Playlist
« Dear world » Echosmith
« Nuit 17 à 52 » Christine and the Queens
« The house we never built » Gabrielle Aplin
« Yellow » Coldplay
« Sleep on the floor » The Lumineers
« Voler de nuit » Calogero
Chapitre n°23
partie 3
Point de vue d'Aurore
« Ma belle Aurore ».
Il n'y a pas plus douce parole à entendre dans un moment aussi calme. Cette journée a été folle. Je suis vraiment surprise et soulagée à la fois d'avoir retrouvé Céleste. La chance a fait qu'elle n'a pas eu peur, elle n'a pas cherché à fuir. Si elle avait fuit, bizarrement je l'aurai comprise. Je ne l'aurais pas jugée. Elle aurait très bien pu avoir peur en voyant une humaine et deux vampires pour qui la rattraper aurait été facile. Juste à espérer que cela n'arrive pas dans les prochains jours, semaines ou mois. Fuir aurait été ce que j'aurais fait si les cas étaient inversés. J'aurais couru le plus loin possible dans New-York, sans réellement savoir où la course m'aurait menée. Un risque à prendre. Une façon de fuir la réalité, dans les deux sens du therme. S'échapper d'un monde où l'on se sent étrange, être confronté à un vampire qui a pris soin de soi pendant un an alors qu'elle n'était qu'un bébé humain. Drôle de façon de se retrouver. J'aurais aimé que cela se passe autrement. Deux vampires qui m'auraient poursuivi dans la ville. Bella n'aurait jamais pu suivre. Elle serait restée derrière nous à regarder la scène sans savoir quoi faire ni dire. Il n'y a rien à justifier. Bref. Les choses auraient pris une autre tournure.
D'un côté, Céleste n'a pas eu d'informations pour analyser la situation. Je présume que l'orphelinat ou du moins le foyer dans lequel elle était n'a pas dû lui donner des noms, des pistes à suivre. Les recherches que j'ai faites à la mairie de New-York n'ont vraiment pas donné les résultats escomptés, pas auxquels je pensais en tout cas. J'ai l'impression d'avoir perdu du temps. D'être confronté à quelque chose d'inexplicable. Rien n'est plus difficile que de devoir abandonner un bébé qui a fait partie de ma vie une année sans savoir quel sera son avenir, à supposer qu'elle en ai eu un car elle a eu la pneumonie et ses jours étaient comptés sans traitements médicamenteux. Elle a eu ce traitement par miracle, l'apprendre me soulage. Mais il a fallut des années, jusqu'à ce que son visage soit réellement devant mes yeux hier soir. Cela était inespéré. Même quand Matthéo est venu pour un week-end, je n'ai pas cessé de penser à Céleste. Grâce à ma famille et à Matthéo, je n'ai pas été à l'aéroport acheter le premier billet d'avion pour rentrer à la maison. J'ai voulu le faire plus d'une fois. Avoir Alice au téléphone m'en a empêché et avoir l'opportunité de discuter avec Matt à ce sujet m'en a empêché aussi. J'ai failli faire demi tour quand il est venu pour le week-end, lui dire de rester avec moi à New-York et d'annuler son billet. Je ne l'ai pas fait non plus. Il a son travail à l'hôpital. Je ne voulais pas en rajouter sachant que mes pistes étaient inexistantes hormis la présence ce petit vampire aux yeux verts à Central Park. C'est là où je passais la plupart de mes soirées à attendre un mouvement, une approche de sa part jusqu'à l'apparition de ses pupilles vertes dans l'ombre. La seule fois où je les aient vues. Il a fallut attendre hier soir pour découvrir son doux visage. Celui qui était dans mes souvenirs était différent, elle n'avait qu'un an. Un bébé adorable. Un bébé dont je n'ai jamais oublié les traits.
Les doigts de mon vampire préféré effleurent ma joue puis quelques mèches de mes cheveux. Un geste adorable qui me fait sourire. On n'a pas pris l'habitude des démonstrations publiques. Ce qui me fait rire parce qu'entre nous ou en famille, il n'a pas peur de me prendre dans ses bras, de m'embrasser la joue et j'en profite pour dévier jusqu'à ses lèvres dès que je peux le surprendre. Nous sommes ensemble depuis trois ans. Je ne pensais pas aimer. Non que je ne sois pas tombée sur la bonne personne. Quand on a été mise sous médicaments toute sa vie, il est impossible d'envisager quelque chose après. Pour moi en tout cas. Alice a eu ses visions qui lui ont montré un futur, entouré d'une famille. Moi j'étais condamnée à rester dans le passé. Peut-être dans le désespoir de ne pas réussir à surmonter ça, à avancer, à imaginer quelque chose de beau. Avec ma sœur, nous avons dépassé ça. Vivre ensemble a été une expérience unique, nous avons davantage développé notre lien fraternel. Nous sommes comme les deux doigts de la main et je ne peux me résoudre à vivre sans elle. Mon cœur se serre en pensant à ses souvenirs douloureux et tristes à la fois mais ils sont passés. Je veux avancer. Mon avenir n'est pas encore tout à fait scellé puisque j'ai l'éternité devant moi. J'ai un vampire à mes côtés et je veux en profiter. Après tout, être trois années à ses côtés représente quelque chose, au-delà d'avoir des sentiments réciproques. Il ne les énoncent pas beaucoup mais je le sais. Je suis pareille. Je ne regrette absolument lui avoir dit que je suis sous son charme quand il a neigé, à Central Park. Les sentiments ne se contrôlent pas, ils se vivent. Dans mon cas, en éprouver autant est presque déstabilisant mais dans un même temps enivrant.
« J'ai envie de t'embrasser » dit-il en regardant mes lèvres.
Les siennes sont un appel à plaquer les miennes rapidement dessus. Il ne m'a pas jugé. Il me regarde d'une façon unique. Pas comme de la même façon que d'autres personnes peuvent le faire. Beaucoup éprouvent une attirance, des sentiments envers des mauvaises personnes. J'ai de la chance de connaitre une personne incroyable et dont je tombe amoureuse tous les jours. Même si je le lui ai dit. Sans regret parce que je le ressens et c'est bien de le dire. Au moment présent, ne pas penser à autre chose qu'a ses sentiments sincères. Il est là. Je me souviens la première fois, je l'ai fait en partie pour le faire taire et j'en ai eu vraiment envie. Il me regarde toujours. Ses lèvres forment un sourire. Je trace du bout des doigts les cicatrices de son bras. Elles ne cessent pas de m'intriguer mais je ne le questionne pas sur le sujet. Je sais qu'il souhaite en parler mais je ne veux pas lui forcer la main ni le contraindre. Il m'a déjà expliqué que son passé au sein de l'armée a été douloureux. Je présume que les souvenirs lui hantent l'esprit. Même Jasper le raconte parfois. Il a beau raconté des anecdotes avec Peter et Charlotte mais au fond de lui, il y a encore de la tristesse. D'après Alice, des épisodes lui reviennent en plein visage certaines nuits. Et je le conçois, c'est pareil pour moi à l'hôpital. Tout ce que je veux c'est son bien-être. Si Matthéo a envie de me faire partager une partie de sa vie, alors d'accord et s'il ne le souhaite pas à cause du poids que cela représente, alors ça ira.
« C'est de la provocation à ce niveau là ».
« C'est ainsi que tu vois les choses ? » sourit-il.
« Oui ».
Sans attendre davantage, je place ma main derrière sa nuque et pose mes lèvres sur les siennes. Il n'a pas à effleurer mes lèvres, il doit réduire cette distance. Même si elle est faible, c'est déjà trop. Je prononce l'instant et cela le surprend. Mais je le fais quand même. Être avec lui depuis trois ans est quelque chose d'inattendu pour moi et de merveilleux. On dit toujours que les contes de fées n'existent pas. Que ce sont des histoires racontées aux enfants pour les rassurer, ne pas les effrayer sur la vie adolescente ou adulte quand on rencontre la bonne personne, que l'on est supposée aimer toute une vie. Chez les vampires, aimer une personne est quelque chose de fort, bien plus que chez les humains. Même si je pense que cela équivaut. On ne peut pas comparer. L'amour que je ressens envers le vampire que j'embrasse est unique. Je ne dis pas ça par hasard. Je sais que c'est ce que je veux ressentir pendant les prochains siècles. Nous sommes faits pour être ensemble. De mon côté, je ne doute pas. Cela ne m'effraie pas. Alors qu'il y a quelques années, les choses n'étaient pas pareilles. J'étais différente. Maintenant que je fais partie d'une famille aimante, bienveillante, je n'ai pas peur d'aimer Matt. Lui est moi sonne comme une évidence. Il est vrai que j'ai eu un peu peur au début mais comme tout début de relation. Rien ne peut perturber ce moment. Même si je suis consciente qu'une humaine dort paisiblement de l'autre côté et d'un vampire plus jeune dans l'autre pièce. J'ai un beau vampire en face de moi et nos marques d'affections sont timides mais j'aime ça. Il est doux avec moi. Il me le prouve en m'embrassant délicatement, en me demandant la permission, chose que je ne fais pas beaucoup. C'est drôle. Je ne me pose pas de question quand je veux plaquer mes lèvres contre les siennes, c'est spontané. J'en profite. Il se laisse faire donc j'en conclue qu'il n'est pas contre. Autrement, il m'en aurait informé. Il place ses mains sur mes hanches. Ce contact me donne quelques frissons et me fait sourire.
« Doucement ».
« C'est toi qui dit ça ? ».
Je ne lâche pas sa nuque pour autant et cette fois-ci, il capture mes lèvres. J'aime quand il prend ce type d'initiative. Il est vrai que je l'ai embrassé la première. Et je ne m'en veux pas du tout, pour une fois que je fais quelque chose de spontané et je sens que cela est réciproque. C'est une phase intéressante. Je ne veux pas perdre ça. Matt ne se retire pas de mes lèvres pour autant. Il continue de mouver ses lèvres contre les miennes. C'est agréable. Sentiment un peu étrange sachant que nous n'avons pas peur de nous embrasser, seulement à chaque fois c'est différent. Des couples ne peuvent s'en empêcher. Même si ce n'est pas l'envie qui manque de le faire tout le temps, c'est doux, lent, agréable. Amoureux. Tout ce que je désire à l'heure actuelle. Je m'approche doucement mais ce n'est pas le bon moment puisque un toc toc se fait entendre. C'est sans doute Bella qui ne dort pas ou Céleste qui a besoin de quelque chose. Je me lève du lit à contrecœur, laissant mon vampire préféré plonger la tête dans l'oreiller.
En ouvrant la porte, je découvre le visage mouillé de larmes de Céleste. Des mèches de cheveux sont collées à son visage. Elle me regarde avec un visage fatigué. Elle n'a probablement pas été chasser depuis quelques jours. Je m'assois à côté d'elle sur le canapé. Cette proximité est étrange parce que j'en ai rêvé tellement de fois. Ce bébé autrefois innocent est devenu une belle adolescente. Aucune chance que ses souvenirs de bébé ne lui permettent de m'identifier. Elle ne se souvient pas. Je suis aussi surprise que sa vie se soit transformée en immortalité. Personne ne le mérite. Je n'ai jamais transformé quelqu'un mais d'après Carlisle, l'opportunité de le faire est si rare. Il y a eu recours qu'avec Esmée et Edward car leur vie en dépendait. Sans son intervention, ils ne seraient plus là. Il a tenté. Il leur a donné une seconde chance. Céleste a le droit de me poser toutes les questions qu'elle veut, le droit de savoir est réellement important. Elle a le droit de me le demander à tout moment, je m'y suis préparée. Mais elle n'est pas seule. Je ne pensais pas que des larmes puissent encore couler de ses yeux, pas à son âge et une réalité me frappe de plein fouet, Céleste est jeune. Elle a été transformée en créature de la nuit depuis peu de temps et elle a encore du liquide lacrymale dans les yeux. Elle n'est qu'une adolescente de quinze ans pour les humains et un jeune vampire pour notre monde. J'espère qu'elle n'a pas souffert étant un nouveau né. Elle a dû se sentir seule. Chose que je ne veux pas ressentir car la culpabilité est lourde à porter. L'imaginer sans personne pour prendre soin d'elle me fait vraiment mal. Elle est dans mon salon. Mon bébé est à mes côtés et personne ne pourra me la prendre une nouvelle fois. C'est la première fois que je l'appelle « mon bébé » alors que nous n'avons aucun point en commun au niveau biologique. J'ai juste pris soin d'elle après la mort de mon amie Élise. C'est elle qui a trouvé ce bébé abandonné dans une rue sombre de Venise. Innocent. Seul. Je me demande ce qu'elle pense à l'heure actuelle, si elle me voit de là où elle se trouve. Élise a rendu son dernier souffle dans mes bras, accompagnée jusqu'au bout par des mots et une présence. Je ne pouvais me résoudre à la laisser affronter ça seule. Et la promesse est de prendre soin de ce bébé que j'ai prénommé Céleste.
« Je suis désolée ».
Je suis un peu étonnée par son excuse. Pourquoi s'excuse t-elle ? Rien de grave n'est arrivé. Elle est entourée maintenant. Dans un environnement inconnu à ses yeux et je ne veux pas lui mettre de pression. Parler de sa vie va prendre du temps, elle n'a pas à culpabiliser. Je n'ose imaginer le nombre de questions qui traversent son esprit. Le nombre de réponses incomplètes dont elle souhaite trouver un indice quelque part. Elle me regarde toujours de ses beaux yeux verts qui me troublent en cet instant. Beaucoup de questions sans réponses. Parfois, ne pas savoir est mieux. Au moins, on n'a pas d'espoir et on ne se berce pas d'illusions. On n'est pas déçu mais on a un manque qui ne sera jamais comblé. Je n'ose même pas la prendre dans mes bras alors que nous avons fait connaissance hier soir. Je prends la peine de lui toucher la main afin de la soutenir un peu. Je ne sais pas si elle a eu des contacts physiques avec d'autres personnes bienveillantes qui se sont occupées d'elle, des encouragements tout au long de sa vie. Dans le cas contraire, je pense que mon maigre contact n'aurait pas été accepté. Je ne veux pas qu'elle soit gênée. Ses traits du visage se détendent un peu. Elle repousse un peu ses cheveux en arrière. Si elle accepte de discuter, je vais essayer de lui donner des réponses aux questions qui sont enfouient dans son esprit. Elle sursaute un peu suite à mon contact. Un mince sourire se dessine sur son visage. Une manière de m'encourager aussi. Sa main ne se retire pas de la mienne.
« Ne t'excuse pas, tu n'as pas à le faire ».
Ma réponse lui fait froncer un sourcil. Comment peut-elle être au courant de mes recherches, de mes pensées constantes envers elle depuis des années ? Ses yeux verts me fixent et elle hoche la tête de façon positive. Rien de ce que je sais ne s'est avéré juste. Aucun certificat de naissance ne m'a permis de savoir sa date exacte de naissance ni aucun prénom susceptible d'être le sien si jamais des parents lui en on donné un autre. Aucune informations.
« Combien de temps as-tu pris soin de moi ? J'ai grandi dans un foyer et on m'a donné l'information suivante: abandon suite à une maladie par une jeune femme ».
« Un an » dis-je doucement. « J'ai pris soin de toi comme j'ai pu pendant un an ».
« Es-tu ma mère biologique ? ».
« Non ».
Je ne peux pas le savoir. Aucune information administrative n'était mise à ma disposition aux archives de la ville. Sur l'instant, je n'ai pas compris. J'ai cru trouver un certificat de naissance. C'est à croire que rien n'a été conservé depuis cette année à la mairie de New-York. Et je n'ai pas non plus pris l'initiative de creuser un peu plus. Mon identité en tant que vampire ne doit pas être connue, je ne veux pas laisser des traces et de toute façon, les humains se poseront des questions sur ma nature. Je ne me suis pas permise de fouiller dans son histoire. Certes j'ai pris soin de ce bébé mais ce n'est pas à moi d'être autorisée à connaitre des éléments de sa vie. Il s'agit de Céleste. Je ne peux pas me résoudre à lui expliquer des éléments de sa propre vie sachant les conséquences que cela implique. Il s'agit tout de même de son identité. Céleste a dû changer de foyer, peut-être a t-elle été adoptée dans une maison aimante, peut-être a t-elle vécue des moments difficiles, douloureux et peut-être a t-elle été contrainte de vivre une vie d'immortelle contre son gré. C'est grâce à cette immortalité que je peux lui parler, la regarder assise dans mon propre salon. La vie est compliquée. Quand je me suis enfui de l'hôpital avec ma sœur, il a fallu tout oublier. Mais en réalité, aucune de nous n'a oublié notre histoire personnelle. C'est indélébile à la fois dans nos mémoires mais aussi dans notre peau puisque notre tatouage et les nombreuses cicatrices autant visibles que non visibles dues aux médicaments nous marquent. Et je n'ai pas envie de me plaindre. J'en ai discuté avec Matthéo qui m'a rassuré en me disant que j'ai eu une nouvelle opportunité de recommencer une vie avec ma sœur Alice plus tard et de faire désormais partie d'une famille. De plus, Céleste fait à nouveau partie de ma vie. C'est une chance énorme. Inespérée. Je ne réalise absolument pas non plus. J'ai pas encore pris conscience de la place que cela prend depuis des années car j'ai aimé ce bébé comme le mien, si j'en avais eu un. Avec tous les médicaments, cela aurait été impossible ou par miracle très compliqué. De toute façon, plus rien se sert de ressasser les choses. Je remarque des cicatrices au niveau du cou, sans doute celles qui ont été faites pour la rendre immortelle. Une enfant si jeune. Elle est âgée de seulement quinze ans. Je ne comprends pas. Elle a eu sa vie volée à cause d'une autre personne. J'ai l'impression de tomber de haut. Toutes mes recherches, mes espoirs m'ont conduit jusqu'à elle mais à quel prix ? Au final si c'est pour la rendre malheureuse, je ne peux l'envisager, ce serait douloureux. Ses yeux verts se reportent sur un autre point de l'appartement. La fenêtre. Je suppose qu'elle laisse le monde dans lequel elle a grandit derrière elle pour avancer et vivre sa vie, déjà en tant qu'adolescente et en tant que jeune vampire.
« Oh ».
Un nouveau silence. Celui-ci est pesant. Je ne peux pas le lui en vouloir. Après tout, elle ne me connait pas. Il lui faut du temps. À moi aussi parce que sa présence chez moi est vraiment exceptionnelle. Je me mets à penser que la présence de Bella pourra l'aider. Dans le sens où elles ont un âge similaire. Céleste est plus jeune mais Bella pourra trouver un centre d'intérêt avec elle. Avec moi, cela semble un peu difficile puisque je n'ai pas la moindre idée de comment procéder pour capter son attention. Prendre soin d'elle sans avoir le sentiment de l'étouffer. Et si elle me déteste ? Si elle se rend compte que je ne suis pas à la hauteur de ses espérances ?
« Tu as soif ? ».
Elle hoche positivement de la tête et je pars lui donner une poche de sang, dès qu'elle la voit, ses yeux changent de couleur et s'écarquillent. Céleste attrape la poche et la porte tout de suite à ses lèvres. Son visage se détend enfin comme s'il arrête de se crisper et que la sensation du liquide rouge coulant dans sa gorge change la donne. Elle ferme les yeux pour prendre du plaisir. L'odeur mentholée de Matthéo arrive dans la pièce. Il sourit timidement face à la scène. Je lui ai parlé de Céleste des milliers de fois. Il ne réalise pas non plus qu'elle est bel et bien dans mon appartement. Tout ce que j'espère est que les prochains jours se passent bien et que l'on apprenne à se connaitre au fur et à mesure du temps. Les années ont passé sans que je ne cesse de penser à elle pour autant. Elle a déjà avalé la moitié de la poche de liquide rouge. Elle me regarde à nouveau et quand Matthéo approche je pense que nous allons discuter un peu. Il a envie d'en apprendre un peu plus sur elle. Moi aussi. L'odeur de menthe qu'il dégage me rassure. Il me confirme avoir la même que lui, ce qui est un point commun intéressant.
« Merci » murmure t-elle en ouvrant les yeux.
« Je suis Matthéo Cullen. Ravie de te rencontrer enfin » dit-il depuis la cuisine.
Céleste tourne la tête vers lui et sourit. Elle commence déjà à prendre ses marques. Ce qui est une bonne chose. Les débuts sont faciles et ça me surprend un peu. Je me suis attendue à une autre réaction mais je ne vais pas me plaindre. Elle assimile son prénom avant de murmurer le sien. Il n'ose pas dire qu'il est au courant de son prénom. Je la laisse prendre ses marques. Elle doit comprendre qu'à présent, c'est une famille dont elle fait partie. Nous en sommes une. J'ai hâte de la présenter à Carlisle. Elle semble calmée. Je me doute bien que tout ça soit étrange, que cela change de ses habitudes. Son quotidien, sa vie entière est sur le point de changer. Je pense attendre le bon moment, qu'elle me demande des informations aussi brèves soient-elles car elles le sont. Nous restons tout de même dans le silence. Le silence. Je n'aime pas le silence. Dans la pièce, je ressens que quelque chose ne va pas. Peut-être que ce n'est pas le bon moment de recoller les morceaux avec elle. Si je me suis trompée sur toute la ligne ? Je m'en veux. Quand je l'ai laissée à ce dispensaire, c'est comme si son avenir n'était plus de mon ressors. En y réfléchissant, ça me fend le cœur. Je ne la mérite pas.
Alors je me lève du canapé, ouvre la porte de l'appartement et cours dans le couloir sans me retourner. Sans prendre la peine de leur dire où je vais. Je veux aller loin. Le plus loin possible sans me préoccuper de ce qui m'attend. Je ne me sens plus moi-même. Je craque. Je sors de l'immeuble où je réside. Je n'entends plus rien, comme si je me trouve dans une sorte de bulle. Je traverse la rue et pars en direction de je ne sais où. J'ai besoin de me vider la tête. Dire qu'il y a une heure, j'étais en compagnie de Matt dans la chambre, à s'embrasser comme si rien ne pouvait nous perturber. Il ne doit rien comprendre du tout. Personne ne doit comprendre quelque chose, pas même moi. Au moins, Bella dort. Je veux la préserver de tout ça. Elle est humaine et doit vivre sa vie. D'ailleurs, elle a son vol retour demain. Je dois l'amener à l'aéroport. Je vais demander à Matthéo de le faire à ma place.
Mon cœur semble vouloir sortir de ma poitrine sans savoir pourquoi ni comment tellement mes pensées se bousculent dans ma tête. Rien ne semble s'aligner correctement. J'entends des voix. Celle de Matt. Mais je continue ma course quand même. C'est horrible. J'arrive à sentir son odeur mentholée quand je traverse la rue, je suppose qu'il est en bas de la cage d'escalier, près à franchir la porte de l'immeuble. Ce détail me fait mal. Je fuis pour ne pas faire face à une réalité. Moi qui jurais ne jamais culpabiliser, ne jamais avoir de regret alors que ça me ronge de l'intérieur. J'ai cessé d'y croire et Céleste est dans mon appartement. Cela fait beaucoup. Disons que je me suis tellement préparée à ce moment qu'il est enfin arrivé et je me retrouve perdue, sans savoir quoi faire. Comme si le monde me tombe dessus. Comment je vais expliquer à Céleste le fait que je l'ai abandonnée dans un dispensaire à une certaine époque, que j'ai tenté de connaitre des détails de sa vie au fur et à mesure des années et qu'un jour, sa présence soit repérée à Central Park. Dans la ville où je suis actuellement en stage. D'ailleurs, je n'arrive pas à me concentrer sur mes cours. Rien de plus important que Céleste ne me préoccupe l'esprit. J'ai l'impression d'avoir manqué un chapitre.
J'entends des pas qui s'approchent alors je n'ai envie de voir personne. Ils s'approchent de plus en plus et il ne s'agit pas d'une odeur connue. Ce n'est pas celle de Matthéo et encore moins celle de Bella. C'est une odeur de vanille. Je me mets à penser qu'elle a donc quitté mon appartement pour venir me retrouver dans un petit parc près de celui-ci, un peu en retrait par rapport à la ville à cause de la végétation. Des jeux pour enfants occupent le terrain au milieu de plantes diverses et le parc est rempli d'enfants en fin d'après-midi. Sauf qu'il est tard, que je suis seule dans le parc à pleurer comme je peux des larmes que j'ai retenue depuis trop longtemps. Je suis dans un état de vulnérabilité que je ne veux pas montrer. Pourtant, l'odeur de vanille se rapproche de plus en plus de moi. Elle est agréable. J'ai toujours aimé la vanille. C'est réconfortant même si c'est un parfum plus ou moins classique.
« Ne pleure pas. Je n'aime pas voir les gens pleurer ».
Cette phrase résonne dans ma tête. Comment as-t-elle su que je me trouve ici ? Elle n'a pas pu voir plus juste. Je me surprends à acquiescer. Une silhouette assez petite s'avance doucement. Il s'agit bien de Céleste. Ce bébé aux cheveux maintenant châtains qui vient me voir.
« Par ma faute » complète t-elle.
Comment peut-elle penser qu'il s'agit de sa faute ? Ce n'est pas de sa faute. Elle a subit les conséquences de pleins de choses et je doute qu'elle ait survécu assez longtemps quand Élise l'a trouvée par hasard. Un bébé livré à lui-même pendant un temps indéterminé puisque aucune de nous deux n'a su depuis combien de temps elle était là. Élise est morte après, elle m'a confié la prise en charge de ce bébé. Ce que j'ai fait sans avoir plus d'informations.
« Ce n'est pas de ta faute » dis-je.
C'est de la mienne. Décidément, ces mots ne franchiront jamais la barrière de mes lèvres. Je me relève, croise quand même le beau regard du vampire qui vient de débarquer dans ma vie et je suis déstabilisée. Elle représente beaucoup. Ce n'est pas qu'un bébé. Ce vampire représente une année de ma vie où je me suis sentie comme une maman, comme une personne humaine au final, comme une femme ayant pour but d'élever un bébé même si ça a été temporaire. Je me suis sentie utile. Pour la première fois de ma vie, on ne m'a pas jugé, on ne m'a pas non plus attribué une attitude distante à cause de ma nouvelle nature. Être immortelle fait que l'on vous colle des étiquettes. Il est vrai qu'au début, je me suis méfiée de tout de monde, sans exception. Alors avec Céleste dans mes bras à l'époque, tout a été différent. De façon positive évidemment et je dois avouer que ça a été la meilleure année de ma vie. Je me suis sentie vivante. Par contre, je ne sais pas si je vais oser le lui dire à haute voix. Pas ce soir en tout cas, c'est beaucoup trop tôt et c'est beaucoup d'informations en seulement vingt quatre heure. Je ne veux pas qu'elle fuit en courant.
« Alors dis moi pourquoi tu es partie ? » demande t-elle les larmes aux yeux. « As-tu essayé de me retrouver ? ».
Je devine qu'elle tremble un peu. Je me sens pas bien du tout. Quelle idée j'ai eu de fuir en laissant tout derrière moi. Elle veut des réponses et je me demande comment y répondre. Si je le peux, je n'ai que des maigres informations. Elle me regarde toujours. Ses yeux verts sont captivants. C'est un vampire qui n'attend qu'une chose est que je prononce quelque chose. Nous sommes seule dans un parc en pleine nuit et combien de fois j'ai espéré la revoir au moins une fois dans ma vie de vampire. Le moment est arrivé et je me sens incapable de prononcer un mot, je suis déstabilisée et incapable de prévoir quoique ce soit.
« Je n'ai que de maigres informations ».
« Je veux quand même les entendre ».
Alors je lui raconte tout. Qui suis-je. Une simple humaine enfermée dans un hôpital avec sa sœur, condamnées à ne pas vivre longtemps dans ce type d'établissement. Nos vies ont basculé quand on a été transformées en créature de la nuit. Nos vies ont pris une autre tournure mais ce fut tout de même une deuxième chance. Je lui épargne des détails et arrive au point clé. Je suis à Venise. J'apprends l'existence d'une maison close qui m'accueille en tant que couturière et comment j'ai fait la connaissance d'Élise. Je suis très brève sur ces détails. Arrive le moment où James entre dans la maison close. Nous faisons diversions mais je me souviens de rien. On m'a frappé la tête suffisamment fort pour que je perde connaissance. J'arrive au moment où comment Élise l'a retrouvée dans une rue sombre de Venise sans personne à ses côtés. C'était le soir où James est devenu fou à la maison close. Il a tué toutes les filles. En parler à nouveau me fait revoir les souvenirs de ce lieu, loin d'être anodin et triste comme beaucoup peuvent le penser. Ce n'est pas le sujet. Élise a fuit. Aider ce bébé lui a paru évident. Elle s'est enfuie avec lui. Je me suis réveillée seule dans l'établissement. Que des personnes sans vie autour de moi. James n'étais pas là. Je me suis demandée pourquoi mais c'était ma seule chance de fuir et de m'en sortir vivante. Alors je n'ai pas eu le choix que de courir aussi vite que possible. En sortant, personne non plus mais une odeur m'a intrigué. Celle de ce fameux bébé. J'ai décidé de suivre cette maigre piste, sans savoir pour quelle raison ni sans me douter de ce que je trouverai. Élise est morte dans mes bras, assassinée par James lui-même. Cette image m'a poussé à lui transpercer le cœur avec une branche. Ainsi, il ne ferait de mal à personne d'autre et Élise pourra partir entourée et plus seule. Elle m'a aussitôt parlé de ce bébé et m'a fait lui promettre d'en prendre soin le plus longtemps possible. Abandonner ce bébé une seconde fois lui serait sans doute fatal s'il tombait entre de mauvaises mains. Pour elle comme pour moi, c'était impensable. Céleste connait une partie de sa vie sans s'en rendre compte, elle n'était qu'un bébé humain à l'époque.
« Je ne m'attendais pas à ça » ajoute t-elle après la fin de mon récit.
Céleste absorbe les informations que je lui fournies. Il fallait qu'elle soit au courant à un moment donné de sa vie. Elle me regarde sans savoir comment réagir. Mais elle fait ce que je pense légitime ou du moins ce que j'aurais fais moi-même à sa place, fuir. Elle disparait aussi vite qu'elle est apparue devant mes yeux. Une ombre faisant partie des autres ombres de ce parc. Je suis désormais seule. Dans le noir. Les larmes veulent passer la barrière de mes joues, mes mains tremblent. Plus rien ne va. J'ai l'impression de voir flou. Un château de cartes qui s'effondre.
Hey !
Un nouveau chapitre en ligne. Cette fois-ci, on en apprend un peu sur le personnage de Céleste qui va être développé par la suite.
Bonne lecture ! ;)
