E : Peu importe que tes commentaires soient constructifs, ils me rendent tous heureuse !
So I'm dead : Si tu aimes les révélations, tu seras bientôt servie !
Chapitre vingt-quatre : Coup de foudre ministériel
Keith McKollughan subissait une pression énorme. Après des heures de négociations, il avait réussi à convaincre sa supérieure et Dumbledore de lui accorder un entretien privé avec Alighieri et Elric, à propos de son enquête. Il avait déployé une multitude d'arguments très convaincants, mais le coup de grâce avait été porté par Edward Elric lui-même, qui insista pour participer à cet entretien et découvrir le motif de l'enquête le concernant. Dumbledore avait accepté immédiatement après cela et Keith ne pouvait s'empêcher de trouver la relation qui unissait le directeur à ces deux élèves inhabituels.
Il nota cette observation dans la marge de son dossier ouvert sur le bureau qu'il avait investi pour cette réunion informelle. On toqua à la porte puis elle s'entrouvrit sur le visage neutre d'Edward, qui entra sans y être invité puis s'assit sur une chaise face à Keith. Il ne le salua que d'un hochement de tête. Keith était intrigué par ce garçon qui présentait une si grande énigme.
– Envy ne devrait pas tarder, déclara soudain Edward, faisant sursauter Keith qui ne s'était pas attendu à ce qu'il prenne la parole.
– Hum hum.
Remettant de l'ordre dans ses divers parchemins, Keith tentait de rester de marbre face au regard qui ne le quittait pas et le jaugeait. C'était désagréable en plus de malpolis, mais il préférait ne pas commenter. Il sentait que la moindre marque d'autorité ne passerait pas avec Elric. Avec Alighieri, c'était tout aussi compliqué, mais il aboyait plus qu'il ne mordait. Elric, c'était l'inverse. Il était du genre « chaudron-minute », qui garde sa rancune jusqu'à ce qu'elle atteigne un seuil critique et que tout explose en une seule fois.
– Yo !
La porte claqua contre le mur alors qu'Envy entrait énergiquement, un sourire en coin. Il venait visiblement pour s'amuser et ne manquerait pas une occasion de semer le chaos si on le laissait faire. Avec étonnement, Keith vit soudain le visage d'Envy s'éclairer lorsqu'il aperçut Edward, avant qu'il n'essaie de le camoufler derrière la même façade amusée qu'il affichait précédemment en entrant dans la pièce.
Il referma la porte derrière lui avant de s'avancer pour venir s'asseoir sur la chaise libre à côté d'Edward. Avachis les jambes écartées et s'étirant les bras largement au-dessus de sa tête, il paraissait à son aise, dans un autre style que son ami. Keith s'interrogea sur la manière dont ils avaient pu s'associer avec une telle différence de caractère. Un grand point d'interrogation, ça aussi, même si ce n'était qu'une information secondaire.
– Bien, nous pouvons commencer. J'ai pensé qu'il serait utile de faire plus ample connaissance avant de commencer, afin que vous compreniez que je ne suis pas votre ennemi.
– Ça, on le décidera nous-mêmes, rétorqua Envy avant de lancer un coup d'œil à Edward. Ce que l'on veut savoir c'est pourquoi vous avez commencé à enquêter sur nous.
– C'est confidentiel.
Edward poussa un lourd soupir en croisant les bras. Ses pianotement de doigts sur son bras témoignaient à eux seuls de son début d'irritation. Keith se sentit bien découragé par cette entrée en matière maladroite.
– Mes travaux, reprit-il, m'ont mené vers quelques événements étranges qui ont eu lieu ces deux dernières années et j'en suis arrivé à un point où la moindre piste, si petite soit-elle, compte. Malheureusement, c'est tombé sur vous. Tout ce que je cherche, c'est à comprendre les rouages des récents événements afin de prévoir ce qu'il se passera dans le futur. C'est en gros le but de mon métier.
– J'imagine que si je vous demandais des précisions sur les Langue-de-plombs, vous m'enverrez paître, lâcha Edward.
– Je ne peux rien vous révéler.
– Donc on ne peut même pas se défendre puisque personne ne veut nous éclairer sur le contenu de cette enquête, répliqua Edward une nouvelle fois.
– Si vous répondez honnêtement aux questions que je vais vous poser et qu'il se révèle que vous n'êtes pas concernés par mes travaux, je pourrais cesser cette enquête et vous laisser tranquilles. C'est donc dans votre intérêt que cette entrevue a été organisée. Êtes-vous bien d'accord avec moi ?
Envy et Edward hochèrent la tête, l'invitant par là à commencer son interrogatoire. Soulagé, Keith leur fit passer en premier lieu un entretien tout à fait formel et routinier. Il vérifia certaines données contenues dans les dossiers personnels, soit leurs dates et lieux de naissance (absents du dossier), leur statut de sang, leurs liens familiaux (« orphelin » ne suffisait pas) et leur adresse actuelle. Normalement, ça aurait dû être la partie la plus rapide et simple, mais rien n'était simple avec eux. Pourtant, ils lui donnèrent toutes les informations qu'il attendait, mais il n'y croyait pas une seule seconde. Tout semblait écrit et répété pour être resservi à quiconque les interrogerait.
Envy serait né en Italie, à Florence, dans la grande famille sorcière Alighieri, les descendants directs du grand mage Dante. Ennemie de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, la famille fut décimée dans sa totalité en 1976, comme tout le monde le savait, ce drame étant connu de tous. Cependant, Keith n'avait jamais entendu parler de la possibilité que l'un d'eux ait survécu. Étant donné la date de naissance d'Envy et celle de l'extermination de sa famille, il devait être âgé de quelques semaines (si ce n'est jours !) lorsqu'il devint orphelin. Logiquement trop jeune pour savoir comment les événements s'étaient déroulés, Envy atterrit dans une branche éloignée de sa famille, en Allemagne.
Quatre ans plus tard naissait Edward Elric. Son arrière-petit-cousin, supposa Keith qui sut qu'il devrait longuement rechercher dans les archives avant de trouver un lien unissant les deux familles par le sang. En tout cas si la famille Elric existait bel et bien.
– Oh, ne vous faites pas d'espoir, vous ne trouverez rien, annonça Edward en balayant la possibilité de la main. Elric est le nom de ma mère, qui était moldue. C'est de mon père que j'ai hérité mon sang sorcier et c'est lui qui était un parent de la famille d'Envy. Je ne connais même pas son nom. Mon père pouvait être n'importe qui dans la communauté magique. Après tout, les Sang-Pur aiment bien se mélanger entre eux. Tout le monde est plus ou moins du même sang.
L'argument se tenait, mais Keith trouvait vraiment ça trop facile. Il n'avait aucun moyen de vérifier quoi que ce soit sur l'identité d'Edward. Dépité, il les invita à poursuivre leur récit.
Élevés en Allemagne, ils auraient vécu en campagne pendant la plus grande partie de leur enfance, jusqu'en 1988. Là, les parents d'Elric seraient morts de maladie, laissant les deux « cousins » orphelins et avec un petit héritage. Ils survécurent grâce à la générosité de quelques voisins et aux champs laissés par leur famille. Envy, alors âgé de douze ans, aurait élevé seul le petit Edward de huit ans pendant deux années.
Un jour de 1990, un vieil ami de la famille, Nicolas Flamel, vint leur rendre visite et apprit la mort de ses deux amis. Pernelle Flamel, prenant pitié des orphelins, décidera de les prendre sous son aile et les emmènera en France. À partir de cette rencontre, Envy et Edward apprirent qu'ils étaient des sorciers et le couple Flamel leur trouva un tuteur qui leur apprit les bases de la magie. D'où le grand retard d'Envy dans sa scolarité.
Les deux jeunes orphelins expliquèrent ensuite que, pris par ses recherches et des pressions extérieures, les Flamel étaient des parents de substitution lointains qui ne faisaient que subvenir à leurs besoins. Le fait qu'ils n'aient ainsi pas mené une vraie vie de famille expliquait qu'ils en savent si peu sur le couple qu'ils ne connurent en tout que pendant deux ans. Puis Nicolas et Pernelle moururent, sans avoir oublié de les confier à Albus Dumbledore par une lettre testamentaire. Manifestant des dons en magie, le directeur de Poudlard n'émit aucune objection devant la demande de son vieil ami et les accueillit à Poudlard où ils emménagèrent pendant l'été 1993. Avant cela, et depuis la mort de leurs bienfaiteurs subsistait un trou béant durant lequel Keith savait parfaitement que Dumbledore avait cherché les deux orphelins sans les trouver dans aucun registre.
– Où étiez-vous pendant tout ce temps ? Pourquoi n'étiez-vous recensés nulle part ?
– Nicolas craignait que sa mort attire les avides, expliqua Edward sans ciller. Ceux qui voudraient lui voler le secret de la pierre philosophale et il a préféré nous mettre en sûreté dans un petit pied-à-terre dans la banlieue de Londres. Il a toujours veillé à ce que nous n'apparaissions pas en lien avec lui pour notre protection.
– Je veux bien vous croire pour cette partie, admit Keith, frustré. Mais pourquoi n'apparaissez-vous pas non plus dans les registres de naissance moldus ?
– Aucune idée, répondit Edward en haussant les épaules. Dumbledore a peut-être mal cherché.
– Lui, peut-être, mais j'ai mené ma propre enquête et je n'ai rien trouvé non plus, que ce soit pour l'un comme pour l'autre.
– On était trop jeunes pour comprendre, commenta Envy qui semblait plutôt content d'avoir une réponse à toutes les interrogations de Keith.
Ça ne faisait que le rendre plus suspect aux yeux du Langue de plomb. Cette histoire était trop obscure et beaucoup de zones d'ombre attiraient son intérêt. Mais à moins de trouver quelque chose pour contredire leur version, il devait les croire sur parole. En plus, certains arguments avaient du sens, notamment concernant les secrets de Nicolas Flamel qui avaient provoqué quelques remous lors de son décès. Tous espéraient obtenir la recette de l'alchimiste pour pouvoir vivre aussi longtemps que lui. Si ces personnes malintentionnées avaient appris que les Flamel avaient « adopté » deux jeunes garçons, ils auraient vécu un quotidien infernal. L'immortalité faisait de nombreux envieux... Soit. Mais et si Nicolas Flamel, le très secret érudit, en sentant sa mort arriver avait réellement transmis son secret à ses deux successeurs afin qu'il ne meure pas avec lui ? Et si c'était pour cette raison qu'il avait pris tant de mal à les protéger et le cacher ?
– Mais vous a-t-il transmis son secret ?
Mauvaise question, pensa Keith en se retenant de s'insulter.
– Vous voulez vraiment savoir ? répondit Edward.
Keith acquiesça, sans espérer recevoir la moindre réponse. Il ne la reçut pas.
– Vous n'avez toujours pas répondu à ma question concernant ce que vous avez fait pendant plus d'un an. Je veux dire entre la mort des Flamel et votre arrivée à Poudlard.
– Nous nous cachions en attendant que tous les héritages soient distribués et que l'hystérie à propos des travaux de Nicolas se tasse, répondit Edward avec un mouvement nonchalant de la main.
– J'imagine que c'est pour cette raison également que vous n'avez rien fait concernant les Alighieri, se hasarda McKollughan, en s'attendant déjà à l'une de leurs bonnes excuses fabriquées de toute pièce.
– De quoi vous parlez ? demanda Envy, déconcerté.
– Eh bien l'héritage de la famille ! répondit tout naturellement Keith, presque surpris de les avoir pris de court pour une fois. Si vous êtes bien l'enfant légitime et naturel d'un membre de la branche principale qui a été assassiné, alors vous êtes parfaitement en droit de réclamer vos titres et votre héritage à la banque de Rome, il me semble. Vous êtes déjà majeur et rien ne pourrait vous en empêcher. À moins, bien sûr, que vous ne soyez pas qui vous prétendez être, tenta Keith en espérant les coincer.
Cette fois, aucun n'avait de réponse. Envy et Edward échangèrent un regard interloqué avant de se tourner vers McKollughan.
– Héritage ?
– Bien sûr, étant l'héritier le plus proche de la famille Alighieri, vous êtes en droit depuis toujours de réclamer vos biens.
– Mais il reste bien d'autres héritiers légitimes, ils ont dû vider les coffres depuis le temps, fit remarquer Edward, pris de court.
– Vous manquez de connaissances sur le fonctionnement des héritages magiques, mais c'est compréhensible étant donné votre passé. Je vous conseillerais de vérifier. S'il reste quoi que ce soit, cela vous permettrait de payer vos études. Je me demande même pourquoi le professeur Dumbledore ne vous l'a jamais conseillé. Vu vos états de compte, un petit plus ne ferait pas de mal pour assurer votre avenir.
– Et qui vous a donné le droit de consulter notre patrimoine ? rétorqua Envy, mordant.
– J'ai les autorisations nécessaires, mentit Keith sans la moindre gêne. D'ailleurs, comment s'appelle votre chat, Mr Elric ?
Edward le fusilla des yeux. Il essayait de le provoquer cet imbécile ? Il les lui hachait menu avec toutes ses questions depuis le début et le peu de réponses qu'il donnait.
– Elle s'appelle Greta, et ce n'est pas mon chat, mais celui d'Envy. En quoi ça vous intéresse ?
– Ça m'intéresse, c'est tout. Un cadeau d'anniversaire, n'est-ce pas ?
– Oui, répondit Envy, perplexe.
Distrait, Keith nota l'information sur son parchemin. Sa collègue avait donc bien raison pour le présent. Cette confirmation mettait fin à toute une étape de cet interrogatoire. Grâce à la longue conversation qu'ils avaient déjà eue, Keith avait plusieurs convictions, dont la plus intéressante concernant la relation qu'entretenaient les deux garçons. À les voir interagir, ils étaient aussi proches qu'ils le prétendaient, il n'y avait aucun doute à avoir. Ils se couvraient l'un l'autre. Par rapport aux entretiens individuels, par contre, il notait une différence flagrante entre eux deux. Elric n'avait pas changé de comportement du tout, au contraire d'Alighieri, qui agissait complètement différemment. Impossible de louper les nombreux regards d'Envy en direction de son ami. Il cherchait très souvent son approbation même si le concerné ne le remarquait que rarement.
Ce n'était pas la première fois que Keith assistait à ce genre de tic. Envy l'avait déjà eu, à moindre mesure, avec Dumbledore, ce qui lui faisait penser qu'il dépendait des autres. Ce n'était de loin pas un leader, même s'il s'en donnait les airs. Tout à coup, Envy lui apparaissait bien plus humain. Il se montrait peut-être redoutable en combat, mais en dehors de ça, il n'était qu'un gosse un peu perdu. L'impertinent provocateur n'était en réalité qu'un fidèle et dévoué second couteau, essentiellement loyal à Elric. Alighieri agissait donc de son plein gré quand il suivait les instructions et plans de son ami, et Keith venait à se demander si les potins de Rita Skeeter sur leurs sentiments l'un à l'autre ne contenaient pas un fond de vérité. C'était tellement flagrant.
Maintenant que ces quelques questions avaient trouvé des réponses, il pouvait entrer dans le vif du sujet.
– Où étiez-vous le 15 juillet 1993 ?
Ne comprenant pas d'où venait cette question, Envy fronça les sourcils et répondit du tac au tac :
– Plus d'un an a passé, comment pourrions-nous savoir ?
Il vit à la crispation soudaine d'Edward que ce n'était pas la bonne réponse.
– C'est à peu près la date à laquelle nous sommes arrivés à Poudlard, il me semble, rattrapa le Serdaigle.
Il avait parfaitement retenu cette date, puisqu'elle marquait leur arrivée dans ce monde. Envy l'avait de doute évidence oublié de son côté. Comment McKollughan pouvait-il savoir qu'ils étaient arrivés ce jour-là ? Et pourquoi posait-il la question s'il connaissait déjà cette date ? À moins qu'il n'en connaisse pas la signification ? Ça n'avait pas de sens. Il devait en connaître la signification, à moins que ce ne soit qu'un moyen de confirmer un soupçon ? Mieux valait-il rester vague ou se montrer précis ? Tout dépendait de l'utilisation qu'il ferait de cette donnée.
Toutefois, il n'eut pas l'occasion de le tester pour en apprendre davantage, car Keith griffonna sur son parchemin avant d'enchainer.
– J'aimerais également savoir si la date du 6 juin 1994 vous évoquait quoi que ce soit.
Cette fois Envy se tut, laissant la parole à Edward, qui après un rapide calcul, sut qu'il s'agissait du dernier jour d'examen de l'an dernier. Cela correspondait à la fuite de Pettigrow, celle de Sirius, et à la transformation de Lupin. À moins que ce soit la modification du cours du temps grâce au Retourneur d'Hermione ? Lequel de ces éléments le Langue de plomb cherchait-il ? Pourquoi McKollughan avait-il quelque chose en particulier avec cette date et en quoi avait-elle un rapport avec leur arrivée à Poudlard ?
– C'était pendant notre période d'examen, finit-il par dire.
Keith vit que sa méthode fonctionnait. Elric était déstabilisé. Il ne voyait pas encore le lien entre les deux dates et Keith se demandait s'il avait fait fausse route. Quand il aurait donné la troisième date, si aucun des deux n'avait compris, alors il saurait qu'il fallait abandonner et qu'il s'était trompé sur toute la ligne. Mais avant ça...
Confiant, il se tourna vers Envy.
– Vous êtes donc un champion de Poudlard... Quelles sont vos motivations ? Pourquoi vous inscrire à un tournoi si mortel ?
– La renommée et la gloire éternelle, répondit froidement Envy.
– Et la vraie raison ? demanda Keith qui n'était pas dupe devant son visage soudain fermé.
L'Homonculus se pinça les lèvres en observant Edward à la dérobée. Ce n'était pas une recherche d'approbation cette fois.
– Vous ne voulez pas le dire devant votre ami ?
Elric était maintenant réellement surpris et tourna un regard étonné sur Alighieri qui détourna les yeux en haussant les épaules. Tout à coup, ils étaient tous deux extrêmement expressifs et Keith put suivre leur dialogue muet avec facilité. Manifestement, Elric n'était pas habitué à être mis de côté.
– Je vois, conclut Keith pour briser le silence gênant qui s'était installé. Puis-je au moins savoir comment se sont passées vos épreuves jusque là ? La première, par exemple... Un dragon, n'est-ce pas ? Comment vous en êtes-vous débarrassé exactement ?
– Je l'ai feinté, répondit sobrement Envy.
– Quels sorts avez-vous utilisés ?
Envy paraissait énervé par son acharnement et, devant son silence buté, Keith changea de sujet. Le coup de grâce.
– Très bien. Alors si je vous demande ce qu'il s'est passé dans la nuit du 25 au 26 décembre, j'imagine que vous n'allez pas me répondre non plus.
Edward et Envy réagirent au quart de tour, chacun blêmissant involontairement.
Dès cette question, Edward comprit le lien entre toutes ces questions. Le lien... les morts d'Envy. Leur passage par la Porte, le meurtre de Lupin, la dragonne, la crise de Noël... Impossible que ce sorcier sache à quoi correspondaient ces dates, mais il avait découvert un lien entre un événement visible et leur secret...
Edward frissonna violemment. Il se souvenait maintenant où il avait déjà vu ce visage. Cette silhouette floue, quand la Vérité les avait envoyés dans le monde magique avant de les faire transplaner chez Rogue. McKollughan avait dû l'apercevoir avec mal, à cause de la grande luminosité, mais il se trouvait là où la Vérité avait été obligée de les envoyer avant de pouvoir les emmener autre part. Si elle y avait été contrainte, cela signifiait qu'il n'y avait qu'une seule issue entre le monde de la Vérité et celui-ci. Leur mission n'était pas que de tuer Voldemort, mais de l'empêcher de trouver ce passage et de devenir « le maître de la Mort » ! Voilà enfin l'explication de cette formulation nébuleuse !
– Vous avez dit travailler au Département des Mystères, c'est bien ça ?
Keith fronça les sourcils face au sourire qu'Elric affichait tout à coup. Il avait l'air de... jubiler ?
– Où je travaille n'a aucune importance. Seules ces dates importent, et grâce à vos réactions, je sais désormais que je suis la bonne piste. Vous savez quel lien existe entre ces jours aléatoires et faite-moi confiance, je découvrirai lequel. Si vous ne me le dites pas, je ferai en sorte de vous supprimer de la liste des témoins pour vous mettre sur celle des suspects.
C'était un pauvre bluff qui n'effraya pas Edward un instant.
– Sommes-nous accusés de quelque crime que ce soit ?
– Pas encore. Mais les événements étranges qui gravitent autour de vous nous intriguent et c'est notre rôle de les résoudre. Depuis votre arrivée à Poudlard, des choses inhabituelles se passent.
– C'est une coïncidence, rétorqua Envy, agacé. Vous n'avez aucune preuve que l'on est impliqués.
– Ca m'étonnerait beaucoup qu'entre tous les va-et-viens depuis un an vous ayez décidé de viser votre enquête sur deux orphelins et sur personne d'autre. Comme si nous étions plus suspects que d'autres, continua Edward. Comment avez-vous pu faire ce lien tombé du ciel avec nous ? Vous l'avez gagné à la loterie, c'est ça ?
– Non, détrompez-vous. Mon enquête n'est pas arrivée à vous par hasard, riposta Keith. Votre nom... je l'ai entendu.
Interloqués, Envy et Edward échangèrent un regard puis éclatèrent de rire.
– Vous avez entendu la voix de dieu, c'est ça ? se moqua Edward, narquois. Mais bien sûr, c'est évident !
À une autre époque, Keith aurait pu penser qu'en effet la fatigue et le découragement lui avaient fait inventer ce qu'il avait entendu en puisant son inspiration dans la presse qui ne cessait de scander le nom d'Envy à tout va. Cependant, il était sûr de ce qu'il avait entendu et n'en démordrait pas.
– Envy ! appela Edward d'une grosse voix. Es-tu là ?
Et ils se marraient comme des baleines. Keith s'était figé. Cette voix.
– Dieu m'appelle ! s'exclama Envy en plaquant ses mains contre son cœur.
– Je n'ai pas entendu dieu, l'interrompit Keith pour couper court à leurs singeries. Je vous ai entendu. Vous. Dans la nuit du 25 au 26 décembre.
Il fixa Edward qui n'avait pas perdu son rictus. Mais il diminua peu à peu. Jusqu'à afficher un masque froid. Il avait touché quelque chose. Cette fois, Elric le prenait au sérieux visiblement. Il savait pourquoi sa voix était sortie de l'Arcade cette nuit-là.
– Ah oui, vous avez entendu ma voix. Et où exactement ? Là où ont eu lieu les « étranges événements », j'imagine.
Keith n'aimait pas qu'il l'ai deviné. En avait-il trop dévoilé sur l'Arcade ? Non, personne en dehors du Département ne connaissait son existence. Alors ça ne faisait que lier un peu plus ces deux garçons aux anomalies du Voile, si ces dates spéciales et l'entente de la voix d'Elric les menaient à penser qu'il les avait eus au même endroit.
– C'est classé secret défense, rétorqua Keith en scrutant Edward avec grand intérêt. Comme les dossiers que vous avez consultés aux Archives de la Cour de Justice magique, il y a quelques mois.
– Nous avons le droit de consulter les documents que nous avons lus. Nous avions une autorisation écrite, répliqua Envy, qui n'aimait pas du tout le regard du Langue de plomb.
– Alors quels sont ces documents ? C'est plutôt flou sur votre demande.
– D'anciens procès, c'est tout, bougonna Envy.
– Je ne me souviens même pas des noms des prévenus depuis le temps, ajouta Edward.
– Bien sûr... céda Keith à contrecœur. Votre motivation aussi était floue. Vous voulez donc devenir avocats... Intéressant. En tout cas c'est bien parti. J'ai lu le rapport du greffier sur votre procès contre Drago Malefoy. Brillant, vraiment. Je n'ai encore aucune idée de comment vous avez réussi à le truquer à ce point, mais ce procès m'en a beaucoup appris sur vous.
– C'est —
– Osez me dire que c'est faux.
Visiblement furieux sous son masque d'indifférence, Edward se leva en faisant crisser sa chaise.
– Cet entretien est terminé, annonça-t-il fermement.
Sur ce, il fit signe à Envy de le suivre, son ami obéit docilement et ils quittèrent la pièce.
Ce silence répondait. Même si Keith ne savait pas comment, il avait la confirmation que le procès avait bien été truqué quelque part. En-dehors de cela, cette longue discussion lui avait permis de répondre à nombreuses de ses questions. Peu d'entre elles étaient restées sans réponse.
Il ne savait toujours pas si les deux garçons pouvaient résister au Veritaserum ou s'ils avaient un complice au sein du ministère. En tout cas, le procès contre les Malefoy n'était qu'une partie d'un plan plus large visant à sauver l'hippogriffe de Rubeus Hagrid, c'était une certitude.
Concernant la biographie de cette étrange famille, il aurait quelques vérifications à faire avant d'accepter la version qu'ils lui avaient servie. Si elle s'avérait, alors les questions sur leur âge réel ne se poseraient plus. Pareil pour la fusion de leurs coffres. Ça ne semblait qu'être une question pratique pour mettre leur peu de moyens en commun et en vivre. Après tout, s'ils étaient aussi proches qu'ils le prétendaient, ça n'aurait rien d'étrange. Tout allait dans ce sens. Le cadeau d'anniversaire, leur manière d'agir l'un envers l'autre, de se protéger.
Plus encore, Keith pouvait maintenant changer de nombreux traits de caractère sur ses fiches personnelles et les rendre plus humains, et de meilleures personnes. Ils n'étaient pas intéressés par l'argent, ça, il en était convaincu. Sinon, Envy aurait depuis longtemps cherché à récupérer la fortune des Alighieri. À moins qu'il sache qu'il ne pourrait rien recevoir ? Peut-être avait-il usurpé ce nom et inventé toute cette histoire pour se donner une existence dans le monde ?
Se frottant le menton alors qu'il réfléchissait à tout ce qu'il avait appris en deux petites heures, Keith savait qu'il n'avait toujours aucune preuve tangible. Mais il avait bien mieux. Maintenant il savait qu'il n'était pas sur une impasse. Il avançait sur le chemin de la vérité.
Et il ne savait pas à quel point.
– Il ne m'inspire pas confiance, grommela Envy, les mains dans les poches. Je n'aime pas ses questions.
Edward le prit par le bras pour le tirer dans un couloir adjacent où ils ne risquaient pas d'être entendu par des portraits ou qui que ce soit.
– Qu'est-ce que tu fiches ?
– C'est qu'il a dit, ce n'est pas bon pour nous, marmonna Edward entre ses dents. Il en sait trop.
– Qu'est-ce que tu racontes ? C'est pas parce qu'il entend des voix qu'il est —
– Tu ne comprends pas ! Cette voix qu'il aurait entendue, c'était vraiment la mienne.
Envy haussa les sourcils hauts sur son front, surpris.
– À Noël, quand tu faisais ton malaise, je l'ai senti et je suis tombé dans les pommes. Pendant une fraction de seconde, j'étais derrière la Porte, et je t'ai appelé. Tu comprends ce que ça signifie ? Ce type m'a entendu quand j'étais dans le monde de la Vérité.
– C'est impossible.
– Je le croyais aussi, mais il faut se rendre à l'évidence ! Il a aussi toutes les dates de tes morts, mais je pense que c'est plus nos passages derrière la Porte. Il y a un moyen de communiquer avec ce monde, dans le Département des Mystères. J'en suis persuadé.
Décontenancé, Envy ne sut quoi répondre.
– Et ce n'est pas tout, poursuivit Edward. Quand on a passé la Porte pour arriver dans ce monde, la Vérité a dit qu'elle ne pouvait pas nous envoyer directement en lieu sûr, parce qu'on devait forcément passer par un point précis avant. Et c'est là où bosse McKollughan, c'est là-bas qu'il a senti nos passages et qu'il m'a entendu.
– Donc tu penses qu'elle nous a fait passer par là d'où ce gars sortirait toutes ses infos ?
– Je ne le pense pas. Je le sais. Ce McKollughan, j'avais le sentiment de l'avoir déjà rencontré quelque part et ça m'est revenu tout à l'heure. Toi, tu étais inconscient, mais j'ai suivi notre trajet. J'ai vu McKollughan à notre premier point de passage, avant qu'on transplane chez Rogue.
Les sourcils froncés, Envy essayait de remettre les informations dans le bon ordre. Il n'avait pas eu connaissance de toutes ces choses à propos de leur arrivée ni du malaise d'Edward à Noël.
– Si je résume bien, notre mission ne se résume pas qu'à tuer Voldemort, c'est ça que tu veux dire ?
– Tu te souviens de ce que la Vérité nous a dit ? Tuer Voldemort avant qu'il devienne le maître de la mort. Est-ce que ça pourrait avoir une signification précise ? On pensait que c'était avant qu'il retrouve ses pouvoirs et réussisse à avoir assez de puissance pour entrer en contact avec l'autre monde, seulement... Si la Vérité n'a pas eu d'autre choix que de nous faire d'abord passer au Département des Mystères, ça veut dire qu'il n'existe qu'un seul moyen de voyager entre les différents mondes.
– Et c'est celui-là qu'on doit protéger de Voldemort.
– Exactement, confirma Edward, emballé par ses trouvailles. Comme ici l'alchimie n'est pratiquement pas développée, il fallait qu'il y ait un autre moyen de communiquer avec la Vérité que la transmutation humaine, et c'est cette... Porte... du monde réel, au ministère.
– Ça n'a pas de sens ! Si ce passage a déjà été trouvé, pourquoi les sorciers ne l'auraient pas encore utilisé ?
– Vu l'enquête de McKollughan, ils n'ont pas encore compris le rôle de cette porte.
– Qu'est-ce qu'on devrait faire dans ce cas ? demanda Envy.
– Pour l'instant, je vais chercher des infos sur ce Département des Mystères pour voir ce qu'il en est.
Edward connaissait assez bien la bibliothèque de Poudlard pour vérifier que rien ne traitait du sujet qui l'intéressait. Pour plus de prudence et par acquit de conscience, il vérifia tout de même auprès de Mrs Pince qui lui confirma qu'aucun de ses ouvrages ne traitait en détail du fonctionnement du ministère de la Magie. Serviable et l'appréciant particulièrement, la bibliothécaire tenta de le guider vers certains livres qu'il pouvait commander dans des librairies, mais le sujet n'était pas très étendu. Le ministère restait prudent, c'était logique. C'était comme espérer trouver les plans du QG de Central dans un vide-grenier.
Pourtant, il espérait trouver une piste qui pourrait l'éclairer un minimum. Pour ce faire, il resta à chaque fin de cours pour questionner ses différents professeurs. Chacun se montra prêt à l'aider (à part Rogue), mais aucun ne put l'avancer à grand-chose. Ce Département portait visiblement bien son nom. Même Maugrey, ancien employé du ministère pendant de très nombreuses années, n'avait rien pu lui apprendre. Bizarrement très aimable, il l'avait informé de quelques détails purement administratifs et l'avait mis en garde contre les recherches qu'il entreprenait. Les Langues de plomb étaient à part et très secrètes. Personne ne savait ce qu'ils fabriquaient et personne ne pouvait légalement obtenir l'accès à leurs travaux. Seul le ministre de la Magie possédait les accréditations nécessaires pour en connaître le contenu.
Edward en profita pour lui demander s'il connaissait des ouvrages sur le sujet, mais il ne lui fut d'aucune aide. Pour pousser la chance à être de son côté, Edward envoya une multitude de lettres à toutes les librairies qu'il connaissait, à Pré au lard et sur le chemin de traverse. Les jours suivants, il eut droit aux réponses au compte-goutte.
En premier de Pré-au-lard qui lui dit qu'il n'existait qu'un seul livre à leur connaissance qui n'avait pas été interdit à la vente, mais qu'il était épuisé depuis une douzaine d'années. Le titre « Coup de foudre ministériel » ne lui inspira pas grand-chose. Un roman à l'eau de rose de ce genre n'était peut-être qu'un ramassis d'idioties, mais après avoir étudié les « 1001 recettes » de Tim Marcoh, il préférait ne pas abandonner cette piste trop hâtivement. Surtout en sachant que tous les autres ouvrages traitant de ce sujet avaient été interdits, l'auteur de celui-ci pouvait très bien avoir décidé de faire passer son roman pour du n'importe quoi afin d'éviter la censure.
Suivant cette piste de près, Edward envoya de nouvelles lettres pour commander ce livre aux autres libraires. Les réponses s'entrecroisèrent, lui apprenant d'un côté que ce « Coup de foudre ministériel » était le seul livre connu sur le sujet — même mentionné superficiellement de façon romancée — et qu'il était en rupture de stock. Le vendeur de Fleury et Bott lui précisa que le roman n'avait été tiré qu'à cinq-cents exemplaires puis avait été retiré de la vente en 1981. La date fit tilt. Était-ce en rapport avec la chute de Voldemort ? Ce livre l'intriguait décidément de plus en plus.
Il insista encore auprès des trois librairies pour obtenir la liste des clients qui l'avaient acheté. Après deux lettres négatives de la part de la librairie de Pré au lard et de sa boutique principale sur le chemin de traverse, il venait de recevoir son dernier espoir par un hibou de Fleury et Bott.
« Nous avons le regret de vous informer que votre requête... »
Le front d'Edward entra violemment en collision avec la table des Serdaigles dans un POC sonore et défaitiste.
– Eh bien, tu m'as l'air morne ce matin, s'apitoya Luna en face de lui. Je peux t'aider à faire fuir tous ces Joncheruines autour de ta tête ?
Le visage aplati devant son assiette, Edward oublia de nourrir le hibou qui commença à lui vriller le crâne de coups de bec impatients. Riant gentiment de son malheur, Luna fit fuir l'animal en lui donnant un morceau d'œuf brouillé, sauvant les cheveux restants de son ami. L'œil rêveur, elle observa le hibou reprendre son envol, une longue mèche de cheveux blond coincée dans le bec.
Ennuyé, Edward passa une main dans sa tresse défaite avant de se redresser pour se recoiffer, son élastique tenu entre ses lèvres pincées.
– Chi tu chais où troucher un lichre chur le Déparchtement des Mychtères, tu me chauverais.
– Je connais le meilleur d'entre eux qui décrit toute l'organisation du service, répondit Luna en tripotant les prunes dirigeables à ses oreilles.
Edward resta un instant interdit, surpris qu'elle ait compris son charabia, mais encore plus qu'elle puisse l'aider. Il attacha le bout de sa tresse précipitamment.
– C'est vrai ? Comment s'appelle-t-il ? Je n'ai rien trouvé et pourtant j'ai frappé à toutes les portes !
– C'est « Coup de foudre ministériel », tu en as sûrement déjà entendu parler si tu as fait des recherches.
L'espoir d'Edward retomba directement et ses épaules s'affaissèrent.
– Je sais, tout le monde n'arrête pas de m'en parler, mais il est en rupture de stock depuis...
–1981, termina Luna, avec un sourire entendu. Je sais, c'était quelques semaines avant ma naissance. Papa ne voulait pas prendre de risque, comme il venait de fonder une famille et que ce livre pouvait nous causer du tort à maman et moi.
– Attends... Quoi ?
Le visage illuminé, Luna se pencha vers lui en mettant les mains autour de sa bouche, comme pour dire un secret.
– Je peux te le faire parvenir. Je pense que papa en a encore quelques exemplaires en réserve.
– Quelques exemplaires en réserve ? répéta Edward, incrédule.
– Je peux même t'obtenir une dédicace. Il serait ravi de t'en faire une. Il t'aime bien, tu sais ?
La bouche entrouverte de stupeur, Edward n'en croyait pas ses oreilles.
– Tu veux dire que c'est ton père l'auteur de ce bouquin ?
Un grand sourire allant d'une oreille à l'autre, Luna hocha la tête. Tout ce temps à chercher désespérément et la solution se trouvait juste à côté de lui. Excité, il se pencha en avant à son tour, les yeux brillant d'enthousiasme.
– J'ai entendu dire que c'était un roman de fiction. Ça veut dire que ton père l'a codé, c'est ça ?
– Bien sûr. C'était pour éviter la censure et Azkaban aussi. Mais tout y est dans les moindres détails. Quand il a commencé à faire des recherches au ministère, il n'avait pas encore rencontré maman, puis ils se sont mariés et il a voulu arrêter, mais maman l'a convaincu de continuer. Finalement, il l'a publié, mais à peine quelques mois plus tard, ils ont appris que maman était enceinte et ils l'ont retiré de la vente pour plus de sûreté. C'est vrai que ça pouvait être dangereux, mais il est très bien codé. Tu vas devoir beaucoup travailler.
– Ce n'est pas un problème. Quand penses-tu pouvoir me le procurer ?
– Si tu veux, je peux envoyer un hibou tout à l'heure, proposa Luna.
Un sentiment de profonde gratitude prit Edward au cœur.
– Vraiment Luna, qu'est-ce que je ferais sans toi ? dit-il en la prenant par les épaules pour lui claquer une bise sur chaque joue. Je ne sais pas combien je t'en dois depuis qu'on se connaît !
Modeste, Luna se contenta d'un sourire timide en rougissant.
Les sourcils froncés par la perplexité, une sorcière pencha la tête sur le côté en observant ses mains pensivement.
–Mon mouchard aux archives du ministère de la Magie s'est enclenché. Quelqu'un a rouvert le dossier Alighieri.
La sorcière ne reçut aucune réponse, bien qu'elle n'en attende pas, et poursuivit :
–Un Langue de Plomb s'intéresse à la famille de près. Je ne connais pas les détails, mais apparemment, ce McKollughan mène une enquête sur un garçon. Envy Alighieri. C'est sûrement un imposteur qui veut mettre la main sur la fortune. Après toutes ces années, cette apparition paraît suspecte.
La sorcière soupira en passant ses doigts dans ses cheveux avec une extrême lassitude.
–Ce garçon n'arrête pas de faire parler de lui depuis son arrivée sur le territoire. Je vais garder un œil sur lui.
Derrière la sorcière, une porte s'ouvrit et la silhouette de la guérisseuse-en-chef se découpa dans la pénombre.
–Jolene, appela doucement la nouvelle venue en s'approchant. Il se fait tard... Oh, vous avez une mine à effrayer un épouvantard.
–Je sais.
Après un dernier regard pour la salle d'hôpital familière, Jolene se leva pour rejoindre la guérisseuse.
Envy Alighieri. Était-ce possible qu'il soit ce qu'elle avait attendu pendant toutes ces années de souffrance ?
