Playlist
« Trouble » Coldplay
« There you are » Zayn
« Thunder » Imagine dragon
« Turning tables » Adèle
« Touches you » Mika
« Tôt ou tard s'en aller » Francis Cabrel
Chapitre n°18
Point de vue de Matthéo
Il a fallu autant de temps pour que ces fichues rumeurs à mon sujet cessent. Il arrive à un moment où je n'en pouvais plus. Même étant un vampire civilisé, qui a envie de s'intégrer avec les humains sans leur sauter à la gorge pour les tuer et boire leur liquide vitale. De simples bruits qui s'apparentent à une blague peut aller assez loi, au début on le prend à la légère en se disant que dans trois jours ou la semaine suivante, ce sera oublié. Sauf que d'autres bruits circulent la semaine suivante et tout prend de l'ampleur. Depuis deux ans. Je n'en ai pas encore parlé à Aurore mais combien de remarques j'ai eu en sortant du cours de sport, combien en sortant d'un cours de maths ou de sciences. Soit disant, je fais partie de la catégorie des « populaires », ceux qui réussissent dans tous les domaines. Vous voyez l'horrible étiquette ? Dès que je m'adresse à une camarade de classe, d'autres soupçonnent des horreurs. Ce n'est pas le cas. J'ai été bien élevé. J'ai toujours respecté les femmes. J'ai quand même deux sœurs et Esmée que je considère comme ma mère.
Lorsque Aurore est arrivée dans la famille, j'ai appréhender en me demandant si elle n'allait pas se focaliser sur les rumeurs et me regarder différemment. De plus, elle connaissait Alice l'une de mes plus proches personnes dans le clan de Carlisle. Je m'entends bien avec elle. Et évidemment, mon frère Jasper mais nous sommes de la même famille au sens biologique. Lui et moi avons un passé commun avant d'arriver dans le clan des Cullen. Nous avons trouvé notre place tout de suite. Alice était ravie de savoir que Jasper avait un frère. Rosalie a tout de suite remarqué nos boucles blondes communes. Merci Jasper pour cet héritage. J'ai un peu de mal à l'assumer mais je ne changerai pas mon apparence. J'ai appris à les apprécier depuis qu'Aurore m'a avoué qu'elle les adore.
Au fil du temps, j'ai appris à connaitre Aurore réellement. Hors les visions de ma sœur préférée. Non que je ne me fit pas à son don fabuleux mais je préfère avoir le cœur net. L'amour ne se contrôle pas. Alice m'a montré toutes les visions concernant Aurore. Rien qu'à son prénom poétique, j'étais déjà intrigué et lorsqu'elle a passé réellement le pas de la porte d'entrée de la maison, j'étais devenue troublé. Troublé d'une part par ses yeux verts incroyables, ce sont les plus beaux que j'ai vu de mon existence de vampire. Elle n'a pas non plus détourné le regard au sujet de mon passé, notamment dans l'armée dans les années 1860. Elle n'a pas posé de questions improbables, ni eu peur des remarques et rumeurs désobligeantes au lycée. L'autre jour, ses yeux verts se sont posés sur mes cicatrices aux bras, celles dont je ne veux pas me justifier hormis du fait qu'elles existent depuis mes années à l'armée et Jasper en est le premier témoin. Aurore n'a pas eu peur. C'est la sensation la plus folle que j'ai ressenti. Et quand elle est venue frapper à ma porte l'autre jour, elle n'a pas détourné le regard. J'ai tenté en vain de « cacher » mes cicatrices aux bras. Ridicule. Elles sont visibles à trois kilomètres pour un vampire. Nous avons une vision infaillible.
Quand ses lèvres se sont posées sur les miennes la première fois, j'étais surpris de son geste. Jamais je n'aurai cru qu'elle allait ou qu'elle envisageait de m'embrasser, du moins je ne le pressentais pas vraiment. C'était inexplicable. Étrange dans un premier temps mais addictif ensuite. J'ai compris qu'elle m'acceptait. C'est une belle preuve d'amour. Et quand je l'ai embrassée une première de ma propre initiative, j'ai ressenti les mêmes sensations. De la surprise d'abord, je ne m'attendais pas à ce qu'elle se laisse faire. J'ai eu peur qu'elle ne soit pas à l'aise, que je reçoive une gifle tout en me donnant un regard de dégout. Sauf que pas du tout, elle a répondu à mon baiser. Elle a mis sa main derrière ma nuque pour accentuer mon geste initial et pour se rapprocher un peu plus de moi. Elle a même mis ses mains sur mes joues. Donc, tout s'est bien passé et je n'ai pas pu résisté de l'embrasser à nouveau, même dans les couloirs du lycée.
Je regarde ma bibliothèque rempli de livres. Je ne peux me résoudre à faire un tri. Edward est passionné de musique, c'est comme si on lui demande de faire une sorte de choix. Pour Jasper et moi, les livres font partie de notre vie. L'ouvrage ancien abimé, il a une âme, une odeur unique et le contact du papier est irremplaçable du progrès que fait la technologie tous les jours. Raison supplémentaire pour vénérer ma belle collection d'ouvrages.
Le jour s'est levé depuis une heure et les couleurs qui se reflètent dans le ciel sont très belles.
Tout ce que je vois dans le miroir est ma peau de marbre, mes cicatrices sur le corps et mes boucles. J'allume l'eau de la salle de main qui devient chaude rapidement. Pour être honnête, la température de l'eau m'importe peu, je ne ressens pas trop les sensations de froids ou de chaleur, j'y suis pas aussi sensible qu'un humain. Je me glisse en dessous et attrape un savon. Je n'ai pas la moindre envie d'aller au lycée aujourd'hui mais je pense que Carlisle s'y opposera. Il faut que je range mes affaires de cours de médecine, elles trainent un peu partout dans ma chambre. Si quelqu'un entre, il se pourrait que de la peur se lise dans les yeux. Et je le conçois. Ces temps ci, je les passe à l'hôpital et je suis surpris de constater que mon internat se passe bien. J'avoue qu'être immortel me facilite les choses non seulement dans mon apprentissage parce que je peux cumuler et prendre les créneaux de nuits dont personne ne veut et je n'ai pas à boire des litres de café pour me tenir éveillé. Une chance.
Je coupe l'eau chaude au bout de dix minutes, me sèche et prend des vêtements propres dans mon placard, à savoir une chemise à pois, un pantalon noir simple et mes boots favorites de la même couleur. J'alterne entre mes boots et mes baskets.
Surpris de constater qu'il n'a que Rosalie dans la cuisine, je me demande où sont passés les autres. Mon regard se porte un peu partout dans la pièce et ma sœur rit de ma réaction. Elle me sourit et me demande si je veux une tasse de café. L'odeur enveloppe la pièce. Je suppose que Carlisle a dû partir à l'hôpital. Sa voiture n'est pas dans l'allée. Rosalie me confirme qu'elle m'amène aussi au lycée ce matin. Ce soir, je rentre avec Emmet ou Edward je ne sais pas encore.
Arrivés sur le parking du lycée au bout de dix minutes, Rosalie tourne la tête vers moi. Ma sœur me connait vraiment bien et lit en moi comme dans un livre ouvert, parfois je suis surpris parce qu'il n'y a que Jasper qui y arrive au premier coup d'œil.
En vérité, je suis vraiment soulagé que les rumeurs à mon sujet aient enfin cessé. Le soulagement est incroyable. Je ne me suis jamais sentie aussi bien. Fait étrange quand même car on est censé bien se sentir au sein d'un établissement scolaire. Aprioris, tout va bien dans ma vie.
« Je suis heureuse pour toi que les rumeurs aient pris fin, il était temps ».
« Je n'ai pas à me plaindre ».
« Oui » dit-elle. « Te voir aussi triste, pas heureux me rendais malade et je ne suis pas la seule à le penser. Te voir comme ça est dur. Je regrette que ces fichues rumeurs aient autant pris d'ampleur en deux ans ».
Rose tourne brusquement la tête de l'autre côté et ouvre la portière de la voiture pour sortir. Je suis étonné de sa réaction et la suis dans son mouvement. Elle regarde le ciel, souffle un peu et tourne à nouveau a tête vers moi et ses yeux sont rougis légèrement. Je comprends que des larmes veulent passer la barrière de ses yeux sans y parvenir. Rose est en colère et tente de se calmer. Elle m'a dit tout ça d'un coup. Voir Rose pleurer n'est vraiment pas habituel, ça ne devrait pas l'être de toute façon. Je ne sais pas quoi répondre. Ses mots me touchent. Durant deux ans, ma famille a souffert et j'ai culpabilisé. Pourquoi eux souffrent autant que moi alors que je suis le seul directement concerné dans ces rumeurs. C'est moi la cible, pas ma famille. Je sers alors ma sœur dans mes bras. C'est la seule réponse que je peux lui apporter dans l'immédiat. Elle a besoin de réconfort et je ne supporte pas de voir ma famille triste, encore moins pour moi. Pas besoin qu'elle ouvre la bouche pour parler. Je la laisse tranquille. Frotter son dos pour la calmer un peu et lui murmure des paroles rassurantes sont les seules choses que je puisse faire de concret. Cela prend le temps qu'il faut. Ces longues minutes me paraissent bien plus longues mais Rosalie a besoin de soutien. Une fois ses sanglots atténués, je la laisse se détacher de mon étreinte et lui sourit. Ses émotions sont rares et me concernant, je ne m'attendais pas à cela ce matin. Rose est une belle personne. Elle se soucie autant de sa famille que d'elle-même. Sa bienveillance à mon égard me touche toujours et si je peux l'aider pendant un instant compliqué, je me dois de le faire.
« Merci » me souffle t-elle.
J'embrasse délicatement son front en guise de réponse. J'espère que sa tristesse s'étampera au fil de la journée.
Nous sortons du parking pour aller dans le hall du lycée. Les élèves vaguent à leurs occupations. Chacun de nous va à son casier prendre des livres et on se dirige vers notre premier cours commun de la journée à savoir italien. Rose s'installe à côté de moi. Je la laisse faire. Elle tente d'écouter le prof mais je pense que son attention est ailleurs.
C'est en sortant une heure plus tard que j'aperçois Edward et Jasper qui rient au bout du couloir. Ces deux là sont inséparables. Cela me change du chagrin de Rosalie tout à l'heure. Je lui souhaite d'aller mieux dans la journée.
Jasper tourne la tête vers moi et me salue. Edward me sourit et me salue aussi. Ces deux là sont incomparables mais manque de chance pour Edward, je connais mieux mon frère que lui.
« Je racontais à Jasper que... ».
« Je vais à la boxe ce soir, tu viens ? » interrompt Jasper.
« Oui » dis-je sans comprendre le sens de la discussion.
« Son anniversaire est la semaine prochaine » reprend Edward avec plus d'assurance.
« Ne dis pas ce genre de chose à voix haute ».
« Je le sais Edward. Ce vampire blond est mon frère et je suis certain qu'Alice va prévoir une fête pour son anniversaire ».
« Evidemment » acquiesce t-il.
« À plus tard Edward » ajoute Jasper.
Edward s'éloigne dans le couloir et me laisse seule en compagnie de mon frère. Jasper me regarde d'un sourire exaspéré. Mon frère n'est pas du genre à fêter son anniversaire mais Alice insiste en argumentant que c'est une célébration auquel les humains prêtent attention et que pour une fois, nous pouvons perpétuer cette tradition annuelle. Ainsi, tous les ans c'est chacun notre tour. La semaine prochaine, c'est Jasper.
« Il ne sait pas garder un secret ».
« Ce n'est pas un secret ».
« Pour toi non » rit-il. « C'est bien ça le problème ».
« Nous n'avons que deux ans de différence » répliquais-je. « En âge humain ».
« Tu t'es corrigé toi-même. J'ai été transformé cinq ans avant toi ».
« Je m'incline ».
« Allez viens, on va être en retard en cours et ce soir, je vais me venger avec toi sur un ring ».
La sonnerie coupe notre discussion. Le début des cours est annoncé. Nous avons cours de sciences pour commencer et italien pour terminer la journée. Mon frère est d'une humeur presque ironique aujourd'hui. Si c'est la date de son anniversaire qui le met dans cet état, ce n'est qu'un chiffre non ? En âge humain, on a cessé de compter. En général, on fête les anniversaire en lien avec notre date de transformation en vampire. Et plus les années défilent, plus on constate le changement de Société. Être immortel n'a jamais été pour nous un cadeau. Disons qu'au début, les choses étaient nouvelles. On s'appropriait un nouveau corps et des capacités qui fascinent la littérature fantastique depuis des siècles. Être coincé dans son corps d'origine avec l'immortalité en plus est très spécial. Au début, nous le vivions mal. La culpabilité nous rongeait. C'était horrible. Je me suis renfermé les premiers temps. Avec Jasper, on a quitté le Sud du Mexique rapidement avant de parcourir le monde. Ce fut une belle expérience. Elle nous a appris à prendre du recul, à ressouder les liens fraternels, à apprendre de nous-même. La liste est longue.
Arrive l'heure de midi. Les étudiants vont à la cafétéria ou rentre chez eux. Les Cullen doivent être les seuls à fuir la cafétéria le plus possible. On a prétexté un régime alimentaire particulier. Ce qui est théoriquement vrai. On ne consomme que de l'hémoglobine animale. Cette transition s'est faite sur le long terme car en tant que nouveaux-nés, il nous ait déjà arrivé de tuer des humains pour survivre. On évite d'évoquer ces souvenirs entre nous dans un premier temps et surtout en présence de Bella. On oublie souvent que c'est la seule personne humaine de la maison. Je me demande comment elle gère tout ça. Je l'apprécie parce qu'elle ne juge personne. Elle n'a pas de réflexions vexantes envers les gens. De plus, j'apprécie ses gouts littéraires. On aime tous les deux le classique, alors parfois on échange des livres.
Je m'installe à la table suivit de mon cher frère. Edward lève les yeux de son livre. Il n'a pas l'air de le passionner. Je ris de cette scène sous le regard de Jasper qui est étonné. Edward aime la littérature autant que nous. Un comble de le voir dépité en lisant un livre.
« Ce livre n'est pas aussi passionnant que vous le croyez ».
« Aucun jugement de notre part » dis-je en riant.
« Aucun mot n'est sortie de notre bouche » confirme Jasper.
Emmet arrive à notre table suivit de Rosalie et d'Alice. Je suis un peu surpris de ne pas voir Bella mais d'après Edward, elle a terminé sa journée. Quelle chance. Il manque Aurore. Je ne la voit pas dans la cafétéria et je ne l'ai pas vu dans les couloirs ce matin. Mon regard se reporte sur la pomme qui est en face de moi, le regard un peu dépité parce que j'aurai aimé la voir. Elle m'a parlé d'un prototype à réaliser pour entrer dans une école de stylisme. Cela fera la différence parmi les candidats. D'après Alice, Aurore a toutes ses chances et travaille dure pour réussir dans le domaine. Il est vrai que le blog de ma sœur a son succès. Résultat, ma copine travaille sur son projet et je ne l'a voit quasiment pas de la journée. Je la laisse tranquille parce que son avenir se joue. Ses études passent avant tout même si j'avoue qu'elle me manque.
Rosalie nous raconte comment s'est passé son cours d'anglais, Emmet son cours de chimie et Alice son cours d'histoire. Jasper l'écoute attentivement en souriant de temps en temps. Inutile de rappeler que l'histoire est la matière favorite de mon frère. J'ai intérêt à aimer cette matière aussi parce que sinon Jasper ne me parle plus. Il est vrai que nous sommes pointilleux sur le sujet, sans doute dû à notre passé dans l'armée. Je pense que ça a des répercussions. En cours d'histoire, je suis parfois encore obligé de dire à Jasper de se taire pour ne pas contrarier le prof. C'est devenue une sorte de blague entre nous.
« Tu lis quoi Edward ? » demande Rosalie.
« Un livre inintéressant » répond l'intéressé.
« Pourquoi tu continues de le lire ? » ajoute Emmet.
« C'est une bonne question à laquelle je n'ai pas de réponse hormis le prochain devoir de littérature américaine que je dois rendre dans deux semaines ».
« Je me tais ».
Le reste du repas se passe dans le silence, je me demande bien ce qui met Edward dans cet état de nervosité. Je ne cherche pas à comprendre la situation davantage et le laisse plongé dans sa passionnante lecture.
Rosalie regarde Emmet en riant. Ces deux-là sont complémentaires. Jasper est complémentaire avec Alice. Bella l'est aussi avec Edward. Quant à Carlisle et Esmée, je n'en parle pas, c'est une évidence. Je me demande alors si avec Aurore ce sera le cas. Si au fond, on sera toujours lié. J'ai toujours entendu dire que les vampires recherchent leur âme-sœur, comme si la personne en question existe bel et bien. Le fait d'être sûr de ses sentiments envers une personne est incroyable. Il y a des exemples dans la littérature mais en réalité, c'est tellement différent. Je déteste penser à une séparation pour des histoires inutiles. Lorsque je suis amoureux, je ne peux pas être insensible envers la personne avec qui je suis. Aurore est une personne réellement incroyable. Elle a beaucoup de qualités. Ses rares défauts ne me dérangent pas du tout, au contraire. Elle ne se rend pas compte de son charisme. Le fait qu'elle ait peur de se mettre en maillot de bain lorsqu'avec le lycée on va à la piscine, le fait qu'elle porte toujours un pull lorsque Alice ou Rosalie entre dans sa chambre et d'autres exemple. Je ne la blâme absolument pas. Même si Jasper entre dans ma chambre alors que je ne porte pas de t-shirt, je ne serais pas gêné, sans doute aussi pour la raison suivante, Jasper et moi étions à l'armée ensemble. Nous avons un lien fraternel incroyable. Il n'a aucun jugement sur les cicatrices qui sont sur mon corps. Il a les mêmes. Sur ce point, Jasper me connait aussi par cœur. Il n'y a pas de sujet tabou entre nous et c'est une chance.
C'est quelques heures plus tard que je quitte le lycée en direction du parking pour rentrer à la maison. Ce matin, je suis arrivé avec Rosalie mais Jasper a conduit ma voiture et me l'a laissée parce qu'il est allé directement à la maison récupérer ses affaires de boxe. Je regagne ma voiture, met mes affaires de cours dans le coffre et me mets au volant. Je ne prends pas la peine d'allumer la radio. Le trajet est direct jusqu'à la salle de boxe. Rouler me fait penser à autre chose. Aujourd'hui était une bonne journée. Pas de rumeurs, pas de numéros de téléphone laissés dans mon casier, pas d'injures non plus. Une journée calme.
Jasper m'a proposé de me rejoindre à la salle de boxe ce soir. Il fréquente davantage la salle maintenant.
En entrant dans la salle, je tombe tout de suite sur Peter. Il est sur le ring, prêt à commencer son match contre son adversaire. J'entre en évitant de le déconcentrer et me dirige vers les vestiaires. Personne non plus. Je me change, enfile un short et un vieux t-shirt de sport ainsi que mes baskets. Je laisse mes affaires sur place et découvre Peter qui frappe son adversaire sans le louper. Il est incroyable sur un ring. Je me mets sur le côté et observe ses mouvements. Il est précis et rapide. Il me dit toujours que je manque de précision parfois mais mes efforts payent à force de m'entrainer. Peter est concentré. Je ne vais pas rester longtemps l'observer donc je vais enfiler des gants de boxe et commence à taper contre un sac.
Le pauvre sac. Il est là pour ça. Et il faut mieux passer ses nerfs dessus qu'autre chose. En attendant que Jasper vienne, je me remets à penser que mes dossiers d'acceptation en fac de médecine doivent être postés. Ça aussi, je dois en discuter avec Aurore. Carlisle sait que j'ai envie de continuer mes études, à l'hôpital où il travaille et pourquoi dans un autre. En discuter avec Aurore me permettrait de savoir si elle envisage toujours de déposer des dossiers dans la région ou non. Il est vrai que j'ai envie de la voir davantage. Oh, on dirait un discours d'homme amoureux. C'est le cas. J'en ris moi-même et ça me fait sourire aussi. Elle a une réelle importance dans ma vie.
« Tu commences sans moi ? ».
Les paroles de mon frère me sortent de mes pensées. Il se tient devant moi, prêt à frapper sans problème. Il ajuste ses gants avant de les serrer. Jasper est un adepte de sport, nous avons le même goût pour la boxe mais le meilleur reste Peter. À l'armée, il était redoutable.
« Je m'échauffais ».
Jasper me regarde confiant et commence à frapper le sac à côté du mien. Il frappe doucement au début avant d'accélérer ses mouvements. Il maîtrise bien sa vitesse. Je fais des efforts sur ce point. Je me concentre sur ce que je fais sans jeter un regard à mon frère.
« Frappe encore dans le sac en levant davantage tes poings ».
La voix de Peter résonne dans la salle. Il donne toujours des conseils au moment où l'on s'y attend le moins.
« Excuse nous de ne pas être des professionnels » tente de dire Jasper.
Peter se met à rire à la remarque de mon frère. Jasper a toujours eu de la répartie.
« Merci Peter ».
Il hoche la tête en guise de réponse. Je ne suis pas le meilleur en boxe et je ne l'ai jamais revendiqué. Peter ferait un parfait sportif de haut niveau mais songer à cela serait défavorable envers les humains.
« C'est drôle de vous voir tous les deux ici ».
« Oui » rit Jasper. « C'est devenu rare ces derniers temps ».
Beaucoup de choses seront passées au final, les rumeurs au lycée sont en train de se calmer et honnêtement, c'est la meilleure sensation que je peux avoir en deux ans. Ces rumeurs étaient devenues insupportables. Elles ont eu des conséquences sur les membres de ma famille et je ne pouvais les accepter davantage.
La séance se termine par un match amical entre Jasper et moi. Peter doit doucement rire de son côté parce qu'il sait que nous sommes compréhensifs l'un envers l'autre sur un ring. Je ne veux pas coller un bleu sur le visage de mon frère. Ce sera à mes risques et périls avec Alice. Ses visions me feront du tort ensuite.
« Jazz, tes jambes bien ancrées dans le sol » dit Peter.
« Tu m'appelles encore Jazz je t'étrangle ».
J'ai l'impression qu'il veut que l'on devienne professionnel à cette allure. Ça me fait rire parce que Peter était pareil à l'armée. Il a pris cela très au sérieux. Mais on a beaucoup rit à l'époque. Les moments où l'on, faisait du sport était un prétexte à parler d'autre chose que l'armée. Peter a de l'audace de l'appeler Jazz. Il ne supporte ce surnom qu'en famille mais comme Peter est notre ami, de longue date qui plus ait alors il ne bouge pas et continue de frapper dans mes gants. Cela semble l'énerver davantage mais je vais me défendre. Je mets correctement mes jambes comme le souligne Peter. Je lève aussi mes bras afin d'être plus précis dans mes mouvements. Jasper me frappe mais j'évite son point et Peter souligne ce point positif. Je reste quand même concentré. J'en profite pour me venger un peu de mon frère. Celui-ci esquive mon point qui devait aller contre son bras.
« Allez les deux frères, on en a terminé pour aujourd'hui ».
« Tu deviens notre coach ? » ose demander Jasper.
Peter ne trouve rien à répondre que nous rire au nez. Comme si la situation n'était pas assez étrange, il rit. Il vaut mieux rire que pleurer.
« Non » rit-il. « Quoique ça serait un bon concept ».
Peter enlève ses gants en premier et les pose sur le côté du ring. Il a gagné son combat contre son premier adversaire de tout à l'heure. Comme si le contraire était étonnant, il gagne quasiment tout le temps. Il attrape une bouteille d'eau dont il avale la moitié. Il reprend son souffle et avale le reste avant de la jeter à la poubelle. Il descend du ring aussi facilement que n'importe quel vampire car un humain serait sans doute, s'il n'est pas trop sportif, allongé sur le sol en train de souffler très fort. Nous sommes encore capable de continuer mais au vu des autres usagers de la salle de boxe, ce serait très suspect.
J'enlève mes gants et les pose aux côtés de ceux de notre ami afin de me diriger vers les vestiaires. Mon frère me suit et entre dans la première douche libre qu'il voit. J'entends l'eau couler directement, sans me demander si elle est froide ou chaude. Les sportifs prennent des douches froides après un effort, afin de stimuler leur organisme et la circulation sanguine. Chez les vampires, l'un ou l'autre ne change pas grand chose.
Une fois ma douche terminée, je remets mes vêtements du jour. La boxe me vide l'esprit et me fait me sentir bien à chaque séance. Dès que je franchi le seuil de la porte, j'entre dans un autre monde qui n'est pas confronté aux jugements. Au lycée, je suis un vampire lycéen victime d'injures et rumeurs alors que dans la salle de boxe, je suis Matthéo Cullen un boxeur amateur. Ça s'arrête là. J'enfile ma chemise et mes chaussures quand mon frère sort de la douche. Son visage est apaisé. Les effets de la boxe se remarquent rapidement. Jasper s'habille aussi vite que moi et quelques minutes plus tard, il passe près de moi. Je l'attends assis sur le banc. Il ouvre la porte, salue Peter qui est sorti du vestiaire et on part jusqu'à ma voiture.
Arrivé à la maison, je constate que ma sœur Alice est dehors et tient toujours contre elle un carnet contenant ses dessins. Personne n'a le droit d'y jeter un coup d'œil.
« Oh j'ai besoin de ton avis ».
« Si tu veux ».
« Que pense tu de cette photo ? ».
« Une rare photo de mon frère à l'armée, où l'as tu eu ? ».
« Oh non, ce n'est pas la bonne. Voilà ».
« C'est une photo de ta sœur » dis-je simplement.
Il s'agit d'un portrait en noir et blanc pour être précis. Aurore est de plus en plus belle. Mais je ne comprends pas la question de ma sœur à ce sujet.
« Regarde derrière, il y a une ombre. Une sorte de silhouette ».
« Quelqu'un a dû passer dans les parages ».
« Il n'y a donc que moi que cette silhouette intrigue dans cette maison ? ».
« Je ne vois pas dans l'immédiat à qui elle pourrait appartenir ».
« Moi non plus et c'est le problème ».
