Playlist

« Everglow » Coldplay

« Someday » Passenger

« Jouer le jeu » The pirouettes

« Yellow lights » Harry Hudson

« Happy place » Take Two

« Happy ending » Mika

Chapitre n°25

Point de vue de Matthéo

Voir ma copine aussi triste me fend le cœur. Retrouver Céleste lui a retourné le cœur. Elle a espéré ce moment depuis des années. Elle s'est imaginée son visage au fur et à mesure des années, elle a imaginé son caractère. Tout un univers autour de ce bébé humain absolument irrésistible. Depuis des années, j'entends que du positif à son sujet. Elle a eu l'opportunité de se sentir bien pendant l'unique année où elle a eu ce bébé dans les bras. S'en séparer lui a brisé le coeur. Tout ça à cause d'une maladie, qui sans les soins appropriés aurait pu tuer ce bébé. L'imaginer a été pour Aurore une torture. Le bien-être du bébé lui importait avant toute chose. Je comprends son désir de se sentir utile. Mais pas que, aussi dans le sens où elle s'est sentie comme d'autres femme de son âge, capable de s'occuper d'un bébé, de ne pas résister à son sourire, de la regarder dormir. Et je suis fier de mon Aurore d'avoir pu avoir cette chance. Elle a su se contrôler par rapport à sa soif de sang. Je n'ose pas imaginer ô combien entendre un cœur qui bat, des poumons qui respirent doit être difficile. Le sang qui coule dans les veines des humains leur est indispensable. En tant que vampire, un accident est vite arrivé. Rien qu'en une seconde, quelque chose peut se passer. Mais elle n'a rien fait de mal. Elle a pris en charge Céleste pendant un an. Sa vie a changé grâce à ce lien maternel. Je suis heureux pour elle que ce soit un bon souvenir. Retrouver ce bébé, devenu à présent une créature immortelle a dû être un choc. On a volé l'humanité de Céleste. Quelqu'un l'a tuée. Elle aurait pu vivre une vie humaine sans problème mais quelqu'un en a décidé autrement. Toutefois, cela a permis à Aurore de la revoir. Tout a été mis en œuvre pour ce que ce soit possible, dans les bonnes conditions.

Il fallait qu'elles se retrouvent, c'était inévitable. Je l'aurai encouragé. Toute la famille l'aurait encouragé à continuer ses recherches. Même si elles n'ont pas donné l'effet escompté, elle a eu le mérite d'avoir fait des démarches. Je pense que d'autres personnes auraient tourné la page. L'envie de connaitre la vérité aurait de toute manière pris le dessus sur le reste et pour son bien, cela fait partie de son histoire. Céleste a été aimée. Au début, ce n'était qu'un bébé abandonné. Aurore a pris soin de lui sans se préoccuper du regard des gens et sans se préoccuper de sa nature. Il lui a fallut du temps pour comprendre à s'apprécier. Devenir un vampire n'a rien de facile. Il faut accepter sa nouvelle condition. Personnellement, sans mon frère je ne sais pas si j'aurai eu la volonté de continuer sachant que les douleurs sont horribles. Des vampires ne les supportent pas. À cause de la douleur, du temps que cela prend pour accepter les changements physiques. Le mental reste une autre partie. À mon époque, il fallait se cacher au plus vite pour survivre. Maria créait une armée. Jasper a été sa marionnette préférée et moi celle de Lucy. C'est elle qui m'a infligé les cicatrices sur le corps. J'en garde les traces physiques, c'est ce que je regrette le plus. J'ai l'impression d'être marqué, un peu comme un objet. Cette femme n'a pas pris en compte mes sentiments. Mon empathie m'a trahi. J'ai eu tord de lui avoir fait confiance. Je me souviens en avoir discuté avec Jasper et notre conclusion était identique. J'ai longtemps culpabilisé de lui avoir fait confiance.

Je regrette de ne pas avoir eu le courage, le cran de raconter mon histoire à ma copine. Les faits sont douloureux mais je suis loin d'être le seul à vivre avec des souvenirs aussi particuliers. Ma famille a une histoire propre. Chacun de nous a vécu une humanité particulière avant que celle-ci ne nous soit enlevée au profit d'une vie vampirique plus calme. J'ai quand même pu entreprendre des études. Faire partie de la famille Cullen avec mon frère est une chance. On ne nous regarde pas comme des anciens soldats de la guerre de Sécession mais comme deux vampires qui envisagent un avenir. Chacun à trouvé sa moitié. Je suis le seul à avoir une relation récente. Entre Aurore et moi, ça a été une évidence et je n'ai jamais ressenti ça de ma vie. Aurore est incroyable. Son âme l'est et il faut dire qu'elle est magnifique. La plus belle vampire que j'ai rencontré dans ma vie. Elle a beaucoup de qualités et j'aime lui faire remarquer car elle n'a aucune confiance en elle. Ce qui est dommage mais je suppose que c'est en partie liés à son passé dans cet hôpital. Elle m'a déjà raconté des parties de sa vie là-bas. Elle s'en ai sortie, une chance pour moi car ça m'a permis de la rencontrer par la suite.

Pour la laisser respirer un peu, j'ai proposé à Bella de l'accompagner au musée d'Histoire naturelle de New-York. Je me suis dis que c'est une occasion de voir les collections permanentes et temporaires du musée. Il vaut vraiment le détour, je l'ai visité il y a bien longtemps sans jamais y retourner pour voir l'évolution du bâtiment. Bella a été ravie de savoir que j'ai pris les billets à l'avance. De plus, passer une après midi ensemble est une occasion de mieux se connaître. Nous sommes dans la même famille. Bella n'est pas la première personne humaine que je côtoie mais c'est différent de l'hôpital où personne ne parle. Aurore est heureuse de passer du temps avec elle. Un lien d'amitié s'est créé récemment. Ça lui fait du bien de parler à quelqu'un qui n'est pas de notre monde, les intérêts sont différents. Bella est une bonne personne. Elle est intelligente, gentille, amoureuse de mon frère Edward. Ils aiment aussi la musique. Donc j'ai pensé que passer un moment au musée serait cool. De plus, je ne suis pas retourné ici depuis des lustres. Bella semble apprécier ma présence. J'espère qu'elle n'a pas accepté par politesse. Si ma belle Aurore avait dit oui, je lui aurais laissé mon billet. Elle m'a assuré que je devais aussi profiter de la ville et de sa culture, que je faisais assez pour elle, que je mérite une pause. Bella semble du même avis alors je n'ai pas protesté. C'est la raison pour laquelle, nous contemplons une collection au premier étage.

« Tu veux aller au Planétarium ? ».

Belle lève la tête en ma direction légèrement surprise de ma prise de parole. Je ne suis pas le plus doué pour engager une conversation. Sans offenser mon frère qui n'est pas doué non plus. S'il savait, il me donnerait un coup de coude. Elle me sourit pour approuver. L'humaine s'avance donc vers le troisième étage. Nous prenons les escaliers. Je suis surpris de constater l'évolution du musée, dans le bon sens du terme. Nous atteignons le troisième niveau, une baleine bleue en résine grandeur nature est attachée par le plafond et le sol avec des câbles métalliques fins. Le mammifère occupe l'espace sous un dôme en verre. Je reconnais que le site est très bien aménagé. Bella arrive à mes côtés après ma contemplation de l'animal grandeur nature. J'entends sa respiration un peu rapide. Elle a dû accélérer le rythme pour arriver à ma hauteur. Elle n'a pas besoin, nous avons la journée.

« Rien ne presse tu sais » dis-je doucement.

Elle me regarde de ses yeux marrons et s'avance en même temps que moi jusqu'au Planétarium. On est plongé directement dans l'univers. Les sièges sont entourés par de grands écrans blancs sur lesquels les images spatiales seront projetées. La séance commande à peine les gens installés dans leur siège. Aujourd'hui, la fréquentation du musée est faible. Une chance, on peut profiter des nombreuses collections. Les constellations s'illuminent sur les écrans dès que la lumière s'éteint dans la salle. Tout le monde est subjugué. On passe un moment un peu hors du temps. La tête dans les étoiles. La tête dans une galaxie. Pourtant, on est petit face à cette immensité dont on perse les secrets chaque jour. Parfois, je me demande ce que ça fait de s'y perdre, d'être observateur d'une infime partie de cette immensité. Se perdre dans l'univers doit être particulier et fascinant. Des milliards d'étoiles dispersées partout dans une galaxie et nous en faisons partie. La voute céleste. Les images défilent sur l'écran. Les couleurs, les formes sont captivantes. Céleste. Je me mets à penser à elle. Je pense comprendre pourquoi, Aurore a choisit ce prénom. Elle ne m'en a jamais révélé l'exacte signification mais je suppose que les étoiles y ont contribué. Sans doute, a-t-elle rencontré ce bébé autrefois humain une nuit étoilée ? Je n'en ai pas la certitude mais cette information me fait sourire dans le noir. C'est une jolie explication en tout cas et je suis heureux qu'elle ait eu le privilège de lui donner un prénom. Céleste est passé d'un statu de bébé abandonné et anonyme à celui d'un bébé doté d'une identité réelle. Je viens de comprendre. Il a fallut que je vienne au Planétarium du musée d'Histoire naturelle de New-York pour avoir le déclic. Le demander à ma copine aurait été sûrement plus judicieux. Ainsi, j'aurais évité de chercher par moi-même. Ce n'est pas grave. Je tiens à l'aider dans ses recherches et pour que Céleste s'intègre au mieux à notre famille. Je pense que Peter ne souhaite pas qu'elle quitte son clan. Apparemment elle y a trouvé refuge et tout va bien. Je n'en sais pas plus. Elle est inscrite dans un établissement scolaire. Au final, peut-être que Céleste et elle sont faites pour se rencontrer. Elle a de la chance. Assister à leur rencontre serait une belle opportunité. Être témoin de ce lien maternel qui les lie à vie. Être témoin de ça est touchant. Au passage, les chances étaient si minimes mais c'est une raison supplémentaire d'y croire. Je suis d'autant plus fier d'elle. Aurore. Un prénom qui fait aussi penser aux constellations. D'où le coup de foudre, je pense que c'est elle qui me la envoyé. Je ne sais toujours pas si c'était réciproque de son côté. On ne le voit qu'un bref instant, comme au lever du soleil dans de belles couleurs chaudes qui disparait ensuite pour laisser place au jour. Ma copine est comme ça. Discrète, elle me regarde comme si j'allais disparaitre alors que non, aucun risque que ça arrive. Je l'aime sincèrement. Jamais je ne fuirais. Elle est la seule femme à regarder mes cicatrices comme quelque chose qui fait partie de mon histoire personnelle que comme une punition. Ce que je considère comme telle. C'est Lucy qui me les a infligées.

Les étoiles s'illuminent et des pointillés indiquent les formes que l'on voit dans le ciel la nuit. Je n'y connais pas grand chose en astronomie mais je me surprends à en reconnaître quelques unes. Vient ensuite les planètes que constituent le système solaire. Saturne apparaît sur l'écran. Les explications au sujet de cette planète commence. La plus grosse planète du système solaire, entourée d'anneaux constitués de glace et de roche, elle est aussi entourée de nombreux satellites. Les autres planètes sont décrites, les images apparaissent sur l'écran. Nous sommes entourés par les étoiles, les satellites, les planètes et les comètes qui composent notre ciel. C'est impressionnant. Dommage que Jasper ne soit pas venu, il aurait été subjugué. En tout cas, le sourire de Bella en dit long. Elle a adoré. Nous nous levons de nos sièges pour sortir. Retrouver la vie réelle après cette parenthèse, être confronté à la lumière est étrange. On se sentait bien à l'intérieur et on a plongé directement dans un autre univers. Bella a une grimace sur le visage à cause de l'éblouissement extérieur.

Son ventre lui fait signe qu'il est l'heure de manger. Nous nous rendons à la cafétéria du musée. Bella choisit ce qu'elle souhaite mangé, une fois le repas réglé à la caisse, nous allons nous asseoir à une des tables libres.

« C'était incroyable, merci de m'avoir amené ici ».

« La journée n'est pas terminée ».

Je suis heureux de la voir aussi enthousiaste. Je ne suis pas le plus sociable de la famille, comme mon frère. Nous avons une personnalité commune en plus de nos boucles blondes. Disons que la culture est l'une de mes passions alors la faire partager à quelqu'un est gratifiant. De plus, Bella pourra alimenter son futur exposé. Elle m'a fait par d'un travail au sujet d'une exposition en particulier dans le musée alors elle a apporté des carnets de note afin de collecter les informations qu'elle souhaite.

« Je peux te poser une question ? ».

« Bien sûr ».

« Combien de temps as-tu officié dans l'armée ? ».

« Pas longtemps, le temps de la guerre entre les états du Sud Américain ».

« Tu en garde des traces ? ».

« Oui en tant que soldat, nos cicatrices sur les bras. Si tu souhaites en savoir plus, mon frère se fera un plaisir de répondre à toutes tes questions ».

« J'aimerai te les poser, si tu veux bien ».

Je suis surpris qu'elle me le propose. Non que je suis gêné mais mon frère aime raconter les histoires. Mais je ne vais pas polémiquer au risque de perdre la confiance de Bella. Nous apprenons à nous connaitre au fur et à mesure. Il est vrai que je ne parle pas beaucoup de moi. Je suis assez discret sur mon passé. Je ne veux pas non plus l'effrayer. Sachant qu'en plus Rosalie lui a raconté son passé, Edward aussi, Jasper aussi il me semble il faut que je lui pose la question. Non que je ne sois pas à l'aise sur le sujet mais mon frère et moi avions commencé notre vie vampirique dans un climat très particulier. Un climat de violence. De plus, nous étions sous l'emprise de deux vampires: Maria et Lucy. Nous n'étions que des pions parmi d'autres en train de créer une armée pour elles. Au final, nous n'avions connu que la violence, la stratégie, faire des choix concernant tel ou tel vampire pour l'éliminer au plus vite. Des pions dans une arène prêt à tout pour elles. Parfois je me demande comment on a pu s'en sortir. Les conséquences ont fait que nous avons gardé les souvenirs de ces années là. Le pire a été de voir mon frère dans un état de détresse insoutenable pour lui et pour moi. Quand on a gouté à l'immortalité, on se demande aussi pourquoi on a pas été tué avant. Je veux dire, on aurait pu servir Maria et Lucy comme on l'a fait avant de se faire brutalement assassiner. Après tout, une fois le travail terminé, nous n'étions plus utiles pour elles. Le travail était terminé et accompli. Elles nous ont laissé la vie sauve. Une chance pour nous, je ne renie pas ça. Seulement, on a pris conscience de tout ça bien plus tard.

Bella retrousse ses manches et je remarque sa marque au poignet. Elle en a une mais elle ne s'effacera jamais. Une trace indélébile. Elle est humaine et je regrette qu'elle ait subie ça. Les miennes ont été causées aussi quand j'étais humain. Des marques en demi-lunes ornent mes bras, davantage sur le droit, j'en ai un peu partout sur le corps. Ces marques sont gravées dans ma peau de marbre. On ne peut les voir distinctement qu'à la mise en lumière d'un puissant éclat blanc. Bella s'est interrogée sur celles de mon frère. J'ai les mêmes. Répétées mille fois au moins. Des traces que je souhaite oublier mais c'est impossible et les accepter est encore difficile. Parfois, je me mets à penser à la réaction d'Aurore les fois où elle les a vu. Elle n'a rien dit. Ses doigts ont effleuré les contours avec une telle douceur. Elle n'a pas posé de questions. Je me suis étonné de ce comportement inhabituel. D'habitude, je ne laisse personne les toucher. Carlisle a dû attendre longtemps avant que je ne le laisse les examiner, j'ai mordu ma lèvres pour ne pas retirer mon bras et partir en courant. Je me suis laissé faire. Carlisle les a regardé avec toute la douceur et la bienveillance qu'il est capable de transmettre. Je sais qu'il ne juge personne. Je n'ai pas protesté. Et le voir les examiner en silence, sans jugement m'a aidé un peu à les accepter un peu plus. De toute façon, elles sont là et elles ne peuvent disparaitre. Comme le dit Aurore, elles font partie de ma vie. Aussi triste soit-il, c'est vrai. Seulement les voir tous les jours est déstabilisants parfois car les douleurs étaient horribles.

Je détourne le regard du poignet de Bella. Je pense qu'elle a remarqué quelque chose. Les douleurs sont malheureusement inoubliables. Pourtant, des fois j'aimerai les oublier. Mais quand on est un vampire, notre mémoire est infaillible. Bella a la faculté de l'oubli. Les humains ont cette chance. Pour être honnête, oublier a peut-être du bon quand on se sent submerger, quand on a envie de tourner une page, de remonter la pente en recommençant quelque chose. Un peu comme recommencer un chapitre sur de bonnes bases. À ne pas abuser non plus, juste une fois pour non pas réparer mais changer quelque chose. Ce que je dis dois être incompréhensible. J'ai parfois l'impression de ne pas savoir faire la part des choses entre mon passé dans l'armée et ma vie actuelle. Des siècles se sont écoulés mais là encore, la mémoire est indélébile et les cicatrices sur mes bras me le rappellent. C'est étrange. Une sorte de tourbillon. Mai je suis reconnaissant de faire partie de la famille Cullen, avec mon frère biologique en plus. Nous avons d'autres frères et sœurs adoptifs qui comptent beaucoup à nos yeux. Nous avons eu une bonne étoile, un coup de chance du destin.

« On y va ? ».

Bella me regarde en claquant des doigts, comme si j'ai la tête dans les étoiles. Ce qui est probablement le cas. Je me lève et la suit. Nous continuons la visite du musée. Elle n'ajoute pas un mot. Je ne sens plus son regard interrogatif sur moi. Je n'aurais pas dû regarder sa cicatrice au poignet. Cela a dû la rendre mal à l'aise. Nous marchons donc dans les allées, les expositions se suivent. Les œuvres sont protégées jusqu'aux dents. De plus il y a peu de visiteurs. Nous avons le loisir de rester admirer les œuvres autant de temps que l'on veut. La pause déjeuner a été revigorante pour Bella. Elle s'attarde sur les tableaux, les sculptures et autres reproductions miniatures de grands événements historiques. Elle prend des notes. Quelques pages de son carnet sont noircies de son écriture. Souvent, elle me demande des précisions.

« C'est douloureux ? ».

« De ? ».

« L'armée » dit-elle en pointant du doigt une reconstitution miniature d'une bataille à laquelle j'ai participé.

La bataille de Galveston. Ma première. C'est là que tout a commencé. Pour mon frère et moi, c'était le début d'une nouvelle vie douloureuse, violente dont les souvenirs nous hantent encore. Je me demande si un jour, nous arriverons à faire le deuil de cette partie de notre vie. Les visions de ma sœur Alice prédisent que oui. Le temps fera son travail. Au final, les vampires n'oublient jamais rien. Ils se concentrent sur autre chose pour ne pas s'attarder sur un passer trop douloureux. C'est connu. Mais je suis un peu sceptique. Je suppose que c'est la même chose pour elle. Jamais Alice ne voudrait se sentir comme une jeune fille enfermée dans un hôpital, la qualifiant de « folle » pendant des années. Ce nom a été et est encore douloureux. Ce qui est logique. Aurore aussi. Je sens bien qu'elle n'ose pas m'en parler. Au début, je me suis imaginé ô combien sa douleur lui pèse encore sur les épaules. Personne ne pourra faire complètement le deuil. Je ne veux pas gâcher mon bonheur de ma famille ou avec ma belle Aurore au profit de ce passé. Nous avons chacun tourné la page à notre manière. Les années ont passé. Aurore mérite de se détacher de tout ça. Toute ma famille le mérite. Entendre Bella me demander si regarder cette reconstitution est douloureuse me fait doucement sourire. Elle se soucie de ce que je ressens. Alors, je ne sais pas quoi lui répondre. Ce sont les années les plus particulières de mon existence. En tant qu'humain dans un premier temps, s'engager dans l'armée s'est imposée pour moi et Jasper. Nous avons été témoin du fonctionnement de stratégies militaires, nous avons été en zone de conflits. En tant que vampire, nous avons été témoins et acteurs de violence envers d'autres jeunes vampires assoiffés de sang afin de créer une armée pour trois vampires capables de tout. Nous avons été leur marionnettes pendant des années. Les pires de notre vie. Rien ne pouvait présager qu'elles nous laisseraient partir. En parler me fait mal. Ce ne sont pas des phases positives de ma vie. Mais je ne veux pas effrayer Bella. Elle ne mérite pas d'entendre ça. Déjà qu'elle a entendu l'histoire par Jasper qui a évité les détails les plus sanglants afin de l'épargner un peu. Il a raconté l'essentiel. En arrivant rapidement au moment où nos vies d'immortels ont commencé.

« Moins maintenant ».

Histoire de ne pas m'étendre sur le sujet et de ne pas mentir non plus. Ainsi je reste vague dans ma réponse. Heureusement pour moi elle ne renchérie pas et comprend mon silence. D'un côté, je m'en veux un peu de rester dans le silence alors qu'au final, c'est derrière moi. Les batailles n'existent plus. Donc je regarde Bella en lui disant que non, ce n'est pas une partie de ma vie dont je parle souvent. Je ne suis pas non plus le plus social de la famille mais je ne suis pas si froid que ça.

« Je ne voulais pas te vexer » s'excuse t-elle. « Tu es intriguant et j'ai envie de te connaitre un peu plus ».

« Intriguant ? ».

« Oui quand même ».

« Je ne vais pas te manger Bella » riais-je.

Elle se met à rougir. Sans doute un peu gênée mais je la rassure en lui disant de ne pas l'être. Que ce que je reflète n'a pas grand chose avoir avec la personnalité que j'ai depuis ma naissance. J'ai évolué comme beaucoup de personnes mais grâce à ma famille et à Aurore je suis un tout autre vampire, plus conciliant et conscient de la chance de faire partie d'un clan et de faire des études de médecine. C'est Carlisle qui m'a inspiré. Il aime aider les autres et il met ses compétences au profit à l'hôpital. Je suis heureux de travailler à ses côtés. Il m'apprend la patience et surtout à faire la part des choses entre ma nature vampirique et avec ce que je suis vraiment. Je m'estime être bien différent qu'il y a un siècle quand même. Je regarde la note informative à côté d'une sculpture. Bella me suit toujours dans les allées du musée. Nous avons vu tout l'étage du Planétarium puis le niveau en-dessous. Je n'éprouve pas de fatigue particulière mais elle oui. Elle s'est assise plusieurs fois en me disant que ses pieds lui disent de ralentir le rythme. Je passe un bon après-midi à lui apporter des précisions quand elle en ressens le besoin. Cela lui donne des informations supplémentaires introuvables dans les livres ou sur Internet. C'est presque drôle parce que quand on a été témoin d'une partie de l'histoire du pays, on se rend compte de pas mal de choses. Déjà que les livres d'Histoire ne disent pas tout. Ce n'est pas nouveau. Même si j'aime les livres, j'ai une belle collection dans une bibliothèque. On apprend en général plus de chose quand on écoute quelqu'un. Je ne m'estime pas professeur non plus. Mais je précise à Bella de ne pas toujours écouter ce que je dis; son professeur n'apprécierait pas certains détails. On laisse toujours des fautes dans nos devoirs, pour ne pas éveiller les soupçons auprès des autres personnes. Ce serait dommage que les humains se posent des questions à notre sujet.

« Je ne suis pas aussi rapide que toi Matthéo ».

Sa remarque me fait rire. La spontanéité humaine me manque parfois. Quand un humain veut exprimer ses émotions, des traits physiques le trahissent. Il suffit de le voir rougir, souffler, transpirer un peu, bafouiller parfois, rire nerveusement. Tant de caractéristiques qui manquent aux vampires. On peut s'en inspirer pour adopter un minimum de comportements humains pour se fondre davantage dans la masse. Mais le résultat n'est pas pareil. Pour l'instant, cela suffit à faire illusion.

« Pardon Bella, j'ai un peu perdu l'habitude. Pour une fois que tu m'appelles par mon prénom ».

Son regard est amusé. Elle n'a pas eu peur au point de courir jusqu'à la sortie du musée, ce qui me rassure. Au moins, je suis un vampire qui n'effraie pas l'humaine qui vit désormais dans notre monde. Elle me trouve intriguant. Je n'ai pas compris pourquoi. Je penserais peut-être à lui poser la question plus tard afin d'en savoir un peu plus pour aussi attiser ma curiosité sur le sujet.

« Ne te moque pas » rit-elle.

« Il est temps de rentrer ».

Sortir dehors n'est pas désagréable mais j'ai apprécié cette visite au musée. Couper un peu avec l'effervescence d'une ville telle que New-York aussi grande soit-elle est appréciable. J'ai aimé revoir le musée dans une modernité bluffante comparée à quelques siècles auparavant. De plus, je me suis sentie comme apaisé par les murs de celui-ci. Revoir des collections m'a rappelé des moments de ma vie. Partager ça avec Bella ne m'a pas déplu et j'espère ne pas l'avoir trop ennuyée avec mes explications. Nous traversons le passage piéton et quelques minutes plus tard, nous prenons une bouche de métro. Celle-ci est pleine de monde. L'heure de pointe. J'essaye d'avancer sans bousculer les gens et Bella a dû mal à me suivre. Je ralentis pour ne pas la perdre dans la foule. J'en connais un qui m'en voudrais particulièrement. Jamais je ne prendrais de risque avec quiconque. Je lui fais quand même signe de ne pas me perdre de vue dans la masse de gens qui nous entourent. Elle me rejoint et nous montons directement dans le wagon du métro. Nous trouvons une place assise. Le trajet se fait dans le silence. Le regard de Bella est serein. À peine une minute plus tard, je sens la tête de Bella se poser sur mon épaule. D'habitude, c'est Aurore qui le fait. Non que je ne veuille la réveiller. C'est une drôle de situation. Au moins, l'humaine n'a pas peur. Je la laisse somnoler le temps du trajet avant de la déranger pour sortir du métro et rentrer à l'appartement. Je ne vais pas l'embêter mais le métro s'arrête à notre station alors je bouge pour que Bella ouvre les yeux d'elle-même.

« Pardon » s'excuse t-elle en rougissant.

« On doit descendre ».

Elle se lève de son siège alors que je sors en premier du wagon du métro. Cette fois-ci, personne que nous se trouvent sur le quai. On se dirige vers la sortie en empruntant quelques couloirs, on monte des escaliers et le vent frais nocturne nous réveille un peu plus. Bella replace correctement son sac à dos sur les épaules. On marche un peu dans les ruelles. J'ai bien fait d'aller avec elle au musée, sous peine de la laisser seule dans une ville aussi grande. Pas par manque de confiance en elle. Seulement, je ne fais pas confiance aux autres vampires pouvant lui mettre la main dessus. C'est une humaine dont le sang est précieux. Et à une heure aussi tardive, ce n'est pas prudent pour elle d'être seule. Au quel cas, je serais venu la chercher à la sortie du métro ou directement au musée sans aucun problème. Nous marchons encore un peu avant d'entrer dans le hall de l'immeuble. Une fois arrivée à l'étage correspondant, Bella ouvre la porte d'elle-même avec un trousseau de clef. Aurore lui a donné un double au cas où elle serait partie chasser ou occuper dans la cuisine. C'est effectivement le cas puisqu'une odeur de curry me parvient depuis l'entrée.

« Comment c'était ? ».

Aurore est une passionnée de cuisine. L'échange de regard avec Bella me dit: pourquoi ne se lance t-elle pas dans ce domaine ? Je suis d'accord mais elle serait prise de haut car elle ne gouterait jamais ses préparations. De toute façon, elle préfère se consacrer à ses études de stylisme. La couture fait partie de sa vie depuis si longtemps et ses études lui plaisent. Je suis heureux de la voir heureuse.

« Parfaite journée ».

Elle va alors poser son sac à dos dans la chambre et je suppose qu'elle occupera la salle de bain quelques minutes. Bella est une humaine que j'apprécie de plus en plus. J'enlève moi-même mes chaussures, ma veste. Je viens me réfugier dans la cuisine quelques minutes pour discuter avec ma belle vampire. Sa journée avait l'air tranquille. Elle a continuer à travailler sa couture. Et en voyant l'heure tourner, il a fallu cuisiner quelque chose pour notre humaine. Je doute qu'une poche de sang lui convienne. Sa remarque me fait rire. Elle est vraie. J'ai dû mal à oublier le regard un peu inquiet en voyant une poche de sang à nos lèvres.

« Merci de t'en être occupé ».

« Je t'en prie ».

Mes lèvres effleurent les siennes. Je dois avouer que sa présence m'a manqué. Son sourire aussi bien sûr. Elle remet une mèche de ses beaux cheveux blonds en place avant de m'embrasser délicatement. Moi qui pensait la devancer, c'est raté. Alors je place mes mains sur ses hanches pour intensifier son geste. Mes doigts remontent lentement sa colonne vertébrale pour effleurer ses joues puis encadrer son visage de mes mains. Plus rien d'autre n'existe que son odeur de menthe mêlée à celle du curry qui flotte autour de nous dans la cuisine. Elle ne bouge pas non plus. Comme si elle avait attendu à ce que je réagisse ainsi. Cela me fait sourire. Je ne me détache pas en premier de ses lèvres, c'est la voix de notre amie Bella qui nous fait sortir de notre charmante bulle. Aurore sourit. On dirait deux jeunes amoureux prient en flagrant délit. Hé oui, même les vampires peuvent avoir l'air de deux adolescents humains. Je capture un dernier baiser à ma belle avant de la laisser prendre la parole à notre humaine qui veut simplement prendre des couverts dans la cuisine.

« Je m'excuse ».

« Non, de toute façon c'est prêt » rit ma belle en face de moi.

Une fois à table, Bella lui raconte absolument tout. Même lorsque nous avons regardé la reconstitution d'une bataille à laquelle j'ai participé, les diverses collections. Je complète quelques réponses mais je la laisse parler le plus possible parce que ses yeux brillent. Elle semble ravie de sa journée. Nous n'avons pas fait grand chose, moi surtout puisque c'était principalement pour elle. Je fais quand même signe à Bella de manger un peu. Je doute que manger froid soit agréable. De mon côté, je n'ai pas touché à la poche de sang devant moi, préférant voir ma belle vampire participer à la discussion et sourire à Bella.