dont il avait besoin. Il sauta sur le dos de la dragonne autour de laquelle il venait de conjurer une chaîne épaisse. Elle tenta de se débattre, remuant des ailes contre le métal résistant, mais sans succès. Il l'avait ligoté solidement. C'était le plan d'ultime secours, celui qu'Edward avait qualifié de « à utiliser en situation désespérée si les six premiers n'ont pas fonctionné ». Il n'avait même pas essayé les autres.

Furieuse, la dragonne hurla à la mort en crachant du feu. Prudent, Envy s'agrippait aux maillons de la chaîne se croisant au milieu de son dos, là où elle ne pouvait pas l'atteindre. Il les escalada sans manifester la moindre difficulté malgré les mouvements frénétiques de la créature qui se secouait dans tous les sens pour le déloger.

Les dresseurs avaient déserté l'arène et les commentaires effrénés de Verpey ne faisaient plus aucun sens, tout comme les cris dans les gradins qui ressemblaient à s'y méprendre à des cris de guerre particulièrement barbares et délirants.

Arrivé contre la nuque de la dragonne, Envy pointa sa baguette dans le vide et conjura une nouvelle chaîne. D'un geste leste, il l'utilisa comme un lasso pour l'enrouler autour de la gueule immense qui continuait à cracher du feu dans les airs. L'atmosphère étouffante causée par une odeur de soufre lui agressait les sens.

Il lui scella ses mâchoires.

Dans un geste tellement rapide que personne ne le remarqua, il lui donna un coup directement sur le haut du crâne et elle s'affaissa. Puis s'échoua sur le sol dans un tremblement de terre qui fit vibrer les gradins.

Victorieux, il resta sur son dos le temps de rejeter ses cheveux en arrière puis glissa le long de son flan pour toucher la terre ferme et aller dans son nid. L'œuf d'or soulevé à bout de bras, il sourit à la foule qui hurlait d'allégresse.

– Mille méduses ! Je n'ai jamais vu un spectacle pareil de toute ma vie !

Envy profita de son moment de gloire avant de se diriger vers l'entrée de l'arène où Rogue, Charlie et McGonagall l'attendaient.

- C'était fabuleux ! s'exclama le frère de Ron, les yeux pleins d'étoiles. Je n'ai jamais vu quelque chose d'aussi extraordinaire de toute ma carrière !

– Alighieri est plein de surprise, répondit Rogue d'un ton neutre tandis qu'il scrutait Envy d'un œil très attentif.

– Comment allez-vous ? Êtes-vous blessé ? s'enquit McGonagall en venant vers lui, les mains tremblantes. Vous avez été touché ? Comment avez-vous...

Envy sourit sans répondre. Il haussa une épaule et se retourna vers les gradins où se tenait Edward qui n'en pouvait plus de crier. De joie ou de colère, il le saurait plus tard. Il avait voulu du spectaculaire, il en avait eu.

- Voyons maintenant les notes du jury ! annonça Verpey en s'épongeant le front couvert de sueur d'avoir tant vécu l'épreuve.

Tous les regards se focalisèrent sur le bout du terrain où les cinq juges étaient assis dans de hauts fauteuils drapés d'étoffe d'or. Le premier juge — Madame Maxime — leva sa baguette magique d'où s'échappa un long ruban d'argent qui s'entortilla pour former un grand neuf. Ce fut ensuite au tour de Croupton de se prononcer. Il lança en l'air le chiffre dix. Dumbledore, lui aussi, donna la note maximale. Les applaudissements de la foule redoublèrent d'intensité. Les Serpentards étaient au-delà de l'euphorie. Quand Verpey lança un dix à son tour, les cris des élèves de Poudlard devaient s'entendre à des kilomètres à la ronde. Puis vinrent Karkaroff et son six. Envy aurait volontiers rejoint la tribune du jury pour lui arracher la gorge, mais il y avait trop de témoins.

Finalement, on annonça Fleur Delacour et un coup de sifflet retentit. Envy sourit en sachant que jamais elle ne recevrait autant d'encouragements de la part d'Edward que lui.