Chapitre onze : Cavalier ou cavalière ?


Une semaine avant le bal de Noël, Edward n'avait jamais vu autant d'élèves manifester le désir de passer les vacances à Poudlard. À partir de la quatrième année, tout le monde souhaitait rester, à part quelques rares exceptions. Ils n'avaient plus que le bal en tête — les filles surtout, à vrai dire. Il en voyait partout à présent. Des filles gloussant et murmurant dans les couloirs. Des filles hurlant de rire quand des garçons passaient devant elles. Des filles surexcitées comparant des listes de vêtements pour décider de ce qu'elles mettraient le soir de Noël. Dans une plus grande discrétion, mais presque la même mesure, les garçons s'excitaient en secret et Edward avait déjà entendu ses camarades de dortoir débattre sur leurs cavalières hypothétiques, leurs talents de danseurs et leurs tenues de soirée.

À partir de cette euphorie collective, l'affaire de Sorcière Hebdo se tassa définitivement (exception faite de quelques Serpentards et des élèves de Beauxbâtons) au grand soulagement tant d'Edward que de ses amis. L'intérêt brusquement piqué de la gent féminine avait aidé à apaiser l'atmosphère. Finalement, c'est à cause de cette popularité qu'il devint officiellement conseiller technique pour Harry et Ron qui désespéraient à trouver une cavalière. Ils se plaignaient sans cesse de la manie des filles de « se déplacer en troupeaux » et il dut leur venir en aide par quelques conseils simples tirés directement de l'expérience personnelle de Havoc et Mustang. Mais Harry restait borné dans sa déception que Cho Chang soit déjà avec Cédric Diggory (comme Edward le lui avait révélé) et il ne désirait y aller avec personne d'autre.

Borné à attendre la Serdaigle inaccessible, il ne changerait pas d'avis facilement. Edward lui proposa tout de même de demander à Luna Lovegood, véritablement d'agréable compagnie. En plus, il se doutait qu'être invité au bal ferait vraiment plaisir à son amie. Même si ce n'était qu'entre amis, participer à un événement pareil devrait la combler de joie. Une invitation d'un élève plus vieux représentait en outre son seul moyen pour y être acceptée étant donné son âge. Edward avait déjà songé à la possibilité de l'inviter lui-même pour lui permettre de passer une bonne soirée à Poudlard, mais il ne se sentait vraiment pas de venir à un bal, quel qu'il soit.

Une fois la proposition soumise à Harry, ce dernier reçut aussitôt les remarques désobligeantes de Ron concernant la Serdaigle loufoque et bizarre. Néanmoins, le champion remercia Edward et garda l'alternative dans un coin de sa tête pour y réfléchir plus tard si jamais il ne trouvait vraiment personne qu'il connaissait mieux pour l'accompagner à la place. Edward respecta son refus temporaire pour ce qu'il était. Il n'avait pas formellement refusé et tout pouvait encore arriver. Son espoir de faire plaisir à Luna n'était pas complètement disparu.


Au fil des jours de la dernière semaine avant les vacances, l'atmosphère devenait de plus en plus agitée. Le bal sortait de toutes les bouches. Pour éviter ce genre de discussions fades, Edward s'isolait dans la bibliothèque pour étudier vaguement l'énigme de l'œuf d'or. Mais le plus souvent, Envy et Krum le rejoignaient et il terminait toujours par abandonner son travail pour discuter avec eux (à voix basse, bien entendu, Pince surveillait tout). Au cours de la semaine, ils étaient devenus bons amis et il n'était pas rare qu'Envy et lui aident Krum à fuir ses groupies.

Ce jour-là, ils s'étaient réfugiés dans le parc où ils étaient les seuls courageux à avoir osé sortir dans le froid et la fine neige. Enveloppés dans leurs capes d'hiver avec bonnets, écharpes et gants, ils marchaient le long des pentes sans cesser de discuter. Une fois à l'écart des regards indiscrets, Krum pouvait se révéler bavard et des fois même intarissable. Edward se rangea de l'avis d'Envy qui lui avait dit d'oublier ce que l'on pouvait penser de prime abord en voyant son air grognon. Ils échangèrent beaucoup sur leurs cultures différentes et Krum leur apprit de nombreuses choses passionnantes sur son école et même sur le monde magique en général.

Cependant, cette fois la conversation ne tournait pas autour de ce genre de sujet, et Edward dut reprendre sa casquette de conseiller matrimonial. Car Krum n'était pas imperméable aux affres de l'amour. Loin de là. Une certaine Gryffondor lui avait manifestement tapé dans l'œil et son identité étonna Edward. Hermione et Krum... Pourquoi pas, après tout ? Ce fut la première surprise. Puis il lui confia qu'il lui était apparemment déjà arrivé d'aller discuter vaguement avec elle sous l'insistance d'Envy qui le voyait toujours la lorgner. Les deux vagues connaissances s'entendaient manifestement plutôt bien. Edward se rendit compte qu'il avait raté de nombreuses choses durant son temps passé à l'écart de ses amis.

Le problème, donc, se révélait la timidité que Krum rencontrait à l'idée de proposer à la charmante élève de Poudlard de l'accompagner au bal. Son problème avec son hypothétique future cavalière était simple. Envy et Edward s'échinèrent à le persuader de se jeter vite à l'eau avant que quelqu'un d'autre ne jette son dévolu sur elle, ce qui ne tarderait sûrement pas à arriver. Harry et Ron paraissaient tous deux avoir oublié qu'Hermione était une jeune fille, mais ce n'était pas le cas des autres garçons de Gryffondor.

– Et toi Envy, tu as enfin trrouvé quelqu'un ? interrogea Krum, curieux, lorsqu'ils eurent abandonné le sujet après qu'il ait promis de prendre son courage à deux mains. Toi aussi tu vas devoirr ouvrrirr le bal.

Envy haussa les épaules en continuant à botter dans la neige, les yeux perdus dans le vide. Ne souffrant nullement du froid, il n'était que peu couvert et malgré ses pieds trempés par la neige qu'il n'évitait pas, il n'affichait pas une once de tremblements contrairement à ses deux amis. Le regard impressionné de Krum s'était déjà plusieurs fois posé sur lui depuis le début de leur promenade, et Edward se retenait de grogner contre son imbécile d'ami trop peu prudent. Il aurait au moins pu nouer son écharpe pour donner l'impression qu'il avait un tant soit peu froid !

– Qu'est-ce que tu attends ? dit-il à son tour au Serpentard. Dépêche-toi un peu sinon tu devras prendre quelqu'un au hasard.

– Bah la seule personne avec qui j'aurais voulu y aller m'a foutu un vent, rétorqua Envy, vexé. Alors je ne sais pas à qui demander pour ne pas me retrouver avec une personne chiante pendant toute une soirée.

Il reçut deux regards compatissants et surpris.

– Oh, pourrquoi elle a rrefusé ? demanda Krum. Tu es un champion pourrtant...

– Ed ne veut pas qu'on passe pour un couple.

Le concerné s'étouffa avant de tousser bruyamment.

– Moi ! Tu étais sérieux ? couina-t-il, abasourdi.

– Bien sûr que j'étais sérieux, répliqua Envy, pour qui le refus avait touché son ego.

Krum les fixa alternativement, ne sachant quel comportement adopter.

– Je devrais peut-être vous laisser...

– Ce n'est pas la peine, le rassura Edward avant de s'adresser à Envy. Je suis désolé pour le vent, je pensais que tu me charriais.

– Avec qui d'autre penses-tu que j'aurais pu y aller ? rétorqua Envy sur le ton de l'évidence.

– À peu près toutes les filles du château et ses alentours...

– Alors comme tu sais que je suis sérieux, tu acceptes ? reprit le Serpentard en ignorant le marmonnement.

Krum observait leur échange avec embarras et amusement alors qu'Edward se mettait à rougir légèrement. Ça pouvait tout aussi bien être à cause du froid, mais c'était bien plus drôle d'imaginer sa gêne.

– On ne peut pas, qu'est-ce qu'ils vont tous dire si on arrive ensemble ? C'est trop bizarre.

– Il n'y a pas de rrèglement qui interrdit ça, intervint Krum, en espérant aider le débat.

– Mais il pourrait très bien y aller avec une fille de Serpentard, ou même de Durmstrang ! Pourquoi s'embêter à y aller avec moi ? Ça va juste jaser.

– Oh, ils vont de toute manière trouver de quoi colporter des ragots avec leurs délires sur notre « pseudo relation dramatico-romantique », répondit Envy, narquois, en mimant des guillemets. Donc autant que tu passes la soirée en bonne compagnie.

– C'est sûr, Viktor et Harry sont de bonne compagnie, avoua Edward, sans arrière pensée.

Envy resta bouche bée et Krum se permit même un rire, loin de ses habitudes.

– Et moi je le suis pas peut-être !


Le jour du bal approchait si inexorablement que finalement, Harry accepta en dernier recours de demander à Luna Lovegood de l'accompagner. Celle-ci parut si surprise lorsqu'il l'aborda au petit-déjeuner qu'Edward se demanda un instant si elle n'allait pas refuser net en croyant à une plaisanterie. Mais en le voyant l'encourager derrière Harry, elle finit par accepter avec un grand sourire.

Suite à cela, elle s'éclipsa très vite pour envoyer un hibou à son père disant qu'elle restait à Poudlard pour les vacances et lui demander de lui envoyer une robe de soirée. D'après la réponse qu'elle rapporta à Edward plus tard, Mr Lovegood se réjouit qu'elle ait été invitée. Il demandait cependant qu'elle passe le message à Edward qu'il la lui confiait et attendait de lui qu'il veille sur elle. C'était une responsabilité qu'il prit sans hésitation et comme un honneur. Luna ne pourrait que passer une bonne soirée et il empêcherait que quoi que ce soit vienne troubler la fête. Le bonheur de son amie le combla et il se félicita pour son idée. Il lui fit promettre de lui accorder plusieurs danses au moins pendant la soirée, ce qu'elle accepta bien évidemment.

Lors de leur temps libre ensemble dans la salle commune des Serdaigles, ils échangèrent leurs connaissances en danse, lui en lui apprenant les danses de salon, pendant qu'elle lui apprenait des danses typiquement sorcières. Vu les regards interloqués qu'ils recevaient de leurs camarades, il n'y avait que les Lovegood qui les pratiquaient, et Edward trouvait tout ça très drôle.

Un soir, il réussit à ensorceler un poste de radio magique d'un élève de troisième année et le posa en évidence sur une table dans un coin dégagé. Les vacances approchaient à grands pas et une petite fête improvisée ne pouvait faire de mal à personne. Elle rencontra un franc succès, car au bout d'une demi-heure, plus personne dans la salle ne pensait à réviser. Même les chorégraphies bizarres de Luna furent grandement appréciées et elle se fit une joie de les leur enseigner.

– Et on tape tape tape...

Plusieurs élèves tentaient de suivre ses instructions, mais il fallait une certaine expérience pour réussir ses mouvements. Le spectacle amusa grandement Edward qui, essoufflé, se reposait à l'écart près d'une fenêtre ouverte. Il avait besoin de faire entrer un peu d'air frais alors qu'il sirotait une Bièraubeurre pour reprendre des forces.

L'ambiance festive contaminait la salle commune et une vingtaine d'élèves de tout âge dansaient plus ou moins en rythme, tous enthousiastes et riants, alors que Luna au milieu du cercle paraissait infatigable. L'atmosphère habituellement calme et studieuse où ne régnait que le bruit des plumes grattant le papier ou des pages qu'on tournait, était saturée d'odeur de transpiration et de rires ainsi que du vacarme des pieds sur la pierre et des sautillements. Le bruit devait se faire entendre jusqu'aux dortoirs et sûrement dans le couloir. Heureusement, Flitwick savait se montrer indulgent, il les laisserait sûrement s'amuser toute la nuit s'ils le souhaitaient. Les choses auraient été bien différentes avec McGonagall ou Rogue, à n'en pas douter.

Étouffant, il ouvrit un peu plus la fenêtre et s'accouda sur son bord. Une seule inspiration de l'air froid lui remit les idées en place et le réveilla efficacement. Un début de migraine commençait alors qu'une musique plus rythmée et moderne se mettait en marche. La culture dans ce monde et le sien s'opposaient et se complétaient bien souvent. Il trouvait perturbant de jongler entre les deux et des fois, il se sentait vieux. En y réfléchissant bien, il venait non pas seulement d'un monde distinct, mais également d'une époque différente. Ici, il devrait avoir environ quatre-vingt-quinze ans. Sacré coup de vieux, en effet.

Il expira un nuage de condensation et du coin de l'œil remarqua qu'on l'observait fixement depuis un moment. Un impressionnant hibou sombre et aux yeux orange écarquillés ne le quittait pas du regard, perché plus loin sur le rebord de la fenêtre. Edward se pinça la lèvre, hésitant.

– Envy ?

Le hibou ne cilla pas. De toute évidence, il ne l'avait pas compris.

– Voilà que je le vois partout maintenant, soupira Edward en secouant la tête, désabusé.

Il reprit une gorgée au goulot de sa bouteille.

– Je plaisantais. C'est moi, dit le hibou.

Edward recracha tout ce qu'il avait commencé à boire. Sa bouteille tomba dans le vide. Edward et Envy se penchèrent pour suivre sa chute jusqu'à un toit sur lequel elle s'éclata en mille morceaux.

– Qui m'a fichu un imbécile pareil, grommela Edward en lançant un regard blasé à Envy qui remua faiblement les ailes pour garder son équilibre alors qu'il avançait à petits pas sur ses jambes minuscules.

- Tu veux vraiment que je réponde ? dit Envy avant de changer complètement de sujet. Je vois que ça bosse dur pour les derniers jours de cours... J'imagine que c'est une de tes initiatives. Très réussi. C'est quelque chose de voir des intellos se lâcher. Et ta copine là, je crois que je l'aime bien. Tu me la présenteras un peu mieux une fois ?

– Si c'est pour finir par te moquer d'elle, ce n'est même pas la peine d'essayer.

L'air stoïque du hibou ne changea pas d'un pouce, mais Edward avait comme l'impression de sentir le sourire narquois de son ami. Les houppettes de chaque côté de sa tête volaient légèrement au vent et il ne bougeait pas, le bec tranchant, les serres crispées sur le bord en pierre. Edward cessa de le fixer quand il s'en rendit compte. Il ferma les yeux à demi en profitant de l'air frais.

Le paysage nocturne était magnifique, seulement éclairé par la lune presque pleine qui se reflétait sur le lac en un scintillement argenté. La cime des arbres de la Forêt interdite se mouvait lentement à chaque brise. La cheminée de Hagrid laissait s'échapper une colonne de fumée qui se dissipait dans le ciel et les lumières de sa cabane vacillaient aux fenêtres, chaleureuses et accueillantes. Ça lui donnait envie d'aller le voir et de lui tenir compagnie, même s'il se doutait que Madame Maxime s'y trouvait déjà, si le garde-chasse avait réussi à la séduire. Ça paraissait bien parti en tout cas. Il sourit en coin à cette idée et posa sa joue contre sa main.

Un air de musique à l'intérieur lui parut familier et il tendit l'oreille. À Amestris... Ce n'était pas possible que ce soit la même. Mais il ne put s'empêcher de fredonner un air tout droit sorti de son ancienne vie.

– Je connais ça, commenta Envy.

– Ça vient de chez nous, répondit Edward avec un sourire avant de continuer.

Envy réfléchit un moment avant qu'un rire secoue ses plumes.

– Patriote, hein. Tu sais que c'est Pride qui a composé l'hymne d'Amestris ?

– Sérieusement ? s'étonna Edward en écarquillant les yeux de surprise.

– Quand on a commencé à créer le pays, il a contribué. Bien sûr, on l'a attribué au mec dans les livres d'histoire. Mais c'est lui qui l'a écrite.

– Je ne l'imagine pas du tout prendre un crayon et une feuille avant de plancher sur une chanson... Vous avez vraiment tout créé de toute pièce dans les moindres détails, lâcha Edward avec amertume.

– Edward !

Il se retourna vers l'intérieur pour voir un groupe de filles gloussantes qui l'observaient en chuchotant entre elles. Une d'elles, légèrement en avant, l'avait interpelé. Il s'appuya contre le rebord de la fenêtre pour cacher Envy — par un réflexe idiot, car qui pourrait se douter que l'Homonculus se cachait derrière ces plumes ? — tandis qu'il tentait de dissimuler son malaise. L'avaient-elles entendu parler seul ? Il déglutit difficilement.

– Ou-oui ?

La fille bomba la poitrine, l'air peu sure d'elle, puis elle s'avança sous les encouragements plus ou moins discrets de ses amies.

– Je voulais savoir si... tu voulais bien aller au bal avec moi.

Sur ce, elle rougit et Edward resta muet d'étonnement. Derrière lui, Envy s'ébouriffa les plumes furieusement. S'il ne venait pas avec lui, il ne viendrait avec personne ! Non, mais !

Il pinça dans son dos un bon morceau de peau et Edward se figea en retenant son gémissement de douleur et un juron particulièrement grossier. Il devint rouge de se contenir et les filles rirent en pensant qu'il réagissait à la proposition.

– Euh... Je suis désolé... J'ai déjà... accepté la demande de quelqu'un d'autre.

Envy faillit grogner et le pinça plus fort. Quoi ?! Quel vil menteur ! Il avait dit qu'il ne viendrait pas !

Pour lui faire lâcher prise, Edward avança brusquement d'un pas et lui donna un discret coup avant de refermer la fenêtre. Il s'excusa platement auprès de la fille éconduite, qui repartit déçue avec ses amies. Puis il lança un coup d'œil au carreau, où Envy le fixait de ses deux grands yeux orange furieux.

Il leva les yeux au ciel et attendit jusqu'à ce que personne ne le regarde plus pour rouvrir.

– Maintenant que j'ai plus le choix... Je vais bien devoir t'accompagner, soupira-t-il. Mais je te préviens tout de suite, si tu fais un truc bizarre pour me mettre dans l'embarras, je te lâche, même si tu auras la honte à apparaître seul au bal, compris ?

Étonné par le retournement de situation, Envy hocha la tête en hululant, trop heureux pour répondre par des mots.


Les vacances débutèrent sous la neige qui tombait dru sur le château et dans le parc. Le carrosse de Beauxbâtons et le vaisseau de Durmstrang croulaient sous la poudreuse. En outre,le début des fêtes se ressentait par le soin tout particulier qu'apportaient les elfes de maison à la préparation des repas, plus succulents les uns que les autres. À un déjeuner, les Gryffondors assistèrent même à un concours de nourriture entre Ron et Edward, qui en ressortit grand vainqueur. Hermione les avait observés avec dégoût, alors que les encouragements et les rires bruyants résonnaient autour d'eux. Même quelques Poufsouffles à la table la plus proche vinrent observer et Envy les rejoignit avec curiosité avant de vite se ranger de l'avis d'Hermione. Répugnant spectacle.

Une fois les ventres des deux concurrents bien remplis, l'ameutement se dispersa.

– Hermione, avec qui tu vas au bal ? demanda soudain Ron.

Il ne cessait de lui poser la question à tout bout de champ, espérant obtenir une réponse en la prenant au dépourvu. Il ne la croyait toujours pas et pensait qu'elle avait refusé son invitation seulement par fierté. Edward le trouvait très idiot cette année sur tous les plans et ça ne semblait pas s'arranger avec le temps. Pourquoi Hermione n'aurait-elle été invitée par aucun garçon ? Ron prouvait à nouveau sa bêtise complète.

– Je ne te le dirai pas, tu te moquerais de moi, rétorqua Hermione.

– Tu plaisantes, Weasley ? railla Malefoy en passant. Tu ne vas quand même pas me dire que quelqu'un a demandé à ça de l'accompagner au bal ? Une Sang de Bourbe aux dents de lapin ?

Il n'avait pas vu Envy à proximité qui vint par-derrière et passa un bras sur ses épaules.

– Et toi, une fouine qui pisse dans son froc parce qu'elle a le vertige ? susurra Envy d'un ton menaçant.

Malefoy pâlit brusquement et fit volte-face en se dégageant de l'étreinte. Son regard noir fusilla Envy, mais l'effet en était beaucoup amoindri par sa fuite presque évidente. Quelques regards se tournèrent vers l'Homonculus qui leva les mains avec un air innocent.

– Qu'est-ce que tu lui as dit ?

– Rien du tout, répondit Envy avec un grand sourire. Il a dû oublier quelque chose d'important, sûrement...

On ne le vit plus dans les parages dans les temps qui suivirent et c'était tant mieux.

En dehors de cet incident, une lettre de Sirius arriva dans laquelle il leur demandait des nouvelles de son filleul dont il avait appris l'exploit à la première tâche. Ils lui firent part de leurs soupçons sur Karkaroff et lui dirent pour l'Albanie en espérant qu'il pourrait leur apporter quelques informations complémentaires en retour. Et ce fut le cas. Il confirma qu'il avait aussi entendu parler de la rumeur disant que Voldemort s'était réfugié là-bas. À partir de là, Envy et Edward eurent une sérieuse et longue discussion sur la marche à suivre.

Ils s'accordaient sur tous les points, mais le problème ne reposait pas là. Tous deux voulaient directement se rendre en Albanie pour trouver Voldemort et le tuer avant qu'il n'ait retrouvé sa force en fin d'année comme prévu. C'était frustrant de le savoir faible, vulnérable, à portée de main, sans pouvoir y changer quoi que ce soit. Évidemment, le voyage façon moldu jusqu'en Albanie était long, façon sorcière, encore plus à cause des autorisations à demander pour les Portoloins et les raisons de leur voyage. Mais le plus gros obstacle n'était pas d'ordre technique ou administratif. Il tenait en un nom.

Dumbledore.

Il avait formellement refusé de les laisser quitter le château. D'une part, parce qu'ils étaient sous sa responsabilité et qu'ils ne pouvaient pas partir aussi facilement en dehors des vacances scolaires. Pour enfoncer le clou, Dumbledore leur ressortit à la figure l'article de déclaration de guerre d'Envy, qui se trouvait potentiellement en danger de mort hors de l'enceinte protégée de Poudlard. Et c'était sans compter l'âge d'Edward qui octroyait à Dumbledore tous les droits sur lui. Envy et Edward se retrouvaient dans une impasse. C'était frustrant. Si seulement ils pouvaient aller vérifier ce qu'il en était ! Ils pourraient terminer la mission si simplement et rapidement de cette façon. Ils évoquèrent même l'idée entre eux de s'enfuir de Poudlard.

Encore un autre problème imprévu survint, provoquant la chute de tous leurs plans. Envy étant lié par un contrat magique à la Coupe de Feu, il ne pouvait physiquement pas s'éloigner du château. Le Tournoi des Trois Sorciers n'admettait aucune fuite d'un champion et c'était bien pour cette raison que Harry devait absolument y participer. Alors même si Edward réussissait à échapper à la vigilance de Dumbledore et à partir seul, ce n'était pas prévu. Hors de question qu'il parte seul au-devant du danger, avec les Mangemorts probablement à sa poursuite. Envy ne l'aurait pas permis. Edward savait qu'il n'aurait jamais le dernier mot sur ce sujet en particulier, son coéquipier se montrait intraitable. Cette marque de caractère était si rare qu'Edward ne chercha pas à argumenter.


Les jours suivants, leur humeur demeura maussade. Noël arriva sans qu'ils s'en aperçoivent et ce matin-là, Envy resta surpris en voyant l'amas de cadeaux au pied de son lit. Il marcha à quatre pattes sur le matelas pour se diriger vers la petite montagne de paquets et de lettres, qui pour une grande partie venaient de ses admirateurs. Friandises, lettres d'amour enflammées, t-shirt d'équipes de Quidditch lui étant complètement inconnues, bande dessinée sorcières à l'aspect plutôt dangereux, ou encore CD de groupes de musique comme les Bizarr' Sisters, tout y passa. Il les ouvrit tous avec application et les déposa en plusieurs piles précaires.

Les derniers paquets quant à eux venaient de ses proches. La moitié venait de Molly Weasley qui lui avait envoyé un pull tricoté main vert orné d'un grand dragon bleu (laissant penser que Charlie lui avait rapporté un compte-rendu passionné et détaillé de sa première tâche), et celui-ci accompagné de quelques gâteaux, biscuits et pâtés et enfin d'une carte de toute la famille. Le post-scriptum de Molly semblait en rapport avec Edward, mais il n'en avait pas bien compris le sens et ne préférait ne pas, au risque de terminer par gâcher sa relation amicale avec la mère de Ron.

En dernier, il ouvrit les cadeaux d'Hermione, Harry et Ron. Hagrid lui avait aussi offert une boite en fer remplie de ses fameux cookies durs comme le roc. Il reçut également une lettre de vœux de Sirius et de Remus auquel il ne faudrait pas qu'il oublie de répondre plus tard.

Bizarrement, le présent qu'il attendait avec le plus d'impatience n'apparut pas. Edward ne lui avait rien offert apparemment. Étrange, étant donné qu'il adorait offrir des cadeaux pour n'importe quelle occasion. Peut-être boudait-il encore pour son obligation de participer au bal ? Cette pensée lui arracha un ricanement satisfait. Lui en tout cas avait envoyé un beau cadeau à son ami. Une robe de sorcier formelle pour l'obliger à venir au bal le soir même. Car les excuses du blond pour ne pas venir devenaient de plus en plus stupides. Du genre : « mais je n'ai pas de costume. Tu ne veux quand même pas que je vienne dans mon uniforme militaire, si ? ». Avec ça, plus aucun argument ne pourrait le sauver du bal.

Envy sourit malicieusement. Mais ce fut de courte durée. Soudain, sa Pierre fut prise dans un étau et il crut perdre connaissance.

« Tu n'as pas le droit au bonheur ! »

La Pierre crissa sous la force qui y était exercée.

Le souffle coupé, il courut dans la salle de bain pour s'y enfermer pour les heures suivantes.


– Tu m'as offert une robe, constata Edward.

Ce fut son seul salut alors qu'il rattrapait Envy, qui sortait dans le parc pour rejoindre le trio et les Weasley en pleine bataille de boule de neige. Après de longues heures de souffrance silencieuse, il avait rassemblé assez de courage pour se relever, s'habiller et sortir. Hésitant, il marchait à allure mesurée, la main crispée sur son hématome, sous sa cape, afin que personne ne voie son signe de faiblesse.

Edward n'en vit rien alors qu'il arrivait à ses côtés. Envy réussit à sourire en coin malgré sa crispation.

– J'ai hâte de te voir dedans. En plus tu as remarqué, je l'ai choisi de ta couleur préférée.

L'attention ne parut pas enchanter Edward outre mesure et il roula des yeux.

– Je ne mettrai pas une robe.

– C'est une robe pour homme ! rétorqua Envy. Tout le monde en portera une comme ça. Et j'ai choisi un beau modèle pour toi.

– Je continue à penser que c'est une très mauvaise idée que je vienne avec toi.

– Change de disque. T'as juste la trouille. Moi je compte danser toute la nuit, tant pis pour toi si tu passes à côté de ça.

Lui-même ne savait pas s'il tiendrait aussi longtemps. Il se demandait même s'il tiendrait debout jusqu'au dîner dans ces conditions. Pour se rassurer, il se traita de pessimiste et prit Edward par le bras pour le traîner dans la pente douce couverte de neige. Son ami ne mentionna pas avoir remarqué qu'il lui servait d'appui. Bientôt, ils arrivèrent au niveau d'Hermione qui observait la bataille ayant lieu plus loin.

– Alors ? Prête pour ce soir ? demanda Envy avec un léger essoufflement.

Hermione rosit un peu et regarda les deux garçons derrière elle. Son regard s'attarda plus longtemps sur Envy qui lui donnait une impression étrange aujourd'hui. Le pressentiment resta tout au long de leur conversation, cependant une remarque dite sur un ton anodin par Edward put la distraire de ce souci.

– Tu n'as pas reçu de cadeau de Mrs Weasley ? répéta Hermione, peinée. Tu penses qu'elle a lu...

– Ça ne fait aucun doute.

– Elle m'a parlé de toi dans la lettre qu'elle m'a envoyée, ajouta Envy. Je ne sais pas exactement ce qu'elle a voulu dire, mais à mon avis ce n'était pas vraiment sympa vu ce que tu nous racontes là.

Edward haussa les épaules et, sûrement dans l'optique de couper court au sujet, prétexta avoir proposé de l'aide à Luna Lovegood pour se préparer au bal. Hermione sauta sur l'occasion pour s'éclipser à son tour avec le même objectif en tête. Resté seul, Envy demeura un long moment immobile sur son point d'observation à simplement attendre que le temps passe. Ses amis lui proposèrent de prendre part à leur guerre de boules de neige, mais il déclina l'offre qui un autre jour aurait pu lui paraître alléchante.

Il se sentait vide de toute énergie. Dommage, lui qui se réjouissait tellement de cette soirée. Il lui semblait maintenant évident qu'il ne tiendrait pas aussi longtemps qu'il l'aurait souhaité.


Quelques heures plus tard, le hall d'entrée était bondé. Fiévreux et nauséeux, Envy attendait dans un coin avec l'impression tenace d'être engoncé dans sa robe de sorcier noire et très sobre. Sa tête le lançait et ses tempes menaçaient d'exploser sous la pression sanguine trop élevée.

Il avait déjà rendu tout le contenu de son estomac durant l'après-midi et s'était douché pendant plusieurs heures pour essayer d'atténuer la douleur et surtout d'ôter l'odeur de sang et de vomissure qui lui collait à la peau. Normalement, Edward ne remarquerait rien. Il s'était arrangé pour ne rien laisser paraître et pour ne rien laisser au hasard. Il s'était même attaché les cheveux en catogan pour une fois, afin de ne pas être dérangé en cas de régurgitation imprévue et surtout, pour ne pas être gêné dans ses mouvements. Après tout, ils allaient échanger leur première valse en public.

À cette pensée un sourire maléfique ourla ses lèvres et il observa la foule.

Le bruit des conversations, des rires et des talons sur la pierre résonnait affreusement fort à ses oreilles. Les élèves piétinaient en attendant que les portes s'ouvrent à huit heures précises. Ceux de maisons différentes et s'étant donné rendez-vous là se faufilaient parmi la foule, essayant de trouver leur partenaire. C'est alors qu'il assista à la rencontre entre Harry et Luna, qui avait renoncé à porter ses boucles d'oreille en prunes dirigeables ou l'un de ses colliers étranges en bouchons de Bièraubeurre. Vêtue d'une robe bleue nuit pailletée d'argent et ses longs cheveux coiffés en une tresse interminable, elle paraissait tout à fait normale, mais s'attirait tout de même quelques remarques désobligeantes. Le fait qu'une fille si bizarre soit la cavalière d'un champion paraissait ne pas plaire à tout le monde.

Se décollant du mur, Envy s'avança vers eux. Ce n'est que là qu'il remarqua Ron en robe à dentelle avec eux. Il grimaça et lui donna une tape sur le dos.

– Eh bien, on peut dire que tu as un certain style, toi.

Ron se renfrogna encore plus si possible et jeta un regard de bas en haut à Envy. Il paraissait envieux de tous les garçons portant une robe présentable. Autant dire tous. Envy sourit à cette idée puis une fille de Serdaigle ou de Gryffondor — il ne savait plus — vint rejoindre Ron et il s'intéressa plutôt à Luna et Harry. Celui-ci semblait mal à l'aise, ne sachant quoi dire à sa cavalière dans la lune.

- Dis-moi, tu n'aurais pas vu Ed dans votre salle commune ? questionna Envy, craignant qu'il ait finalement changé d'avis pour ne pas venir.

Luna, en comprenant qu'il s'adressait à elle, tourna un regard bleu vers lui.

– Il est allé se changer quand je suis partie. Il m'a aidé à attacher mes cheveux parce que mes bras sont trop courts.

Envy haussa un sourcil en fixant la longue tresse.

– Mais où est Hermione ? répéta Ron en regardant la foule alors que la Grande Salle ouvrait ses portes.

Les grandes portes de chêne de l'entrée s'ouvrirent et les élèves de Durmstrang entrèrent avec Karkaroff en tête. Envy distingua Viktor et Hermione, qu'il n'avait jamais vue aussi jolie. Sincèrement, le changement radical était très réussi. Avant d'avoir pu s'approcher d'eux, la voix de McGonagall retentit dans le hall.

– Les champions, par ici, s'il vous plaît.

Ron et sa cavalière ainsi que les autres élèves s'éloignèrent. Le hall se vida lentement mais sûrement. Les élèves en dehors des champions entrèrent en lançant des regards jaloux ou incrédules à Hermione et Luna. Les champions et leur partenaire devaient quant à eux attendre qu'ils soient tous entrés avant de venir à leur tour, les uns derrière les autres, en une sorte de parade d'honneur. En tête, Fleur Delacour et un garçon inconnu d'Envy attendaient tout près de l'entrée et ils paraissaient très impatients d'entrer. Puis venaient Viktor et Hermione, qui étaient observés avec curiosité par Harry.

– Alors Viktor ? l'apostropha Envy, tout sourire. Je vois que tu as arrêté de faire ton timide.

Viktor et Hermione rougirent un peu et s'approchèrent de Harry, Luna et Envy pour engager la conversation en attendant leur tour d'entrer s'installer pour le dîner. Hermione les salua tous alors que son cavalier restait un peu en retrait, peu sûr de lui. Envy commençait à se sentir en meilleure forme et fut d'humeur assez charitable pour venir à sa rencontre.

– Eh bien Mr Alighieri, où est votre cavalière ? s'impatienta McGonagall, l'air pincé.

– En retard, de toute évidence.

Lorsque tout le monde fut installé dans la Grande Salle quelques minutes plus tard, McGonagall lança un dernier regard de reproche à Envy.

– Il est temps d'entrer, Mr Alighieri. Où est donc votre-

Avant d'avoir pu terminer sa phrase, ils entendirent des bruits de course venant des escaliers. Puis un bruit sourd d'une chute, ou quelque chose s'en approchant, avant qu'une silhouette à l'allure pressée apparaisse en haut des marches. Edward sauta les dernières marches et rejoignit son cavalier en quelques grandes enjambées.

– Désolé pour le retard, Peeves ne voulait pas me lâcher, s'excusa-t-il en rejetant sa longue tresse dans son dos.

Un silence incrédule suivit.