Playlist

« Letting you go » Gabrielle Aplin

« Use somebody » Kings of Leons

« Oh man » Jain

« The technicolor phase » Owl city

« Take control » Kodaline

« Cologne » Selena Gomez

Chapitre n°23

partie 1

Point de vue d'Aurore

« Elle réside officiellement pas loin de la maison, chez Peter. Elle a été retrouvée affaiblie près de son clan et depuis elle est en résidence permanente. Elle est à New-York pour un petit voyage personnel. Il se trouve qu'elle a cherché à savoir pourquoi elle a été placée si jeune dans une famille. Ses recherches sur ses origines commencent à faire du bruit ».

« Elle souhaite connaitre la vérité »soufflais-je.

La conversation avec ma sœur me reste en tête. Il se trouve que Céleste va bien. Elle est vivante. Seul point négatif, je suis peinée qu'elle ait été transformée aussi jeune en créature immortelle. On ne lui a pas laissé le choix. On lui a imposé cette condition d'immortelle. Ce n'est pas normal et encore moins dans l'ordre des choses. On lui a pris son humanité et je ne sais pas dans quelles conditions la transformation a été faite. Est-ce que le vampire en question a veillé sur elle ? Dans quel état s'est-elle réveillée ? Où s'est-elle réveillée ? Comment a-t-elle pris la nouvelle ? Comment elle a su gérer sa soif ? Des questions auxquelles je n'aurais pas de réponse si je ne retrouve pas Céleste. Elle est si jeune pour subir ça. Je n'en reviens pas qu'elle n'ai que quinze ans. Une si jeune enfant condamnée à vivre pour l'éternité sans avoir de réelle perspective que d'aller au lycée. Mais est-ce que je ne suis pas pessimiste dans le sens où elle a une seconde chance de vivre ? Je ne sais pas comment a été sa vie avant. Je ne la connais pas. Si elle a vécu une belle vie, ce que je lui souhaite, ce n'est pas humain de la priver de son humanité. Moi, j'ai été droguée aux médicaments, comme ma sœur et devenir un vampire nous a donné une nouvelle opportunité de recommencer à zéro. Non que je n'en sois pas reconnaissante parce que notre état de santé était particulier. Il nous fallait renoncer à la maternité mais pas forcément au bonheur de créer une vie avec quelqu'un qui nous accepte. Ou alors je me berce d'illusions depuis le début ? Si toutes ces années qui m'ont été offertes en suppléments ne sont qu'une chance de plus de vivre une vie comme d'autres personnes de mon âge ? Je suis troublée. Personne ne choisit de devenir un vampire. Carlisle a donné l'opportunité de vivre à Edward et à Esmée. Il les a sauvé d'une mort certaine. Sans son intervention, la mort serait venue les chercher. Ils étaient en train de mourir sous ses yeux. Carlisle a pris une décision qui ne risquait pas de changer grand chose à leur état de santé. Il a eu raison. Je conçois ce geste et j'aurai fait la même chose. Quand à moi et à ma sœur, c'est similaire. Nous avons eu une nouvelle opportunité. La personne devait connaitre notre état de santé et savoir que la mort nous attendait d'une façon ou d'une autre alors autant y mettre fin pour justement nous donner une nouvelle identité. Je ne peux pas nier cette opportunité qui m'a permis d'avoir une vie de famille et d'entreprendre des études. C'est un fait.

Me poser des tas de questions ne m'aidera pas à faire le bon choix. Si j'ai eu envie de rechercher Céleste, c'est pour savoir comment elle va. Uniquement pour ça. J'ai eu envie de savoir si elle était vivante, il se trouve que c'est le cas. Elle a survécu à sa pneumonie. Ce bébé a ensuite été placé, dans j'espère une bonne famille et elle est devenue un vampire. Un être désormais immortel qui recherche la personne qui l'a placé dans ce dispensaire. C'est fou. Je pensais que Céleste mènerait sa vie. Je pensais que ces souvenirs humains seraient effacés et que sa nouvelle vie d'immortelle s'ouvrait à elle. Il se trouve qu'elle est dans la même ville que moi à un moment précis de nos vies respectives. Je n'aurai pas pu imaginer mieux. Si elle me laisse une chance de la revoir, ne serait-ce qu'une seule fois est une chance à saisir. Voir ses yeux verts l'autre jour m'a fait drôle. Je ne les ai pas revu depuis tant d'années. C'est un sentiment étrange.

J'entends toquer à ma porte. J'apprécie mes voisins mais j'ai des efforts à faire sur le lien social. Des familles se trouvent près de mon appartement, j'aime bien entendre les rires des enfants. Certains s'arrêtent pour me dire bonjour et je suis heureuse de constater qu'ils ne s'arrêtent pas à l'image étrange que je renvoie. Les enfants disent les choses franchement dans les yeux, sans filtre. C'est en partie pour cette raison que je les apprécient. La voisine par exemple est une enfant de six ans, son frère en a quatre et ils sont les plus adorables du monde. Leur sourire est communicatif. Une fois, elle m'a demandé si j'étais amoureuse. Une question adorable à laquelle sa mère lui a dit que ce n'est pas ce que l'on demande aux gens. L'enfant a tourné sa tête brune vers le visage de sa mère puis vers le mien et à baisser les yeux. Je me suis installée à son niveau en répondant positivement à sa question. Je lui ai même décrit Matthéo en disant que c'est un garçon plus grand que moi, aux yeux captivants et aux belles boucles blondes. Il est venu me voir à New-York pour le week-end. Les yeux de Nina étaient captivés par mes paroles. Sa mère lui a ensuite dit qu'il était temps de rentrer à la maison. J'ai aimé me sentir comme n'importe qu'elle jeune fille et non comme une immortelle.

Je me demande qui peut toquer à ma porte aussi tôt. Il doit être aux alentours de huit heures du matin. Je traîne un peu des pieds pour ouvrir la porte de l'appartement. Je reste figée en voyant la personne qui se trouve être Matthéo.

« Bonjour. Je... Je... sais. Te laisser seule, dans cette épreuve était insensée alors... ».

Il ne bouge pas et m'accueille dans ses bras sans dire quoi que ce soit car je m'y précipite. Son odeur de menthe fraîche me rassure. Matthéo me serre aussi fort que possible. Pas un mot ne sort de nos bouches et je respire à nouveau calmement. Je me sens bien. Mes mais se sont glissées entre deux mèches de cheveux blonds. Sa présence me fait du bien, même s'il est déjà venu il y a cinq jours. Je n'ai jamais exploré ces phases, celles où on tente de revenir à une routine, celle où l'on continue de se lever le matin pour aller travailler, où je partais chasser seule, où j'envoyais des messages au lieu de continuer à parler réellement avec lui. Son odeur de menthe fraîche m'a manqué. Je ne pensais pas que la distance était aussi dure à gérer par moment.

« Comment ? » commençais-je à dire avant d'être interrompue.

« Bonjour ».

Cette voix enfantine me ramène à la réalité. C'est celle de Nina. Elle m'a aperçue et prend la peine de me dire bonjour. Si ce n'est pas une enfant adorable je ne comprends plus rien. Je lui souris poliment ainsi qu'à sa mère qui l'accompagne.

« Bonjour, comment tu vas ? ».

Nina hoche la tête et ne peut s'empêcher de regarder Matthéo.

« C'est lui ton amoureux ? ».

J'ai envie de rire parce que sa question est vraiment adorable. Sa mère me regarde un peu gênée et murmure à sa fille de ne pas poser des questions indiscrètes. Mais je réponds positivement à la question de la jeune fille. Matthéo aussi lui sourit. Je pense que personne ne peut succomber au beau sourire et à l'innocence de cette petite fille de six ans.

« Oui Nina ».

Une fois l'enfant partie, Matt me regarde en riant. Il a un regard tendre envers les autres.

« C'est l'une de tes voisines ? Une enfant charmante ».

« Je sais ».

La journée passe plus vite que je ne le pensais. Je l'ai passée dans les bras de mon copain, lovés dans le canapé, un thé chacun à proximité, juste à sentir l'odeur de menthe de l'un de l'autre. Rien de plus simple mais rien de plus agréable. Cette sensation de légèreté m'a manqué. Ces moments simples en font partie. Je repense à ceux de la semaine dernière lorsqu'il est venue pour le week-end. La neige tombe encore, d'après ce que je perçois de la fenêtre. Il se trouve que la neige ne cesse de tomber sur New-York depuis trois jours. La ville est recouverte d'un manteau blanc. Tous les bruits de la ville ne semblent plus exister. Tous les moyens de transport sont bloqués pour un temps indéterminé. Puis on a passé le reste de l'après-midi à discuter. Je suis partie dans la chambre chercher mes carnets pour lui montrer les futures créations que j'envisage de détailler dans les prochaines semaines. Il est surpris. D'habitude, je suis assez secrète concernant mon travail mais j'ai eu envie de le lui faire partager un peu. Au fur et à mesure que je lui expliquais, il fermait doucement mon carnet pour capturer mes joues entre ses mains et m'embrasser le front. Un geste adorable qui m'a fait sourire sans réfléchir. Ensuite, il ouvrait mon carnet et tournait les pages jusqu'à s'arrêter devant un début de dessin. Il a écarquillé les yeux. Il s'agit en fait d'une combinaison noire assez simple, quasiment identique à celle que l'on voit partout dans la presse. Rien d'exceptionnel et le dessins d'à côté est celui de ma robe violette, celle que je présente pour mon projet de fin d'année.

« Je te dois des explications » dit-il en posant sa tasse de thé sur la table basse.

Ces mots me ramènent à la réalité. Je me retourne pour voir Matthéo se redresser devant moi, les mains qui semblent montrer un signe de nervosité. Je me redresser aussi sur le canapé.

« Je n'ai pas quitté la ville ».

J'ai envie de prendre la parole pour en quelque sorte le rassurer en lui disant que je suis au courant pour Céleste, Alice m'a raconté au téléphone. Je n'ai pas pris la peine de prévenir ma moitié, ce qui n'est pas raisonnable. Je m'en veux de ne rien avoir dit à son sujet mais j'avais besoin de plus d'informations, de plus de crans pour retrouver Céleste moi-même. C'est quand même ce qui m'obsède en ce moment. La présence de Bella me rassure dans le sens où je ne suis plus seule chez moi à ruminer sans cesse. Elle m'oblige à faire autre chose comme cuisiner pour elle, parler d'elle tout simplement. Alors, je me résous à ne rien dire pour ne pas blesser involontairement Matt dans son élan. Je sens qu'il a quelque chose à me dire qui risque de ne pas trop me plaire mais ne dit rien. J'ai envie de savoir.

« Je ne suis pas monté dans l'avion quand on s'est quitté à l'aéroport. J'ai changé la date de mon billet d'avion. Je sais où est Céleste. Figure toi qu'elle est dans le clan de Peter depuis peu de temps et je ne sais pas pourquoi elle est à New-York en ce moment ».

« Matt. Pas besoin d'explications, ne te justifie pas. Moi aussi je sais où est Céleste ».

« Comment ? ».

La nouvelle semble le surprendre. Il est vrai que je ne lui ai rien dit et lui non plus. Il ne devait pas être ici en principe. Alice m'a prévenu de la présence de Céleste en ville et la nouvelle est trop bonne pour être négligée par autre chose. De plus si une attaque surprise d'un vampire assoiffé de sang humain fait des ravages en ce moment, nous ne serions pas de trop à protéger Bella lors de son séjour ici. Hors de question de la laisser dehors sans protection. Matthéo est à mes côtés et on fera en sorte de ne pas quitter Bella des yeux. Sa sécurité avant tout. Si le vampire en question est bien Victoria, les choses prendront une nouvelle tournure. Je ne l'espère pas. Son dernier passage dans la région a provoqué une création d'une armée de nouveaux nés près à tuer tout sur leur passage. Résultat, plusieurs victimes ont payé les frais des Volturis ensuite.

« Attend une minute, je suis venu chez toi pour au final ne rien t'apprendre que tu ne saches déjà ? L'effet de surprise est raté ».

Je n'aime pas prendre les gens de cours mais oui. Matthéo ne m'apprend pas grand chose. Je ne veux pas le mettre mal à l'aise parce qu'il est venu chez moi dans l'espoir de justifier encore sa présence en ville. Il devait penser que je le prendrai mal ? Non voyons, c'est ridicule. Au contraire, sa présence me rassure. Nous serons non seulement deux pour protéger Bella en cas de besoin et il est à mes côtés aussi pour me soutenir, notamment pour retrouver Céleste dont je n'ai pas retrouvé la trace. C'est à croire qu'elle apprécie de jouer à cache-cache. Dehors, c'est dangereux. Si jamais elle est en danger, je ne peux pas lui apporter mon aide. À moins que ma sœur me prévienne en temps réel si elle a une vision qui se déroule sous ses yeux. C'est la seule exception.

« Alice a eu des visions la concernant et en discutant, Céleste est bien à New-York. Depuis combien de temps, je n'en ai pas la moindre idée ».

« Difficile de faire une annonce plus rapide » sourit-il.

« Oui » dis-je en premier. « En vérité, j'allais t'appeler pour que tu reviennes ».

« Vraiment ? Je pensais que la présence de Bella chez toi allait être suffisant ».

« Bella est au musée avec sa classe. Nous avons le reste de la journée et ce soir, je vais retourner à Central Park. Si Céleste est dans les parages, je dois la trouver rapidement. Et tu me manquais, je suis heureuse que tu sois là. Ta présence me fait du bien, particulièrement en ce moment. Tu as bien fait de rester à New-York ».

« Pour être honnête, tu me manquais aussi. Te quitter à l'aéroport fut plus compliqué que je ne le pensais ».

« Comme quoi on est connecté » dis-je doucement.

L'heure tourne et nous sommes toujours collés sur le canapé. Je ne voyais pas comme une guimauve avec lui mais il semble que si. Au contraire, j'ai l'impression d'être pire que les filles auxquelles j'avais des préjugés.

Il me regarde avec autant de bienveillance que la première fois et c'est une vraie chance.

J'effleure son bras droit de mes doigts. Il ne dit rien. Aucun indice susceptible de m'indiquer un malaise ou une gêne. C'est une première parce qu'il ne laisse personne les toucher. Pas parce que c'est ridicule mais c'est personnel. Chacune de ses cicatrices disent combien il a eu mal lors de sa transformation en vampire. Ce fut un long processus. Sa vie a changé. Je ne veux pas paraitre irrespectueuse à ses yeux. Je sais que c'est un sujet sensible et qu'il n'en parle pas beaucoup. La seule fois que je les aient touchées, il n'a pas eu peur au point de mal le prendre. Il ne doit pas avoir honte. Elles reflètent quelque chose de compliqué, je le sais. Moi aussi j'ai des cicatrices dont je ne suis pas fière parce qu'elles sont dues à mes morsures de transformation. Et les médicaments ingérés à l'hôpital ont sans doute causé une stérilité si j'étais restée humaine. Je continue de toucher son bras, en douceur. J'ignore s'il y en a d'autres sur son corps et je ne lui ai pas posé davantage de questions sur le sujet. Quand il voudra en parler, je l'écouterais. Je ne veux pas le forcer à se confier. On est bien dans notre relation. Il ne me regarde pas différemment à cause de mon histoire à l'hôpital qui a été difficile mais comme une jeune femme amoureuse de lui et c'est l'essentiel pour moi. Je le suis et je suis heureuse de constater qu'il a bien pris le fait que je lui dise à Central Park. Il lie ses doigts aux miens et ce simple geste me fait sourire.

« Je... » murmurais-je.

À vrai dire, je voulais m'excuser. Toucher ses cicatrices est quelque chose qu'il n'aime pas. Les mauvais souvenirs ressurgissent et je ne veux pas lui causer cela. Je comprends que ce soit sensible comme sujet et s'il ne le souhaite pas, j'arrête. Il ne retire pas son bras. Je cesse peu à peu de l'effleurer. Au lieu de ça, il me sourit. Je suis un peu surprise mais soulagée du fait qu'il ne le prenne pas mal. Ses lèvres effleurent ma main à laquelle il a lié nos doigts. Il continue de les effleurer. Sans que je dise quoique ce soit, il lève mon visage lentement à l'aide de son pouce pour l'attirer vers le sien et ses lèvres touchent les miennes.

« Je t'aime ».

Il m'embrasse une première fois, me sourit doucement et recommence son geste. J'avoue avoir eu un impact positif au niveau du cœur. Une sensation de chaleur envahie mon corps car je ne m'y attendais pas du tout. Il a prononcé ces mots. Wha. Je ne veux pas paraitre impolie mais je me redresse un peu pour toucher ses boucles blondes et embrasser ses lèvres. Il se laisse faire. Il aurait très bien pu arrêter mon geste. Mais j'ai envie de rire parce que sa spontanéité est adorable. Je me réinstalle et le laisse effleurer mes lèvres doucement. C'est doux. J'ai espéré entendre ces mots que l'on entend partout dans les films et que l'on lit dans les livres. La réalité est tout le même bien mieux.

Moi aussi. Si tu savais. C'est réciproque.

Il continue.

Il continue.

C'est la chose la plus mignonne au monde.

Juste ces petits mots que l'on a si peur de prononcer alors qu'ils veulent dire pleins de choses.

« Je voulais le dire » commence t-il à dire. « Au moins une fois dans ma vie ».

« Tu ne l'as jamais dit ? ».

« Non ».

Wha. Si mon cœur pouvait lâcher, il l'aurait fait depuis le début. Dire « Je t'aime » est bien plus difficile qu'on ne le pense. Je ne parle pas du « Je t'aime » que l'on dit à notre famille. Celui-là, il faut le dire tous les jours. Je parle du « Je t'aime » lorsque l'on aime profondément une personne. Que l'on se transforme en guimauve en la regardant, que notre cœur bat plus vite que d'habitude. Alors, puisque l'on est dans les confidences, autant le lui dire tout de suite.

« Je n'ai jamais dit que j'étais amoureuse non plus, c'était la première fois ».

« Pourquoi est-ce que j'ai envie de... ».

Ses lèvres se fondent à nouveau sur les miennes et encore une fois, je ne résiste pas à toucher ses boucles. Mes doigts effleurent son visage au passage. Je ne m'en lasse jamais et ça ne risque pas d'arriver. Mon cœur de guimauve est de retour. Alors que je m'approchais, un peu plus de son visage, son index se pose sur ma bouche. Un peu vexée, je le regarde étonnée. Sans perdre un instant, il se penche en avant pour capturer mes lèvres sans que je n'ai la possibilité de reculer, digne d'un film. C'est un moment particulier car je me sens dépendante de ses lèvres. Ses mains ornent mes joues et ses lèvres se détachent une seconde avant de recommencer ce qu'il a fait juste avant et je commence à m'habituer à ses baisers tous les jours. Sauf qu'étant à New-York je ne peux pas. Une semaine s'est écoulée depuis sa venue et je ne sais pas comment j'ai pu tenir. Sa présence dans mon appartement est ce qu'il me faut. C'est dans ce type de moment où je me dit qu'attendre des siècles n'est finalement pas si terrible lorsque l'on vous embrasse aussi bien. Il est délicat, il est attentif à mes possibles réactions, il me demande souvent la permission mais j'aime quand il ne le fait pas. Moi qui culpabilisais de le regarder au loin dans les couloirs du lycée sans oser lui adresser la parole, qui semblait rougir lorsqu'il me souriait, je me souviens la première fois que j'ai eu ses lèvres sur les miennes. Ce fameux soir où il culpabilisait de ne pas m'avoir suffisamment adressé la parole suite à mon arrivée dans la famille. La première fois qu'il m'a embrassé, il tentait de cacher ses cicatrices sur son bras droit. Je sais que ça le complexe beaucoup. Il a eu peur de ma réaction. Je lui ai fait comprendre que ces cicatrices ne sont pas un problème, on ne peut pas les effacer avec une gomme. Et de toute façon, c'est indélébile et elles font partie de son histoire. Moi qui n'y connais rien en histoire d'amour, qui a finit par me résigner parce que je ne voulais pas attirer l'attention d'une personne sans avoir une bonne estime de moi-même. Déjà, le rapport à mon corps n'a pas été facile depuis l'enfance car j'ai été droguée aux médicaments. Les dégâts que ça a causé sur mon corps sont irréversibles. Comment aimer une personne en ayant une estime de soi pas terrible ? Ce n'est pas possible. Grâce à mon admission dans cette Maison close, j'ai rencontré des filles qui m'ont appris à m'accepter. Certes j'ai un corps abimé par les médicaments mais l'image que le miroir me renvoie est réelle.

Nous sommes en train d'attendre dans le froid glacial de Central Park qu'une paire d'yeux verts pointe le bout de son nez. Matt mêle ses doigts aux miens et reste attentif au moindre bruit aux alentours. Après tout, je ne regrette absolument pas qu'il ait débarqué chez moi ce matin. Une chance au final parce que je l'aurai appelé. Son absence était horrible à vivre. Non que je blâme celle de Bella, pas du tout mais elle est humaine et avec le danger qui court dehors, il est impensable que je la laisse seule. Nous ne sommes pas de trop que deux vampires pour veiller sur elle. Si jamais il lui arrive quelque chose, je compte sur Edward pour me demander des explications exactes et fondées sinon je peux dire adieu à ma tête. Heureusement que je ne suis pas seule à Central Park sinon j'aurais hurlé. Je ne sais pas comment ne pas m'agiter partout dès que j'entends un son autre que le bruit de la neige qui se dépose au sol. Je regarde les flocons tous différents les uns des autres. Les doigts de Matt sont toujours mêlés aux miens, ce qui me rassure.

« Tu crois qu'elle viendra ? ».

« Aucune idée ».

Personne ne peut le savoir à part elle. Si elle chasse dans les environs, je suis étonnée de ne pas l'avoir vu de loin ou aperçue. Je n'ai senti aucune odeur de vampire autre que la mienne. Si elle avait voulu me voir, elle aurait laissé un indice, une note je ne sais pas. Rien du tout. Je commence à désespérer. Si Alice m'a rassuré sur le fait que Céleste me recherche et qu'elle souhaite me rencontrer je suis sceptique. Il n'y a pas de danger aux alentours, à moins qu'elle ait peur de Victoria. Ce que je conçois tout à fait, ces séries de meurtres ne datent pas d'hier et Victoria est capable de créer une nouvelle armée. Alice n'a eu aucune vision sur la rousse alors pas de panique, jusqu'au prochain épisode. On va noyer le poisson de cette façon.

Le froid s'accentue et les flocons de la nuit sont en train de tomber. J'espère vraiment voir le visage de Céleste. Matt a toujours ses doigts liés aux miens. Un son attire mon attention mais il ne peut pas s'agit de nous, c'est un son de pas dans couche de poudreuse qui devient épaisse au sol. Les bruits sont comme absorbés par la neige au sol. Je ne sais pas si un autre vampire est dans les parages. À part nous deux, c'est peu probable. J'aimerai que cette journée se termine aussi bien qu'elle a débuté.

« Pas un signe. Nous n'allons pas restés à nous transformer en bonhomme de neige, rentrons ».

Matt me prend à nouveau la main et me montre quelque chose. Une ombre ? Une silhouette ? Un animal ? Rien.

« Nous ne te voulons aucun mal » dit-il dans le vide.

Je m'apprête à lui répondre que c'est inutile. Le penser me fait mal parce que j'y croyais vraiment, après deux semaines. Toutes ces soirées à attendre dans le parc sans un indice en poche malgré les visions optimistes de ma sœur, aucune piste ne se concrétise. Je ne peux pas croire que tout ça tombe à l'eau. Au moins, j'aurais essayé. Le fait que Céleste soit dans la même ville que moi est une chance énorme. C'était une chance à saisir.

Des pupilles vertes font leur apparition dans la pénombre. Tout semble s'assembler comme un puzzle. Alice a eu raison. Je n'ai pas envie de regarder ailleurs. Je me sens comme absorbée par son regard vert. Plus rien d'autre n'existe autour de moi. Son regard est rivé sur ma main qui tient celle de Matt. Je pense qu'elle identifie la voix à la sienne. Je ne veux pas l'effrayer. Elle me parait si fragile. Je n'ose pas m'approcher davantage de peur qu'elle ne veuille me parler ou me serrer dans ses bras.

« Céleste » murmurais-je.

J'ai envie de crier, de me dire que ce n'est pas possible, qu'il s'agit d'une sorte d'illusion. Les choses ne devraient pas se présenter ainsi ou alors je n'ai rien compris, ce qui est probable. Je ne comprends plus grand chose. Je suis partagée entre une joie de la revoir, grande, âgée de quinze ans. Elle a grandit sans me connaitre. Elle n'a aucune idée du temps que l'on a passé et partagé ensemble en Italie. Rien ne lui reste en mémoire, elle était bien trop jeune. Et elle est là, devant mes yeux. Elle est magnifique. Ses yeux sont les mêmes que dans mes souvenirs, ses cheveux sont devenus bien plus foncés et elle n'est pas très grande mais son charisme se remarque tout de suite. Son regard croise le mien et j'ose espérer que ce n'est pas de la peur, de la déception que je lis mais de l'espoir et une envie de connaitre quelques vérités. Elle ne cherche pas à fuir, ce qui est un bon point. En plus, elle n'a pas l'air sensible au froid. Elle a dû être dans les parages sans que l'on s'en rende compte tout de suite.

M'approcher d'elle serait sans doute mal perçu de sa part mais je veux quand même essayer au quel cas, j'arrête. Je lâche la main de Matt et avance d'un pas en ne quittant pas Céleste des yeux. Je ne cherche pas forcément à ce qu'elle vienne dans mes bras mais j'espère un geste aussi minime soit-il. Une indication de sa confiance envers moi. Confiance. Ridicule de le penser car elle ne me connait pas. Je veux lui faire comprendre que je sais qui elle est et que je lui accorde ma confiance. Tout ce qui m'importe est que Céleste se sente en sécurité. Pas dans le sens où quand je l'ai tenu dans mes bras, elle n'a pas eu peur de moi. C'est là que j'ai pensé qu'elle serait différente. Peut-être était-ce une intuition étrange mais j'ai eu la liberté de me dire que ma présence pouvait la rassurer. J'ai eu plaisir à m'en occuper pendant une année. La voir devant moi en chair et en os est étrange mais gratifiant dans le sens où nous nous sommes retrouvées.

« Je sais » dit-elle doucement.

Un échange de regard entre Matt et moi nous fait comprendre que Céleste a fait un pas vers nous en ne s'enfuyant pas et en nous adressant la parole pour la première fois.