Chapitre dix-sept : La deuxième tâche
– On ne va pas croiser Herr-mio-neu, Harrry ou Rrron, n'est-ce pas ? s'assura Viktor, qui depuis la dispute lors du bal, craignait de rencontrer le Weasley.
– Ils travaillent d'arrache-pied sur l'énigme de l'œuf. Aucun risque qu'ils viennent à Pré au lard aujourd'hui, affirma Envy.
– Harrry ne l'a pas encorre rrésolue ?
– Il a encore un problème avec une partie pratique de l'épreuve.
La réponse ne lui donnait qu'une vague indication, même si Viktor devait bien se douter qu'il s'agissait de la partie « respirer sous l'eau pendant une heure ». Envy se demandait bien comment le champion de Durmstrang comptait s'y prendre. Pour la stupide Delacour, il s'en fichait assez, par contre. Si elle pouvait être attrapée par une nuée de Strangulots ou se faire dévorer par le calmar géant, ça lui ferait des vacances. Il détestait la croiser les rares fois où il y était contraint. Cette sale...
– Je comprrends, j'espèrre que toi tu as trrouvé, répondit Viktor, qui observait avec grand intérêt les vitrines de la grand-rue.
Resté involontairement en retrait, Edward scrutait chaque vitrine de toutes les boutiques à la recherche de l'inspiration. Récemment, il s'était rendu compte que l'anniversaire d'Envy approchait à grands pas et qu'il ne lui avait encore trouvé aucun cadeau. Depuis que cette date s'était à nouveau imposée à lui, il réfléchissait à ce qu'il pourrait préparer pour la fête. Plusieurs pistes retenaient son attention pour le moment. Avec cette célébration, Edward comptait bien distraire son ami, ainsi que Harry et peut-être Viktor, de ce fichu tournoi. Le jour tombait pile au bon moment, juste entre la deuxième et la troisième tâche, quand tout le monde aurait la possibilité de participer.
Que pouvait-il lui offrir ? Il n'en avait pas la moindre idée. Sa vague idée consistait en « allier l'utile à l'agréable », mais ça restait plutôt flou. Les goûts de son ami étaient très mystérieux. En vérité, même s'ils se fréquentaient beaucoup depuis deux ans, ils ne parlaient pas énormément d'eux. Ou tout du moins pas de choses aussi futiles que le genre de musique qu'ils écoutaient ou de leurs loisirs ou encore de leurs projets d'avenir (devenir humain semblait l'idéal pour l'Homonculus qui apparemment n'avait pas pensé plus loin que ça).
Un jour il faudrait bien qu'Edward prenne Envy entre quatre yeux pour le faire redescendre de son nuage et qu'il revienne dans la vie réelle. Car une fois la mission remplie, Envy devrait vivre, et même s'il y avait une grande part d'improvisation et de hasard, certaines choses devaient être prévues et préparées. Comme une idée de métier et il ne voyait vraiment pas quelle carrière plairait à Envy. Il ne l'imaginait pas travailler du tout. Les seules fois où il avait abordé le sujet, même de façon vague, Envy s'était contenté de réponses laconiques ou floues.
En vérité, l'Homonculus n'avait aucune idée de sa direction. Et Edward se faisait du souci pour lui. Que se passerait-il quand il retournerait à Amestris et le laisserait derrière lui, dans ce monde ? S'en sortirait-il sans un guide, sans quelqu'un pour l'aider ? Ce type lui donnait vraiment trop de souci.
Soudain, une vitrine en particulier attira son attention et il s'arrêta net devant. Derrière la vitre, il voyait l'intérieur de la boutique qui contenait diverses cages remplies de chouettes, hiboux et divers animaux d'espèces différentes. Mais juste derrière le verre, plusieurs corbeilles débordaient de coussins moelleux où étaient affalés une dizaine de chatons endormis les uns contre les autres.
L'hésitation le cloua sur place. Après tout, il avait refusé pendant des années à Alphonse de recueillir un animal de compagnie, parce qu'ils voyageaient trop. Et aujourd'hui, Envy et lui se trouvaient dans une situation semblable, à quelques détails près. Ils menaient une mission dangereuse, pouvant les pousser à fuir à n'importe quel instant. Mais Envy avait peut-être besoin d'apprendre l'instinct maternel ou paternel (avec lui, il ne savait jamais) et quoi de mieux pour ça qu'avoir la responsabilité d'un petit animal ? La présence d'un chaton dans son entourage pourrait l'adoucir. Et puis après tout, sa forme de prédilection était bien un chat, non ? Ça devait bien dire qu'il aimait ces bestioles. Peut-être que ça lui ferait plaisir.
– Ed ! Qu'est-ce que tu fiches ? Tu prends racine ? s'exclama le sujet de ses pensées qui s'était arrêté avec Viktor.
Il avait encore du temps pour y réfléchir. Pour l'instant, il garderait cette idée dans un coin de sa tête. En tout cas, elle lui plaisait de plus en plus. Il ferait mouche avec ce cadeau.
Dès qu'il eut rejoint ses amis, ils se rendirent aux Trois Balais pour faire goûter l'excellente Bièraubeurre de Madame Rosmerta à leur ami étranger. Là-bas, Edward se porta volontaire pour chercher leurs consommations et pendant qu'Envy et Viktor s'installaient, ils s'aperçurent que le Serdaigle s'était fait harponner par la tenancière de l'auberge. Il en aurait pour un moment.
– Dis-m'en plus sur la Saint-Valentin. Dès que j'essaie de demander à des gens de ma maison, les filles gloussent et les garçons me regardent bizarrement. C'est vraiment frustrant de ne pas savoir.
– C'est une fête durrant laquelle on offrre quelque chose aux perrsonnes qu'on aime, lui révéla enfin Viktor.
– Comme un anniversaire ?
– Plutôt comme Noël, répondit Viktor. C'est une fête pour tout le monde, la Saint-Valentin. Souvent, on offre des fleurs ou des chocolats.
Envy éclata d'un rire bruyant.
– Des fleurs !
Il rejeta la tête en arrière pour rire à gorge déployée, gênant quelques clients qui lui lancèrent des regards torves.
– Tu plaisantes, j'espère ? C'est quoi cette fête bizarre ? se moqua-t-il alors qu'Edward revenait vers eux, zigzaguant entre les tables bondées.
– Elle n'est pas plus étrrange que les autrres. J'hésite encorre à offrrirr quelque chose à Herr-mio-neu.
Trois chopes se déposèrent brusquement au centre de la table et Edward s'assit lourdement à côté de Viktor.
– Tu veux faire un cadeau à Hermione pour la Saint-Valentin ou j'ai mal entendu ? demanda Edward en prenant une première gorgée du liquide tiède.
– Tu connais ça toi ? interrogea Envy avant de lever les yeux au ciel. Pourquoi ça devrait me surprendre ?
– J'en ai entendu parler l'an dernier. Les filles de Serdaigle n'arrêtaient pas d'en discuter pendant des heures en gloussant. Bref, tu as une idée de cadeau ? dit-il à l'adresse de Viktor. Ça lui ferait plaisir.
– Je ne sais pas si c'est une bonne idée, répondit Krum. Son ami Rrron semble ne pas beaucoup m'apprrécier et je n'aimerrais pas qu'ils se disputent à cause de moi.
– Oh, Ron est stupide des fois, mais Hermione a le droit de faire ce qu'elle veut, répliqua Edward en balayant l'argument et ses inquiétudes d'un geste nonchalant de la main. Ça fait longtemps qu'il n'a pas fait de remarque sur votre relation, donc j'imagine qu'il commence à accepter. Ou au moins qu'il essaie. Après tout, elle lui est chère, c'est pour ça...
Edward s'interrompit brusquement. Il venait d'être frappé d'une illumination.
– Ha ! Mais oui c'est ça !
Viktor et Envy échangèrent un haussement de sourcil circonspect.
Neuf jours plus tard, la veille de la deuxième tâche, le trio de Gryffondors désespérait. Tandis que la nuit tombait, ils étaient tous les trois assis à une même table dans la bibliothèque, cachés par les immenses piles d'ouvrages qui les entouraient. Ils cherchaient en vain un sortilège qui permettrait à Harry de passer l'épreuve, mais rien n'y faisait malgré le nombre astronomique de pages qu'ils feuilletaient fébrilement. Ils ne trouvaient pas la moindre piste. La catastrophe allait inévitablement frapper le second champion de Poudlard qui en plus de perdre, allait s'humilier publiquement.
– Ils n'auraient jamais imposé une tâche impossible à accomplir ! s'impatienta Hermione.
– Ah bah ça non, elle ne l'est pas, apparemment, grogna Ron avec rancune alors qu'il jetait un regard mauvais à la dernière personne qui les accompagnait, sans toutefois les aider le moins du monde.
Avachi sur sa chaise et les pieds posés sur l'assise d'une autre, Envy somnolait paisiblement, la joue écrasée contre son poing. Il incarnait l'image même du calme et l'idée de devoir participer à une épreuve potentiellement mortelle le lendemain semblait n'avoir aucune emprise sur lui. Harry lui enviait son flegme, lui avait même du mal à respirer en pensant au lac. Pourtant, contrairement à ce qu'ils pouvaient tous les trois penser, Envy aurait bien voulu les aider. Mais il était trop paresseux pour cela. Edward avait raison, sans lui, il serait bien moins confiant, puisque c'était le Serdaigle qui effectuait toujours toutes les recherches pour lui.
Harry avait compris que le plus à même de lui apporter une solution serait le Serdaigle et non le Serpentard, et il était allé lui demander conseil. Edward n'avait rien pu lui répondre, il n'en avait pas la moindre idée. Harry avait insisté, soutenu par Hermione et Ron, pour qu'il leur révèle comment Envy comptait procéder. Edward leur avait simplement dit que jamais Harry ne pourrait apprendre ce sortilège dans le temps qu'il lui restait et même en une vie. Ce manque flagrant de coopération rendit les Gryffondors un peu amers et ils ignorèrent leurs deux amis pour se plonger dans leurs lectures avec plus de hargne encore qu'auparavant.
Bercé par le doux bruissement des pages (excepté Ron qui montrait encore une fois sa délicatesse légendaire en manquant de déchirer chaque page qu'il tournait), Envy sentait le sommeil le gagner un peu plus chaque minute. Néanmoins, penser à la convocation d'Edward dans le bureau de McGonagall le maintenait éveillé malgré tout. En ce moment même, il se demandait bien où se trouvait son ami. S'il flottait déjà quelque part dans le lac noir, comment pouvait-il respirer ? N'allait-il pas se noyer ?
Après l'heure écoulée, renonce à tout espoir
Tes efforts seront vains, car il sera trop tard.
Edward lui avait assuré que ces deux vers servaient à rendre l'épreuve plus croustillante et que jamais Dumbledore ne laisserait des innocents mourir pour une épreuve ratée. Mais ça n'empêchait pas Envy de ressentir une légère appréhension. Son meilleur ami allait passer une nuit entière dans les profondeurs obscures et dangereuses du lac noir, entouré de toute sorte d'êtres abominables qui pourraient lui faire du mal.
Il aurait préféré qu'Edward ne lui fasse pas part de sa découverte concernant le mystère du « trésor » qu'on lui arracherait. Comme ça, il serait en train de dormir tranquillement dans son lit au lieu de veiller tardivement de façon inutile. Il n'aimait pas s'inquiéter autant pour quelqu'un d'autre. C'était angoissant, énervant et ça lui donnait envie de donner les coups de pieds à McGonagall pour le lui avoir pris.
Envy soupira à s'en fendre l'âme et essaya de se concentrer sur autre chose.
– … aurais dû faire, se plaignit Harry. J'aurais dû apprendre à être Animagus, comme Sirius.
– Oui, tu aurais pu te transformer en poisson rouge quand tu l'aurais voulu ! dit Ron.
– Ou en grenouille, ajouta Harry en bâillant.
– Il faut des années pour devenir Animagus et en plus, on est obligé de se déclarer, expliqua vaguement Hermione. Le professeur McGonagall nous l'a dit, vous vous souvenez... Il faut se faire enregistrer comme tel par le Service des usages abusifs de la magie... Préciser en quel animal on se transforme, indiquer ses signes particuliers, pour qu'on ne puisse pas s'en servir à des fins malhonnêtes.
Harry lui lança un regard en coin. Envy le sentit très bien et le lui rendit. Il devait se poser beaucoup de questions et le Serpentard espérait qu'il ne trahirait pas le secret. Plus tôt, Edward avait encore eu une discussion avec le Gryffondor, pour lui expliquer à quel point c'était important, car Envy pouvait être envoyé à Azkaban pour ne pas s'être fait répertorier. Harry avait paru comprendre, même s'il doutait encore de l'honnêteté de cette action.
Tout à coup, une voix résonna derrière Envy, le faisant se redresser complètement pour voir Fred et George.
– Qu'est-ce que vous faites là ? demanda Ron.
– On te cherchait, informa George. McGonagall veut te voir et toi aussi Hermione.
– Pourquoi ? s'étonna Hermione.
– Sais pas... mais elle avait l'air assez sinistre, précisa Fred.
Envy comprit qu'elle récupérait les derniers prisonniers. Sans aucun doute ceux de Harry et Viktor. Il se demandait quelle réaction aurait Krum ou même Hermione en apprenant qu'elle était le trésor du bulgare.
C'est sur cette pensée plus amusante qu'inquiétante qu'il décida de s'éclipser pour aller se reposer dans son dortoir.
– Bienvenu à la deuxième tâche ! annonça gaiement Verpey, sa baguette pointée sur sa gorge. Hier soir, quelque chose a été volé à chaque champion. Une sorte de trésor. Ces quatre trésors se trouvent maintenant au fond du lac noir. Pour gagner, chaque champion doit retrouver son trésor et le ramener à la surface. Ils auront une heure pour y parvenir et seulement une heure !
Les mêmes tribunes — qui avaient été installées autour des enclos aux dragons au mois de novembre — étaient désormais dressées sur la rive du lac. Elles se remplissaient à vive allure de spectateurs excités et la rumeur des conversations enthousiastes résonnait étrangement à la surface de l'eau. Au bord du lac, les juges étaient assis à leur habituelle table drapée d'or et discutaient entre eux avec animation. C'était le grand jour. Suite à cela, il ne resterait plus qu'une épreuve avant d'être délivré de cette corvée.
Pressé d'en finir et de récupérer Edward pour lui montrer que Croupton s'était encore une fois fait remplacer malgré sa visite nocturne dans le bureau de Rogue et sa mystérieuse maladie qui était commentée dans de nombreux journaux avec des titres inquiétants. Quand on les lisait, on avait l'impression que l'homme mourait, pourtant il était venu à Poudlard en pleine nuit...
Son remplaçant, Percy Weasley, était assis à sa place à la table des juges et lui adressa à peine un signe de tête pour le saluer. Envy renifla de dédain en détournant le visage. Il vit Karkaroff parler à voix basse à Viktor qui portait déjà un maillot de bain. Plus loin, Madame Maxime venait de rejoindre Delacour et elle dut se plier en deux pour atteindre le visage de sa protégée. Il s'agissait manifestement de l'heure des conseils de dernière minute.
Quelqu'un se racla la gorge dans son dos. Envy se retourna et réprima son sourire malveillant en avisant l'air profondément ennuyé de Rogue. Dumbledore avait dû l'obliger à venir voir le champion de Serpentard pour qu'il y ait une certaine égalité entre les deux candidats de Poudlard.
– Je n'ai pas besoin de vos conseils, prévint immédiatement Envy pour couper court à l'échange avant qu'il commence.
– Bien.
Un voile de soulagement passa furtivement sur le visage de Rogue alors qu'il tournait les talons avec une satisfaction évidente. Compte tenu de son animosité flagrante pour son élève, le professeur devait espérer que son élève se noierait. Il ne lui ferait pas ce plaisir, décida Envy en jetant sa cape plus loin, près des tables des juges. Puis sa chemise, ses chaussures et son pantalon suivirent le reste, s'échouant dans un grand désordre. Le tout fut accompagné de sifflets et cris féminins dans les gradins. Il sourit.
– Joli tatouage, le complimenta Krum. Je ne l'avais pas vu les derrnièrres fois.
Envy jeta un coup d'œil à son Ouroboros et regretta immédiatement de s'être mis en maillot de bain. Merlin, c'était bien sa veine. Heureusement, personne, même en recherchant sérieusement, ne devrait trouver quoi que ce soit. Après tout, c'était un tatouage comme un autre. Par contre, quelqu'un comme Maugrey, Karkaroff, Rogue ou Dumbledore pourrait trouver cette information fort intéressante. Il prit alors soin de toujours garder sa cuisse tournée dans la direction opposée au jury tout en discutant avec Viktor.
Le temps passait et la tâche commençait dans dix minutes. Harry brillait par son absence. À l'écart, Delacour restait silencieuse et figée dans un masque glacé de fausse assurance. Tout habillée, elle semblait ne pas avoir prévu de changer de tenue pour s'aider dans sa tâche.
– Ce petit garçon va sûrement déclarer forfait, dit-elle, d'un air hautain. Il n'a pas l'étoffe d'un champion.
– Pour l'instant il a quand même un score plus élevé que le tien, répliqua Envy d'un ton tranchant.
Elle parut scandalisée et ne dit plus un mot. Enfin, Harry arriva en retard et essoufflé. Karkaroff et Madame Maxime n'avaient pas du tout l'air content de le voir apparaître. À en juger par l'expression de leur visage, ils avaient dû penser, comme Delacour, qu'il ne viendrait pas. Tandis que le Gryffondor reprenait son souffle, Verpey plaça les champions le long de la rive, à trois mètres de distance les uns des autres. Envy se retrouvait entre cette stupide Delacour, la plus proche de la tribune du jury, et Viktor, sa baguette au poing, prêt à l'utiliser. Celle d'Envy n'était là que pour sa couverture.
– Sonorus ! Et voilà, annonça Verpey d'une voix très forte pour être entendu du public. Tous nos champions sont prêts à entreprendre la deuxième tâche qui commencera à mon coup de sifflet. Ils auront exactement une heure pour reprendre ce qui leur a été enlevé.
Une heure... Envy comptait bien sortir Edward le plus rapidement possible de là-dedans.
– Attention, à trois...
Envy se mit en position de course.
– Un...
Le cœur battant, il entendait les sifflets et encouragements des élèves de sa maison.
– Deux...
Il se coupa du monde extérieur, le regard fixé sur la surface lisse du lac.
– Trois !
Un coup de sifflet strident retentit dans l'air frais. Des applaudissements et des cris explosèrent dans les tribunes.
Envy ne réfléchit pas et courut dans l'eau, dès qu'il l'eut jusqu'à la taille, les autres loin sur ses talons, il plongea. Sa première transformation fut petite et souple, sous la forme d'une anguille qui lui permettrait de s'éloigner rapidement de la rive dans le peu de profondeur qu'offrait le lac. Bientôt, il eut nagé assez loin pour ne plus distinguer le fond. Il bascula alors verticalement et s'enfonça dans les profondeurs.
Il prit sa seconde forme. Son corps s'allongea, s'épaissit, ses mâchoires s'élargirent. Maintenant dragon marin aux crocs acérés et prédateur redoutable de plusieurs mètres de long aux rutilantes écailles turquoise, il s'élança à toute vitesse. Chaque ondulation de son corps puissant le propulsait sur plusieurs dizaines de mètres. Quand un obstacle lui barrait la route, il le détruisait d'un coup de tête. Son apparence dangereuse lui permit également de faire fuir tout ennemi potentiel. Strangulots, sirènes, tous fuyaient devant lui. Mais il sentait une présence menaçante. Énorme et silencieux, le calmar géant guettait, rôdait dans les parages. Il crut l'apercevoir à plusieurs reprises, mais n'y prit pas garde.
Il descendit si loin qu'il pénétra bientôt dans le cœur du lac. Des nuées de poissons s'échappaient du sanctuaire aquatique pour lui échapper.
Non merci, il avait déjà pris un petit-déjeuner ce matin.
Pendant une heure entière, il te faudra chercher
Si tu veux retrouver ce qu'on t'a arraché.
Envy donna un puissant coup de queue à l'entente du chant des sirènes. Il approchait du but. Jamais il n'était allé jusqu'ici. Il vit un grand rocher se dessiner dans l'eau trouble. Des dessins de sirènes et de tritons y étaient gravés. Ils étaient armés de lances et poursuivaient un animal qui ressemblait à s'y méprendre au calmar géant. Envy dépassa la fresque historique et suivit le son de la voix des sirènes. Leurs voix tremblaient, elles paraissaient pressées, apeurées.
Était-ce pour l'inquiéter ou craignaient-elles sa venue ?
Si tu y tiens sincèrement, hâte-toi
Sinon, ce que tu cherches en ces eaux pourrira...
Des bâtisses rudimentaires de pierre brute, aux murs verdâtres parsemés d'algues, apparurent soudain de tous côtés dans la pénombre. Par endroits, derrière les fenêtres sombres, il apercevait des visages... des visages en tous points semblables à ceux du vitrail dans la cabine personnelle d'Igor Karkaroff. Ces êtres avaient la peau grise et de longs cheveux hirsutes d'une couleur vert sombre. Leurs yeux étaient jaunes, tout comme leurs dents cassées. Il n'eut pas l'occasion d'en voir beaucoup. Les fenêtres étaient bruyamment obstruées à son passage, afin de se protéger du danger qu'il représentait. Les seuls sirènes et tritons qu'il croisait étaient armés de lances et lui lançaient des regards méfiants et menaçants. Aucun n'osa cependant s'attaquer à lui directement. Ils le laissèrent passer sans opposer de résistance.
Envy ralentit son rythme afin d'éviter de détruire une maison par inadvertance. Ses coups de queue s'espacèrent et prirent moins d'ampleur. Les abris de pierre devenaient en effet de plus en plus nombreux et denses. Il devait approcher du centre du village. Sa réflexion se confirma quelques secondes plus tard lorsqu'un étrange spectacle s'offrit à ses yeux.
Une véritable foule était rassemblée devant les bâtisses qui délimitaient une sorte de place de village. Nombreux regards s'étaient tournés vers lui et on s'écarta sur son passage. Craintifs ou respectueux face à la force supérieure, certains s'inclinèrent, comme pour lui demander de les épargner. L'ego d'Envy ne put qu'en gonfler et il découvrit ses crocs dans une ébauche de sourire. Cette fois, le chœur, qui chantait au milieu de la place, se tut. Le silence était assourdissant à cette profondeur.
Ça lui était bien égal maintenant. Car il venait de distinguer les quatre prisonniers attachés à la queue d'une statue de pierre représentant une des créatures aquatiques. Une fillette inconnue, Ron, Hermione et Edward. Ses longs cheveux étaient emportés par chaque courant et formaient comme un nuage doré autour de son visage figé. Il paraissait plongé dans un profond sommeil. Sa tête ballottait sur ses épaules et de minces filets de bulles s'échappaient régulièrement d'entre ses lèvres.
Envy se précipita vers lui. Toujours pétrifiés en le suivant de leurs regards jaunes, les êtres de l'eau ne tentèrent pas de l'arrêter. Étudiant rapidement les liens qui retenaient Edward, il sut qu'un coup de dents suffirait à trancher les cordes épaisses tressées par des herbes aquatiques. Le goût n'était pas terrible, mais la corde céda directement. Avant qu'il n'ait pu l'attraper, le corps inconscient d'Edward dériva d'un mètre, emporté au gré des mouvements de l'eau. Alors qu'il l'observait du coin de l'œil pour vérifier qu'il ne s'en aille pas trop loin, Envy comprit qu'il avait un certain problème technique auquel faire face.
Pas de bras, pas de nabot.
Il se fit rapidement pousser des pattes ; la gauche — griffue — resta de côté, la droite — dépourvue de griffes — attrapa prudemment Edward. Il le serra dans son poing. D'une pression, il pourrait de le briser en deux. Angoissant.
Les murmures des êtres de l'eau se faisaient plus craintifs. Ils semblaient pressés qu'il s'en aille et ne revienne plus jamais dans leur domaine, ce qui était bien son intention. S'attarder ici était risqué, étant donné qu'une menace paraissait planer sur la ville.
Ne voulant pas perdre davantage de temps, Envy fit souplement demi-tour et repartit en direction de la surface. Il avait l'impression d'être suivi. Par malchance, il dut ralentir sa cadence pour le chemin du retour afin de ne pas briser la nuque d'Edward dont la tête pendait mollement en dehors de sa patte. Ces humains étaient si fragiles. Il se fit pousser un septième doigt qu'il plaça en protection et enroula largement autour du visage immobile. Il put accélérer à nouveau.
Brusquement, quelque chose lui attrapa la queue et le stoppa brutalement. Le tentacule le tira en arrière, pendant que d'autres venaient s'enrouler autour du reste de son corps. Envy se tortilla, mais ça ne fit qu'envenimer la situation. Les muscles l'enserrèrent plus vigoureusement.
Le calmar géant voulait protéger son territoire. Ce n'était pas prévu au programme.
Envy grogna et ondula pour se défaire de la prise, mais ce n'était pas assez. Il se débattit avec plus d'acharnement, faisant attention à la patte qui tenait fermement son "trésor". Comment se battre correctement avec Edward qui risquait d'être blessé dans la bataille ? Il ne pouvait pas se permettre de se jeter à corps perdu dans un combat à mains (ou pattes) nues !
Aussitôt, il fit pousser de longues aiguilles tout autour des parties de sa queue que le calmar tenait. Les tentacules se rétractèrent et Envy se propulsa vers la surface une nouvelle fois. Mais le calmar se révéla plus tenace que ça. Il s'élança en une seconde sur l'Homonculus et l'emprisonna dans ses tentacules. Quand sa chair visqueuse toucha Edward, Envy vit rouge.
Tournant la tête à 180 degrés, ses crocs s'enfoncèrent d'un seul coup dans le corps mou de son ennemi. Il ne lâcha pas prise. Envy mordit plus fort. Le goût du sang emplit sa gueule immense et brouilla sa vue alors qu'il se répandait dans l'eau qui devint rapidement opaque et sombre. Paniqué, le calmar repoussa Envy de ses membres puissants. Cette fois, c'est lui qui ne lâchait plus prise. Cette immonde bête devait comprendre qu'elle avait commis une erreur en s'attaquant à la personne qu'il ne fallait pas.
Envy poussa un cri de colère et de douleur qui dû bien se faire entendre jusqu'à la surface. Plusieurs tritons, furieux et repoussants, venaient de le transpercer de part en part avec leurs lances aiguisées. Ses mâchoires avaient relâché le calmar sous le coup de la douleur. L'animal ne prit pas la fuite, il attaqua Envy plus férocement qu'avant. Envy le griffa profondément, repoussa les êtres de l'eau d'un dur coup de queue puis reprit son chemin. La vitesse fit se déloger la plupart des lances de sous sa chair et les plaies se refermèrent d'elles-mêmes.
Il vit de loin un champion qui venait dans sa direction et changea de trajectoire pour ne pas lui foncer dessus. Harry, avec ses mains et pieds palmés, regarda dans sa direction, mais parut ne pas le remarquer avant de continuer son avancée.
Envy rétrécissait au fur et à mesure qu'il approchait de la rive. Il perdit deux autres lances qui tombèrent au fond de l'eau. Lorsque le terrain commença à remonter brusquement, Envy reprit forme humaine en gardant Edward sous le bras. Il battit des pieds dans un dernier effort et creva la surface.
Aussitôt un grand tumulte s'éleva des tribunes. Les spectateurs s'étaient levés et ils criaient. Les élèves de Poudlard — et plus particulièrement de Serpentard — provoquaient pratiquement un tremblement de terre. Envy tira le visage d'Edward hors de l'eau et il cracha soudain une gerbe d'eau avant d'ouvrir des yeux vitreux. Le champion le tira jusqu'à ce qu'ils aient pied. Là, il délogea discrètement la dernière lance qui lui vrillait les côtes.
Il était couvert de sang. Heureusement, l'eau le nettoierait sûrement un peu pendant le reste du trajet.
– J'espère que tu as fait une bonne sieste, le railla-t-il avec un sourire.
Tenant Edward par la taille et maintenant son bras autour de sa nuque, il refusait de le lâcher avant d'être arrivé à la terre ferme.
– Très agréable, rétorqua Edward, la voix rauque. Un peu humide, par contre, faut avouer.
La pique fit sourire Envy. Sourire qui s'évanouit à la vue d'une Pomfresh folle d'inquiétude sur la rive, les bras chargés de couvertures, et d'un jury qui s'était levé pour les accueillir. Seulement... Aucun d'eux ne semblait content. C'était même tout l'inverse. Même Dumbledore le fixait avec une expression qui était loin d'être heureuse de sa victoire.
Envy s'arrêta, s'attirant le regard interloqué d'Edward. L'eau leur arrivait aux mollets, il leur fallait encore parcourir quelques mètres. Ce ne fut qu'à ce moment précis que le champion accorda plus attention aux cris. Ils ne semblaient pas enthousiastes comme il l'avait pensé au début, mais terrifiés.
– Qu'est-ce qu'il se passe ? marmonna Edward, tout aussi perdu que lui.
Pris d'un pressentiment, Envy tourna sur lui-même. Ses yeux s'écarquillèrent. Edward suivit son regard et poussa un juron.
La carcasse du calmar géant flottait à l'air libre, éventrée.
– Merde, Envy ! C'est toi qui ? Oh, tu es couvert de sang !
– J'ai pas eu le choix, maugréa Envy en resserrant sa prise sur Edward, comme pour l'empêcher de s'enfuir.
Il se détourna de la vision ensanglantée et continua son chemin d'un pas ferme et déterminé. Ils atteignirent finalement la tribune où Pomfresh prit immédiatement Edward en charge. Elle le couvrit de couvertures jusqu'à le saucissonner si fort qu'il en suffoquait presque. Avant qu'elle ait pu s'occuper d'Envy, il fut entraîné à l'écart par les juges. Ils affichaient des mines graves.
– Que s'est-il passé ?
Verpey était blême, toute jovialité disparue. Madame Maxime et Karkaroff le fixaient comme s'il venait de se transformer en Voldemort juste sous leurs yeux. Percy quant à lui verdissait à vue d'œil. Il évitait soigneusement de poser les yeux sur le lac.
– Qu'avez-vous fait ?
– Il m'a attaqué ! se défendit Envy avec véhémence.
– Le calmar est le défenseur de Poudlard, rétorqua froidement Dumbledore. Il n'aurait pas pu attaquer un élève.
– Pourtant il l'a fait. Je me suis défendu comme j'ai pu avant qu'il ne fasse du mal à Ed !
– Albus, qui est ce garçon ? demanda Verpey. Blesser un animal de cette taille... Et réussir cette épreuve si rapidement...
– C'était le but de cette tâche non ? intervint soudain Edward, qui s'était approché. Passer les obstacles présents sous la forme des créatures des profondeurs et revenir dans le temps imparti. Si le calmar l'a attaqué, il était en droit de penser que ça faisait partie des obstacles à franchir.
Emmitouflé dans ses couvertures et les cheveux dégoulinants, il défiait quiconque de le contredire. Il n'attendit aucune réponse et ôta l'une de ses couvertures pour l'enrouler autour d'Envy avec un regard équivoque. Il avait vu sa blessure et voulait — grâce à sa diversion — la cacher aux éventuels regards suspicieux. Elle devait cicatriser à présent.
Soudain, il y eut de nouveaux cris alors que Fleur sortait de l'eau, seule. Une partie du jury se précipita pour aller à sa rencontre. Pendant ce temps, un groupe de professeurs s'occupaient de ramener le calmar plus près de la rive. Hagrid et le professeur Gobe-Planche avaient accouru pour venir au secours de l'animal. En ce moment même, ils tentaient de soigner ses plaies les plus graves.
– Vous m'aviez assuré qu'il ne serait un danger pour personne, reprocha Dumbledore à voix basse alors qu'il ne restait plus qu'eux trois.
Edward regardait Envy qui était toujours trempé et couvert de sang. Il prit sa défense sans hésiter.
– Il a sincèrement cru que j'étais en danger. Je vous avais prévenu qu'en cette situation il pourrait être dangereux et pourtant vous avez accepté ce risque. Le calmar l'a vu comme une menace et a voulu protéger son territoire, Envy n'a fait que se défendre. Allez-vous revenir sur votre parole pour cet incident dont il n'est pas coupable ?
Le directeur parut prendre l'argument pour ce qu'il était et posa finalement une main sur l'épaule d'Envy qui suivait leur conversation avec irritation, tandis qu'on parlait de lui comme s'il était absent.
– Très bien. Je vais discuter avec le peuple du lac pour savoir comment les événements se sont déroulés exactement et j'aviserai. En attendant, allez vous réchauffer tous les deux. Pompom s'occupera de vos blessures éventuelles.
Son regard s'appuya sur Envy, qui était déjà guéri. Sous la tente, Fleur Delacour était en proie à une véritable crise de panique et Madame Maxime essayait tant bien que mal de la rassurer quant à l'état de sa petite sœur. C'était donc elle, la fillette, comprit-il distraitement.
Un nouveau poids tomba sur ses épaules alors que Pomfresh posait une deuxième couverture épaisse sur lui. Il l'accepta en silence pour ne pas créer un débat avec l'infirmière hystérique. Ensuite, il s'assit sur le banc à côté d'Edward. Ce dernier fixait le lac d'un regard vide d'émotion, à l'endroit où l'on s'occupait de sauver le calmar qui continuait à se vider de son sang.
Ses entrailles se glacèrent quand il imagina la déception d'Edward. Il devait penser qu'il était un monstre, comme avant. Il avait peut-être tué un être vivant, encore une fois. L'effet de la culpabilité et de la crainte du rejet se fit si fort que sa gorge se serra à lui en faire mal et sa Pierre grinça.
La bouche sèche, il essaya de parler, mais ça lui était complètement impossible.
L'enclume qui pesait sur son estomac s'alourdit encore. Edward n'avait pas encore dit un seul mot depuis tout à l'heure. Il se contentait de fixer le calmar d'un regard neutre. Seule la crispation au coin de ses lèvres témoignait de son émotion. Colère, tristesse, déception, Envy ne savait pas.
– Tu... Tu m'en veux ?
Edward ne lui accorda aucun regard, les yeux fixés sur l'animal souffrant autour duquel s'affairaient Hagrid, Pomfresh, McGonagall et Gobe-Planche. Envy était au supplice. Ce n'était plus la peur du rejet qui le faisait souffrir maintenant, c'était celle de l'abandon pur et simple. Qu'il dise quelque chose ! N'importe quoi !
– Ed...
Son ton suppliant ne passa pas inaperçu et Edward se dévissa la nuque en se tournant vers lui. Ce qu'il découvrit sur son visage parut le faire réagir.
– Non, je ne t'en veux pas. J'aurais sûrement fait quelque chose de ce genre dans la même situation.
Envy relâcha son souffle à cette réponse tardive, mais bienvenue. Pourtant, il sentait qu'il y avait quand même quelque chose qui mettait son ami de mauvaise humeur.
– Tu es sûr ? insista-t-il en combattant son envie de réduire la distance de vingt centimètres entre eux pour se coller à son côté.
– Je suis seulement inquiet de ce qu'il va se passer maintenant pour toi. Tout dépend de la décision de Dumbledore maintenant. Même si tu n'as rien à te reprocher, ça m'angoisse d'attendre.
Tout à coup, il y eut des hourras dans les tribunes alors que Viktor crevait la surface, Hermione avec lui. Pomfresh et Karkaroff se précipitèrent pour les aider et les deux élèves furent emmenés dans la tente des champions où se trouvaient déjà Madame Maxime, Fleur et bien sûr Edward et Envy. Dès que l'infirmière eut vérifié qu'ils se portaient bien et qu'elle les eut fait étouffer sous une tonne de couvertures, elle les laissa seuls. Ils vinrent à la rencontre de leurs amis immédiatement.
– Tu as été le prrremier ! s'exclama Krum. Félicitation. Comment as-tu fait ? Les Strrangulots étaient terrrribles !
– Il a encore fait sa brute, répondit Edward, blasé.
– Mais tu es couvert de sang ! s'écria Hermione, inquiète en accourant vers Envy. Que s'est-il passé ?
Le Serpentard soupira.
– Tu le sauras bien assez tôt...
