Playlist

« Nougayork » Claude Nougaro

« Sans dire un mot » Emmanuel Moire

« Christine » Christine and the Queens

« Memoria » Indochine

« Elles » Patrick Fiori

« Un autre monde » Téléphone

Chapitre n°21

Point de vue d'Aurore

Plus les jours passent plus j'ai envie d'en savoir plus, ai-je bien vu Céleste dans les parages ? Ai-je bien fait de prononcer son prénom ? Elle a pris peur et sans comprendre le pourquoi du comment je continue de regarder tout autour de moi pour tenter de l'apercevoir, même de loin. Je regarde toutes les silhouettes qui circulent en ville et qui seraient susceptibles de correspondre à l'idée du physique que j'ai de Céleste devenue adolescente et je regarde aussi les couleurs des yeux. J'ai même fixé une enfant dans un café car j'ai cru une seule seconde qu'il pouvait s'agir de Céleste sauf que sa mère n'a pas apprécié et est parti. Un avantage est que peu de personnes possèdent des yeux verts alors mon champs de recherche est réduit. Ça se solde en échec à chaque fois et je culpabilise. Je me surprends à murmurer son prénom à la maison de couture. Mes collègues se posent des questions et je ne veux en aucun cas me justifier parce que le sujet de Céleste est sensible.

Je chasse dans les environs de Central Park pour être certaine de ce que j'ai vu il y a cinq jours. Personne ne peut s'apercevoir que deux vampires sont en train de se chercher du regard à une heure tardive. Je n'ai eu aucune nouvelle vision. Je n'ai même pas rappelé ma sœur pour la prévenir que je n'ai absolument pas avancé. Et je persiste à dire que c'est peut être une hallucination visuelle. Un comble pour un vampire ayant une vision infaillible. Je tente de capter un éventuel regard susceptible de lui appartenir. C'est la même routine depuis cinq jours, je l'attends assise près d'un arbre après ma journée à la maison de couture. Autant dire que j'attends et appréhende ce moment qui dure en général des heures, Céleste refuse de se montrer. Cinq jours sans nouvelle vision, sans avoir l'espoir de revoir cette paire d'yeux verts. Honnêtement, lorsque j'ai vu les siens j'ai pensé à moi. Rare sont les fois où j'ai vu des eux verts dans ma vie. Ceux de Céleste sont incroyables. Étant donné que la transformation en vampire change nos caractéristiques physiques, garder la couleur de nos yeux que l'on a eu humain est très rare. C'est étrange d'ailleurs mais au moins, cela m'arrange un peu. Je peux me distinguer des autres vampires.

Je décide de rappeler ma sœur Alice afin de la tenir au courant, aussi maigres soient-elles. De toute façon, il faut que je la tienne au courant. Cinq jours à arpenter les allées de Central Park en début de soirée et pas une trace d'un quelconque autre vampire dans les parages. Un comble. Je ne dois pas être la seule créature nocturne dans cette ville. C'est peu probable que Céleste soit vivante et si elle l'est, va t-elle comprendre la situation à savoir que j'ai pris soin d'elle jusqu'à ses un an ? Elle n'a aucun souvenir de tout ça. Moi si parce que je suis un vampire dont la mémoire est infaillible et tout est gravé dans ma mémoire tel du marbre. Tous les détails me reviennent en mémoire mais rien de plus ne peut m'aider.

« Allô ? ».

« Salut, je n'ai aucune nouvelle de Céleste. Tu as vu quelque chose depuis ? ».

« Aurore ? Tu aurais pu m'appeler plus tôt, je m'inquiète pour toi ».

« Pour te dire quoi ? » répondis-je sur la défensive. « Depuis cinq jours, c'est silence radio. Elle a dû quitter la ville et de toute façon, n'ai-je pas été victime d'une hallucination visuelle ? ».

« Une hallucination visuelle ? »rit-elle.« À part Zafrina, je ne vois pas un autre vampire capable d'en causer à un autre vampire et j'aurai été au courant avec mes visions ».

« C'est une hypothèse comme une autre »me justifie-je.

Le don de Zafrina est exceptionnel. Tous les Cullen sont unanimes sur ce point. Je ne l'ai jamais vu opérer. Chaque vampire a un don spécifique. Si beaucoup le considère comme une force, un avantage, un don tout cours le mien ne me convient pas et je doute que celui d'Alice l'amuse. Beaucoup de ses visions sont dramatiques, rare sont les fois où elles évoquaient un moment de bonheur. Exception faite depuis longtemps avec moi et Matt, avant elle et Jasper. Je m'incline.

« Carlisle m'a expliqué qu'elle doit avoir peur, si Céleste est dans les parages elle a forcément dû entendre parler de toi ».

« Comment ? Je l'ai abandonnée dans un dispensaire à l'âge d'un an, ce n'était qu'un bébé et elle n'a pas dû avoir connaissance de mon identité. J'ai quitté l'Italie depuis des années et en principe, les orphelinats ou les foyers ne communiquent pas d'informations à ce sujet, ce n'est pas autorisé et auquel cas, je ne pouvais m'en occuper correctement ».

« Sans doute a t-elle été placée dans un foyer, en grandissant elle a demandé à connaitre les circonstances de son abandon, je sais que tu détestes ce mot. Elle a eu des informations brèves mais cela n'a pas dû lui suffire ».

« Il y a des années, dix peut-être ou bien plus je ne sais plus. Je... Je pense à elle tous les jours. Avant, je veux commencer des recherches administratives pour tenter de retrouver une trace ».

« Va aux archives de la mairie de New-York. Tout y répertorié et vois ce que tu trouves ».

« Oui »dis-je sans savoir quoi ajouter.

Je crois que la conversation est terminée. Alice a raison, je dois en premier lieu aller à la mairie tenter de faire des recherches aux archives de la mairie. Si tout est bien classé, des informations doivent s'y trouver. Je raccroche avec Alice et quitte Central Park pour aller à la mairie. Le grand bâtiment gris me fait face, je respire profondément avant d'y entrer. Les employés s'affairent à leurs tâches, l'un d'eux lèvent les yeux vers moi me faisant signe d'avancer. Je lui explique que je dois consulter les archives pour retrouver une personne. Elle acquiesce sans réellement me prendre au sérieux mais me donne un formulaire à remplir. J'hésite. Je ne veux en aucun cas divulguer des informations concernant Céleste. Cette histoire n'est pas publique. Je lui explique que consulter les archives suffira pour l'instant. Elle lève un sourcil, reprend le formulaire et le stylo et appelle une collègue pour m'indiquer le chemin. Nous allons donc dans un couloir, elle ouvre une porte fermée à double tour et je fais face à des étagères remplies de cartons contenant des dossiers. Elle me dit que ce sont les seules traces écrites qu'il reste, les autres années sont en train d'être numérisées. Ainsi, le nombre de dossier diminue.

Par quelle étagère commencer ? En réfléchissant, j'ai laissé Céleste il y a sans doute dix ans. En Italie, ça c'est certain. Je trie les divers cartons du regards et en repère un qui semble correspondre à l'année. Le seul soucis est que ce carton est situé tout en haut, je suis trop petite pour l'atteindre. Une chance qu'une échelle soit mise à la disposition. Je me demande combien y a t-il de personne qui consultent les archives de leur ville. J'attrape le carton et l'ouvre. Mais il n'y a que des villes américaines. Rien avoir avec ce que je recherche. Je ne suis simplement pas dans le bon pays. Quelle idée stupide. J'ai envie de tout envoyer sur le sol. Dépitée, je range le carton à sa place et continue de marcher dans les allées. Je fais face à des dizaines d'étagères remplies de cartons dans lesquels des tas de dossier sont répertoriés selon la ville. Je veux un dossier international. Je cherche la fameuse étagère pendant une heure et sans succès. Je me sens dépitée. Sans aucune perspective de la revoir un jour, même un prénom sur un document me suffirait sauf qu'il n'y a rien. Aucun indice. Résultat, je n'ose pas affronter la réalité. Sortir dehors sans preuve de son existence.

Secrètement j'aurai aimé lui faire comprendre que j'ai des doutes sur l'archivage de cette mairie. J'aurai aussi aimé faire avaler le formulaire à la secrétaire qui m'a à peine regardé en lui demandant des informations concernant les données que je souhaitais consulter. Je décide qu'il est temps d'admettre ma défaite. Il n'y a rien ici. Je vais devoir m'habituer aux nuits à Central Park à attendre que Céleste pointe le bout de son nez. Cinq jours sans possibilité de la voir, d'être sûre de moi mais je décide de rentrer à la maison jusqu'à ce que la nuit tombe. Il faut que j'aille chasser cette nuit et on verra bien. J'ai de la couture à faire.

Sur le chemin du retour, je m'arrête dans un café. Les odeurs de thé, de café et autres boissons à emporter enveloppent l'atmosphère du lieu. Tout est fait pour y passer le plus de temps possible. Des prises électriques et l'accès à Internet incite davantage les étudiants à travailler hors de chez soi et je trouve cela bien. Je le faisais au début mais je préfère rester chez moi maintenant. Une fois ma commande faite, je quitte le café en question. Dépitée, sans espoir de retrouver ce petit être blond, je m'avance dans les rues new-yorkaises sans information supplémentaires. Parfois, je m'en veux un peu. Au lieu de chercher à tout prix des indices, peut-être que cela me viendra ? Illusoire. Impensable.

Mon immeuble me fait face au bout d'une dizaine de minutes de marches, je monte les étages et ouvre la porte de chez moi. Me sentir bien dans un appartement est le premier point sur lequel j'ai insisté en arrivant à New-York. L'environnement est plutôt agréable là où je vis. Je réalise ma chance de travailler dans une maison de couture. J'envoie tout de même un message à Alice en mentionnant que mes recherches n'ont rien donné du tout. Mon moral est au plus bas. Je ne me vois pas me regarder dans une glace et être satisfaite de ma journée; rien n'a été positif. Matthéo est parti, Céleste m'a filé sous le nez, Alice m'en veut de ne pas l'avoir appelée plus tôt, je m'en veux moi-même d'être à ce point prise par l'engouement, par l'émotion aussi. C'est fou comme un tas de choses, une fois toutes accumulées peuvent prendre possession de notre esprit.

J'attrape mon matériel, mes aiguilles en premier. Le fils entre dans le petit trou de l'aiguille et s'enfonce dans le tissu. Coudre me vide l'esprit. Je l'ai déjà dit mais je peux penser à autre chose que le quotidien, je me concentre sur quelque chose et laisse parler ma créativité. Je couds ce que je veux, quand je veux. Pour cela, ma création est sans limite. La robe sur laquelle je travaille est spéciale, c'est la première qui va compter pour mon examen de fin d'année. Je n'aurais sans doute pas l'occasion de la porter.

Mon téléphone sonne et je suis heureuse de constater qu'il s'agisse de Matthéo.

« Je suppose que tu es au courant ? »demandais-je dépitée.

« Alice ne peut rien cacher » répond t-il. « Je suis désolé que tes recherches n'aboutissent pas comme tu le souhaite ».

« Je n'ai pas la moindre trace de Céleste, j'ai beau l'attendre depuis le début de la semaine, sans succès et elle refuse de se montrer. Ses prunelles vertes me hantent l'esprit ».

« Ne t'inquiète pas ma belle, tes efforts finiront par payer »me rassure t-il.

« Tu penses qu'elle acceptera ? Je ne veux pas qu'elle le prenne mal. Après tout, elle ne me connait pas »dis-je en sanglotant un peu.

« Tu as pris soin d'elle autant que possible, n'ai pas de regrets, tu as été parfaite »tente t-il de me rassurer.

« Autant essayer » dis-je sans réelle grande conviction. « Elle n'a pas de terre à terre à New-York alors je me demande comment elle a fait pour... ».

« Te retrouver ? Crois moi que si je t'avais perdu de vue, j'aurai remué ciel et terre pour te retrouver ».

« Les probabilités sont faibles ».

« Mais pas impossible ».

« Je ne veux pas raccrocher, tu me manque ».

« Tu me manque aussi. Il le faut, les urgences m'appellent et tiens moi au courant si tu as des nouvelles récentes de Céleste ».

« À plus tard, je te donnerai des nouvelles. Je t'... »murmurais-je sans qu'il n'ait entendu avant de raccrocher.

Lui parler m'a fait du bien. J'aurai aimé le voir réellement mais je ne vais pas me plaindre, les nouvelles technologies ont le mérite d'exister. Une chance mais pour Céleste, difficile de la rechercher sur Internet si aucune trace d'elle ne se trouve dans les archives de la ville.

Qu'il neige encore ou non et quitte à veiller dans le parc toute la nuit, jusqu'au lever du jour le lendemain, je dois affronter du regard Céleste. Je ne veux pas qu'elle soit gênée. Je veux juste la regarder et au meilleur des cas, la serrer dans mes bras mais ce serait trop demandé. Elle ne me connait pas. Quel intérêt alors ? Elle aura sans doute envie de prendre les jambes à son cou en me voyant. Qui voudrait écouter ou adresser la parole à une jeune fille dont les visions l'ont conduite entre les quatre murs blancs d'un hôpital toute son enfance et adolescence ? C'est Alice qui a été admise la première. Je l'ai très mal vécu. Quand nous étions dans la même chambre, je lui ai promis que l'on partirait. Et c'est ce que l'on a réussi à faire. Même si cela nous aura couté notre vie humaine pour une vie d'immortelle. Je n'ai pas les idées claires, avec tous les médicaments que l'on m'a donné. Après tout, cela peut jouer sur moi. Cela me rend triste. Je me hais. C'est l'une des pires sentences que l'on ait pu m'infliger. Pourtant, devenir vampire m'a offert une seconde chance, une nouvelle opportunité de vivre et d'en quelque sorte me racheter. En m'occupant de Céleste, tout à changé chez moi. L'instinct maternel m'a aidé à prendre conscience de mon rôle envers elle même si ce n'est pas ma fille. J'ai pris du plaisir à m'en occuper, à la regarder dormir paisiblement et à lui sourire. Tout ce que je veux c'est savoir si elle va bien.

Personne ne ferait confiance à un vampire et pourtant Esmée et Carlisle ont accueilli deux sœurs. Ils sont devenus nos parents. Sans eux, je ne sais pas ce que l'on seraient devenues. Y penser me fend le cœur. On aurait fuit toute notre existence en espérant échapper à James, qui n'est plus là aujourd'hui. Je garde des souvenirs amères de cette nuit là. Mais je ne peux pas y penser, décevoir ma famille me rend malade et il est hors de question de les rendre triste. Si Carlisle et sa famille ma fait confiance, pourquoi pas Céleste ? Je peux me permettre de l'envisager au moins sans douter de ce que je pense.

Ma partie de chasse se passe bien. J'ai réussi à attraper un animal conséquent, ce qui va me permettre de tenir plus longtemps que d'habitude. Mes réserves énergétiques étaient en train de diminuer, ce qui n'est pas bon. Dans mon cas, je suis en pleine partie de chasse d'informations au sujet de Céleste. Ce n'est pas aujourd'hui que j'aurai des nouvelles à donner à Alice qui n'a aucune vision la concernant. Aucune chance de savoir où elle se trouve, pourtant aux dernières nouvelles, elle se trouvait bien à New-York.

Des flocons de neige commencent à tomber du ciel. J'aurai trouvé ça romantique aux côtés de Matthéo mais seule à Central Park, ça a un autre aspect. Si Céleste pointe enfin le bout de son nez, je ne saurais pas quoi lui dire en première. C'est à moi de me présenter, de faire le premier pas. Sachant qu'elle doit posséder quelques bribes d'informations à son sujet, je ne suis pas certaine qu'elle veuille entendre ma version des faits.

Un craquement de branche. Ce n'est pas le son le plus rassurant dans ce type de situation. Je m'apprête à agir si nécessaire ou alors à fuir le plus rapidement possible si jamais les choses changent. Ce dont j'ai envie d'ailleurs, courir jusqu'à chez moi et fermer la porte de mon appartement. Ne pas penser à ce bruit étrange de craquement. Je suis immortelle depuis si longtemps et les choses ne devraient plus être angoissantes. C'est moi l'être le plus dangereux au contraire des humains. Mes sens sont aiguisés, mes pensées sont centrée sur ce bruit étrange sorti de nulle part. Mes membres sont en éveil. Ma vision repère la fameuse silhouette qui a causé ce bruit. Une silhouette humaine est le premier indice, plutôt de taille moyenne et son odeur n'est pas celle d'un vampire. C'est une humaine. Attention, l'odeur de son sang est captivant. Il m'appelle mais je me résous à être sévère envers moi-même, me contrôler à tout prix.

« S'il te plaît, ne me mors pas ».

C'est une humaine, sans doute étudiante qui se cache le visage de ses yeux comme pour se protéger d'un danger imminent. Je ne veux en aucun cas jouer ce rôle. Je me connais un minimum pour savoir que je ne lui ferais aucun mal. Je suis un vampire civilisé tout de même.

« Bella ? ».

« Je... Je ne veux pas t'effrayer ».

Bella. À New-York. Ici. Tard dans la nuit. Elle semble effrayée, un peu perdu aussi, des flocons de neige sur ses vêtements. Ses mèches brunes sous un bonnet, le teint aussi pâle que la neige, habillée chaudement pour supporter les températures hivernales. C'est improbable, impossible et la liste peut continuer mais Bella est bien là. Il ne me semble pas l'avoir entendu dû me dire qu'elle serait ici. Alice ne m'a rien dit. Ses yeux sont fatigués. Je devine qu'elle tremble à travers ses vêtements. Moi encore c'est différent, je ne crains pas le froid, pas autant qu'un humain. Je n'ai pas assez prêté attention à ce détail. Bella va geler sur place et je ne veux pas que demain matin, des gens découvrent un bonhomme de neige vivant et bleu en plus à Central Park. Elle en a lâché son sac à dos sur la neige. Elle tremble encore et la laisser ici n'est pas une bonne idée. Rentrer se réchauffer est nécessaire, je ne vais pas la regarder dans le blanc des yeux toute la nuit.

« Viens on rentre, tu vas geler sur place ».

Bella me suit jusqu'à l'appartement. Son regard dérive vers moi de temps en temps. Elle n'a sans doute pas l'occasion de voyager, New-York est une ville dynamique et impressionnante. Elle ne semble jamais dormir. C'est ce qui en fait une ville constamment visitée par les touristes et la réputation pour vivre le rêve américain. Ce n'est pas mon cas, je suis ici pour mon stage.

La clé tourne dans la serrure, la porte s'ouvre en grand. Bella se réchauffe un peu plus qu'à l'extérieur, les températures doivent être insupportables pour elle. Une fois au chaud, son visage se détend et change du tout au tout. Je vais devoir m'habituer à sa présence cette nuit et peut-être pour les prochains jours. Je me dirige directement vers la cuisine pour préparer un thé histoire qu'elle reprenne ses couleurs rosées aux joues.

« Tiens, ça te réchauffera ».

Bella saisit la tasse de thé fumante avec plaisir et la serre entre ses mains pour se réchauffer. Son sourire de satisfaction collé au visage me donne une impression positive. Je sors des couvertures d'un placard pour quelle se sente comme chez elle.
Il est vrai que nous ne sommes pas les meilleures amies du monde mais j'apprécie Bella. À la maison j'ai cuisiné quelques fois pour elle. Cela m'a permis de me présenter en quelque sorte, de sortir des présentations habituelles classiques. Je fais passer des messages en cuisinant et en général quand on ne prononce pas un mot en mangeant c'est bon signe.

« Merci beaucoup » souffle t-elle sur la tasse. « Et toi ? ».

« Je crains moins le froid que toi ».

« Oh » dit-elle en prenant conscience de ma nature. « C'est vrai, tu n'as jamais jamais froid ? ».

« Tu veux vraiment discuter de ça ce soir ? ».

« Je... » commence t-elle à dire le visage confus. « Je peux t'expliquer ».

Moi aussi j'ai envie d'oublier ne serait-ce qu'une minute que je ne suis pas une créature nocturne dangereuse pour les humains. L'innocence de Bella me ramène à cette réalité. Elle est insouciante et je pense que c'est utile. Elle ne se soucie pas du lendemain, elle vit le moment présent. C'est une qualité. Quand on est immortel, on ne se soucie pas du lendemain puisque tous les jours se suivent et peu importe, la notion de temps est infinie. On ne se pose pas la question et c'est peut-être mieux ainsi. Mais pour lui faire en partie plaisir, je vais dans la cuisine et je reviens une tasse de thé à la main. Le sachet se diffuse tout de suite dans l'eau. Je veille à ne pas renverser une goutte sur le tapis. Après que Bella ait bu une première gorgée de son thé, je pense qu'il est temps de discuter un peu. Le sujet de conversation est sensible lorsqu'il s'agit de Céleste et je doute que Bella soit au courant. C'est la seule humaine de la maison et comme nous ne sommes pas très proche, je ne me souviens même pas lui avoir expliqué la situation mais je suppose que Edward s'en ai chargé. Sauf que je veux savoir comment et pourquoi elle a atterrit seule à Central Park à une heure aussi tardive.

« Que faisais-tu seule en pleine nuit ? ».

Je réponds par une autre question pour rester sur le sujet principal. La fuite de Bella. Au risque d'avoir des ennuis, elle a quand même couru un risque important. Si un vampire assoiffé était dans les parages, les conséquences auraient été dramatiques, une chance que ce vampire soit moi et pas un monstre. Je déteste y penser.

« Je... Je suis en voyage scolaire pendant trois jours et j'ai entendu que ça n'allait pas alors je me suis sentie utile en étant près de toi alors je t'ai cherché ».

« En voyage scolaire ? En pleine nuit dans Central Park ? J'espère que tu as conscience qu'un autre vampire aurait pu traîner dans le coin et te tuer ? Je suppose que personne de ta classe ne sait que tu es là. Demain matin, j'appellerai ta prof. Bella, tu ne peux pas rester avec moi ».

« Je suis désolée ».

« Il en ai de ta sécurité Bella » dis-je en prenant ses mains.

« Qui recherches tu aussi assidûment ? Laisse moi t'aider, à deux on peut réussir ».

« Merci Bella mais c'est une longue histoire et je n'ai pas toute la nuit pour te la raconter ».

« Je suis sérieuse, tu n'es plus la même depuis quelques temps. On a la nuit devant nous ».

« Moi aussi mais tu tombes de sommeil » riais-je un peu. « Ce n'est pas raisonnable et je suppose qu'Edward t'en a déjà parlé ».

« Laisse moi une chance de l'entendre, Edward n'a pas voulu m'en dire plus. Il m'a dit que c'était à moi de te poser la question et d'attendre une éventuelle réponse ».

« Ta ténacité te perdra ».

« Personne n'est pas au courant de mon escapade chez toi ».

« Encore mieux ».

« S'il te plait, je serais discrète et je ne dirais rien du tout ».

« Bella »dis-je en fronçant les sourcils. « Je ne te demande pas de comprendre et je ne le répéterai pas deux fois. Je suis à la recherche de quelqu'un qui n'existe pas dans les archives de New-York et qui est en fuite depuis je ne sais combien de temps, en plus de travailler à la maison de couture. C'est un hasard incroyable que cette personne soit dans la même ville que moi à l'heure actuelle ».

« C'est qui ? ».

« Un bébé » répondis-je.

Jamais je n'aurais pensé prononcé ce mot. Ce mot si plein de sens. Ce bébé qui a un prénom. Mais je n'ai eu aucune chance de la revoir ni de demander des nouvelles, pourtant j'y pense tous les jours. Je n'ai pas d'indice et mes recherches à la mairie a été un échec cuisant. Les prunelles de Céleste m'obsèdent. Je sais qu'elle est dans la ville, pas loin, à attendre le bon moment pour se montrer à nouveau. Si elle est ici, soit le hasard fait vraiment bien son travail soit elle a eu des informations sur son abandon étant âgé d'un an. Les années ont passé et je suis heureuse de voir qu'elle a survécu à la maladie, ce n'était pas gagné d'avance.

Le fait que Bella soit aussi curieuse à ce sujet me conforte dans l'idée que c'est une fille bien sinon elle ne serait pas intéressée à ce point. Étonnant parce que je n'en parle pas à la maison. Non pas que ce soit un sujet sensible, enfin si mais si Carlisle ou Esmée ne me pose pas de question, je n'en parle pas spontanément.

Bella me regarde de ses yeux marrons chocolats et se demande pourquoi ma réponse tarde. Il est vrai que le sujet est sensible alors qu'il ne devrait pas l'être. Céleste a fait partie de ma vie mais c'est encore douloureux de l'évoquer.

« Tu es maman ? ».

« C'était il y a longtemps »commençais-je par dire. « Ce bébé a bien grandi depuis le temps, j'ai dû l'abandonner à cause de la pneumonie qu'elle a attrapé et je n'ai plus eu de nouvelles. Ce n'est pas mon bébé biologique. Je ne suis pas certaine d'avoir pu avoir la possibilité d'être maman vu tous les médicaments que j'ai avalé mais c'est une autre histoire trop longue à raconter ».

« Ce n'était pas un reproche » s'excuse t-elle. « Et tu n'as aucune nouvelle ? Je suis désolée d'avoir insisté autant ».

« Céleste est un bébé incroyable aux yeux verts et aux cheveux blonds, un peu comme les miens, c'est ce qui ma troublé la première fois. Ce bébé était déjà abandonné et l'idée de la laisser seule m'était impensable. Lorsque Élise est morte, elle m'a fait promettre de m'en occuper. Je l'ai fait jusqu'au un an de Céleste. Un jour, elle a commencé à tousser, toute la semaine. Elle souffrait. Ne sachant plus quoi faire pour l'aider, je l'ai amenée à un dispensaire et le verdict est tombé: une pneumonie. Il fallait un traitement à Céleste et une mise à l'isolement. La laisser m'a arraché le coeur. Combien de fois, j'ai songé à retourner au dispensaire, à la reprendre puis à voler des médicaments et le pire à commettre des meurtres. Cette idée était effrayante et je ne voulais pas être un monstre » sanglotais-je.

Bella ne dit plus un mot. Je me sens vulnérable. Céleste a fait partie de ma vie si peu de temps et les choses ont commencé à changer radicalement, j'ai compris que je n'ai pas perdue toute mon humanité et que m'occuper d'un petit être fragile et humain était possible.

Je ne m'attends pas à de la pitié, juste un peu de compréhension et encore non, juste de la considération envers ce bébé.

« Tu devrais aller dormir, il est tard » dis-je en essuyant les larmes aux coins de mes yeux.

Sans doute par réflexe, Bella se rapproche de moi et un sourire triste s'affiche sur son visage. Elle est juste un peu plus jeune et plus grande que moi mais ses bras m'entourent. Je suis un peu surprise par ce geste. C'est mignon. Elle me serre aussi fort que possible et me murmure des paroles apaisantes que j'apprécie d'écouter.

Discuter un peu avec elle m'a fait du bien, il est temps pour moi de me familiariser avec ce sujet et l'évoquer auprès de ma famille est nécessaire. Après tout, Bella fait partie de ma vie, de ma famille et je considère Edward comme un grand frère depuis mon arrivée chez les Cullen alors je peux lui faire confiance. Sachant que Bella n'a pas hésité à faire le premier pas envers moi, elle n'a pas eu peur ou de réticence. Elle est venue vers moi de façon attentionnée. Je l'apprécie pour ça.

« Bonne nuit Bella » murmurais-je en ajustant la couverture.