Playlist

« Like real people do » Hozier

« Breathe » RHODES

« Shadow » Birdy

« You there » Aquilo

« You say » Lauren Daigle

« A reason to stay » The Tide

Chapitre n°26

partie 1

Point de vue de Bella

Je n'ai pas pu rester à l'appartement les bras croisés, à regarder ma nouvelle sœur se morfondre ainsi. Si Céleste est partie, je pense être un peu coupable. Elle n'a rien demandé. Je me suis interposée dans leur relation sans demander la permission. Quand elles se sont enfin retrouvées à Central Park cette nuit-là, j'ai voulu expliquer à Céleste que la vampire en face d'elle est une fille incroyable. Non lui faire peur. Elle a dû emmagasiner trop d'informations d'un coup. Logique que ce soit difficile à entendre. Aurore a pris soin de ce bébé pendant un an. Le retrouver des siècles plus tard, vivant en plus de ça est sans doute improbable. Je ne me suis pas doutée de l'importance que ça prend. Je comprends d'une part sa décision de retrouver ce bébé. Mais je n'ai pas eu à m'interposer. Résultat, une humaine peut être une poche de sang disponible à ses yeux. Je suis certes une poche de sang disponible mais je tiens à ma vie.

Je me suis donc levée assez tôt pour préparer mon plan en faisant attention de ne pas être entendu et pourtant je suis au courant que les deux vampires qui me surveillent entendent ma respiration. Je vais devoir me résoudre à travailler mon idée à l'extérieur. Le voyage scolaire touche à sa fin. J'ai reporté mon billet pour rentrer plus tard. D'ailleurs l'écran de mon téléphone s'illumine. J'hésite à regarder l'écran, s'il s'agit d'Aurore ou non. Après constatation, non il s'agit d'une camarade de classe. Je réponds rapidement. Tout en étant pensive, il faut que je retrouve Céleste. Dans un délai aussi court, ce sera quasiment impossible. Je dois donc établir un plan solide. Seule. Hors de questions que Matthéo et Aurore soient au courant.

Je réfléchis à comment retrouver un vampire. Ce n'est pas la chose la plus facile. Je ne dois me contenter que de peu d'informations puisque la seule chose que je sais, Céleste doit trainer du côté de Central Park. Maigre information mais utile car ce sera mon nouveau quartier. Songer à lui faire entendre raison n'est vraiment pas l'idée la plus judicieuse qui m'est passée par l'esprit. On va être honnête, une simple humaine face à un vampire est dangereux. Pour moi. Avec moi, elle ne risque rien. Elle me brise la nuque en une seconde. Quelle idée j'ai eu de penser à lui expliquer les choses sachant que ce n'est pas à moi de le faire mais j'ai tout de même penser à nos âges similaires, en âge humain je parle. Nous n'avons pas beaucoup d'années de différences. Alors j'ai peut-être une chance d'y arriver. Je suis vraiment optimiste alors que pas du tout, je suis effrayée par rapport à sa possible réaction. Si elle le prend mal, je suis dans une très mauvaise affaire. Je peux faire une croix sur ma vie. Et je refuse qu'Edward s'en prenne à elle. Céleste est un vampire effrayé. Elle a grandit dans des foyers sans doute, dans des environnements différents et personne ne sait comment ça s'est passé. Alors je refuse que quoique ce soit lui arrive. Elle est victime de tout ça. De plus, on a osé lui voler son humanité pour une immortalité. Elle a aussi survécue à une maladie respiratoire alors qu'elle n'était qu'un bébé. Je suppose que sa nouvelle vie éternelle est une seconde chance et elle mérite de vivre comme toutes les adolescentes de son âge, même étant un vampire. Cet enfant n'a rien demandé. Aurore tient à ce bébé, autrefois bébé et l'idée de la retrouver lui hante l'esprit depuis des années. Alors quand le jour est arrivé, la revoir en chair et en os fut improbable, pour beaucoup de raisons mais je pense que le destin y est pour quelque chose. Il fait bien son travail parfois. Et je suis reconnaissante de faire partie d'une famille où du positif arrive, Aurore est une fille incroyable. J'ai eu l'audace de le lui dire en face. Allez savoir pour quelle raison, j'ai pu prononcer ces mots de ma bouche mais c'est sorti tout seul. J'ai ressenti le besoin de le lui dire. Pas pour prouver je ne sais quoi ni pour avoir sa confiance, du tout. C'est juste que nous sommes sœurs maintenant et je veux que nos liens s'accroissent avec le temps. Je ne sais pas ce que c'est que d'avoir des liens fraternels biologiques puisque je suis fille unique.

Que vais-je bien pourvoir dire à Céleste ?

- Ne me tue pas.

- Je ne viens pas en ennemie mais en amie.

- Excuse-moi de m'imposer dans ta vie.

- N'aie pas peur de moi, je ne suis qu'humaine.

- Si tu me mords, fais le vite car je ne veux pas souffrir. James l'a fait et j'en ai gardé des séquelles.

- Peux-tu dire à ma famille que j'ai disparu ?

Ces différentes possibilités me traversent l'esprit mais je ne suis pas certaine que ça ait un impact. Après tout, ma vie est en jeu. Du moins, dans mon esprit et pour un temps limité. Souffrir est la chose qui m'effraie le plus. Je ne veux pas revivre le cauchemar avec James. Edward a dû boire le venin qui se répandait dans mes veines. Le temps fut limité. Il a agit. Une vie éternelle forcée n'a pas de sens et toute la famille Cullen y a été confronté et chacun a payé les frais pendant des siècles. Jamais ils n'ont évoqué leur rancœur à ce sujet mais je devine leur peur et aussi leur reconnaissance de faire partie d'une telle famille. Enfin, ils préservent leur Histoire pour ne pas me traumatiser. Devenir un vampire ferait de moi une fille sans crainte de mourir tous les jours. Cette peur m'obsède. Je veux rester auprès d'Edward toute ma vie. Je ne vois pas ma vie sans lui. Il insiste pour que je vive une existence humaine paisible. Sachant qu'il n'en a pas eu l'opportunité, je prends conscience de l'importance de vivre. Avec les hauts et les bas que la vie comporte. Mais je ne veux pas me faire mal. Encore moins, effrayer Céleste qui l'est déjà. Elle a pris la fuite aussi vite qu'elle est arrivée à l'appartement. Je ne suis qu'une humaine. Va t-elle accepter d'écouter mes arguments ? J'en ai toute une liste en tête. Les dire à voix haute devant elle va me demander du courage.

Bref, je m'égare dans mes pensées. Résultat, j'ai perdu le fil. Super.

Si à Forks il pleut tout le temps, à New-York il fait tout le temps froid. À croire que le climat s'est donné l'idée de me transformer en bonhomme de neige. Je me dirige à pied vers Central Park jusqu'à la prochaine station de métro. Il n'est pas loin. Mais affronter le froid plus longtemps n'est pas dans mes capacités du jour. Alors si je peux me réchauffer le plus possible en évitant le vent, je prends. Mes pieds commencent à être gelés. Je descends les marches du métro en évitant de me faire bousculer par les gens qui en sortent et les gens qui comme moi avancent vers l'entrée. Les odeurs ne vont pas me manquer non plus. Cette ville est trop dynamique et effervescente pour moi. Forks est bien plus calme, le jour et la nuit mais l'Arizona ne me manque pas tant que ça. J'aime vivre chez mon père et près de la famille Cullen.

Le wagon du métro s'arrête à Central Park. Je quitte ma place, m'engouffre dans les couloirs à n'en plus finir, je tourne à gauche puis à droite et monte les escaliers. Le vent glacial de New-York me fige sur place. J'aperçois le lieu où je veux aller un peu plus loin. Dans mon sac, j'ai de quoi tenir: un livre, un paquet de biscuits, des fiches de cours et sur ma tête un bonnet et une écharpe autour du cou. Je ne vais pas rester ici jusqu'à la nuit tombée donc j'espère que la vampire recherchée va finir par pointer le bout de son nez. C'est pour ça que je m'interroge. Après tout, elle ne me connait absolument pas alors pour quelle raison elle accepterait de m'écouter ? Je ne suis qu'une humaine à ses yeux. Aurore a beaucoup plus de légitimité. La voir aussi triste me fait mal au cœur. Aller au musée d'Histoire naturelle avec Matthéo lui a permis de souffler un peu et j'ai pu passer davantage de temps avec lui. Ce qui me fait plaisir puisque je l'apprécie beaucoup. Il est un peu à part dans la famille mais il se préoccupe des autres tout le temps, son empathie est héritée de Jasper.

Je m'installe sur un des bancs libres. Les habitants de cette grande ville semble insouciant face à ce qu'il se passe réellement. J'attends un vampire tandis que d'autres personnes courent, prennent leur bus, conduisent leur voiture, s'achètent un café à emporter. J'attends un vampire qui ne me connait pas et qui risque de me rire au nez ou m'ignorer parce que c'est ridicule. C'est possible. Je respire profondément, regarde autour de moi et toujours personne. Ce froid va avoir raison de moi. Je n'ai pas la moindre idée d'où elle peut se trouver, comparer aux vampires que je connais je n'ai pas de facultés. J'hésite à contacter Alice pour m'aider mais elle risque d'acheter un billet d'avion pour venir ici. Personne ne peut s'apercevoir que des vampires sont considérés comme des créatures nocturnes dangereuses pour les humains alors que ce sont des humains à qui on a volé l'humanité. Je m'en rends compte car la famille Cullen a pris la peine d'apprendre à me connaitre.

« Je suppose qu'un café n'est pas de refus ? ».

Cette voix. Cette odeur de vanille. Ce n'est pas logique. Un café fumant à emporter enveloppe mon odorat. La main qui le tient n'est pas grande, peut-être un peu plus petite que la mienne. J'enlève les écouteurs visés à mes oreilles et découvre le visage du vampire en question. Ses yeux innocents me regardent avec sympathie et non avec l'envie de me tuer. Ses yeux verts sont identiques à ceux d'Aurore. Fascinants. Elle a surgit de nulle part, elle n'a prévenu personne. C'est ce que font les vampires en principe, quand il chasse ou alors quand il ne prenne pas la peine de se manifester volontairement. Ce que je raconte est la définition même d'une créature nocturne aux capacités surnaturelles. À côté d'une humaine banale comme moi évidemment, l'ampleur est différente. La première fois que j'ai vu Céleste, je n'ai pas réfléchis. J'ai prononcé des arguments pour ne pas lui faire prendre la fuite. Le moment où son regard a croisé le mien, j'ai compris qu'elle était prête à partir aussi loin que possible. Elle s'est sentie trahie dans le sens ou deux vampires étaient en face d'elle et non une troisième personne qui plus est une humaine qui débarque de nulle part. Trois personnes face à une adolescente, c'est étrange. Ce n'était pas la meilleure idée du siècle. Je n'ai pas cherché. Je me suis endormie aussitôt rentrée à l'appartement et j'ai laissé les trois vampires ensemble. Depuis, je me suis sentie inutile. Alors aujourd'hui, je veux comme recoller les morceaux, même s'ils n'ont jamais constitué un puzzle pour être ensuite défaits. Là encore, je me perds dans mes pensées. Je ne pensais pas revoir Céleste. Pas aujourd'hui en tout cas et je pensais que mes recherches seraient plus compliquées alors que non, elle apparait devant moi un peu comme une évidence, pour ne pas dire servie sur un plateau d'argent. C'est quand même étonnant. Moi qui pensais que se montrer aux yeux des gens l'effrayait. Je me demande depuis combien de temps elle est devenue une créature nocturne mais lui poser la question ne serait pas bien vu. Tous mes questionnements sont enfouis dans mon esprit et j'ai beaucoup de chance qu'une sorte de don me permettant de les garder me soit tombé sur la tête. Les vampires lisent dans les pensées des humains. Un dialogue silencieux se fait directement. Et ils le font aussi entre eux. Chaque vampire partagent ses pensées avec qui il veut. La capacité d'Edward à le faire me fascine.

« Comment as-tu fait ? ».

« Je suis allée au café du coin » dit-elle hésitante par rapport à ma question.

« Merci, je... meurs de froid ».

« Tu claques des dents ? ».

Un rire léger mais que je peux tout de même entendre. Évidemment les vampires ne ressentent pas le changement de température, du moins pas autant que les humains où notre santé est fragile. Je ressens le froid comme si je suis enfermée dans un congélateur. Je pense que venir ici n'est pas la meilleure idée mais je suis à côté du vampire que je cherche et je suppose que Céleste ne serait jamais venu dans un café me rejoindre pour discuter. Elle ne me connait pas du tout. Engager une conversation avec une inconnue ne fait sans doute pas partie de ses principes, ce que je conçois car notre vie et surtout notre nature est différente. Mes mains sont gelées, comme le reste de mon corps. Mais le café qu'elle m'a donné me procure une sensation de chaleur agréable même si le vent gâche tout. Je hoche la tête pour unique réponse. Ce n'est pas logique de se sentir aussi déstabilisée. Je connais les vampires présents dans mon entourage et aucun ne me semble aussi énigmatique que celui qui se trouve à côté de moi. Ce vampire représente une partie de la vie de mon amie, ma sœur Aurore.

« Tu es partie depuis trois jours sans donner la moindre nouvelle, pourquoi ? ».

La question n'est pas la première à poser directement. Une erreur de ma part que je risque de payer chère. Alors, les joues rouges de honte je détourne le regard de Céleste. Impossible de la regarder en face. Elle ne veut sûrement plus me parler et je comprends dans un sens parce que c'est un sujet sensible. Des tas de questions me trottent dans la tête maintenant et elle seule a des réponses. Pour me faire pardonner, j'ai laissé des places de théâtre et un mot sur la table. Aurore aura une soirée tranquille pendant que je me charge de rechercher Céleste mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi simple. C'est Céleste qui m'a trouvé et non l'inverse. J'espère la convaincre de revenir, que sa seconde vie commence avec nous, qu'une famille entière demande à la connaitre et à l'apprécier comme elle le mérite. Nous avons le reste de la journée pour discuter et j'espère ne pas la brusquer. Je regrette ma question. De plus, ce n'est pas à moi de la lui poser. Les mots sont sortis tout seuls de ma bouche. Je la regarde plus attentivement espérant une réponse de sa part et non recevoir une gifle. À nouveau, un silence plane entre nous et je ne peux pas le lui reprocher. C'est aussi ma façon de communiquer. On fait passer pas mal de messages par le silence. Des gens disent que le silence est une réponse facile. Détourner le regard, rester hébété, ne rien pouvoir dire car on a rien à dire, ne pas savoir, nombreuses sont les manières d'instaurer un silence. Celui-ci est plus ou moins long et l'interprétation est propre à chacun. Mon interlocutrice n'a pas l'air de le prendre mal. Son regard vert me fixent deux secondes avant de suivre la trajectoire du mien. Rien d'autre ne se passe. Je ne fais plus attention aux coureurs inconscients d'affronter un froid pareil pour faire du sport. Je déteste ça. Elle allait me répondre. Le regard de Céleste se pose sur moi, elle lève même un sourcil. Comprendre mes pensées lui semble difficile. Il est vrai que mes pensées sont impénétrables. Cela trouble Edward. Je suis la première humaine à y arriver. Une sorte d'aptitude particulière apparement mais je n'y crois pas trop. Dans un sens tant mieux, je préfère garder mes pensées pour moi plutôt que de me faire arracher la tête maintenant. Au moins, j'ai un avantage sur les vampires. Je peux garder tout pour moi, ne pas dévoiler ce que je sais sous la torture. Mais Céleste ne semble pas aussi énervée. Au contraire, elle est plutôt neutre.

« Tu es venue jusqu'ici pour ne rien me dire ? ».

Là je regrette mon insolence. Je fais une leçon de morale à une adolescente vampire de quinze ans, âge humain. Sa vie éternelle est encore jeune. Je n'ai rien à lui apporter, elle a vécu dix fois plus de choses que moi dans sa vie. Ma question est maladroite et je ne sais pas comment me rattraper et me faire pardonner. C'est moi seule qui ai pris l'initiative de me rendre ici dans l'espoir de lui parler et peut-être avec de la chance, un miracle de la convaincre de rentrer à l'appartement avec moi. Bien sûr qu'elle peut me briser la nuque en une seconde mais j'ai envie de croire à son humanité, au reste de son humanité, que son cœur n'est pas en pierre, que son âme est saine. Je ne mets pas tous les vampires dans la même catégorie. Les Cullen en sont la preuve. Ils veulent faire le bien autour d'eux. Ils se considèrent déjà comme des créatures nocturnes dangereuses et sanguinaires pour les humains et leur estime d'eux-mêmes est sévère à ce sujet. Je refuse de croire qu'ils sont mauvais. Au contraire, ce sont les vampires avec la plus grande part d'humanité que je connaisse. Du point de vue de mon existence humaine. C'est peu mais ça a sa valeur. À mon sens encore une fois. Me prendre une baffe à la figure me semble juste au fond mais je n'ai pas envie d'en recevoir une. Rien ne se passe malgré les secondes qui défilent. Si ce n'est à moi que j'ai envie de me frapper la joue. Bien fort pour que ça résonne. Céleste est toujours assise à côté de moi sur ce banc. Aucune de nous ne prend à nouveau la parole. Je sens que nos futurs échanges se feront ainsi.

Elle me suit quand je lui indique un café proche du parc où l'on se situe. Sans rien dire, nous marchons un peu. En entrant dans le café, je soupire de soulagement en embrassant la douce chaleur qui m'enveloppe. Je me dirige directement vers le comptoir pour commander une boisson chaude. Elle m'indique qu'elle ne prendra rien. Je me vois mal boire mon chocolat seule mais elle ne boit que de l'hémoglobine et on n'en sert pas dans les cafés. Nous nous asseyons à une table et je porte directement la boisson à mes lèvres. Je ferme même les yeux pour profiter de la chaleur que cela me procure. Céleste doit me regarder étrangement. Mais peu m'importe, l'important est qu'elle est soit là. Je ne lui demande pas de se justifier sur tout, juste sur quelques éléments de réponses.

« Tu te trompes Bella. Sache que tu ne m'apprends rien » me fixe t-elle. « C'est compliqué ».

Là encore elle marque un point. On n'est pas dans un interrogatoire. Ses réponses sont énigmatiques. Rien de ce que je sais ne lui rendra service. Elle ne me connait pas encore une fois. Je me demande pourquoi je suis allée à sa recherche. Mon contact lui ai insupportable.

« Ne ne réponds pas à nouveau: c'est compliqué. Il y a autre chose. Je ne te demande pas de détails, juste des éléments de réponses ».

« Ma vie n'a rien avoir avec celles des autres vampires que tu connais, les Cullen. Je suis tombée malade alors que j'étais encore trop jeune pour me rendre compte des choses. Apparemment j'ai failli y rester. Ma transformation s'est faite le jour de mes quinze ans. Je suis coincée dans un corps d'une adolescente Bella. Tu n'as aucune idée des conséquences pour les prochains siècles à venir » reprend t-elle à ma grande surprise.

Céleste a déballé toutes ces informations d'un coup, sans s'arrêter et moi j'ai observé la scène, comme une enfant. Comme une humaine en fait qui n'a pas conscience de la chance d'avoir grandi dans un foyer entouré de ses parents. Je connais tellement de détails sur Céleste et elle n'a aucune idée de qui je suis. Forcément, des tas de questions se battent en duel dans son esprit. Je me demande encore pourquoi je n'ai pas pris plus de précautions. C'est vrai, j'aurai dû préparer mes questions et je dois m'estimer heureuse d'avoir pu l'approcher et la côtoyer aujourd'hui car c'est elle qui est venue jusqu'à moi.

« Tu as peur ? » osais-je demander.

« On n'a pas toute la nuit pour parler de mes peurs » rétorque t-elle.

« On a toute la nuit » répétais-je.

« Étant humaine, tu as besoin de sommeil ».

C'est un fait que je ne peux contester. Me retrouver endormie sur elle sans m'en rendre compte. Mes yeux qui se ferment tout seuls, mon corps immobile sur le canapé, incapable de me relever car le sommeil l'aura emporté. Non, je ne veux pas imaginer cette image et laisser Céleste seule. Mais boire des litres de café n'est pas une bonne solution non plus. La caféine ne me réussit pas. Donc je vais trouver une autre idée. Sachant que j'ai acheté des places de théâtre à Aurore pour qu'elle sorte en amoureux. Histoire aussi d'avoir la possibilité de lui faire la surprise de découvrir la vampire à l'appartement. Je reprends le fil de mes pensées.

« Aurore ne souhaite que ton bien-être ».

« Comment ? » dit-elle hésitante. « Elle s'est occupée de moi, c'est tout ce que je sais ».

« As-tu eu des informations concernant sa vie ? ».

« Et tu poses beaucoup de questions » ajoute t-elle un sourire en coin.

Voilà comment me démasquer. Je ferais une piètre détective privée. La discrétion n'est pas ma première qualité et ma maladresse me perdra. C'est mal partie. Je me retrouve quand même à discuter de la vie d'une vampire inconnue jusqu'à il y a trois jours. Aurore a évoqué Céleste et a raconté des anecdotes à son sujet depuis le premier jour de son arrivée dans la famille. On me reproche de ne pas prendre la parole suffisamment mais quand un sujet, une cause m'intéresse, plus rien ne m'arrête. Je veux aider ma nouvelle sœur. Par parce que nous sommes dans une même famille mais parce qu'elle le mérite. Ce bébé, plus maintenant, l'a aidée à une période de sa vie où se regarder dans un miroir lui était impensable. Sa nature vampirique nouvelle a été un élément important et traumatisant dans le sens où toute sa vie a été bouleversée. On parle des changements physiques mais le mental aussi car les siècles de vie sont désormais à portés de mains. On ne se préoccupe plus de la mort. On a le temps de penser à soi. Donc Céleste a été un évènement inattendu mais indispensable même si cela n'a duré qu'une année. Et je ne sais pas pourquoi mais Céleste me touche. Je me dis que ça aurait pu être moi ou une sœur si j'en avais eu une. Je ne me permets pas de juger cette histoire. Je constate les faits et toutes les deux ont besoin d'apprendre à se connaitre, de créer des liens uniques. Imaginer durant tant de temps, le parcours de l'enfant sans avoir la moindre nouvelle est quelque chose de complexe. Alors, je me sens obligée de remettre de l'ordre. Je veux l'aider.

« Excuse-moi » dis-je en baissant les yeux.

Il est vrai que je n'ai pas à m'inciter dans sa vie. Après tout, elle ne me doit rien. Nous ne sommes pas amies non plus. Elle est le bébé dont Aurore s'est occupée plus jeune. Toutes ces années qui se sont écoulées, ce bébé est en face de moi, en chair et en os. Qui l'eut cru. C'est quelque chose de surprenant pour moi. Je n'ai pas peur des conséquences. Elle est inscrite dans un établissement scolaire près de la maison. Nous l'aurions forcément vu en ville. J'oublie juste que les Cullen sortent peu. Je me suis levée de la chaise, prétextant un besoin de sucre au comptoir. J'hésite même à quitter le café tellement je me sens honteuse. Je n'ai pas retiré mon manteau pour autant, en mettant mes mains dans mes poches, je constate que les clefs de l'appartement y sont. Quitte à tenter l'expérience, autant le faire maintenant. Je me vois mal rester ici assise à regarder la vampire dans le blanc des yeux ou alors à lui proposer une séance de cinéma. Au mieux elle hausse un sourcil avant de répondre non en douceur ou au pire, elle me rit au nez. Quoique non, dans les deux situations c'est dur. Je me retourne vers elle car je me tiens près de la porte. J'ai renoncé à la dose de sucre. En réfléchissant je ne peux pas me montrer indifférente à Céleste. Je suis sûre que c'est une personne géniale qui ne demande qu'à être appréciée pour elle-même. Jamais on a dû lui dire d'où elle vient ni comment elle a été placée en foyer. Je n'en ai pas la moindre idée, ce ne sont que des suppositions. Le regard de Céleste à mon égard est interrogatif. Je conçois que plus de cent cinquante questions se bousculent dans son esprit. Dans le mien aussi. Ma spontanéité me surprend moi-même. Après tout, je n'ai pas l'art de faire des grands discours. Ma chance est qu'elle me fasse un minimum confiance, en une journée c'est utopique mais je ne veux pas être défaitiste. Je veux me permettre de croire, ce serait-ce qu'une seconde à une part de chance et de confiance infime. Il faut mettre les choses au clair. Si Aurore et Céleste doivent se retrouver, c'est bien maintenant et non dans cent cinquante ans. Elles ont attendu trop longtemps. Refaire sa vie par la suite est une chose mais connaitre les chapitres qui la compose en est une autre. Elles méritent toutes les deux d'avoir des réponses. Elles s'en posent mais n'en parlent pas encore. Je le vois bien dans le regard de Matthéo que cette situation le préoccupe lui aussi. Il souhaite mieux connaitre la situation. Il est d'un soutien exemplaire mais je doute que cela suffise.

« Non » dit-elle dans le vide.

« Rentre avec moi ».

Contrairement à ce que je pensais depuis le début, la chaise ne grince pas au sol. La vampire se lève et vient se placer à côté de moi aussi lentement que sa vitesse surnaturelle le lui permet. Elle ne refuse pas. Mon audace me perdra dans un sens mais porte tout de même ces fruits. Elle ne prend pas la fuite. Je n'ai pas la moindre chance face à elle mais j'aime à penser le contraire. Tous les vampires ne sont pas les prototypes servis dans les livres ou dans les films. Ce sont d'anciens êtres humains qui ont gouté pour la plupart à une vie immortelle sans consentement. Ils gardent une part d'humanité plus ou moins grande, façonnée par les siècles de vie à des rythmes et des époques diverses. J'aime à penser à la personne humaine qu'était Céleste avant de devenir une créature nocturne. Une créature figée dans un corps d'une adolescente de quinze ans en âge humain.

« Pardon ? ».

« Tu as besoin de réponses ».

« Comment ? Je ne suis pas sûre de te faire confiance, ne le prend pas mal. Ta démarche est louable mais mon instinct me dit de me méfier ».

« Rentre avec moi » répétais-je. « Écoute ce qu'elle a à te dire et tu aviseras ».

Aussi étrange que cela puisse paraitre, cet argument fait écho. Et elle n'ajoute pas un mot. Elle souffle, arrange une mèche de cheveux blond et reporte son regard sur moi avant d'avancer vers moi. Je suis vraiment surprise. Nous sortons du café. Me réchauffer à l'intérieur m'a fait du bien. Céleste me suit toujours et si je ne jette pas un regard par dessus mon épaule, je peux croire que sa présence n'est plus derrière moi tellement elle est silencieuse.

Une bouche de métro apparait et je commence à descendre les escaliers. À peine en bas, j'achète un ticket supplémentaire pour Céleste. Je me mets à penser que je connais son prénom et certains détails de sa vie et elle ne connait pas grand chose à mon sujet. Fait étrange mais vrai. J'ai l'impression de me retrouver dans la situation inverse. Au début de ma relation avec Edward, c'est lui qui souhaitait me comprendre de A à Z. Moi aussi mais d'une nature différente car il ne me donnait pas de réponses précises. Il a fallut que nous dinions au restaurant un soir pour discuter et que j'en apprenne un peu plus sur lui. Je lui laisse le temps si jamais elle le souhaite mais tout ce que je veux est qu'elle apprenne qu'Aurore l'aime. Que quelque part, nous l'aimons déjà depuis longtemps à force d'entendre parler d'elle. Sans doute que cela l'effraie un peu. Je ne peux pas contredire ça.

L'arrêt est annoncé quelques stations plus tard. Je lui indique qu'il faut sortir. Elle me suit sans rien dire d'autre qu'un faible « Ok ». Je suppose qu'elle m'accorde un peu de confiance.

J'enfonce la clef de l'appartement dans la serrure. La porte s'ouvre et j'invite Céleste à y entrer. Je suis bien contente d'être rentrée. De toute façon, je n'allais pas rester dehors très tard sans inquiéter Matthéo et Aurore. Je ne veux pas leur rendre la vie plus compliquée. Je me doute que de veiller sur une humaine n'est pas un cadeau. J'ai des besoins vitaux dont ils ne voient plus l'utilité depuis bien longtemps. J'envoie quand même un message à Aurore pour lui dire que je suis rentrée. Il est dix neuf heure. Ils sont partis avant, la pièce de théâtre commence dans une demi heure. J'ai pensé qu'une soirée à deux leur ferait plaisir. Ils sont amoureux et ont besoin de partager un moment sympathique au théâtre qui est la meilleure option selon moi. J'espère qu'ils passent une bonne soirée.

Je vais chercher des couvertures en attendant qu'elle sorte de la salle de bain. Je sors aussi des affaires à moi, elle veut probablement se sentir à l'aide dans des vêtements propres et confortables pour cette nuit et demain. Je me surprends à anticiper certaines choses pour elle. M'occuper d'elle comme d'une petite sœur. Je pense que c'est ce qui me fait sentir humaine au final. N'ayant pas de frères ni de sœurs biologiques, je ne peux pas savoir ce qu'est réellement le sentiment d'appartenance à ce sujet et encore moins les liens forts que cela procurent. Aurore a souffert de la séparation avec ce bébé qui aurait pu être le sien si elle avait été encore humaine, ça aurait été possible en tout cas. Alors s'occuper d'un si petit être pendant un an lui a changé la vie. Je prends de l'avance en anticipant les retrouvailles. En fouillant dans les placards, je trouve un paquet de marshmallow. La moitié a été mangée. Par moi, je suis la seule humaine ici. Les autres n'y touchent pas. J'installe pas mal de choses pour pouvoir regarder un film sans être mal à l'aise. J'espère que Céleste ne va pas me jeter quelque chose à la figure. D'ailleurs, son odeur de vanille flotte dans l'air. En effet, elle hausse un sourcil en voyant la mise en scène. Elle a les cheveux mouillés. Elle a enfilé un pyjama qui est à sa taille. Ça me conforte dans l'idée que nos tailles sont identiques pour les vêtements.

« Je ne vais pas chercher à comprendre pourquoi tu fais tout ça ».

Au moins, elle ne hurle pas. Je ne m'attendais pas à sa réponse. Elle se laisse tomber sur le canapé. Vient maintenant le choix du film. Si je lui propose un film de vampires, elle va me rire au nez. Un film de zombie je doute que ce soit crédible. Je suis un peu sceptique sur le sujet. Alors je lui laisse le choix entre un film fantastique ou une adaptation de mon livre préféré « les Hauts de Hurlevent ». Elle ne proteste pas. Seulement, dix minutes après le début du premier film la porte d'entrée s'ouvre. Je devine que mes deux vampires préférés sont rentrés. J'espère vraiment ne pas me retrouver dans une mauvaise position pour avoir ramener Céleste ici. Ne pas me retrouver plaquer contre un mur ou me faire réprimander est l'une de mes priorités. Je ne peux pas non plus demander à Céleste de se cacher quelque part dans l'appartement, son odeur de vanille est identifiable, surtout pour Aurore et mentir à un moment pareil est de l'inconscience. J'ai envie de rire nerveusement face à la situation. Ce ne serait vraiment pas bien vu. Je me sens coupable d'un coup parce que je n'ai prévenu personne et je ne veux pas que ma prise d'initiative soit mal interprétée car ce n'est absolument pas mon intention.

Je croise le regard vert de mon amie qui affiche un visage surpris. Son regard veut dire beaucoup de chose et les yeux ambres de Matthéo le sont tout autant.