Re bonjour !

En ce moment, l'inspiration ne me quitte plus et plusieurs chapitres sont écrits en même temps. Au début, j'ai eu peur de m'emmêler les pinceaux mais pas du tout, au contraire l'histoire prend une tournure un peu différente. Ce qui fait que je ne m'arrête plus d'écrire, jusqu'à pas d'heure je l'avoue mais c'est bon signe, j'espère que ça va continuer sur cette lancée. Ceci-dit, si vous avez des suggestions, n'hésitez pas à me le faire savoir :)

Et comme j'écris toujours en musique, voici la playlist du chapitre.

Bonne lecture ! ;)


Playlist

« Breathe me » Sia

« No angel » Birdy

« Depend on it » Liam Payne

« Cleopatra » The Lumineers

« Would I lie to you » Charles Eddie

« Photograph » Ed Sheeran

Chapitre n°16

Point de vue d'Aurore

« Crois moi ou non mais je t'aime bien ».

Pour être honnête je suis un peu déstabilisée. Ce soir, je ne m'attendais absolument pas à voir Matthéo en larmes dans ma chambre, perdu sans savoir quoi faire. Il aurait très bien pu aller voir Carlisle, Edward ou encore plus logique son propre frère Jasper. Lui aurait su trouver les mots directement pour le calmer, le rassurer mais c'est moi qu'il est venu voir. Je ne sais pas comment l'interpréter. Je me sens perdue. Prise au dépourvu en fait alors que je ne m'y attendais pas. Matt devait être à l'hôpital mais je suppose qu'il est rentré à la maison plus tôt que prévu. Il a les yeux fatigués, étonnant pour un vampire et le pire ce sont ses mains elles tremblent. Je n'ai jamais vu un vampire trembler de la sorte. C'est déstabilisant et je ne sais pas comment faire pour le calmer. Lui parler ? Être présente auprès de lui ? Oui mais je ne me sens pas utile pour autant. Et je ne vois pas quoi faire d'autre. J'hésite à aller chercher Carlisle mais je n'ose pas affronter son regard. Alors je m'y résous. Je reste aux côtés de Matthéo. S'il a frappé à ma porte, c'est bien pour une raison particulière. Je me détache de lui en le regardant dans les yeux.

« Contrairement à ce que beaucoup de gens peuvent penser, je ne t'ignore pas. Au contraire ».

Il ne m'ignore pas ? Mais il est tout de même distant envers moi. Cela ne m'aide pas. Je pense que cette nuit va m'aider à comprendre davantage le garçon en face de moi. J'aurai aimé que ce soit dans d'autres circonstances car il n'est pas facile de parler d'un sujet lorsque l'on se sent perdu. Les rumeurs qui circulent le qualifie comme étant un homme qui brise le cœur des filles assez facilement, qu'il ne s'attache pas à elles, qu'il s'en fiche des conséquences. Aimer quelqu'un est plus compliqué qu'on ne le pense. On s'investi et notre cœur est mis à rude épreuve. Je dis ça alors que je ne sais absolument pas ce que c'est. Je ne donne aucun conseil et personne ne m'en a demandé. J'ai lu des choses sur le sujet, j'ai lu des tas de livres mais le vivre est différent. On est au cœur du sujet.

« Tu as peur de moi ? » osais-je demander.

C'est la première fois que je pose cette question. Très étrange. Il ne me semble pas que je fasse peur. Aux yeux des humains, je peux oui parce que je peux les tuer en une fraction de seconde mais je ne le ferais jamais. Auparavant oui lorsque la soif prenait le dessus sur la raison. Quand on est un nouveau-né, on ne pense pas aux conséquences, on pense uniquement à notre instinct de survie. Le sang est notre seul moyen de satisfaire la brûlure que l'on a dans la gorge et notre survie en dépend, un comble pour un vampire. Je suis une jeune fille comme d'autres, non ? C'est compliqué pour moi de me rendre compte de tout ça.

« Intimidé ».

Alors, deux options se posent à moi: soit je ris soit je commence à pleurer. Et je ne peux que rire. Les larmes ne peuvent plus couler le long de mes joues. Rire parce que la situation est très étrange. Ridicule peut-être mais je n'ose pas le lui dire, ce n'est pas gentil. D'accord, Matthéo Cullen est intimidé par moi ? Honnêtement, il n'y a rien d'intimidant à propos de moi. Enfin, je n'ai certainement pas la confiance nécessaire pour être apaisée avec moi-même et mon rapport avec mon corps est subjectif. Physiquement, j'ai hérité de cheveux blonds cours ondulés presque bouclés, d'yeux verts et d'une peau blanche comme Blanche-Neige. Alice a hérité d'yeux couleur ambres fascinants, de cheveux noirs et cours aussi et nous faisons quasiment la même taille. Question caractère, je suis timide, je suis indépendante, un peu trop solitaire parfois. Pour ce qui est de mes activités favorites, j'aime rire, j'aime coudre, j'aime regarder les levers de soleil, j'aime chasser, me sentir libre sous la neige lorsqu'elle tombe sur le sol.

Prendre confiance en soi est vraiment quelque chose de compliqué. Bien plus jeune, j'ai pris des doses importantes de médicaments et Alice aussi alors notre corps est abimé par ça. Je ne sais même pas si étant humaine, j'aurai pu avoir des enfants. C'est la question que je me pose. Alors quand j'ai eu Céleste dans mes bras, j'ai compris que tout pouvait être possible. J'ai enfin eu le sentiment de me sentir utile et de me sentir concernée par le destin d'un petit être aussi adorable que Céleste. La laisser m'a fait très mal mais je me devais de le faire pour son bien. Une chance que Carlisle et Edward aient été dans les parages au moment où rien n'allait dans ma vie.

Je reporte mon regard sur Matthéo. Il me regarde surpris. Je le suis aussi et pose la seule question qui me vienne à l'esprit. C'est maladroit mais j'ai besoin de connaitre la réponse.

« Sérieusement ? ».

« Disons que je ressens quelque chose et je ne sais pas comment l'exprimer. Je te promets de faire des efforts ».

Il me regarde dans le blanc des yeux ne sachant quoi dire de plus mais il en a suffisamment dit pour ce soir.

« Je n'ai rien d'intimidant ».

C'est vrai. Rien de plus simple. Je ne veux pas paraitre impolie mais je suis incapable de faire quoi que ce soit. Je n'ai absolument rien d'intimidant. D'autres filles sont plus charismatiques, belles, drôles que moi et je ne sais quoi d'autres qualités.

« Je...» commence t-il à dire.

Mes lèvres se plaquent contre les siennes. Oui. J'en suis bien consciente. J'en ai vraiment envie sans oser me l'avouer réellement. À force de refouler mes sentiments, il est temps que l'un de nous fasse au moins un pas. Si ce n'est pas lui, ce sera moi. Tant pis pour les futures conséquences, je ne veux pas avoir de regret. Je l'embrasse parce que j'en ai très envie. Rien de plus simple. Il n'y a rien à comprendre. Je suis surprise qu'il ne reste pas insensible et qu'il réponde enfin à mon baiser au bout de quelques secondes, qui me semblent interminables. Il est surpris et sa réaction est adorable. C'est spontané de ma part et c'est le but. J'en ai marre de réfléchir, de me poser des tas de questions. Alors je ne sais pas ce que signifie ce baiser. Est-ce que je l'embrasse pour le faire taire ? Parce que j'en ai très envie et que j'ai saisi l'occasion de le faire ? Pour lui faire comprendre que j'ai des sentiments envers lui ? Un peu de tout en fait. Donc pour faire simple, je tente le tout pour le tout en capturant ses lèvres.

Ses mains entourent mon visage. Je suis surprise parce que pour être honnête, j'espérais ce geste. C'est simple, doux, adorable. Ses mains sont grandes, fines et douces, on ne relève pas assez ce genre de détail. Il répond à nouveau à mon baiser. Je suis contente. Au moins, il ne me repousse pas. J'aurai été un peu vexée quand même. Je m'en serais voulu si ça avait été le cas. Me regarder dans le blanc des yeux, partir sans dire un mot et sans comprendre le pourquoi du comment de mon geste. J'avoue avoir eu un peu peur de sa réaction. On ne sait jamais. Il peut mal le prendre et me regarder de manière étrange et partir. Non. Il ne fait rien de tout ça et m'embrasse le plus délicatement possible. C'est un baiser doux, agréable, unique je dois dire. Tant pis pour les larmes qu'il a versé, tant pis pour la tristesse des conséquences de ce geste qui me hantait un peu l'esprit. Je veux le faire spontanément. Le moment est délicat mais je ne me vois pas attendre davantage. Pour une fois que je ne culpabilise pas.

On se détache quand même pour reprendre notre souffle. N'exagérons pas, c'est un baiser vraiment doux mais je n'ai pas voulu l'interrompre en première. Par égo je pense. J'ai envie de rire, de sourire et peut-être de pleurer un peu. Mais c'est un moment agréable alors je me retiens. J'ai quand même envie que ce plaisir dur un peu plus longtemps et c'est la première fois que j'embrasse quelqu'un alors. C'est symbolique en quelque sorte. Je vais arrêter de me poser le pourquoi du comment, c'est arrivé point final. Matt me regarde en étant un peu surpris mais un sourire se dessine sur mes lèvres et sur les siennes aussi. Il semble même rougir et la situation est assez drôle, touchante est le mot le plus approprié.

« Pas besoin de dessin pour savoir que j'en avais envie ».

« Et si je te répondais que j'en ai eu envie aussi sans oser te le dire ? ».

« Tu es insupportable, ce n'est pas bien de me faire attendre » riais-je.

Quelques minutes plus tard, Matt se relève et m'embrasse rapidement avant de quitter ma chambre. À contrecœur.

J'y ai pensé toute la nuit. Une chance que les créatures immortelles ne dorment pas. Je n'ai jamais fait ça de ma vie. En tout cas, j'imagine la vision soudaine de ma sœur et l'envie de rire prend le dessus sur le reste. Elle a dû être surprise. Rire m'a manqué. Un vrai fou rire, spontané. C'est agréable et je ne le contrôle pas. J'aime ce genre de moment. Je prends conscience que je me sens bien dans ma peau. Certes il me manque deux personnes importantes à mes côtés pour partager tout ça mais je suppose que Céleste est dans un bon foyer. De toute façon, elle doit vivre sa vie. Elle aura des moments de joie comme de peine.

C'est dans les couloirs du lycée que j'aperçois Alice. Elle discute avec Jasper donc j'ai une chance de passer inaperçue ce matin. Je me suis levée tôt. J'ai terminé la moitié du livre commencé l'autre jour, je me suis habillée d'une chemise blanche, d'un pantalon Prince de Galles et de chaussures vernies noires. Mes cheveux sont comme ils sont habituellement. Je me demande comment font les filles pour se coiffer tous les matins. Rosalie a tenté de me montrer comment faire de belles boucles avec un lisseur ou encore de me les lisser mais j'ai failli me brûler avec. Alors j'ai laissé tomber. Je laisse mes cheveux tranquille. Le regard d'Alice se pose sur moi et un mince sourire se dessine sur ses lèvres. Elle demande à Jasper de l'excuser une seconde mais son regard se pose aussi sur moi et je comprends à quoi il pense. J'adore Jasper. Il a des mimiques très précises et j'arrive à les analyser rapidement. Comme Alice, il la suit pour venir me voir. J'ai bien envie de me cacher derrière le casier ouvert d'une étudiante à ma droite mais cela n'est pas possible puisqu'elle referme la porte du casier sous mes yeux. Jasper se tient à côté de ma sœur, l'air impassible comme si son visage n'était pas déchiffrable. C'est mal me connaitre cher Jasper.

« Tu n'aurais pas quelque chose à me dire ? ».

Jasper la regarde surpris par sa question directe. Ma sœur est comme ça, directe lorsqu'il le faut et elle adore se tenir au courant de tout. Évidemment les visions lui permettent d'obtenir toutes les informations qu'elle souhaite. Mes flashback ne me servent pas autant et je ne pense pas qu'il s'agisse d'un don sauf pour me souvenir que j'ai embrassé Matthéo hier soir. Exception quand même. Je n'ai pas d'excuses.

« Alice, tu n'exagères pas un peu ? ».

« Pas du tout » contexte t-elle.

« Tu l'aurais su d'une manière ou d'une autre ».

Je regarde la scène amusée sans dire un mot. Amusée parce que pour une fois, je domine les visions de ma sœur. Depuis tant d'années, j'ai pris une décision importante. Pas pour d'autres personnes mais il était temps et logique d'agir. Non ? Alice veut commencer à dire quelque chose et je ris d'avance de ce qu'il va se passer.

« Elle » répond t-elle directement avant que Jasper ne la coupe en posant un doigt sur ses lèvres.

« Pardonne lui » répond t-il exaspéré de l'attitude de ma sœur. « Heureux pour vous deux, mon frère est un peu étrange je l'avoue comme nous tous mais il est incroyable et je suis heureux qu'il ait trouvé une personne incroyable ».

« Oh merci beaucoup » dis-je doucement comme pour me rassurer.

« Une belle prise d'initiative » ajoute t-il avec un sourire collé sur les lèvres.

Je ne peux m'empêcher de sourire. Je n'ai pas besoin de justifier quoique ce soit. Tant mieux parce que ça aurait pris du temps. Maintenant, je me sens comme une jeune femme de mon âge. Surprise de le constater mais c'est une bonne nouvelle. L'envie de faire taire les rumeurs à son sujet est en cours.

Je me retourne vers ma sœur et hoche les épaules. Elle me sourit. Au moins elle ne me fera pas la tête le reste de la journée. Et ma journée commence bien. Je ne veux pas paraitre rêveuse aujourd'hui mais j'ai les mêmes visions qui me hantent l'esprit. Ce n'est pas désagréable, au contraire je rêve de recommencer.

Avant d'y songer davantage, je me dirige vers la salle de cours d'histoire. Je m'installe à une table près de la fenêtre et commence à écouter le professeur parler. On ouvre nos livres à la page demandée. Je me demande si Matt va bien. Question étrange mais je me la pose quand même. Aussi, je me sens comme dans un autre monde, un monde agréable. Cette fois, je pense que l'avenir semble prometteur. Je me suis promise d'être plus spontanée. Aussi pour Élise parce qu'elle me surveille de là où elle est. Je me demande si les histoires d'amour sont celles des films ou des livres que l'on regarde et lis pendant des heures sans penser aux éventuelles conséquences dans la vie réelle. Ma vision est sans doute naïve. Mais j'ai envie de la vivre.
Quand la sonnerie retentie, les élèves quittent la salle de classe les uns après les autres puisque le professeur distribue les copies que l'on a rendu la semaine dernière.

« Mademoiselle Cullen ? ».

« Oui ? ».

« Votre devoir est très bon. Il est rare de lire des copies de qualité comme la vôtre ».

« Merci beaucoup » murmurais-je ravie.

« On se demande comment elle fait pour avoir d'aussi bons résultats » dit une voix féminine.

« C'est clair » ajoute une autre.

Je récupère ma copie en ayant un regard différent d'il y a une minute. J'ai demandé de l'aide pour mon devoir mais je l'ai écrit seule. La documentation est la plus grosse partie du travail. On est en train de m'insulter et d'insulter Jasper à qui j'ai demandé de l'aide. Il a eu la gentillesse de me donner un coup de main.

« Elle sort avec Matthéo Cullen maintenant. Il était temps qu'il ait une copine celui-ci ».

« Ce n'est pas parce qu'il ne sort pas avec toi que tu dois être désagréable » tente de dire Anna.

Anna est l'une des seules personnes de cette classe à ne pas m'ignorer et à être gentille avec moi. Elle me défend de plus en plus et je ne veux pas qu'elle endosse ce rôle.

« Il jette les filles avec qui il sort » lui répond la première fille.

« C'est sûrement un bon prof, tu confirmes ? » dit une voix masculine.

Je ne regarde aucun visage. Je suis horriblement gênée et le prof l'est aussi. Il hausse la voix pour leur dire de se calmer. Ils sortent en riant sans se poser la moindre question. Le prof me murmure qu'il est désolé de leur comportement.

« Ils n'ont pas à te dire ces choses, s'il se passe quoique ce soit d'autres n'hésite pas à m'en faire part ».

Je remercie le prof en sortant de la salle. Il me soutien. Il est clair que sans son intervention, les propos de ces gens auraient empiré. Je déteste être jugée. Je n'arrive même pas à les qualifier. Ma naïveté me perdra. Il est clair que je ne suis pas préparée à subir ça. Je suis quand même ici depuis trois mois et ça dure depuis trente jours. Je commence à comprendre ce que ressens Matthéo depuis deux ans. Ils n'ont pas à me dire que je profite de Matthéo, ce n'est pas vrai. De plus, leur rires est insupportable. J'ai pas encore connu ce type de comportement auparavant alors ça me perturbe un peu. On m'a prévenu que ça arriverait. Matthéo fait pourtant partie des personnes populaires au lycée, des rumeurs aussi fausses les unes que les autres circulent quand même dans l'établissement depuis deux ans. Je ne veux pas qu'il subisse ça encore un an et je me demande ce qu'il faut faire pour clôturer les rumeurs. Apparemment, Matthéo Cullen n'est jamais sorti avec une fille au lycée. Dès qu'il parle à une fille, certains imaginent tout et n'importe quoi et le pire c'est que ça ne va pas en s'améliorant. Je ne veux pas être celle qui comblera la rumeur. Si je n'étais pas moi-même un vampire, je leurs auraient déjà réglé leur compte aux humains.

« Comment tu vas ? ».

« Salut Edward, pas terrible ».

« Il s'est passé quelque chose ce matin ? ».

« J'ai eu des remarques désagréables ».

« De qui ? ».

« Je ne connais pas leurs prénoms ».

Edward me sourit timidement. Il me soutien mais je ne veux pas supporter les critiques gratuites qui circulent dans les couloirs. Il va falloir que ça change. C'est déstabilisant. Je ne pensais pas connaitre ça. Edward reporte son regard noir sur d'autres élèves qui sont en train de raconter des messes basses. Je le remercie du regard et part dans le couloir.

« Attends Aurore ».

« Oui Edward ? ».

« Je dois aller en cours de sport mais il faut que les gens sachent que tu es une belle personne et on fera en sorte que les choses changent rapidement pour toi et Matthéo ».

« Tu n'es pas obligé » dis-je surprise.

« Si » insiste t-il.

Je ne sais pas quoi répondre mais je suppose qu'il sait de quoi il parle. Aujourd'hui n'est pas une aussi belle journée que j'espérais. Je continue mon chemin dans le couloir jusqu'à ma prochaine salle de cours, j'ai cours d'italien en option approfondie. Au moins, je peux travailler une heure sans subir des remarques déplacées à mon sujet car dans ce cours, les élèves qui font des remarques ne sont pas dans la classe. D'habitude, je n'y prête pas attention, pas autant en tout cas et je regrette que ce type de comportement existe encore.

Je me concentre sur le cours qui vient de commencer à peine ai-je franchis la porte de la classe. Le prof me regarde et m'indique de m'asseoir rapidement. Les élèves reportent leurs regards sur le tableau noir. On continue le cours de la semaine dernière. Rien de plus importants pour moi que de me montrer attentive parce que mon esprit est embourbé d'injures. Je veux penser à autre chose.

Arrive l'heure de midi et les élèves sont tous dans les couloirs. Ils discutent, rient et marchent dans les couloirs. En sortant de la salle l'air un peu dépité, je recherche le regard de Matthéo, j'ai besoin de le voir mais ne le trouve pas. J'aperçois quand même Emmet au bout d'un moment qui me semble content de me voir lorsque je marche en sa direction. Il a un visage doux et expressif. On discute un peu de ce qu'il s'est passé ce matin. La matinée commençait bien. Il me rassure sur le fait que beaucoup de gens peuvent penser des choses fausses à notre sujet. Qu'il faut l'accepter jusqu'à une certaine limite mais que ça finira par s'estomper. Cela ne m'aide pas spécialement. J'ai l'impression d'être dans un engrenage. Rien ne semble s'apaiser. Et je ne peux plus rester indifférente.

« J'ai cours de sport maintenant, il va falloir que te laisse ».

« Vous avez tous cours de sport aujourd'hui ? ».

« Cours commun avec Edward et Matthéo va à la boxe ce soir ».

« Bon cours » dis-je doucement.

« Merci ! ».

J'envoie un message à Matt pour lui dire que je suis à son casier, que s'il a du temps libre, on peut se rejoindre quelque part. Par chance, il me répond rapidement et me dit qu'il est juste à deux mètres de moi, une chance. Je l'aperçois de là où je suis et me dirige vers lui.

« Tu vas bien ? ».

Je ne préfère pas répondre à sa question et me glisse directement dans le creux de ses bras. Je veux sentir son odeur de menthe, entendre les faibles battements de son cœur, sentir sa présence tout simplement. Ne penser à rien. Juste lui et moi. Même si du monde nous regarde, tant pis. Oui je l'aime et alors ? Je ne vois pas en quoi des rumeurs stupides doivent mettre l'amour entre parenthèse. De toute façon, les visions de ma sœur Alice sont claires, nous avons un lien. Et le regard des autres ne doit en aucun cas être un frein.

Il respecte mon silence. Me justifier n'est pas forcément utile dans ces cas là. J'ai juste envie d'être près de lui, sans être obligée de dire quelque chose. Il ne dit rien non plus et me serre davantage contre lui. Je me sens bien à cette place. J'ai envie de toucher ses boucles blondes. Au vu des regards qui se tournent vers nous et qui confirment les doutes qui circulent au lycée, cela devient concret. Je n'ai pas peur. Si j'aime une personne, je ne vois pas pourquoi on se cacherait ou je ne sais quoi. Je suis honnête. Et me cacher n'est vraiment pas quelque chose d'envisageable, j'ai envie d'être près de lui, c'est tout ce qui compte.

Il plonge son regard dans le mien, me soulève le menton délicatement avec son pouce et dépose ses lèvres sur les miennes. Je sens que mes yeux se ferment tout seuls. C'est automatique. C'est le sentiment le plus agréable que je ressens. Rien ne peut perturber ce moment. Rien du tout. C'est plus long que d'habitude, doux et c'est le geste qui me fallait. J'ai l'impression d'être dans un monde plus agréable que celui du lycée où les critiques fusent à tout va. Cette fois-ci, ce n'est pas la même chose.

« Mieux » dis-je la joue collée à son torse.

C'est la seule chose que je réussi à dire. Il n'ajoute rien de plus. Je n'ai pas besoin d'entendre de long et grand discours. Surtout si on n'en pense pas un mot, il n'y a pas de raison de se fatiguer et à quoi bon dire quelque chose que l'on ne pense pas. Ce qui me chagrine. Et j'ai peur qu'il me quitte. Cela semble compréhensible. Pourquoi être avec une personne si les rumeurs sont toujours d'actualité et je me demande encore s'il est bien avec moi. Peut-être que les visions d'Alice peuvent se tromper. Cette pensée me fend le cœur. Je ne veux pas regretter quoique ce soit.

Je m'éloigne de lui vraiment à contrecœur. Je me surprends à agir ainsi. Je n'ai jamais été aussi sentimentale, aussi vulnérable aux yeux d'une personne.

Le reste de la journée se déroule dans le silence. Je murmure quelques mots parfois mais la majorité du temps je ne dis rien. En vérité, les larmes me montent aux yeux et après ce qu'il s'est passé aujourd'hui, je ne veux pas en parler. Pourtant ça me ferait du bien. Discuter. Sauf que j'en suis incapable et des pensées négatives envahissent mon esprit. Je me suis même surprise à sangloter dans les bras de Jasper. Il m'a murmuré combien il est désolé mais il est certain que les choses finiront par s'arranger. Une onde d'apaisement, voilà ce dont j'ai besoin. Je suis sûre qu'il va en parler à Alice et à Matt. Je ne veux pas qu'ils sachent.

Trop de questionnements en tête.

« Sèche tes larmes petite sœur » me murmure Jasper. « Je n'aime pas te voir pleurer ».

Je me rends compte le poids que des rumeurs peuvent avoir, je connais les conséquences de ce qu'elles causent chez une personne. Je suis une jeune fille forte. Je ne sais même pas ce que ce mot signifie. C'est quoi une personne forte, « stay strong » comme on le dit si souvent, que signifie cette phrase ? Je n'ai pas de définition précise à donner. Une personne qui a vécu des situations difficiles en peu de temps reste solide, ancrée dans le sol quoiqu'il arrive, c'est ça une personne forte ? J'ai vécu des épreuves. Comme beaucoup de monde. Rien d'exceptionnel. Des gens vivent des maladies, perdent leurs biens, survivent à des catastrophes naturelles, perdent des proches. En vérité, perdre Élise m'a arraché le cœur et abandonner Céleste aussi. Elles me manquent terriblement. Je pense encore pouvoir trouver un moyen de retrouver Céleste un jour. Cet infime espoir me rend encore combative sur ce point.

Après la mort d'Élise, l'abandon de Céleste, je pensais mériter après de longues années de séparation d'Alice le mérite de gouter un peu au bonheur.

Il est en train de me filer entre les doigts.

Ça me rend malade.

Matthéo va me regarder sous un autre œil. Il doit sans doute regretter de m'avoir embrassé.

Lui, mérite mieux. Il mérite une personne qui l'aime. Pas une personne qui se morfond sans cesse. Je me demande encore ce qu'il aime chez moi.