Playlist

« Heart on fire » Scott Thomas.

« All through the night » Sleeping at last.

« The night we met » Lord Huron.

« Sunflower, vol. 6 » Harry Styles.

« Freeze you out » Marina Kaye.

« From where you are » Lifehouse.

Chapitre n°26

partie 2

Point de vue d'Aurore

Suite au retour de Céleste à l'appartement, j'ai continué à travailler sur mes projets de couture. Me plonger dans mes morceaux de tissus, retrouver mes aiguilles m'a manqué. Je prends de l'avance. Peut-être que ce n'est pas la bonne solution. Que parler avec elle calmement aurait été une meilleure idée mais je n'ai aucune idée de comment procéder. La dernière fois que je l'ai vue, elle n'avait qu'un an. Les choses ont changé; elle la première et je ne veux brusquer personne. La revoir récemment a tout changé. Personne ne peut le nier, la revoir âgée de quinze ans, les mêmes beaux yeux que dans mes souvenirs et de beaux cheveux blonds plus foncés. De plus, Bella a pris l'initiative de la retrouvée et sans que je m'y attende, elle a réussi. Elles ont discuté ensemble sans que je ne sache le fond de leur discussion. Bella a un pouvoir de persuasion redoutable. En tout cas, je ne le soupçonnais pas jusqu'à présent. Bella est retournée au Musée d'Histoire naturelle à l'heure actuelle. On lui a bien expliqué le fonctionnement du métro. Si elle se perd, elle m'appelle et j'arrive la chercher. J'agis sans doute de manière trop protectrice. Je ne veux pas l'étouffer en ne lui laissant pas de la liberté dans cette ville. Je n'ai pas reçu de message ni d'appel de panique de sa part alors je présume que ça se passe bien.

Matthéo a eu l'idée judicieuse de discuter avec Céleste qui a peur de me parler. Je préfère me tenir à l'écart pour au moins une journée. Ces vingt quatre heures ne vont pas suffire à me mettre les idées en place. Nous avons tous besoin d'explications, de mettre les points sur les « i ». Céleste comme moi et je peux comprendre ses réticences, nos vies ont été séparées alors qu'elle n'était qu'un bébé. En grandissant, les questions ont dû s'intensifier auprès des gens qui se sont occupés d'elle. Je suis reconnaissante de l'avoir retrouvée, qui plus est elle est chez moi. Vivre sa vie d'adolescente est nécéssaire pour elle, je ne peux pas la retenir dans une prison dorée. D'ailleurs, j'ai été suffisamment marquée par la « prison » qu'a été l'hôpital dans laquelle je suis restée enfermée avec Alice pour le savoir. Je me concentre sur mes aiguilles, la robe ne va pas se terminer toute seule. En parlant de robe, j'ai terminé et envoyé celle qui doit compter dans l'obtention de mon année. J'espère que mon travail sera apprécié. Je suis sur cette robe depuis un moment, je ne vois pas le temps passé quand je couds. Le résultat avance. Je mets la robe contre moi devant un miroir pour regarder l'effet qu'elle renvoie. La couleur me donne un meilleur teint. Mais je ne suis toujours pas à l'aise face au reflet du miroir. C'est encore difficile de faire face à un teint comme celui de Blanche-Neige sans émotions visibles par les humains dans le reflet du miroir. Ce complexe me fait encore du tords vis-à-vis de moi-même. Mais c'est une autre histoire.

Je ne vais pas m'excuser auprès de Céleste, de toute façon je doute que mes justifications ne suffiront à l'aider à obtenir des réponses puisque je n'en ai pas. Remuer le couteau dans la plaie n'arrange rien alors autant passer à autre chose. J'ai envie de tourner la page, autant pour elle que pour moi mais si elle veut se lancer dans des recherches alors d'accord je l'accompagnerai. Avant, elle doit vivre sa vie d'adolescente. N'en n'ayant pas eu une, je pense qu'elle doit quand même faire ses expériences, même si l'éternité lui tend déjà les bras. Ce n'est pas la bonne façon de la vivre mais sa transformation lui a été imposée, comme à moi et comme à nous tous en réalité et elle mérite de vivre sa vie. Je l'accompagnerai évidemment. Elle est plutôt distante alors je n'insiste pas. Parfois, je me demande ce que j'ai loupé. Si j'avais eu un bébé. Comment aurais-je fait pour m'en occuper, si je n'avais pas été changée en vampire des siècles plus tôt ? Au final, le temps défile à une vitesse incroyable et on en profite pas du tout. On est contraint de le supporter, un peu comme une sentence. Les humains eux profitent de ce temps pour construire une belle vie de famille (beaucoup de vampires en rêvent, cela parait banal mais cela a un sens pour nous) et ils ont raison de mettre ce temps à profit. Ce que j'aime chez Bella, c'est qu'elle se projette. Elle imagine un futur; aux côtés d'Edward bien sûr mais elle songe à entreprendre des études et à voir ses amis. Moi, j'y ai renoncé jusqu'à ce que je rencontre les Cullen et là, tout à changé. J'ai pu reprendre des études.

Songer à un avenir alors que je pensais en avoir été privée. Céleste mérite mieux. D'ailleurs, je ne sais pas si elle veut rentrer à Forks. Peter doit s'inquiéter. Je n'ai pas pris la peine de consulter mes messages mais je sais d'après Matthéo que Jasper lui a parlé au téléphone. Je pense que notre Céleste est un peu perdue en ce moment et je ne sais pas si rester en ma compagnie est bénéfique. Bien entendu que je souhaite rattraper le temps perdu. Maintenant que la vie éternelle le permet, c'est différent. Elle m'accorde un peu de sa confiance. Elle s'approche petit à petit et je lui donne tout le temps nécessaire, même si cela doit prendre cent ans. Je suis prête à attendre pour qu'elle comprenne que je ne lui veux aucun mal, son bien-être est ma priorité et je suis heureuse qu'elle ait rejoint le clan de Peter. Au moins, elle est bien entourée et quand elle le veut, nous pourrons nous voir. Je m'y engage. Mon année dans cette ville de verre et d'acier est bientôt terminée. Je pourrais revenir à la maison bientôt. La vie de famille commence à me manquer. Le clan Cullen me manque. Eux m'ont accueilli les bras ouverts et j'ai hâte de leur présenter Céleste. Ils vont découvrir sa personnalité et à quel point elle est super. Les choses ne peuvent qu'évoluer et que nous allons rester ensemble. Plus jamais elle ne sera seule. Je pose mes aiguilles sur la table. Je dois faire une pause, ce soir nous allons au cinéma tous les quatre. Une soirée ensemble. La première. Et je veux qu'elle marque le début d'un nouveau chapitre. En espérant que cela lui convienne. Ce sera son choix. Après, j'ai très envie d'apprendre à la connaitre.

Je quitte le bureau dans lequel je travaille et où je me suis isolée le temps de coudre cette robe bleue nuit. Il n'y a pas l'odeur de Matt qui flotte dans le couloir, je suppose qu'il est parti chasser. Bella est assise sur le canapé en train de regarder un programme télé que je ne connais pas. Depuis le temps, je ne me suis pas familiarisée avec ça. Venant d'un autre temps je pense que cela ne m'intéresse pas. Elle a dû rentrer il y a peu de temps et je ne me suis pas aperçue du temps qui a défilé. C'est en regardant le ciel que je constate que le soleil va bientôt se coucher. Je la laisse le temps d'aller dans la cuisine préparer deux tasses de thé. En passant près d'un placard, je récupère une poche de sang. J'espère que la boire devant elle ne la dérange pas, je ne lui ai même pas posé la question depuis le temps qu'elle réside avec moi. Elle me sourit en voyant la tasse de thé chaude lui effleurer ses sens. Elle ne s'y ai pas attendu mais j'apporte un peu de chaleur dans cet appartement comme je peux. Façon de parler sachant que je ne dégage plus de chaleur proprement parlé depuis longtemps alors que celle de Bella se fait sentir et c'est agréable. C'est le concept d'un foyer au final.

Je fixe l'écran de la télé sans penser à autre chose qu'à Matt qui doit supporter mes humeurs. Il va falloir songer à en discuter un jour. Il le sent déjà. Monsieur empathie. En parlant de lui, son odeur de menthe envahie mes sens. Bella esquisse un sourire tout en se concentrant de nouveau sur l'écran. Ce n'est pas pour autant que je quitte ma place sur le canapé. Je suis bien installée. J'ai aussi envie de me rattraper un peu avec Bella. Je ne suis pas la personne la plus spontanée du monde mais avec elle, c'est nouveau. Vous allez trouver ça étrange mais les humains ne sont pas ceux que je comprends le mieux. J'ai été au lycée et je suis plus à l'aise avec ma famille que les autres élèves. Bella est une amie mais je sens que notre amitié est encore fragile.

Il est temps pour moi de me montrer sous mon meilleur jour. Après tout, tout va bien. Ma famille me soutien, j'ai une amie humaine et un amoureux incroyable dont je ne cesse de penser à l'heure actuelle. Il est juste dans la pièce d'à côté pourtant.

« Tu n'as pas à t'en vouloir ».

Sa prise de paroles me surprend un peu. Elle a dû lire quelque chose, une expression sur mon visage. Je ne dis pas que les humains ne sont observateurs mais les conversations profondes comme on aime le dire sont rares chez moi, surtout avec Bella.

« Tu es une fille incroyable. Je le dis pas parce que c'est bien de le dire mais parce que c'est vrai. Tu mérites tout le bonheur et Céleste a eu de la chance d'avoir été tenue entre tes bras. Elle a été aimée grâce à toi ».

« J'espère juste qu'elle le sait au fond de son cœur. Merci de te soucier de moi Bella ».

« On se soucie tous de toi ».

« Je ne mérite pas tant tu sais ».

« Tu t'excuses encore. Je suis un peu jalouse dont la façon qu'à Matthéo de te regarder ».

« Si Edward bouge, tu bouges aussi » souriais-je.

« Ce n'est pas pareil. Quand Matthéo est avec toi, il est comme admiratif. Il te regarde comme personne, comme… ».

« Difficile de ne pas le faire » ajoute l'intéressé en entrant dans la pièce.

Ça y est, je ne suis plus où me mettre. En aucun cas, je ne me suis attendue à entendre ces choses adorables à mon sujet. Le fait est que c'est grâce à eux que je me porte aussi bien. L'entendre me fait plaisir et j'ai envie de me cacher dans un trou de souris. J'apprends tous les jours à accepter les compliments, l'attention que l'on me porte au sein de cette famille. Je ne peux m'empêcher de sourire. Humaine, j'aurai eu les joues aussi rouge que le pull que porte mon amie humaine aujourd'hui. Profiter de l'instant présent. Tout va bien. Je dois me faire trop de films concernant Céleste et trop de jugement sur moi-même. Je suis dans un cercle sain.

« Quel film voulez-vous voir ce soir ? ».

« Au cinéma ? ».

« Pourquoi pas Bella, je pense que cela te ferait plaisir d'aller au cinéma ».

« Comme une famille ? ».

« Promis je n'insiste pas pour voir un film historique ».

Je ris face à la remarque de Matthéo. Connaissant son frère, le choix du film se serait imposé tout de suite. Grâce à notre amie Bella, quoique le mot sœur est plus approprié, préfère les films plus légers. Un film d'amour par exemple ou alors un bon film d'action. Je ne supporte pas les films fantastiques sur les vampires, ceux qui sont sortis au cinéma par exemple pour ne pas les viser directement. Ils ne reflètent pas l'image des vampires que je garde à l'esprit mais évidemment on préfère les faire passer pour des monstres ou pour des êtres torturés, ce qui n'arrange pas forcément les choses nous concernant. Je me sens visée par ces films.

Au cinéma, je m'installe près de Bella et Céleste est visiblement plus à l'aise près de Matt. Bella, moi, Matt et Céleste. Au moins, elle a accepté de venir. Elle est tellement discrète que je n'ai pas l'impression de l'avoir près de moi. Elle passe beaucoup de temps avec Bella. Autant les laisser toutes les deux. Le film commence. Nous avons choisi un film de super-héros afin d'être tous d'accord et ne pas créer un conflit. Personne se sera vexé. Je passe la plupart de la séance à regarder le visage de Céleste. Elle rit, elle se recroqueville sur son siège parfois et je l'ai vue une fois effleurer l'épaule de Matt car elle a sursauté à un moment du film. Je me demande si elle a déjà vu un film au cinéma. Edward m'a raconté y aller quand il était plus jeune (quand il ne connaissait pas encore les Cullen et que sa condition de vampire lui pesait vraiment sur les épaules) et que se retrouver au milieu d'humains était vraiment difficile. Je l'ai interrogé sur le sujet, en évitant de le vexer car je ne veux pas me montrer intrusive ou maladroite. De peur qu'il m'en veuille. Au final, il a répondu à toutes mes questions et m'a assuré qu'il n'avait pas de problème à y répondre, que comme je fais partie de la famille il n'a pas peur de parler de son passé avec moi. Cela m'a fait plaisir. Céleste est vampire depuis longtemps alors je suppose qu'elle maitrise sa soif. Je me soucie de ce point là. Je n'ai pas toutes les réponses mais j'ai envie de lui demander depuis combien de temps elle est immortelle. Je me doute qu'elle ait envie de parler de ce sujet. Elle a dû l'être à son quinzième anniversaire directement, quinze ans après l'avoir confiée. Mon dieu. Si j'avais su, je me serais précipitée pour empêcher cet acte. Il n'y a rien de pire que d'imposer ça à un humain. Chacun est libre de choisir sa vie. Sans cela, je n'aurais jamais retrouvé sa trace ou alors une fois devenue adulte. Reste à savoir comment, peut-être en demandant l'aide d'Alice. Mais tout ça reste de la théorie. Ma théorie.

Le film se passe bien. J'arrive même à entendre le rire cristallin de Céleste. La voir rire est quelque chose de nouveau et agréable. Si elle est venue, c'est qu'elle se sent en sécurité par la présence de Bella je présume. J'espère un peu par la mienne aussi. Je m'abstiens de le mentionner à voix haute. Je reporte mon regard sur l'écran et suis le reste du film. Pour être honnête, il est plutôt bon. Il faut se familiariser avec les films de notre époque moderne. Les films en noir et blanc sont classés parmi les classiques. Je suis certaine qu'Edward les adore; Jasper préfère les films historiques (comme son frère, ce n'est pas un hasard); Emmet est fan de film d'action (ça on s'en doute). Moi, je n'ai pas de préférence, tout dépend de mon humeur. Une bonne tasse de thé entre les mains et je suis heureuse. Avec Matthéo c'est encore mieux. Je regarde la suite du film avec entrain, nous sommes une famille maintenant. Réunie. Plus rien ne peu gâcher ce moment. Il est temps que je me fasse une raison, je ne suis plus la jeune femme enfermée dans un asile mais une femme libre. Nous sommes une famille. Mes années précédentes n'ont rien avoir avec celle-ci, je me trouve dans un lieu public en compagnie d'une amie, d'un vampire incroyable qui partage ma vie et d'un bébé devenue une belle adolescente dont je me suis occupée. La vie réserve de belles surprises.

Je profite du film jusqu'au générique de fin qui marque la fin d'un bon moment. Ce fut deux heures un peu hors du temps. Mais deux heures agréables partagées avec ceux qui partagent ma vie depuis un moment. Je suis chanceuse d'avoir croisé leur route.

En sortant de la salle, je vois Bella qui semble ravie de la séance. Matt ne tarde pas à se retrouver à mes côtés, il prend ma main délicatement. Ce contact me fait sourire. Même sur le trajet du retour, je sens son regard qui se pose sur moi. Dans l'avenir, j'ai envie de renouveler ces moments. Ensuite je sens le regard de Céleste et un mince sourire sur ses lèvres. Je devine que sa soirée s'est bien déroulée.

De retour à l'appartement, nous sommes tous occupés à nos tâches. Bella met le couvert. Même si elle est seule à manger de la nourriture dite humaine, je ne veux pas la rendre mal à l'aise. Je tiens à ce que nous soyons autour d'une table. Comme une famille vous me direz, oui dans un sens mais parce qu'autour d'une table on partage des moments. Au moins, Bella ne se sent pas totalement seule. Je sais que quand on va rentrer à la maison, ce sera différent puisqu'il y a au moins un de nous près d'elle quand Edward n'est pas là. C'est rare, ils sont tout le temps ensemble. Et je ne veux pas non plus que Céleste soit à part non plus. L'odeur qui émane de la cuisine me donne presque envie de planter une fourchette dans la poêle pour y manger les légumes sautés au curry et le poulet qui mijote. Ce qui est rare étant donné que je ne mange plus d'aliments solides. Je sens deux mains délicates disposées sur ma taille et un parfum mentholé. À son contact, je me retourne me coller un peu plus à lui. L'embrasser maintenant est une idée qui me traverse l'esprit. Deux autres personnes sont aussi attentives dans la pièce alors. Je le laisse tranquille et éteint pour la poêle. Hors de question que ma cuisine prenne feu maintenant.

« Tu me déstabilises » dis-je.

« Vraiment ? ».

Cette réflexion le fait sourire évidemment mais je ne veux pas que Bella soit intriguée.

« Cesse de penser aux autres ».

Je quitte ses bras à contrecœur mais le repas ne se servira pas tout seul. Le regard de notre amie humaine en dit long. Je devine qu'elle a faim.

« Tu as forcément dût être cuisinière dans une autre vie » me complimente Bella.

« Merci Bella mais non, couturière oui ».

« Où tu as appris tout ça ? Avec rien, tu sublimes une assiette ».

« Les voyages aident un peu je suppose mais j'ai eu la chance que l'on m'apprenne ».

« Très bon prof ».

Au moins, je suis douée dans un domaine.

« Tu es douée dans plusieurs domaines » entendis-je par la pensée.

« Lesquels ? ».

« La couture et d'autres que tu ne soupçonne pas ma belle ».

« Je peux de poser la même question » rétorquais-je.

« À part les livres d'histoire, je ne vois pas autre chose ».

« On nous observe ».

« Bella n'en a aucune idée, Céleste je ne sais pas mais je pense que oui ».

Cette discussion silencieuse me met de bonne humeur. Mon quotidien est différent. Il me plait bien. Je comprends ce que Rosalie définit comme la projection. C'est ce qui lui manque le plus. Devenir une créature nocturne ne l'enchante toujours pas. D'un côté, je comprends car c'est une situation contrainte et non désirée. Les vampires vivent éternellement alors la question de projection leur est indifférente. Ils s'en fichent royalement. Ils profitent des bienfaits de celle-ci. Autant vivre jusqu'au bout de la nuit sans éprouver une once de fatigue, d'enchainer les années d'études, d'enchainer les métiers et de voyager au quatre coins de notre cher globe terrestre. J'ai dû y aspirer un temps mais maintenant je veux profiter de ma famille, maintenant que j'en ai une.

Après le repas, je me suis assise sur le canapé du salon et je ne sens pas la présence de mon vampire préféré dans les parages. Il doit être dans la salle de bain. Pensée confirmée puisque j'entends l'eau de la douche. Non, n'imagine pas ouvrir la porte de la salle de bain. Si je commence à avoir ce type de pensées, je ne m'en sortirais pas sachant qu'il y a quand même une humaine et une jeune autre vampire dans l'appartement. Un peu de tenue.

De toute façon, le livre que j'ai trouvé dans ma bibliothèque ne me convient pas alors autant le fermer. Une autre odeur mentholée attire mon attention et je croise le regard de Céleste. Moi qui pensais ne pas la voir de la soirée.

« Merci » entendis-je de sa bouche.

« Je t'en prie ».

« Je parle de tout ce que tu as fait pour moi. De la première fois que tu m'as tenue dans tes bras, de la fois où tu as apaisé mes pleurs par la parole, tes gestes tendres. Je ne peux pas renier tout ça. On m'a tout expliqué. Je ne te l'ai jamais dis mais j'ai mené l'enquête pour te retrouver dès que ça a été possible. J'ai fouillé absolument partout. La moindre piste me donnait un espoir. Je n'ai pas fait tout ces efforts pour ne pas aller au bout. Si je trainais à Central Park, c'était parce que je savais que tu aimais cet endroit ».

« Je… » dis-je abasourdie.

Elle savait depuis le début. Elle a effectué des recherches. Des recherches à mon sujet pour pouvoir mettre un visage sur la personne qui a pris soin d'elle bébé. Personne n'a eu un écho à ce sujet. Même Alice n'était pas au courant. Céleste aurait-elle un don qui brouille les pensées ? Comme Bella ? C'est évident que je pouvais pas deviné par moi-même.

« Je m'excuse pour n'avoir rien dit. Bella n'en sait rien ».

« Comment… Comment as-tu su ? ».

« J'ai fouillé absolument partout ».

Je n'en reviens pas. Ce qu'elle me dit est au-delà de ce que j'ai imaginé jusqu'à présent. Des flashback me frappent de plein fouet. C'est comme si je ne voyais plus rien. Nous étions deux à chercher. Sans le savoir et sans aucun moyen de communiquer ni même avoir dans les mains un indice quelconque. Je crois avoir besoin d'air. Suffoquer. Je ne comprends pas comment elle a pu garder autant d'informations à ce sujet dans sa tête. Il me faut de l'air. Je me lève du canapé, ouvre la porte fenêtre qui mène au petit balcon et embrasse l'air froid de la nuit. J'ai besoin de remplir mes poumons d'oxygène même si cela ne m'est pas indispensable. Elle a donc tout gardé sans n'avoir parlé de ça à personne. Toute cette histoire surgit, elle me frappe en pleine face et tout prend un sens. Les années que j'ai passé à errer dans l'inconnu, la rencontre avec les Cullen qui m'a fait comprendre concrètement le sens de la famille. Je n'ai pas la moindre du pourquoi du comment mais je sens que cette histoire va changer les choses. Non que je n'ai pas confiance en Céleste mais c'est nouveau pour elle, Moi, je vis avec ces souvenirs depuis un siècle maintenant. J'ai promis à mon amie Élise de prendre soin de ce bébé. Je l'ai fait. Ensuite, il m'a fallu la confier. Depuis, la vie a reprit son cours. Comme si la vie me montrait des signes. C'est impensable. La revoir relevait déjà d'un miracle alors qu'en plus, elle sache une partie de son histoire personnelle est un autre miracle que je n'explique pas.

« Tout va bien ? ».

Matt me retrouve sur le balcon en train de regarder dans le vide sans savoir quoi répondre.

Tout se bouscule dans ma tête. À croire que les choses prennent une autre tournure. Pour être totalement honnête, qu'est-ce que j'espérais ? Que Céleste arrive dans notre vie telle une fleur, que l'entente entre nous serait parfaite ? Elle a disparue trois jours parce qu'elle était effrayée à l'idée de nous rencontrer, de me rencontrer. Évidemment que c'est un bouleversement pour elle, comme pour moi. Je me suis occupée de ce bébé avec la promesse faite à Élise que je prendrais soin d'elle, ce que j'ai fait donc je ne peux pas renier ça. Seulement, j'ai culpabilisé pendant des années d'avoir abandonné ce bébé. Il s'agit d'un abandon. Je ne sais pas comment toute son enfance s'est déroulée. Tout ce que je sais, c'est que quelqu'un lui a volé son adolescence et à présent elle est éternelle. Coincée entre ses rêves de jeune fille et entre une vie familiale inconnue et imposée. Je me sens encore coupable. Cette histoire a marqué ma vie, comme mon amie Élise a marqué ma vie et sans elle je n'aurais pas accompli mes rêves de devenir une couturière. Sans elle, je n'aurais pas eu le courage de retrouver Alice après avoir pris des chemins différents. Je n'aurais jamais rencontré les Cullen non plus qui m'ont accueilli comme leur propre fille et leur propre sœur pour Bella, Emmet, Edward, Rosalie, Jasper. Céleste a fait son apparition. Elle m'a donc cherché pendant toutes ces années.

Nous étions deux et non plus une seule personne.

Je ne sais pas ce que Céleste a ressenti pendant ces recherches. A-t-elle été en colère ? Triste ? Des tas de questions sans aucune réponse. Elle a fait autant de démarche que moi. Je pense que les documents doivent être conservés quelque part, sans doute comme moi dans un dossier long comme le bras caché dans un coin de sa chambre sauf que le mien est sur mon bureau, chez les Cullen.

Les sanglots s'échappent de moi sans que je ne puissent les contrôler. Cette fois, je ne peux pas m'enfuir dans un trou de souris pour échapper à tout ça. Mon dieu que je me sens pitoyable. Incapable d'assumer ma place de « mère de substitution » auprès d'une adolescente de quinze ans maintenant. J'entends déjà les mots de mon vampire préféré qui me rassurait. J'ai fait ce que j'ai pu avec les moyens du bords. L'instinct maternel s'est réveillé et je ne pensais pas ressentit ça un jour dans ma vie après ma transformation en vampire. Les vampires ressentent beaucoup de chose mais la seule chose qui puisse les rendre incontrôlable avec n'importe qui c'est le sang humain. Sans nourriture nous sommes des montres assoiffés d'hémoglobine humaine. Passer son temps à ruminer, à être sur ses gardes, en recherche permanente de ce liquide rouge vital aux humains.

Je me laisse faire dans les bras de Matthéo telle une marionnette que je suis. Je suis vraiment pitoyable. Céleste compte sur moi mais je suis confrontée à la vérité. Celle qui a longtemps été enfouie dans les tréfonds de mon âme. Mon rythme cardiaque quasiment inexistant envers la population humaine s'apaise au contact de mon vampire blond. Il sait quand ça ne va pas. Je me suis levée ce matin en ayant l'espoir que cette journée soit une parmi d'autre, un pas de plus envers Céleste qui vient d'arriver dans ma vie et je suis reconnaissante que le destin ou je ne sais quoi d'autre ait fait en sort de la revoir dans ma vie éternelle. Si elle n'avait pas été transformée, tout ça aurait été impossible. Cette chance était à saisir. À présent, c'est à moi de me sentir effrayée par la situation. Ce que j'ai gardé ressurgit. De plus, sous les yeux de Bella. Jamais je ne me suis montrée aussi vulnérable et je ne sais pas si c'est bien. Bella ne voit pas les vampires comme des êtres immortels et imprévisibles, dénoués de sentiments quelconques et criminels à des heures perdues. Je ne suis pas tout ça. Matthéo non plus. Esmée et Carlisle non plus. Emmet et Rosalie non plus. Alice et Jasper non plus. Edward non plus. Je veux croire que Céleste non plus. Nous sommes des vampires conscients de pleins de choses. Je ne me détache pas de l'emprise de Matthéo pour autant, je suis bien dans ses bras et de toute façon je ne peux pas regarder Céleste ou Bella dans les yeux.

« Elle se calme doucement, ne t'inquiète pas Bella ».

Bella est donc spectatrice de la scène. Je pense que des questions vont avoir un début de réponse ce soir.

Matt me caresse le dos. À son contact, ma respiration se calme. Je sens son odeur de menthe sur moi. Elle a le don de me faire reprendre une respiration normale. J'ai bien cru m'étouffer sur place. Apprendre autant de choses ont fait remonter des souvenirs. Ce ne sont pas des souvenirs négatifs à enterrer six pieds sous terre, ce sont des traces de mon passé et de celui de Céleste. Ils sont importants. Dans cette situation, je ne peux pas ne pas penser de nouveau à Élise. En attendant de dévoiler des détails, je profite de l'étreinte de Matthéo pour reprendre mes esprits. Je suis chez moi, à New York. Je suis dans un appartement occupé par trois autres personnes. Tout se passe pour le mieux entre nous quatre. Du moins pour l'instant avec Céleste. Je fais des études qui me plaisent, il n'y a pas de quoi se plaindre à ce stade de ma vie. Je respire doucement comme me murmure Matt au creux de l'oreille.

« Je suis désolée, c'était… » intervient Céleste.

Je reconnais sa voix. Elle n'est pas à l'aise et je présume qu'elle se tord les doigts, signe de nervosité de sa part. Je ne lui en veut pas. Les choses devaient se passer ainsi un jour où l'autre, je devais me montrer prête. Ce soir par exemple, ça m'a surprise. Ma réaction est spontanée et il est logique que ce soit pris de manière brute par Céleste et Bella qui se trouvait dans la cuisine.

« Ne t'excuse pas Céleste » dis-je en me détachant de Matt que je remercie d'un sourire. « C'est beaucoup d'informations ».

« Mon attention n'est pas de te faire peur ».

« Je pense qu'il est temps de discuter ensemble. Tu es prête pour ça ce soir ? ».

« Il est temps ».

Une tasse de thé entre nos mains, Céleste fait défiler les documents en sa possession. Je me demande comment elle a pu stocker tout ça sans que je ne m'en rende compte. Elle m'explique comment elle a obtenu tel papier, telle photo et la manière dont elle a effectué ce travail. Ses années n'ont pas été inoccupées. Céleste est admirable d'avoir réalisé ce travail. À son âge, ce n'est pas la première préoccupation qui s'impose. C'est important pour elle de connaitre son histoire finalement et je comprends cette démarche courageuse de sa part. Je suis d'autant plus heureuse qu'elle soit à côté de moi pour le faire. À présent, on a tenter de recoller quelques morceaux du puzzle. Si on réussi, tant mieux. En tout cas, on va vivre notre vie familiale sans embuche maintenant. Les photos sont anciennes, je suis surprise de découvrir Céleste bébé, si mignonne. Apparemment ses années en foyer se sont bien passées et elle a eu de la chance d'avoir été accueillie dans le clan de Peter. Jasper et lui ont servi ensemble dans l'armée. Il a été facile pour Jasper de discuter de Céleste à Peter. Céleste s'est mise à ma recherche depuis longtemps, c'est pourquoi Peter l'a laissée faire et découvrir ses origines aurait pu ne pas aboutir. Les connaissances de Peter ont été utiles et heureusement, notre Céleste a été surveillée et accompagnée. La savoir seule dans les rues de cette ville m'angoisse déjà.

Nous avons dû discuter pendant une heure à ce sujet. Maintenant qu'elle m'a expliqué tout ça, je peux davantage envisager un avenir plus radieux avec elle à mes côtés. Je souhaite vraiment que ce soit le cas. Petit à petit. Après tout, nous avons l'éternité pour ça.

Bella tombe de fatigue et il vaut mieux pour elle d'aller se coucher. Si Edward apprenait que je la laisse veiller jusqu'à pas d'heure, j'aurais le droit à un sermon et venant de sa part, je m'en passerait bien. Edward est quelqu'un de gentil mais quand il s'agit de sa Bella on ne peut plus le reconnaitre. Elle est encore humaine alors je comprends. Ceci-dit, elle m'aide aussi à m'organiser, à entreprendre un rythme journalier. Les habitudes humaines me manquent parfois. Le lycée me manque un peu aussi. De toute manière, dans quelques années, le cycle des études lycéennes vont reprendre et les études supérieures aussi alors j'ai le temps de consacrer mon temps à ce qui me plait.


Hey !

Une revenante, je m'excuse du retard pris pour cette histoire (j'ai l'impression qu'elle ne sera jamais terminée alors que si. Il faut bien une fin quand même) mais j'ai eu pas mal d'inspiration pour mon autre fanfiction « En haut de l'immeuble » notamment et « Il est temps de rallumer les étoiles ». En attendant, j'ai écrit ce chapitre et la suite arrivera aussi bientôt. Écrire un chapitre me demande du temps alors je m'excuse pour les délais parfois un peu long des chapitres. Sachez que je n'oublie pas mes fanfictions pour autant. Surtout celle-ci qui existe depuis très longtemps puisque c'est la première que j'ai publiée sur Internet.

Merci de rester fidèle à cette histoire (qui existe depuis très longtemps quand même), ça va me faire une sensation étrange de la terminer définitivement. Alors elle mérite d'être retravaillée au niveau des premiers chapitres où il y a beaucoup de dialogues et moins de développement que la suite. Il y a sûrement des fautes, des coquilles qui trainent. Mais je vais d'abord la terminer, écrire la suite de mes fanfictions et on verra plus tard (de la patience).

En plus, j'ai des idées de fictions (originales cette fois-ci) en développement et j'espère les partager aussi ici. Ce serait génial.

En vous souhaitant une bonne lecture ! ;)