J'ai eu envie de poster un chapitre plus tôt quand j'ai lu vos gentilles reviews, alors voilà !


Chapitre vingt-et-un : La vérité sort de la bouche de l'Homonculus


Il fallut développer une grande recherche dans le château pour retrouver l'auteur du délit. Dumbledore fit interroger tous les portraits et convoqua une réunion de crise. Le corps professoral dans son intégralité se réunit dans le bureau de Dumbledore afin d'organiser une battue dans la Forêt interdite avec l'espoir de découvrir le moindre indice. Avant cela, il fut obligé de les prévenir de la dangerosité de la mission. En effet, un inconnu malveillant rôdait dans l'enceinte de Poudlard et occasionnait des victimes, dont la plus mal en point se trouvait en ce moment même à l'infirmerie. L'équipe de professeurs comprit la gravité de la situation et ils s'en allèrent par groupe de deux ou trois pour fouiller la forêt, sous la direction d'Hagrid.

Pour cette raison, les cours du lundi furent exceptionnellement annulés et les élèves furent invités à rester autant que possible dans leurs dortoirs et salles communes. Les rumeurs allaient bon train dans les quatre maisons et personne ne savait exactement ce que l'étrange et mystérieux discours de Dumbledore au petit-déjeuner voulait bien signifier. Pas plus que les délégations des écoles étrangères qui eurent droit à une réunion à part avec Dumbledore afin de discuter mesure de sécurité et enquête. Personne ne vit quiconque ressortir du vaisseau ni du carrosse du reste de la journée. Les seuls à savoir ce qu'il s'était passé étaient Hermione, Harry, Ron et Envy.

À midi, le dernier fut convoqué dans le bureau de Dumbledore. Seul. Il demanda des nouvelles d'Edward et n'en reçut pas. Le directeur l'invita d'un geste silencieux à s'asseoir dans le fauteuil face à lui. Il ne lui proposa aucun thé ni friandise. La conversation promettait d'être très sérieuse et désagréable.

– Après interrogatoire de chaque portrait concerné, j'ai pu reconstituer le trajet emprunté par Mr Elric cette nuit. Vers minuit, il est sorti en trombe de sa salle commune, puis a couru sur plusieurs étages, dans la direction d'ici même. Avant cela, des portraits l'ont entendu demander de l'aide à Peeves, pour qu'il vous fasse passer un message d'urgence. Avez-vous reçu ce message ?

Blême de colère, Envy secoua négativement la tête. Cet esprit frappeur allait subir son courroux tôt ou tard. S'il lui avait passé le message, rien de tout ça ne serait arrivé. Pour qu'Edward s'abaisse à demander à cet esprit de le prévenir, sa situation devait être désespérée.

Cette pensée lui fit serrer les poings jusqu'à ce qu'ils en blanchissent.

– Le Baron sanglant est en train de le chercher afin de l'interroger en personne. Nous ferons la lumière sur ce point.

– Il est venu ici ? répéta Envy, les poings serrés. Pourquoi ne l'avez vous pas aidé ?

– Je n'ai jamais su qu'il était venu, avoua Dumbledore, visiblement coupable. Il ne connaissait pas le mot de passe et le portrait qui fait face à ma gargouille l'a dissuadé de persister à essayer. Cependant, il en a dit assez pour nous donner une piste sur le mobile de l'agression. Il a dit mot pour mot : « c'est une question de vie ou de mort » et « la sécurité du château en dépend » entre autres.

– Ça ne nous avance pas à grand-chose.

– Au contraire, si. Cela veut dire qu'il a découvert qui a ensorcelé la Coupe de Feu et non qu'il a été attaqué au hasard parce qu'il aurait surpris quelque chose qu'il n'aurait pas dû comme nous l'avons pensé à l'origine. Cela change absolument tout, car c'est ici que vous pouvez vous montrer utile en m'aidant à reproduire son cheminement de pensée.

– Je ne suis pas dans sa tête. S'il a deviné, je ne vois pas comment je pourrais le faire moi aussi.

– Envy, écoutez. Je vais jouer franc-jeu, annonça Dumbledore en croisant ses doigts devant son visage. Je vous ai espionné et je sais que vous êtes à la poursuite de Mangemorts. Je sais également que vous vous intéressez de près à certains habitants du château et que vous les surveillez. Ce que j'aimerais savoir, c'est quelle avancée vous avez faite avant qu'Edward se fasse agresser.

Les bras croisés et sur la défensive, Envy resta muet de stupeur pendant un moment. Dumbledore les avait dévoilés depuis tout ce temps et n'avait rien dit. Que savait-il déjà de compromettant sur eux ? Et surtout... Que répondre à Dumbledore ? Quels secrets devait-il dissimuler et lesquels pouvait-il partager ? Edward lui aurait dit de tout garder pour lui, parce qu'il ne faisait confiance à personne, mais la nuit dernière, il était venu jusqu'ici en dernier recours. Avait-il prévu de lui dire toute la vérité avant d'être refoulé à l'entrée ? C'était sans nul doute le cas. Dumbledore devait les protéger, alors il était le seul à qui ils pouvaient faire un tant soit peu confiance.

Envy décida de se fier à lui. Il lui raconta leur enquête en détail : la fausse piste de Verpey et de sa dette qu'il comptait rembourser en incitant Harry à la tricherie ; la piste de Karkaroff, ancien Mangemort qui semblait trop craindre le retour de Voldemort pour l'aider à mettre son plan à terme ; puis Rogue, lui aussi un Mangemort, contactant discrètement Karkaroff depuis le début d'année. Enfin, il termina sur Maugrey, qui leur paraissait louche et dont Edward se méfiait depuis le départ, et Envy également depuis qu'il possédait la carte. « Quelle carte ? » Envy lui fournit l'explication la plus précise possible sur son utilité l'an passé lors de la recherche de Pettigrow et son intérêt dans l'affaire de cette année.

Envy se souvint de l'étrange question qu'Edward avait posée à Sirius le jour de l'agression. Il révéla à Dumbledore la présence du fugitif dans les environs de Pré au lard et la visite qu'ils lui avaient rendue. Puis il lui rapporta la question intrigante d'Edward sur le nom qui apparaissait sur la carte pour quelqu'un sous Polynectar.

– Résumons donc, si vous le voulez bien, soupira Dumbledore, fatigué. Un imposteur se trouve dans le château sous Polynectar — d'où les ingrédients volés dans le bureau du professeur Rogue — et tout cela pour mener à bien une mission au but malveillant dont nous ne savons rien, à part qu'elle nécessite la participation de Harry Potter au Tournoi des Trois Sorciers.

– Il veut aider le retour de Voldemort ! rétorqua Envy, impatient.

Envy se tut brusquement. Boulette.

– Vous pensez donc que Lord Voldemort a survécu. Je m'en doutais. Ai-je raison de penser que vous souhaitez empêcher son retour ?

Envy n'avait plus aucune raison de mentir à ce stade. S'il se taisait, Dumbledore pourrait encore croire qu'ils souhaitaient joindre le mage noir. Ça ne ferait que leur apporter des ennuis. En plus, il pouvait bien omettre quelques parties de la vérité s'il en avait besoin.

– Très bien, vous avez gagné, abdiqua Envy avec un lourd soupir. C'est vrai, nous nous intéressons aux Mangemorts et les surveillons de près. C'est vrai aussi que nous menons notre propre enquête sur ce qu'il se passe à Poudlard cette année. Et c'est encore vrai que nous sommes venus à Poudlard pour autre chose qu'étudier. Notre objectif final est de tuer Voldemort et détruire la menace Mangemort définitivement.

– Qu'est-ce qui vous fait dire qu'il reviendra ?

– Nous le savons, c'est tout. Vous devez vous aussi vous en douter. Les rumeurs courent et trop de choses inexpliquées surviennent cette année. Il n'y a pas de coïncidences. Voldemort reviendra en fin d'année et sera aidé par Peter Pettigrow. On pense que Harry a un rôle à jouer là-dedans, même si on ne sait toujours pas lequel.

Dumbledore fut plongé dans une réflexion intense de plusieurs longues minutes pendant lesquelles ils s'observèrent en silence. Alors c'était donc ça... Nicolas, par un moyen qu'il ne connaissait pas, avait eu vent du retour de Voldemort et, sur son lit de mort, avait demandé à ces deux personnes d'éviter ce drame. Pourquoi les avoir choisis eux en particulier ? Il savait qu'Envy était particulier et bon combattant comme en témoignaient la Coupe du Monde et l'état du calmar géant. Et il savait qu'Edward avait des capacités de réflexions hors-norme et pouvait faire revenir les morts à la vie. Enfin c'était la conclusion à laquelle il en était arrivé après l'incident du bal de Noël. Ses conclusions étaient peut-être faussées par son manque de connaissance sur la question, mais il ne voyait aucune autre possibilité.

Il en avait longuement discuté avec Rogue qui lui avait rapporté l'incident qui s'était déroulé en même temps que la crise d'Envy. Edward avait senti la mort arriver. Était-il une banshee ? Sentait-il la mort arriver ? Possédait-il le pouvoir de la contrer ? Fort probable. Il ne connaissait aucune autre créature capable de sentir la mort d'une personne approcher. À part peut-être quelqu'un avec des dons de voyance, comme Sybille Trelawney. Si seulement il pouvait comprendre ce qu'Edward avait dit juste avant la résurrection d'Envy...

En tout cas, ils comptaient visiblement lutter contre le Mal et retenaient des informations pouvant se révéler précieuses pour protéger le monde magique. Il avait grand intérêt à les croire et s'allier à eux.

– Je vous crois, assura Dumbledore. Et ce n'en est que plus inquiétant. Je ne vous demanderais plus comment vous pouvez être si certains du retour de Voldemort, puisque vous refusez visiblement fermement de répondre à certaines questions sur vous. En échange, j'aimerais que nous nous alliions pour mettre toute cette affaire au clair. Et si Voldemort venait à être de retour, nous agirons. Acceptez-vous de m'apporter votre aide ?

– Je ne déciderai rien sans Ed.

– Pour le moment, il ne se souvient pas de son propre nom. Le temps presse. Vous devez décider maintenant.

Envy grinça des dents en fixant Fumsec d'un regard noir. Il hocha la tête, acceptant l'offre. Dumbledore n'avait pas failli à son devoir quand il avait eu vent de la vérité concernant Sirius et Pettigrow. Cette fois aussi, il ferait pour le mieux.

– Bien. J'aimerais seulement ajouter que je me porte totalement garant de Severus Rogue. Il a mon entière et pleine confiance.

– Eh bien pas la nôtre, rétorqua Envy. Si nous nous entraidons tous les trois, n'essayez même pas de nous influencer. Rogue est un suspect et le restera tant que nous n'aurons pas le véritable coupable. Et même ensuite, il restera un Mangemort à nos yeux, qu'importe son rôle d'espion ou non.

Dumbledore hésita à utiliser la Pensine pour lui faire changer d'avis, mais il avait promis au professeur de potion de ne dévoiler la vérité sur ses motivations à personne.

– Concernant Alastor...

– C'est la même chose, l'interrompit Envy immédiatement. C'est peut-être votre ami, mais pour le moment c'est mon suspect principal pour ce qui est arrivé à Ed.

– Je souhaitais seulement proposer de le faire venir ici afin d'entendre son témoignage et de consulter la carte de Harry.

– Comme ça il aura le temps de faire disparaître les preuves. Bonne idée. On a déjà perdu assez de temps comme ça. Vous avez une confiance aveugle en vos amis.

– Vous en êtes la preuve vivante, rétorqua Dumbledore en se levant. Très bien, allons lui rendre visite. Mais je vous préviens, vous risquez d'être fort déçu. Mon ami a un solide alibi concernant la nuit de l'agression.

– Quoi ?

– Il a quitté le château tôt ce samedi matin et n'est revenu qu'hier après-midi. Les sécurités que j'ai mises autour du château ne m'ont pas fait savoir qu'il était revenu entre-temps. Il n'est pas l'imposteur.

– Mais il a vu le nom de l'imposteur se balader dans le château sans manifester le moindre étonnement.

– Dans une foule d'autres noms communs de plusieurs centaines d'élèves ?

– Il fait cours à tous les élèves du château.

– À part quelques sixièmes et septièmes années. Il pourrait donc se dire que le nom de l'imposteur appartient à l'un de ces élèves qu'il ne connaît pas.

– Vous avez réponse à tout ?

– Je n'aurais pas cette prétention.

Envy roula des yeux et ils quittèrent le bureau du directeur pour partir en direction de celui du professeur de défense contre les forces du Mal.

Un chaos phénoménal les accueillit là-bas. Des feuilles, des éclats de bois et de verre jonchaient le sol, le bureau était tombé à la renverse, des taches de sang s'éparpillaient un peu partout, des cordes traînaient sur le sol à côté de plusieurs instruments magiques. Au milieu du désordre, Maugrey se tenait debout à observer les dégâts.

– Ah, Dumbledore, vous avez reçu mon message. Merci de vous être déplacé, grogna Maugrey qui leur tournait toujours le dos.

Envy sentait son œil magique fixé sur eux. Il frémit de dégoût. Cet homme ne lui inspirait plus la moindre sympathie.

– Que s'est-il passé ici ? s'étonna Dumbledore. Est-ce le —

– Le lieu du crime, j'en ai bien peur, termina Maugrey en se tournant vers le directeur. Je n'avais pas encore eu l'occasion de revenir dans mon bureau depuis mon retour, mais par chance celui qui a agressé Elric a pris la fuite face aux battues et n'est pas repassé par ici.

– Y a-t-il des indices quant à son identité ?

Maugrey secoua la tête tandis qu'Envy s'avançait dans la pièce pour tenter de trouver une piste. Edward s'était débattu, c'était plus que certain. Mais son assaillant l'avait vaincu. Sûrement grâce à la magie. Il contourna le bureau. Du bout des doigts, il toucha la surface couverte d'encre séchée. Ça expliquait celle retrouvée dans ses cheveux.

– Avez-vous une théorie ? demanda Dumbledore à son ami.

– Elric a dû savoir que j'étais en déplacement, comme il me surveille sans cesse. Mon bureau était donc libre et comme vous avez dit qu'il avait découvert quelque chose de suspect, il est venu ici afin d'avoir accès à la carte de Mr Potter. Seulement l'imposteur a dû se montrer plus malin et l'a surpris ici. La lutte a suivi et Elric a perdu.

– Non, contredit Envy soudain. Ça ne s'est pas passé comme ça. Ed est prudent, il ne serait pas venu seul et encore moins pour un motif aussi idiot que récupérer une carte dont il n'avait pas besoin.

– Que peux-tu en savoir ? rétorqua Maugrey. S'il avait découvert quelque chose, il devait bien vérifier sous quelle apparence se cachait cet hypothétique imposteur.

– Pas hypothétique, répondit Envy avec impatience. Quand il est allé vous voir, Dumbledore, il connaissait déjà la véritable identité de l'imposteur.

– Tu as des dons de voyance maintenant, Alighieri ? rétorqua le professeur de défense d'un ton bourru et méfiant. J'imagine que tu vas encore nous impressionner en sortant cette information de ton chapeau, n'est-ce pas ?

– Exact. Je peux vous affirmer que nous connaissons également l'identité du coupable.

– Quel nom vous vient à l'esprit ? demanda Dumbledore, curieux.

– Barty Croupton.

Les deux sorciers se tournèrent vers lui d'un bloc. Les deux yeux de Maugrey se fixèrent sur lui, alors qu'il se retenait d'ouvrir la bouche de stupeur.

– Pour prouver ma version sur ce qu'il s'est passé, il suffit de regarder autour de nous. L'imposteur a su qu'il était démasqué — je pense qu'il avait déjà récupéré la carte et qu'il a vu Ed aller chez Dumbledore. Alors il a trouvé Ed bien avant qu'il atterrisse ici, parce que ce qui est sûr, c'est que le nabot ne serait jamais venu ici sans renforts. Il n'est pas venu ici de son plein gré. Il a été attaché, continua Envy en prenant les cordes qui traînaient. Il s'est libéré, une lutte a effectivement suivi et il a atterri sur le bureau, ce qui explique l'encre dont il était couvert.

– Comment cela peut-il vous mener à penser que Croupton est le coupable ? aboya Maugrey.

– C'est écrit en lettres capitales.

– Je ne vois pas en quoi ce que vous nous rapportez devrait nous éclairer... dit Dumbledore.

– Non, vous ne me comprenez pas. C'est littéralement écrit en lettres capitales, précisa Envy, en se relevant. Il a eu le temps d'utiliser l'encre pour écrire avec les doigts.

Déconcerté, Dumbledore contourna le bureau à son tour, Maugrey derrière lui, pour vérifier les dires de l'élève. Effectivement, sous la tache d'encre, le nom « CROUPTON » apparaissait écrit à la va-vite. De l'encre avait coulé tout autour du nom et avait menacé de l'effacer, mais elle avait séché à temps. Ils ne surent pas que ce n'était pas tout à fait vrai. Car le « JR » qui suivait avait déjà disparu. Par contre, l'œil bleu de Maugrey s'y posa avec irritation. Ce sale gosse l'avait bien eu. Il ne l'avait même pas vu écrire avant qu'il lui enfonce cette plume dans la gorge.

– Alastor, où est la carte ? demanda Dumbledore, grave.

– Disparue, maugréa-t-il.


Au moment du dîner, l'enquête était terminée par faute de piste. La Forêt interdite avait était ratissée sans que personne ne trouve la moindre trace utile. L'idée même que la théorie de l'imposteur sous Polynectar s'avère inquiétait Dumbledore au plus haut point. Et si l'agresseur avait lui-même participé aux recherches ? Tant de malveillance et de sournoiserie en une seule personne... Cette intelligence sombre et fourbe ne pouvait pas être du fait de Barty Croupton comme le message laissé par Edward le laissait penser. Ce nom devait revêtir une autre signification pour lui et avoir une importance particulière dans la résolution de l'énigme.

Quel rôle jouait Mr Croupton ? Était-ce en rapport avec son étrange maladie ?

Tous ces éléments ne semblaient entretenir aucun rapport les uns avec les autres. Pourtant, Edward Elric en avait trouvé un qui l'avait mené au coupable. Rien qu'avec le peu d'informations qu'il avait en étant élève à Poudlard, il avait résolu l'énigme. Les seules sources d'informations dont il disposait : les journaux dont il fallait démêler le vrai du faux, les dossiers sur les Mangemorts datant d'il y avait plus de dix ans et le témoignage d'un ancien détenu à Azkaban. Témoignage qui n'apportait rien à l'enquête. Tout ce que Sirius Black avait dit, Dumbledore le savait déjà, à part quelques détails sans importance.

C'était peut-être cela le problème. La méticulosité importait à Edward. Il prenait la situation dans sa globalité sans toutefois négliger aucun fait. La réponse se cachait dans le détail, dans ce cas.

L'enchaînement des événements du samedi n'était pas une coïncidence. Edward avait entendu le récit de Sirius Black, puis avait découvert le coupable. La réponse se trouvait dans cette conversation. Cependant, après plusieurs visionnages du souvenir donné par Envy, Dumbledore n'entrevoyait aucune piste. Des dizaines d'idées le traversaient, fugaces et invraisemblables. Il lui manquait l'instinct d'Edward. Il se fiait à ses impressions puis creusait les hypothèses, ce dont Dumbledore ne se sentait pas capable avec si peu d'éléments en sa possession. Lui qui se targuait d'une intelligence supérieure à la plupart de ses contemporains, se retrouvait démuni contre un simple élève.

Il fallait venir à l'évidence. Le cerveau de son élève ne fonctionnait pas comme les autres. Nombre de ses collègues le lui avaient déjà fait remarquer quand il demandait des nouvelles sur les progrès de ses protégés. Edward était doté d'un esprit d'analyse très travaillé et pointu, comme celui d'un chercheur aguerri, mais avec l'œil nouveau de la jeunesse et l'enthousiasme du débutant. Après consultation de Flitwick et d'autres en général, tous lui dirent qu'Edward se distinguait avec brillance. Ce qui l'amenait à se demander s'il ne pourrait pas utiliser ce don si jamais le retour de Voldemort se confirmait.

Depuis des années, sa quête visant à découvrir le secret de l'immortalité de Voldemort était en suspens.

Edward était-il la clé permettant de découvrir ce secret ?


Le lendemain, les cours reprirent comme si de rien n'était. Ou presque. Des mesures de sécurité furent prises avec beaucoup de sérieux et le mode de fonctionnement entrepris rappela grandement à certains élèves assez âgés les mesures prises lors de la réouverture de la Chambre des Secrets deux ans auparavant. En effet, entre chaque cours, les professeurs accompagnaient leurs élèves jusqu'à la prochaine salle. Ce procédé faisait perdre beaucoup de temps, cependant c'était encore le plus utile afin d'éviter la fermeture complète de l'école. Les parents n'allaient pas beaucoup apprécier quand les hiboux et chouettes viendraient les harceler de lettres explicatives et anxieuses de leurs enfants. Si Dumbledore ne fermait pas la volière par « mesure de sécurité ».

Envy ne trouvait rien à redire des décisions du directeur. Depuis les conclusions de l'enquête, il se sentait idiot et impuissant. Quelle piste sérieuse lui restait-il ? Maugrey avait un alibi, Karkaroff semblait terrifié par le retour de Voldemort, Verpey se trouvait à l'extérieur du château. Aucun portrait n'avait rien vu. Peeves se cachait depuis qu'il avait eu vent des pensées vengeresses de l'Homonculus. Le bureau de Maugrey avait été fouillé de fond en comble, mais rien n'en était ressorti. La seule piste persistait : Croupton. Qu'avait-il à voir là-dedans ? Il n'en avait pas la moindre idée et se reposait entièrement sur Dumbledore et ses consignes. En dehors de ça, il allait en cours comme tout le monde et suivait les leçons superficiellement.

Pendant ce temps, Pomfresh gardait Edward à l'infirmerie parce qu'il était trop désorienté pour s'occuper de lui-même. Entre autres, elle devait le nourrir et lui rappeler régulièrement de boire, sinon il restait sans bouger pendant des heures en récitant sa liste d'ingrédients de façon monotone. L'infirmière la connut bientôt par cœur, malgré la langue inconnue.

Le troisième jour, les soins de Pomfresh et les potions de Rogue progressèrent. Les moments de lucidité d'Edward augmentaient en fréquence et en durée et il reconnaissait les personnes de temps en temps. Par contre, il apparut rapidement que le sort d'amnésie était si fort qu'il ne se souvenait même pas de la semaine précédant l'attaque. Ni de la conversation étrange entre Karkaroff et Rogue à propos de leur Marque des Ténèbres, ni de la filature loin d'être discrète du trio de Gryffondors, ni le fait qu'ils aient assisté à l'une de leurs conversations privées.

Le quatrième jour, le diagnostic évolua encore. Grâce aux potions et aux soins, Edward réussit à reprendre quelque peu ses moyens, mais il se rendit rapidement compte qu'il n'arrivait plus à réfléchir. Edward Elric, le prodige d'Amestris, qui ne peut plus faire fonctionner ses méninges ? Le cas était grave. Même la plus petite réflexion lui coûtait une énergie considérable et lui causait des migraines terribles. Il fut décidé qu'il faudrait lui éviter trop d'exercices mentaux jusqu'à ce que les lésions cérébrales soient guéries. Si elles pouvaient l'être.

Le cinquième jour, Pomfresh avait contacté plusieurs collègues médicomages afin d'avoir leur avis concernant ce cas. Edward aurait dû être hospitalisé d'urgence, mais pour des questions de sécurité, les soigneurs se déplacèrent eux-mêmes en jurant de garder le secret sur la situation qui l'avait mené à être blessé. Secret médical oblige. Ils lui firent passer une batterie de tests qui l'épuisèrent puis prescrirent un nouveau traitement que Rogue se hâta d'aller préparer, sous les demandes pressantes de Dumbledore.

Le sixième jour, les potions avaient déjà commencé leur office et Edward avait l'esprit considérablement plus clair et il pouvait tenir une conversation de quelques minutes avec ses rares visiteurs. Ce fut la première fois qu'il fut en mesure de réclamer Envy à son chevet. On accéda à sa requête et le Serpentard vint sous bonne garde après le déjeuner. La vision d'Edward sur son lit lui arracha une grimace.

– Eh bien, j'ai cru que tu ne viendrais jamais, dit le convalescent en se redressant pour l'accueillir.

Envy n'osa pas lui avouer qu'il était passé chaque nuit depuis six jours. Pomfresh étant présente, mieux valait ne pas risque d'apporter ce petit fait à son attention.

– Disons que ton petit numéro a rendu les choses un peu... Enfin c'est un vrai bordel, quoi.

Edward parut ennuyé par la nouvelle. Il suivit Pomfresh du regard jusqu'à ce qu'elle aille dans son bureau. Comme s'il voulait partager un secret, il se pencha vers Envy.

– Donne-moi un peu les nouvelles de l'extérieur. Personne ne veut rien me dire. Vous avez trouvé des pistes ?

– On est surs que c'est l'imposteur, mais tous nos anciens suspects paraissent hors de cause.

– Tu pourras me résumer de ce qu'on a découvert cette semaine ?

– D'abord on a —

– Plus tard, s'il te plaît. Je n'arrive plus à réfléchir à rien. Rien que cette conversation me donne déjà une migraine terrible, se plaignit Edward en se massant les tempes. C'est frustrant d'avoir tout oublié... Si proches du but... Je l'avais ce salaud, je l'avais !

– La prochaine fois, attends que je sois avec toi au lieu de te jeter dans la gueule du loup.

– Je ne comprends pas pourquoi j'ai agi si bêtement. Ça m'étonne vraiment...

– D'après ce que j'ai vu, tu n'as pas eu le choix. Alors, fais gaffe. Je préfère quand c'est nous qui kidnappons des gens et pas l'inverse. Ce type aurait pu te tuer. D'ailleurs, on ne sait toujours pas pourquoi il ne l'a pas fait. Peut-être que Harry n'est pas le seul à faire partie du plan.

Edward grogna en se laissant retomber contre les oreillers. Son mal devenait de plus en plus aigu. Faisait-il partie d'une étape de la stratégie ? Aucune idée, il ne le saurait qu'au moment où quelque chose lui tomberait sur le coin de la figure.

– Et puis il y a ton message que je n'arrive toujours pas à comprendre.

– Mon message ?

– Tu as écrit le nom de Croupton sur le bureau de Maugrey.

Une plainte surprise résonna dans la pièce et Edward s'appliqua méthodiquement la main sur le bas du visage, les yeux écarquillés face à son saignement de nez soudain. Puis son regard s'embua et Envy comprit que c'en était terminé de la conversation, Edward avait perdu toute attention. D'après Pomfresh, il avait le temps de concentration d'un enfant de trois ans. On l'avait prévenu, mais c'était tout de même perturbant.

– Ed ?

– Hum ?

Il tourna la tête dans sa direction et lâcha son nez dont un filet de sang coulait lentement.

– Eh bien, j'ai cru que tu ne viendrais jamais.

La mâchoire d'Envy tomba d'un cran. Il prit un mouchoir sur la table de nuit et le tendit à Edward avant d'appeler Pomfresh et de s'en aller, l'air lugubre. Il se jura qu'il tuerait le coupable. Pour l'instant, il devait déjà le retrouver.

Obstiné, il retourna dans le bureau de Dumbledore et lui demanda d'interroger Harry et Rogue une nouvelle fois à propos de la fameuse nuit durant laquelle Croupton avait fouillé le bureau du maître des potions. Dumbledore accepta et les fit venir l'un après l'autre. Ils ne leur apprirent rien qu'ils ne sachent pas déjà. Alors Envy exigea que tous les professeurs ayant patrouillé cette nuit-là soient interrogés sur les personnes qu'ils avaient pu croiser.

McGonagall, Babbling, Rogue, Maugrey et Rusard étaient les seuls à être concernés. Ils interrogèrent les deux premières qui ne leur rapportèrent rien d'utile. Cette fois-là, elles n'avaient croisé aucun élève sorti après le couvre-feu. Babbling avait discuté avec la Dame Grise, et c'était tout. Ayant déjà les dépositions des deux professeurs suivants, Dumbledore convoqua Rusard. Il ne fit que leur raconter comment il passait dans les cachots quand il entendit les cris de l'œuf d'or, puis la scène qui en suivit avec Rogue et Maugrey. Dès qu'il quitta le lieu de l'incident, il ne croisa personne.

– Interrogez Rogue encore une fois.

– Non, Envy.

– Alors convoquez Maugrey.

Dumbledore soupira et accepta finalement. Ils interrogeaient toutes ces personnes depuis des heures et le directeur savait pertinemment qu'ils ne trouveraient rien de plus. Mais Envy semblait particulièrement déterminé et il préférait le contenter en l'aidant à mener les interrogatoires au lieu de le laisser agir sans aucun contrôle. Ainsi Maugrey se présenta à eux, agacé d'être dérangé pour une broutille pareille, et leur fit bien sentir qu'il trouvait l'initiative inutile. Au terme d'une conversation tendue durant laquelle Maugrey nia avoir vu le nom de Croupton ni aucun autre sur la carte de Harry le soir où il l'eut pour la première fois en sa possession, Envy perdit patience.

– Vous aviez la carte sous les yeux ! Comment passer à côté du nom de Croupton qui se baladait dans le château ? Harry l'a bien vu, à peine quelques minutes avant que vous ne récupériez la carte !

– Si je dis qu'il n'apparaissait pas, alors c'est le cas. Potter a halluciné, ou Croupton est passé vérifier le bureau de Rogue de peur qu'il soit encore un Mangemort. Mais l'imposteur n'est pas Croupton, ça n'a aucun sens, gronda Maugrey, sa bouche tordue se crispa, lui donnant un air effrayant. Il n'aurait aucun intérêt là-dedans.

– Ce n'est pas parce qu'on ne le voit pas en ce moment qu'il n'a aucun intérêt là-dedans ! Pourquoi n'aurait-il pas pu tourner sa veste et être de mèche avec les Mangemorts ?

– Cet homme a envoyé son propre fils à Azkaban parce qu'il était Mangemort ! s'écria Maugrey, furieux. Elric a peut-être marqué ce nom, mais il a très bien pu se tromper ! Et puis la seule personne suspecte que j'ai rencontré dans les couloirs cette nuit-là, c'est toi.

Envy se leva d'un bond en montrant les dents.

– Vous m'accusez ? Vous pensez que je suis à la botte de Voldemort et que c'est moi qui ai blessé Ed !

– S'il vous plaît, ne nous énervons pas, les pria Dumbledore. Alastor, je vous en prie, ne le provoquez pas. Nous savons parfaitement qu'Envy n'a rien à voir avec tout cela.

– Vous peut-être, mais moi, j'ai de sérieux doutes, rétorqua Maugrey en fixant Envy avec suspicion. L'idée même qu'un Animagus non déclaré se balade en toute impunité dans le château —

– Que dites-vous ? reprit Dumbledore, les sourcils haussés.

– Alors vous l'ignoriez, grogna le professeur en reprenant un certain calme. Votre protégé est un Animagus. J'ai vérifié le week-end dernier — d'où mon absence lors de l'attaque sur Elric — dans les registres du ministère et il n'y est pas. Je comptais d'ailleurs aborder le sujet avec vous, Albus.

Envy se rassit et rejeta la tête en arrière, contre le dossier, en lâchant un long et profond soupir vers le plafond. Manquait plus que ça.

– Pourriez-vous me donner une explication ? demanda Dumbledore.

Ennuyé, Envy se redressa pour fixer le directeur en croisant les jambes. Que dire ? Animagus ou pas ?

– Je vous en parlerai plus tard, en privé. Mais pour le moment, j'aurais une dernière faveur à vous demander à propos de notre enquête, comme vous semblez vouloir abandonner. Je vous préviens tout de suite, c'est sûrement illégal.

Cette réponse parut grandement déplaire à Maugrey qui ne dit rien. De l'autre côté, Dumbledore ne put qu'accepter et invita Envy à développer son idée.

– Rogue devrait connaître une contre-potion qui pourrait démasquer quelqu'un sous Polynectar, n'est-ce pas ? Si nous en faisions boire à toutes les personnes présentes au château, l'imposteur devrait être démasqué.

– C'est en effet en infraction d'une bonne dizaine de lois du monde de la sorcellerie et au moins autant d'infractions au règlement de Poudlard, informa Dumbledore.

– Personne n'est obligé de savoir, contra Envy. Si la potion est servie mélangée à du jus de citrouille, ça devrait couvrir le goût. Il suffirait d'en verser à plusieurs repas pour s'assurer que tout le monde en ait bu au moins une fois, et attendre que la potion fasse effet. Si Croupton — ou toute autre personne — apparaissait tout à coup à une table, ça ne passerait pas inaperçu.

Maugrey jura intérieurement. Alighieri et Elric étaient deux fouilles-merde particulièrement collants. Que se passerait-il si jamais Dumbledore adhérait à cette idée et l'obligeait à boire la contre-potion puis découvrait la vérité ?

– C'est une idée vouée à l'échec, pesta-t-il en se penchant vers Dumbledore. Croupton n'est pas idiot, il sentira immédiatement que quelque chose cloche. Pareil pour un Mangemort ou toute autre personne malintentionnée qui pourrait être l'imposteur. En admettant qu'il soit encore entre ces murs. Ou qu'il n'ait jamais existé.

– Il existe et il est encore là, affirma Envy en tapant du poing sur la table. Je le sais ! Il est là depuis le début d'année, pour placer le nom de Harry et pour voler les ingrédients chez Rogue. Il doit surveiller tout ce qu'il se passe jusqu'à ce que son plan arrive à terme.

– Ça n'a aucun sens ! rétorqua Maugrey avec véhémence. Nous nous en serions bien rendu compte si qui que ce soit avait pris la place de quelqu'un d'autre ! Jouer la comédie pendant si longtemps n'est pas donné à tout le monde. Concernant Croupton, il est un des juges du tournoi, s'il voulait faire ce que tu dis, il pourrait venir ici sans Polynectar et n'attirer l'attention de personne. Le raisonnement d'Alighieri n'a pas de sens. Quelles raisons aurait Croupton d'agir contre Potter et d'attaquer Elric ? Ma théorie de mon côté est qu'il n'est venu qu'une seule fois fouiller dans le bureau de Rogue et qu'il n'est plus jamais revenu.

– Ça vous arrange bien, répliqua Envy, tranchant. Comme ça on ne vous demandera plus pourquoi vous n'avez dit à personne que son nom apparaissait toujours sur la carte.

– Croupton n'est jamais venu ici ! s'emporta Maugrey en frappant son genou.

– Alors qui a mis Ed dans cet état ? s'écria Envy en sautant de son fauteuil.

Le souffle court, l'Homonculus ne s'aperçut pas que ses yeux avaient soudain changé de couleur. Tout ce qui lui importait, à cet instant, c'était que l'on retrouve enfin le salaud qui avait mis Edward plus bas que terre. Qui pouvait se targuer d'avoir mis le Fullmetal dans un état pareil en dehors du Mangemort qui rôdait dans le château ? Que se passerait-il s'il revenait à la charge ? Envy ne pouvait pas rester à son chevet jour et nuit, il avait des obligations à côté de ça. S'il devait le laisser sans protection dans des circonstances pareilles, il allait perdre les pédales et faire un massacre jusqu'à démasquer l'imposteur. Edward était vulnérable et isolé, ça lui était insupportable.

– Je suis convaincu du bien-fondé de la démarche proposée par Mr Alighieri, conclut Dumbledore en fixant son protégé avec intrigue. Je vais demander au professeur Rogue de préparer un chaudron de potion puis j'irai voir les elfes de maison. Nous verrons bien si nous obtenons le moindre résultat.


Dumbledore tint sa parole et les trois prochains repas se déroulèrent sous les regards attentifs de Rogue, Maugrey et du directeur lui-même.

Ce fut les trois heures les plus longues qu'Envy eut jamais passées à table. À chaque fois, il s'assit en bout de table chez les Serpentards, de manière à pouvoir observer la Grande Salle dans son ensemble. Ses yeux firent de multiples allers-retours entre chaque élève qui levait un verre à ses lèvres. Il entendait les discussions, voyait les sourires, mais jamais personne ne montrait le moindre malaise. À la table des professeurs, Maugrey et Rogue furent les seuls à ne jamais boire. Le premier ne buvait jamais qu'à sa propre fiole et le second savait que la potion se trouvait dans toutes les boissons. Personne ne changea d'apparence ni ne quitta précipitamment la salle.

Ça ne faisait que renforcer les soupçons d'Envy sur son directeur de maison. Maugrey avait un solide alibi. Par contre, Rogue n'avait aucune excuse pour ne pas avoir bu. Même s'il savait que la potion se trouvait là, la boire ne lui aurait rien fait s'il était bien celui qu'il prétendait être. C'était un comportement suspect dont il ne fit part à personne, pas même Dumbledore qui se montrait trop loyal envers son professeur de potion. Si c'était bien lui l'imposteur, le nom qu'Edward avait écrit sur le bureau de Maugrey prendrait un tout autre sens que celui qu'il lui avait donné : il aurait donné le nom d'un autre témoin, puisque Croupton avait fouillé le bureau de Rogue, sûrement parce qu'il le soupçonnait.

Envy avait une longueur d'avance sur Rogue cette fois, car il ne savait pas que son élève le suspectait sérieusement et menait son enquête.


Au cours de la semaine suivante, l'état d'Edward s'améliora et il put sortir de l'infirmerie, encore confus, mais déjà plus autonome. Il cherchait souvent ses mots qu'il ne trouvait plus et oubliait des fois qu'on lui parlait. Ce fut difficile pour Envy de lui faire savoir que Dumbledore savait qu'ils cherchaient les Mangemorts et qu'il connaissait presque la vraie raison de leur venue à Poudlard. Le Serpentard ne savait pas si Edward avait vraiment compris parce qu'il s'était contenté d'un regard vague et d'un petit sourire qu'il affichait habituellement quand il n'osait pas demander à son interlocuteur de répéter parce qu'il n'avait pas réussi à suivre.

Ce n'était pas grave, il le lui répéterait jusqu'à ce qu'il ait saisi l'information. Comme le compte-rendu de leur semaine — en plusieurs fois, afin de ménager son cerveau endommagé — dans lequel il lui avait rapporté tous leurs faits et gestes, ainsi que l'espionnage raté du trio. Cependant, rien ne lui était revenu.

Envy décida de ne rien lui révéler concernant Rogue pour le moment et de s'informer sur l'ancien Mangemort grâce aux fiches personnelles rédigées par Edward qu'il lui emprunta (sans son accord). Malheureusement, ils ne possédaient pas beaucoup d'informations sur lui, alors il choisit de commencer une filature à chaque ronde nocturne du professeur. Comme Maugrey avait perdu la carte et que l'imposteur l'avait prise, Envy ne risquait rien puisqu'il verrait forcément Rogue l'utiliser pendant qu'il le suivait. Son plan lui paraissait sans défaut.

Loin de se douter à quel nouveau passe-temps son ami s'adonnait, Edward essayait de reprendre un quotidien normal.

– Lâche-moi, je ne suis pas un assisté, grogna Edward alors que Harry le tenait presque pour l'emmener jusqu'à la Grande Salle, accompagné d'Hermione et Ron.

Depuis qu'il se trouvait sous influence du sortilège de confusion, il était plus tête en l'air que Luna au réveil. En outre, il n'était pas rare de le voir arriver dans un cours n'étant pas le sien ou de le retrouver complètement perdu dans le château. Malgré les professeurs les guidant entre chaque cours, son manque d'attention l'amenait souvent à perdre son groupe et à déambuler dans les couloirs. Le trio redoublait alors d'attention pour lui éviter des accidents, en se relayant pour le récupérer à chaque fin de cours. Comme maintenant. Les autres fois, Envy prenait la relève. Edward commençait doucement à perdre patience.

– C'est bon, c'est rien. Je sais encore où est la Grande Salle.

– Hier encore tu t'es perdu au troisième étage, contra Hermione.

– Et avant-hier on t'a retrouvé sur le toit d'une serre, fit remarquer Ron qui réussit à réprimer son petit sourire à ce souvenir cocasse, mais inquiétant.

– Accepte notre aide Ed, nous voulons seulement t'aider.

Mécontent, il montra les dents, mais se laissa guider. Il était frustré. Il ne se souvenait plus de ce qu'il avait découvert et n'arrivait même plus à réfléchir correctement. Déjà avant, il se sentait inutile, alors maintenant... Cet incident engendra tout de même un heureux dénouement puisqu'il rapprocha Hagrid et Envy à nouveau. Bien que la nouvelle de la guérison complète du calmar en plus de son retour prochain dans le lac y soient aussi pour quelque chose. À part ça, le quotidien d'Edward restait périlleux et compliqué.

À l'approche des vacances de Pâques, les professeurs les assommaient de devoirs trop compliqués pour ses capacités actuelles. Rien que suivre les cours lui demandait des efforts surhumains. Pour la plupart, ses professeurs se montraient indulgents, car ils savaient qu'il faisait de son mieux. Mais ni Rogue ni Maugrey ne montrèrent la moindre pitié. Le premier s'attirait sans cesse les foudres d'Envy, qui disait beaucoup de mal de lui, et le second donnait une impression étrange à Edward. Mais il n'arrivait pas à mettre le doigt sur ce qui le dérangeait et laissait ça de côté.

Il enviait Hermione, qui à côté de cette charge de travail supplémentaire, trouvait le temps de se consacrer à des recherches sur les méthodes d'espionnage magique en plus de tout le reste afin de démasquer Rita Skeeter et sa manière de procéder pour écouter les conversations privées. D'après Maugrey, elle ne venait pas sous cape d'invisibilité, car il ne l'avait pas vu pendant la seconde tache. À côté de ça, la Gryffondor continuait de recevoir des lettres de menace à propos de l'article sur Harry et sa prétendue « peine de cœur ». Elle avait suivi le conseil d'Hagrid et avait cessé de les ouvrir, mais plusieurs de ses correspondants anonymes lui envoyèrent des Beuglantes qui explosèrent à la table des Gryffondors en hurlant des insultes d'une voix si perçante qu'elles résonnèrent dans toute la Grande Salle. Même ceux qui ne lisaient pas Sorcière-Hebdo furent bientôt au courant du prétendu triangle amoureux Harry-Krum-Hermione.

Hermione prenait la situation avec philosophie et dignité, contrairement à Krum qui, les seules fois où il rencontra Envy, lui fit subir de véritables interrogatoires pour savoir quelle relation entretenaient Harry et Hermione exactement. Après plusieurs réponses de plus en plus sèches, Krum était à peu près rassuré.

– Ça va aller ? s'enquit Harry alors qu'ils arrivaient dans la Grande Salle. Il y a Luna là-bas, si tu veux qu'on t'y accompagne...

Edward partait déjà, positivement agacé, et il s'assit brutalement à une place libre pour commencer à remplir son assiette à raz-bord avant de mordre violemment dans une cuisse de poulet.

Il poussa un grognement effrayant en sentant un regard peser sur lui et fusilla la table des Gryffondors du regard. Mais ses amis s'y installaient, sans l'observer avec leurs petits yeux inquiets. Edward se tourna alors vers la table des Serpentards, d'où il ne trouva pas Envy comme attendu. Perplexe, Edward se retourna alors vers la table des professeurs. Il croisa l'œil bleu de Maugrey, dont la bouche tressaillit, comme s'il retenait un sourire.

Il détestait l'impression que cet homme lui donnait.