Chapitre neuf : Nymphomane
Le lendemain matin, Envy se réveilla avec une migraine affreuse. Toute la nuit, les Serpentards avaient fêté sa victoire écrasante et sa magnifique prestation. Maintenant, il n'inspirait plus que de l'admiration et une touche de crainte. Il avait battu un dragon à lui tout seul et pratiquement à mains nues. Ce n'était pas rien. Sa côte de popularité avait monté en flèche, et pas que chez ceux de sa maison. Plusieurs élèves de Serdaigle et de Poufsouffle l'avaient félicité ainsi que pratiquement toute la délégation de Durmstrang. Ils l'avaient retenu longtemps après la fin de la première tâche et il ne doutait pas un instant que ses relations avec eux n'en deviendraient que plus étroites. Après tout, pour se mettre un élève de Durmstrang dans la poche, rien ne valait mieux que de battre un dragon furieux.
Il avait enchainé tellement de victoires en une journée sur tous les plans qu'il se laissa bien plus aller que d'habitude pendant la beuverie organisée en son honneur. Il but plusieurs bouteilles de Bièraubeurre d'affilée, chacune pour une de ses victoires. Pour le meilleur score du tournoi. Pour le rapprochement avec Durmstrang. Pour celui avec Krum qui l'avait chaudement félicité (sans mauvais jeu de mots). Pour sa popularité qui ne cessait d'augmenter dans tout le château. Pour l'amitié retrouvée de Harry et Ron. Pour s'être attiré les faveurs d'Edward.
Ce dernier l'avait frappé dès qu'il l'avait rejoint dans la tente des champions. « Ca va pas de me fiche une frousse pareille ? En plus je passe pour quoi moi, maintenant ? Je me suis encore une fois évanoui quand tu es mort ! J'ai l'air d'une mauviette émotive !». Bien sûr, Envy trouvait cette nouvelle réputation tout à fait hilarante. Puis il redescendit sur terre en moins de deux. Plus que six âmes. Aucun d'eux n'eut à le dire à voix haute, ils savaient ce que cette nouvelle mort signifiait.
« C'était brillant ! », « C'était terrifiant ! », Ron et Hermione de leur côté ne réussissaient pas à se mettre d'accord et il n'eut pas l'occasion de suivre le débat en entier. De toute façon, une fois dans sa salle commune et une dizaine de Bièraubeurre consommée, il ne pensait plus à grand-chose d'autre qu'à l'euphorie générale. En clou du spectacle, on lui demanda d'ouvrir l'œuf d'or pour découvrir l'indice de la seconde épreuve. Il ne comprit jamais la réaction de ses camarades à l'écoute de la chanson plutôt mélodieuse qui s'en échappa. Quelqu'un referma bien vite l'œuf qui fut oublié dans un coin. Envy ne s'en soucia plus de la nuit.
Maintenant qu'il était réveillé, il y repensa pendant qu'il se lavait machinalement les dents, courbé au-dessus du lavabo. Il était tellement fatigué qu'il menaçait de se rendormir sur-le-champ, debout avec sa brosse dans la bouche. Le regard plongé pensivement dans le vide, il repensa à la chanson sortie de l'œuf. Il ne se souvenait plus de la moitié des paroles. Quand il serait tout à fait remis de sa soirée, il en parlerait avec Edward pour avoir son avis. D'ailleurs, ce n'était pas la seule chose qu'il devait aborder avec lui, pensa-t-il en voyant que son énorme hématome ornait toujours sa poitrine, plus sombre que dans son souvenir. Il devait encore être à moitié endormi après tout. Embrouillé, il boutonna sa chemise et enfila un pull avant de quitter la salle de bain en passant dans les dortoirs puis par la salle commune pour quitter les cachots.
Sur son chemin, il sentit une multitude de regards peser sur lui et il sourit, flatté. Comme on le lui avait souvent répété, personne ne reverrait jamais un tel spectacle. Et il en tirait une grande fierté. S'il n'intéressait pas Karkaroff avec ça, alors il voulait bien mettre sa main au feu.
Envy arriva bientôt dans le hall et tous ceux qui y étaient le suivirent des yeux quand il passa. Ses chevilles n'en pourraient bientôt plus, s'ils continuaient à flatter son ego déjà surdimensionné.
Dans la Grande Salle, il comprit qu'il s'était trompé quelque part en interprétant ces regards. Dès son entrée, plusieurs têtes s'étaient tournées vers lui, de toutes les tables, incluant celle des professeurs, et ce n'était ni de l'admiration ni de la crainte qu'il ressentait. Plutôt de la pitié. Un éclat de rire attira son attention. À la table des Serpentards, Malefoy trônait au centre de son petit cercle d'ami, Sorcière-Hebdo à la main dont il lisait vraisemblablement des extraits à une masse d'élèves de plus en plus grande.
Ça ne sentait pas bon. Il repensa à Rita Skeeter et comprit l'idée générale de l'article. Curieux, il prit un journal des mains d'une première année et l'ouvrit à la troisième page, sous des regards captivés attendant sa réaction avec impatience.
Les photographies lui sautèrent aux yeux.
D'abord celle de Fleur embrassant Edward sur la joue (encore heureux !). Puis une autre montrait Harry et Edward partageant un fou rire en se tenant particulièrement proches. Finalement, une dernière plutôt équivoque hors contexte montrait Envy et Edward paraissant sur le point de s'embrasser.
Il reconnut la scène immédiatement. Après avoir rencontré Skeeter à Pré au lard, ils étaient allés boire une Bièraubeurre quand soudain Edward s'était plaint d'avoir les yeux en feu. Finalement, ses sorts de conjonctivite avaient fonctionné, mais en retard. Il s'était même moqué du Serdaigle, qui avait tant insisté pour qu'il continue. « Juste retour des choses. Tu le voulais, ton sort, maintenant tu te plains ». Edward n'avait pu répondre que par un gémissement misérable. Envy l'avait pris en pitié et avait simplement attrapé son menton pour vérifier l'état de ses yeux de plus près.
Sorti de cette situation, le cliché prenait un tout autre sens. Il ne voyait pas comment expliquer que non, il ne s'était pas approché dans ce but et que non, Edward n'avait pas les yeux fermés parce qu'il attendait un baiser passionné. Comme si le blond était de ce genre !
Mais ce qui le turlupinait, ce n'était pas forcément le fait qu'il y ait cette photographie, mais plutôt l'ensemble. Que venaient faire Fleur et Harry là-dedans ?
Le titre répondait à toutes les questions qu'il pouvait se poser.
« Un opportuniste jette son dévolu sur les champions du Tournoi des Trois Sorciers »
Envy entrouvrit la bouche en comprenant ce qu'elle avait écrit. Autour de lui, il sentit l'air s'alourdir. Certains devaient être aux anges, à le regarder lire ça. Malefoy trépignait, debout face à la table de leur maison.
« Une gloire éternelle attend le vainqueur du Tournoi des Trois Sorciers et il semblerait que l'appât du gain en attire certains. Le plus avide de tous se nomme Edmoud Elvirc, garçon de quatorze ans élève à Poudlard. En le voyant pour la première fois, une question nous brûle les lèvres : qui est ce mystérieux garçon qui tente par tous les moyens de séduire le futur vainqueur ? La réponse est simple : Orphelin sans le sou au passé trouble, génie des langues, de la manipulation et de la séduction, cet excellent élève aux mauvais desseins rôde autour des champions comme un Détraqueur affamé. Malgré tous nos efforts pour le retrouver, son passé a été soigneusement effacé. Qu'a-t-il à cacher ? Selon des rumeurs dont nous tairons la source, il serait en fuite et aurait demandé l'asile de Poudlard, qui lui a été accordé. »
Envy blêmit. Il releva vivement la tête pour fixer Dumbledore, mais le mage semblait étranger à ce qu'il se déroulait. Confus, Envy passa une main sur son visage avant de reprendre sa lecture.
« Intelligent, il a compris très tôt qu'Envy Alighieri présentait un grand potentiel et a aussitôt jeté son dévolu sur lui. Depuis, il suit comme son ombre l'enfant chéri de Grande-Bretagne, sauveur de l'attaque de la Coupe du Monde, que nous pouvons voir sur ces deux photographies des seules apparitions publiques de Mr Alighieri. Tout d'abord à sa victoire du procès de la Tour du cauchemar l'opposant à la famille Malefoy, puis lors de son retour triomphant de l'attaque Néo-Mangemort. »
L'affirmation s'accompagnait d'agrandissements des dits clichés sur lesquels Edward apparaissait évidemment, légèrement à l'écart. Encore une fois, c'était hors contexte bien sûr. Il craignait la suite.
« Le procès Malefoy contre Alighieri comptait plusieurs mineurs comme plaignants et témoins, sa retranscription a donc été placée sous scellée, mais au détour de quelques couloirs et conversations, nous avons pu, en toute vérité, confirmer la relation amoureuse que semblent entretenir les deux garçons. En effet, le retournement de situation qui a permis de changer le cours du procès fut le témoignage de ce garçon en manque d'attention qui affirma être « l'amant » qui avait passé la nuit entière avec l'accusé. Désormais, nous pouvons nous interroger sur la sincérité de ce témoignage, étant donné la propension d'Elvirc à vouloir s'attirer les faveurs du charmant Alighieri. »
Envy n'y tint plus et grogna derrière son poing. Edward avait voulu se venger et maintenant ça lui retombait dessus. Quel idiot !
« Sa nature de demi-vélane y est peut-être pour quelque chose »
Un sourcil haussé, Envy n'y croyait pas. Skeeter disait n'importe quoi. D'où tenait-elle une telle information stupide ?
« Il semble en effet qu'il soit imperméable au charme de la jeune championne de Beauxbâtons qu'il a séduite. En plus de manipuler son entourage, il semble prendre un malin plaisir à briser des cœurs. Peut-être est-ce une vengeance contre les champions dont il souhaitait faire partie ? Une élève proche de lui nous a rapporté ceci : "Quand on a annoncé qu'il y avait une limite d'âge, il est devenu furieux. Il est sorti de la Grande Salle plus tard pour hurler que c'était injuste et qu'il avait le droit lui aussi à être célèbre. C'était effrayant".
Serait-il en train de préparer sa vengeance contre ceux qui lui ont volé sa chance de popularité ? Rien n'est moins sûr. Après tout, il est toujours là, dans l'ombre, à attendre avidement son jour de lumière. Quel est son objectif ? La célébrité, l'attention du public ? Parce qu'il est orphelin, il désire être aimé et reconnu ?
Le pire est encore à venir, car ce personnage sans scrupule n'hésite pas à séduire les membres de sa propre famille. En effet, quelle ne fut pas notre surprise d'apprendre qu'un coffre fort à la banque Gringotts existait à leurs deux noms ? Il semblerait qu'il ait atteint son objectif et qu'il ait la mainmise sur l'or de son... neveu. Car oui, il n'existe que deux façons de fusionner deux comptes et c'est bien le mariage ou le lien du sang dont ils ont passé le test avec succès. Après maintes recherches, nous savons de source sûre qu'Edmoud Elvirc, oncle incestueux, domine son neveu dont il vole les richesses et auprès de qui il cherche la célébrité. »
– Quoi ?!
Envy tenait le magazine à deux mains et n'en croyait pas ses yeux. C'était impossible. Comment avait-elle pu ?
« Nous attendons bien entendu une enquête approfondie de la brigade des mœurs. Les relations entre cousins au quatrième degré et plus sont acceptées. Au contraire, les relations au-deçà du quatrième degré ne sont tolérées que par une dispense exceptionnelle du ministre de la Magie, et ce, tant qu'aucun des deux sorciers n'est un ascendant légitime naturel ou adoptif ayant autorité sur le second (Ndr : grand-père, grand-mère, père, mère, oncle, tante). Dans ce cas de figure, la relation est formellement interdite par notre Loi Sorcière. Il est temps qu'Elvirc soit arrêté pour les nombreux crimes dont il est l'auteur, avant qu'il ne fasse de nouvelles victimes. Harry Potter semble en bonne voie de tomber entre ses filets, Viktor Krum devrait être la cible suivante. Comment réagiront les pauvres et malheureux champions déjà tombés dans le piège de l'amour ?
C'était Rita Skeeter, reporter à Sorcière-Hebdo. Mes amitiés et mon soutien à Envy Alighieri et aux victimes »
La double page toujours ouverte sous ses yeux, il ne savait plus comment réagir. Son esprit ne répondait plus. Soudain, il sentit une main sur son épaule. Il se tourna à peine pour croiser le regard inquiet d'Hermione.
– Envy...
Il ouvrit la bouche, mais se trouva dans l'incapacité de prononcer une parole. Malefoy et ses Serpentards riaient à s'en décrocher la mâchoire.
– Alors Alighieri, comment tu vas, pauvre et malheureuse victime ? s'exclama-t-il, un grand sourire étirant sa bouche d'un coin à l'autre du visage. J'avais bien dit à Krum de faire attention et de ne pas t'approcher !
Edward avait trop merdé cette fois. S'il perdait Krum, ils n'auraient plus rien pour la mission. Cet idiot de nabot trop sûr de lui ! Et puis quelle idée de flirter avec cette stupide Vélane ! Il aurait dû lui dire qu'elle n'en valait pas la peine ! Si seulement il ne s'y était pas stupidement attaché !
Furieux, Envy referma le magazine dans un claquement sec puis le serra dans son poing.
Il entendit des murmures fascinés et se tourna en comprenant qu'ils annonçaient l'arrivée du principal concerné. Edward, le Chicaneur sous le bras et Luna à ses côtés, entra dans la Grande Salle de sa démarche confiante habituelle, sa queue de cheval se balançant au rythme de ses pas. Pris dans sa discussion avec son amie, il lui fallut du temps avant de remarquer les regards le suivant avec un intérêt presque malsain. Il releva vivement la tête et la colère d'Envy prit le dessus.
Il s'avança d'un pas rageur et lui balança le magazine qui le frappa au torse. Edward l'attrapa maladroitement.
– Ce n'est pas mon genre de lecture, merci.
– Page trois. Lis. Tout de suite.
Le silence autour d'eux palpitait d'impatience. Les quelques spectateurs attendaient l'explosion.
Edward obtempéra. Son ami lui paraissait trop sérieux pour qu'il l'ignore. Il parcourut alors l'article en haussant un sourcil au début, puis un petit sourire lui échappa, suivi d'un fou rire. Fou rire d'ailleurs désormais incontrôlable. Cette fois, c'était définitif, dans le silence de la Grande Salle, on ne voyait et n'entendait que lui.
– Ils se sont crus au premier avril ou quoi ? s'exclama-t-il, riant encore plus fort.
Mais Envy n'était pas du tout amusé.
– Lis jusque là fin.
Calmant son rire comme il le pouvait, Edward continua sa lecture avant de blêmir. Il bégaya quelque chose d'incompréhensible en regardant tout autour de lui. Il regarda Hermione, Ron, Harry en craignant leur réaction, puis regarda en direction de la table des professeurs. Il aurait voulu crier que c'était faux, mais aucun mot ne voulait sortir.
Une clameur commençait à grossir chez les Serpentards et enflait. « Dehors le pervers ! » « Tu devrais aller à Azkaban ! »
Envy le traîna dehors. Sa fureur l'aveuglait. Il s'arrêta dans le hall et prit Edward par le col.
- Avec tes jeux de charme stupide franchement ! rugit-il. Tu te rends compte de ce que tu as fait ?
Edward lui fit les gros yeux alors qu'il parlait trop fort et risquait d'être entendu par ceux restés dans la Grande Salle.
- Tu ne voudrais pas qu'on en parle en privé plutôt ? grogna-t-il.
– Non ! T'as tout foutu en l'air, espèce d'imbécile !
Edward comprit qu'il parlait de leur couverture. Maintenant, c'était la porte ouverte à toutes les rumeurs et à la suspicion. Tout contact avec les champions attirerait la méfiance et c'était sans compter des poursuites judiciaires possibles contre lui.
– Tu penses que je l'ai demandé cet article débile moi ? Même mon nom est mal orthographié ! Je n'ai jamais cherché à voler l'argent ni la célébrité de qui que ce soit ! Tu me connais depuis le temps, espèce d'idiot !
– Justement ! Peut-être que ton ancienne célébrité te manque ! cria Envy, à bout.
– Je n'en avais rien à foutre de ma célébrité ! Je te rappelle juste que je l'ai quitté pour toi !
Le visage d'Edward se ferma et il resta silencieux un moment, l'air sombre. Il avait merdé, oui, il voulait bien l'avouer. Jamais il n'aurait pensé que mis bout à bout, toutes ces combines pourraient provoquer cet effet-là. Fleur lui échappait complètement, ainsi que sa réputation tout entière. Mais il pouvait encore sauver quelque chose.
Edward avait pris sa décision lorsqu'il foudroya Envy du regard.
- Si ton petit cœur ne supporte pas mon comportement, va plutôt pleurnicher avec Krum, en tant que victime de mes horribles desseins pervers, vous devriez bien vous entendre ! cria Edward assez fort pour que tous puissent l'entendre. Tu es vraiment un beau salau —
– Je pense qu'il serait bon que vous ne terminiez pas cette phrase, conseilla Dumbledore, qui venait de sortir de la Grande Salle. Mr Elric, j'aimerais vous voir dans mon bureau.
À ses côtés, le professeur Flitwick paraissait grave et évitait sciemment le regard de son élève. La tête haute, Edward emboîta le pas du directeur sans manifester le moindre remords. Mais, bizarrement, avant de disparaître dans les escaliers, il lança un regard coup d'œil discret à Envy et lui fit un signe léger de la tête en direction du parc.
Envy n'en comprit la signification qu'après son départ. Il suivit la direction qu'avait prise son signe et il vit le lac. Sur lequel se trouvait le vaisseau de Durmstrang. Cet idiot savait gérer les situations d'urgence quand il le fallait, y avait pas à dire. Il venait de sauver les derniers meubles qu'il leur restait. En s'éloignant définitivement de lui, il permettait de garder la réputation d'Envy à peu près sauve afin qu'il puisse continuer à fréquenter Krum.
Personne dans le château n'ignorait plus rien de l'article et les rumeurs couraient dans les couloirs. La plus connue soutenait qu'Edward avait enlevé Envy à sa famille et que désormais le couple fuirait pour rester ensemble. Mais Edward, en coureur de jupons confirmé, n'avait pas pu résister à la tentation de séduire des célébrités en la personne des champions. L'article de Sorcière-Hebdo les avait donc fait rompre, car Envy, malheureux comme une pierre, se sentait trahi en voyant les sombres manigances de son oncle.
C'était tellement tiré par les cheveux qu'Envy se prit à rire plusieurs fois dans la journée. Il n'avait jamais entendu de pires rumeurs que celles-ci. Et c'était à l'avantage d'Edward, car certains ne croyaient pas un traitre mot de ces romans à l'eau de rose. Ils étaient peu. Seuls les professeurs avaient assez de recul pour ne pas croire tout ce que Skeeter avait rédigé, mais certains points restaient mystérieux. Leur lien familial, entre autres. Personne en les voyant n'aurait pu dire qu'ils partageaient des gênes alors que leurs physiques s'opposaient complètement. Pourtant, certains commençaient à leur trouver des points communs, plus bizarres les uns que les autres.
Toutes leurs théories bancales, Envy les trouvait ridicules. Il ne corrigeait même plus les élèves qui lui posaient la question. Ils étaient déjà persuadés que cette histoire sordide ne pouvait qu'être réelle. En fait, ça les amusait sûrement. Les humains, friands de potins, s'avéraient mille fois pires à cet âge. Le scoop tourna cent fois dans Poudlard avant d'en ressortir totalement transformé.
Ce fut pire quand Madame Maxime provoqua un scandale et exigea qu'Edward soit livré immédiatement aux Aurors pour être jeté en prison. Dumbledore eut une longue conversation avec elle dans son bureau avant qu'elle reparte vers son carrosse. On ne vit aucun élève de Beauxbâtons de toute la journée et leurs repas furent sûrement envoyés là-bas directement. Certains jaloux de la relation entre Edward et Fleur parurent se réjouir tout en discrétion du discrédit du Serdaigle.
Verpey et Croupton durent intervenir à leur tour plus tard dans l'après-midi quand l'histoire leur parvint. Edward fut cherché en plein milieu d'un cours de défense contre les forces du Mal particulièrement pénible, et personne ne le revit du reste de l'après-midi. On raconta même qu'il n'était pas retourné dans les dortoirs des Serdaigles la nuit suivante. Les rumeurs ne firent que s'amplifier le lendemain matin. On disait qu'il avait été mis en quarantaine pour éviter qu'il utilise son charme de vélane et qu'il agresse sexuellement ses camarades de dortoirs. Cette affaire prenait une tournure dramatique qui inquiétait Envy.
Il crut qu'ils avaient déjà atteint le fond quand, le lendemain, Edward ne reparut pas. Les rumeurs sur sa quarantaine possédaient-elles un fond de vérité ? Envy ne recevait plus aucune nouvelle. Où était passé le Serdaigle ? Pourquoi Dumbledore s'était-il absenté ? Envy n'avait reçu aucune information de personne, malgré la foule qui se pressait pour l'interroger et lui demander comment il prenait tout ça. Il ne répondait même plus. Malefoy en profitait pour le mettre plus bas que terre, quand il le pouvait, car un sentiment collectif de protection agitait les élèves pour Envy, la « pauvre et malheureuse victime ». Il les haïssait pour cela. Mais il ne pouvait rien contre.
Alors, en fin d'après-midi du lendemain de la parution de l'article, on le convoqua lui-même. Apparemment, Edward et lui avaient échangé les rôles par rapport au procès de l'an passé. Maintenant Envy eut affaire à la Protection de l'enfance magique (bien qu'il n'était plus un enfant, on considérait que le « kidnapping » ait pu avoir lieu quelques années plus tôt, avant d'atteindre sa majorité). Il leur raconta la vérité, comme quoi ils étaient cousins, que les informations de Skeeter n'étaient rien d'autre qu'un ramassis de rumeurs, et qu'il n'avait jamais eu la moindre relation plus qu'amicale avec Edward. Il le jura sur sa magie pour faire bonne mesure.
Dumbledore, contraint par son contrat à protéger Edward, réussit à le laver de tout soupçon auprès des autorités, mais le mal était déjà fait pour le reste du monde sorcier britannique. Il n'avait plus aucune crédibilité. Malgré un discours le soir même pour faire part à toute l'école des informations erronées de Rita Skeeter, les opinions demeurèrent inchangées.
Le troisième jour, Edward réapparut comme par magie. Les élèves chuchotaient sur son chemin et le montraient du doigt en l'évitant. Toutefois, personne n'osait lui adresser la parole pour obtenir sa version de l'histoire. Il était complètement seul. Plus que jamais, son isolement manifeste ne paraissait pas l'atteindre. Ce fut clair lors du déjeuner qu'il passa à manger sans se soucier du brouhaha ni de la distance de sécurité inconsciemment formée entre lui et le reste de l'école. C'était comme si ça ne le dérangeait pas le moins du monde.
Envy se souvint de ce que Edward lui avait révélé sur son exécution à Amestris. On l'avait jugé pour haute trahison de tout un pays, et à côté de ça, rien ne pouvait l'ébranler, sans aucun doute. Ici, on le trouvait dégoutant et pervers, mais personne ne voulait le tuer (enfin à part Madame Maxime, certainement). En plus, qu'avait-il à perdre ? La justice avait statué son innocence. Sa seule perte était d'ordre social, par exemple, les seules quelques amitiés qu'il avait liées. En particulier Hermione, Harry et Ron qui paraissaient bizarrement absents. La nouvelle célébrité d'Edward avait complètement éclipsé le Garçon-Qui-A-Survécu et tout le monde oublia le précédent article de Rita Skeeter le concernant.
Envy serrait les dents à chaque fois qu'il les voyait. Il leur en voulait. D'eux quatre, eux seuls pouvaient soutenir Edward dans cette épreuve et ils n'agissaient pas. Ils restaient à l'écart des débats et évitaient tant le Serpentard que le Serdaigle. Envy de son côté ne pouvait qu'observer de loin. Il devait rester le plus neutre possible, et profiter de l'occasion offerte par le sacrifice d'Edward pour se rapprocher de Krum.
Le scandale l'avait propulsé dans cette direction et le quatrième jour, Krum et lui avaient pu discuter vraiment pour la première fois. L'attrapeur ne lui avait pas posé de question sur l'article, ni sur quelque sujet dans ce goût-là et s'était contenté de discuter de choses et d'autres avec lui. Envy avait compris que le champion ne réagissait ainsi que par pitié, et sa susceptibilité faillit l'envoyer paître. Mais ça n'aurait pas été faire honneur à Edward, alors il mit sa fierté de côté.
Il profita de la présence compatissante de Krum pour devenir son ami. Les deux prochains jours, il les passa avec lui. Que ce soit aux repas comme pendant leurs pauses, ils échangèrent plutôt beaucoup compte tenu de l'hermétisme du garçon. C'était un vrai bond en avant. Il en viendrait même à trouver le timing parfait.
Néanmoins, ça ne dura pas, car c'était avant qu'il ait son premier vrai contact avec ses amis de Gryffondors pour leur cours commun de Soin aux créatures magiques. En effet, ils lui transmirent une nouvelle qui le fit sortir de ses gonds. Edward se faisait apparemment harceler par des Serpentards trop zélés et le trio les avait trouvé en train de le malmener. Bien sûr, ils étaient venus à son secours et avaient fait fuir les Serpentards, mais Edward les avait vite remballés quand ils lui avaient demandé comment il allait.
– On s'inquiète vraiment... Tout s'est passé si vite ! ahanna Hermione, essoufflée, alors qu'elle terminait d'attacher solidement un Scroutt à Pétard qui s'était enfui. Du jour au lendemain, tout le monde disait toutes ces choses sur lui...
– Vous croyez vraiment ce que Skeeter a dit sur lui ? s'irrita Envy en élevant la voix.
Il ponctua son intervention en serrant avec plus de force que nécessaire le dard du Scroutt avec une corde solide. La plupart des élèves — Malefoy, Crabbe et Goyle en tête — s'étaient réfugiés dans la cabane de Hagrid et s'étaient barricadés à l'intérieur pour se protéger des dangereuses créatures en liberté.
Les trois Gryffondors échangèrent des regards déconcertés, les mains désormais vides.
– Eh bien... Vous vous êtes disputés... Et depuis vous ne vous parlez plus du tout..., tenta Ron, incertain.
– Je croyais que vous le connaissiez mieux que ça, grogna Envy en croisant les bras tandis qu'il les fusillait d'un regard accusateur. Vous, entre tous, qui êtes ses amis. Vous savez pertinemment pourquoi il a raconté cette histoire de sexe entre nous à mon procès. C'était seulement pour me sortir d'affaire et sauver Buck.
Agacé, il immobilisa un nouveau Scroutt sans manifester le moindre effort physique et ses amis se contentèrent de le fixer avec ébahissements, eux, en nage et couvert de saleté contre l'Homonculus net et aux vêtements impeccables.
– Mais pour le coffre à Gringotts...
– Vous savez qu'on est tout ce qui reste l'un à l'autre et qu'on se serre les coudes ! On a ouvert ce coffre d'un accord commun pour partager le peu de moyens qu'on a pour survivre. Il ne m'a pas manipulé par appât du gain. Ce genre de choses superficielles n'intéressent que moi.
En conjuguant leurs efforts avec Hagrid, ils avaient réussi à récupérer et attacher huit des dix Scroutts, au prix de nombreuses brûlures et écorchures. Hagrid était parti à la poursuite de l'avant-dernier pendant que ses quatre élèves s'approchaient sans enthousiasme de celui qui restait.
- Mais tu ne vas pas dire qu'il ne s'est pas tout de suite intéressé à Fleur ! s'exclama Ron qui lançait des jets d'étincelles à l'aide de sa baguette pour faire reculer le Scroutt menaçant.
– Et toi pas peut-être ? rétorqua Envy.
– C'est pas pareil ! Lui il est tout de suite allé vers elle pou —
– Dis-moi, si tout à coup Harry prenait son courage à deux mains et allait demander à Cho de sortir avec lui, tu le prendrais pour un manipulateur pervers ?
Harry rougit furieusement et en lâcha presque sa baguette alors qu'à côté de lui, Hermione affichait son approbation et tint sa baguette plus fermement encore vers la créature en colère.
– Il a le droit de draguer qui il veut, ça ne veut pas dire qu'il a une idée derrière la tête. Ou alors seulement celle que tout ado avec une poussée d'hormone a, si vous voyez ce que je veux dire. Il n'y a rien de mal à ça. Maintenant tout le monde le voit comme une espèce de pervers incestueux ? C'est complètement ridicule !
Le Scroutt était enfin hors d'état de nuire. Il n'avait pas tenu l'éclat de colère du Serpentard et se retrouvait couché sur le dos, incapable de bouger.
– S'il avait eu vingt ans de plus, reprit Envy comme si de rien. J'aurais trouvé ça louche, et d'accord, une enquête aurait été normale. Mais là ! Merde quoi, il est plus jeune que moi et elle le fait passer pour une espèce de pédophile. Ça n'a aucun sens, vous le voyez bien, non ?
- Donc il est vraiment ton... oncle ? demanda Harry avec une grimace.
Il ne s'imaginait pas un seul instant entretenir la moindre relation de ce genre avec tante Pétunia et encore moins oncle Vernon.
– Non, pas exactement, répondit Envy en se grattant le front alors qu'il réfléchissait. On sait qu'on a un lien du sang plus ou moins lointain, mais ce serait plutôt du genre arrière-cousins. Ce qu'il faut savoir avec Skeeter, c'est qu'il y a toujours un fond de vérité dans ce qu'elle dit. Mais ensuite elle brode tout autour des choses sans queue ni tête qu'elle « prouve » avec des rumeurs et des propos ou photos hors contexte. Et toi Harry, tu sais bien maintenant que sa Plume à Papote est redoutable.
– C'est pour ça que je n'ai pas voulu croire l'article quand je l'ai lu la première fois, confirma Harry en hochant la tête. Mais c'est difficile de démêler le vrai du faux. Vous cachez tellement de secrets tous les deux...
– On a peut-être de bonnes raisons, rétorqua Envy avant d'arrêter la prochaine question qu'Hermione était sur le point de poser. Et nous ne sommes pas en fuite. Personne n'a kidnappé personne et personne ne nous poursuit de là où nous venons.
– Mais —
– Arrêtez avec vos « mais » deux minutes, nom d'un chien.
– Pourtant, reprit Ron en prononçant le mot exagérément. On l'a tous entendu dire qu'il avait abandonné plein de choses pour toi. On n'a pas rêvé, on était là.
– C'est une autre histoire bien plus longue et compliquée dont je n'ai pas l'intention de vous parler... Du moins pour le moment, ajouta-t-il en mentant effrontément pour calmer leur impatience. Tout ce que vous avez à retenir de tout ça, c'est que : d'un, nous ne sommes que des amis. De deux, il est possible hypothétiquement que nous soyons cousins. De trois, Ed ne cherche ni célébrité, ni richesse, et encore moins une quelconque vengeance. De quatre, c'est cette stupide vélane qui essayait de le séduire. Et en dernier, oui, il voulait participer au tournoi, mais il n'a gardé aucune rancune.
Il laissa ses trois amis digérer sa tirade en silence. Maintenant que tout était mis à plat et clair, il espérait qu'ils décideraient d'arrêter d'attendre et qu'ils aideraient à la réhabilitation d'Edward auprès de ses camarades.
– Et c'est vrai qu'il est une demi-vélane ? demanda Ron soudain.
– De toutes les inepties qu'elle a mises dans son torchon, c'est vraiment la seule chose qui te turlupine ?
– Je croyais que Dumbledore vous avait interdit de revenir à l'école, tonna la voix incrédule de Hagrid quelques mètres plus loin.
Aussitôt, Envy cessa tout dialogue avec ses amis et sentit un pic de colère le prendre à la vue de Rita Skeeter. Appuyée contre la clôture du jardin du garde-chasse, elle regardait le désastre. Vêtue d'une épaisse cape rose foncé avec un col de fourrure violette et son sac en peau de crocodile sur l'épaule, elle ne lui inspirait plus le moindre amusement.
Ignorant les appels de ses amis, il fonça tête baissée pour rejoindre Hagrid et l'importune.
– Rita Skeeter !
– Oh Envy ! Quel plaisir de te revoir ! J'ai entendu dire que mon article avait permis d'appréhender ton oncle —
– Il n'est pas mon oncle, rétorqua Envy. Vous feriez mieux de vérifier vos sources avant de pondre des articles pleins de choses complètement fausses.
– Si ce que j'ai écrit était faux, Elric aurait porté plainte contre moi pour diffamation.
– Et c'est ce qu'il fera ! On va vous t —
– Pourtant, je suis ici, car j'ai reçu un entretien avec Mr Dumbledore qui m'a affirmé le souhait de son élève de ne pas aller jusqu'à un procès. Aurait-il quelque chose à cacher par hasard ?
Son sourire faux fit étinceler ses dents en or. Il voulut lui bondir à la gorge, mais deux mains l'attrapèrent par les bras juste à temps. Harry et Ron eurent tout le mal du monde à amortir de choc causé par leur immobilisation. Envy avait une sacrée force ! Heureusement pour eux, il ne se débattit pas et resta sans bouger dès qu'il les sentit.
– Tiens, tu es là aussi, Harry ! Se réjouit Rita Skeeter en se tournant vers lui. Alors, tu aimes les cours de Soins aux créatures magiques ? C'est une de tes matières préférées ? J'imagine que toi, tu es soulagé que les sombres manigances particulièrement viles d'Edward Elric aient été déjouées en les livrant au public, je me trompe ?
– Oui, répondit Harry fermement. Oui, vous vous trompez. Parce que tout ce que vous dites sur Edward n'est que mensonge.
– Je vois... Je suis arrivée trop tard, il vous a déjà tous manipulés.
– C'est faux ! affirma Hermione.
– Je sais ce que je dis, répliqua Skeeter avec un sourire insupportable. J'ai de solides sources qui en attestent.
– Alors pourquoi n'est-il pas en prison ? rétorqua Envy, en lui rendant son sourire mauvais. Ils ont abandonné toutes les charges retenues contre lui après que j'ai témoigné en sa faveur.
– Mais tu n'es pas la seule victime, n'est-ce pas ? Fleur Delacour, par contre... J'ai entendu dire qu'elle allait porter plainte auprès de l'ambassade européenne contre ton « ami ». Il ne va peut-être pas s'en sortir aussi facilement que par le passé.
Envy serra les poings en fixant Skeeter avec hargne.
– Je me demande bien ce qu'ils vont plaider. Il l'a peut-être dragué, et alors ? S'il fallait ouvrir un procès à chaque fois qu'un sorcier flirtait, tout le monde vivrait à Azkaban depuis longtemps. Ils ne peuvent rien contre Edward.
Rita émit un reniflement amusé en affichant un sourire en coin.
– Oh bien sûr, tu as raison. Mais d'abord ils devront vérifier tous mes dires et les confirmer en fouillant dans son passé trouble. Je me demande ce qu'ils vont trouver... Toi tu le sais, n'est-ce pas ?
La sale garce. C'était ce qu'elle cherchait depuis le début. Il fallait qu'il fasse comme avec Malefoy et l'empêche de porter plainte, mais comment faire ? Il ne pouvait pas s'introduire en pleine nuit dans le carrosse de Beauxbâtons et emmener Delacour avec lui pour la menacer en la tenant au-dessus du vide. Une fois passait, mais pas deux. Il lui fallait trouver un autre stratagème pour piéger cette stupide vélane sans que personne ne puisse le lier à l'affaire...
L'illumination le frappa de plein fouet. Il avait le plan parfait pour la discréditer.
