Merci énormément à E, 18 et So I'm dead !
Bonne lecture :)
Chapitre vingt-deux : De l'envieux à l'envié
Les vacances de printemps débutèrent en fin de semaine dans le même esprit d'empressement. Edward n'avait ni le temps ni les capacités de travailler sur quoi que ce soit. Ses pieds ne touchaient plus terre. Il voyait bien les efforts qu'accomplissaient ses amis pour l'aider à rattraper ses cours, mais ses pensées étaient encore très emmêlées.
À travers ce voile de brouillard, il avait cependant très bien compris que Dumbledore avait découvert le but qu'Envy et lui partageaient. Comble de la malchance, Envy avait également dû fournir une explication au directeur concernant ses capacités à changer d'apparence. Edward s'était montré prévoyant, à leur grande chance, car dès que Harry découvrit ce don lors de cette fameuse nuit, le Serdaigle avait mis au point un mensonge à servir en cas de fuite de l'information. Envy l'avait ressorti mot pour mot, prétextant qu'il avait certaines prédispositions à la métamorphose, grâce à ses origines familiales. Dumbledore n'avait pas fait mine de refuser la théorie. Tant mieux.
Avec ça, Envy gagnait un sursis en attendant de trouver une explication satisfaisante. De cette manière, Edward avait moins de souci à se faire, même si son ami Serpentard l'inquiétait déjà beaucoup ces derniers temps. Il lui cachait quelque chose, il était en train de manigancer un autre plan foireux. Mais Envy niait toujours avec véhémence et coupait court au débat en lui disant de ne pas se faire de mouron et de plutôt s'atteler à réviser. Ce qu'Edward fit, n'ayant d'autre choix.
Pendant les deux semaines de convalescence, Mrs Pomfresh s'était montrée très sévère et Edward bizarrement obéissant, si bien qu'à la seconde partie des vacances, le sortilège de confusion prit fin, tout en laissant quelques séquelles sur son passage. Aussitôt libéré de ce poids, Edward put réellement rattraper ses cours, bien que laborieusement. Il reçut toute l'aide imaginable tant de ses camarades que de Flitwick qui lui donna quelques cours particuliers. Seulement, il fut rapidement confronté à un problème de taille puisque sa baguette magique était toujours portée disparue.
Pour éviter que son retard dans son apprentissage s'élargisse encore, Dumbledore lui organisa une sortie exceptionnelle sur le chemin de traverse afin d'aller s'acheter une baguette de rechange. Envy exigea de l'accompagner pour assurer sa sécurité, mais Dumbledore refusa en prétextant que Skeeter rôdait et qu'à Londres des Mangemorts pourraient le prendre pour cible. Pour calmer l'Homonculus, il lui assura que « Bien sûr, je ne laisserai pas Edward partir seul, il sera accompagné du meilleur garde du corps que je connaisse ». Envy espéra sincèrement qu'il parlait de Hagrid. Ce n'était pas le cas. Il ne put empêcher le départ d'Edward et Maugrey.
– On se dépêche, grommela Maugrey en claudiquant sur les pavés du chemin de traverse à vive allure.
Un peu en retrait, Edward scrutait les environs avec suspicion, redoutant un incident. Depuis que ses réflexes lui revenaient, il appréciait de moins en moins la compagnie de son professeur de défense. Il était loin de se sentir en sécurité avec son accompagnateur forcé. Quelle idée avait pu passer par la tête de ce vieux fou de Dumbledore pour qu'il prenne une telle décision ? Edward lui avait pourtant clairement dit que malgré l'alibi solide de Maugrey le soir de son agression, il refusait de l'enlever de sa liste de suspects. Peut-être que ce vieux manipulateur souhaitait le « réconcilier » avec son ami de toujours ? Peine perdue, l'instinct d'Edward ne le trompait que rarement et Maugrey était sur sa liste noire.
Maugrey ralentit soudain l'allure avant de s'arrêter en faisant lourdement claquer son bâton sur le sol tandis qu'il se tournait à demi vers Edward en tendant le bras dans sa direction. Méfiant, l'élève observa la main aux nombreuses cicatrices en se demandant s'il s'attendait à ce qu'il la prenne.
– Avance.
Le regard fixé sur les yeux dissemblables, Edward obéit à contrecœur pour ouvrir la marche alors que l'épaisse main se posait sur son épaule afin de le pousser à avancer plus rapidement. Les doigts épais se fermèrent sur sa cape. Derrière lui, il entendait la respiration lourde de l'estropié qui avait quelque mal à se déplacer rapidement, malgré l'aide de son bâton.
Crispé, Edward se sentit soulagé quand il vit la devanture de la boutique de chez Ollivander. Maugrey fut contraint de le lâcher dès qu'ils passèrent la porte étroite.
Une clochette retentit derrière le comptoir où le fabricant se penchait sur un livre de comptes. Lorsqu'il reconnut son ancien client, il se leva d'un bond de sa chaise grinçante pour l'accueillir. Il s'enquit du motif de sa visite et perdit tout sourire en apprenant la disparition d'une création de son ancêtre. Maugrey lui expliqua qu'elle avait été volée et qu'il en fallait une de rechange le plus rapidement possible.
Ollivander se mit au travail avec une certaine irritation et partit directement dans la réserve avant d'en revenir avec plusieurs boites sûrement interdites à la vente. Il lui présenta encore la baguette contenant des morceaux d'organe de géant sauf que cette fois-ci, Maugrey l'obligea à l'essayer. Elle ne réagit pas, au grand soulagement d'Edward. Ensuite, Ollivander lui en présenta plusieurs autres semblables à celle qu'il possédait à l'origine, mais aucune ne lui convenait. Debout dans un coin, Maugrey s'impatienta très vite des essais infructueux et pressa Ollivander pour qu'il se dépêche.
En fin d'après-midi, le fabricant s'avoua vaincu, son client dut s'en aller les mains vides. Edward était déçu et agacé. Comment pourrait-il suivre ses cours sans baguette ? Si seulement son agresseur ne l'avait pas prise... Ou qu'il ne l'avait pas perdue dans la Forêt interdite... Il n'avait pas la moindre idée de ce qui avait bien pu arriver à cette baguette. Et puis l'avait-il même utilisé pendant le duel ? D'après Envy, il avait été ligoté avant d'être emmené dans le bureau de Maugrey, donc l'imposteur l'avait sûrement assommé... Il se demandait comment son agresseur avait pu le prendre par surprise et surtout comment il avait pu le mettre dans un état pareil. Cet imposteur devait être bien plus redoutable qu'il l'avait pensé de prime abord...
Le regard d'Edward s'attarda sur Maugrey qui marchait à ses côtés quand tout à coup, une migraine terrible le prit, directement derrière les yeux. Il s'arrêta net tandis qu'il plaquait ses paumes contre ses paupières closes.
– Elric ?
– Ça recommence..., s'essouffla Edward en chancelant.
– On arrivera à l'agence de Portoloin dans cinq minutes, maugréa son accompagnateur.
– Mrs Pomfresh a dit que je ne devais pas voyager si je ne me sentais pas en état. Arrêtons-nous juste un moment, jusqu'à ce que ça passe.
– Hmpf.
Maugrey le fit avancer d'une pression entre les omoplates puis bifurquer sur la droite. Une clochette tinta et un vent chaud les accueillit alors qu'ils entraient dans un salon de thé, chez Fortarôme comme il avait déjà deviné où voulait le mener le professeur. Il n'eut pas le temps d'observer son environnement que Maugrey l'entraînait vers une table vide. Celle-ci donnait évidemment sur toute la salle pour mieux surveiller les clients et les moindres allées et venues. Maugrey le força à s'y asseoir avant de se laisser tomber sur la chaise d'à côté, l'air sombre et méfiant. Son œil magique virevoltait en tous sens, passant sur chacune des personnes présentes, et s'arrêta soudain sur Fortarôme quand il s'avança vers eux, son calepin de commande le suivant de près.
– Que puis-je pour vous, messieurs ?
Lorsqu'il reconnut Edward, ses yeux s'écarquillèrent légèrement et son sourire s'agrandit.
– Mr Elric, ma célébrité ! Prêt à battre un nouveau record ?
Edward ricana en passant une main sur sa nuque, embarrassé.
– Pas vraiment, non. Mais j'aimerais bien un chocolat chaud, s'il vous plaît.
– Et vous monsieur ? demanda Fortarôme en se penchant vers Maugrey qui le fixait d'un œil torve.
– Rien.
Son air fermé le dissuada d'insister et le gérant s'éloigna dans une fuite discrète, laissant ses deux clients entre eux. Edward ne doutait pas que l'œil bleu électrique qui le suivait vérifierait très attentivement que rien de louche n'arrive à la boisson commandée par son protégé. Quel paranoïaque, pensa Edward désabusé en observant Maugrey boire à sa gourde. Il se demandait bien ce qu'elle contenait.
Un nouveau pic de douleur le frappa derrière le front. Il expira longuement en se massant les tempes.
– De quoi parlait-il ?
Edward plissa les yeux pour se concentrer sur la question de son professeur.
– De quoi parlez-vous, vous ?
– Le record.
– Ah ça, marmonna Edward avant de pointer le pouce vers le mur derrière le bar.
L'œil magique tourna dans l'orbite jusqu'à se fixer sur la photographie dédicacée placardée au milieu d'autres affiches de records. Maugrey sourit en coin puis son œil revint derrière le comptoir, sur Fortarôme qui revenait avec un plateau sur lequel trônait fièrement un bol énorme surmonté d'une sculpture de crème en forme d'une étoile animée qui se trémoussait.
– J'adore la magie, s'extasia Edward lorsqu'il eut l'œuvre d'art sous le nez et une cuillère dans la main. Vous ratez quelque chose.
– Je n'en doute pas, rétorqua Maugrey alors que sa bouche asymétrique retombait en un trait ennuyé et peu avenant. Dépêche-toi de terminer.
Edward roula des yeux et prit tout son temps, en laissant ses yeux passer sur tout ce que le salon de thé contenait. Derrière le comptoir, les clients pouvaient apercevoir les coulisses de la préparation de leurs commandes. Entre les alambics à la fonction non identifiée qui sifflaient des airs populaires en travaillant, ou encore les colonnes de glace énormes grimpant jusqu'au plafond et refroidies par de petits oiseaux noirs et blanc à la démarche amusante, ou plus loin des étagères pleines de tasses, bouilloires et théières qui discutaient entre elles avec de petites voix aiguës.
Le décor fascina Edward qui en oublia sa boisson jusqu'à ce qu'un bruit répété attire son attention. Il baissa les yeux vers le sol où Maugrey tapait du pied contre le plancher avec impatience. À côté, sa prothèse restait parfaitement immobile, avec son éternel aspect brut et dangereux. Edward fronça les sourcils en voyant qu'elle avait été polie récemment. Pas facile à entretenir. Jamais il n'aurait pu tenir quatre ans avec une jambe de bois à la place de son automail.
– Comment vous faites pour utiliser les griffes ? interrogea-t-il, alors qu'il se posait cette question depuis longtemps.
Maugrey tourna vivement les yeux sur lui, légèrement écarquillés. C'était la première fois qu'il paraissait si troublé et ça ne fit qu'intriguer Edward davantage. Sa question était légitime, non ? Pas d'après Maugrey qui découvrit soudain ses dents dans un rire bruyant en rejetant la tête en arrière. Edward n'était pas sûr de vouloir savoir à quel souvenir il pensait pour perdre ainsi son flegme.
– Je ne vais pas dévoiler mes atouts, Elric.
Edward prit un morceau de guimauve qu'il mâchonna pensivement en scrutant toujours la prothèse archaïque.
– Et pourquoi ne pas avoir choisi une greffe mobile au lieu d'une simple jambe en bois ? C'est plus pratique pour marcher d'avoir des articulations, vous n'auriez pas besoin de votre bâton de marche.
– Les sorciers n'en font tout simplement pas de ce genre, car la plupart du temps les soins magiques suffisent à éviter les amputations. Je n'ai pas eu cette chance. Un sort vicieux de magie noire m'a rongé jusqu'à l'os avant d'avoir pu voir un médicomage.
– J'imagine qu'au ministère comme à Poudlard, les objets électriques moldus ne fonctionnent pas, n'est-ce pas ?
– Exact. En plus de tomber toujours en panne au mauvais moment.
– Ça, je ne vous le fais pas dire, soupira Edward en pensant à sa première rencontre avec Envy et toutes les fois où ses automails étaient tombés en panne en plein combat.
Face à lui, Maugrey haussa un sourcil circonspect devant l'approbation de son élève. Que pouvait-il bien y comprendre ?
La semaine passa dans un cafouillis confus durant lequel les révisions et devoirs s'accumulèrent et chargèrent les congés de tous les élèves devant passer des examens en fin d'année. C'est-à-dire tout le monde au château à l'exception de Harry et Envy. Ce dernier se faisait une joie de se prélasser pendant que les autres se jetaient à corps perdu dans les études. Ce Tournoi des Trois Sorciers l'arrangeait bien par certains aspects. Grâce à cette liberté, il eut de nombreuses occasions de filer Rogue, sans toutefois le surprendre dans quelques actions un tant soit peu inhabituelles.
Le quotidien du professeur s'avéra banal et routinier. Le matin, il se levait à six heures, enfilait sa robe de chambre (par-dessus cette horrible chemise de nuit qu'Envy ne pouvait plus voir en peinture) et traînait des pieds jusqu'à sa salle de bain. Envy remarqua avec la plus grande surprise que le professeur se lavait les cheveux au moins une fois tous les deux jours, lui qui pensait que c'était une fois tous les deux mois. Alors le professeur s'habillait (sa garde-robe se composait d'exactement la même robe noire en plusieurs exemplaires), se coiffait et ressortait de la salle de bain. Finalement, il partait dans son laboratoire pour y vérifier ses potions mises sur le feu la veille, puis ressortait et quittait les cachots pour aller prendre son petit-déjeuner.
La journée se passait différemment selon son emploi du temps, s'il décidait de travailler ses futurs cours ou de corriger ses copies. Jamais il ne prenait le temps de changer ses matinées, alors Envy s'ennuya bien vite et l'abandonna à ces heures-là.
Il ne retrouvait Rogue que pour son déjeuner qui durait presque à chaque fois le même temps (soit vingt-quatre minutes pour être précis). Libre de la corvée de se nourrir, Rogue retournait s'enfermer dans ses cachots, souvent pour corriger des copies, vérifier les potions de ses élèves ou préparer le prochain cours. Encore et toujours les mêmes actions. Puis Envy faisait des allers-retours pour tromper son ennui et il retrouvait Rogue pour son dîner (souvent frugale).
En fin de journée, Rogue rejoignait ses appartements, prenait un bain et enfilait encore une fois son affreuse chemise de nuit (elle aussi, en plusieurs exemplaires). Enfin, il s'installait dans son salon et recorrigeait des copies pendant un moment, le tout sous les massages de son fauteuil magique.
Vers 22 heures, il abandonnait sa tâche de professeur et lisait des essais de potionnistes célèbres en écoutant de la musique (sorcière ou Moldue, Envy n'aurait su le dire). Peu de temps plus tard, Rogue éteignait toutes les lumières et allait se coucher, bien enfoncé les bras en croix au centre de son lit froid et vide. La journée du professeur Rogue se terminait sur cette note de solitude et il ne fallait plus qu'attendre que la prochaine commence.
Pendant ce temps, Envy en profita plusieurs fois pour faire un tour du propriétaire. Il avait débuté cette fouille minutieuse en pensant qu'avec un peu de chance il pourrait trouver des indices comme sur le vaisseau de Durmstrang. Malheureusement, il dut très vite venir à l'évidence : Rogue était tout ce qu'il y avait de plus commun.
Ni sa chambre, ni son salon, ni sa salle de bain, ni son bureau, ni son laboratoire, rien ne contenait le moindre élément suspect. Une seule chose ressortait de ses possessions : sa culture. L'homme s'intéressait visiblement à de nombreuses disciplines, comme le prouvait son impressionnante bibliothèque composée d'ouvrages sur les potions, bien sûr, mais également sur les sortilèges, les enchantements, la métamorphose, la médicomagie, l'histoire, la culture, la littérature, les créatures magiques, des encyclopédies moldues et sorcières. En voyant tout ce papier, Envy ne put s'empêcher de penser avec malice qu'Edward pourrait avoir un véritable orgasme en voyant tous ces livres. L'idée le fit beaucoup ricaner aux dépens de son ami qui ne sut jamais pour quelle raison Envy rit en le voyant le lendemain.
Avec tous ces volumes qui représentaient bien des milliards de pages, Envy abandonna l'idée de tous les vérifier pour savoir si l'un d'entre eux contenait des choses suspectes. Sa motivation avait des limites. Il ne vit rien d'autre d'intéressant à part une impressionnante collection de vinyles rangée dans la même armoire que son phonographe personnel. La vie de Severus Rogue se résumait à pas grand-chose. Envy continua à le surveiller pendant le reste des vacances de printemps.
Au terme des congés, Hedwige revint enfin avec la réponse de Percy à leurs interrogations sur Croupton, empaquetée dans un colis d'œufs de Pâques que Mrs Weasley leur avait envoyé. Ceux de Ron, Harry et Envy étaient aussi gros que des œufs de dragon, et remplis de caramels doux et fondants. Ceux d'Hermione et Edward, en revanche, étaient plus petits que des œufs de poule. Depuis le temps, ils avaient tous bien compris que Mrs Weasley lisait Sorcière-Hebdo très régulièrement et que ce qu'elle y avait découvert concernant les deux amis de son fils ne lui avait pas plu et de loin.
En tout cas, Percy affirma que Croupton prenait un repos bien mérité et lui envoyait ses instructions par hibou. Le mystère de la maladie du directeur de Département restait entier. Edward n'essayait même pas de faire deux et deux à ce stade. Rien que la mention même du nom de Croupton le faisait saigner du nez et alors, quand il commençait ne serait-ce qu'effleurer l'énigme du nom qu'il avait écrit sur le bureau de Maugrey, son esprit partait complètement en Patacitrouille.
Bouillant, Edward cessa toute réflexion. Pour se distraire en plus d'essayer de se concentrer sur quelque chose qui ne le stressait pas, il débuta l'organisation de l'anniversaire d'Envy.
Pendant toutes les vacances, il s'était occupé de récolter tous les éléments nécessaires au cadeau commun et aussi son cadeau personnel, qu'il devait se débrouiller pour faire venir en toute sécurité sans pouvoir toutefois se rendre lui-même à Pré-au-lard. Il doutait que Maugrey accepte de l'accompagner une seconde fois, peu importe où il devait se rendre. Heureusement, le tenancier de la boutique s'était montré serviable (sûrement parce que les frais de livraison allaient lui en mettre plein les poches) et tout se déroulerait à la perfection.
Il ne tenait plus en place et la semaine de la rentrée fut proprement insoutenable. Entre McGonagall qui s'impatientait à cause de sa baguette toujours manquante qui l'empêchait d'effectuer les travaux pratiques et ses autres professeurs qui les harcelèrent de devoirs à rendre dès le premier jour, il eut hâte que cette semaine passe rapidement. Heureusement, le vendredi arriva bien vite, et avec lui la fête d'anniversaire d'Envy qu'il avait décidé d'organiser ce jour-là puisque l'Homonculus disparaissait toujours le week-end pour faire il ne savait quoi.
Envy arriva dans la Grande Salle d'excellente humeur après s'être vu souhaiter plusieurs fois un joyeux anniversaire par plusieurs de ses camarades de Serpentard. C'était flatteur que tant de monde se soit souvenu de la date exacte alors que lui-même ne se souvenait d'aucune date — à part quand Edward le lui rappelait pour Hagrid, Hermione, Harry ou Ron. Il se demandait bien ce qu'il recevrait de ses amis cette année. Il avait vraiment hâte de le découvrir !
Ne tenant pas en place, il tendit le cou pour tenter d'apercevoir Edward quelque part, mais il ne le vit nulle part. Alors il partit s'asseoir près de l'entrée, en bout de table des Serpentards pour s'assurer de le voir arriver. Sa bonne humeur lui ouvrit l'appétit et il se servit allégrement dans tous les plats avant que de soudaines exclamations de surprise retentissent autour de lui. Il releva la tête de son assiette pour suivre les regards déconcertés de ses camarades. Au milieu des nombreux hiboux et chouettes venus pour distribuer le courrier, trois chouettes bariolées venaient d'arriver, tenant ensemble un colis à l'allure fragile étant donné le soin tout particulier dont les trois volatiles faisaient preuve en le manœuvrant. Nombreux les suivirent des yeux alors qu'ils volaient lentement vers l'extrémité de la salle avant d'amorcer une descente et de se poser précautionneusement sur la table des Serpentards, devant l'assiette d'Envy.
Il sourit en coin en reconnaissant l'écriture brouillonne sur l'enveloppe qui était accrochée entre les rubans tenant le couvercle de la boite ovale. En premier lieu, il prit la lettre puis l'ouvrit pour en lire le court mot qui y tenait en deux lignes.
« Félicitation à l'heureux jeune parent.
PS : C'est une petite fille tout à fait charmante ! »
Ce mot lui fit craindre le pire sur ce que ce faux Serdaigle avait encore pu inventer. « Jeune parent », vraiment ? Il avait peur de comprendre.
Sous les regards curieux, Envy tira sur les deux extrémités du ruban qui maintenaient la boite hermétiquement close. Le nœud imposant se défit facilement, puis, voyant que le couvercle ne lui explosait pas à la figure, Envy décida de le soulever tout en se montrant le plus prudent possible. Méfiant, il pencha la tête pour vérifier le contenu de la boite et écarquilla les yeux, bouche bée.
Il releva la tête et regarda en direction des Serdaigles qui ne faisaient pas attention à lui, à part un. Edward cachait son fou rire derrière son poing et paraissait au bord des larmes alors qu'à côté de lui, Luna lui tapait gentiment dans le dos pour qu'il ne s'étouffe pas. Envy se frappa le front en le regardant rire encore plus fort. Ce nabot n'était vraiment pas possible. Il se demandait bien comment une idée pareille avait pu lui arriver pour qu'il croie que lui offrir un être vivant soit une bonne idée.
Un miaulement pitoyable lui parvint et il ramena son attention sur le contenu de la boite. Une petite boule de poils doux et soyeux ouvrit de grands yeux noirs fatigués avant de bâiller largement en découvrant quelques petits crocs blancs et une langue rose à souhait. Au milieu de ce pelage blanc et noir, il était difficile de distinguer les pattes et la queue, alors Envy fit très attention en plongeant ses mains dans le paquet. Le chaton battit mollement des pattes contre sa paume et Envy sourit en le sortant de son cocon de chaleur. Aussitôt, des exclamations rêveuses et attendries résonnèrent autour de lui.
– Qu'il est mignon !
– Qui te l'a envoyé ?
– Quelle chance !
– Je peux le caresser ?
Possessif, Envy tendit l'animal somnolant à hauteur des yeux et le ramena contre lui pour éviter les mains quémandeuses. Il observa le chaton d'un œil perplexe en alternant entre Edward et lui. Un rire idiot secouait encore les épaules du Serdaigle. Il devait le trouver bien maladroit, cet idiot. Comme si c'était évident pour lui d'agir avec un être si petit ! Il était si délicat qu'il sentait son petit cœur battre contre sa paume qui le tenait. Si vulnérable et en confiance, il s'était déjà rendormi, pelotonné dans les mains d'Envy, comme si de rien n'était et qu'il ne sentait pas qu'il représentait un danger. Envy comprit qu'Edward avait choisi un petit pour cette raison. Les animaux adultes le fuyaient comme la peste. Il voulait l'habituer dès le plus jeune âge.
Un œil humide se rouvrit et Envy sentit quelque chose en lui. Il fondit complètement et posa le chaton au creux de son bras contre son torse en commençant à le caresser, les doigts plongés dans l'épaisse fourrure ébouriffée. Avec ça, il n'en fallut pas plus pour qu'Envy devienne l'attraction de la matinée, attaqué de toute part par ses camarades qui gravitèrent autour de lui des étoiles dans les yeux, cherchant à obtenir le privilège de papouiller l'adorable petit animal. Envy le garda jalousement et le trimballa toute la journée. Tout d'abord, les professeurs tentèrent de protester, mais finalement, ils se laissèrent attendrir et l'acceptèrent, certains allèrent même jusqu'à lui fournir tout le confort nécessaire.
Le chaton vivait son premier jour au château comme un roi (ou plutôt une reine, d'après la note d'Edward) et sa cote de popularité augmenta sensiblement. À midi, on l'autorisa même à se balader sur la table des Serpentards. Attendri, Envy dut à un moment le sortir d'une corbeille de salade dans laquelle il s'était endormi. Au désert, les plats habituellement remplis de glace, biscuits, tartes et autres douceurs furent remplacés autour d'Envy par un imposant gâteau aux multiples étages extravagants et aux décorations délirantes et animées. Il se demanda qui en avait pensé l'esthétique folle et crut comprendre que son fidèle Serdaigle en était l'auteur, car au milieu de toutes ses merveilles, il ne put s'empêcher de remarquer l'absence de bougies. Edward avait dû donner des instructions très claires. L'attention, si insignifiante soit-elle, lui fit bien plus plaisir encore que le gâteau en lui-même. Il ne pensa même pas à se vexer.
En tout cas, les elfes s'étaient surpassés. Le gâteau était tellement grand qu'il put être partagé entre tous les Serpentards — sauf Malefoy et ses amis qui n'en touchèrent pas une miette, malgré l'envie manifeste de Crabbe et Goyle. Il en resta même assez pour quelques Serdaigles chanceux — dont Edward, qui se servit une part monstrueuse. Par contre, les Gryffondors et Poufsouffles — qui étaient aux tables les plus éloignées — ne purent que regarder de loin l'énorme gâteau s'en aller sans eux. Pas de chance.
Moins timide, Dumbledore se fit un plaisir au contraire de quitter la table des professeurs pour se servir avec un clin d'œil à son protégé et un « Heureux anniversaire, Mr Alighieri. » Puis il repartit après une flatterie au chaton qui fuit maladroitement se cacher derrière les restes de gâteau.
Le ventre plein, Envy passa le reste de l'après-midi dans une bulle de confort, entre les ronronnements de sa nouvelle compagne qui le distrayait efficacement des cours ennuyeux et le sentiment agréable d'être rassasié. Il n'avait qu'une hâte : découvrir quelle surprise l'attendait au dîner. Il espérait également que cette nuit à nouveau il ait droit à une soirée de feux d'artifice en compagnie d'Edward qu'il ne voyait plus très souvent à cause d'une certaine chauve-souris des cachots qui polluait ses pensées.
Lors justement du cours commun Gryffondor et Serpentard de potion pour leur dernière heure de travail de la semaine, Rogue se montra bien moins indulgent avec le nouveau locataire de sa salle de classe.
– Qu'avez-vous dans votre chaudron ? demanda Rogue d'un ton sec en s'arrêtant dans l'allée près d'Envy au deuxième rang.
Pris au dépourvu par la question alors qu'il n'avait même pas commencé à préparer sa potion, Envy se pencha sur son chaudron. Il sourit en coin lorsqu'il vit une petite boule de poils installée tout au fond, les pattes remuant subrepticement pendant son sommeil.
Rogue se racla la gorge.
– C'est un chat, répondit Envy en haussant les épaules alors qu'il se rasseyait.
– Que fait cet animal dans ce chaudron ?
– Il dort.
Le coin de la bouche de Rogue se contracta.
– Dix points en moins pour Serpentard. La présence d'animaux de compagnie en salle de classe est interdite, sauf indication contraire du professeur.
Envy sourit en réponse à la punition. La suppression de point dérangeait bien plus Rogue que lui, qui s'en fichait pas mal. Il se punissait lui-même.
– Enlevez-moi ça de là-dedans avant que je n'y verse la potion de Londubat. Nous verrons bien ce qui en ressortira.
Un regard au Gryffondor rougissant fit réagir Envy. Il reprit le chaton pour le poser sur la chaise vide à côté de lui, bien reposé sur son sac et entouré de sa cape comme un nid douillet. Rogue s'éloigna sans manquer de lui faire ressentir tout le manque d'estime qu'il lui inspirait. Suite à cet incident, le cours se déroula dans un calme relatif alors qu'ils préparaient une potion de Régurgitation. Envy s'occupait davantage de gratouiller un ventre chaud et un menton doux que de découper des plantes visqueuses et d'écraser des insectes dégoutants. Impossible de se concentrer avec autant de sources de divertissement.
Le supplice prit fin à dix-huit heures et Envy se précipita hors des cachots. Derrière lui, Harry, Hermione et Ron le suivirent en trottinant pour ne pas perdre sa trace.
– Eh, attends deux secondes ! Tu as oublié tes affaires !
Envy jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour voir que Ron portait son chaudron et Harry sa cape. Les suivant de près, Hermione souriait en observant le comportement enthousiaste de son ami.
– Tu as l'air très excité, fit-elle remarquer alors qu'ils arrivaient à sa hauteur.
Il prit sa cape qu'il tassa au fond de son chaudron et déposa son chaton sur le dessus avant de reprendre sa route en trottant plus que marchant.
– Dites, qu'est-ce qu'il y aura pour le dîner ?
– Tu le sauras tout à l'heure, répondit Hermione en essayant de prendre un air mystérieux.
Encore plus impatient, Envy pressa le pas, monta les marches quatre par quatre et dérapa dans le hall. Tant pis pour ses affaires de cours, il les rangerait dans ses dortoirs après le repas. Il ne voulait plus attendre, surtout en voyant une pile de paquets colorés à la place qu'il prenait depuis le matin. Certains élèves s'y penchaient et Envy grogna en craignant qu'ils ne lui volent quelque chose.
D'un geste brusque, il posa son chaudron sur le banc et le bruit ainsi que les secousses réveillèrent le chaton. Il le déposa sur la table et le laissa gambader de sa démarche maladroite entre les plats. Par-dessus une soucoupe de légume, il aperçut Edward qui s'installait à sa table quelques mètres plus loin. Envy lui fit signe de venir, il avait envie de sa compagnie.
Perplexe, Edward s'excusa auprès de Luna pour venir chez les Serpentards.
– Reste un peu avec moi, ordonna-t-il en tapotant le banc.
Edward se laissa tomber sans élégance et se servit une bonne assiette. Par réflexe, il prit le chaton avant qu'il tombe de la table.
– Elle est vraiment adorable, bougonna Edward qui la fixait en faisant la moue. Je suis jaloux.
Cette remarque fit s'arrêter Envy net dans son déballage de cadeaux. Stupéfait, il se tourna vers Edward pour le fixer avec de grands yeux éberlués. Il n'en croyait pas ses oreilles. Jaloux. Edward, jaloux de lui, Envy. Le garçon qui représentait tout ce qu'il avait toujours voulu être le jalousait. C'était... bizarre. Se rendait-il compte de ce que cette simple phrase pouvait signifier pour lui ? Ça voulait dire que l'Homonculus possédait quelque chose de valeur, qu'il avait une certaine valeur lui-même et qu'il pouvait engendrer la jalousie.
Remarquant enfin son immobilité, Edward lui jeta un coup d'œil à la dérobée pour vérifier que tout allait bien.
– Tu n'ouvres pas tes cadeaux ?
Envy secoua sa tête avant de recommencer à déballer les divers paquets. Grâce à toutes les provisions que la mère de Ron lui donnait à toutes les occasions possibles, il aurait assez à manger pour toute son immortalité. Il mit tout de côté pour s'atteler au seul paquet qui restait après tous ceux de Mrs Weasley. Alors qu'il voulait défaire le ruban, Edward l'arrêta en plaquant sa main sur le nœud. De sa main libre, il sortit sa fourchette de la bouche et retourna le paquet à l'envers pour y découvrir une enveloppe vert pâle.
– Ouvre ça d'abord. Tu vas voir, c'est marrant.
– Vu ton humour...
– Ça veut dire quoi ça ?
Envy extirpa une carte épaisse et l'ouvrit. Aussitôt, un vacarme de voix défaillantes en sortit. Il la referma brusquement.
– Merlin ! s'exclama-t-il, sous le rire hystérique d'Edward.
Rire qui s'intensifia à l'entente du juron sorcier.
– C'était quoi ce boucan ? grogna Envy qui n'osait pas rouvrir la carte de vœux.
– La carte est enchantée, expliqua Edward entre deux hoquets de rire. On a tous participé.
– Tu veux dire que c'est vous qui chantez aussi faux ?
Le rire d'Edward reprit de plus belle alors qu'il hochait la tête. Dépité, Envy rouvrit tout de même la carte pour lire le message de joie, de félicitation et d'il ne savait pas quoi, le tout était signé par tous les Weasley, Hermione, Harry, Hagrid, Edward et même Lupin et « Sniffle ». À bien écouter, il reconnaissait en effet les voix de son ancien professeur de défense et celle de l'évadé d'Azkaban. C'était un cadeau ridicule, Edward devait en avoir eu l'idée, à moins que ce soit Ron, le connaissant. Mais il lui plaisait bien.
Le repas disparut soudain de table et des assiettes pour laisser place au désert. Envy reprit finalement le dernier paquet et cette fois put l'ouvrir complètement. C'était apparemment un livre, muni d'une couverture en cuir raide et bien ouvragé, néanmoins aucun titre ne venait l'orner. Envy ouvrit la première page pour découvrir quelques lignes manuscrites.
« Les meilleurs souvenirs de tes premières années en Grande-Bretagne » — Hermione.
« À notre Serpentard préféré » — Harry.
« Ou plutôt le seul qu'on supporte » — Ron.
« Ne les écoute pas, ils sont idiots » — SB.
Envy ne put s'empêcher de sourire en lisant ces quelques lignes stupides. Il parcourut les autres — même Bill et Charlie avaient laissé quelque chose — avant de finir par celle d'Edward.
« À notre palmier favori, qui est très photogénique » — Edward.
– Pourquoi tu dis que je suis photogénique ? demanda Envy, intrigué, avant de tourner les premières pages. Oh.
Envy eut un temps d'arrêt en feuilletant l'ensemble de l'album qui contenait presque une trentaine de clichés. Quand avaient-ils eu le temps de prendre autant de photos ? Il ne se souvenait pas qu'à la moitié de ces moments il y ait eu un appareil quelque part dans les environs. La toute première, en page de garde, était celle qui avait servi comme photo d'identité. Il se rendit compte qu'en dessous de chaque image animée, un commentaire y était implanté, avec l'identité de son auteur. Sous celle-ci, la légende affichait un sobre « le début des ennuis pour le monde magique entier » — Ron.
Envy sourit et fit défiler les suivantes sans s'y attarder. Sa première photo de classe à son arrivée l'an passé, une autre à Noël, puis encore une autre, un cliché pris pendant des vacances d'hiver, puis de printemps. Sur la majorité d'entre eux, Envy se trouvait entouré d'Edward, ou du trio, des fois mêmes de Hagrid. Les commentaires l'amusèrent beaucoup, en particulier ceux de Ron et d'Edward. Certaines images ne s'animaient pas et Envy reconnut les vacances d'été pendant lesquelles il avait découvert Londres en compagnie d'Edward. Il ne savait même pas qu'il l'avait photographié.
– Celle-là aussi, commenta-t-il lorsqu'il tomba sur celle prise chez Fortarôme. Tu as prévu tout ça depuis tout ce temps ?
– C'est là que j'ai eu l'idée, confirma Edward en terminant sa part de tarte à la mélasse. J'avais remarqué que celle-ci t'avait bien plu, et que tu aimais bien être photographié, alors j'ai commencé mon petit dossier avec l'aide des autres. Mais il y en a une en particulier que je n'avais pas prévu avant que Bill la propose.
Edward tourna quelques pages, un sourire de plus en plus large au visage, jusqu'à arriver à la photographie mentionnée plus tôt. Envy rougit brusquement en reconnaissant la scène. Il jura intérieurement à l'idée qu'Edward ait pu voir un spectacle si pitoyable. En plus le Serdaigle riait encore.
– À chaque fois que je la vois, elle m'amuse toujours autant. Bill a gagné mon respect pour l'avoir prise.
Sur le papier glacé, Molly virevoltait dans sa cuisine, survoltée, en tournant autour d'un tabouret sur lequel la silhouette crispée d'Envy restait figée, les doigts fermement accrochés à son assise. Son visage disparaissait par moments derrière une touffe de cheveux broussailleux avant que toute la masse capillaire subisse une espèce d'explosion et se dresse sur la tête de l'Homonculus.
– Elle a un don pour la coiffure, vraiment, je ne comprends toujours pas comment elle a pu faire ça, ricana Edward en se penchant sur l'album. Tu ressembles à un caniche.
Boudeur, Envy tourna la page en évitant de lire le commentaire qui allait avec, avant de tomber sur un extrait de son exploit lors de la première tâche. Là non plus, il n'avait pas eu conscience d'avoir été pris en photo, mais le résultat était bien plus flatteur. Perché sur le corps inanimé de la dragonne, Envy avait belle allure.
– Je savais bien qu'elle te plairait celle-là, dit Edward tandis que les plats et assiettes se vidaient par magie, signifiant la fin du dîner. Bon, tu devrais aller ranger tout ça, parce qu'on n'a pas encore terminé notre journée.
Envy rassembla tous ses effets personnels à la va-vite, comprenant que leur soirée sur la tour d'astronomie allait vraiment avoir lieu. Alors qu'il n'avait plus de place pour prendre plus que ses affaires, Edward l'arrangea en prenant le chaton accompagné d'un « celle-là je la garde pour faire connaissance. À tout à l'heure ! »
Quand la nuit fut tombée, Envy eut droit à son spectacle nocturne, confortablement avachi dans un des poufs transfigurés pour l'occasion. Malgré les mesures de sécurité et le couvre-feu, comme l'an dernier, ils s'étaient installés au sommet de la tour d'astronomie pour des feux d'artifice dont l'origine paraissait inconnue pour tout spectateur. C'était comme s'ils venaient de partout. Pour se faire pardonner de ne pas avoir obéi à Edward le soir de son agression, Peeves se rattrapait en semant la pagaille dans tout le château. Cependant, tous devaient se douter de l'identité de ceux dont c'était à l'origine, étant donné les petits événements à chaque repas dans la journée.
Cette année, ils étaient plus nombreux que l'an passé. En effet, Harry, Ron et Hermione avaient également tenu à participer. Tout en se goinfrant de sucreries, ils contemplaient tous les cinq les explosions de lumières et de couleurs. Au centre du cercle d'adolescents avachis, Envy regardait pourtant davantage son album photo que les feux. Il avait déjà lu tous les commentaires et il y en avait plusieurs dont il ne se lassait pas. Puis il s'attaqua à la seconde partie, celle de cette nouvelle année. Il observa le moindre cliché avec minutie, s'amusant des scènes cocasses prises sur le vif. Ron s'étouffant avec ses petits pois, Harry faisant le pitre sur son balai, Hermione prenant timidement la pose, Pattenrond dans les bras (sur le point de fuir les bras de sa maîtresse) pour finir sur un portrait du nabot qui le stoppa complètement.
Pendant un long moment, il resta à admirer l'image inattendue. Il n'avait pas remarqué à quel point le petit avait grandi. Il se souvenait encore de sa bouille de gamin de douze ans quand il avait débarqué à l'armée et que Père avait commencé à s'intéresser à lui en apprenant par Wrath qu'il pratiquait l'alchimie sans cercle. Depuis le temps, il avait beaucoup changé. Plus de cape rouge, plus d'automail, plus de complexe sur sa taille (malgré la mauvaise plaisanterie de la Vérité), plus d'Alphonse à ses côtés. Il avait énormément évolué dans sa manière de voir le monde, même s'il avait réussi l'exploit de garder son humanité.
Envy releva les yeux du cliché pour voir le modèle qui avait servi. Edward souriait malicieusement à une remarque d'Hermione. Il affichait encore ce regard bienveillant de grand-frère qu'il portait si souvent depuis qu'il était séparé d'Alphonse. Son air mature lui donnait un visage sans âge. Si Envy ne le connaissait pas, il n'aurait pu dire s'il était jeune ou non, c'était perturbant. Cette étrangeté était parfaitement capturée par la photo qu'il avait sous les yeux. Là-dessus, Edward était... magnifique. Il n'y avait pas d'autre mot. Les termes utilisés par Rita Skeeter dans son article ou bien encore les regards traînant sur lui prenaient tout à coup sens.
Lui-même, pour se faire accepter par le plus grand nombre, prenait l'apparence la plus attirante possible depuis toujours. On commentait souvent son côté androgyne, mais ce n'était qu'un moyen comme un autre qu'il avait choisi pour apparaître d'une beauté supérieure à celle du commun des mortels, que soit pour plaire aux hommes comme aux femmes. Depuis toujours, pour contrer son envie, il tentait d'inspirer la jalousie aux humains. Maintenant qu'il était sorti de l'ombre pour passer pour un être humain en arrivant dans ce monde, son objectif était atteint, en quelque sorte. Il engendrait la jalousie, l'envie, et ça le nourrissait.
Edward n'avait pas besoin de ces artifices-là pour plaire. Naturellement, il était bien supérieur à Envy, dont la vraie forme était misérable. L'Homonculus se sentait comme un tricheur, pour la première fois.
Fasciné et irrité, Envy scruta Edward plus intensément, que ce soit pour son profil, son air détendu ou son sourire. Une gêne s'installa dans sa poitrine. Sa promesse de prévenir Edward au moindre retour de ses malaises lui revint en mémoire, mais il préféra se taire. Pas question de gâcher son anniversaire pour un cœur serré.
Il regretta tout à coup la présence du trio. Il aurait aimé être seul avec Edward.
