Playlist

« Quelqu'un m'a dit » Carla Bruni

« Je me dis que toi aussi » Boulevard des airs

« J'te l'dis quand même » Patrick Bruel

« Je t'aime » Lara Fabian

« La nuit je mens » Alain Bashung

« Foule sentimentale » Alain Souchon

Chapitre n°19

Point de vue d'Aurore

Ces trois dernières années ont été incroyables. J'ai terminé les années lycées en décrochant le fameux diplôme. Nous avons tous intégré une faculté où nous pouvons étudier et obtenir un autre diplôme. Alice a intégré une école de commerce internationale à San Francisco, Jasper une fac d'histoire à San Francisco et fait un stage dans un musée, Edward a intégré une fac de lettres modernes à Los Angeles avec Bella, Emmet est dans une fac de sport étude boxe à Seattle, Rosalie est dans des études de Droit à Seattle et moi dans mes études de stylisme à Sacramento.

Je me souviens encore de la journée où l'on a tous su nos acceptations pour nos études supérieures. C'était une journée particulière parce que l'on se séparait. Je n'allais plus les revoir autant qu'avant et j'appréhendais ce moment. Carlisle m'a bien dit que c'est normal, après le lycée les études supérieures mais comme je venais de trouver une famille, j'ai eu peur que l'on ne s'éloigne de trop et que l'on finisse par éventuellement perdre contact.

« Alors ? Tu as reçu la réponse ? ».

« Patience » s'impatiente mon frère.

« Vous aurez tous vos réponses respectives dans la journée, allez en cours maintenant, vous allez être en retard » ajoute Esmée.

Ce matin, tout le monde est excité parce que les résultats d'acceptation pour les études supérieures sont annoncés aujourd'hui. Tous les lycéens sont attentifs à la moindre notification, le moindre appel de leur téléphone. Personne ne pense à autre chose. C'est logique. Nous aussi.

Esmée était presque désespérée de nous voir dans un tel état. Elle en avait pourtant l'habitude, tous ont une liste de diplômes longue comme le bras. Je suis nerveuse parce que ce serait ma première rentrée dans un établissement d'études supérieures. La première fois que je risquais d'être séparée une nouvelle fois de ma famille et je redoutais ce moment. Alors je ne savais pas comment l'interpréter. Je baisse les yeux et prends mon sac de cours. Les autres m'attendaient dans la voiture. Rosalie conduisait la sienne, Edward, Emmet et Jasper étaient dans le 4x4. Je montais à l'arrière de celle de Rosalie avec Alice. Matt est dans la sienne. J'entendais parler de la semaine prochaine, apparemment il y a une soirée de prévu pour fêter la fin du diplôme au lycée. Cela représente la fin d'un cycle de scolarité, une étape de plus dans ma vie. Nous roulons les cheveux dans le vent, une chance que le soleil brille aujourd'hui car les jours ensoleillés sont rares dans la région, raison pour laquelle les Cullen résident dans cette ville.

La matinée de cours était terminée et les premiers résultats commençaient à être annoncés. J'entendais les premières réactions positives des élèves concernés et des déceptions qu'on a tendance à minimiser. Attendre est ce qu'il y a de plus désagréable car on est sûr de rien et on change d'avis toutes les cinq minutes. Dans certains cas, l'attente en vaut la peine. Dans mon cas, je ne savais pas. Alice a alors intégré l'école de commerce internationale tant convoitée. La nouvelle était annoncée officiellement parmi les premières. Autant dire qu'elle était heureuse. Elle flottait sur un nuage. Dans les minutes qui ont suivi, Jasper a eu une réponse positive pour la fac d'histoire qu'il souhaitait. Il restait Rosalie qui a été acceptée dans une fac de Droit, Edward et Bella ont été pris dans une fac de lettres modernes. Il restait Emmet, moi et Matthéo dont je n'ai pas eu de nouvelles. Rectification, la notification qui s'affichait sur mon téléphone portable fut celle d'Emmet qui clamait sa joie d'être admis dans une fac de sport étude de boxe. Il reste Matthéo Cullen qui sera accepté sans difficulté en fac de médecine. Et moi qui n'en avais aucune idée de l'avenir qui m'était réservé.

Je trainais dans les couloirs sans idées précises, je marchais seule sans me poser de question mais un son venant de mon téléphone a attiré mon attention. Je supposais que ce fut la réponse de mon école de stylisme. Si ma candidature était acceptée, cela signifiait une nouvelle vie, pas loin de chez Carlisle et Esmée. Je ne voulais pas m'éloigner d'eux d'un coup, pas trop loin en tout cas. Notre résidence permanente était quand même chez eux. Alors je jettais un coup d'œil sur l'écran de mon téléphone, ouvrait le fameux mail et en effet la réponse fut positive. La réponse était positive. Moi qui pensais que mes maigres connaissances de couture ne suffiraient pas. Il se trouve que si, au contraire elles ont beaucoup plus. Je pense que c'était une belle opportunité à saisir. Un sourire se dessinait sur mon visage ainsi qu'une vague de soulagement m'envahissait. C'était la meilleure sensation du monde même si l'attente était insupportable et de toute façon, si la réponse n'avait pas été positive j'aurai eu le mérite d'avoir tenté ma chance. Je rangeais mon téléphone dans ma poche et aperçois Matthéo à son casier. Je courais presque jusqu'à lui un sourire de satisfaction collé au visage et me jettais sur ses lèvres. Sa réaction fut surprenante puisque au lieu de se détacher, il a reconnu tout de suite ma présence et a mis ses mains entre mon visage. J'adore quand il le fait sans réfléchir. C'est indescriptible. Il le fait de façon délicate, toujours et ne coupe jamais trop tôt. Je le laisse faire cette fois. Mais j'étais contente de pouvoir souder mes lèvres aux siennes en plein milieu du couloir. Une façon de dire aux autres que leur regard ne m'est d'aucune utilité, que j'aime Matt et je n'ai besoin de rien d'autre.

« Je suppose que tu as une bonne nouvelle ? » me sourit-il.

« Oui mais j'ai eu envie de t'embrasser avant de te l'annoncer ».

« Moi aussi ».

« Donc je suppose que tu vas rester à l'hôpital ? ».

« Oui le temps de terminer mon stage et ensuite j'irai ailleurs ».

« Oh » dis-je. « Ce qui compte c'est que tu ailles où tu veuilles, je suis fière de toi ».

« Merci ma belle ».

Je me suis installée dans la ville de New-York afin de faire un stage de six mois dans une maison de haute couture. Il se trouve que grâce au blog de ma sœur Alice, mes tenues ont été remarquées et à la suite de ça, on m'a contacté pour intégrer un stage dans un établissement renommé. Je n'ai pas hésité une minute pour quitter ma famille quelques mois. L'opportunité était incroyable et je ne regrette pas du tout de l'avoir saisie. Résultat, il a fallu trouver un logement d'urgence dans un quartier new-yorkais non loin de mon travail.

J'ai découvert la vie de citadine et je dois dire que le rythme est intense. Je ne comprends pas comment font les humains pour y survivre. C'est la loi du plus fort. Il me reste trois mois à tenter de survivre ici. J'ai pris le temps de refaire ma garde robe. Les boutiques sont incroyables.

Tous les week-ends, j'appelle ma famille pour leur donner des nouvelles et je téléphone à Matthéo aussi pour pouvoir lui parler. On reste en moyenne une heure à discuter. Ses études de médecine lui prennent tout son temps, même plus le temps d'aller à la salle de sport pour boxer. Il en est presque malade. Quant à Carlisle, il est toujours débordé par les urgences. Étant maintenant interne à l'hôpital, Matt peut donner un coup de main concret à Carlisle. Il tient bien le rythme et ses derniers résultats de partiels sont bons. C'est la raison pour laquelle, j'ai décidé de lui envoyer des billets d'avion pour venir me voir à New-York. Je vais le chercher à l'aéroport ce soir. Il va pouvoir souffler ce week-end et comme j'ai du temps libre autant en profiter à deux. Je rentre dans trois mois à la maison mais j'ai vraiment envie de le voir.

Arrivée à l'aéroport, je regarde partout. Le panneau d'affichage des divers vols indique que son avion est à l'heure. Les aéroports me fascinent, tout comme les gares. Les avions comme les trains arrivent et repartent pour une destination inconnue et des millions de gens empruntent ces modes de transport pour se déplacer d'une ville à l'autre dans le pays ou d'un pays à un autre. En quelques heures, on peut se retrouver dans un endroit improbable ou à seulement quelques heures de chez soi. Les gens circulent en tenant leur valise, en se préoccupant de rien d'autre, leur billet à la main. Ils marchent comme des fantômes. Certains s'arrêtent acheter un café à emporter, acheter un magasine ou encore regardent les vitrines des boutiques duty free.

Je regarde toutes les silhouettes qui circulent dans le hall de l'aéroport new-yorkais. Chacune d'elle se dirige vers un proche, continue leur chemin ou circule librement. Une tête aux boucles blondes attire mon attention et je ne peux pas m'empêcher de sourire. Je ne l'ai pas vu depuis plusieurs mois et il fallait prendre un temps pour nous deux. J'avance rapidement jusqu'à lui et l'embrasse devant tout le monde. Les mains de Matt sont posées sur mes joues et je souris à ce contact. Il m'a manqué. Je me détache de lui. Nous avançons jusqu'à la sortie de l'aéroport.

Je lui propose de découvrir la ville des que ses affaires seront déposées à l'appartement que je loue pour les trois derniers mois qu'il me reste dans cette ville. Il me sourit doucement mais préfère aller chasser dès que la nuit sera tombée. J'approuve et me dirige avec lui dans les transports en communs. Il est pensif. Son regard se porte sur le paysage qui défile depuis le bus. Je ne sais pas à quoi il pense mais je préfère le laisser tranquille un moment. Il a fait quelques heures de vols et on ne s'est pas vu depuis un moment. J'ai entendu dire que demain il neige. New York sera recouverte d'un beau manteau blanc et le froid est de sortie. Avec un peu de chance, nous pourrons sortir dehors, aller au musée d'histoire naturelle peut-être. On verra bien.

D'ailleurs j'ai eu peur. Peur qu'il ne veuille plus venir me voir, qu'il annule au dernier moment ce vol. J'attendais impatiemment sa visite et j'en ai parlé à Carlisle au téléphone. Il a décroché au bout de deux sonneries. Il est vrai que je n'appelle pas beaucoup sur un coup de tête, j'envoie un texto pour demander la permission avant d'appeler. Il m'a rassuré. Encore une fois. Il a toujours les mots qu'il faut en toutes circonstances. Esmée a le même caractère. Ils forment un couple inspirant incroyable et se sont de très bons parents. J'ai le droit de les contacter dès que j'en ressens le besoin.

Même si je forme un couple avec Matthéo Cullen je suis encore surprise de me voix anxieuse et je pense que c'est mauvais signe. Carlisle m'a expliqué que les urgences étaient pleines, que le rythme était soutenu et m'a juré que Matt voulait absolument venir me voir. Annuler le vol lui était impossible.

« Il va venir Aurore, ne t'inquiète pas pour ça. C'est moi qui l'amènera à l'aéroport. Il a hâte de te voir ».

« Tu es sûr ? Je ne veux pas... ».

« Vous êtes ensemble maintenant, tu devrais voir la vie en rose ».

« Je la vois mais vous me manquez tous ».

« Toi aussi » me dit-il. « Profite de New-York. Comment se passe ton stage ? ».

« C'est incroyable ici, je suis surprise de voir une ville aussi dynamique. La maison de couture dans laquelle je suis me laisse carte blanche sur une pièce. Je commence à rédiger mon projet de stage. Demain, il neige. J'ai hâte de faire une bataille de boules de neige avec Matt ».

« Très bon programme ».

« Oui » dis-je en riant.

« Il faut que je raccroche, les urgences ont besoin de mes services. Bon week-end Aurore ».

« Merci beaucoup Carlisle » dis-je en raccrochant.

J'appuie sur le bouton arrêt du bus pour qui signaler que je souhaite descend au prochain arrêt. Matt me regarde en tenant sa valise.

Une fois arrivée à destination, nous montons les escaliers jusqu'au troisième étage. Il me sourit à peine la clé enfoncée dans la serrure de la porte. J'ouvre la porte de l'appartement et le laisse poser ses affaires sur le sol.

Et sans que je ne retire mon manteau, des lèvres se posent sur les miennes. Je suis surprise dans le bon sens. À vrai dire, je commençais à m'inquiéter. Milles et une question me hantaient l'esprit. Ce n'est pas bon pour moi. Je me remémore les paroles de Carlisle, ce qui me rassure. Matthéo pose ses mains sur mes hanches. Il m'embrasse doucement, j'ai l'impression de flotter sur un nuage. Ses lèvres m'ont vraiment manquées. Mes mains viennent sur ses épaules. Sa main droite vient effleurer mes cheveux avant de contourner mon cou. J'ai l'impression de ressentir des milliers de picotements agréables. Ses lèvres quittent les miennes une seconde, le temps de regarder mes yeux verts et de voir un sourire se dessiner sur mes lèvres.

Vient ensuite la nuit tombée où nous partons chasser dans la pénombre. Personne ne peut s'apercevoir que deux vampires sont en train de chasser. Je vais dans le célèbre Central Park. Au moins, il n'y a pas de vis-à-vis. Nous attrapons deux proies chacun. Elles n'ont pas souffert longtemps.

Nous sommes surpris par la tombée de la neige. Les flocons deviennent de plus en lus gros et je suis sous le charme du spectacle. Plus un son ne me parvient aux oreilles. Il n'y a que Matt et moi. Je n'ai pas de bonnets sur la tête ni d'écharpes autour du cou. Je ne ressens pas le froid. Et je n'ai pas prévu de me retrouver sous la neige. Personne aux alentours, ça veut dire une bataille de boules de neige de prévu, plus tôt que je ne le pensais. Je presse une petite quantité de neige entre mes mains et avant de la lancer sur Matt, que je ne retrouve pas du regard, je le vois allongé sur la neige.

« Tu vas bien ? ».

« Parfaitement ».

Il semble bien, apaisé. Je ne sais pas si l'effet de la neige fait ça à tout le monde. Tout est calme. Tout est beau, immaculé d'un manteau blanc, qui me fait penser à du coton. C'est moelleux et on a envie de s'y allonger, de sentir son corps s'affaisser au contact de la neige. Même si c'est humide même si c'est froid, on apprécie les sensations procurées. Je m'allonge à côté de lui et on reste de longues secondes à regarder les flocons de neige tomber aussi gros les uns des autres. Ils restent sur le sol. Je présume que ça va continuer toute la nuit. Je ne peux rester ici jusqu'au lever du jour.

« Tu as déjà vu la neige ? ».

Je le regarde un peu surprise de sa question.

« Oui, de la fenêtre de ma chambre d'hôpital à l'époque et chaque hiver mais je n'en ai jamais profité. Pas comme aujourd'hui. Et toi ? ».

« Dans le Sud du Mexique, il ne neige pas vraiment mais je l'ai vue lorsque j'ai voyagé avec mon frère et en m'installant avec ma famille, j'aime regarder tomber les flocons depuis la fenêtre de ma chambre. On faisait des batailles de boules de neige avec Edward ».

Ce détail me fait rire. Il me regarde un peu étonné mais ris quand même. Nous sommes allongés dans la neige, à regarder les flocons se déposer délicatement sur le sol. Sans que personne ne nous regarde. Je suis aux côtés du vampire dont je développe des sentiments chaque jour. Si on m'avait dit ça avant. Je me sens soulagée et j'ai envie de rire. Pas parce que la situation est drôle mais parce que c'est agréable. J'ai envie de me sentir libre. Espérer mieux est impossible et je me sens reconnaissante. Je ris doucement avant de croiser le regard intrigué de Matthéo et nos rires se rejoignent. Rire presque à gorge déployée m'a manqué.

« J'aime t'entendre rire » me sourit-il.

Il est vrai que je ris davantage, je prends mes marques. Je ris de façon plus spontanée depuis que les Cullen m'ont accueilli. Auparavant, c'était différent. J'aurai tant aimé rire avec Céleste. Je suis sûre que son rire est adorable. Elle me manque vraiment. Il ne se passe pas une journée pour je n'ai pas une pensée pour elle. J'ai envie de savoir comment elle va, comment elle est physiquement, comment elle est dans la vie de tous les jours. Penser à elle me rend nostalgique. Les années ont passé et je me demande comment vais-je réussir à la retrouver. Et si c'était impossible ? Je n'ai aucune information à son sujet. J'en ai déjà parlé à Carlisle qui ne s'est pas opposé à l'idée. J'étais surprise mais heureuse de savoir qu'il était prêt à me donner un coup de main avec Edward qui s'est montré enthousiaste.

« Je suis amoureuse » dis-je d'un coup.

Auparavant, j'aurai davantage attendu avant de le lui dire. Peut-être par peur, par timidité ou par égo ? Je n'en ai pas la moindre idée. On a tendance à attendre. Attendre le bon moment, l'occasion spéciale de le dire, une opportunité planifiée à l'avance. Je n'ai jamais pu le dire à une personne. Jamais. Être dans un hôpital sans perspective d'avenir est sans doute ce qu'il y a de plus douloureux. Alors lorsque je suis sortie, j'ai voyagé avec Alice et nous avons découvert des choses que connaissent tous les jeunes de nos âges. Profiter de la vie. Et puis je ne connais pas le sentiment amoureux. On dit qu'il nous fait autant de mal que de bien parfois. Je n'ai jamais exploré ces phases là. Je ne sais pas ce que ça fait de dormir sans la présence de l'autre, de s'écrire de belles lettres. Mais je sais ce que c'est de le regarder dans les yeux. On ne m'a jamais regardé avec autant d'amour, amoureusement. Je ne sais pas si ce mot existe mais il correspond bien. Je ne veux pas avoir de regrets d'avoir attendu trop longtemps. Si vous voulez dire quelque chose à quelqu'un, un ami, une personne de votre famille ou une personne que l'on admire et que l'on pense inaccessible, dites le quand même. L'importance de dire ce que l'on souhaite au plus profond de nous est vraiment gratifiant. Les lettres existent à défaut d'Internet. On peut dire les choses par écrit, même si on pense être maladroit, même si on a peur d'être pathétique. Tant pis. On essaie quand même et on voit ce qu'il se passe, si on obtient la réponse tant désirée secrètement sans oser se l'avouer. On continue notre vie en espérant cette réponse et quand elle arrive enfin, milles et une choses se passent. On ressent de la joie, de la gratitude, de la satisfaction.

Être au sein d'un foyer aussi chaleureux et aimant que celui des Cullen m'a fait comprendre que même si la vie est compliquée, quelque chose de beau attend. Lorsque j'ai perdu Élise, lorsque j'ai dû abandonner Céleste, je n'imaginais pas une suite aussi belle. C'était même improbable. Je n'imaginais pas recevoir de l'amour fraternel, de l'amitié envers d'autres personnes. C'est alors qu'Edward et Carlisle m'ont trouvé assise à cet arbre en train de faire une crise de panique. Ils ont su agir afin de m'aider et ont eu l'audace de m'accueillir chez eux. Carlisle est devenu un père pour moi. Il paye ma scolarité, se montre bienveillant et m'offre la possibilité de faire ce que je veux de ma vie. C'est une chance énorme.

« C'est à moi de te le dire normalement » ajoute t-il.

« Normalement ? Pourquoi ce ne serait pas l'inverse ? Une fille ne pourrait-elle pas dire clairement qu'elle est amoureuse au lieu d'attendre que ce soit le garçon qui fasse le premier pas, le premier baiser, le premier « je t'aime », les premiers rendez-vous ? Je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi. Les filles ont le droit de le dire, d'être surprenante, d'être spontanée ».

« Je m'incline » dit-il vaincue. « Laisse moi quand même t'embrasser alors ».

Je n'ai pas envie de répondre et le laisse faire ce que j'espérais depuis quelques minutes. Ses lèvres se posent sur les miennes. Je ne pense plus à autre chose. Plus rien ne compte. Son geste est doux. Je ne sais pas si tout le monde ferme les yeux pour apprécier le moment mais je pense qu'il n'y a rien de plus incroyable. Des frissons parcours mon corps, ses mains se posent sur mes joues froides. Humaine, j'aurai rougit. Cette sensation me manque un peu. J'en profite un peu pour toucher ses boucles blondes maintenant recouvertes de flocons de neige. Mes cheveux le sont aussi mais bien la dernière chose qui m'importe. Il semble intrigué par le fait que je touche ses cheveux. Ce qui est presque drôle parce qu'il ne se rend pas compte que ses cheveux sont un atout qui m'a charmé.

Je quitte ses lèvres une seconde pour me rassurer un peu que ce moment soit bien réel, le regarder. Je ne me rends pas compte. Nous sommes ensemble depuis longtemps, ici à New York sous la neige. C'est le moment idéal pour capturer ses lèvres une nouvelle fois. C'est un peu troublant de mon côté mais tellement de choses se passent dans mon esprit que dans mon corps.
La neige tombe toujours mais rien ne presse. J'ai envie de lier mes doigts aux siens. Il marche à côté de moi, me regarde de temps en temps avec un beau sourire. Je pense que c'est ce qui me réchauffe le cœur.

De retour à l'appartement, je lui propose une tasse de thé qu'il accepte tout de suite. Je m'installe dans le canapé, deux tasses fumantes aux mains et lui tend une. Il la porte à ses lèvres et je ne le quitte pas des yeux pour autant. Il vient d'arriver aujourd'hui et je me sens bien, je n'ai pas envie qu'il reparte tard dimanche. J'ai envie qu'il reste plus longtemps. Il a cours lundi. Et je travaille à la maison de couture. Je veux que ce week-end ne se termine jamais. Dans trois mois, je rentre à la maison des Cullen. Je verrais davantage Matthéo. S'il n'a pas un emploi du temps trop chargé mais étant interne avec Carlisle, ils restent travailler très tard et rentrent au lever du jour. J'aimerai programmer des vacances pendant les vacances d'été.

« C'est ta dernière création ? ».

« Oui ».

Il détaille la pièce en question, une robe violette avec pleins de détails en dentelle. J'aime cette matière. C'est à à fois classique, délicat et élégant que l'on peut porter à diverses occasions. Je ne l'ai pas encore terminée et je ne sais pas si je la porterais un jour étant donné que c'est mon projet de stage qui sera notée à la fin de l'année.

« Elle est très belle ».

« Merci » souris-je timidement.

Le lendemain, je regarde Matt aller et venir entre la chambre et la salle de bain. Nous nous sommes levés tôt pour aller chasser. La neige est tombée toute la nuit. La ville est recouverte d'un beau manteau blanc et le froid s'intensifie. Il s'est précipité sous la douche le premier suite à une bataille de boules de neige. L'eau chaude coule encore. Je me demande s'il se regarde dans le miroir, si ces derniers temps les cicatrices qu'il a sur le corps ne lui donnent pas envie de s'enfuire. Il est complexé. Plus les situations entre nous se développent, quand je veux les effleurer par exemple ou les regarder il tourne légèrement la tête. Pourtant, je ne le juge pas. Nous sortons ensemble. Je pense que c'est ce qui m'a fait découvrir une autre facette, celle qui est effrayée par le regard des autres. Mon corps n'est pas tellement mieux, il est abimé à cause des doses médicamenteuses que l'on m'a prescrit étant plus jeune à l'hôpital. J'ai des cicatrices aussi sur le corps. Ma transformation en vampire s'est faite de façon brutale par James. Au final, Matt et moi sommes un peu sur un pied d'égalité à ce niveau. Il ne doit pas se sentir triste ou jugé.

Il sort de la salle de bain et part dans la chambre. Je le laisse tranquille et pars dans la salle de bain, j'enlève mes vêtements et enjambe la douche pour me réchauffer sous l'eau chaude qui coule le long de mon corps. La sensation est réconfortante. Rien de plus simple mais efficace. Je me demande à quoi pense Matt parfois. Je n'ose pas lire dans ses pensées. Je devrais peut-être le faire plus souvent. Autant attendre qu'il me parle. Une odeur de gel douche parfumé à la lavande flotte dans l'air. Il a une odeur de menthe naturelle sur la peau alors si elle est mêlée à la lavande, le parfum doit être extra.

Je dors à mon tour de la salle de bain simplement vêtue de mes sous vêtements et d'une chemise bleue. J'attrape aussi une serviette que je noue sur ma tête pour mes cheveux mouillés.
Matt est assis sur le canapé du salon comme perdu dans ses pensées. Il regarde la neige tomber par la fenêtre. Il est habillé d'un pantalon noir et d'une serviette qui recouvre ses épaules. Des perles d'eau semblent scintiller sur sa peau. Il n'y a pas de soleil aujourd'hui, le ciel est blanc. Mais je peux quand même voir les scintillements sur sa peau de marbre. J'ai envie de la toucher sans pour autant oser le faire de peur qu'il le prenne mal. Il semble aussi vouloir dire quelque chose car il me regarde de ses yeux ambres.

« À quoi tu penses ? » demandais-je.

« Je ne savais pas quoi répondre lorsque tu m'as dit que tu m'aimais tout à l'heure. Si tu savais depuis combien de temps je ressens la même chose. Quand tu es arrivée à la maison, j'ai repensé aux visions d'Alice et j'ai eu dû mal à y croire sincèrement parce que ça me paraissait presque irréel. Développer des sentiments pour une personne vu en vision semble aussi irréel. Au fil du temps, j'ai appris à te connaitre parce que j'ai été élevé comme ça. Je voulais tomber amoureux comme tout le monde, à mon époque en tout cas, en t'invitant à sortir, en allant chasser par exemple. Tu es une personne incroyable. J'ai toujours cru que rencontrer quelqu'un d'aussi incroyable que toi ne m'était pas destiné. J'ai eu peur. Mais tu n'as pas été effrayée ».

Je bois ses paroles. Enfin, il commence à libérer ce qu'il a sur la conscience.

« Par tes cicatrices ? ».

« Oui » répond t-il au bout de longues secondes.

« Les marques que tu as sur le corps font partie de ta vie. J'en ai aussi. Je n'ai pas un corps parfait non plus » dis-je doucement comme pour me justifier.

Je ne peux m'empêcher de le regarder de manière bienveillante. Je le serre dans mes bras. Il ne doit pas être triste. Pas maintenant et puis tout va bien. Si ses pensées négatives refont surface, je dois penser à une solution pour qu'il accepte que son corps est abimé certes mais il est ainsi. Je sens son souffle dans mon cou. Je ne l'ai pas vu depuis plusieurs mois car son emploi du temps ne lui permettait pas encore de venir me voir à New-York plus tôt. J'ai téléphoné à Carlisle pour être certaine des dates. J'ai ensuite réservé un billet d'avion aller et retour pour venir ici. Ce fut une bonne idée de cadeau quand même et je suis assez fière de mon coup. On reste de longues minutes dans les bras de l'autre. Sans rien dire, sans bouger non plus au milieu de la chambre.