Playlist

« Painting flowers » All time low

« She » Harry Styles

« Ghost of you » 5 Seconds of the Summer

« Fix you » Coldplay

« Enought for now » The Fray

« You won't feel a thing » The Script

Chapitre n°26

partie 3

Point de vue d'Aurore

Je ne me suis jamais demandée comment allait se passer ma vie. En tant que vampire, je ne peux pas rêver mieux. J'ai une famille chaleureuse et aimante, un amour qui grandit de jour en jour. L'éternité offre des possibilités infinies. Quand on sait comment l'occuper bien entendue. Depuis hier, je sens que les choses ont changé entre moi et Céleste. À force de discuter, nous sommes un peu plus proche qu'avant. J'en suis heureuse. Ma culpabilité sera je pense toujours présente mais on ne peut rien changer au passé. On dit que l'on changerait le monde avec des « si ». Est-ce que ces « si » ne sont pas là pour transmettre une sorte de message, que sans eux nous ne serions pas les mêmes personnes ? Les fameux « si » servent de justification à changer le monde, changer les choses du passé mais personne ne peut le faire parce que tout serait parfait. On dit aussi que la perfection n'existe pas, qu'elle fait voir une sorte de monde parfait et qu'il se cache quelque chose derrière. Je ne suis pas forcément d'accord pour voir le mal partout, le négatif partout mais voir le positif a du bon. Avec ma vie humaine, je peux clairement dire que ma vie éternelle est plus riche. Je ne suis plus enfermée entre les murs d'un hôpital psychiatrique toxique pour moi et Alice. Nous avons suffisamment souffert pour que nous puissions vivre une nouvelle page aussi positive qu'offre notre nouvelle vie de vampire. Il est vrai que les vampires sont des créatures dangereuses et très mal considérées dans ce monde. Au final, ce n'est pas un mal pour un bien. Dans ce sens là en tout cas. Toute part de sacrifice entraine des conséquences. Alice et moi avons payé ces conséquences. Les Cullen aussi. Eux ont renoncé à leur rêves humains (je pense à Rosalie qui rêve de vieillir aux côtés d'Emmet et d'embrasser leur enfants et petits-enfants, pas de rester belle et beau toute une éternité). Je conçois ça. Jasper ne voulait qu'une chose, oublier son douloureux passé de soldat dans l'armée pour vivre une vie plus calme. Je comprends ça. Lui et Matthéo en ont vu assez pour toute une vie éternelle. Ce sont des exemples concrets qui méritent d'être compris.

Pour ma part, j'ai décidé de tourner cette page. Je ne suis plus la même jeune femme enfermée dans un hôpital. Je ne suis plus la même jeune femme sans possibilité d'avenir. Devenir une créature nocturne (par James, ce n'est pas le meilleur procédé) a changé ma vie, c'est le cas de le dire mais sans ça, je n'aurais pas atterrie comme couturière dans une maison close italienne. Ma nature vampirique m'a prouvé que je pouvais surpasser un instinct animal qu'est le manque. Me nourrir d'hémoglobine humaine a fait longtemps partie de ma vie, même si je sélectionnais des proies dangereuses pour les humains. Cela n'enlève pas la culpabilité de supprimer une vie humaine pour moi. Rencontrer Élise a aussi changé les choses. Je me demande comment j'aurais réagit si j'avais rencontré Céleste en première. Isolée dans une ruelle sombre, sans possibilité de m'enfuir. Céleste a croisé son regard et c'était terminé, le lien a eu lieu. Ce bébé a déjà établi un premier lien avec Élise et de toute manière, je pense que personne n'aurait pris la peine de s'en occuper autrement que mon amie. Et c'est aussi cette éternité qui m'a permis de la revoir. Je me serais contentée de la voir de loin. Pas forcément de lui parler les yeux dans les yeux. Elle a hérité de beaux yeux verts, je me demande si ce sont ceux de sa mère ou ceux de son père. Je me pose des questions à propos d'eux, comment étaient-ils physiquement, comment se sont-ils rencontrés et où vivaient-ils ? Autant de questions auxquelles je n'ai pas de réponse. Je me demande aussi s'ils seraient fiers de constater que leur fille est vivante. Immortelle certes mais vivante quand même. Qu'elle n'a pas succombé à une maladie par exemple ou autre chose, que sa vie est meilleure et que désormais il y a des gens qui s'occupent d'elle du mieux possible, que je fasse partie de sa vie. C'est un questionnement qui m'intrigue. Mais encore une fois, je ne peux pas avoir de réponse. Tout ça est trop ancien et les archives ne se conservent pas infiniment sur ce type de sujets. J'ai envie de croire qu'ils sont fiers de ce que leur fille est devenue, intelligente et adorable.

Ma journée est terminée. Il est dix-sept heure et je sors de l'école dans laquelle je passe la plupart de mon temps. Les études de mode me fascine. Dans ce milieu, je peux m'exprimer dans des robes et autres tenues. Celle que j'ai rendu pour valider en partie mon année en fait partie, j'y ai mis du temps. Je veux consacrer ce temps pour faire ce qu'il me plait. Ma journée a été remplie. J'ai terminé de dessiner un premier patron pour une autre tenue. Ensuite, j'ai travaillé sur une autre pièce qui m'a occupé tout l'après-midi. Coudre est ce que je préfère. Mes aiguilles entre les mains, je suis maitresse de la pièce de tissu. Je fais ce que je veux. Dans ce cas, c'est ma main qui guide l'aiguille. Coudre une pièce est quelque chose de valorisant pour moi et sans les encouragements de ma sœur, je n'aurais pas continué. Or, c'est ce qui m'a fait tenir quand nous étions chacune de notre côté pendant un moment. Son absence m'a fait mal. Sans elle, je n'étais plus complète. Aurore sans Alice n'est plus la même personne. Même mon prénom sonnait comme « faux » tout seul. Certes, nous sommes de la même famille. Nous sommes complémentaires et l'une sans l'autre m'a paru impensable pendant longtemps car à l'hôpital nous étions deux. Le lien qui nous uni n'est pas uniquement fraternel. Nous avons une connexion. Sa présence dans mon cœur fut bien trop lourde à porter alors j'avais plus que hâte de la retrouver et c'est chose faite depuis maintenant quatre ans.

En peu de temps, nos vies ont pris un nouveau tournant. D'ailleurs je n'ai pas encore réfléchi à ce que je vais organiser pour fêter ça. Pour beaucoup, ce n'est qu'une date mais pour moi c'est le début d'un autre chapitre important de ma vie. Elle vit sa vie d'étudiante mais j'ai hâte de la retrouver pendant les vacances de Noël. Il est hors de question que je fête Noël à New-York sans Alice. Bella doit rentrer aussi, je sais que Forks lui manque. En parlant d'elle, je ne sais pas quel miracle son lycée a accepté de lui accorder les cours par correspondance depuis un mois. Peut-être parce que les arguments ont été bons. Ou alors que la voix des vampires opèrent parfaitement auprès des humains pour se faciliter certaines choses de la vie. On va dire que c'est ce qui a fait accepter le directeur du lycée de Forks sans hésitation. Résultat, elle vit avec moi. Je ne vais pas me plaindre, sa compagnie est agréable. Au moins, cela me donne une motivation de travailler tous les jours. D'une pour ne pas la décevoir et nouer un lien d'amitié avec elle. C'est une humaine géniale. Elle est compréhensive, ne me regarde pas comme une créature nocturne étrange sortie d'un livre d'horreur. En aucun cas, elle n'a porté aucun jugement sur moi et je lui en suis redevable. Nous avons discuté sur mon ancienne vie et comme j'en ai déjà parlé à mon arrivée à la maison, je me suis dis que Bella pouvait bien me poser n'importe quelle question.

En sortant du bâtiment, uniquement vêtue d'un pull en laine, d'un pantalon classique gris et d'une paire de boots assorties, je remarque une silhouette connue et un sourire s'affiche sur mon visage. Le reconnaitre entre mille est immédiat pour moi. Son chapeau noir maintien ses boucles blondes et comme moi il a le même pull irlandais. Je ne pensais pas le revoir jusqu'à mon retour à l'appartement. Bella doit travailler et Céleste doit dessiner, elle m'a dit aimer dessiner alors je lui ai offert de quoi s'occuper. Les petites attentions viennent au fur et à mesure. Maintenant que les choses sont posées, on a joué carte sur table et la relation que l'on a va bien, elle grandit petit à petit et j'espère que ça lui fait plaisir. J'admire le beau vampire qui est en train de m'attendre devant l'école. Alors le mot « admirer » peut être un peu exagéré pour pas mal de gens mais pas pour moi, c'est vraiment quelqu'un d'unique et grâce à lui je peux envisager un avenir. Il a du charisme, quand on le regarde il ne renvoie que l'image d'un gentil garçon (ce qui est le cas), il est courtois (comme s'il venait d'une autre époque et c'est le cas aussi). Quand on me parlait d'âme-sœur plus jeune, j'avais dû mal à y croire de façon concrète. Les contes de fées par exemple, je n'y ai pas cru. Je ne pensais pas être aussi bien auprès d'une personne mais je sais que c'est possible alors je laisse mon cœur parler. Je salue de la main mes amies qui doivent se demander pour quelle raison je ne me précipite pas dehors ou pourquoi je reste à le regarder en ayant des paillettes dans les yeux. Avec lui, c'est dans ma nature de me montrer sous cet angle là. Lui et moi. Le reste n'a pas d'importance.

« Bonjour » dis-je heureuse de le voir, les mains sur ses yeux. Arriver par surprise est l'une des choses qui m'amuse. Je ne pense pas qu'il s'en doutait.

« Les rôles s'inversent » sourit-il.

« Pour une fois ».

Nos regards se croisent enfin et je suis déjà en train de lier ses doigts aux miens. Comme quoi, les réflexes ne se perdent pas. Il m'a manqué aujourd'hui. J'ai pensé à ce que l'on pourrait faire dans les prochains jours, quand Bella sera dans les révisions des examens blancs qui arrivent et sans que Céleste ne soit seule non plus. Je ne veux pas la laisser seule à l'appartement.

« Tu dois te demander ce que je suis venu faire ici ? ».

« Tu as eu la merveilleuse idée de venir me chercher pour mon plus grand plaisir ».

« Tu es de bonne humeur ».

« Oui » dis-je en regardant ses lèvres plus que ses yeux ambres.

J'ai bien envie d'aller au bout de mon idée. Ses lèvres me manquent beaucoup en ce moment. Personne aux alentours, nous sommes tranquilles. Je n'ai pas l'habitude de l'embrasser en public. Nos gestes d'affection sont discrets mais je me dis que c'est une opportunité d'être un peu plus spontanée. Et aussi parce que j'en ai très envie. Son odeur de menthe y joue pour quelque chose. Il est calme, je sens ses pulsations cardiaques et les miennes accélèrent un peu. Personne d'autres que nous deux peuvent les ressentir. Je suis aussi de bonne humeur alors je ne vais pas me priver de ce que j'ai envie de faire depuis ce matin en tant quitté l'appartement tôt. Je m'approche un peu plus de lui, nos corps ne sont qu'à une maigre distance. Mes mains froides malheureusement, passent sur ses joues et mes lèvres suivent le mouvement. C'est mentholé, sucré et mon dieu que c'est agréable. Je ne pensais pas me transformer en sucre. Autant dire que je suis heureuse. Pas besoin d'un dessin. Je suis aussi contente quand il touche mes joues de ses mains et quand il penche la tête sur le coté pour contrôler le baiser échangé. Cette prise d'initiative m'intéresse. Je suis le même rythme, lent et passionné par moment. Idéal pour terminer une journée comme la mienne aujourd'hui. Ses boucles sont douces. Mes mains s'y aventurent un peu mais je sens que sa main droite lie ses doigts aux miens. Joindre l'utile à l'agréable je suppose. Ce n'est pas pour autant que je me détache de lui. J'en profite le temps que ça dure, même en public. Nous sommes ensemble depuis trois ans et demi alors je ne vais pas me priver. J'apprends tous les jours de ne pas lui sauter dessus dès le matin pour l'embrasser. Je ne le fais pas quand Céleste et Bella sont là de peur de les rendre un peu mal à l'aise. Je sais que quand Bella va retrouver son Edward, elle ne sera plus gênée. J'ai le doit aussi d'embrasser mon vampire à moi.

« J'en avais envie aussi » dit-il en reprenant son souffle.

« J'ai pris la bonne décision ».

« Exacte » dit-il en prenant à nouveau mes lèvres sur les siennes.

« As-tu eu une bonne journée ? » me demande t-il autour d'un café.

Près de mon école se trouve un adorable café tenu par deux frères jumeaux. Le cadre est chaleureux, les prix attractifs et j'aime y passer du temps quand il pleut dehors. Je bois une gorgée de mon café. N'étant plus humaine, je peux me passer de café mais j'aime garder des habitudes humaines. Si aucun vampire ne le fait, les humains auraient des soupçons. Ce n'est pas le but. Se comporter comme un humain a du bon, certaines choses me manquent. Les perspectives, comme dirait Rosalie. Mais ce n'est pas pour autant que je regrette mon ancienne vie. Dans ces circonstances là, je n'avais pas de perspectives. Elles étaient vouées à l'échec.

« Oui, merci. J'ai passé la journée à coudre. Mon projet avance. Et toi ? ».

« L'hôpital et ses situations classiques. Je suis content d'avoir pu venir te chercher, j'ai terminé plus tôt ».

Je suis heureuse de passer davantage de temps avec lui. Avec l'internat à l'hôpital, ses journées, ses nuits sont chargées. Il s'est inscrit à l'hôpital de New-York en accord avec Carlisle. Il le laisse vivre sa vie avec moi. Le pauvre a presque des cernes sous les yeux. Les vampires ne présentent pas de traces de fatigue en général. Seuls d'autres peuvent en apercevoir des minimes alors aux yeux des humains, elles sont invisibles. Eux survivent en buvant des litres de cafés et en restant debout pendant des heures malgré la fatigue accumulée. Mais je ne veux pas que Matthéo se fatigue. Les traces qu'il a sous les yeux, sur le visage montrent que quelque chose ne va pas. Je continue de l'écouter me raconter ce qu'il peut et veut de sa journée (secret pro oblige même s'il est interne). Sans cesser de penser au problème initial qui me rend un peu nerveuse sans vouloir le montrer, je continue de regarder ses traits du visage. De temps à autre, je tente de lier ses doigts aux miens car son contact m'a manqué. Je ne suis pas du genre à être possessive mais avec lui je suis fleur bleue. Il a des traits intéressants. Son visage est captivé quand il raconte son quotidien à l'hôpital. Il n'a pas été chasser. Depuis combien de temps n'a t-il pas bu de sang ? S'il continue ainsi, il perdra du poids.

Je le regarde avec un peu plus d'insistance, cette fois-ci avec de l'inquiétude dans le regard. Il va le remarquer. Je serre un peu plus ma tasse de café. Il n'est pas rentré à l'appartement de la nuit. Je suppose qu'il a eu une urgence. parfois, il reste jusque très tard dans la nuit pour remplir des dossiers. Étant éternel et normalement infatigable, il lui est bien plus facile d'aider le personnel dans les démarches administratives et pour quelques soins la nuit. Il est encore en apprentissage auprès de Carlisle à Forks et auprès d'un confrère à New-York. C'est sans aucun doute pour ma part que mon vampire favoris deviendra un médecin incroyable. Jeune et motivé à exercé ce métier. Être auprès de Carlisle lui fait du bien. Je pense qu'il est heureux de voir l'un de ses enfants suivre des études médicales comme lui.

« Tu n'es pas rentré cette nuit ».

« Non, j'ai eu des dossiers à remplir. La nuit est le meilleur moment pour les remplir, c'est calme ».

J'imagine. Il est investit dans ses études et encore une fois, c'est louable. Il veut exercer ce métier, il aime travailler à l'hôpital. Je ne peux pas le lui reprocher. Je suis sûre que vous vous dites, « elle sort avec un garçon qui travaille dans un hôpital alors qu'elle en a fuit un avec sa sœur il y a soixante treize ans pour ». Oui la réponse peut surprendre. Ce que l'on appelait « hôpital » à mon époque était un asile psychiatrique. Il n'y a rien de honteux; les maladies mentales doivent être prises en charge et les patients doivent s'y sentir en sécurité. Seulement, je n'ai pas de maladie mentale. Mon don de flashback m'a porté préjudice comme le don de voyance de ma sœur que l'on a traitée de sorcière. L'époque n'était pas capable de nous aider correctement. Alors que l'on ne vienne pas dire que ma place était entre les quatre murs d'un asile toxique pour nous et dans lesquels nous étions méprisées. Matt soigne des gens. Il aide des gens qui ont besoin de soin. Je me demande si je l'avais rencontré en ayant Céleste dans les bras, dans ce dispensaire, aurait-il été en mesure de m'aider ? Aurait-il administré un traitement efficace ? Ainsi, j'aurais ainsi pu élever ce bébé comme n'importe quelle maman de mon âge à l'époque (en étant vampire donc l'âge ne compte plus). Le nœuds de mon estomac se ressert encore un peu. Il est vrai que les choses auraient probablement changé. Encore une fois, ce n'est qu'une supposition personnelle et fictive de ma part. C'est aussi une longue histoire et de toute façon le passé est ainsi. J'imagine que Matt doit penser que je suis un peu ailleurs. Il n'ose pas me le dire. Évidemment il me connait. Parler de Céleste me rend un peu nerveuse. On commence à s'apprivoiser dans un sens après une bonne décennie de séparation et je souhaite que l'avenir ensemble se passe bien. Je veux la voir heureuse, faire des études. Sauf qu'à quinze ans, elle est condamnée à rester au lycée toute son existence. Comme les Cullen, chaque décennie c'est retour à la case départ. Je termine mes études aussi bientôt alors je reviendrais au lycée avec eux. Et ainsi de suite.

Je sens le regard de Matt qui s'attarde un peu plus sur moi et il a dû deviner. Comment cacher ses émotions à un empathe, dites moi ? Idem pour Jasper, ce sont deux vraies éponges. Ils ressentent tout et contrôlent les émotions des gens, quelle idée d'avoir le même don. Ils doivent tout savoir sur les émotions et résultat on ne peut absolument rien cacher à la maison.

À force de serrer la tasse de café en question, je finie par la briser. Les éclats me coupent un peu les mains et le café se répand sur la table. Le bruit de la tasse a attiré les regards et sans doute que mon visage triste a éveillé des idées dans la tête des gens. Une serveuse arrive. Je ne parviens pas à m'excuser. C'est Matthéo qui le fait à ma place. Elle est compréhensive et part chercher de quoi nettoyer. Les quelques minutes d'absence me semblent longues et la culpabilité prend le dessus. Briser cette tasse de café est accidentel. Ce n'est pas volontaire de ma part. Je me sens honteuse. J'ai fait une bêtise. Au retour de la serveuse, je parviens à prononcer des excuses et que je paierai la tasse. Elle me dit gentiment que ce n'est pas la peine, la réserve ne manque pas de vaisselles. Les accidents tels que ceux-ci se répètent tous les jours, pas de quoi en faire une affaire. Elle est vraiment gentille. Sans que je ne m'y attende, elle me tend un mouchoir. Je ne comprends pas. Les larmes doivent me monter aux yeux. Je le prends pour ne pas vexer la serveuse.

« Tu vas bien ? Explique moi ce qu'il ne va pas ».

Son souffle mentholé arrive jusqu'à moi. Je n'ai pas compris ce qu'il vient de se passer dans le café.

« On peut rentrer ? ».

« Bien sûr ».

Nous marchons jusqu'à l'immeuble où je réside. C'est à croire que je reste comme choquée par la scène du café. C'est pourtant inhabituel de ma part de réagir ainsi. Je sais parfaitement que Matt fait ses études et que ça lui demande de l'investissement, comme je le suis pour mes études de mode. En vérité, ce n'est pas ça qui m'inquiète et qui a causé la casse de la tasse au café. Je ne l'ai pas dit et je me suis surprise à ne pas avoir transmis ma crainte à Matthéo.

J'étais en train de penser à Alice. Elle m'a transmis une de ses propres visions. Rare sont les fois où ça se produit. Il me semble que la dernière fois, c'était pendant notre fuite à Rome. En tout cas, à cette période. C'est une vision que je ne pensais ne jamais voir de ma vie. Un sentiment étrange envahie mon corps et pas des moindres puisque je suis de retour à Venise. Cette ville italienne où j'ai débarqué après avoir été séparée de ma sœur à Florence. Les premiers temps ont été compliqués pour moi. À l'époque, Alice et moi n'avions aucun moyen moyen de nous donner des nouvelles. J'ai pensé à elle constamment. Ma vie sans elle ne se résumait qu'à une errance. Mon prénom sonnait comme « faux » sans le sien associé. Tout a changé quand j'ai croisé le chemin d'Élise. À partir de là, tout a commencé. L'éternité m'a définitivement tendue les bras. Travailler dans une maison close italienne fut une expérience particulière. J'ai appris à ne pas porter de jugements hâtifs auprès des filles qui n'ont pas fait le choix d'y travailler. Grâce à Élise, j'ai appris ça. Il faut aussi avouer qu'elle avait une aura. Impossible de lui dire non. Impossible de ne pas la suivre dans ses idées. Je viens de penser que je ne parle plus beaucoup d'elle. Avec les années, je suppose que j'ai pu me détacher d'elle. Pourtant, elle a eu une importance dans ma vie. Je me suis retrouvée avec un bébé dans les bras. Ironique pour une créature nocturne. Cette vision me rappelle cette époque. Par contre, je ne suis pas seule dans cette ville. Une silhouette que je connais bien m'accompagne. Elle se distingue entre les couleurs d'un coucher de soleil. Matthéo. Il est avec moi. Je ne comprends pas pourquoi. Nous sommes sur le toit d'un restaurant ? D'un hôtel ? Une terrasse qui domine le fleuve de la Tamise, on a une vue sur le Palais des Doges. Le lieu est incroyable. La vision me trouble. Il a une boite bleue dans les mains, un sourire au visage mêlé à des signes de nervosité. De plus, il est élégant.

Non pas que je ne me sente pas prête à vivre ça. Cela m'a semble impensable. Une chance que les filles soient sorties. J'ai trouvé le mot de Bella directement sur la table. Elles sont sorties faire quelques courses, j'ai laissé un peu d'argent ce matin. J'ai oublié. Je ne peux pas rester avec ces images dans la tête.

Mais la suite de la vision m'intrigue puisque je revois Central Park, de nuit et une chevelure rousse dans les parages. Un jeune vampire l'accompagne mais je ne le connais pas. Est-il à la recherche de Céleste ? Et sans que je ne m'y attende, la femme rousse lui arrache la tête. La scène se passe vite sans que je ne puisse comprendre directement pourquoi. Quel est le lien avec moi ? Et la vision cesse. Comme ça, d'un coup sans autre explication. Je ne veux pas faire revivre un cauchemar à Céleste. Elle mérite une vie tranquille. J'ai l'impression que je vais m'effondrer comme un château de cartes. Si quelqu'un s'en prend à elle je ne vais pas m'en remettre. D'un coup, je pense à son créateur. Est-il toujours en vie ? Elle ne m'a pas dit son nom. À ce que je sache, il est impossible que ce soit James puisque Céleste n'était qu'un bébé. Et avant que je ne tue moi-même James, personne ne semblait dans les parages avec lui, autre que le bébé, moi et le corps de mon amie. C'est très flou.

Sans dire un mot, je m'enferme dans la salle de bain. J'ai besoin de me retrouver seule pour analyser tout ça. Revoir le corps d'Élise me bouleverse. Ce flashback me revient lui aussi en pleine face. Les mêmes images se répètent.

Mon reflet dans le miroir me renvoie une image de quelqu'un qui se pose mille questions. Je me mets sous la douche une fois débarrassée de mes vêtements. L'eau chaude coule sur ma peau, de la buée se forme sur les parois et sur le miroir.

« Tu es sûre que tout va bien ? Tu veux en discuter ? ».

En entendant cette phrase derrière la porte de la salle de bain. Ça me fend le cœur de l'entendre. Matthéo ne veut que mon bien être mais je me laisse miner le moral du fait que la vision a montré un danger éventuel concernant Céleste. Si elle est en danger, Bella l'est aussi. Je termine ma douche, me sèche, m'habille pour la nuit et noue mes cheveux en un chignon.

« Les visions d'Alice sont certes subjectives mais je pense qu'il faut s'y fier. A t-elle eu tord au moins une fois ? » demandais-je à mon vampire.

Ma question a sûrement dû l'intriguer. Je sors de la salle de bain, me trouve dans le salon et lui lève les yeux de son livre.

« Rarement, elles s'affinent au fur et à mesure du temps ».

Cette réponse me réconforte. La vision d'Alice montrait mon vampire préféré avec une petite boite dans les mains. Un sourire se dessine sur mes lèvres. C'est quelque chose que je souhaite vivre au moins une fois dans ma vie et si c'est avec lui, j'en serais la plus heureuse. Lui exposer la vision n'est pas la meilleure idée du moment. Il faut que je réussisse à garder l'information pour moi. Rester discrète doit devenir ma qualité première à partir de maintenant.

« Son don est unique ».

Alors ça, c'est une réponse pour noyer le poisson. Autant dire que j'ai envie de le crier sur tous les toits mais ce n'est pas le moment d'émettre des théories issues d'une vison de ma sœur préférée.

« C'est le cas de le dire, le tien est du même genre ».

Je ne comprends pas comment la vision d'Alice ait pu me mettre dans un tel état dans ce café. Ressentir du bonheur ne faisait pas parti de mes habitudes à l'hôpital. Que l'on soit honnête, on y prodiguait tout sauf des soins dans cet établissement. C'était une prison. Sans Alice je n'aurais pas survécue. Et sans l'infirmière, nous n'aurions jamais eu l'opportunité de vivre une autre vie. Il a un avant et un après. Connaitre le bonheur auprès d'une personne m'a semblé impossible et pourtant je souhaite passer mon existence auprès du vampire qui se tient à côté de moi. J'ai entendu dire que Carlisle a offert une île privée à sa femme. Quelle plus belle preuve d'amour que d'offrir un lieu unique pour la personne aimée ? Je n'ai encore jamais osé en parler à Esmée. Je suis curieuse de savoir à quoi elle ressemble. Lui en parler serait un peu étrange. Elle m'a adoptée mais je me sens encore « nouvelle » dans la famille pour prétendre la visiter lorsqu'une occasion se présentera. Si jamais elle se présente.

« À mes yeux, tu es unique » me dit-il en s'asseyant près de moi sur le canapé.

C'est à ce moment précis que je veux me rapprocher de lui, sentir son odeur.

Je passe mes bras autour de son cou. Il se laisse faire et m'embrasse le front.

« Je suis désolée pour le café ».

« Il s'est passé quelque chose pour que tu réagisses ainsi ? ».

« Alice m'a transmis une vision en direct, ça m'a surprise ».

« Une vision positive j'espère ? ».

Il m'envoie une onde positive pour que je puisse me calmer. Jamais je ne pensais être confrontée à Victoria par un quelconque moyen intermédiaire. Le vampire qu'elle a tué aurait pu être le créateur en quelque sorte de Céleste. Tout est possible. Mais n'en ayant aucune idée, je ne vais pas émettre de théorie sans fondements. Je ne connais que James mais c'est du passé. Je ne sais pas comment elle a pu me retrouver. Elle a forcément dû connaitre l'existence de Céleste. Ce n'est pas de la part de James puisqu'il est mort il y a bien longtemps, Céleste n'était qu'un bébé. Deux décennies et demi séparent cet événement avec ma nouvelle vie auprès des Cullen. Le temps passe si vite. Et encore c'est une estimation. Bref, si Victoria souhaite se venger elle a le projet de tuer Céleste et moi en priorité car c'est moi qui est tué James. Il a osé tuer Élise. Je ne pense pas qu'elle m'est cachée quelque chose. Si c'est le cas, je ne peux pas deviner ce qu'il va arriver et les visions de ma sœur ne peuvent pas le prédire maintenant, on ne sait pas si la situation va évoluer dans une heure, deux heures, deux jours, quatre jours ou deux semaines. Si Victoria agit, on le saura. Les vampires sont faits pour ça, plaire le plus possible et les humains ne résistent pas une seconde. C'est l'objectif premier de notre espèce après tout.

« En partie. J'ai vu Victoria tuer un vampire à Central Park. Alice n'a pas plus d'informations. Alors je suppose que c'est sans doute un de ses pantins, pourquoi pas le créateur de Céleste » annonçais-je.

Autant jouer cartes sur table avec lui. Mentir est inutile et les visions d'Alice sont certes changeantes, elles ne sont pas moins réelles. Je lui raconte cette partie de la vision en émettant aucun détail de celle-ci.

« Tu es sûre de ce que tu avances ? ».

« C'est la vision d'Alice ».

« L'hypothèse s'entend ce n'est pas le problème. Je suis surpris qu'elle soit dans les parages. Victoria ne se montre pas facilement ».

« Ce n'est qu'une hypothèse » dis-je en croisant mes doigts.

« Merci de me l'avoir dit » me sourit-il.

« Tu vas contacter Edward ? ».

« Pas tant qu'un réel danger plane au-dessus de nos têtes ».

« Je ne veux pas t'inquiéter davantage, désolée ».

« Ne t'excuse pas ma belle » dit-il en prenant mon menton entre ses doigts. « C'est bien de m'en avoir parlé, merci de me laisser un peu entrer dans ta tête ».

En parler m'a aidé. En vérité, il est apaisant. Je crains toujours de me confier par peur de le rentre triste ou trop sensible car après tout il est empathe. C'est une éponge à émotions. Je ne veux pas le rendre triste. Et puis, je culpabilise ensuite alors que ce n'est pas normal de le faire. Il est suffisamment occupé à l'hôpital pour entendre des problèmes à la maison. C'est ce qui me fait dire qu'il est parfait avec moi. Notre avenir ensemble est de mieux en mieux. Je repense à la première partie de la vision. Lui et moi à Venise dans une atmosphère romantique, pas de drames au-dessus de nos têtes. Lui et moi dans une bulle. Je veux la revoir aussi longtemps que possible. Je me mets face à lui sur le canapé et embrasse sa main, sa joue pour ensuite croiser son regard ambre. Mon regard dérive sur ses lèvres.


Hey !

C'est Noël, deux chapitres dans un intervalle cours ! J'ai réécrit la fin de ce chapitre car ça ne me convenait pas la première fois. Et le temps de me relire, ça m'a pris un peu de temps. J'espère que cette suite vous plaira et je pense que l'on se rapproche de la fin (le dire me fait tout drôle vu le nombre d'années que je travaille sur cette fiction mais il va falloir y songer de plus en plus).

Bonne lecture ! ;)