Playlist
« Always running ou of time » Motion city soundtrack
« Coming home » Gabrielle Aplin
« Song for someone » U2
« Issues » Julia Michaels
« Steel » Hyphen Hyphen
« Wings » Birdy
Chapitre 23
partie 2
Point de vue d'Aurore
« C'est impensable ».
Ce sont les deux mots qui me viennent directement à l'esprit. Ses yeux verts sont identiques à mes souvenirs, ses beaux cheveux blonds sont devenus châtains, elle n'est pas très grande. Son visage est doux et rassurant. Elle ne semble pas effrayée par notre présence. Je suppose qu'elle imaginait que je sois seule. Je n'ai pas pensé à cette éventualité. Je lâche sa main afin de pouvoir m'approcher un peu plus de Céleste. Je ne veux pas qu'elle soit gênée ou qu'elle ait peur. Par chance, son regard n'est pas effrayé. Ses mains entourent ses bras, signe qu'elle tremble sous ses vêtements. J'ai pas encore réalisé que ce bébé dont je me suis sentie non seulement responsable et occupé pendant une année soit devant mes yeux. C'est impensable. Les années ont passé et elle n'a pas dû avoir pris connaissance de mon identité jusqu'à présent. J'ai envie de lui poser des questions indiscrètes, des questions qui me brûlent les lèvres. Je n'ai pas beaucoup de réponses à lui donner si elle me pose des questions. Triste constat qui me fait culpabiliser car j'aurai pu me renseigner sur son existence et je ne l'ai pas fait. S'il fallait diffuser mon identité, j'aurai été pourchassée depuis longtemps et pas question d'attirer l'attention de James qui à l'époque était encore en vie. Tout s'est passé si vite et je ne savais pas si James avait des complices à l'époque, comme Victoria par exemple. Si elle m'avait mis la main dessus, je n'aurais pas pu me défendre. Victoria est plus vicieuse que ça. Elle a déjà causé des dégâts en créant son armée de nouveaux-nés depuis Seattle.
Matt reste silencieux, ne sachant pas quoi faire d'autre qu'attendre une réaction de Céleste ou de ma part ou des deux. C'est étrange de me retrouver devant elle. Je pense que me distinguer des autres vampires est nécessaire. Céleste est une création nocturne. D'autres vampires l'auraient mise en pièce depuis longtemps. C'est contre mon principe, je ne peux me résoudre à détruire ce vampire si jeune qui me fait face alors qu'elle cherche à me connaître et j'ai eu envie de vivre ce moment-là un jour. Je l'ai quand même laissée vulnérable et malade dans un dispensaire alors que je mourrais d'envie de prendre soin d'elle. À ce moment précis, j'ai eu l'impression de l'abandonner et de trahir Élise à qui j'ai promis de la protéger, de prendre soin d'elle. Mais je me suis résolue à laisser Céleste au dispensaire pour son bien, je refusais de découvrir son corps sans vie le lendemain matin. Céleste devait survivre. Elle méritait une vie heureuse, près de gens qui prenaient soin d'elle dans un foyer agréable et sain.
Je ne veux pas laisser Matt de côté non plus, il fait quand même partie de ma vie et sans ma famille, je l'aurais définitivement perdue. Sans eux, Céleste aurait été oubliée. Elle a fait partie de mon quotidien pendant un an et depuis le temps que je parle d'elle à la maison, je pense qu'au moins Matt mérite de mettre un visage sur ce prénom choisit des années plus tôt. Il devrait l'apprécier, du moins je l'espère. Moi aussi parce que je ne veux pas me faire d'illusions. Cela me ferait mal d'apprendre que finalement, elle est bien différente de l'image que je me forge depuis tant d'années.
« Je pensais que tu serais seule ».
Je regarde le second vampire à mes côtés et me retourne vers Céleste. Non je ne suis pas seule. Il est vrai que je n'avais pas pensé à sa réaction. Il ne montre pas de signe de nervosité. Au contraire, il est curieux. Depuis le temps que je parle de Céleste. Il était temps de la retrouver. Je me sens heureuse. Au complet en fait, le manque est comblé. Si depuis toutes ces années j'ai espéré, j'ai fait des recherches mais la probabilité de la retrouver ne serait-ce que vivante était déjà minime. Je me doute que les orphelinats ne communiquent pas d'informations sur les pensionnaires. Alors j'ai finis par me résoudre à ne pas la retrouver au fond, même si l'espoir était toujours là. On dit que le cœur a ses raisons que la raison ignore.
Maintenant que je suis face à Céleste, je me sens redevable. La voir de mes propres yeux est inespéré.
« Nous sommes ensemble ».
Je reste quand même sur mes gardes si jamais elle décide de prendre le fuite. Je ne peux pas la laisser partir à nouveau sans agir. J'ai tellement espéré la revoir que je ne peux me contenter de ça. Elle peut partir à tout moment et je n'ai pas spécialement envie de courir dans tout Central Park dans la nuit noire. Sachant qu'elle ne serait pas en sécurité et qu'en plus de ça, je n'ai pas eu de nouvelles de Bella. Céleste ne bouge pas pour autant et je suppose qu'elle est prête à discuter davantage mais pas dans ce froid glacial. C'est décidé, je ne reviendrai pas de sitôt à New-York en hiver, il fait bien trop froid. Je suis supposée être habituée ou insensible au froid pourtant.
Son visage parait moins réticent jusqu'à ce que quelqu'un d'autre n'arrive par surprise. Je ne m'attendais pas à la voir. Ses joues sont rouges à cause du froid, son bonnet est couvert de neige. Elle semble avoir couru pendant je ne sais combien de temps et par ce froid glacial, je pensais qu'elle serait au moins rentrée à mon appartement pour se mettre au chaud et nous attendre. Erreur. Bella est en face de moi. Je perçois le trouble dans les yeux de Céleste et son visage change d'humeur. Elle balaye des yeux l'humaine présente devant nous et nous deux. Une fois fait, elle hésite à partir mais Bella prend la parole. Céleste la regarde. Elle l'écoute.
« Aurore est une fille incroyable ».
Aucun de nous trois s'attendaient à ce qu'elle prenne la parole. L'intervention de Bella attise la curiosité de Céleste. Elle affiche une moue sceptique mais continue de regarder l'humaine qui se tient en face d'elle. Sachant que Céleste ne semble pas être un nouveau-né, je n'interviens pas. Bella n'a pas de quoi avoir peur tant que nous sommes là. Nous ne savons pas depuis quand exactement elle est devenue une créature nocturne. Ses réactions sont encore instinctives. Le regard de Céleste reste sur Bella qui reprend sa respiration. Visiblement, les mots prononcés ont une répercussion auprès de ce vampire dont je me suis occupée plus jeune. Je suis surprise de son intervention. Le but est de ne pas la faire culpabiliser d'une quelconque façon si elle ne veut pas discuter ou venir avec moi. Je ne connais pas Céleste au fond. Qu'est-ce-que je sais d'elle réellement ? Elle refusera. Mais si elle peut écouter quelques paroles, ce sera déjà une première étape.
« Bella ».
Je l'appelle pour la ramener à la réalité. Elle agit sur un coup de tête. Si Céleste le prend mal, je ne veux pas être obligée d'intervenir. Elle est un vampire aussi dangereux que moi ou Matt, même après des siècles d'existences. Nous sommes imprévisibles. Vivre au milieu des humains est une épreuve à plein temps. Je ne veux pas que Bella paye les frais des instincts incontrôlés de Céleste s'il y a le moindre soucis. Mais elles ne bougent toujours pas et se regardent dans les yeux. Je me demande quels arguments va la convaincre de la laisser s'approcher d'un centimètre. C'est un pari risqué. Ce n'est pas pour autant que Céleste se montre réticente.
« Vraiment incroyable » reprend t-elle. « Je le dis parce que je le pense. Elle n'a pas cessé de te chercher et depuis le temps qu'elle nous parle de toi. Laisse lui au moins l'opportunité de t'expliquer ».
« M'expliquer ? ».
Ce mot semble la faire réfléchir. Je ne suis pas au courant des informations qu'elle a obtenu à l'orphelinat. Tout ce que j'espère est qu'il lui ont dit que je l'ai laissée dans ce dispensaire pour son bien.
« Sans te vexer, tu es humaine ».
Ses mots me font écho et prennent en partie leur sens. Mais ce serait dommage que Bella soit mise de côté car elle est humaine. Elle ne peut comprendre le sentiment qui nous habite. En tant qu'immortel, nous percevons les choses plus durement que les humains dans le sens où l'on nous regarde comme des êtres horribles. Ce que nous sommes les premiers à penser mais l'entendre à voix haute fait toujours mal. C'est comme recevoir une gifle. Une dure réalité qui nous fait rappelle notre nature dangereuse. C'est presque ironique de dire que ça nous fait pas mal alors que nous, on reste quand même impassible de peur de déraper. C'est ainsi alors on se renferme dans notre solitude parce qu'elle est la seule à ne pas nous juger.
Bella ne sait pas quoi dire et je dois dire que nous non plus. La réalité nous fait face, nous sommes de nature différente mais pas en contradiction avec les humains parce que nous voulons vivre en paix avec eux. Je ne veux pas me regarder à nouveau dans la glace et y voir le reflet d'une créature dangereuse, prête à sauter à la gorge d'un humain dans la rue. Je ne veux pas que l'on me voit comme une créature sanguinaire et sans âme. Ce que je ne suis pas, je ne me voix pas ainsi. Certainement pas non plus les Cullen, ils sont les vampires dotés de la plus grande part d'humanité que j'ai rencontré dans ma vie. Ils prennent soin les uns des autres, ne portent aucun jugements et ils sont toujours prêts à s'entraider, comme une famille. C'est le clan dont je suis désormais fière d'appartenir.
Aux yeux de Céleste, je suis seulement une jeune femme qui a pris soin d'elle pendant un an. Une année durant laquelle j'ai appris à me contrôler et à apprendre à m'occuper d'un bébé sans lui faire de mal. Mon instinct maternel s'est réveillé. Alors je sais pertinemment que je n'aurais jamais d'enfant, du fait de la longue liste de médicaments que l'on m'a fait avaler mais aussi de ma condition vampirique.
« Je... ne porte pas de jugement ».
« Tu n'as pas l'air ».
Je ne m'attendais pas à une rencontre aussi facile. Céleste n'a pas cherché à fuir le plus loin possible. Elle a écouté. C'est la plus belle chose qu'elle puisse me faire. Sans que je ne m'y attende, elle s'approche et me tend la main. Son odeur de vanille est agréable. Je suis heureuse de pouvoir la toucher, maintenant nous allons commencer une nouvelle vie. Si elle accepte, je serais heureuse qu'elle en fasse partie. Apprendre à la connaitre davantage est ce que je souhaite. Je sens ses doigts effleurer ma peau et ce simple contact me fait sourire. Son toucher est doux. Tous les souvenirs ensemble me reviennent en mémoire et c'est la plus belle année. La seule année de ma vie où je me suis sentie utile. À défaut de l'avoir vue de loin grandir. J'ai essayé de ne pas faire demi tour ce soir là. Mais il fallait que les médecins la prennent en charge. De toute façon, je suppose que son placement à l'orphelinat n'a pas dû tarder dès que sa santé s'est améliorée. Des années plus tard, je suis plus que surprise et reconnaissante de la revoir en chair et en os. Elle serre sa main dans la mienne. Jamais je n'aurais rêvé mieux que ce simple contact. Rien que ça, je suis reconnaissante de sa confiance. J'aurai pensé attendre des semaines, des mois avant un premier contact.
C'est une première. Je suis aussi étonnée de voir que Bella s'investie. Elle ne risque rien car nous sommes deux à la protéger. Céleste la regarde puis me regarde. Cela dure quelques secondes qui me semblent interminables. Je ne réalise pas non plus la chance que j'ai de pouvoir la revoir, plus grande et désormais vampire. Quand je l'ai laissée au dispensaire, mon cœur s'est serré. Ce fut la plus horrible sensation du monde. J'avais un manque. En plus de celui d'Élise et de ma sœur qui a dû partir précipitamment. J'ai eu l'impression de tout perdre au fur et à mesure dès qu'un peu de lumière, dès qu'un peu de bonheur arrivait dans ma vie. Ensuite, tout a changé puisque j'ai retrouvé Alice. Ce fut incroyable. Et là, Céleste est devant moi. Je suis heureuse de ne pas être seule à partager ce moment. Matt et par surprise, Bella est à mes côtés. Elle n'a pas hésité à prendre la parole. Une audace que je n'aurai pas osé à son âge mais que je salue.
Je lâche doucement la main de Céleste. Elle me regarde toujours. Ses yeux verts sont captivants. Je ne trouve pas d'autres mots. Je ne sais pas comment elle a fait pour se retrouver à New-York, comment elle a retrouvé ma trace et cent cinquante autres questions me torturent l'esprit. Ce n'est pas le moment d'en discuter ce soir. Pas à Central Park aux yeux des rares personnes pouvant s'y trouver. De plus, le froid commence à être rude. Bella tremble de tout son être et nous sommes ici depuis un moment. Je ne veux pas qu'elle se transforme en glaçon.
« Je pense qu'il est temps de rentrer » intervient Matt.
Les yeux verts de Céleste se posent sur Matt. Leur contact visuel est bref et le sien se reporte sur moi. Il a raison, il est temps de rentrer. En tout cas, les choses prennent une autre tournure ce soir. Je ne réalise absolument pas. La jeune fille est âgée de quinze ans, elle me tient la main. Ce jour est arrivé et pour la première fois de mon existence, je peux me permettre de me sentir complète. Ma promesse faite à Élise sera à nouveau respectée. Je prendrai soin de Céleste.
Une fois rentrés tous les quatre à mon appartement, Matt emmène Bella qui s'est évanouie sur le chemin du retour dans la pièce qui me sert de bureau. J'ai installé un petit lit au cas où Bella me rendrait visite. Enfin, c'est la fonction de chambre d'ami/bureau que j'ai donné à la pièce. Je me suis installée sur le canapé avec mes affaires de couture. Je recommence à coudre la robe sur laquelle je travaille. Je passe l'aiguille dans le tissus plusieurs fois, coupe le fil pour en ajouter un nouveau. Je recommence l'opération plusieurs fois. Je n'entends pas tout de suite les bruits de pas de Matt. Il enlève ses boots et range son manteau dans le placard. Il revient au salon un sourire sur le visage.
« Es-tu heureuse ? ».
La question ne se pose pas vraiment. Il est vrai que je me sens complète à présent. Pas que je ne l'étais pas avant, je fais partie d'une famille incroyable, j'ai un métier qui me plait, j'ai trouvé un amour incroyable et Céleste fait à nouveau partie de ma vie donc je ne peux pas me plaindre.
« Oui, c'est une journée spéciale ».
« Une bonne journée j'espère ? » me dit-il en s'installant à mes côtés sur le canapé.
« Une bonne journée ».
« Je... ».
Ses lèvres se posent sur les miennes. Le meilleur contact du monde. Celui-ci m'a manqué aujourd'hui. Il est bien plus spontané qu'au début et c'est vraiment adorable. Il m'embrasse comme si nous n'étions que deux dans l'appartement alors qu'il y a deux invités dont une surprise. Trois vampires et une humaine au sein de mon appartement. Matt semble ne pas s'en soucier. Je ne romps pas le contact pour autant. Nos deux bouches collées le reste. Il pose ses mains sur mes joues. Ses mains sont froides à cause des températures négatives dehors et surtout du fait que l'on soit resté longtemps à Central Park. J'ai bien cru que Bella allait se transformer en bonhomme de neige et pas question qu'elle attrape je ne sais quel virus hivernal. Sur le chemin du retour, la fatigue a pris le dessus sur le reste et en rentrant, Matt l'a déposée sur le lit. Elle dort à point fermé. Quand à Céleste, elle est dans la salle de bain. L'eau continue de couler pendant que je suis dans le canapé avec mon amoureux de vampire. Il me regarde une seconde avant de m'embrasser de nouveau. Un mince sourire de satisfaction sur les lèvres et je réponds à celles-ci. C'est délicat, toujours et cette fois-ci, j'ai envie d'intensifier un peu plus. Il est un peu plus clair en répondant de la même façon. Ses mains se posent sur les miennes, j'en profite pour lier nos doigts. son odeur de menthe est agréable. D'habitude, il est plus timide, c'est ce que j'aime chez lui mais j'aime sa spontanéité. Il m'a expliqué travailler sur ce point. Son regard croise le mien une seconde puis se reporte à mes lèvres. Un mince sourire sur le visage et elles se plaquent contre les miennes à nouveau. Sinon, je l'aurais fais moi-même. C'est dans ses moments que je me dit qu'heureusement qu'il est revenu. Ses lèvres se posent sur ma joue. Je ne veux pas qu'il coupe notre étreinte mais quand je hume l'odeur de vanille dans la pièce, je présume que Céleste est sortie de la salle de bain. Il m'embrasse rapidement avant de partir du canapé.
« Oh ».
« Ne t'inquiète pas » sourit Matthéo.
J'ai pas encore eu le temps de parler qu'un bref rire m'échappe. La situation est absurde. Céleste a les yeux rivés sur nous. Je ne veux pas qu'elle parte en courant dans la chambre. Elle a quinze ans et je suppose que beaucoup de choses changent pour elle. Je lui ai dit que j'étais avec Matthéo mais nous n'avons pas discuté tous les trois. Oh pardon, j'ai oublié Bella une seconde. Mais c'est de Céleste dont il est question et elle doit s'en poser énormément. Céleste est vêtue d'un pyjama à moi, trop grand pour elle mais elle va s'en contenter jusqu'à ce qu'elle rentre dans le clan de Peter. J'ai un peu oublié ce détail. Si elle est venue à New-York, elle doit donc avoir des papiers d'identité. Je fais signe à la jeune fille de venir s'asseoir à mes côtés. Elle ne refuse pas et s'y installe. Je suis heureuse qu'elle n'ai pas dit non. Nous ne sommes pas proches et je comprends sa réticence. Seulement, je ne peux pas m'empêcher de repenser à elle bébé, si mignonne et attendrissante, souriante, câline. Je meurs d'envie de la prendre dans mes bras. De la sentir contre moi, de humer son parfum de vanille et de la rassurer, comme quand elle n'était qu'un bébé. Un bébé dont je me souviendrai toute mon existence et dont je suis fière d'avoir retrouvé seize ans plus tard. C'est inespéré. Je ferme les yeux une seconde pour être certaine de ne pas vivre dans un rêve ou une illusion. Mais non, Céleste est à côté de moi. Son regard vert croise le mien et je ne peux pas résister à sourire. Elle m'a manqué.
« Tu dois avoir des questions ? » tentais-je de dire.
« Beaucoup ».
J'ai envie de lui répondre que nous avons toute la nuit mais je m'abstiens. Oui Céleste, il y a beaucoup de choses dont tu dois être au courant. Je n'ai pas toutes les réponses à tes questions. Je ne peux pas te rassurer sur certains points. Je peux quand même te dire que l'année passée ensemble a été la plus utile de ma vie. Je n'ai jamais pris soin d'un bébé auparavant, mon instinct maternel s'est réveillé et ta présence m'a aidé à me sentir comme d'autres femmes avec un bébé. Tu étais un bébé parfait. Tes yeux verts m'ont attiré en premier, ton sourire ensuite. Durant un an, j'ai pris soin de toi. Cela m'a appris le contrôle sur mon besoin vital de sang humain. Il aurait été facile de te tuer, en une seconde. Un faux mouvement, une pulsion incontrôlée, une soif incontrôlable et cela aurait été fatal pour toi. Je me suis refusée à avoir cette image en mémoire pour le restant de mon éternité. Pas l'image d'un être froid et sanguinaire, pas ceux dont on parle dans les livres d'horreur. Je ne suis pas ainsi. Cela ne s'est pas produit. Je ne l'ai pas fait parce que je ne suis pas un vampire sanguinaire. Du moins je me définis ainsi. Je ne veux pas l'être. Je me serais arraché le cœur directement. Quitte à commettre un acte irréparable autant quitter mon corps. Je refuse de te faire du mal. Tu as été la personne qui m'importait le plus à cette époque et crois moins, tu l'aies aussi aujourd'hui, en plus de ma famille bien entendu et de Matthéo. Te sentir à mes côtés entre les murs de mon appartement est quelque chose que je n'ai pas imaginé. Nous sommes ensemble, réunies. Je pense qu'il est temps d'admettre ma défaite. Quelque part c'est le cas. Je m'en suis assez voulu pendant des années, remuer le couteau dans la plaie n'est pas utile. Après tout, les choses avancent et Céleste est dans mon appartement. Je veux seulement la connaitre. Elle prendra ses propres décisions. Nous sommes ensemble depuis une heure et je n'ai pas l'impression que les choses aient changé tant que ça, disons que c'est une impression personnelle.
« Je ne me suis pas présentée » dit-elle hésitante.
« Tu le feras demain matin » dis-je doucement.
Elle me regarde avec bienveillance. Je ne sais pas comment appréhender cette histoire. Je suis partagée entre la joie de la retrouver et l'incapacité de parler. Quelque chose me bloque la gorge, les mots ont du mal à sortir. Bien sûr que je suis heureuse de la voir. Ce jour est arrivé et pour la première fois de mon existence, je peux être soulagée. Demain, on commencera à discuter un peu plus. Il faudra ensuite prévoir de rentrer, Bella doit rentrer à la maison. Céleste doit rentrer aussi dans le clan de Peter. Matthéo voudra rester avec moi ici mais je ne sais pas comment Carlisle fera sans lui à l'hôpital. J'ai pas encore terminé mon stage qui justifie ma présence dans cette ville pendant six mois. J'ai fait la moitié. Être sans ma famille me fait mal au cœur même si je dois encore attendre trois mois avant de partir. Je ne veux pas qu'elle soit importunée. C'est à moi de trouver une solution juste. On en parlera demain. Elle soit de reposer alors je la laisse tranquille dans le salon. Je lui apporte un oreiller et une couverture. Bébé, je lui embrassait le front. Pas ce soir. Ce n'est plus un bébé.
Je regagne ma chambre. J'appréhende un peu la suite. Mais je veux laisser mes doutes de côté. Matt reste silencieux. Je vais devoir m'habituer aux nuits blanches, je n'ai pas envie de m'étendre sur le sujet j'ai besoin de sa présence alors je me réfugie dans ses bras. Il ne me pose pas de question mais je présume le contraire. Découvrir le visage de Céleste en même temps que moi doit être étrange et je n'ai pas mesuré l'ampleur que ça va prendre. Il est vrai que j'ai parlé d'elle dès mon arrivée chez les Cullen. Quand j'ai raconté mon histoire, tous ont entendu le lien que j'ai eu avec elle. Ce bébé dont je ne cessais de vanter les qualités. Mon instinct maternel parle. Je n'aurais jamais d'enfants et je ne peux pas non plus en adopter un car étant immortel, c'est inconcevable. Je suis un peu triste car j'aurais aimé connaitre la maternité, la partager avec Matthéo. Seulement, je suis un être immortel et humaine j'aurai été stérile à cause des traitements médicamenteux que j'ai eu à l'hôpital. Mon objectif à présent est qu'elle se sente bien, qu'elle apprenne à connaitre les Cullen. Mon attention de la retrouver est de prendre soin d'elle, du moins un peu. Je suis contente qu'elle ait trouvé refuge dans le clan de Peter car il connait bien Jasper en particulier. Cela me donne un élément rassurant. Donc si Céleste le souhaite, nous pourrions nous voir plus souvent.
Je sens les doigts de Matt se lier aux miens de ma main gauche et ce contact me fait sourire. Il est délicat. Je me retourne pour faire face à son visage, le regarder un peu plus en détail. Je trace ses cicatrices de ma main droite. Elles sont l'héritage de son engagement dans l'armée. Je lui montre à mon tour celles qui sont sur mon avant bras droit. J'ai gardé des traces physiques de mon passage à l'hôpital. Il ne doit pas avoir honte vis-à-vis de mon regard sur lui. Ce sont de tristes souvenirs, malheureusement gravés à vie. Je lui montre aussi le numéro inscrit à mon poignet. Gravé sur la peau à jamais et l'encre ne s'effacera jamais. Je ne le renie pas parce qu'encore une fois, il fait partie de mon histoire personnelle. L'accepter serait faire en sorte qu'il fasse partie de ma vie et c'est le cas. J'accepte ce passé par contrainte et qu'il est impossible de le modifier. Il est là. Comme le sien au sein de l'armée américaine. Il doit garder d'horribles souvenirs. Nous nous rejoignons sur plus de points qu'il ne le pense et nous n'en avons jamais discuté. Je conçois le fait qu'il ait besoin de garder ça pour lui. Parler de l'armée lui soulagerai peut-être la confiance. Je ne veux pas le brusquer. S'il souhaite l'évoquer avec moi, je l'écouterai. Je lui laisse le temps. Après tout, nous avons l'éternité.
« Tu voudrais en savoir plus ? ».
« Quand tu seras prêt ».
« Je le suis ».
« Vraiment ? ».
Je conçois que ce soit difficile pour lui d'évoquer son passé et qu'il veuille avancer en mettant une croix sur celui-ci. Nos cœurs sont liés maintenant. Je respecte son besoin d'intimité. S'il se sent prêt alors d'accord. J'embrasse sa main dans laquelle nos doigts sont liés. Un geste tendre et simple que j'aime faire le plus souvent. Si c'est encore un sujet sensible, rien ne presse. Nous sommes ensemble depuis trois ans et je ne lui pas tout raconté non plus de mon passé à l'hôpital. D'un côté, nous sommes quittes.
« Disons que je t'aime ».
« Est-ce la seule raison ? ».
« L'une d'elle » sourit-il. « Il est temps d'avancer. Mon passé a été compliqué au sein de l'armée. Les marques sur mon corps en témoignent. Étant donné qu'elles ne t'effraient pas et que tu fais partie de ma vie, j'estime que tu dois savoir mon histoire ».
« Merci » dis-je en approchant mon visage du sien. « De me faire confiance ».
Mes lèvres effleurent les miennes. Elles semblent y être dépendantes. Nous sommes ensemble depuis trois belles années. C'est un cap. Je me sens bien. Très bien. Alors j'effleure ses lèvres à nouveau. Il sourit quand je les plaquent sur elles. Sa surprise me fait rire.
« Ma belle Aurore ».
Hey !
Information importante, le titre de cette histoire a été changé. J'ai voulu le faire plus tôt mais l'inspiration n'y était pas du tout et à défaut d'en trouver un vite il vaut mieux attendre. Voilà.
J'espère que ce nouveau chapitre va vous plaire :)
Bonne lecture ! ;)
