Merci encore pour les commentaires, ça me motive un max !


Chapitre douze : Le bal de Noël


– Pardon ?

La voix incrédule de McGonagall fit écho aux regards déconcertés des autres champions et leurs partenaires. Envy répondit par un simple haussement de sourcil.

– Y a-t-il un souci, professeur ? demanda Luna, l'air pensif. Son cavalier est arrivé, nous allons être en retard.

McGonagall ne répondit pas, restant bouche bée, avant de finalement faire signe aux champions d'entrer en rang. Aussitôt, ils dépassèrent les portes et pénétrèrent dans la Grande Salle décorée pour l'occasion par de grandes stalagmites et sculptures en glace éternelle. D'abord Fleur et Davies, puis Viktor et Hermione, suivis d'Envy et Edward, avec Harry et Luna qui fermaient la marche. Cet étrange assortiment provoqua quelques bavardages sur leur passage. Au moins, n'étant pas la seule paire bizarre, Envy et Edward passèrent plutôt inaperçus comparés à Luna. Les murmures paraissaient pleuvoir sur elle sans qu'elle n'y attache la moindre importance, les yeux brillants d'admiration devant les décorations.

Souriant à ce spectacle, Edward détourna le regard de sa protégée derrière lui et croisa celui d'Envy qui le fixait en douce.

– Quoi ?

Envy ne répondit pas immédiatement. Il se félicitait simplement mentalement de son excellent choix en lui offrant cette robe et il ne pouvait s'empêcher en la voyant de repenser à la fidèle cape rouge qu'il connaissait à l'ancien Fullmetal.

– Très Gryffondor tout ça, marmonna-t-il finalement.

– Tss. Et toi tu fais croque-mort. Tu as un air lugubre.

Envy craignit un instant qu'il l'ait démasqué derrière son déguisement, néanmoins Edward ne s'étendit pas sur le sujet. Malgré cela, son malaise ne fit que croitre à partir de cette remarque. Et s'il apprenait la vérité le concernant ? Il redoutait plus que tout qu'il sache...

Toujours applaudis, ils se dirigèrent vers une grande table ronde au bout de la salle à laquelle les juges étaient déjà assis. Une fois là-bas, ils furent accueillis par un sourire de Dumbledore. Sourire qui ne changea pas lorsqu'il vit ses deux protégés ensemble, mais il n'en pensait pas moins pour autant. Karkaroff et Rogue quant à eux paraissaient crispés ou plutôt coincés, comme s'ils avaient avalé de travers.

– Je t'avais dit que ce serait drôle, chuchota Envy en se penchant vers Edward qui hocha la tête en riant silencieusement.

Ludo Verpey applaudissait aussi fort que les élèves et avec enthousiasme. Madame Maxime elle, lança un regard noir à Edward, mais applaudit tout de même, bien que sobrement. Croupton s'étant absenté, son remplaçant, Percy Weasley, prit sa place. Le Weasley invita Harry près de lui et le garçon reçut des regards pleins de compassion.

À partir de là, ils s'installèrent dans un joyeux brouhaha. Quand Envy vit Krum et Davies tirer les chaises de leurs cavalières, il fit mine de faire de même, mais un simple regard appuyé d'Edward lui fit comprendre qu'il ferait mieux de ne même pas l'envisager.

Les menus déposés devant leurs assiettes ne mirent pas longtemps à être lus avec moult commentaires de tout ordre. Envy triturait distraitement le sien quand il ressentit un nouveau pic de douleur sous son sternum. Il se figea. Extérieurement, son air neutre ne laissait rien transparaître.

Une sueur froide lui passa dans le dos et sur les tempes, avant qu'au bout de deux minutes interminables, la douleur reflue. Il essuya son front d'un revers de manche et reprit son menu en main pour essayer de choisir. Mais sa vision s'embua tellement qu'il ne parvenait pas à déchiffrer la moindre ligne. À côté de lui, Edward n'avait rien remarqué de son malaise. Il était trop pris dans une discussion avec Luna, Hermione et Viktor apparemment passionnante.

Envy déglutit difficilement, la bouche sèche, et tenta de se concentrer sur son entourage.

–… C'est super ! On a le droit de prendre autant qu'on veut ? demanda Edward, l'air affamé en lisant le menu.

Envy sourit un peu et suivit le débat et les rires de la tablée avant que finalement ses symptômes régressent.


Lorsque tout le monde eut fini de dîner, Dumbledore se leva et le débat de la table des champions s'éteignit. Le directeur de Poudlard demanda aux élèves de se lever, puis il éloigna les tables qui allèrent s'aligner le long du mur, dégageant un vaste espace au centre de la salle. Une estrade apparut alors et un orchestre vint s'y installer bientôt, armé de luth, violoncelles et cornemuses. Comme de leur propre initiative, les lanternes s'éteignirent soudain, plongeant la salle dans une atmosphère plus intime et douce.

Les champions se levèrent à leur tour, comprenant que c'était le moment qu'ils redoutaient tant. Loin d'être embarrassé de devoir se donner ainsi en spectacle, Envy bondit aussitôt sur ses pieds en montrant tout son enthousiasme, tandis qu'il tendait une main vers son cavalier. Ce dernier l'accepta visiblement à contrecœur puis le suivit sans grand emballement.

– Surtout ne sourie pas, on pourrait croire que tu t'amuses, le railla Envy en marchant jusqu'au centre de la piste où il s'arrêta.

– C'est pour compenser ton air trop radieux.

Edward se mit face à lui et, sous le regard trop fixe de son ami, se mit à sourire, abandonnant son air morne au moins pour lui faire plaisir. Envy hocha la tête de satisfaction et prit les devants. Sans laisser le moindre choix à Edward, il le prit par la taille et attrapa son autre main. Le Serdaigle grommela quelque chose dans sa barbe avant que l'orchestre débute un air lent et mélancolique.

Les quatre couples, à bonne distance, amorcèrent alors chacun leur valse d'entrée avec plus ou moins de talent. D'un côté, Fleur bougeait avec grâce et guidait son cavalier plus que l'inverse. Plus loin, Viktor et Hermione formaient le couple le mieux assorti selon l'avis d'Edward et ils paraissaient être de bons danseurs. Puis il y avait Harry et Luna. C'était... intéressant à regarder. Malgré la maladresse du garçon, la fille ne paraissait pas s'en soucier le moins du monde.

Quand les champions cessèrent d'attirer l'attention générale et que les musiques s'enchainèrent, les partenaires changèrent à leur tour et Envy passa un très bon moment. Il dansa une valse agréable avec Hermione qu'il avait empruntée à Viktor un moment, puis une danse effrénée avec Luna qui ne manquait pas d'énergie comme il avait pu le remarquer en espionnant les Serdaigles lors de leur fête. Il s'entendait plutôt bien avec elle, remarqua-t-il au cours de la soirée alors qu'il lui tenait compagnie tandis que Harry semblait la délaisser complètement, ruminant jalousement sur le couple que formaient Diggory et Chang. Cet idiot ne savait pas ce qu'il ratait avec Luna, et Envy comprenait mieux l'intérêt qu'Edward lui portait désormais, et il s'en inquiétait un peu aussi.

Pour cette raison, sa jalousie le poussa à accaparer le Serdaigle pour une partie de la soirée. Ils s'amusèrent beaucoup et le clou du spectacle fut quand après avoir bu une Bièraubeurre de trop, ils décidèrent, hilares, d'asticoter Rogue. Chacun leur tour, ils lui proposèrent une danse, qu'il refusa catégoriquement, l'air choqué. Edward jura plus tard qu'il l'avait vu rougir et ils s'en amusèrent énormément. Seulement, l'ombre menaçante de McGonagall commença à planer sur eux alors qu'elle se posait des questions sur leurs rires hystériques. Prudents, ils opérèrent un repli stratégique dans le parc pour se rafraîchir un peu et se remettre les idées en place.

La douceur de cette nuit rendit leur balade agréable. Ils se chamaillèrent sur une partie du chemin avant de se lasser de se bousculer et de poursuivre leur route tout en discutant gaiement en partageant leur dernière bouteille de Bièraubeurre.

Je n'avais jamais compris l'intérêt que portent les humains aux bals, tourner en rond pendant des heures dans des tenues ridicules, lança Envy soudain, attirant l'attention d'Edward qui le fixa en haussant un sourcil. Mais en fait c'est assez agréable je trouve. Ça dépend sûrement du partenaire.

Ouais. Sûrement.

Edward leva le coude pour vider le fond de la bouteille, plus dans l'optique de détourner la tête que de se désaltérer. Cette réaction ne passa pas inaperçue et intrigua davantage Envy.

Je me pose la question depuis l'autre jour, mais... pourquoi tu n'aimes pas ça ?

Un vague reniflement pensif lui répondit avant qu'Edward prenne la parole d'un ton bien moins jovial :

Les seuls souvenirs que j'en ai c'est des soirées interminables avec des politiciens véreux et des militaires carriéristes ou bien des bourges qui te prennent pour une bouse de dragon. Autant dire que ce n'est pas vraiment le genre d'événement auquel j'avais envie de participer.

- Pourquoi tu y allais dans ce cas ? demanda Envy, ne comprenant pas pour quelle raison on pouvait s'obliger à faire quelque chose qui nous débéquetait.

Je ne pouvais pas vraiment faire autrement, soupira Edward à ce souvenir. Si je ne venais pas, j'étais mal vu et Grumman aurait sûrement envoyé ses hommes vérifier ce que j'avais de mieux à faire que d'assister aux réceptions qu'il donnait. Surtout quand elles étaient en mon honneur, en fait.

Tu as eu des réceptions à ton honneur ? répéta Envy avec un sifflement admiratif. Chapeau ! Tu devais être devenu un militaire vachement balèze alors. De là où j'étais, je n'ai pratiquement jamais rien entendu sur toi. À part pour ton exploit à Drachma. Qu'est-ce que tu as fait pendant tout ce temps ?

Edward se rembrunit un peu plus et tourna les yeux vers les fées qui les suivaient pour les éclairer.

Je faisais simplement ce que l'on me demandait de faire. Ca m'a valu quelques récompenses et quelques passages dans la presse, mais pas autant que Harry dans les journaux sorciers, heureusement. J'avais déjà bien assez de boulot à essayer de te retrouver pour en plus avoir affaire aux journalistes. Enfin bref, les bals faisaient partie du lot et ça ne m'enchantait pas du tout de devoir y participer. Je détestais rester coincé là-bas alors que j'avais tellement de choses à faire et à planifier. Ça m'a bouffé un temps considérable. Sûrement presque autant que les missions à l'étranger que je n'ai pas pu éviter. J'ai cru que j'allais devenir fou. Mais je ne pouvais pas y échapper. Ça faisait partie de ma couverture. Je ne te dis pas mes crises de nerfs pendant les leçons que Mustang et son équipe me donnaient.

Ils t'ont aidé à me faire libérer ? reprit Envy, incrédule. J'y crois pas. Je veux bien que toi tu aies eu pitié de moi et tout ce que tu veux, parce que t'es un fichu idéaliste, mais Mustang ?

- Ils l'ont fait pour moi, bien sûr ! rétorqua Edward sur le ton de l'évidence. Tu dois bien te douter que Mustang — entre tous — te voulait mort. Mais il m'aime... m'aimait bien. Ils ont tous très bien compris que c'était très important pour moi. Alors ils m'ont donné un coup de main pour que je devienne un toutou exemplaire qui plairait à mes supérieurs. Je ne te cache pas que c'était assez horrible quand Hawkeye n'était pas là et que Breda devait être ma cavalière... Au moins, j'ai appris très vite pour me débarrasser de cette corvée, ajouta-t-il avec un petit sourire en coin.

Je n'arrive toujours pas à comprendre le rôle de Mustang là-dedans.

Il m'a tout appris, c'est aussi simple que ça. Manipulation, politique, espionnage, interrogatoires, stratégie, diplomatie, énuméra Edward en comptant vaguement sur ses doigts. Tout y est passé. En plus de quelques bonus propres à sa définition du « kit de survie ». Je te laisse deviner... Heureusement pour ça, ils en sont restés à la théorie.

Son expression nostalgique et mélancolique s'amplifia et Envy ne sut pas quoi dire pour apaiser son chagrin. Pourtant, il aurait voulu, de tout cœur (qu'il n'avait pas), trouver les mots pour le réconforter. Malheureusement, il s'en sentait incapable.

Plus j'y pense et plus je me dis... qu'il a été le père que je n'ai jamais eu.

La gorge d'Edward se serra sous le coup de l'émotion alors qu'il repensait à Mustang... Non, à Roy. Il aurait tellement voulu que leurs adieux se passent autrement, moins froids peut-être. Ou au moins... qu'il ose lui dire à quel point il l'appréciait et l'admirait. Tout ce qu'il avait trouvé à dire quand il l'avait vu pour la dernière fois, la veille de la sortie d'Envy des laboratoires, c'était « Merci pour le verre, Roy ». Puis il avait quitté le bar de Mrs Christmas dans lequel ils se retrouvaient fréquemment après le travail. Il ne l'avait plus revu jusqu'à l'exécution.

Oh, le regard qu'il avait croisé ce jour-là. Qu'avait-il dû ressentir à voir son protégé se faire fusiller ? Edward préférait ne pas y penser. Il n'arriverait certainement jamais à imaginer de toute manière.

Les yeux secs, il savait qu'il ne pleurerait pas malgré la chape de tristesse venant de s'abattre sur lui d'un seul coup.

– Je sais que ce n'est pas grand-chose, chuchota Envy. Mais... Merci.

Edward le fixa sans comprendre avant qu'il développe sa pensée :

– Pour tout ce que tu as fait pour moi. Plus le temps passe, et plus j'en apprends sur les émotions et je sais que ça t'a beaucoup coûté de me sauver.

Edward rougit légèrement, modeste.

– Ce n'est pas grand-chose...

– Si, justement, le contredit Envy. Tu m'as sauvé la vie deux fois. Ce n'est pas rien. Et pour ça tu as abandonné tout ce que tu possédais...

– Je n'ai pas l'impression de m'en tirer à si mauvais compte, répliqua Edward. Après tout je suis là, à Poudlard, dans un univers fantastique, avec de nouvelles connaissances géniales. Et je suis là à déballer mes états d'âme devant un ancien ennemi mortel devenu ce qui se rapproche le plus d'un meilleur ami. C'est plutôt pas mal, tu ne trouves pas ?

– Arrête, tu vas me tirer une larme, le railla Envy.

Mais en vérité, il n'en menait pas large.

– Je suis heureux de ne pas t'avoir tué.

Edward fronça les sourcils devant l'étrange confidence avant de rire bruyamment.


Une fois revenus dans la Grande Salle, les choses se déroulèrent trop vite pour qu'Envy comprenne ce qu'il se passait. À force d'une balade pleine de confidences, il en avait complètement oublié de retenir sa langue lorsque c'était nécessaire. Donc quand il vit le regard d'Edward fouiller la foule puis sourire en voyant Luna, qu'il observa attentivement pendant un long moment, l'Homonculus ne réussit pas à se retenir de commenter. Pourtant il aurait mieux fait.

– Ne me dis pas qu'après Delacour tu as jeté ton dévolu sur cette fillette. Tu as un truc avec les blondes. Déjà à Amestris avec l'autre pleurnicharde...

Edward revint à son cavalier mécontent de passer au second plan.

– Des fois, j'ai l'impression que tu es jaloux.

– Je le suis, répondit Envy. Je suis l'envie incarnée aux dernières nouvelles. Tout est un motif de jalousie pour moi. Mais contrairement à Ron, moi je la cache la plupart du temps.

– Mais...

Il s'arrêta un instant avant de continuer en amestrian en se rendant compte du caractère sensible du sujet mis sur le tapis.

– Je pensais qu'une fois Père mort, tu serais un être à part entière. Tu ne peux plus être cette partie de lui.

– C'est plus compliqué que ça. Mais ne t'en fais pas, il est définitivement mort, ajouta Envy en voyant un trait soucieux barrer son front. Le truc, c'est seulement que je suis très possessif.

Le regard d'Edward devint étrange alors qu'il le dévisageait en silence. Mal à l'aise, Envy sentit avec horreur qu'il commençait à rougir — stupide réaction physique — et ses mains devinrent moites. Edward était bien le seul à réussir à le mettre dans un état pareil. Ce stupide gamin.

– Dis quelque chose au lieu de me fixer comme ça, grogna Envy en se sentant rougir un peu plus chaque seconde de silence qui passait.

– Je pensais juste que tu es la personne la plus compliquée que j'ai jamais rencontrée. Et franchement, je te trouve bizarre. Je n'ai aucune idée de la réaction que tu attends de moi et je te le dis tout de suite pour que les choses soient claires entre nous...

Envy sentit une pierre tomber au fond de ses entrailles. Comptait-il arrêter leur amitié ? Il aurait mieux fait de se taire !

– ... je n'ai pas de comptes à te rendre, compris ? Pour l'instant, et jusqu'à ce qu'on ait fait ce qu'on a à faire, je n'aurais aucune relation de ce genre, ça tu peux en être sûr. Mais ensuite, si je devais rester ici, ma vie ne te regarderait pas. Je compte bien vivre comme je l'entends, une fois tout ce bordel réglé.

S'il avait cru avoir froid avant, ce n'était rien comparé à maintenant. Edward venait sérieusement de le repousser pour quelque chose qu'il ne maitrisait pas et qui le touchait bien plus profondément que ce qu'il pouvait imaginer. Il était l'Envie. En lui disant ça, Edward venait de rejeter ce qu'il était. Qui il était.

« Personne ne te comprendra jamais ! »

Sa Pierre crissa. Il serra les mâchoires.

« Tu le dégoûtes, il ne voudra plus jamais de toi ! »

Il avait envie de pleurer. Un sentiment de honte le prit violemment à ce constat.

Puis l'envie de vomir revint avec plus de force qu'auparavant et il profita de la diversion offerte par l'arrivée d'une fille près d'Edward — pour lui proposer une danse — pour s'enfuir hors de la Grande Salle.

Il lança un dernier coup d'œil par-dessus son épaule et vit Edward souriant à la fille. Il détourna le regard, les côtes plus douloureuses que ce qu'il pouvait supporter en public sans broncher.

Il se précipita vers les premières toilettes qu'il trouva à cet étage.

Il y passa le reste de la soirée.


Fatigué et les pieds en feu, Edward quitta sa partenaire de Gryffondor et s'excusa auprès de celle qui attendait pour partir en direction de la table des champions où se tenaient Harry, Ron, Luna et Hermione. Cette dernière paraissait hors d'elle et la seule chose qu'il entendit en arrivant fut un « Arrête de l'appeler Vicky ! » avant qu'Hermione se lève d'un bond et se précipite vers la piste de danse sans remarquer Edward quand elle le dépassa. Puis ce fut au tour de Luna de s'en aller, emmenée par Ginny pour un rock endiablé.

– Eh bien les gars, vous en faites des mécontentes ce soir, j'ai l'impression, ne put-il s'empêcher de commenter. Il s'est passé quoi avec Hermione ?

La seule réponse qu'il reçut fut le regard noir de Ron avant qu'une voix bien connue s'élève derrière lui.

– Où est parrtie Herr-mion-neuû ?

Viktor venait d'arriver devant leur table, une Bièraubeurre dans chaque main.

– Aucune idée, grommela Ron d'un air buté en levant à peine les yeux vers lui. Tu l'as perdue ?

Edward jeta un regard torve à Ron pour sa mauvaise humeur.

– Elle est partie par là-bas, indiqua-t-il en pointant la foule vers la droite.

– Si tu la vois, tu pourras lui dirre que j'ai les bièrres ?

– Bien sûr, lui assura Edward.

Alors Viktor s'éloigna, ses bières dans les mains. Aussitôt parti, Edward se tourna d'un bond vers Ron.

– C'est quoi ton problème avec Viktor ?

– Toi aussi tu l'appelles par son prénom maintenant ! s'exclama Ron, apparemment abasourdi et en colère. Hermione et toi vous êtes pareils, à fraterniser comme ça avec l'ennemi ! Vous vous rendez pas compte que tout ce qu'il veut, c'est gagner la Coupe ?

– Et alors ? rétorqua Edward, les sourcils froncés. Nous aussi, c'est notre but. Je ne vois pas où est le problème. On se fait des amis d'autres écoles, comme ce tournoi le veut à la base, si tu t'étais un peu renseigné. En plus Viktor est très sympathique.

– Il espionne seulement la concurrence ! s'écria Ron en se levant. Vous êtes aveugles ou quoi ? Il se rapproche d'Hermione pour espionner Harry et de toi pour espionner Envy !

– Il n'a pas besoin de moi pour espionner Envy, je te signale. Ils sont devenus amis sans moi ! Et puis on ne parle même pas de ça quand on est ensemble. Tu es vraiment trop stupide. Je comprends pourquoi Hermione est en colère contre toi.

Puis Edward s'éloigna sans un mot de plus, les dents serrées. Pourquoi fallait-il que tout le monde cherche les ennuis ce soir ? D'abord cet idiot d'Envy au comportement déplacé, puis Ron avec ses remarques stupides... En plus leur dispute avait attiré des regards curieux alors que le ton avait monté.

Ne voulant pas rester ici plus longtemps, il abandonna le bal et ressortit une nouvelle fois de la Grande Salle, partant chercher un peu d'air frais dans le parc.

À quelques secondes d'intervalle, il aurait pu croiser Envy qui partait en sens inverse, vers la Grande Salle, le teint pâle et l'air hagard.


Envy titubait lorsqu'il sortit des toilettes après plus d'une heure passée là-bas. Il s'affaiblissait à vue d'œil. Ses jambes tremblaient. Il ne savait pas par quel miracle il avait réussi à se lever. La douleur, indescriptible, lui indiqua qu'il ne tiendrait pas plus longtemps.

« Tombe, rampe ! »

Il se sentait proche du précipice.

Un haut-le-cœur le prit et il retint le sang dans sa bouche en la pressa derrière sa main. Il le ravala dans une déglutition bruyante. Un étourdissement le reprit et il s'appuya contre le mur en pierre. Un nouveau mouvement fit pulser sa poitrine et il gémit en l'étouffant contre sa paume.

« Souffre ! »

Quand il eut à peine plus confiance en ses capacités motrices, il reprit sa route en se tenant aux armures et aux murs. Sa vision se voila. Les sons s'assourdirent. Ses sens se mirent en sourdine.

Il arriva enfin dans le hall et s'y arrêta un instant. L'activité intense à l'intérieur lui donnait le tournis, mais il fallait qu'il trouve Edward. Il était le seul à pouvoir...

« Il ne pourra rien pour toi ! »

Il chancela et se tint à la porte en chêne en retenant une autre nausée.

« Il ne veut plus de toi ! »

- Si ça ne te plaît pas, tu sais ce qu'il faudra faire, à l'avenir ! criait Hermione sur sa droite.

Instinctivement, Envy s'y dirigea. Le groupe se tenait là, composé du trio de Gryffondors. Pas d'Edward en vue. Il s'approcha d'une démarche incertaine.

– Eh...

Ils ne lui accordèrent aucune attention alors qu'ils continuaient à se disputer.

– Où est Ed ? croassa Envy, sans qu'aucun d'eux ne se tourne vers lui, à part Harry, mal à l'aise, qui ne lui accorda qu'un bref coup d'œil désolé.

– La prochaine fois qu'il y aura un bal, tu n'auras qu'à me demander d'y aller avec toi avant que quelqu'un d'autre le fasse à ta place et non pas au dernier moment parce que tu n'auras trouvé personne d'autre ! s'écria Hermione, rouge de fureur.

– Vous avez vu Ed quelque part ? répéta Envy plus fort, souffrant de plus en plus.

– Non ! Lâche-nous avec lui ! s'écria Ron en se tournant d'un bond vers lui.

Harry engagea un mouvement pour apaiser le roux et lui lança un regard d'avertissement. Ron ne se calma pas.

– C'est important, gémit Envy, sans pouvoir se retenir.

Il pâlit soudain et le trio le dévisageait maintenant avec inquiétude. Il ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit.

– Tout va bien ? s'enquit Hermione en s'approchant, toute colère semblant s'être évaporée face à son malaise. Tu es vraiment très pâle.

« Ils ne veulent pas de toi ! »

Envy secoua la tête et posa sa main sur sa poitrine. Il toussa derrière son poing libre. Un liquide chaud coula le long de son menton, il le cacha derrière sa paume.

« Va mourir comme un chien ! »

Étourdi, il fit demi-tour et repartit vers les portes. Edward. Où était Edward ? Un vertige le fit tanguer et il bouscula une chaise sur son passage. Des pas précipités se firent entendre derrière lui alors qu'il passait le pas de la porte. Il trébucha, mais déjà un bras s'accrochait au sien.

« Ils ne peuvent rien ! Personne ne peut rien pour toi ! »

Il croisa le regard horrifié de Harry qui le soutenait.

– Envy, il faut que tu ailles à l'infirmerie, souffla Hermione précipitamment. Ron est allé chercher un professeur.

– Assis toi en attendant, renchérit Harry alors qu'ils arrivaient près des escaliers.

Il sentait des mains qui le tenaient pour l'empêcher d'avancer plus et ne pouvait rien faire contre, trop faible pour lutter.

« Laisse-toi mourir ! »

Soudain, pendant une fraction de lucidité, il vit Maugrey débarquer devant lui.

« Meurs ! »

Une gerbe de sang s'écrasa directement à ses pieds dissemblables.

– Allez chercher Dumbledore !


Dehors, il faisait nuit noire et seules les fées lumineuses éclairaient le chemin d'Edward. Elles voletaient dans le jardin de roses et scintillèrent autour de lui tandis qu'il descendait les marches menant au parc. Il secoua la main pour les faire fuir et la moitié d'entre elles resta. Il en soupira, mais ne se montra plus violent et essaya de les ignorer de son mieux.

Bientôt, il s'enfonça dans les massifs de fleurs odorantes et de buissons parmi lesquels serpentaient des chemins bordés de roses et de grandes statues de pierre par où Envy et lui étaient déjà passés plus tôt dans la soirée. Cet imbécile... Edward tenta en de le repousser de ses pensées. En vain. L'expression qu'il avait eue avant de partir... Et puis son discours totalement incompréhensible sur sa jalousie aussi ! C'était juste... bizarre. Leur relation prenait un tournant imprévu qu'il devait à tout prix éviter.

Son regard passa sur un couple assis sur des bancs sculptés. Il frémit et s'en détourna en continuant sa route d'un pas pressé et nerveux.

Une fois une trentaine de mètres parcourus, une voix familière au fort accent attira son attention.

– ... Je le sens, Severus ! Ne me dis pas que toi non, je ne te croirais pas, affirma Karkaroff catégoriquement.

– Je ne vois aucune raison de faire tant d'histoires, Igor, dit Rogue, impassible.

Caché derrière un buisson pour suivre l'échange clandestinement, Edward se sentit soudain nauséeux sans raison apparente. Quels étaient exactement la source d'inquiétude et le pressentiment de Karkaroff ? Savait-il quelque chose sur Voldemort ?

– Tu ne peux pas faire comme s'il ne se passait rien !

La voix de Karkaroff semblait anxieuse, étouffée, comme s'il ne voulait pas être entendu. L'étrange lourdeur qu'Edward ressentait dans son estomac ne faisait qu'augmenter et il retint un haut-le-cœur. Quel était ce sentiment d'horreur et de panique qui le prenait soudain ?

– Depuis plusieurs mois, on la voit de plus en plus nettement, poursuivit Karkaroff. Je commence à être très inquiet, je dois l'avouer.

Edward ne bougeait plus, intrigué et très concentré. Ça y était. Les deux Mangemorts échangeaient. Il n'aurait pas pensé que Rogue soit encore actif. Il venait tout juste d'entrer dans sa liste de suspects principaux. « Mangemort repenti », « actif », « en liberté », « espion ». Beau palmarès. Dans la catégorie des « très dangereux à surveiller ».

Sa boule à l'estomac s'alourdit encore. Quelque chose n'allait vraiment pas avec lui. Un filet de sueur glacée coula le long de son dos.

– Alors prends la fuite, répliqua sèchement Rogue. Va-t'en, je trouverai une explication pour justifier ton absence. Moi, en tout cas, je reste à Poudlard.

Soudain, les jambes d'Edward le lâchèrent. Le bruit de sa chute alerta les deux professeurs qui vinrent de son côté du bosquet, les baguettes levées.

– Que faites-vous là, Elric ?

Peut-être que Rogue avait ajouté quelque chose, mais il ne le sut jamais. La main sur son cœur douloureux, il tomba dans l'inconscience.

Tout devint d'un blanc éclatant autour de lui. La panique afflua.

- Envy ! s'écria-t-il en voyant leur Porte grande ouverte.

L'Être ne se montra pas. Edward fut aspiré en arrière.

Il revint à lui tout aussi vite.

– Elric ? Vous m'entendez ?

Ses yeux s'ouvrirent en grand pour tomber directement sur le visage de Rogue au-dessus de lui, qui lui tapotait les joues du dos de la main. Edward cligna des yeux. Un sentiment d'urgence extrême le submergea comme une vague violente et il se redressa si vite qu'une brusque chute de tension réduisit son champ de vision. Il chancela un peu avant d'essayer de se lever, aidé par son professeur.

– Envy... Il faut que je trouve Envy.

Il peinait à rester stable, à bout de force sans même avoir fourni le moindre effort. Son cœur pulsait douloureusement après le choc subi.

– Où est Envy ? Il ne va pas bien, répéta-t-il alors que Rogue ne semblait pas comprendre l'urgence.

– Pour l'instant, c'est vous qui n'allez pas bien. Je vais vous emmener à l'infirmerie.

Il le prit sans douceur par le coude pour le tirer à sa suite jusqu'au château.


Terrifiés, Harry, Ron et Hermione restaient à l'écart alors que Maugrey et Pomfresh s'occupaient d'allonger Envy sur un lit d'infirmerie. Ils doutaient que leur ami soit conscient. Ses yeux étaient vides, troubles.

La baguette pointée sur son patient, Pomfresh lui lança un sort d'analyse afin de découvrir quel mal le rongeait. La réaction fut d'une violence inouïe : Envy se cambra à l'extrême en poussant un cri de douleur, qui ébranla les spectateurs de la scène. Son dos ne touchait plus le matelas, tout son corps paraissait pétri de souffrance.

Il retomba contre le lit dans un choc mat avant de commencer à se tordre dans tous les sens en gémissant de façon atroce. Le contour de sa bouche se colora d'écarlate. Il vomissait fréquemment du sang dans lequel les deux adultes piétinaient alors qu'ils s'affairaient autour du lit dans un véritable carnage. Cette vision cauchemardesque avait rendu les trois Gryffondors verts et nauséeux. Aucun d'eux ne comprenait ce qu'il se passait. Tout se déroulait trop vite, trop brutalement.

Pomfresh tenta le sort une seconde fois. La réaction resta la même. Envy se plia en deux, la voix cassée par un cri abominable. Puis il s'affaissa comme une poupée de chiffon. Sa poitrine se soulevait à une vitesse alarmante. Il respirait fort, de façon précipitée. Ils comprirent qu'il était tout aussi terrifié qu'eux.

– Il fait une fièvre magique ! s'exclama Pomfresh, affolée. Où sont Albus et Severus quand on a besoin d'eux ? Alastor, allez me chercher le kit d'urgence moldu dans mon bureau. C'est une mallette blanche et rouge.

Le professeur de défense contre les forces du Mal se hâta vers le bureau en faisant claquer sa jambe de bois sur la pierre. Pendant ce temps, débordée, Pomfresh tenta un sortilège différent inconnu des trois intrus. Envy fut pris d'une toux violente. Le sang aspergea les draps déjà souillés.

– Prenez aussi un flacon de potion de Régénération sanguine ! s'écria Pomfresh à l'adresse de Maugrey dans son bureau.

En sueur et les yeux écarquillés, elle ne savait visiblement plus quoi essayer. C'était la première fois qu'on la voyait perdre son calme. Le trio ne put qu'être un témoin impuissant de la scène. Plus loin dans l'infirmerie, ils observaient le corps tremblant d'Envy avec effroi. Sa tête dodelinait sur l'oreiller trempé de sang et de sueur. Ses yeux s'étaient enfoncés dans ses orbites et étaient cerclés de noir. Le contraste avec sa peau blanche était saisissant. S'ils avaient déjà eu une idée de ce à quoi un cadavre aurait l'air, ils donneraient sans aucun doute la description de leur ami à cet instant précis.

Maugrey revint en claudiquant dans la salle, une mallette sous le bras et deux flacons de potion dans la main. Pendant ce temps, Pomfresh avait commencé à s'adresser à Envy dans l'espoir de le garder conscient. Il ne répondait pas. Immobile, il avait fermé ses paupières devenues violettes, et restait prostré, les mains crispées à l'emplacement de son cœur.

– Donnez-moi le –

Au même instant, il y eut un bruit dans le bureau de Pomfresh. Puis la porte s'ouvrit pour laisser passer Dumbledore. Il entra précipitamment, la robe relevée sur ses chevilles pour marcher à toute vitesse vers le lieu du drame. Lorsque son regard se posa sur Envy, il marqua un temps d'arrêt et ses yeux s'agrandirent d'effroi. Un sanglot secoua les épaules d'Hermione à cette vision. Si Dumbledore était effrayé, quelles chances restait-il à leur ami ? Harry et Ron l'attrapèrent au même instant, autant pour la soutenir que pour se réconforter eux-mêmes dans cette situation de crise.

– Je ne sais pas ce qu'il lui arrive, Albus, expliqua Pomfresh alors qu'avec l'aide de Maugrey, elle forçait son patient à boire une potion. Il semble faire une fièvre magique, mais les purges ne fonctionnent pas. Dès que j'utilise de la magie sur lui, son état se détériore. Je n'ai jamais vu une crise pareille.

– Je n'en sais pas davantage que vous, répondit Dumbledore en observant Envy avec pitié alors qu'il haletait. Avez-vous pu essayer de lui demander ?

– Il n'est plus tout à fait conscient à ce stade de souffrance.

– Essayez quand même.

Pomfresh pinça les lèvres puis obéit à l'ordre du directeur. Elle se pencha vers Envy et lui parla avec prudence. Mais il ne comprenait pas grand-chose à travers le voile pesant sur ses yeux. Il ne parvenait à se focaliser sur rien.

– Edward ! s'exclama Hermione, paniquée. Demandez à Edward ! Envy l'a réclamé quand il a commencé son malaise !

Les trois adultes se tournèrent dans sa direction comme s'ils venaient à peine de remarquer sa présence. Dumbledore hocha simplement la tête et ordonna à Maugrey de chercher le Serdaigle. Il boîta en courant jusqu'à la porte et disparut dans le couloir. Pendant ce temps, Envy recommença à se débattre. Ses cris résonnèrent contre les murs en pierre. Alors, l'horreur s'envenima encore si c'était possible.

Envy essaya de planter ses doigts dans sa poitrine. Il griffa tellement fort qu'il commença à en déchirer sa robe. Ses phalanges furent bientôt couvertes de sang. Il fallut l'intervention à la fois de Pomfresh et de Dumbledore pour l'immobiliser. Mais il faisait preuve d'une telle force que même les sortilèges d'entrave les plus puissants ne détenaient que peu d'effet. Dumbledore tenta de l'attacher physiquement, mais il arrachait les sangles sans manifester le moindre effort.

La porte de l'infirmerie s'ouvrit d'un claquement sonore. Maugrey était déjà de retour. Avec lui, Rogue et Edward, qui semblait mal en point. Le professeur de potion parut vouloir demander ce qui se passait, puis il vit Envy et se figea. Ce ne fut pas le cas d'Edward, qui se précipita à son chevet. Il contourna le lit pour venir là où Dumbledore et Pomfresh avaient laissé de la place.

– Qu'est-ce qu'il a, nom d'un chien ! s'écria-t-il.

Autour de lui, ils perdirent espoir. Si Edward ne savait pas, qui le pourrait ?

– Il semble avoir une fièvre magique, expliqua Pomfresh. Mais la magie empire son cas. J'ai bien peur que si nous ne trouvons pas ce qu'il a...

Blême, Edward prit le visage crispé d'Envy dans ses mains en lui ordonnant de se réveiller. Perdant patience, il le frappa au visage. Aussitôt, Maugrey et Rogue fondirent sur lui et le tirèrent en arrière. Il se débattit et cassa un nez dans la lutte.

Enfin, il cria le nom de l'Homonculus.

Ses yeux s'ouvrirent si brusquement qu'Edward fut lâché sous le coup de la surprise. Envy avait cessé de s'automutiler et fixait le plafond. Son corps paraissait dur comme du marbre et parfaitement statique. On aurait dit une statue. Le plus effrayant n'était pas son allure, mais ses yeux eux-mêmes. Entièrement noirs et fendus verticalement d'une fine pupille.

Edward s'approcha et se pencha au-dessus de lui pour entrer dans son champ de vision. Aucun des autres spectateurs n'aurait osé l'imiter face à l'aspect de plus en plus repoussant de l'Homonculus. Son œil gauche changea d'apparence encore une fois, se divisant en huit pupilles distinctes. Sa peau devint grisâtre, tirant sur le vert. Ce n'était pas humain.

– Envy, tu m'entends ?

Le regard fixe ne lui donna aucune indication.

– Dis-moi ce qu'il t'arrive, bordel !

Un faible son franchit les lèvres d'Envy. Edward se pencha davantage pour entendre ce qu'il disait. Patient, il attendit qu'Envy répète d'une voix presque éteinte.

Elles veulent sortir...

Personne d'autre que lui n'entendit l'explication terrifiante, mais ils le virent tous blêmir brusquement. Le teint cireux et portant une expression faciale proche de l'épouvante, Edward se redressa lentement en secouant la tête, niant ce qu'il ne voulait pas comprendre.

Envy eut un autre sursaut, suivi d'un autre. Ses plaintes reprirent. Et Edward ne bougeait pas.

– Edward, dites-nous ! implora presque Pomfresh alors que l'état de son patient subissait une rechute. Que puis-je faire ?

Silencieux, il se répétait inlassablement ce qu'Envy lui avait murmuré.

« Elles veulent sortir ». Que voulait-il dire par là ?

« Elles veulent sortir ». Était-ce un délire dû à la fièvre ?

Il vit les mains d'Envy sur son torse alors qu'il se recroquevillait en position fœtale.

« Elles veulent sortir ». L'image de Père à sa mort lui revint.

« Elles veulent sortir ». L'horrible réalité le frappa.

Elles veulent sortir ! s'écria-t-il en mettant ses mains devant sa bouche.