Playlist

« Hypnotised » Coldplay

« Underwater » Mika

« Light » Sleeping At Last

« Hey now » London Grammar

« Silhouette » Aquilo

« True colours » Tom Odell

Chapitre n°24

Point de vue d'Aurore

Trois jours se sont écoulés depuis que Céleste est partie sous mes yeux.

Dans le parc situé non loin de mon appartement, elle est partie comme une ombre.

En fuyant moi-même l'appartement, rien d'autre ne m'a traversé l'esprit, je me suis sentie coupable de son état de détresse. Elle a dû affronter pleins de choses seule et je n'ai pas été capable de la soutenir, de l'aider dans ces épreuves. Tout refait surface. Du jour où mes yeux se sont posés sur elle le soir où la vie de mon amie Élise s'est éteinte dans mes bras, jusqu'à il y a trois jours. Ses yeux innocents, elle est si jeune et déjà confrontée à l'abandon. De plus, la promesse faite pour l'aider au mieux et l'une des raisons pour laquelle j'ai tenté de tenir cette parole pendant un an. Une parenthèse incroyable où pour la première fois de ma vie, je me suis sentie utile, vivante, je tenais un bébé dans mes bras. Par contre, je ne comprenais pas comment j'allais l'élever dans un monde où les vampires sont considérés comme des créatures nocturnes dangereuses pour les humains. Je lui ai donné un prénom en trois minutes. J'ai su tout de suite. Aussi, je me suis sentie comme n'importe qu'elle femme de mon âge apte à devenir mère de famille. Ce fut le sentiment le plus puissant que j'ai ressenti de ma vie. Tout m'a semblé possible. Avoir une famille, connaitre la joie de la maternité, connaitre d'autres mamans, connaitre des sentiments. J'ai longtemps eu peur de lui faire du mal. En une fraction de seconde, son destin aurait très bien pu basculer. Étant une créature dangereuse, je pouvais lui ôter la vie sans m'en rendre compte par un geste brusque. Ce ne fut pas le cas. J'ai pris soin de ce bébé pendant un an comme si c'était le mien. Je me suis sentie vivante. Au moins, j'avais un rôle, une responsabilité. Je ne me sentais pas comme un monstre. Aussi triste que cela puisse paraitre, c'est au fond ce que je suis. Ne me dites pas qu'être un vampire, une créature nocturne principalement d'après les légendes diverses sur le sujet, qui se nourrit d'hémoglobine humaine, aux capacités surnaturelles, à la peau aussi froide et dure que la glace, soit normal. Non, ce n'est pas normal. Je pouvais très bien confier le bébé à une autre personne parce que s'en occuper était trop difficile et par soucis de me contrôler. Sauf que j'ai pris sur moi, j'ai promis à Élise de m'en occuper et de toute façon, un lien maternel s'est créé rapidement. J'ai aimé la regarder dormir, la regarder sourire et me tenir des mèches de cheveux de ses petits doigts absolument adorables. C'était un bébé parfait. Jamais ne je pourrais regretter cette partie de ma vie.

Il a donc trois jours, Céleste a pris peur. Tout est de ma faute. Lui annoncer cela d'un coup est l'idée la plus stupide du monde. Elle est venue jusqu'à moi et je l'ai laissée tomber comme une moins que rien. Alors que non, elle représente beaucoup à mes yeux. Résultat, je ne suis pas retournée en cours. Je ne vois plus l'intérêt. Je suis dans ma cuisine en train de surveiller l'eau des pâtes que j'ai mises à cuire pour Bella. Certaines choses du quotidien doivent continuer. Elle est dans la salle de bain en attendant. Mon vampire préférée à l'odeur de menthe me regarde du siège sur lequel il est assis. Des larmes veulent couler le long de mes joues. Jamais je ne pensais vivre cela. À peine ai-je eu le temps de regarder son visage qu'elle ne m'accepte pas. Je ne me suis pas prise de la bonne manière pour faire les présentations. J'ai forcément raté quelque chose d'important. Des larmes coulent le long de mes joues. Je ne pensais pas cela possible jusqu'à présent. D'habitude, le liquide lacrymal n'existe plus, il se trouve qu'il me reste une réserve. Je sens mon cœur se fendre en deux parties. Un sentiment d'impuissance, d'inutilité me prend. Je le ressentais depuis longtemps et il m'explose en plein visage. ça fait mal. Je veux continuer à paraitre forte aux yeux des autres, notamment Matthéo et Bella qui sont dans mon appartement new-yorkais. Je ne veux pas qu'ils prennent peur ou qu'ils me jugent. Même si on se connait bien. Ce genre de chose est délicate. Surtout quand il s'agit de Céleste. Des bras m'entourent doucement, je lève les yeux vers Matt qui me regarde avec bienveillance. Il m'apporte du réconfort dans cette période de ma vie. Comme je suis heureuse qu'il soit là. Il touche délicatement sa main sur ma joue. Je me réfugie dans ses bras, j'ai besoin de son contact et je m'excuse d'avoir gâché notre moment tout à l'heure quand il m'embrassait tendrement.

« J'ai tout gâché » murmurais-je.

Mes sanglots reprennent de plus belle. Céleste est partie. Une deuxième fois. Je lui ai expliqué comment Élise l'a trouvée en première, dans une sombre ruelle de Venise et comment j'ai pris en charge ce petit être humain adorable. Je n'ai pas la moindre idée d'où elle peut se trouver, seule, triste, vulnérable dans une ville aussi grande que New-York. Cette rencontre si je peux le dire ainsi, était impensable. Je l'ai déjà dit à Matt et à Bella mais les probabilités étaient très minces. Un coup de chance ? Le destin ? Une bonne étoile ? Je n'ai aucune idée de la manière dont il faut nommer cette chance incroyable, s'il s'agit d'un coup de chance. Je ne sais pas. En tout cas, j'ai vu les yeux de Céleste. Ses beaux yeux verts dans lesquels j'ai aimé me noyer pendant qu'elle n'était qu'un bébé. Encore humaine à l'époque. La revoir fut inespéré. Voilà le mot que je cherchais. Inespéré. Mais même si je suis heureuse, je suis reconnaissante de l'avoir retrouvée, je ne peux pas m'empêcher de culpabiliser alors que les choses ont fait que j'ai été dans l'obligation de la confier à un dispensaire. Que pouvais-je lui apporter d'autre ? J'étais impuissante. On ne sait pas si mes instincts vampiriques n'auraient pas pris le dessus. On ne sait pas si mon contrôle de ma soif de sang aurait été suffisant. À force d'entendre les battements de son cœur, j'ai eu l'impression de devenir folle, accro. L'hémoglobine qui coulait dans ses veines lui était indispensable. J'ai même pensé à ce que je ferais si jamais mon esprit se mettait à imaginer des choses horribles. J'en ai eu la nausée. Céleste était atteinte d'une pneumonie. J'étais impuissante face à son état. Il lui fallait des médicaments, ce que je ne possédais pas. Donc je n'ai pas pris une mauvaise décision. J'ai agi pour son bien et je me dois de le lui expliquer de vive voix.

« Tu n'as rien gâché, elle a besoin de temps ».

De temps. Oui elle a besoin d'assimiler les informations données trois jours plus tôt. J'imagine qu'entendre ça dès les premières heures de notre rencontre n'a pas été la meilleure nouvelle ni la meilleure manière de le faire. En aucun cas, je n'ai voulu lui faire peur. C'est tout le contraire.
De toute façon, elle devait entendre parler de son histoire. Certes, entendre une partie de sa vie n'est pas facile et je le conçois. Raconter ma vie passée à l'hôpital avec Alice m'arrache le cœur parfois. Nous avons pris une revanche. Nous avons vécu cette renaissance en tant que vampire comme une seconde vie. Elle est plus belle que la première. Nous avons eu deux vies. Je veux que Céleste pointe le bout de son nez à nouveau afin de vivre cette seconde vie avec moi. Je veux lui prouver que cela en vaut la peine. Sans son accord, cela ne sera pas possible. Il faut attendre. À un moment, j'ai détesté lui annoncer la vérité car cela lui a fait mal. En même temps, je ne peux pas inventer son histoire et encore moins lui mentir, elle ne me le pardonnerait pas. C'est sa décision maintenant.

Je ne fais pas attention à l'eau bouillante sur la plaque de cuisson, la moitiée s'est évaporée. Même ça m'échappe. Il se détache quelques secondes, le temps de rajouter de l'eau dans la casserole. L'eau chauffe, boue rapidement et il ajoute les pâtes. Je me permets de commencer la vaisselle. D'autres larmes menacent de couler me bloquant la gorge. Je n'arrive pas à respirer correctement car la culpabilité est lourde à porter. L'imaginer me fait mal, j'ai laissé Céleste seule dans une grande ville et je n'ai aucune idée de quand elle reviendra. J'ai songé à faire des rondes à Central Park mais c'est risqué. Je ne peux pas me résoudre à laisser Bella sans surveillance. De plus, m'y rendre seule ou laisser Matthéo y aller seul m'angoisse. Je refuse qu'il lui arrive quelque chose. Même si c'est un vampire tout à fait capable de se défendre, je ne veux pas lui forcer la main et encore moins lui faire courir le moindre risque. Bella est humaine et deux vampires ne sont pas de trop pour veiller sur elle. Je ne doute pas de sa maturité et de prendre soin d'elle mais c'est la première fois que je suis seule avec elle. D'habitude, nous sommes neuf à être plus ou moins loin d'elle à la maison. D'ailleurs, celle-ci me manque. Je n'arrive pas à m'habituer à l'effervescence quotidienne de New-York. Il faut que je patiente. Tout ce que je veux c'est son bien-être et qu'elle me fasse confiance au moins pour connaitre le reste des données qu'elle n'a pas encore entendue. Je suis perdue dans mes méandres.

Les lèvres de mon vampire préféré se posent sur ma joue. Je ferme les yeux une seconde pour apprécier cette délicate attention. J'ai besoin de son contact et de savoir qu'il ne me laissera pas seule. Je continue de penser à Céleste en espérant qu'elle est en sécurité, qu'elle est partie faire un tour. Il essuie ensuite les perles salées qui sont aux coins de mes yeux. C'est adorable. Il est vraiment bienveillant. Je pose à nouveau ma tête sur son épaule. Je dois décoller ma tête de son épaule afin de vider l'eau bouillante afin que Bella puisse manger. L'eau provoque de la buée qui vient brouiller la vue de mon vampire préféré. Parfois il porte des lunettes histoire de se donner un air plus sérieux. Cela le surprend un peu mais je ne peux pas me laisser tenter de faire ce que j'ai envie depuis un moment. Je verse les pâtes dans un plat et place un couvercle pour les maintenir au chaud. Puis je me replace devant lui, enlève ses lunettes. Il se laisse faire donc j'en conclue qu'il n'est pas réticent. Un mince sourire se dessine sur mes lèvres. Son corps ne bouge pas. Il est en train de me tester, savoir si je vais aller au bout de mon geste ? Il me regarde en liant sa main gauche avec mes doigts.

« Ne me laisse pas ».

« Aucun risque ».

Il ne me laissera pas dans cette incertitude et il me soutien tout le temps. J'espère lui apporter autant. Je ne veux pas qu'il pense le contraire. Si j'en doute il va le remarquer. De toute façon, je doute toujours. C'est un sentiment étrange. J'entends parler dans l'autre chambre donc je suppose que Bella est au téléphone. J'entends son interlocuteur, c'est Edward. Il soit s'inquiéter à son sujet même si elle est entourée de deux vampires. Matthéo me sourit. Je me place à nouveau entre ses bras. Il est possible de douter parfois mais le concernant c'est une évidence. C'est peut-être pour ça que je lui dit de ne pas me laisser. J'ai l'impression qu'il va soit me rire au nez ou m'ignorer parce que c'est ridicule. Là encore, je dis n'importe quoi. Son pouce soulève mon menton pour que son regard croise le mien. Il me dit de ne pas avoir de pensées aussi négatives, que les choses se passent ainsi. Rien n'est juste. Il m'assure que ses sentiments sont fondés, il me le répète encore. La première fois que je l'ai embrassé, je l'ai voulu depuis un moment déjà mais sans oser me l'avouer à moi-même et puis si c'était réciproque. Il m'a pourtant dit qu'il m'aime alors pourquoi est ce que je doute de tout ? Ce n'est pas logique de le faire. Il fronce les sourcils. J'en conclue qu'il a lu dans mes pensées. Je sais qu'il n'aime pas que j'ai des pensées négatives. Je m'excuse en lui promettant de ne pas recommencer. Ce à quoi il me répond qu'il ne comprend pas mon attitude pessimiste. Céleste va revenir.

Je plaque mes lèvres aux siennes sans le prévenir. Depuis le temps que je souhaite réduire cette distance entre nous. Le surprendre encore une fois fait partie de mes habitudes. Il ne se recule pas pour autant. Ce qui me soulage car j'ai toujours peur de cette éventualité. Ses mains entourent mes hanches. Enfin, il daigne à répondre à mon geste. Je passe mes bras autour de son dos pour me coller un peu plus à lui. D'habitude, je suis trop timide pour les démonstrations d'affections en publiques mais je m'en fiche. Sa présence m'est nécessaire. Je prends plus d'assurance en inversant nos positions et en collant son bassin contre l'évier de la petite cuisine dans laquelle nous sommes. Nos lèvres collées vont l'être encore un moment. Je veux en profiter. Ses mains entourent toujours mes hanches, il en relève une quelques secondes plus tard pour tenir ma nuque afin d'intensifier mon geste. Une initiative intéressante. Cela me fait sourire et je place une main entre une mèche de ses cheveux blonds que j'aime beaucoup toucher. Ses lèvres sont irrésistibles. Depuis le temps que je souhaite l'embrasser. C'est spontané. Son odeur mentholée est fraiche et agréable. Résultat, je ne fais pas attention à la présence humaine de l'autre côté de la pièce.

« C'est ce que j'allais faire » rit-il en regardant mes lèvres.

« Devancé ».

Une présence nouvelle se fait sentir. En effet, Bella est dans la pièce d'à côté. Avoir les lèvres collées à celles de mon vampire favoris est déstabilisant dans le sens où j'oublie tout autour de moi. Encore une fois, je n'ai pas su dire non, de toute façon c'est impossible.

« Vous êtes beaux ».

Cela me fait sourire spontanément. L'entendre le dire à voix haute. Ça prend une proportion plus concrète. Les choses deviennent plus réelles. Pas besoin d'explications supplémentaires ni de justifications. De toute façon, les choses doivent se faire dans l'ordre. Pendant que je remets de l'ordre dans mes pensées, Matt prend la parole.

« J'ai de la chance ».

Un sourire en coin se dessine sur mon visage, ce que Bella remarque. Elle rit doucement. Mais elle n'est pas discrète puisque je le remarque aussi. Je pose le plat sur la table et laisse Bella se servir. Parfois je me demande comment c'est de manger de la nourriture humaine. Nos papilles gustatives n'y sont plus habituées. On ne ressent que le plaisir de consommer de l'hémoglobine. Elle reporte son regard sur nous et nous explique avoir eu peur que je ne rentre pas à la maison après la fugue de Céleste. Elle affiche une moue qui se veut encourageante. Elle s'inquiète. La présence de Céleste fut très rapide. On n'a pas eu le temps d'échanger grand chose que ça la fait fuir directement alors ce n'est pas encourageant pour la suite. Bella continue de manger le contenu de son assiette. Je sens que quelque chose la préoccupe. Matt prend la parole à ma place et lui explique que la situation va s'arranger. On ne va pas rester sur un échec. Céleste a forcément des explications et elle mérite d'être entendue. Mon amie pique à nouveau sans son assiette. Elle nous regarde ne sachant quoi dire. Nous ne mangeons pas de nourriture humaine. Matt part chercher deux poches d'hémoglobines afin de ne pas laisser Bella totalement seule. J'attrape la poche rouge que je porte à mes lèvres. Le liquide rouge coule dans ma gorge et apaise l'irritation qui a commencé, les doutes et angoisses concernant Céleste n'a pas aidé non plus car j'appréhende la suite. J'ai été chasser récemment mais il reste des poches pour ne pas sortir dehors les prochaines semaines. J'ai bien fait de me constituer une réserve suffisante. Je dois aussi questionner Céleste pour qu'elle se nourrisse autrement que par l'hémoglobine humaine. Notre famille y a fait le deuil. Seul l'hémoglobine animal nous nourrit. Ce n'est pas aussi nourrissant je suis d'accord mais il faut faire des concessions. Ceci dit, je suis satisfaite quand même. Ma soif est comblée. Je vais pouvoir tenir deux jours. Avec le temps, j'y pense moins. Au début j'y pensais constamment.

Bella termine son assiette et débarrasse la table. Je me dirige vers la salle de bain, prendre une douche. Je dois avouer que l'eau chaude me procure une satisfaction supplémentaire. Ma peau froide n'est pas sensible à la chaleur, bien moins que les humains. Je sens de l'eau tiède pour être honnête alors que de la buée se propage en grande quantité dans la salle de bain. J'attrape un bout de savon parfumé à la rose et me savonne le corps. L'odeur embaume la pièce, ce qui est agréable. En sortant de la douche, je me sèche le corps. Et mon reflet dans le miroir me montre ma cicatrice au niveau du cou, là où j'ai été mordu. Elle est invisible aux yeux des humains. Moi je la vois tous les jours et elle ne me complexe plus. Disons que c'est à cause d'elle que je suis immortelle et que je ne peux rien changer du tout. Je suis loin d'être la seule à avoir subi une transformation sans consentement. Je ne me plains pas, celles de Matthéo ont dû être insupportables tout comme celles de Jasper. Je ne leur ai jamais demandé de me décrire leur douleur, leur ressenti sur le sujet. Tout ça est une part sensible de leur passé en commun. Je ne suis pas assez âgée au sein de la famille pour le savoir peut-être et je suppose qu'en parler est douloureux et personnel alors j'ai évité. Mais j'ai envie de connaitre quelques éléments. Matt m'a promis de m'en parler le moment venu, je serais là pour l'écouter. À mon tour, je me confirais un peu plus sur les miennes. En arrivant dans la famille, j'ai raconté une partie de mon histoire, avec l'approbation d'Alice pour approuver et compléter mes propos. Parler m'a fait du bien. J'ai livré une partie de moi à ma famille. J'imagine qu'entendre celle de Matt l'aidera aussi à l'avenir, même s'il a déjà vécu ce qui semble être quelques siècles. Carlisle lui a réellement vécu quelques siècles.

Je rejoins mes amis au salon, je constate que Bella s'est endormie sur le canapé et Matt lit un livre à côté d'elle. Pour ne pas la déranger, il n'ose pas la mettre au lit mais je ne me vois pas la laisser ici. Je prends sur moi pour ne pas la réveiller et la porte jusqu'à son lit. Elle sert son oreiller. Une chance, elle dort paisiblement. En tout cas, je suis vraiment reconnaissante qu'elle soit là. Sans sa présence et sans celle de Matt, je me sentirais perdue, sans savoir quoi faire. Déjà que Céleste est partie depuis trois jours. Grâce à Bella, nous avons appris à nous connaitre durant son séjour à New-York. Elle est partie au départ pour un voyage scolaire mais qui s'est avéré profitable dans le sens où nous sommes devenues amies. Elle a pris la peine d'apprendre à me connaitre et de ne porter aucun jugement. J'ai beaucoup de chance. Je suis particulièrement heureuse de la compter aussi comme une sœur.

De retour au salon, je me réfugie dans les bras de mon vampire préférée. Je hume aussi son parfum à la menthe. Je suis accro à cette odeur. Il me dit l'être aussi par la mienne, nous avons la même. Il me dit que le parfum à la rose se marie très bien. Je lie mes doigts aux siens afin d'établir un nouveau contact physique. Mon pouce caresse sa main. Son bras droit m'entoure, un sentiment de sécurité.

« Comment tu vas ? ».

« J'ai encore dû mal à réaliser que Céleste soit partie. Je ne pensais pas l'effrayer à ce point. Entendre ces révélations n'ont pas été facile. Je n'ai pas agis de la bonne façon ».

« Je ne pense pas qu'il y ait de bonne ou de mauvaise manière, c'est plus complexe. De toute façon, elle aurait appris la vérité un jour où l'autre ».

« Elle l'a mal pris. Tu sais, quand Élise a trouvé ce bébé, je pense qu'elle a songé à le garder. Au final, James... » dis-je les larmes aux yeux. « J'ai promis aussi à mon amie de garder ce bébé, pour sa mémoire ».

« Tu as parfaitement pris soin de ce bébé et Élise est fière de toi. De là où elle est, te regarde et voit ton évolution, tu as honoré sa promesse en prenant soin de Céleste ».

Il me dit ça en soulevant mon menton de son pouce pour me regarder. Il parle doucement pour ne pas que Bella ne soit dérangée. Elle a quand même pris l'initiative de changer la date de son billet d'avion pour une date ultérieure. Me voir aussi triste lui a donné cette idée. Pourtant, Edward lui manque. Je ne suis pas seule puisque Matthéo est à mes côtés. Il a aussi eu envie de rester avec moi à New-York. Cela m'a surprise au début mais ça m'a soulagé parce que je peux profiter de sa présence et au moins, si Céleste pointe le bout de son nez, il pourra lui parler avec moi. Peut-être que Bella lui apportera un lien supplémentaire de confiance. Céleste est plus jeune mais je suppose que le discours de Bella fera son effet. Avec un peu de chance, elle aura moins peur. Encore une fois, j'appréhende. Je ne me sentirais mieux que lorsque la situation se sera améliorée. Je ne veux pas montrer mon anxiété à Matt.

« Je préfères rester avec toi tant que les choses ne se sont pas arrangées. Bella semble du même avis que moi ».

Il enlève les lunettes de son nez et pose le livre sur la petite table en face du canapé. Manque de chance, mon amour de vampire est empathe. Il ressent tout. J'aurais dû m'y préparer un minimum. Il me prend à nouveau la main pour déposer un baiser sur ma peau dure et froide. Ce geste pourtant simple réchauffe mon cœur. Je me penche vers lui pour poser ma tête sur son épaule. Je n'ai même pas fait attention au programme télé qu'il regarde, le volume est mis au minimum de façon à ne déranger personne. Je fixe l'écran deux secondes, il s'agit d'un épisode d'une série. Il n'a pas l'air attentif à l'épisode en question. Ses yeux ambres croisent les miens une seconde avant qu'il ne secoue la tête. Il se lève et reviens une minute plus tard, deux nouvelles poches de sang en main dont une qu'il me tend. Je ne sais pas si en boire de nouveau est une bonne idée. Ma réserve me sert en cas d'urgence. Après réflexion, ces poches sont périssables alors, il faut les boire donc je la prends. Matt pose la sienne sur la table avant de se rapprocher un peu plus de moi. Sa main touche délicatement ma joue.

« Tu ne regardes pas la télé ? ».

« Non, mon livre est plus passionnant que la série ».

« Dans ce cas » dis-je en prenant la télécommande.

Il a raison, en allant sur les autres chaines rien ne me captive. Je ne veux pas regarder de série dont je ne comprends pas le scénario, ni d'émission de cuisine, ni de télé crochet. Je finis par trouver un film d'action. Je prends ma poche rouge pour commencer à la boire. Le liquide me soulage, en vérité je suis en sous régime depuis trois jours. Je ne suis pas allée chasser avec Matt. Je culpabilise. Laisser Bella toute seule n'est pas prudent, je refuse de lui faire courir un risque quelconque. Encore une fois c'est ridicule, elle est en sécurité chez moi. Les rideaux fermés, la porte d'entrée fermée à double tour, elle ne risque rien. C'est moi qui me mets des barrières. Matt prend la peine de l'amener le matin dans les musées pour profiter un peu plus de la ville, d'ailleurs ils vont au musée d'Histoire naturelle demain matin. Il lui a fait la surprise, depuis le temps qu'elle souhaitait y mettre les pieds et cela lui donne une opportunité d'apprendre à se connaitre tous les deux. Pour un fanatique d'Histoire, cela l'enchante. C'est une bonne chose, il faut quand même continuer de faire des activités comme si tout était normal. Il n'y a que moi qui repense sans arrêt à la phrase de Céleste. Elle ne daigne pas à rentrer. Je pense qu'Alice est déjà au courant et tente d'obtenir davantage d'informations grâce à ses visions. Espérons qu'elle y voit des indices supplémentaires. Je songe à l'appeler pour lui demander des conseils. Je ne me sens pas capable d'affronter une nouvelle fois son regard sombre. Céleste me déteste. Où est-elle ? Que fait-elle ? Avec qui est-elle ? Est-elle en sécurité ? As-t-elle de quoi subvenir à sa soif ? Beaucoup de questions, sans réponses pour le moment. D'ailleurs, je ne sais pas comment lui annoncer ça non plus, elle aussi doit en avoir des tonnes.

« Je t'entends tu sais ».

Je relève la tête vers lui, toujours la poche de sang à mes lèvres. Je suis un peu surprise de sa prise de parole mais en réalité non car j'ai oublié une seconde que mon vampire est empathe. Je me sens ridicule et tombe de haut. À force de m'en vouloir à moi-même, j'ai négligé ce que lui peut ressentir et aussi Bella. Ils n'ont pas idée à quel point, je suis désolée. Mon comportement n'est pas excusable même si mes justifications ne suffiront pas à les faire changer d'opinions. Je n'ai pas pris la peine de me concentrer sur leurs conseils, leur ressentis et résultat, je broie du noir. Merci. Les larmes me montent aux yeux. Il n'y a pas besoin de longs discours pour savoir que la fuite de Céleste me pèse. À peine a-t-elle pris peur qu'elle me manque déjà. Mais elle va revenir, je continue de l'espérer fortement. En attendant, je suis assise dans mon salon aux côtés d'un vampire qui ressent toutes mes émotions et ce n'est pas bon pour lui de tout emmagasiner. Il n'a pas à contenir mes émotions en plus des siennes et je ne veux pas le mettre mal à l'aise. Je lie mes doigts aux siens. Point positif, il ne rejette pas mon geste. J'ai besoin de me rendre à l'évidence, retrouver Céleste demandera de la patience. Mes flashback ne sont pas toujours des cadeaux. Ils varient en fonction de mes pensées et des moments. Je crois que je ne réalise pas non plus la possibilité d'ajouter une place dans mon cœur. Céleste en a une depuis que son regard a croisé le mien. Avec les années, les choses changent et j'ai assez de recul pour prendre la décision de prendre soin de ce bébé autrefois innocent qui est devenu une belle adolescente.

« Je suis désolée ».

Matthéo me serre dans ses bras, la seule place où je suis heureuse actuellement. Je sens son cœur se fendre en je ne sais combien de parties. Il est possible de douter parfois. Il faut que je fasse un travail dessus. Je parsème sa peau de marbre de petits baisers au niveau des joues et du cou. Des frissons parcours mon corps et le sien, je le remarque. Ses doigts parcours ma mâchoire. Matt reste silencieux. Le positif attire le positif. J'ai pas encore ancré ça dans mon esprit. Autour de moi, le lieu où j'aime passer du temps est celui qui compte le plus. J'ai toujours voulu posséder un foyer. Ici, j'ai pu acquérir un logement temporaire dans lequel je me sens bien. Faire partie de la famille Cullen me fait sourire spontanément car je suis au sein d'une famille incroyable, qui m'aime comme je suis. De quoi je me plains ? Beaucoup de gens en rêvent. Seulement je ne me rends compte de ma chance. Le vampire en face de moi ne cherche pas à me questionner. Il ressent tout certes mais je me sens bien de lui confier mes états d'âme. Alors que je commençais à aller mieux, son sourire triste me fait mal. Je ne veux pas le rendre triste. Matt me regarde en liant sa main gauche avec mes doigts. Il m'a pourtant expliqué son complexe au sujet de ses cicatrices sur le corps, notamment celles sur les bras. Elles font partie de sa vie. Elles lui ont pourtant causé les pires souffrances. Il a dû lutter contre la douleur. Il soulève de ses doigts ma mâchoire comme pour détourner mon regard de ses marques indélébiles sur le bras. Je l'interroge du regard et il me dit en silence que ça va. J'ai envie d'en savoir plus. Mais je ne veux pas qu'il soit triste. Mon regard croise ses beaux yeux ambres. Il dépose ses lèvres sur les miennes rapidement dans un premier temps et comme je ne bouge pas il intensifie le baiser pour mon plus grand plaisir. Honnêtement, c'est addictif. Rien de plus simple pour un couple de vampires mais je pense qu'il n'y a rien de plus incroyable.

« Désolée de quoi ma belle ? ».

« À cause de mes doutes, de mes angoisses, tu ne sais plus où te mettre avec Bella ».

« Ne t'excuse jamais de quoique ce soit, pas au sujet de Céleste par exemple » commence t-il à dire en marquant une pause. « Aurore, tu ne mesure pas le geste d'amour que tu as fais. Céleste t'en sera reconnaissante à vie et quand tu lui raconteras ça, ce lien sera encore plus unique ».

En réalité, je ne mesure pas non plus ce que j'ai fait à l'époque.

J'ai pris soin d'un bébé alors que j'aurai pu le tuer. Mes instincts vampiriques auraient pu prendre le dessus sur le reste. Personne ne m'en aurait voulu. Ce bébé n'avait pas d'identité. Il n'aurait pas été réclamé, seul une créature aurait pu mettre la main sur lui ou encore un animal enragé. Tout aurait été possible. Toutes les possibilités auraient pu être éligibles. Sauf que rien de tout ça ne s'est produit. J'ai pris soin de ce bébé à l'époque, pas que pour honorer la promesse de mon amie Élise. C'était pour combler mon désir d'enfant que je n'aurais jamais eu de ma vie. Les doses médicamenteuses m'en auraient empêché d'en avoir un naturellement si j'étais restée humaine. Étant un vampire, les choses ne sont plus les mêmes. Il fallait contrôler mes instincts pour faire en sorte que ce bébé reste vivant. C'est à ce moment-là que je me suis résolue à continuer mon régime alimentaire végétarien. Un autre vampire aurait craqué en écoutant sans cesse de cœur de Céleste battre. Les battements qui la maintiennent en vie, le sang qui est indispensable à la vie. J'ai résisté. J'aime ce bébé depuis le début. Alors je ne suis pas sa mère biologique, je ne la connais pas et je ne sais pas si on retrouvera une trace quelconque à son sujet. Mais j'ai pris le rôle de « mère de substitution » à cœur. Je me suis sentie utile. Vivante. Humaine. Plus du tout comme un vampire décrit comme sanguinaire dans les films ou les livres même si dans la réalité il y en a. Je ne fais pas partie de cette catégorie. Je suis un vampire qui a des valeurs, des principes, une morale et une part d'humanité restante au fond de mon cœur.

Je regarde le visage de Matthéo et je réalise l'ampleur de ses mots. Justes. Réels. Il ne connait pas Céleste. Moi non plus dans un sens. Mais il a compris.

Ses lèvres se posent sur les miennes. Rapidement, je place ma main derrière sa nuque. Ses mains entourent ma mâchoire. Sa voix est basse. Je suis définitivement vulnérable en sa présence. C'est un peu troublant. Nos esprits sont comme synchronisés et mes mains entourent sa taille. Je refuse qu'il retire ses mains de mon visage. Le contact est agréable et pour être honnête, j'espérais qu'il le fasse. Ses lèvres se posent ensuite au creux de mon cou à présent. Rien ne peut perturber cet instant.
Nous sommes ensemble depuis trois ans et ce sont les trois plus belles années de mon existence. Il me regarde avec bienveillance, avec amour, quand il m'embrasse tendrement c'est le sentiment le plus puissant que j'ai ressenti de ma vie d'immortelle. J'ai pas encore l'impression de prendre conscience de cette chance. Ses mains entourent toujours ma mâchoire et son baiser est le plus puissant que j'ai ressenti. C'est doux, agréable évidemment, lent, c'est ce qui me fait déconnecter de la réalité. Je ne me retire pas de la position dans laquelle je suis. J'ai besoin de cette bulle de douceur, celle qui vous enveloppe, rose, acidulée parfois. Pour rien au monde, je ne briserai cette douce enveloppe. Matt est toujours concentré sur le baiser qu'il me donne. Le moment dure longtemps mais pour moi c'est une torture d'envisager de le briser.

« Je suppose que tu es au courant qu'une humaine dort paisiblement de l'autre côté du salon ».

« Je ne vois pas de quoi tu parles » dit-il en m'embrassant délicatement.