Il faudrait peut-être que je commence à vous prévenir quand il y a de la violence...
Chapitre vingt : Le secret le mieux gardé
Baguette au poing et à peine un pantalon enfilé, Edward courait dans les couloirs déserts. Le vacarme provoqué par le claquement de ses bottes sur la pierre réveillait les portraits sur son passage dont les insultes suivaient sa course folle. Il ne comptait plus les jurons qu'il avait appris en une dizaine de couloirs, le nombre en aurait fait pâlir McGonagall.
Surgissant de nulle part, Peeves apparut devant lui, le visage rieur et malicieux.
– Un élève en dehors des dortoirs après le couvre-feu, caqueta l'esprit. Je devrais prévenir —
– Va chercher Envy, ordonna Edward. Dis-lui que c'est urgent !
L'esprit frappeur parut tant scandalisé par l'ordre que décontenancé. Il regarda Edward passer sans donner l'alerte à Rusard et préféra retourner à ses activités. Borné, il ne prévint jamais Envy de la situation et partit à l'autre bout du château pour boucher des toilettes et rendre le concierge fou.
Pendant ce temps, Edward montait les marches quatre par quatre. Peeves représentait son seul espoir pour joindre Envy dans son dortoir. Il ne connaissait ni le mot de passe ni de passage alternatif pour le dortoir de l'Homonculus comme celui-ci qui venait chez les Serdaigles par une fenêtre entrebâillée. Quelqu'un devait savoir, de toute urgence, ce qu'il se passait entre les murs de Poudlard. S'il ne pouvait pas prévenir Envy, il fallait qu'il trouve une autre personne de confiance, plus ou moins.
Alors il arriva devant la gargouille qui gardait le bureau d'Albus Dumbledore.
– J'aimerais rencontrer le directeur, demanda Edward en s'essuyant le front d'un revers de poignet.
Malgré son débardeur, il était en nage, tant par l'angoisse que par l'effort. Ce château était un vrai labyrinthe, il avait bien cru se perdre plusieurs fois, aveuglé par sa précipitation.
La gargouille ne bougea pas.
– C'est urgent ! Je dois le voir, c'est une question de vie ou de mort !
– Sans le mot de passe, vous ne passerez pas, jeune homme.
Edward tourna sur lui-même avant d'aviser le portrait derrière lui qui le fixait avec mécontentement et ses épais sourcils froncés si bas sur son front que l'on pouvait se demander s'il en possédait bien deux.
– Je ne le connais pas, rétorqua Edward, agacé. Mais c'est très important. La sécurité du château en dépend !
– Oui, bien sûr, celle de la Grande-Bretagne aussi tant qu'on y est ! Vous feriez bien de retourner dans votre lit avant d'être puni.
– Mais —
– Et éteignez cette lumière. Les honnêtes gens aimeraient dormir.
Furieux et à court d'idées, Edward serra les poings et donna un coup de pied dans la gargouille, sous le cri d'exaspération du portrait, avant de reprendre sa route d'un pas pressé.
Il ne pouvait pas foncer tête baissée chez Maugrey pour le confondre et risquer sa couverture en plus de la fuite de l'imposteur. Il savait que les Mangemorts pouvaient se montrer redoutables, surtout celui-là, qui avait de grandes capacités. Jeter des Impardonnables avec une baguette n'étant pas la sienne, ensorceler un artefact magique aussi puissant que la Coupe de Feu pour réussir à faire participer un quatrième champion et tromper un homme aussi puissant qu'Albus Dumbledore n'était pas donné à tout le monde.
Edward ralentit, la baguette baissée au sol afin de ne pas déranger les habitants du couloir qui ronflaient allégrement contre les murs. Puis il arriva dans un couloir dont les murs étaient longés d'armures qui elles n'étaient pas dérangées par la lumière. Il s'arrêta.
Que pouvait-il entreprendre ? Il était seul cette nuit. Le mieux serait d'attendre le lendemain matin pour directement aller prévenir Dumbledore ou toute autre autorité compétente. Mais le croiraient-ils ? Il ne pouvait présenter aucune preuve, à part la carte du Maraudeur qui n'était connue que de ses amis et des Maraudeurs. Leur hésitation donnerait l'opportunité à Maugrey de fuir.
D'un autre côté, s'il venait dans le bureau de l'imposteur, ce dernier le verrait largement arriver à cause de la carte et Edward ignorait s'il réussirait à l'appréhender seul.
Il était partagé. Des arguments très convaincants penchaient en défaveur d'une intervention directe. Sauf que rien ne garantissait qu'il n'aurait aucun problème concernant la manière de laquelle il avait découvert la vérité. Il avait espionné un professeur, il avait fouillé dans des archives ministérielles et il avait consulté l'avis d'un fugitif très recherché. Causer des ennuis à Sirius était hors de question. S'il allait directement dans le bureau de Maugrey, espérant qu'il viendrait, pourrait-il le dévoiler et en réchapper ou son ennemi était-il trop fort pour lui ? Le duel sorcier n'était pas sa spécialité, il n'en avait que de faibles bases alors que son adversaire était bien entraîné et doué, en plus de combattre en terrain connu.
Sa prise se resserra sur le manche de sa baguette. Il n'était pas assez puissant pour protéger Harry. Allait-il encore une fois devoir assister impuissant à la mort d'un ami alors qu'il aurait pu l'éviter ? Attendre sagement n'était pas dans son caractère. S'il agissait, il savait que tout aurait été tenté, alors que s'il déléguait son devoir à quelqu'un, il risquait de voir tout son labeur envolé.
Mais et s'il se faisait tuer sans réussir à dire la vérité à qui que ce soit ? Ce serait sûrement pire que de provoquer la fuite de Maugrey. Il fallait qu'il prévienne quelqu'un avant de se lancer dans la gueule du loup. Qui pouvait-il aller voir en confiance et surtout, qui le croirait ? Flitwick ou McGonagall, peut-être ?
Avant qu'il ait pu choisir, des bruits de pas résonnèrent au fond du couloir. Edward éteignit sa baguette et se cacha dans l'ombre d'une armure par réflexe. Il retint son souffle alors que la personne s'approchait.
Clac. Clac. Clac.
Il ferma les yeux de dépit et ses épaules se décontractèrent. Il semblerait qu'il n'ait pas à choisir. Maugrey venait à lui. Ses soupçons allaient sûrement se confirmer. Il avait dû le voir sur la carte du Maraudeur.
– Elric.
La voix claqua, Edward sortit de sa cachette, sa baguette éteinte derrière son dos. Maugrey pointa une vive lumière vers son visage, l'éblouissant. Edward plaça son avant-bras devant ses yeux et aperçut avec mal le morceau de parchemin tenu dans la main libre du professeur. Alors il surveillait l'école. À moins que ce soit Envy et lui en particulier. L'avait-il vu aller précipitamment chez Dumbledore ?
– Que faites-vous hors de votre lit à cette heure-ci ?
– Je voulais me promener, c'est tout.
– Vous semblez bien pressé pour une promenade.
– Je n'aime pas flâner.
– Et où comptiez-vous vous rendre ?
– Je n'ai pas de but.
– Alors votre arrêt devant le bureau du directeur n'était qu'un hasard ?
Il le surveillait depuis le début, dans ce cas. Loin d'être idiot, il devait déjà avoir compris que quelque chose d'anormal se passait. Pourquoi courir dans le château en pleine nuit jusqu'au bureau du directeur si tout allait bien ?
– Vous ne répondez pas, remarqua Maugrey. Dites-moi ce que vous voulez à Dumbledore à cette heure de la nuit. Je peux peut-être vous aider si vous êtes pressé.
Maugrey abaissa légèrement sa baguette afin de pouvoir croiser le regard déterminé d'Edward. Il n'avait pas l'air nerveux, seulement résigné. Et Edward l'était bel et bien en cet instant. La confrontation se révélait inévitable désormais.
– Vous pouvez m'aider, en effet.
Il leva sa baguette et la pointa sur l'imposteur.
– Je sais qui vole dans la réserve de Rogue, et qui a mis le nom de Harry Potter dans la Coupe de Feu, et qui a lancé la Marque des Ténèbres cet été, et je sais quelle est la maladie de Barty Croupton. Mais le plus important... Je sais quel nom apparaît sur cette carte à l'emplacement exact où vous vous trouvez en ce moment même.
– Ah oui... C'est bien ce qu'il me semblait, murmura Maugrey en l'observant fixement de ses deux yeux... Expelliarmus !
La baguette d'Edward lui sauta des mains et rebondit sur le mur avant d'arriver dans la paume ouverte du Mangemort. Sa bouche tordue forma une ébauche de sourire alors que l'élève se retrouvait désarmé. Le sourire disparut pourtant bien vite alors qu'un poids coupait soudain le souffle de Croupton. L'homme tomba en arrière, en équilibre instable sur sa prothèse. Son dos heurta violemment le sol. Les deux mains d'Edward agrippèrent celle tenant la baguette de Maugrey. Il la secoua en la frappant violemment contre la pierre.
Croupton lâcha un grognement de douleur, mais tint bon en gardant son poing fermement crispé sur le morceau de bois. Ses articulations craquèrent et Edward donna un dernier coup violent, espérant briser les phalanges. Une large paume entra en collision directe avec son visage, manquant de briser son nez. Sa tête partit en arrière et sa prise sur la main se desserra.
– Stupéfix !
Raide, Edward tomba sur le côté, incapable du moindre mouvement. Dans un soupir rauque de douleur, Maugrey s'assit en massant sa main avant de se pencher sur le visage du Serdaigle. Son sourire tordu était de retour et il le dévisagea un court instant avant de se relever en prenant appui sur son bâton qui était tombé depuis longtemps. Il ramassa la baguette abandonnée plus loin et la mit dans sa poche avec la sienne. Enfin, il se baissa pour attraper Edward par les cheveux et le tirer vers le haut.
– Maintenant, si tu le veux bien, nous allons continuer cette charmante conversation en privé.
– Quand je t'ai vu pour la première fois à la Coupe du Monde, j'ai tout de suite su que tu étais différent, raconta Croupton en s'asseyant lourdement sur sa chaise, à côté de son bureau. Ah, j'aurais voulu voir ce que tu as fait à mes anciens compagnons cette nuit-là.
Son soupir rêveur aurait glacé quelqu'un d'autre, pourtant Edward resta stoïque. À genoux face à l'imposteur, il était solidement ligoté les bras dans le dos et sa baguette hors de portée. Autour de lui, rien n'aurait pu lui servir d'arme. Les seuls objets lourds reposaient sur le bureau du professeur, hors d'atteinte. Même dans d'autres circonstances, il doutait d'avoir pu attraper le Strutoscope pour assommer son propriétaire.
– Tu ne dis rien. Je me demande bien ce qu'il peut te passer par l'esprit en ce moment même, murmura Croupton avec fascination en le fixant de ses deux yeux, le bleu et le sombre. Tu te demandes comment j'ai fait, n'est-ce pas ? Pour me retrouver là... Comment moi, j'ai réussi à berner tant de monde...
Edward releva le menton et détourna la tête, délibérément provocateur. Si cet idiot s'avançait assez, il pourrait peut-être lui mettre un coup de tête ou le mordre. Et puis ses jambes étaient encore libres. Il savait très bien s'en servir. Qu'il approche... Il n'attendait que ça...
– Regarde-moi ! aboya Croupton, furieux.
Tout en fierté, Edward le dédaigna superbement et s'occupa plutôt de fixer la Glace à l'Ennemi accrochée plus loin. Personne en vue à part lui-même. Peeves n'avait pas encore fait passer le message. Il ne pouvait pas compter sur Envy cette fois-ci. Il se maudit d'avoir perdu ses réflexes de conserver un couteau de secours dans une poche. Et il jura encore plus fort intérieurement d'avoir perdu son alchimie. Enfin quoi que... Il n'avait même pas la marge de manœuvre nécessaire pour ne serait-ce que claquer des mains.
Il tira sur la corde qui grinça et s'enfonça dans sa chair. Aucun moyen de la détendre pour y passer une main. Mais en se contorsionnant assez... Il fallait gagner du temps.
Son regard croisa celui de l'imposteur dont le rictus s'accentua, satisfait.
– Toi et Alighieri, vous nous intéressez beaucoup, mon Maître et moi. Quand je lui ai dit ce qu'il s'était passé à Noël...
Une sueur froide de terreur contenue trempa aussitôt le visage et le dos d'Edward à la pensée que l'ennemi ait glané tant d'informations sur eux. Il aurait dû s'assurer que les témoins ne puissent rien révéler. Cette erreur pourrait bien leur être fatale. Davantage à lui, pour l'instant. Même si momentanément son ennemi ne semblait pas enclin à le tuer, ça viendrait.
– Mais Alighieri est naïf, idiot et manipulable. Je me demande bien ce qu'il deviendrait sans qu'on le pousse sans arrêt, grogna Croupton en secouant la tête, dépité et visiblement irrité par le caractère de l'Homonculus. Il n'est peut-être pas totalement humain et plus puissant que la moyenne physiquement, mais en dehors de ça, il n'est rien. Le pouvoir, ce n'est pas lui qui le détient... Alors que toi... Oh, toi...
Edward jura intérieurement. Il fusilla Croupton du regard en continuant à tirer discrètement sur ses liens. Qu'ils se desserrent ! Plus vite !
– Oui, c'est ce regard-là, se réjouit l'imposteur en se penchant en avant sur sa chaise, les deux mains posées sur ses genoux. Celui de Noël. Le regard froid du tueur. Hum... Que j'aime ce regard...
Croupton perdit son sourire d'un coup. Il poussa un grognement en s'adossant complètement à sa chaise tandis que ses mains partaient sous son genou. Il tira sur sa jambe grinçante en bois. Elle tomba dans un bruit sourd sur le sol.
– Tu m'en as fait oublier de prendre ma potion, il semblerait.
En même temps, le visage du faux Maugrey amorça sa lente transformation pour reprendre son véritable aspect. Ses cicatrices se résorbèrent, sa peau devint lisse, couverte de taches de rousseur, le nez mutilé se reconstitua en un nez entier et plus petit. Puis la longue crinière de cheveux gris se rétracta et prit une couleur paille. Une jambe apparut à la place vide de l'ancienne prothèse en bois. Enfin, Croupton ôta l'œil magique et il fut vite remplacé par un œil réel.
– Voici donc à quoi ressemble Barty Croupton Junior, commenta Edward, qui ouvrait la bouche pour la première fois.
C'était en premier lieu pour essayer de couvrir le grincement de la corde qu'il frottait discrètement contre le talon de sa botte en espérant l'entamer rien qu'un peu.
– Ça te plaît ? ricana Croupton en étirant sa jambe nouvellement repoussée. Effrayante, cette jambe, tu n'es pas d'accord ? Une vraie plaie à porter au quotidien.
– C'est mieux que d'être estropié.
– Je vois que tu as retrouvé ta langue. C'est bien, nous allons enfin pouvoir discuter un peu.
– À quoi ça pourrait bien servir ? rétorqua Edward, décisif. Vous allez me faire disparaître comme Bertha Jorkins dès qu'on en aura terminé.
Il dérapa sur son talon et se cogna le poignet. La corde ne céderait pas si facilement.
– Oh non, ce n'est pas mon intention. D'abord, je dois remplir une petite mission confiée par mon Maître. Ensuite, je m'assurerai que tu ne puisses rien révéler de ce que tu sais. Mais il y a une autre alternative. Mon Maître est ouvert, tu sais, et il a décidé qu'il pourrait te pardonner ce que tu as fait à ces... ces lâches, qui n'étaient même pas capables d'affronter Azkaban pour notre Maître. Il est magnanime, tu sais.
Edward savait déjà quelle direction prenait la conversation. Ce Mangemort semblait avoir un certain faible pour lui, il devinait déjà ce qu'il avait demandé à son « Maître » en récompense de la mission qu'il menait pour lui cette année. C'était hors de question.
Cette fichue corde semblait enfin glisser un peu mieux. Il rentra les pouces et essaya de les faire passer, mais c'était encore trop étroit. Il préférait ne pas avoir à en venir à l'extrémité de se casser les pouces pour réussir à passer.
– Ces immondes crapules, cracha Croupton, le visage déformé par le dégoût. Ces scélérats qui avaient assez de courage pour s'amuser avec des Moldus, le visage masqué, mais qui ont pris la fuite quand j'ai fait apparaître la Marque des Ténèbres. S'il y a une chose que je déteste par-dessus tout, c'est un Mangemort en liberté. Ils ont tourné le dos à mon Maître quand il avait le plus besoin d'eux. J'espère qu'à son retour, il leur infligera un terrible châtiment. Qu'il leur fera du mal.
Il marqua une pause pleine de frémissements d'impatience. Edward arrêta de gigoter afin que le crissement de la corde n'attire pas sa suspicion.
– Mais toi, si tu décides de rejoindre ses rangs, je m'assurerai personnellement que tu sois récompensé. Tu lutteras à nos côtés contre cette vermine de Moldus et tous ceux qui les acceptent. Tu seras puissant, respecté, comblé des meilleurs bienfaits que la vie puisse offrir. Tu vivras dans les plus beaux palais, tu posséderas tes propres serviteurs. La foule t'admirera et t'obéira. Tu régneras aux côtés de l'Ordre noir. Notre Maître te couvrira de richesse et d'honneur...
– Ah oui ? répondit Edward d'un ton sceptique. Et pour quelle raison ton Maître se montrerait-il si généreux à mon égard alors que j'ai déclaré la guerre aux Mangemorts cet été ?
– Tout homme a un prix, souffla Croupton en se levant de sa chaise pour s'approcher. Il a de quoi te donner tout ce dont un homme peut rêver... Pense à tout ce que tu pourrais avoir. La voie que tu as choisie était une erreur. Seul mon Maître détient la vérité. Il sera clément envers ta naïveté d'avoir choisi le camp des faibles. Il sait à quel point Dumbledore peut se montrer convaincant avec son idée du « Bien ». Il a lui aussi connu son influence. Mais désormais il connaît les causes pour lesquelles il vaut la peine de se battre.
– Exterminer les Moldus puis les traitres à leur sang, par exemple.
– Exactement ! se réjouit Croupton en écartant les bras avec un grand sourire. Tu nous connais, je le sais. Tu nous as étudiés et c'est impossible que tu n'adhères pas à nos idéaux, même si tu ne veux pas te l'avouer. Tu es intelligent, Elric, tu sais que nous détenons la vérité. Abandonne le camp des faibles et des perdants. Joins-toi à nous.
– Pourquoi moi ? demanda sincèrement Edward, rendu perplexe par le discours fanatique et passionné du Mangemort. Je ne comprends pas pour quelle raison vous essayez à ce point de me convaincre de vous rejoindre. Qu'est-ce que j'ai de particulier ?
L'expression de Croupton s'assombrit et son sourire s'élargit alors qu'il le fixait avec fascination.
– Tu le sais très bien, Elric. Tu possèdes un pouvoir qui intéresse mon Maître plus que tout au monde. Il est prêt à tout pour l'obtenir.
Croupton s'accroupit à deux petits mètres de lui. Trop loin pour qu'il lui fauche les jambes avec les siennes, mais assez près pour qu'Edward sente son espace personnel être dérangé. La corde s'élargit enfin assez. Edward rentra les pouces et fit lentement glisser les liens, centimètre par centimètre.
– Je n'ai rien de ce genre, répondit-il, confiant.
– Cette nuit-là, pendant le bal, tu as ramené Alighieri à la vie. Le Seigneur des Ténèbres veut le secret de l'immortalité et tu peux le lui donner.
Edward écarquilla les yeux et stoppa tout mouvement. Alors c'était pour ça. Pendant tout ce temps, il s'était demandé pourquoi le professeur suspect paraissait davantage s'intéresser à lui qu'à Envy après l'avoir vu revenir à la vie. Maintenant, il savait. Le secret d'Envy était sauf. Voldemort ne s'intéressait pas à lui. Seulement à... Edward.
Le soulagement s'infiltra par tous les pores de sa peau et il ricana en baissant la tête.
– Qu'est-ce qui te fait rire ? questionna Croupton, irrité d'avoir l'impression qu'il se payait sa tête.
– Oh, rien du tout.
Croupton s'était enfin assez approché.
La corde tomba.
Edward bondit en avant.
Le sommet de son crâne percuta un menton bien trop proche. Croupton bascula en arrière.
Edward ne commit pas la même erreur deux fois. Il donna un coup de poing directement sur son nez et balaya sa baguette d'un geste de la main. Elle roula sur le sol avant de glisser sous une commode. Définitivement hors de portée.
Croupton lui asséna un coup dans les côtes. Il était tellement mal porté qu'Edward ne sentit pratiquement rien et prit la corde à deux mains pour l'enrouler autour de la gorge du Mangemort. Il serra assez pour l'empêcher de respirer. Le visage devint pourpre alors que Croupton se débattait. Implacable, Edward ne faiblit pas malgré les coups désordonnés.
Soudain, un choc le frappa à la mâchoire. Le sang gicla sur le mur et il sentit qu'une de ses dents avait craqué. Il fut projeté sur le côté par un corps lourd qui entra en collision avec le sien. Étalé sur le dos et une main posée sur la plaie sanglante qui balafrait sa joue, Edward reconnut l'arme qui venait de le mettre au tapis. La jambe en bois. Il s'était toujours demandé comment Maugrey pouvait utiliser les griffes dont elle était dotée. Maintenant, il savait.
Le bras levé et le regard fou, Croupton éleva la jambe au-dessus de sa tête, prêt à frapper à nouveau. Le coup vint, Edward roula sur le côté. Les griffes crissèrent désagréablement sur la pierre en créant quelques étincelles. La vitesse de l'impact fit revenir la jambe à l'envoyeur et lui permit d'asséner un nouveau coup. Edward l'évita de justesse, sacrifiant un morceau de son pantalon.
Une arme, vite, n'importe quoi.
Son regard tomba à nouveau sur le Strutoscope, désormais à portée de main. Il l'agrippa et profita d'une ouverture dans la défense de son agresseur pour lui donner un coup dans le diaphragme. Croupton se plia en deux, le souffle coupé. Edward releva le bras pour recommencer. Il vit la baguette trop tard. Le sort le propulsa dans les airs. Il atterrit sur le bureau. Les papiers qui y étaient entreposés s'envolèrent dans toute la pièce où ils s'éparpillèrent.
Il avait oublié sa propre baguette, toujours en possession de l'ennemi.
Edward sentit un liquide contre sa nuque et craignit un instant qu'elle soit sévèrement touchée. Sonné par le choc entre sa tête et le bois brut, il passa une main sur sa plaie potentielle. Ses doigts étaient noirs et humides de l'encre déversée par le flacon sur lequel il s'était coupé. Il reprit très vite ses esprits, juste pour se voir tenu en joue par sa baguette, tenue fermement par Croupton, debout face au bureau.
Son regard était dément et froid. Edward eut enfin l'opportunité de cracher l'éclat de dent qu'il s'était cassée plus tôt.
– Très bien, conclut Croupton. J'imagine que j'ai ma réponse. Alors il ne reste qu'une chose à faire maintenant...
Edward tâtonna à côté de lui. Rien ne pourrait lui servir pour se défendre, tout était tombé pendant sa chute brutale. Il ne lui restait plus que l'encrier qui lui vrillait la nuque et la plume coincée dans ses cheveux. Sa pointe était-elle assez aiguisée ?
La main toujours derrière sa nuque, Edward en bougea à peine les doigts, cachés derrière sa tête. Du bout de l'index, il toucha la plume. Elle était emmêlée dans ses cheveux détachés. Si seulement il les avait tressés avant de venir.
– Montre-moi tes mains, ordonna Croupton en le menaçant plus clairement de sa baguette.
Edward cessa de fixer son adversaire et observa le plafond alors qu'il levait les paumes vers le ciel. Croupton posa un regard satisfait sur les mains vides et s'approcha lentement sans se soucier des copies qu'il piétinait. Passif, Edward voyait du coin de l'œil qu'il approchait de lui. Il resta parfaitement immobile. Même quand la main plus pâle que celle de Maugrey s'avança vers son visage, même quand elle passa sur sa nuque, même quand il lui saisit la mâchoire pour le forcer à le regarder dans les yeux.
Qu'il s'approche.
– J'ai encore des dents en parfaite santé, prévint Edward en découvrant ses canines prêtes à mordre dans toute partie du visage ou du bras qui passerait trop près.
– Je suis sûr qu'un animal sauvage comme toi n'hésiterait pas une seule seconde à les ut-
Il termina sa phrase par un cri de douleur. La pointe de la plume était profondément fichée dans sa gorge et un épais filet de sang s'échappa de la plaie quand Edward la retira d'un geste vif. Un morceau était resté dans la blessure. Edward frappa à nouveau à la gorge.
Le bureau s'ébranla soudain puis bascula sur le côté à un sort perdu, lancé dans la panique par le Mangemort. Edward atterrit derrière l'abri de fortune, protégé des sortilèges et maléfices qui ricochaient sur les murs. La Glace à l'Ennemi vola en une multitude d'éclats qui dégringolèrent en pluie tranchante sur lui. Il protégea son visage à temps.
Mais le sort qui suivit ne put être évité.
Edward fut expulsé contre le mur. Il retomba lourdement à plat ventre, inconscient.
Le lendemain matin, Envy se leva plus tard que d'habitude. Il avait passé une nuit agitée, hantée par de nouveaux cauchemars et par le retour de ses douleurs insoutenables à la poitrine. Comme promis, il allait devoir en parler à Edward avant que ça ne dégénère à nouveau. La corvée ne lui faisait pas envie du tout. Il imaginait déjà sa tête de papa poule (ou plutôt dragon) alors qu'il s'énervait en lui demandant depuis quand, pourquoi, et bla et bla et bla... Comme s'il pouvait lui donner la moindre explication ! Une longue journée se profilait, nul doute là-dessus.
Déjà profondément ennuyé, il poussa un bruyant soupir en se grattant distraitement le mollet.
Il regarda l'heure. Neuf heures et demie. Oh, il avait bien le temps de dormir encore un peu.
Ce qu'il fit sans remords, afin de repousser l'échéance de sa confrontation avec ce gamin trop autoritaire. Puis vers onze heures, il se réveilla à nouveau, en bien meilleure forme et humeur, mais toujours si peu enthousiaste à l'idée de quitter son dortoir et de tomber sur un certain Serdaigle de sa connaissance. Cherchant le moindre prétexte pour retarder son apparition en public, il prit la douche la plus longue de sa vie et se savonna plusieurs fois, prenant son temps.
Mais bientôt, il n'eut plus d'excuse après avoir flâné dans la salle commune et essayé de faire un devoir de potion qu'il avait rapidement abandonné, n'ayant aucune envie de travailler. À une heure, son ventre se rappela à son bon souvenir et il sut qu'il serait obligé de descendre. Avec un peu de chance, il y aurait encore des restes dans la Grande Salle.
Par chance, c'était le cas. Il s'assit au milieu de la table des Serpentards pratiquement vide et mangea tout ce qui lui passa sous la main, tout en s'informant des dernières nouvelles en lisant le Sorcier du dimanche. Rien de nouveau à propos de Bertha Jorkins ou de Barty Croupton ni aucun article diffamatoire de Rita Skeeter. Un week-end sans anicroche, en fin de compte. Jusqu'à ce qu'il discute avec Edward bien entendu...
Il balaya la salle du regard sans toutefois repérer le Serdaigle. Il se souvint alors que son ami lui avait dit avoir prévu une sortie en début d'après-midi avec Luna Lovegood pour nourrir il ne savait quelle bête dans la Forêt interdite. Il aurait bien voulu venir. Il pourrait peut-être s'incruster s'il partait maintenant.
Envy prit une dernière gorgée de jus de citrouille avant de se figer, le verre à mi-hauteur de son visage.
Luna était là. Elle attendait et regardait souvent sa montre, le regard tourné vers la grande porte. D'après le nombre de boulettes de pain qui traînaient devant elle, ça faisait un moment qu'elle attendait. C'était étrange. D'habitude Edward était ponctuel, surtout quand ça avait trait à un rendez-vous avec un ami.
Intrigué, Envy se leva et contourna la table de sa maison pour aller à la prochaine.
– Salut, lança-t-il nonchalamment en s'installant face à la Serdaigle. Tu ne devais pas sortir avec Ed aujourd'hui ?
– Si. Je croyais qu'il dormait, mais quelqu'un de son dortoir m'a dit qu'il n'y était pas déjà plus tôt ce matin.
– Personne ne l'a vu depuis ?
– Non. Personne. Je comptais te demander.
Perplexe, Envy proposa de partir à sa recherche. Luna prit la direction de la salle commune des Serdaigles pour vérifier qu'il n'y était pas retourné entre-temps pendant qu'Envy partait vers la bibliothèque. Qu'avait-il encore inventé pour en oublier de rejoindre son amie ?
Bibliothèque : vide. Madame Pince n'avait pas vu Edward ce jour-là.
Tour d'astronomie : déserte. Seul le professeur d'astronomie s'y trouvait et il n'avait vu personne.
Volière : vide. Excepté Harry, qui lui dit qu'il ne l'avait pas croisé.
Salle commune des Serdaigles : pas d'Edward en vue. Personne ne l'avait vu revenir.
Même la grotte de Sirius était vide. Il avait tout le trajet pour vérifier si Edward n'avait pas voulu apporter des provisions, mais ce n'était manifestement pas le cas.
Envy le chercha partout, dans le moindre recoin.
Il fallait se rendre à l'évidence...
Edward avait bel et bien disparu.
Peu avant quatre heures de l'après-midi, Envy avait terminé de parcourir tout le parc en long, en large et en travers, et il était désemparé.
Où était passé Edward ? Lui était-il arrivé malheur ? L'imposteur l'avait-il tué ? Avait-il fui Poudlard ? Se cachait-il volontairement ? Le retenait-on prisonnier ? Était-il sur le vaisseau de Durmstrang ? Ou dans le carrosse de Beauxbâtons pour une raison qui lui échappait complètement ?
L'angoisse guida ses pas vers la cabane de Hagrid, sa dernière chance. Il frappa avec tellement de force que les gonds grincèrent péniblement. Depuis le début de ses recherches, il avait négligé cet endroit parce qu'il savait qu'il n'y était pas le bienvenu et qu'il risquait d'être éconduit par quelques traits d'arbalète. Maintenant il ne pouvait plus attendre plus longtemps.
– Hagrid ! J'ai besoin de votre aide ! Ouvrez-moi !
La porte s'ouvrit effectivement sur le demi-géant qui le fixait avec un regard mauvais (sans arbalète en main, heureusement). Derrière lui, Harry, Ron et Hermione prenaient le thé en essayant par tous les moyens de refuser ses gâteaux immangeables du garde-chasse. Surpris par l'arrivée fracassante du Serpentard, ils s'étaient retournés pour le fixer avec de grands yeux écarquillés. Aucune trace d'Edward dans la petite cabane.
– Ed a disparu ! s'écria Envy, chamboulé.
– Tu ne l'as toujours pas trouvé ? s'étonna Harry, les sourcils haussés. Ça fait trois heures que tu le cherches.
Envy secoua la tête et passa une main sur son visage. Il avait complètement perdu son sang froid. Il n'arrivait plus à réfléchir, et encore moins à respirer normalement. Sa Pierre menaçait d'exploser de peur. Il était si angoissé qu'il en avait mal au ventre et avait envie de vomir.
– Il lui est arrivé quelque chose ! Aidez-moi ! implora Envy en prenant Hagrid par les pans de sa veste. Il faut le retrouver !
Ébranlé, Hagrid lui fit lâcher prise et l'assit de force dans une chaise.
– Calme-toi un peu.
Aussitôt ses amis s'animèrent autour de lui pour essayer de le tranquilliser en lui parlant comme à un abruti fini. Mais ne comprenaient-ils pas ? Il fallait prévenir Dumbledore, lui comprendrait l'urgence. Il fallait —
– Ah eh bien le voilà de retour ! s'exclama soudain Hagrid d'un ton moqueur. Il n'était pas parti bien loin finalement.
Envy se redressa brusquement. Là, près du lac se tenait une silhouette facilement reconnaissable. Les longs cheveux blonds lâchés et portant ce qui ressemblait à une moitié de pyjama, Edward déambulait au bord de l'eau. Il effectua encore quelques pas lents avant de s'arrêter. Parfaitement immobile, il avait le regard fixé droit devant lui.
Soudain, il s'effondra.
Envy défonça la porte en ressortant de la cabane et courut à en perdre haleine jusqu'au corps allongé. Il l'enjamba et s'agenouilla près de lui pour le faire basculer sur le dos. Il eut un sursaut en voyant qu'Edward avait les yeux grand ouverts. Son regard se révéla vide et vitreux. Ses lèvres bougeaient à peine, un mince filet de voix s'en échappait. Il marmonnait, mais Envy n'en comprenait rien. Il avait l'air d'un fou. Des branches, des feuilles, de la terre et de l'encre maculaient ses cheveux et ses vêtements. Cinq griffures s'étendaient du bas de sa mâchoire jusqu'au haut de sa pommette. Il était couvert de bleus et d'égratignures, sur ses bras, son cou, son visage. Il lui manquait une botte et son pied nu était en sang et boueux, comme s'il avait couru toute la nuit dans la Forêt interdite. Ce qui était vraisemblablement le cas.
– Que lui arrive-t-il ? s'écria Hagrid qui arrivait, le trio sur les talons. Par Merlin ! Il est blessé !
Le professeur n'hésita pas plus longtemps et le souleva dans ses bras avant de courir vers le château.
« Pourquoi, quand un événement dramatique survient, faut-il toujours que l'un de vous deux soit impliqué ? »
Envy n'aurait su trouver une réponse à donner à Dumbledore. De toute manière, ce dernier n'en attendit pas et entra dans l'infirmerie accompagné de Flitwick, Maugrey et Rogue. Depuis, Harry, Hermione, Ron, Hagrid et lui attendaient d'avoir des nouvelles. Envy faisait les cent pas dans le couloir. Il ne tenait plus en place. Il voulait des informations. Pourquoi ne ressortaient-ils pas pour leur dire qu'il allait bien ? Pourquoi le garder dans l'ignorance ? Il avait besoin d'informations. Sinon, il allait devenir fou.
À bout, il donna un coup de poing si violent dans le mur qu'il s'en brisa les phalanges. Elles guérirent aussitôt, la douleur était déjà partie. Ça n'empêcha pas ses amis de s'inquiéter. Hagrid le prit par les épaules pour l'empêcher de se faire du mal. Depuis quand s'intéressait-il à nouveau à lui, hum ? Cette saleté de faux-ami ! Il ne décolérait pas ! Edward l'énervait, en premier lieu, de s'être mis dans un pétrin pareil. Cette fichue tête brûlée aurait pu le prévenir avant de faire une bourde pareille ! En second lieu, il enrageait contre celui qui l'avait mis dans cet état. Ce salopard ne perdait rien pour attendre. Quand il le trouverait, il lui arracherait les yeux. En dernier, il s'en voulait de ne pas avoir été présent alors que son ami avait besoin de lui.
– Si je retrouve celui qui a fait ça, je le tue ! jura Envy, qui en crachait presque d'indignation.
L'éclat d'un violet sauvage qui apparut dans ses yeux n'échappa à aucun de ses amis, mais il n'en remarqua rien.
Sa fureur redoubla quand on l'autorisa enfin à entrer dans la salle de soin. Le diagnostic était tombé : soumis au sort d'amnésie et à un puissant sortilège de confusion. Il n'avait plus toute sa tête pour le moment, mais ses blessures physiques étaient guéries grâce aux bons soins de l'infirmière. Il ne restait plus aucune trace de sa griffure sur son visage et ses bleus avaient disparu. Mrs Pomfresh l'avait même nettoyé des résidus de terre et de végétation. L'encre avait eu plus de mal à s'effacer et certaines mèches de ses cheveux se coloraient d'une sorte de vert sombre.
Assis sur son lit, le visage neutre et les yeux inexpressifs, il regardait droit devant lui. Envy se sentit tout à coup bien imposant et dangereux. Il avait l'impression qu'il pourrait lui faire du mal rien qu'en l'effleurant.
Prudent, il s'approcha maladroitement, mais n'osa pas venir à son chevet comme Hermione le fit.
– Vous avez une idée de qui a fait ça ? demanda Harry en se tournant vers les adultes.
– Il semblerait que ce soit la même personne qui a jeté un sort de confusion à la Coupe de Feu et jeté ton nom, déclara Dumbledore, les yeux pourtant fixés sur le Serpentard, comme s'il attendait qu'il réponde lui-même à la question. Mais rien n'est certain. Seul Mr Elric aurait pu savoir qui l'a attaqué.
– Nous avions pensé que vous pourriez nous aider à communiquer avec lui, intervint Flitwick en s'adressant à Envy. Depuis son arrivée il n'arrête pas de marmonner dans une langue étrangère. Nous avons pensé que peut-être vous pourriez traduire pour nous... ?
Envy haussa les épaules et au bout d'une minute d'hésitation, il s'approcha jusqu'à pouvoir s'asseoir au bord du lit tout en prenant garde à ne pas toucher Edward. Il glissa ses cheveux derrière son oreille pour mieux entendre.
Tout d'abord, il ne saisit rien, puis il reconnut quelques mots. Il haussa un sourcil en comprenant.
– 35 litres d'eau... 20 kilos de carbone... 4 litres d'ammoniaque... 1,5 kilo de chaux... 800 grammes de phosphore... une demie livre de sel... 100 grammes de salpêtre... 80 grammes de souffre... 7,5 grammes de fluorine... 5 grammes de fer... 3 grammes de silicone...
Déconcerté, Envy répéta mot pour mot la liste récitée d'une voix monotone. Un silence pensif s'installa dans la salle alors que chacun méditait ce discours incompréhensible.
– Est-ce une recette d'une potion de votre connaissance, Severus ? demanda Flitwick. Bien que les ingrédients semblent davantage moldus que sorciers...
Le maître des potions secoua négativement la tête. Par contre, une idée vint à Envy. Il se tourna vers Pomfresh.
– Est-ce que ça pourrait être la composition d'un corps humain ?
L'infirmière parut surprise par la proposition puis y réfléchit en marmonnant. Finalement, elle hocha la tête.
– C'est une possibilité.
Ils reçurent plusieurs regards interloqués.
– Pourquoi réciterait-il une chose pareille ? commenta Ron, perdu. Ça n'a pas de sens...
– Cela semble en avoir un pour lui... Et pour Mr Alighieri également, fit remarquer Dumbledore, qui fixait attentivement Envy. Pourriez-vous nous éclairer ?
L'Homonculus dévisageait Edward avec une douloureuse compréhension. La transmutation humaine. Il devait connaître cette liste d'ingrédients depuis des années. Comment l'oublier après le fiasco que cette transmutation avait été ? Pourtant, il se demandait pour quelle raison la première chose qui lui revenait dans son délire soit cette liste.
– Mr Alighieri ?
Envy reprit pied avec la réalité alors que cette fois Flitwick répétait la question du directeur.
– Ça n'a aucun rapport avec son agression, répondit Envy en balayant le sujet de la main. Il est juste complètement perturbé.
– Al... ? appela soudain Edward en tournant la tête dans sa direction. Al...
Croyant visiblement qu'il était Alphonse, Edward le prit par la manche qu'il pétrit anxieusement, les yeux humides. Le souffle coupé, Envy resta pétrifié sur place. Ce regard désespéré !
– Alphonse... Petit frère...
Envy sentit un assaut de culpabilité le prendre et il serra les lèvres. Il lança un regard d'appel à l'aide aux professeurs qui semblaient perdus. Hermione parut soudain comprendre ce qui se passait. Elle avait reconnu le prénom du petit frère d'Edward malgré l'accent prononcé et très différent du leur. Avec précaution, elle posa une main au creux du coude de son ami pour attirer son attention.
– Ed, ton petit frère n'est pas là, tu te souviens ?
Edward ne lui adressa qu'un vague regard confus avant de ramener toute son attention sur Envy qu'il continuait de tenir.
– Désolé... C'est de ma faute... Tu es tout ce qui me reste... Ne m'abandonne pas... Ne m'abandonne pas !
Envy ne supporta pas ce regard plus longtemps et prit la fuite.
