So I'm dead : J'espère que ces deux chapitres t'aideront à tromper ton ennui :)
Chapitre quatorze : Entre monstres, on se comprend
Un bourdonnement insupportable vrillait les tympans d'Envy. Il fronça les nez et tenta de bouger pour se boucher les oreilles, mais ses bras pesaient des tonnes. Paradoxalement, il n'avait plus éprouvé un tel bien-être depuis très longtemps. Il se sentait léger, sa poitrine libérée de son étau. Sa Pierre ne crissait pas.
Le bourdonnement se fit plus fort. Il reconnut enfin son origine. Des bavardages. Les voix familières le tirèrent finalement du sommeil. Il cligna plusieurs fois des yeux. Le plafond blanc lui fit penser un instant au monde de la vérité, mais la voix d'Hermione lui confirma qu'il se trompait.
– Oh, il est réveillé ! chuchota une voix qu'il reconnut comme celle de Ron.
– Envy ? appela doucement Hermione qui apparut alors dans son champ de vision, juste au-dessus de lui.
Il ouvrit la bouche et passa sa langue sur ses lèvres sèches. Il avait une soif horrible. Il expira longuement en tournant la tête sur la gauche. Une cruche d'eau à l'aspect fortement alléchant le narguait, fraiche et dégoulinante de condensation. Une grosse main brisa le contact visuel et s'empara de l'anse de la cruche pour en verser une infime partie du contenu dans un verre. Quel gâchis ! Il la voulait tout entière. Mais la grosse main, persistante dans sa bêtise, lui tendit le simple verre alors qu'on l'aidait à redresser un peu la tête. Il but d'une traite et en réclama plus. La grosse main revint rapidement avec l'eau. Au bout de quatre allers-retours, cette fichue cruche se vida entièrement, laissant sa gorge moins irritée et sa bouche agréablement humide.
Le pied total. Sa tête retomba sur l'oreiller.
– Merci la grosse main, marmonna Envy, les yeux fermés.
– C'est moi qu'il a appelé comme ça ? demanda Ron, éberlué.
– Envy, encore parmi nous ?
Cette voix, c'était celle de cette affreuse mégère de Pomfresh. Que faisait-elle dans son dortoir... Que faisaient Ron et Hermione dans son dortoir ! Il rouvrit les yeux. Ah, Harry aussi était là. Ce n'était pas plus normal, mais c'était étrange de voir le trio de Gryffondor séparé.
– Je suis où ?
Derrière Pomfresh, le trio échangea un regard.
– Vous ne vous souvenez de rien ? interrogea Pomfresh dont l'horrible visage était bien trop près du sien.
– Si je pose la question, maugréa Envy en roulant des yeux.
Le mouvement lui fit mal, mais il n'en montra rien et continua à fixer l'infirmière avec dédain.
– Cette nuit vous avez fait un malaise pendant le bal. Maintenant, vous êtes à l'infirmerie.
– Hum hum...
Il n'ajouta rien. Il ne se souvenait de rien. Mais manifestement son secret avait transpiré. Il devait sûrement l'absence de souffrance à Edward. Avant ce jour, il n'avait pas remarqué à quel point la douleur ne le quittait jamais, bien que sourde la plupart du temps. Il n'avait même pas la force de s'inquiéter de la réaction d'Edward. Enfin... à y repenser... il vaudrait mieux pour lui se préparer à son courroux avant qu'il éclate.
– Où est Ed ?
Harry pointa quelque chose près de lui. Envy se pétrifia. Juste derrière lui ? Toujours figé, il suivit le geste et se tourna pour découvrir la source de son angoisse profondément endormie. Dormant de tout son saoul, Edward avait le visage plongé entre ses bras croisés sur le lit. Comment avait-il fait pour ne pas sentir son contact plus tôt ?
– Il t'a veillé toute la nuit, l'informa Ron face à son air surpris.
– Il ne dort que depuis une heure, précisa Pomfresh d'un ton pincé en fusillant la tête blonde de son regard acéré. Il a tenu à aller se changer puis revenir ici au lieu de rester dans son lit. Une vraie tête de mule.
– C'est pour ça qu'on l'aime notre Ed national, non ? plaisanta Envy avec un fin sourire alors que de sa main la plus proche il attrapait celle d'Edward qui le frôlait.
Hermione sourit alors que Ron et Harry détournaient soudain le regard, l'air gêné. Envy ne chercha pas à comprendre. Pomfresh quant à elle ignora sa remarque et l'examina d'un geste large de baguette magique, puis, satisfaite, tourna les talons pour retourner dans son bureau. Pendant tout ce temps, les visiteurs n'avaient pas lâché Envy du regard une seule seconde.
Ils s'inquiétaient, bien sûr. Mais avec le choc et la peur passés, la situation les intriguait. Ils avaient discuté de l'événement toute la nuit dans la salle commune des Gryffondors, se morfondant d'angoisse après le refus de Rogue et de Dumbledore de les laisser avoir davantage de nouvelles de leurs amis. Hermione avait pleuré longtemps. Ron et Harry avaient eu tout le mal du monde de ne pas l'imiter. Ils savaient que cette vision cauchemardesque ne les quitterait qu'avec beaucoup de mal. Le sang, les cris, la douleur. Et puis cette supplique terrifiante.
« Tue-moi »
La réaction directe d'Edward suite à cela les avait pétrifiés de peur. Qu'avait-il fait ? Cette question les avait torturés pendant leurs longues heures d'attentes. Ils s'étaient finalement endormis dans la salle commune, les uns contre les autres, serrés dans un canapé. Vers neuf heures, ils avaient été réveillés par les premiers levés qui les observèrent de travers en les voyant toujours en tenue de soirée, ayant visiblement dormi là. Ils avaient quand même pris la peine de se changer avant de filer à toute vitesse à l'infirmerie.
Envy respirait bel et bien. Edward ne l'avait finalement pas tué.
– Comment te sens-tu ? demanda Hermione.
– Comme si un loup-garou m'avait piétiné, répondit Envy et il savait de quoi il parlait.
Il y eut un silence que Harry osa finalement briser avec la question qui leur brûlait à tous les lèvres.
– Hier soir... Qu'est-ce qu'il t'est arrivé exactement ?
Envy fixait le plafond d'un air vide. Au bout de plusieurs minutes de silence, le trio comprit qu'il n'aurait aucune réponse.
– Ed avait l'air fou, tenta Ron. Tu lui as fait une grosse frayeur.
– Enfin, comme à tout le monde, ajouta Hermione.
– Heureusement qu'il a compris, souffla Envy. C'est pratique des fois d'avoir un ami génie. Ça sauve la vie.
Envy ne remarqua pas que le trio semblait vouloir poser des questions, mais se retenait. Ron et Harry l'aidèrent à se redresser contre ses oreillers tout en faisant attention à Edward. Pour une fois, ils bénissaient son sommeil lourd.
– Au fait, se souvint Ron. Je t'ai ramené des dragées surprises, je me suis dit que tu aurais peut-être envie...
– J'en rêvais, soupira Envy en plongeant sa main dans le paquet.
– Attends, tu n'y as peut-être pas le droit, protesta Hermione, soucieuse.
– Je peux encore manger ce que je veux, rétorqua le malade en gobant une poignée de bonbons. Je vais très bien.
– Mais après ce qu'il s'est passé...
– Arrêtez avec vos yeux de merlan frit, ils me courent sur le haricot. Je vais très bien. Si, c'est vrai. Ça fait même longtemps que je ne me suis pas aussi bien senti. Ed est mon ange gardien, j'vous dis. Enfin... Ça n'empêche pas qu'il va me foutre une sacrée rouste.
– Il n'oserait pas...
– Pas dans ton état...
– Il n'est pas aussi...
– Cruel ? Si, absolument. Une vraie brute.
Vers midi, le trio dut quitter son ami pour aller déjeuner. Ils avaient d'abord demandé à Pomfresh de les laisser manger à l'infirmerie, mais elle avait catégoriquement refusé, « Par la barbe de Merlin, croyez-vous donc tous depuis hier soir que vous pouvez tous faire ce que vous voulez dans mon infirmerie ? C'est rêver ! » Autant dire qu'ils avaient fui en prenant leurs jambes à leur cou.
Suite à cela, le calme revint autour du convalescent qui s'ennuyait déjà. Il était guéri, mais Pomfresh ne le croyait pas. D'après ce qu'il en avait compris grâce à ses amis, la scène de sa crise avait été particulièrement violente, donc la réaction de la sorcière pouvait se comprendre. Ils ne savaient donc pas qu'il n'était pas humain. On avait dû les faire sortir avant qu'Edward le tue. Qui y avait assisté ? Pomfresh, bien sûr, Maugrey, qui l'avait trouvé, peut-être Dumbledore ? C'était problématique.
Son regard dériva sur Edward qui dormait encore. Il avait glissé dans son sommeil et sa position ridicule le fit sourire. Tôt ou tard, il allait bien falloir discuter et il préférait que ce soit en privé. L'heure de la confrontation avait peut-être sonné. Alors il leva la main pour secouer légèrement l'épaule de son ami. Celui-ci gémit plaintivement et baragouina un charabia incompréhensible avant de plisser les yeux. Sa main remonta les cheveux qui lui bouchaient la vue et il fixa directement celui qui l'avait tiré de son sommeil réparateur. Son regard l'effraya un peu, en toute franchise.
– Tiens, t'es réveillé toi.
Le ton froid employé promit de joyeuses retrouvailles. Bâillant largement, Edward se redressa afin de s'étirer en arrière. Puis il défroissa ses vêtements et s'adossa contre sa chaise sans plus regarder celui qu'il avait veillé toute la nuit.
– Tu es un boulet, Envy.
– Ouais.
– Moi aussi.
– Alors ça tombe bien, répondit Envy, perplexe. Tu m'en veux ?
– Beaucoup. Comment tu te sens ?
– Je vais... bien. Ça faisait longtemps que ça m'était pas arrivé.
Edward pinça les lèvres et serra les poings en continuant à fixer obstinément droit devant lui.
– Depuis combien de temps savais-tu que ça allait arriver ?
Par réflexe, Envy remonta ses genoux, créant un rempart méfiant entre son entrejambe et son ami aux tendances violentes. Le geste ne passa pas inaperçu et un reniflement amusé échappa à Edward avant qu'il reprenne son visage sérieux.
– Combien de temps ? répéta-t-il en croisant cette fois son regard.
– À peu près depuis... Lupin.
Les yeux levés au ciel, Edward paraissait avoir quelque mal à opérer le calcul de tête. Il bâilla à nouveau et son expression devint peu à peu blasée.
– Ça fait six mois. Tu te fiches de moi ? Si je n'étais pas si fatigué, je crois que tu aurais déjà passé par la fenêtre.
– Alors ça, vous feriez mieux d'attendre d'avoir quitté mon infirmerie, rétorqua une voix froide venant du bureau de Pomfresh.
Cette dernière venait d'arriver avec un chariot sur lequel reposaient deux plateaux-repas encore fumants. Elle vint les leur déposer sur les genoux tout en lançant un regard en coin plein de soupçons envers Edward. Décidant enfin de les laisser seuls, elle repartit. Silencieux, ils entamèrent leur repas sans grand appétit. Chacun de leur côté réfléchissait à la manière de se faire pardonner, sans savoir qu'ils partageaient la même pensée.
– Tu... Tu es sûr que tu vas bien ? s'enquit finalement Edward en abandonnant sa fourchette.
Il n'avait plus d'appétit, pas la moindre miette ne l'attirait. Depuis le carnage de la veille, son ventre restait noué. Apparaître devant sa Porte l'avait terrifié autant que de découvrir l'état déplorable d'Envy. Il avait déjà vu du sang au court de sa vie, beaucoup, et de la souffrance encore plus, mais ce massacre dépassait grand nombre de ses souvenirs.
– Tu l'as fait sortir, répondit Envy en posant une main sur l'ancien emplacement de son hématome. Ça a calmé les autres. Je ne ressens plus aucune douleur. Tu as fait exactement ce qu'il fallait. Le contraire m'aurait étonné... grommela-t-il pour conclure. Et puis aussi...
Edward referma la bouche, ayant prévu de s'excuser, quand Envy reprit.
– Je suis désolé de ne rien t'avoir dit. C'est entièrement ma faute.
Clignant plusieurs fois des yeux, Edward marqua une pause. L'Homonculus ne se rendait pas compte qu'il avait aussi une part de responsabilité là-dedans ? Il ne lui en voulait pas ? Immensément soulagé de façon paradoxalement plus que coupable, Edward sentit le poids sur son estomac disparaître.
– Oui, dit-il plein d'aplomb en bombant le torse. Comme c'est entièrement ta faute, je vais pouvoir te faire tous les reproches que je veux, n'est-ce pas ? Ce n'est la faute que de toi, petit cachotier, ha ha ha !
Déconcerté par la réaction étrange de son ami, Envy fronça les sourcils jusqu'au plus bas sur son front. Il était passé à côté de quelque chose là, non ? Son impression se renforça quand Edward changea rapidement de sujet en paraissant complètement mettre sa froideur de côté, comme s'il ne lui en voulait plus du tout. Finalement, il haussa les épaules. Les humains et leurs bizarreries... Ou plutôt cet humain et ses bizarreries.
Suite au bal, la deuxième partie des vacances se déroula dans une sorte de fatigue générale. Les élèves avaient été rattrapés par la dure réalité et devant désormais travailler pour la rentrée scolaire. Envy n'était pas une exception, loin de là, et depuis sa sortie à grands cris de l'infirmerie — le lendemain de sa mort —, il était plongé dans ses devoirs qu'il avait négligés ces derniers temps quand la douleur le paralysait.
Edward comptait bien lui faire rattraper son retard et se révélait être un véritable tyran. Sûrement une vengeance pour ne pas l'avoir prévenu. Pourtant, étrangement, à côté de ça, il ne lui avait plus adressé un seul reproche depuis leur discussion à son réveil. Certes, ça l'arrangeait bien, il n'aimait pas la douleur au point de vouloir être malmené et violenté par le Serdaigle, mais c'était dérangeant qu'il passe aussi vite à autre chose. Quand il trouva le courage de lui poser la question sur sa soudaine indulgence, Edward s'était contenté de balayer le sujet d'un revers de la main avec un petit rire forcé en ajoutant : « Mais non, tu es complètement coupable, mais ce n'est pas grave. On sait comment tu es, n'est-ce pas ? Ha ha ha ». Toujours la même chose. Envy lâcha l'affaire. Tant mieux si le blond commençait à se montrer compréhensif sur ses bêtises.
Contrairement à lui, Maugrey et Rogue n'avaient rien laissé de côté. Jamais leurs regards ne les avaient autant suivis (et pourtant, qu'est-ce qu'ils les avaient déjà observés depuis le début d'année ou leur arrivée à Poudlard pour le professeur de potion !). C'était oppressant. Edward lui avait raconté le déroulement de la soirée en détail et lui avait fait part de la décision de Dumbledore ainsi que du fait que les quatre sorciers présents devaient se douter qu'il était un monstre. Il avait gardé le secret sur sa véritable nature, mais avec quelques recherches, ils pourraient déjà trouver une piste. Cependant, Edward lui avait assuré que l'alchimie n'était pas assez développée dans ce monde pour qu'ils entendent parler des Homonculus. C'était rassurant, en quelque sorte, car en ne sachant pas en quoi consistait cette « race », il serait mieux accepté quand son secret serait révélé. Il pouvait donc se détendre pour le moment...
… Jusqu'à la prochaine crise. Il ne lui restait que cinq âmes pour nourrir sa Pierre. Quand il arriverait à la dernière, il reprendrait sa véritable forme, puis quand on le tuerait encore une fois, il mourrait définitivement. Ses chances s'amenuisaient considérablement. Il n'avait aucune idée de comment éviter de perdre ses âmes inutilement comme la nuit du bal. Edward avait développé une hypothèse selon laquelle ses âmes ne supportaient pas qu'il devienne humain et fuyaient le corps qui devenait « trop petit » pour plusieurs âmes. C'était plausible, mais il faudrait encore vérifier. Comment ? Il ne savait pas encore. Il laissait ça aux bons soins des cellules grises de son ami.
En attendant, il profitait de sa chance et de sa force retrouvée. Même si la douleur était complètement partie, elle reviendrait sûrement. À ce moment-là, il avait promis de prévenir Edward immédiatement. Bien qu'il se retrouve sûrement impuissant à suivre la progression du mal, il désirait savoir afin de lui apporter son soutien.
Ne plus souffrir seul... Cette pensée rassurait Envy. Il n'était plus seul. Et ce n'était pas qu'Edward. Il y avait aussi Hermione, Ron, Harry, Viktor également — qui était venu le voir quand il était encore coincé à l'infirmerie — et aussi, dans une moindre mesure, Luna. Depuis qu'ils avaient fait plus ample connaissance durant le bal, il se surprenait des fois à la saluer quand ils se croisaient. Bientôt, il se mettrait encore à discuter avec elle si ça continuait en ce sens... C'était perturbant.
En dehors de son cercle d'ami restreint, au bout de quatre jours, toute l'école paraissait savoir que quelque chose de grave s'était passé pendant qu'ils dansaient dans la Grande Salle. Il fallut encore deux jours pour qu'ils sachent tous qu'Envy en était le principal acteur. Ils n'en apprirent pas davantage. Les seuls témoins de l'événement gardaient le silence face aux interrogatoires en règle qu'ils subissaient.
Certains l'avaient pris comme une preuve de faiblesse du champion et Malefoy se plut à asticoter le convalescent à ce sujet. Il oubliait visiblement très vite les piqûres de rappel que lui donnait Envy de temps à autre. Mal lui en prit. Après un séjour en caleçon dans un amas de neige, il ne revint plus. Sa honte presque publique devint rapidement connue de tous, car Envy ne se lassait pas de lancer des allusions à tout bout de champ.
Puis le dernier jour des vacances arriva, et avec lui la réalité du Tournoi des Trois Sorciers, dont la deuxième épreuve approchait à grands pas. Le 24 février paraissait bien plus proche désormais et Edward put enfin lui rapporter en détail ses théories sur le but de la tâche. D'après ses conclusions sur ce qui pouvait l'attendre, il y avait en première place une excursion dans le lac noir. À part le village des êtres de l'eau, il connaissait l'étendue aquatique comme sa poche. « Les doigts dans le nez ». Le regard ennuyé d'Edward lui répondit aussitôt. Il décida de garder sa trop grande confiance sous silence pour le reste des explications.
Descends nous visiter et entends nos paroles
Nous devons pour chanter être au-dessous du sol.
À présent, réfléchis, exerce ton esprit,
Ce qui t'est le plus cher, nous te l'avons ravi.
Pendant une heure entière, il te faudra chercher
Si tu veux retrouver ce qu'on t'a arraché.
Après l'heure écoulée, renonce à tout espoir
Tes efforts seront vains, car il sera trop tard.
Le sens des deux premiers vers sautait aux yeux. Les sirènes et tritons du lac noir, aucun doute possible. Mais la suite se corsait, si l'on était un être humain. Pendant une heure sans respirer, Envy pouvait largement tenir, car il possédait un avantage hors norme. Il lui suffisait de changer de forme une fois dans l'eau, sans même utiliser la magie. Ensuite, chercher dans le lac, comme cela avait déjà été dit, il le connaissait mieux que quiconque vivant au château. D'après les manuels et informations délivrées par Hagrid, aucune créature vraiment dangereuse ne se trouvait dans le lac et il ne devrait avoir aucun mal à trouver son trésor. C'était un problème de moins, même s'il restait la partie de l'énigme justement sur le fameux « trésor ».
Edward y pensait sans arrêt et n'arrêtait pas d'apparaître de façon soudaine et inattendue pour lui jeter une nouvelle théorie au visage avant de repartir tout aussi vite, peu satisfait. Envy ne comprenait pas pourquoi il s'acharnait à ne penser jour et nuit qu'à cette énigme. Il lui restait plus de deux mois pour se préparer, il était sûrement bien plus avancé concernant l'œuf que ses adversaires. En plus, il aurait préféré laisser ça de côté pour s'occuper de Karkaroff et de Rogue qu'Edward avait surpris ayant une conversation des plus suspectes. Désormais, le directeur des Serpentards figurait à une place élevée dans le classement des personnes à surveiller. À vrai dire, il partageait presque un pied d'égalité avec Maugrey, qui maintenant savait lui aussi qu'Envy n'était pas un élève comme les autr —
– Et si c'était métaphorique ?
Envy sursauta violemment et bondit en arrière. La tête rentrée dans les épaules et les cheveux dressés, il grimaça quand Edward le contourna pour se placer en travers de sa route.
– C'est pas vrai, t'es encore coincé là-dessus ?
– Je te signale que c'est pour toi, rétorqua Edward en pointant son index au milieu de son torse. C'est toi qui vas te retrouver dans la flotte. Alors comme je le disais, ça pourrait ne pas être un trésor comme on peut le penser. Peut-être pas de l'argent, mais quelque chose que tu considères comme t'étant précieux. Tu vois le genre ?
– Non, je ne vois pas. Mais je préfère largement cette théorie à celle avec les membres coupés...
Edward afficha un pauvre sourire en haussant les épaules.
– J'ai juste proposé ça pour que tu sois préparé si jamais...
– Mais oui, bien sûr, ils vont nous couper une jambe, nous faire nager dans le lac gelé, puis nous recoudre et ressouder l'os si on a retrouvé le membre perdu... T'en as d'autres des idées aussi géniales ?
Ils se séparèrent pour chacun aller prendre le petit-déjeuner à leur table respective. Edward retrouva Luna qui le salua chaleureusement tandis qu'Envy rejoignait Viktor. Mais avant ça, il ne put s'empêcher de remarquer le sourire triomphant de Malefoy. Envy baissa le regard et n'en crut pas ses yeux en voyant qu'il tenait un journal à la main. La Gazette du Sorcier. Il ne lisait pas à voix haute cette fois, mais ses amis se penchaient autour de lui pour lire.
– Oh non, pas encore, grogna Envy en s'asseyant lourdement sur le banc.
Et si Rita Skeeter avait découvert l'origine de son malaise par il ne savait quel moyen ? La crainte le prit aux tripes. Viktor remarqua sa soudaine immobilité et lui jeta un coup d'œil concerné.
- Tu as la Gazette ? demanda Envy d'une voix blanche.
Krum regarda autour de lui et en prit un exemplaire qui avait été abandonné près d'un plat. Envy le remercia d'un hochement de tête avant d'ouvrir le journal. Il le feuilleta avec grande concentration, parcourant tous les titres un par un. Finalement, il trouva ce qu'il cherchait. Le soulagement ne dura pas longtemps. Bien que cet article ne le visait pas cette fois, Hagrid si.
« L'erreur géante de Dumbledore », par l'envoyée spéciale Rita Skeeter.
Bien sûr, comment aurait-ce pu être de quelqu'un d'autre ? Dès qu'il y avait du grabuge, c'était toujours cette bonne femme.
Il lut l'article avant de s'arrêter sur une phrase en particulier.
« J'ai été attaqué par un hippogriffe et mon ami Vincent Crabbe a été mordu par un Veracrasse, nous a déclaré Drago Malefoy, un élève de quatrième année. Tout le monde déteste Hagrid, mais nous avons trop peur pour dire quoi que ce soit. »
Quand il tourna la tête vers Malefoy, ce dernier avait déserté la table. Il ne perdait rien pour attendre...
« Harry Potter ignore peut-être la vérité sur son "grand" ami, mais Albus Dumbledore a sans nul doute le devoir de veiller à ce que Harry Potter, tout comme ses condisciples, soit averti des dangers que présente la fréquentation des demi-géants. »
Une rapide vérification de la table à l'opposée de la sienne lui permit de voir que Harry, Hermione et Ron manquaient à l'appel. Ils devaient déjà être partis en cours et n'avaient pas encore dû avoir l'occasion de lire l'article. Il avait encore le temps de tâter le terrain avant qu'ils apprennent la nouvelle qui apparemment ne leur plairait pas. Edward lui avait déjà expliqué que, dans la société sorcière et sa mentalité, les géants n'étaient pas bien vus. Ça se voyait très bien rien qu'en lisant les lignes de Skeeter.
Pensif, il délaissa complètement son assiette encore vide et se demanda comment allait Hagrid. Il se sentait concerné par l'exposition au grand public du secret inavouable du garde-chasse. Après tout, leurs problèmes se ressemblaient. On ne les acceptait pas. Ou du moins pas tout le monde. Il comprenait mieux pourquoi Dumbledore n'avait pas hésité à les garder lui et Lupin dans son école. Hagrid aussi n'était pas entièrement humain. Au moins, maintenant Envy savait que le directeur était sincère en disant qu'il le gardait malgré sa différence.
– Que se passe-t-il ? demanda Viktor.
– Rien. Il faut que j'aille en cours. On se retrouvera plus tard, annonça Envy avant de se lever pour partir.
– Attends, tu n'as rrien mangé !
Mais le Serpentard était déjà loin.
Quand en milieu de matinée, Envy se rendit à son cours de Soin aux créatures magiques, Hagrid brillait par son absence. À la place du demi-géant se tenait une vieille sorcière aux cheveux gris et au visage sec. Elle attendait dans la neige sans montrer le moindre signe qu'elle avait vu son premier élève arriver.
– Où est Hagrid ? questionna Envy du but en blanc sans se donner la peine de la saluer poliment.
– Je suis le professeur Gobe-Planche, répondit-elle sèchement. C'est moi qui assurerai provisoirement les cours de Soins aux créatures magiques.
– Je n'ai pas demandé pourquoi vous étiez là, mais où est Hagrid.
Le visage de la sorcière rougit de colère contenue.
– Il est indisposé, répliqua-t-elle d'un ton brusque.
Puis elle consulta l'heure. Les autres élèves arrivèrent par vague alors qu'ils quittaient leurs différents cours. Envy piétinait de frustration en se dévissant le cou pour apercevoir Hagrid, seulement ses rideaux étaient tirés et rien n'indiquait que quelqu'un occupait la cabane. La cheminée aussi était éteinte. Alors qu'il hésitait à aller lui parler directement, Gobe-Planche aboya contre les retardataires, dont Harry, Hermione et Ron qui l'interrogèrent aussitôt sur l'absence de leur ami. Elle répondit évasivement avant de mener son groupe vers un enclos quelques mètres plus loin.
Un petit rire déplaisant retentit derrière Envy. Il se retourna d'un bond pour voir que Malefoy s'adressait au trio de Gryffondors d'un ton moqueur. Puis il leur tendit un morceau de journal pendant que tout le monde était occupé à observer avec admiration les licornes amenées par le professeur.
Envy vit rouge et dépassa tous les élèves sur son chemin en bousculant ceux qui ne s'écartaient pas assez rapidement à son goût. Arrivé à moins de trois enjambées de Malefoy, l'un de ses amis lui donna un coup de coude pour l'avertir de la présence de l'Homonculus. Malefoy perdit toute couleur en croisant son regard noir.
– Je vais t'en donner moi des raisons d'avoir trop peur de quelqu'un, grogna-t-il en poussant Crabbe et Goyle de son chemin.
Il prit Malefoy par le col et le tira à lui brusquement. Le tissu de son vêtement craqua sous la trop forte traction, mais il ne parut pas le remarquer, les yeux écarquillés de surprise. Autour d'eux, seuls la bande de Malefoy et le trio faisaient attention à l'altercation.
– Alors comme ça tu donnes des interviews à Skeeter en douce ? Je pensais que tu avais compris depuis le temps que je ne suis pas quelqu'un qu'il faut avoir pour ennemi...
Relevant le menton en tremblant légèrement, Malefoy le défia du regard aussi vaillamment qu'il put. Aucun des spectateurs de la scène n'osait bouger, certains avaient même retenu leur souffle. Les Serpentards ne fanfaronnaient plus désormais. Les trois Gryffondors trépignaient. Décidant qu'il valait mieux continuer cette conversation civile en privée, Envy tira Malefoy plus loin, sous les regards inquiets de ses amis. Une fois éloigné des oreilles indiscrètes, mais pas de leurs regards, Envy reprit à voix basse.
– J'imagine que tu es fier de toi, n'est-ce pas ? Tu te venges de Hagrid à cause de Buck et pour ça tu fiches peut-être sa vie en l'air. Tout ça parce que tu es un sale petit bâtard pourri gâté qui se croit supérieur parce que son lâche de père enfile une cagoule tous les 36 du mois pour malmener des Moldus. Tu n'es qu'une sous-merde, Drago Malefoy. Et je te préviens, fais gaffe à ne pas me rencontrer en dehors de Poudlard. Sinon, cette fois, je ne te raterai pas. Parce que cette fois, je n'attendrai même pas que tu te sois pissé dessus de peur comme une mauviette. La prochaine fois, je te lâcherai dans le vide au moment où tu t'y attendras le moins. Clair ?
On aurait dit que Malefoy avait vu un fantôme. Il était blême, le regard vide et les lèvres tremblantes.
– Réponds-moi quand je te cause ! ordonna Envy en approchant un peu plus son visage de celui apeuré de Drago. Je veux une réponse. C'est clair, ou ça ne l'est pas ?
– Ou-oui, c'est... C'est très clair...
– Si par le plus grand des malheurs Hagrid venait à perdre son poste de professeur parce que tu t'es trouvé très malin à dire des conneries juste pour étayer l'article de Skeeter sur son statut de demi-géant, tu le regretteras amèrement. Si les mensonges idiots que ton pote Crabbe a dit sur sa blessure causée par un Veracrasse lui attirent des ennuis, je te tiendrai toi pour responsable et tu le regretteras encore plus. Et si des parents mécontents réussissent à obtenir l'expulsion de Hagrid du château à cause de cet article, je te ferai subir la même chose qu'à ton père.
À cette promesse, Malefoy parut davantage réagir et son teint devint cireux. Il s'amollit dans la prise d'Envy, qui se resserra pour le garder à hauteur de regard.
– J'imagine que tu as vu ses blessures après la Coupe du Monde de Quidditch, je me trompe ? J'ai bien dû l'amocher cette nuit-là, quand lui et ses petits potes ont débarqué pour s'amuser, hum ? Tu ne veux pas finir dans le même état, hein ?
Envy fit étinceler ses yeux d'un éclat dangereux et sauvage. Malefoy voulut reculer pour s'enfuir, mais il était fermement tenu. Envy s'approcha encore plus et pencha la tête en avant afin que ses cheveux cachent son visage de chaque côté. Seul Malefoy put voir les longs crocs menaçants qui dépassèrent de sa bouche, accompagnés de ses yeux rouges sang.
Il n'en fallut pas plus pour que Drago éclate en sanglots.
– Eh vous là-bas ! interpela Gobe-Planche. Vous écoutez un peu ?
– Je crois que mon ami ne se sent pas bien, s'exclama Envy avec une inquiétude parfaitement feinte et un regard soucieux vers le professeur. Je devrais l'emmener à l'infirmerie, je crois.
– Non !
Les yeux de Drago s'agrandirent d'épouvante à l'idée de se retrouver seul avec lui et il tenta de dégager son bras de la prise d'Envy. On aurait dit de la pierre. Puis il vit les griffes menaçant de percer son vêtement. Ses sanglots furent plus bruyants encore. Cette fois, l'attention générale s'était tournée vers eux. Les amis de Malefoy et le trio de Gryffondors eux savaient que c'étaient les mots d'Envy qui l'avaient mis dans cet état, et voir l'Homonculus faire semblant aussi facilement de s'inquiéter pour le sort de son camarade était glaçant. C'était un bon comédien. Ils se demandaient bien ce qu'il avait pu dire pour mettre Drago dans un tel état qu'il en était à ramper en pesant de tout son poids pour qu'Envy le libère.
Avec un dernier regard méprisant, Envy le lâcha. Drago tomba dans un tas de neige molle et recula précipitamment sur les fesses alors que Gobe-Planche approchait, agacée que son cours soit interrompu.
– Je ne sais pas ce qu'il a, commenta Envy en affichant de grands yeux humides d'innocence et d'inquiétude. Tout à coup, il a pris peur. Je crois que les licornes lui font un drôle d'effet.
Gobe-Planche se pencha sur le Serpentard apeuré en marmonnant des choses peu agréables pour elle-même. Envy crut reconnaître un « petite nature » avant qu'elle demande à quelqu'un d'emmener Drago à l'infirmerie. La tâche revint à Pansy qui fusilla Envy du regard avant de prendre la loque avec elle. Les murmures mirent du temps à tarir malgré leur départ, chacun y allant de son commentaire en se demandant ce qu'il avait bien pu se passer pour qu'il paraisse soudain complètement... fou.
Crabbe et Goyle fixaient Envy avec méfiance et aucun d'eux ne vint sauver l'honneur de leur leader. Ils suivirent le cours sans s'adresser à lui ni partir rejoindre Malefoy. Par contre, Hermione, Harry et Ron ne se gênèrent pas pour l'accoster.
– Que s'est-il passé ? questionna Harry, encore ahuri par la scène. Comment tu as pu lui faire peur à ce point juste en lui parlant ?
– C'était effrayant, renchérit Ron qui dévisageait Envy avec de grands yeux admiratifs. Tu as un vrai talent.
– Un talent pour s'attirer des ennuis oui, rétorqua Hermione, mécontente. Qu'est-ce qu'il t'a pris ? La dernière fois, ça a terminé par un procès.
– Il n'essaiera plus de m'avoir avec la justice magique, répondit Envy en se recoiffant avec soin. Il sait que quoiqu'il arrive je gagnerai toujours à ce jeu-là. Maintenant, il sait à quoi s'en tenir si Hagrid a des ennuis parce qu'il est un demi-géant.
– Un demi-géant ? répéta Ron, le visage soudain grave. Qu'est-ce que tu racontes ?
– Vous n'avez pas lu l'article ? dit Envy en désignant ce dernier dans la main de Harry.
Celui-ci prit le morceau de journal qu'il avait fripé dans son poing et le lissa.
– C'est quoi, le problème des géants ? demanda Harry.
– Ils ne sont pas très bien vus dans la société sorcière, expliqua Hermione. Ils les voient tous comme des monstres barbares et primaires. Mais tous ceux qui connaissent Hagrid savent très bien qu'il n'est pas comme ça, n'est-ce pas ?
– Tu le savais toi, qu'il était un demi-géant ? intervint Ron en s'adressant à Envy.
– Je m'en doutais. Il suffit de voir sa taille, c'est pas difficile à deviner. Et puis Ed me l'a confirmé plus tard quand on parlait de Madame Maxime. Ce que je me demande, c'est comment cette horrible bonne femme a fait pour savoir tout ça sur lui. Souvent elle invente n'importe quoi, alors il y a de grandes chances pour qu'elle l'ait fait sur plusieurs points. Mais la réaction de Hagrid prouve bien qu'il est un demi-géant comme elle l'a dit.
– Tu ne crois quand même pas que c'est Hagrid qui le lui aurait dit ?
– Non, répondit Harry. Même à nous, il n'en a jamais parlé. Elle devait être tellement folle de rage qu'il ne lui dise pas des tonnes d'horreurs sur moi qu'elle a dû se venger en fouinant partout pour trouver quelque chose sur lui.
– Mais comment Malefoy a pu lui parler ? commenta Hermione à son tour. Dumbledore lui a interdit de remettre les pieds ici...
– Elle a peut-être une cape d'invisibilité, suggéra Ron.
Finalement, ils avaient passé tellement de temps à maudire Skeeter et à dire du mal d'elle, que l'heure de cours en arriva à son terme. Les Gryffondors et Serpentards se séparèrent tous pour aller rejoindre leurs prochains cours où ils pourraient se réchauffer après une matinée passée dans le froid. Seuls restaient en arrière Envy et le trio.
– Il faut aller le voir, décida Harry. Ce soir, après la classe de divination. Lui dire qu'on veut qu'il reprenne ses cours. Envy, tu viendras avec Ed ?
Mais quand il tourna la tête pour regarder le Serpentard, celui-ci avait disparu.
– Envy ?
– Là-bas, indiqua Ron, qui venait de l'apercevoir.
Déjà en bas de la colline, Envy frappa trois grands coups sur la porte de la cabine de Hagrid. Crockdur aboya, mais personne n'ouvrit.
– Hagrid, c'est Envy, ouvrez-moi.
Il ne reçut aucune réponse.
– Hagrid, ne croyez pas ce que cette imbécile de Skeeter écrit dans son torchon ! Ce n'est que des foutaises !
Impatient, il cogna plus fort encore. Derrière la porte, Crockdur gémissait et grattait. Mais toujours aucun signe de vie de Hagrid. Peut-être avait-il besoin d'un peu de temps. Selon Edward et ses leçons sur le chagrin, une nuit pouvait toujours aider à faire passer le choc émotionnel.
– Je reviendrai demain ! cria-t-il. Et surtout, brûlez cet article miteux !
