Merci pour ton gentil commentaire E, ça fait plaisir :) Pour la peine, je vais poster un chapitre supplémentaire aujourd'hui !
Chapitre dix : Réhabilitation
Fleur éclata en sanglots sous le regard furieux de Madame Maxime. Étalées sur le bureau de la directrice de l'Académie, les photographies compromettantes de la jeune fille répétaient inlassablement les mêmes images embarrassantes. Élèves de Durmstrang, de Poufsouffle, de Gryffondor, de Serdaigle, de Serpentard. Tous les garçons de l'école paraissaient y apparaître, chacun embrassant Fleur ou l'enlaçant, si ce n'est plus avec certains.
– Je ne comprends pas, Madame, ce n'est pas moi, sanglota-t-elle en reniflant, horrifiée par les clichés la représentant dans des situations qu'elle n'avait jamais vécues.
– Ne me mentez surtout pas, jeune fille, rétorqua Madame Maxime, les yeux lançant des éclairs. Ceci, ajouta-t-elle en désignant les nombreuses photographies. Est une véritable honte. Vous jetez l'infamie sur toute notre délégation. Nous sommes venus à Poudlard en tant qu'ambassadeurs de notre culture française et vous avez sali l'image de notre pays. Si ces photographies venaient à arriver entre de mauvaises mains, vous pourriez gâcher votre avenir. Que vous a-t-il pris de flirter avec tous ces garçons ?
– Mais je... Ce n'est pas...
Les pleurs convulsifs de Fleur reprirent avec plus de force alors qu'elle cachait son visage couvert de honte derrière ses mains. Elle ne comprenait plus rien ! Ce n'était pas elle sur ces clichés, elle n'avait donné rendez-vous à aucun garçon à l'exception d'Edward depuis son arrivée. Qui avait pris ces photographies et pour quelle raison ? Était-ce une vengeance du Serdaigle ? Elle ne l'aurait jamais cru de cette espèce.
– Je vous le promets. Quelqu'un m'a piégée !
– J'ai authentifié les photographies, vous vous en doutez bien. Ce sont des vraies, contra Madame Maxime en rassemblant les images pour les remettre dans l'enveloppe qui lui avait été envoyée. Si je vous reprends à ce genre de comportement... déluré, ou si me mentez une nouvelle fois, je me verrais contrainte de vous renvoyer dès notre retour en fin d'année. Est-ce bien clair ?
Fleur hocha la tête, impuissante. Elle avait argumenté et tenté de clamer son innocence, hélas sa directrice restait sourde à ses suppliques.
– Quelle honte vous jetez sur moi. Dès réception de ce dossier si compromettant, j'ai été obligée de me rendre à l'ambassade de France pour retirer votre plainte. Imaginez mon embarras quand j'ai dû leur expliquer que ce garçon n'y était pour rien et que cela n'était qu'une erreur. Vous me décevez énormément. J'exige à partir de maintenant que vous ayez un comportement exemplaire.
Les yeux à nouveau embués de larmes contenues, Fleur acquiesça en tremblant, à la plus grande satisfaction d'Envy, minuscule souriceau grisâtre accroché à la cape bleu clair.
En deux jours, il avait atteint son objectif et fait complètement discréditer Fleur Delacour en annulant sa plainte. Il l'avait assez observé pour savoir comment elle agissait et avait pu prendre son rôle à la perfection.
Pendant deux jours et trois nuits, il n'avait fait que donner rendez-vous à tous les garçons qu'il croisait et à se mettre dans toutes les situations possibles et imaginables pouvant ternir son image de Sainte-Nitouche au plus vite. Il s'était toujours arrangé d'une façon ou d'une autre pour que son appareil photo le suive et prenne le maximum de clichés. À force d'embrasser tous les garçons de l'école pratiquement sans pause, il commençait sérieusement à trouver l'exercice lassant, mais que ne ferait-il pas pour ce stupide nabot qu'il fallait sortir du pétrin ? D'autre part, sa vanité s'était réjouie de cet exercice de séduction et ce n'était pas désagréable (à part quelques pelotages plutôt maladroits).
Ensuite, la seconde partie du plan consista à l'envoi des photographies à Madame Maxime, puis d'avoir une première discussion avec elle sous la forme de Fleur. Envy s'était plu à la faire paraître misérable, pleurant et bégayant entre ses mains, tout en disant qu'elle regrettait, que c'était elle qui avait approché Edward en espérant le séduire, et qu'elle ne souhaitait pas lui attirer d'ennuis avec la justice. Enfin, Madame Maxime s'était retrouvée obligée d'annuler la plainte et Envy laissait la véritable Fleur payer les pots cassés. C'était une vengeance comme il les aimait. Mais il ne s'arrêterait de loin pas là. Maintenant, il allait s'arranger pour faire parvenir tout ce dossier à Rita Skeeter, pour qu'elle puisse se rendre utile.
À moins que... Edward comprendrait sûrement sa démarche, s'il y réfléchissait bien. Que se passerait-il s'il apprenait pour cette manœuvre ? Ce serait loin de lui plaire en y pensant. Et puis ça voudrait dire qu'il saurait qu'il avait peloté toutes ces personnes... Pour une raison inconnue, il préférait garder cette information confidentielle. Tant pis pour sa grande vengeance, cette ruse secrète suffirait pour le moment.
Le plus important restait que toute menace était écartée définitivement. Ce qui pourtant ne changeait rien à la réputation ternie d'Edward.
Ce dernier était devenu une sorte de fantôme ces derniers temps. Il venait en cours, mais restait discret, il n'était plus vu aux repas et jamais personne ne l'apercevait ni dans sa salle commune, ni dans les dortoirs. Pendant plusieurs jours, il représenta si parfaitement l'idée de « se faire oublier », que les rumeurs se turent d'elles-mêmes, comme si l'absence marquée d'Edward signifiait qu'il n'existait plus et que l'article n'avait plus aucune importance. Du grand art. Edward savait ce qu'il faisait et il le faisait très bien. Envy se doutait bien qu'il devait se coucher et se lever quand tout le monde dormait. Et qu'il utilisait les nombreux raccourcis du château pour croiser le moins de monde possible. Ou encore qu'il aille directement se restaurer dans les cuisines où pratiquement personne ne venait.
Pourtant, Envy ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Depuis la parution de l'article, ils ne s'étaient rencontrés qu'une seule fois, lorsqu'une nuit, Envy avait décidé de venir le voir quand les habitants du château dormaient tous à poings fermés. Ils avaient brièvement échangé leurs objectifs concernant Krum, la surveillance des Mangemorts et de Harry. Edward, poings et pieds liés, devait attendre que la situation se tasse avant d'entreprendre quoi que ce soit. Envy de son côté compensait comme il pouvait avec le reste en gardant patience.
Alors il en profita pour transmettre le chant de l'œuf d'or à son ami afin qu'il l'aide à résoudre l'énigme proposée comme indice. Edward lui promit de s'y atteler, n'ayant plus la possibilité de remplir ses journées en dehors des cours. Puis il le fit déguerpir en lui interdisant de se rapprocher de lui tant que la situation ne se serait pas calmée. Sinon, Karkaroff risquait d'interdire à Krum de s'approcher d'Envy et de la mauvaise influence d'Edward.
Envy tint son engagement difficilement, résistant à la tentation de s'asseoir avec Edward pour leurs cours en commun ou bien d'aller passer du temps avec lui entre les heures de classe. À la place, il devint le « nouveau meilleur ami » de Viktor Krum. Et il le pensait presque sincèrement. Envy le trouvait un peu simple d'esprit, ou limité, au pire, mais il offrait une agréable compagnie. Leurs conversations n'étaient jamais prise de tête. Jamais encore il n'avait lâché la moindre remarque désagréable sur Edward et il ne s'intéressait pas aux rumeurs.
Pourtant, une après-midi peu après la disgrâce de Fleur, ce jour-là marqua un changement auquel il ne s'attendait pas. Comme d'habitude, ils traînaient à la bibliothèque (ils ne travaillaient pas réellement, car Krum était plus occupé à observer Hermione qu'autre chose, bizarrement), une troupe de groupies observait le sportif célèbre. Occurrence parfaitement habituelle, donc. Pourtant, Krum venait pour la première fois d'aborder le sujet tabou « Edward Elric ».
– Il te manque, non ?
Honnêtement, il ne savait pas quelle réponse lui donner. Son regard glissa quelques tables plus loin. Edward, assis sur le rebord d'une fenêtre parce que personne ne l'acceptait à aucune table, lisait un épais volume sur les créatures aquatiques. Il avait l'air concentré et coupé du monde, comme à chaque fois qu'il rencontrait un sujet sérieux ou épineux. De temps à autre il arrêtait de jouer avec sa plume pour écrire quelque chose sur un morceau de parchemin qu'il gardait à portée de main.
– Je t'ai déjà remarrqué, poursuivit Krum sur le même ton indéfinissable. Tu le regarrdes souvent, quand tu crrois que perrsonne ne te voit. Et tu as l'airr trriste.
Envy haussa les épaules. C'était toujours dans ce genre de situation qu'il se demandait quelles pensées pouvaient traverser l'esprit de Krum alors qu'il affichait une expression la plus neutre possible. Cherchait-il une raison pour arrêter leur amitié ? Voulait-il vraiment savoir par simple curiosité polie ? En tout cas, son regard fixe ne lui donnait aucune information.
– Ne me dis pas que tu crrois l'arrticle de cette femme, RRita Skeeterr, je ne te croirrais pas. Du peu dont j'ai parrlé avec Edwarrd, il n'est pas de ce genrrre. Je pense que tu devrais te rréconcilier avec lui.
– Je me demande ce que Karkaroff en penserait, rétorqua Envy en lui lançant un regard en coin.
– Il m'a déjà interrdit de te frréquenter parce qu'il pense que tous ceux de Poudlarrd sont fourrbes, mais je suis librre d'êtrre ami avec qui je veux. Il est trrès prrotecteurr et veut absolument gagner, c'est tout ce qui compte pourr lui.
En disant cela, Krum secoua la tête avec lassitude et son air renfrogné parut un instant déçu.
– Tu es le seul depuis que je suis ici qui ne s'intérrresse pas à ma célébrrité. C'est pourr ça que j'apprrécie ta compagnie, tout simplement. Drrago Malefoy était trrrès désagrréable et m'a rraconté plein de choses surr toi, mais c'étaient des mensonges... Tu n'es pas comme les autrres te voient.
– Eh bien, ça fait du bien à entendre, avoua Envy, profondément surpris par le discours de Krum. Les gens accordent trop de crédibilité aux rumeurs, c'est vraiment lassant au bout d'un moment...
Il eut un éclair d'illumination en prononçant ces mots. C'était vrai, partout, ils prenaient tous les bruits de couloir pour une sainte Écriture, avérés ou non. Il pourrait certainement retourner leur crédulité à son avantage en l'utilisant pour servir ses propres intérêts.
Des fois, il bénissait d'être né « Envy » et pas un autre Homonculus. Son don de camouflage lui sauvait souvent la mise.
Le même jour, loin de se douter de la campagne de désinformation qu'avait entreprise Envy dans tout le château en prenant l'apparence de divers élèves, Edward se promenait dans la Forêt interdite avec Luna. Tous deux portaient des paniers contenant quelques gros morceaux de viande crue qu'ils destinaient aux Sombrals que la jeune fille lui avait présentés récemment. Depuis la disgrâce d'Edward, elle l'aidait souvent à passer inaperçu et à se divertir pour qu'il ne se sente pas trop seul, loin de ses autres amis.
Il lui en était reconnaissant. Bien que la solitude ne l'horripilait pas, il aimait la compagnie davantage. Qu'elle l'accompagne lui permettait d'apaiser un peu son malaise. Ils s'étaient beaucoup rapprochés en cette période difficile et lors de leur première rencontre commune avec les Sombrals, ils s'étaient confiés l'un à l'autre sur leur mère respective et leur mort, qui leur permettaient de voir les créatures squelettiques. Il avait trouvé en Luna une amie fidèle et à l'écoute. C'était un soulagement, car il était habitué à son rôle de celui qui écoute et conseille que ce soit pour Hermione, Ron, Harry et encore davantage Envy. Désormais, il avait quelqu'un de fiable et de compréhensif à qui se confier sans peur.
Il y avait une limite, bien sûr. Certaines choses ne pouvaient pas être dites. Mais c'était déjà énorme. Ça le soulageait un peu du poids qu'il portait à savoir qu'Envy était le seul à continuer leur mission pour le moment. Enfin, ce n'était pas tout à fait vrai. Avoir Luna comme amie comportait bien des avantages, comme les informations exclusives qu'elle partageait avec lui. Comme une certaine rumeur disant que Voldemort se cacherait en Albanie. Impossible de ne pas directement lier cette rumeur avec Bertha Jorkins, toujours portée disparue. Le hasard n'existait pas à ce point. Sans compter la trouvaille d'Envy sur le vaisseau de Durmstrang. Le globe de Karkaroff indiquait clairement ce pays.
Ce qui signifiait qu'ils avaient trouvé leur espion. Plus besoin de surveiller Verpey, Maugrey ou quelqu'un d'autre pour savoir qui voulait quoi et qui avait mis le nom de Harry dans la Coupe de Feu. Igor Karkaroff était leur homme. « Mangemort confirmé », « actif » et « en liberté ». Autrement dit : dangereux. Leur cible privilégiée venait de se dégager et il ne fallait pas tout gâcher. Il resterait sur le banc de touche jusqu'à ce qu'Envy s'approche assez de Krum et par là de Karkaroff pour prouver sa culpabilité et l'arrêter dans ses plans.
Malheureusement, il allait falloir faire comprendre ça à Envy qui manifestait de plus en plus de signes montrant qu'il désirait revenir vers lui. Edward se sentait un peu comme un parent ayant donné trop d'indépendance à son enfant, qui se retrouvait complètement perdu et sans repère. Il ne pensait pas lui être devenu si indispensable.
– Tu attires beaucoup de Joncheruines aujourd'hui.
– Je réfléchis trop, soupira Edward alors qu'ils arrivaient à la clairière où les Sombrals venaient manger. Je crois que j'ai besoin de vacances.
– Ne t'en fais pas, ils vont oublier l'article un jour, le réconforta Luna en jetant un morceau de viande dans les feuilles mortes.
Attirées par l'odeur de nourriture, deux créatures s'étaient déjà matérialisées devant eux et déchiraient la chair avec leurs crocs acérés.
– Je me demande bien ce que tu as fait à Rita Skeeter pour qu'elle s'en prenne à toi de cette manière. Papa aussi se pose des questions. Il pense qu'elle a compris ton rôle dans l'attaque de la Coupe du Monde de Quidditch et qu'elle veut te décrédibiliser sur ordre de Fudge.
– Possible, répondit Edward, qui doutait grandement que ce soit le motif de Skeeter.
Ils vidèrent leurs paniers en silence avant de s'asseoir sur un tronc couché en travers du sol boueux. C'était une journée ensoleillée et malgré le froid du début du mois de décembre, il trouvait cette sortie agréable. Ici, personne ne le jugeait ni ne le fixait avec une curiosité malsaine, c'était revigorant. En somme, après la petite visite qu'il avait rendue à Hagrid pour prendre le thé, cette après-midi se terminait de façon positive. Il préférait voir les choses sous cet angle.
– En fait, je trouve ça étrange...
Curieux par la phrase inachevée, Edward se pencha pour dévisager sa cadette.
– Qu'est-ce que tu trouves étrange ?
– Le fait que tout le monde ait cru toutes ces bêtises. Ça se voit que tu aimes vraiment Envy.
Edward piqua un fard en s'étranglant. Ce n'était pas exactement ce qu'il s'attendait à entendre ! Bégayant et protestant, il gesticula sans réussir à s'exprimer correctement. Puis Luna se mit à rire et il s'affaissa, découragé.
– Luna…
– Je plaisantais. J'adore te voir paniquer. C'est assez amusant à regarder.
– Tu n'es pas charitable...
Mais il ne pouvait réprimer son sourire.
Quand la nuit tomba, Envy s'écroula tout habillé dans son lit, prêt à s'endormir directement. Il avait couru dans tous les sens pendant des heures, à semer diverses rumeurs au sein des groupes d'élèves sur lesquels ils tombaient en faisant en sorte que le tout paraisse naturel. Il ne comptait même plus le nombre d'apparences qu'il avait pris aujourd'hui, mais l'effort en valait la peine. La situation avançait dans le bon sens et c'était l'essentiel. Grâce à son acharnement, tous les garçons qu'il avait trompés les jours précédents semèrent les rumeurs d'eux-mêmes pour ôter toute crédibilité à Fleur et à une partie des accusations pesant sur Edward. Dans quelques jours, les rumeurs seraient passées un peu partout et ça ne pouvait que profiter à sa cause.
Emporté par le sommeil, Envy ferma les yeux, les bras écartés et la tête délicieusement enfoncée dans un oreiller moelleux. Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas autant changé de forme et l'explication de sa fatigue reposait peut-être ici. Néanmoins, il reconnut bientôt la lourdeur de plomb prenant ses membres et la douleur lancinante prenant place dans sa poitrine.
« À mort le monstre ! »
Tous ses muscles se contractèrent d'un même ensemble et une plainte lui échappa.
– Alighieri ?
Les yeux fermés tellement fort qu'il voyait apparaître des points blancs derrière ses paupières, il ne répondit d'abord pas.
« Nous t'anéantirons ! »
Au prix d'un effort surhumain, il agrippa le bord du rideau de son lit et le tira pour découvrir le visage vaguement concerné de Zabini qui était en train de se coucher. Il lui accorda une grimace, ne faisant pas assez confiance au contenu de son estomac pour qu'il y reste le temps d'une phrase. Sous le regard perplexe de son camarade de chambre, il se traîna jusqu'à la salle de bain et s'enferma dans une cabine de douche au fond de la pièce.
« Souffre autant que tu nous as fait souffrir ! »
Dans des gestes machinaux, il arracha ses vêtements pour les jeter par-dessus la porte et actionna l'eau au plus haut degré. Le jet bouillant tomba sur sa nuque et camoufla le bruit de ses premiers haut-le-cœur.
« Tu regretteras les larmes et le sang que tu as fait verser ! »
Le sang brûlant et épais se bloqua dans sa gorge, l'empêchant de respirer correctement. Il toussa violemment, mais rien ne se produisit. Le conduit ne voulait pas se désobstruer.
« Ne te débats pas ! »
Sa toux augmenta. Ses côtes craquaient alors qu'il les frappait de plus en plus fort pour dégager sa trachée.
« Frappe-toi à en mourir ! »
Ses jambes ne tinrent pas plus longtemps. Il tomba à genoux en continuant à se frapper avec moins d'énergie.
« Laisse-toi mourir ! »
En dernier recours, il enfonça brusquement deux doigts au fond de sa gorge. Le réflexe mit du temps à s'enclencher, mais finalement, il expulsa le caillot de sang.
« Non ! Hurle de douleur ! »
Le bloc tomba sur l'émail dans un bruit mat avant de lentement de désagréger sous les battements de l'eau.
« Tu ne mérites rien d'autre ! »
La respiration hachée, Envy resta prostré. La douleur lancinante grandissait. Une nouvelle crise se préparait. Que pouvait-il faire ?
« Meurs ! »
Un coup à la poitrine le mit KO et il tomba sur le côté. Sur sa poitrine, son hématome initial, toujours plus large, toujours plus sombre, s'accompagnait désormais de divers bleus causés par les coups qu'il s'était lui-même infligés. Ils se résorbaient déjà. Pas l'hématome.
« Tu pourriras comme un déchet ! »
Envy baissa les yeux pour observer l'hématome. Il enfla aussitôt d'un centimètre avant de pulser.
Le cri de souffrance d'Envy résonna dans toute la salle de bain... Avant qu'il ne se transforme en terreur muette.
« Arrête de te débattre, c'est inutile ! »
Elles essayaient de sortir.
Ses âmes s'arrachaient à lui.
Il tomba dans l'inconscience.
– Qu'est-ce que je vais faire ? paniqua Harry quand le jeudi arriva. Je ne sais pas danser !
Ce matin, leurs professeurs venaient de leur apprendre la « merveilleuse nouvelle ». Apparemment, la coutume voulait que les trois écoles concurrentes participent à un bal de Noël et pire, que les champions ouvrent ce bal. Ce qui mettait Harry dans un état de panique totale. De son côté, Envy ne réagissait que peu, encore fourbu de fatigue par la nuit qu'il avait passée sur le carrelage froid des douches des Serpentards. Son corps entier craquerait de courbatures s'il avait été humain et il souffrirait certainement d'un gros rhume. Il avait de la chance dans son malheur... en quelque sorte.
– Tu pourrais demander des cours à McGonagall, ricana Ron, sans manifester une grande compassion.
– Ah ! Je vais me ridiculiser ! se plaignit Harry, les épaules basses.
– Mieux vaut peut-être te ridiculiser devant le professeur McGonagall plutôt que devant toute l'école, répondit Hermione sagement. Sinon tu pourrais demander à Envy.
– Moi ? réagit le Serpentard, ne comprenant pas son arrivée dans la discussion.
– Toi aussi tu dois ouvrir le bal, lui rappela la Gryffondor. Comme tu ne réagissais pas, j'ai pensé que tu savais déjà danser.
– C'est vrai ? Tu pourrais m'apprendre ? supplia Harry.
– Je ne sais pas danser non plus.
– Ah...
Ron et Hermione les fixèrent avec pitié.
– Je crois que je préférerai être dans la situation de Harry que celle d'Envy, lâcha soudain Ron.
– Qu'est-ce que tu veux dire ?
– Valser avec McGonagall ou Rogue, y a pas photo.
Ron éclata de rire à son propre constat.
– Tu es un monstre, Ron, commenta Harry, dont le moral venait quand même de monter en flèche. Envy, dis-moi, tu as prévu quoi alors ?
– Je connais quelqu'un qui pourrait sûrement m'apprendre...
Pensif, il se massa discrètement la poitrine, un réflexe nouvellement acquis pour chaque pic de douleur.
- C'est qui ? demanda Harry, plein d'espoir.
– Ed.
Cela leur fit l'effet d'une douche froide et Harry se rembrunit. Étant donné leur relation actuelle, il ne pourrait certainement pas compter sur l'aide du Serdaigle.
– Il n'acceptera jamais, rétorqua Ron, renfrogné. À chaque fois qu'on l'aborde, il nous snobe et s'enfuit.
– Ce n'est pas contre vous, il veut simplement éviter de nous éclabousser avec son affaire, répondit patiemment Envy, soulagé de voir la cabane de Hagrid où il pourrait se reposer. Skeeter ne pourrait que nous mener la vie dure en trouvant d'autres théories glauques.
- C'est lui qui t'a dit ça ? demanda Hermione. Tu as réussi à lui parler ?
– Oui, on s'est vu, il y a quelques jours.
Enfin, ils y étaient. Envy n'en pouvait plus, il lui fallait une chaise, sinon il ne répondait plus de rien. Sa Pierre recommençait à faire des siennes. Il pâlit en s'imaginant faire une crise devant des témoins.
- Envy, ça va ? s'enquit Hermione alors que Ron toquait chez Hagrid.
Il hocha péniblement la tête puis détourna le regard tandis que la porte s'ouvrait sur un Hagrid à l'air mécontent.
- Ah c'est vous ! dit-il en affichant un sourire. Je croyais que... enfin, ça n'a pas d'importance. Entrez donc au chaud, nous venions de préparer du thé.
– Nous...
Harry n'eut pas besoin de terminer sa phrase que les nouveaux venus apercevaient Edward buvant d'un air tranquille, assis sur l'une des chaises gigantesques du garde-chasse. Quand il les vit, sa bouche ne forma plus qu'une ligne mince et il ne dit pas un mot alors qu'il reposait sa tasse d'un geste mesuré et calme qui leur fit froid dans le dos. Il paraissait complètement en colère, mais en même temps complètement maître de lui. Glaçant.
Le silence tendu et embarrassé n'était brisé que par le monologue de Hagrid expliquant avec grande joie qu'Edward était venu lui poser des questions de cours sur les créatures aquatiques, un sujet vraiment passionnant selon lui. Il ne remarqua pas un seul instant le froid polaire régnant dans la pièce alors que les cinq élèves se fixaient dans le blanc des yeux.
Envy s'était laissé tomber dans une chaise et souffla silencieusement de soulagement. La douleur refluait, par chance il éviterait un nouveau malaise pour l'instant. Une fois remis, il prit la parole, au grand soulagement des trois Gryffondors qui ne savaient pas comment agir.
– Tu as entendu parler du bal ?
Toujours muet, Edward tourna à peine la tête dans sa direction. Envy soupira devant ce manque flagrant de coopération.
– Les champions doivent ouvrir le bal avec la première danse, tu es au courant ?
Cette fois, il avait attisé sa curiosité. Edward contempla Harry et Envy en silence avant de replonger son regard sur la table en jouant distraitement avec sa tasse.
– Je vois. Tu n'as pas besoin de tourner autour du pot. Tu veux que je vous donne des cours de danse.
Le trio échangea un regard avec Hagrid qui paraissait soucieux en suivant l'échange des plus froid entre les deux amis.
– Tu acceptes ? demanda Envy.
– Et Rita Skeeter ? Ça ne m'étonnerait pas qu'elle soit encore dans les parages à guetter le scoop. Je vois déjà le gros titre : « L'opportuniste nymphomane récidive ! »
– Tu aurais dû porter plainte contre elle ! intervint Hagrid, furieux contre la journaliste.
– Je ne peux pas, répondit Edward d'un ton neutre en prenant une dernière gorgée de thé.
– Mais il faudrait dire aux gens que c'est faux et qu'ils sachent que tu es un gentil garçon ! Rita Skeeter une horrible chipie ! Tout ce qu'elle veut, c'est calomnier le plus de personnes respectables possible.
– Ce n'est pas grave Hagrid, ça va passer avec le temps. J'ai l'habitude. Les gens adorent m'inventer une vie pour me décrédibiliser auprès de tout le monde.
– Ce n'est pas la première fois que ça t'arrive ? osa demander Hermione timidement.
Le regard d'Edward se posa sur Envy, qui maudit intérieurement l'armée d'Amestris.
– Bon, conclut Edward en se levant. Merci pour le thé et votre aide, je vais vous laisser. Je ne veux pas vous déranger plus longtemps.
Il prit sa cape qui était accrochée derrière la porte et l'enfila avant que Hagrid n'ait pu lui demander de rester. Puis il ouvrit le battant et s'arrêta sur le pas de la porte juste le temps de jeter un coup d'œil dans leur direction par-dessus son épaule.
– Je vais réfléchir à votre histoire de cours, mais je ne promets rien.
La porte se referma dans un grincement.
– Il a déjà pris sa décision, je me trompe ? dit Hermione, morose. Il ne va pas y réfléchir, il ne veut pas.
– Je vais lui en donner moi, des raisons d'accepter de nous adresser à nouveau la parole, affirma Envy avec conviction. Il va falloir travailler dur. Vous allez m'aider ?
– Qu'est-ce que tu proposes ? demanda Ron, méfiant.
Le samedi arriva sans qu'ils aient réussi à convaincre Edward. Pourtant, ils avaient travaillé d'arrache-pied pour donner une image positive de lui à qui voulait les écouter. Grâce aux rumeurs semées par Envy, plus grand monde ne savait quoi penser et nombreux avaient abandonné tout intérêt pour l'affaire qui selon une majorité, ne tenait pas debout. Hélas, Edward refusait encore et seul Envy en connaissait la raison : Krum.
Il craignait la réaction de Karkaroff, sans nul doute, si jamais il apprenait qu'il copinait avec Envy s'il fréquentait encore Edward. Un vrai casse-tête. Encore plus maintenant que le Serdaigle croyait dur comme fer que Karkaroff était l'espion Mangemort à la botte de Voldemort et qui voulait du mal à Harry. Durant une très courte discussion entre deux rayonnages de livres, Edward lui avait révélé tout ce qu'il avait trouvé grâce à Luna et aux informations récoltées par Envy lors de son excursion sur le vaisseau de Durmstrang. Ce bond en avant l'avait comblé de joie. Mais en même temps, ça ne faisait qu'allonger la période de quarantaines d'Edward.
Le dilemme laissait Envy indécis.
Heureusement pour Harry et lui, McGonagall entendit parler de leur problème et prit les devants. Apparemment, mettre Poudlard à l'honneur revêtait une grande importance pour elle et le samedi matin, elle organisa des cours de danse obligatoires pour les quatrièmes années. Les cours des cinquième, sixième et septième années se dérouleraient plus tard le week-end. Envy se demanda bien pour quelle raison farfelue elle avait décidé de procéder de cette manière, car faire danser des Gryffondors et des Serpentards ensemble (encore plus vu le climat actuel) risquait fortement de virer au sanglant.
– Le bal de Noël, annonça McGonagall alors que derrière elle Rusard préparait le tourne-disque. Est une tradition du Tournoi des Trois Sorciers depuis son instauration. La veille de Noël, nos invités et nous serons réunis dans la Grande Salle pour une soirée d'une frivolité bienséante. En tant que porte-parole de l'école d'accueil, j'attends de vous de ne commettre aucun faux pas. Et ce, au sens propre du terme, car le bal de Noël est en tout premier lieu fait pour danser.
Il y eut des chuchotements enthousiastes chez les filles et quelques plaintes chez les garçons. Envy, lui, fouillait la foule du regard en espérant apercevoir Edward. Il avait clairement séché le cours.
– L'école de sorcellerie Poudlard inspire le respect dans le monde des sorciers depuis près de dix siècles. Je ne saurais tolérer qu'en une seule soirée vous entachiez ce nom, ponctua-t-elle avec autorité.
Elle laissa planer un silence menaçant qui fit sourire Envy en coin. Rien que pour porter sur les nerfs de cette vieille peau, il aimerait provoquer des débordements lors de la soirée. Avec un peu de chance, Edward accepterait de l'y aider et ce serait une occasion de s'amuser un peu. S'il se montrait convaincant, il réussirait à l'avoir de son côté.
– Danser, c'est laisser le corps respirer, expliqua McGonagall en mimant de grands gestes amples. En chaque jeune fille sommeille un cygne secret, impatient de jaillir et prendre son envol.
– Quelque chose se cache peut-être dans Pansy Parkinson, mais c'est pas un cygne, se moqua Ron, faisant caqueter quelques Gryffondors alentour.
Comme si elle l'avait entendu, McGonagall se tourna d'un bloc vers eux, faisant cette fois se ballonner les Serpentards d'un rire mauvais.
– Dans chaque garçon, un noble lion prêt à se pavaner... Mr Weasley !
Les Serpentards, qui étaient sur le point de protester concernant le lion en eux, se turent avec satisfaction quand Ron fut appelé.
– Oui ?
Sa voix devenue aiguë par la nervosité provoqua quelques nouveaux ricanements, toutes maisons confondues. La professeure s'approcha de lui en lui tendant la main.
– Venez, je vous prie.
Les bavardages amusés reprirent dans toute la salle alors que McGonagall et Ron se plaçaient au centre de la piste dégagée. Harry et Envy eurent tout le mal du monde à réprimer leurs éclats de rire pendant que Ron, perdu et dégoûté, suivait les instructions données. Cette leçon promettait plus de divertissement que prévu, pensa Envy en souriant méchamment derrière son poing. Pliés en deux, les Gryffondors se moquaient gentiment de leur camarade. Les Serdaigles, Poufsouffles et Serpentards n'étaient pas en reste. La tête qu'affichait Ron valait de l'or. Il reçut même quelques sifflets qui le firent rougir jusqu'à la racine des cheveux.
– Mr Rusard, s'il vous plaît !
Alors que le concierge allait mettre le phonographe en marche, la porte de la salle de classe s'ouvrit brusquement. Elle claqua contre le mur dans un vacarme effrayant qui fit sursauter les élèves les plus proches. Tenant Edward par le col de sa chemise, Rogue entra d'un pas vif en étranglant son élève qu'il lâcha devant sa collègue. Le blond trébucha sur son propre pied et rétablit son équilibre à temps, juste en face de la directrice des Gryffondors. Mécontente, celle-ci fit retourner Ron à sa place (au grand soulagement de celui-ci) et s'avança vers le professeur de potion.
– J'ai trouvé un fuyard qui souhaitait de toute évidence éviter votre cours à tout prix, expliqua Rogue avec satisfaction.
Tous les regards se tournèrent vers Edward qui remit son col en place avec le plus de dignité qu'il put étant donné les circonstances. Les murmures reprirent avec plus de force. Les apparitions publiques du Serdaigle étaient assez rares, ce qui était compréhensible. Envy entendit plusieurs garçons de sa maison chuchoter des remarques extrêmement déplacées sur son ami, mais Harry retint Envy avant qu'il fasse un malheur.
– Puisque vous semblez penser ne pas avoir besoin de cours, venez donc nous faire une petite démonstration, proposa McGonagall avec un sourire confiant.
– Excellente idée, répondit Rogue en poussant Edward dans le dos pour qu'il aille au milieu de la piste.
Au lieu de s'en aller une fois sa mission terminée, le directeur des Serpentards resta sur place, l'œil étincelant. Il voulait assister au spectacle et en profiter pour se moquer de son élève, sûrement. Ce dernier lui lança un regard noir avant de lever fièrement le menton en dédaignant tous les bavardages sur son passage. Confiant, il rejeta les épaules en arrière, prit McGonagall par la taille et serra sa main dans la sienne avant de jeter un regard impatient à Rusard.
Les violons résonnèrent dans la salle et la valse débuta d'abord lentement. Puis Edward accéléra, restant toujours parfaitement dans le rythme, sans aucune instruction de son professeur. Elle paraissait aux anges. Il la faisait tournoyer, tourbillonner. Ils tournèrent autour de la piste, glissant comme sur des nuages. Les conversations entre les filles s'étaient tues et elles observaient le spectacle avec des étoiles dans les yeux.
Envy hocha la tête avec un sourire. Combattre le feu par le feu. Edward se vautrait en disgrâce parce que trop séducteur, et il comptait se réhabiliter exactement grâce à son charme. Ironique. Même Rogue ne paraissait plus si content de lui-même. Les Serpentards aussi se taisaient, au grand dam de Malefoy qui fulminait.
Enfin, la musique s'arrêta dans un decrescendo et Edward s'immobilisa. Pour en rajouter encore une couche, il s'inclina respectueusement pour offrir un baise-main à sa professeure aux joues rougies et au regard rêveur. Personne ne l'avait jamais vu dans cet état et ne la reverrait sûrement jamais ainsi. Confuse, elle commanda aux élèves de prendre exemple sur ce qu'ils venaient de voir et de former des duos.
En moins de deux, toutes les filles fourmillaient autour d'Edward pour l'avoir comme cavalier. Tout article calomnieux oublié, elles se pressaient comme s'il était une célébrité du même genre que Viktor Krum. La mémoire sélective, encore et toujours, pensa Envy. En voyant que son ami paraissait pris de court et submergé par les groupies, il prit les devants et plongea dans la foule. Il attrapa Edward par le poignet et l'extirpa des masses de bras quémandeurs.
Quand elles virent qui leur avait enlevé leur « prince charmant », aucune d'elles n'osa plus la moindre approche et elles jetèrent leur dévolu à contrecœur sur les autres garçons, qui lançaient des regards envieux au Serdaigle. Une fois tous les couples formés, Edward poussa un soupir de soulagement.
– Merci.
– Pas de quoi, répondit Envy en haussant les épaules. Finalement, je l'aurais ma leçon de danse avec toi.
Edward fixa son rictus avec incrédulité avant de secouer la tête, blasé.
– Tu es sérieux ? Et qu'est-ce que tu fais de Karkaroff ? demanda-t-il à voix basse.
– Krum veut rester mon ami quoiqu'il arrive. Et puis je doute que Karkaroff accepte de me livrer ses petits secrets. C'est inutile d'essayer de s'approcher de lui. Il n'y a que la manière forte qui fonctionne avec lui. Ça ne sert à rien que tu restes dans ton coin. En plus tu viens de te remettre toutes les filles dans la poche et avec tout ce que j'ai fait ces derniers jours, bientôt tout le monde aura oublié les stupidités que Skeeter a racontées sur toi.
– J'ai remarqué une différence, oui, admit Edward.
Il capta le regard de McGonagall sur eux alors qu'ils étaient les seuls à ne pas danser.
– Je serai ta cavalière, annonça-t-il avec ennui. Mets ta main sur ma taille. Donne-moi l'autre main. Et essaie de ne pas m'écraser les pieds.
Les premiers pas de l'Homonculus furent plus qu'hésitants alors qu'il avançait au rythme des conseils de son ami. Edward évita plusieurs fois de se faire écraser les orteils (qui en serait ressorti en très mauvais état à n'en pas douter), sans voir les regards planant sur leur duo à connotation de polémique. Aucun d'eux ne voulaient vraiment tenter de deviner ce que les élèves pensaient d'eux. Ni les professeurs, pensa Edward distraitement en captant le regard de McGonagall pesant sur eux.
Elle se pencha vers son collègue qui hocha la tête à sa remarque. Rogue était d'accord avec elle. Ces deux-là leur avaient déjà caché suffisamment de choses, et ils continuaient sûrement en ce moment même. Dumbledore leur devait une explication, au moins à eux deux, déjà dans la confidence sur la plupart des choses ayant trait aux deux protégés du directeur. Nombreuses étaient les messes basses dans la salle des professeurs au sujet d'Edward et Envy. Ils ne s'intéressaient pas autant au caractère scabreux de leur relation, mais plutôt à leur influence néfaste sur leurs camarades. Ce n'était pas la première fois qu'ils étaient visés par la brigade des mœurs. Habituellement, le directeur de Poudlard devait mener sa propre enquête avec l'aide des professeurs, mais Dumbledore avait tout simplement occulté cette démarche.
Ce satané contrat magique, maudissait Rogue sans arrêt quand ses yeux se posaient sur ces deux-là. Il n'aimait pas la tournure que le tournoi prenait et il les soupçonnait d'y être impliqués. Alighieri qui participait, Potter qui y était inscrit de force, l'intrusion sur le vaisseau de Karkaroff, la manipulation des champions. Trop d'événements paraissaient n'avoir aucun lien et pourtant il sentait que ce n'était pas le cas. Ils étaient sûrement tous liés à ces deux élèves. Ils cherchaient à accomplir quelque chose. Mais quoi ? Dumbledore en savait-il davantage ?
Son ventre se tordit encore un peu plus de frustration alors qu'en regardant Envy et Edward il avait l'impression de ne rien voir d'autre que deux amis tout à fait normaux. À danser si maladroitement ensemble, ils avaient l'air si... banals, qu'ainsi plongés dans la foule d'autres élèves, ils ne sortaient pas du lot. Ça le mettait dans un état de nerfs impossible à contenir. Si seulement ils pouvaient tous deux paraître antipathiques au lieu d'être si communs ! Voire attrayants pour certains, remarqua-t-il en voyant les regards se tourner fréquemment dans leur direction.
L'un d'eux était celui d'Hermione. Alors qu'elle dansait maladroitement avec Harry, son attention dérivait contre son gré vers ses deux amis qui tournaient dans leurs mondes à eux, à l'écart de la piste.
- Tu penses qu'il va réussir à le faire revenir vers nous ? s'enquit Hermione en recevant un coup de coude involontaire de Lavande.
Concentré sur ses pas, Harry essayait de suivre le rythme de la musique tout en écoutant le monologue de son amie.
– Après tous les allers-retours qu'on a faits chez tout le monde pour aider Ed, j'espère bien qu'il va arrêter de faire sa tête de mule. C'est toujours pareil avec lui, il reste toujours dans son coin sans raison quand ça l'arrange. C'est assez agaçant.
– Ça part d'une bonne intention, tenta Hermione sans grande conviction face à l'agacement de son ami.
Elle détourna le regard juste au moment où Edward écrasait violemment son talon sur le pied de son partenaire, en affichant un air hargneux.
– T'es vraiment pas possible toi !
Envy grogna en pressant brusquement les doigts d'Edward jusqu'à les faire craquer en représailles. Le Serdaigle resserra la prise de son autre main sur son épaule.
– Je plains ta future cavalière, se moqua Edward avec un rictus narquois. Elle va beaucoup souffrir.
– En fait, je comptais t'inviter toi.
Edward s'arrêta net, les stoppant en bord de piste. Un duo leur fonça dessus et ils firent part de leur mécontentement avant de s'éloigner. Bouche bée, Edward ne savait pas s'il devait prendre la proposition de l'Homonculus au sérieux ou si ce n'était qu'une vaste plaisanterie.
– C'est strictement hors de question. Et arrête d'afficher cet air déçu, ajouta-t-il en voyant Envy commencer à faire sa moue de chiot abandonné. Je sais que tu veux juste me faire marcher.
– Danser serait le meilleur mot dans ce cas-là, rétorqua Envy.
Il se tut en croisant le regard blasé de son ami.
– Très bien. Je me tais. Mais tu es sûr que tu ne veux pas venir avec moi ? Avec qui tu —
– Je comptais surtout ne pas y aller du tout, le coupa Edward. Ce n'est vraiment pas ma tasse de thé.
– Attends, ça veut dire que si tu avais voulu y aller, tu aurais accepté ? demanda Envy, les yeux écarquillés.
Ils s'observèrent en silence toujours immobiles en bordure de la piste.
– Ils doivent attendre qu'on s'embrasse, plaisanta soudain Envy en se penchant en avant.
Edward poussa un cri affolé en reculant brusquement, évitant de peu le coup de tête avorté du Serpentard qui riait à s'en décrocher la mâchoire.
