Playlist

« Earth » Sleeping At last

« Waves » Canyon city

« Ghosts » James Vincent McMorrow

« Les mots bleus » Christophe

« Paradis perdus » Christine and the queens

« Walls » Louis Tomlinson

Chapitre n°27

Point de vue d'Aurore

« On ne va jamais s'en sortir si tu me regardes ainsi ».

Je ne vais pas non plus m'excuser de le regarder ainsi. À ces côtés, je me porte bien, je me sens en sécurité alors je ne vais pas m'en excuser. Avant, on m'aurait donné une gifle pour regarder quelqu'un de cette façon. Quand j'étais à l'hôpital, les relations n'étaient pas autorisées. Les mœurs n'étaient pas les mêmes. Parfois, je l'oublie.

Matt me regarde comme personne. Je rougissais quand Bella le disait au début. En réalité, c'est vrai et j'ai aimé l'entendre de sa bouche. Cela prouve bien que notre relation est saine et qu'elle va durer. Trois ans et demi où je me sens bien. Entourée par une famille géniale, une amie que je considère comme une sœur et la cerise sur le gâteau de tout ça est que Céleste soit de nouveau à mes côtés. Elle a vécu des moments douloureux. Sa vie a changé quand elle s'est faite mordre pour devenir une créature éternelle.

Je sais qu'Edward a très mal vécu cette période. La grippe espagnole était sur le point de l'emporter mais Carlisle a changé le destin. Il lui a offert une vie. Pourtant il était conscient que cela le mènerait à une existence solitaire, difficile mais il tiendrait sur ses deux jambes. Edward aurait probablement voulu ne pas être considéré comme un monstre. Une créature nocturne tapis dans un coin et prête à surgir pour se nourrir d'hémoglobine humaine. Je peux comprendre ça. Le mythe de Dracula plane toujours chez les humains mais les choses ne sont pas ainsi. Carlisle est bien la preuve que nous ne sommes pas des monstres. Nous avons une part d'humanité qui sera toujours là. Elle nous prouve que nous pouvons être sains. Sauf que dans mon cas comme dans celui d'Alice, cette éternité nous a été offerte sur un plateau d'argent. Isabelle nous a donné une opportunité de vivre une vie volée au sein d'un hôpital. Il y a le meilleur comme le pire dans chaque histoire et c'est je pense, ce qui fait la complexité de notre nature vampirique. Je ne peux en vouloir à Rose par exemple de ne pas aimer sa nature vampirique. Quant à la mienne, je suis reconnaissante d'être en vie mais j'ai quand même une part de souffrance due à mon passage entre les murs de l'hôpital et après car il a fallut vivre avec toutes les possibilités qu'offrait notre avenir.

Je pense que c'est le plus dur. S'imaginer des perspectives permet de donner un sens à notre existence et c'est ainsi que Rosalie le perçoit, elle aurait aimé profiter de sa vie humaine, dans d'autres conditions. Mais cette vie éternelle lui a permis de se venger et d'avancer. Elle s'est longtemps laissée enfermer au sein de cette perspective. Elle mérite de vivre éternellement aux côtés d'Emmet sans avoir à se préoccuper de quoique ce soit. Il y a toujours des points de vues différents, du négatif et du positif qui contrebalance chacun de leur côté. Il ne faut pas jeter la pierre à cette éternité. Pour ma part, je ne vais pas me plaindre. C'est encore difficile d'imaginer la vie de Céleste qui vient à peine de commencer et je suis heureuse de la passer avec elle. Nous sommes réunies à nouveau, dans de meilleures conditions et je vais continuer la promesse faite à mon amie Élise. Elle doit être soulagée de la savoir en vie.

« Non, il y a la vaisselle à faire » dis-je en me relevant du canapé.

Je ne peux pas rester dans mes pensées. Je ne vais jamais me relever. Je le regarde avec un peu d'insistance. Ce n'est pas de ma faute si j'aime le regarder. D'habitude, c'est plus discret mais là, non. Je ne me gêne pas. J'effleure sa joue de mes doigts histoire de faire durer le suspense. Il faut que je quitte la place sur le canapé, les filles vont se demander pourquoi on n'est pas dans notre chambre. Je sens quand même que sa main agrippe mon bras pour me faire tomber sur lui. Pas sur le côté ou directement sur un coussin, non sur ses lèvres. Je suis un peu surprise mais j'aime l'idée. C'est l'idée qui lui a traversé l'esprit ? M'embrasser par surprise ? J'aime quand il prend ce type d'initiative spontanée. Il capture mes lèvres sans se douter que nous ne sommes pas seuls dans l'appartement. Évidemment il ne va pas contredire le fait qu'un troisième vampire se trouve avec Bella. Je me demande si Céleste utilise tous ses sens. Avec le temps ils se développeront. Encore faut-il savoir les utiliser, je sais que certains vampires sont incapables de survivre seuls. Ils vivent éternellement sans rien savoir de plus. C'est étrange. Ne rien apprendre n'a pas de sens à mes yeux. Depuis que je suis devenue un vampire, j'ai toujours voulu apprendre et faire quelque chose de ma nouvelle identité. J'ai eu une opportunité aussi de le faire mais l'histoire est longue et a déjà été racontée. Je suis heureuse de la vivre à côté d'un amour de vampire, mon amour. J'ai toujours pensé qu'appeler quelqu'un ainsi n'était écrit que dans les livres. J'enroule mes doigts aux siens. Il ne les détachent pas tout de suite et si je commence à les enrouler autour de ses mèches blondes, je crains que la soirée ne dure un peu plus longtemps que prévue. Je quitte mes lèvres des siennes, même si j'ai envie d'éterniser le moment. Cela me fait mal de couper ce joli moment.

« Sincèrement ? ».

« Ce n'est pas comme si elles étaient surprises ».

« Matt » dis-je en riant.

« C'est un prétexte supplémentaire pour passer plus de temps avec toi, je passe beaucoup de temps à l'hôpital. J'ai une garde dans quelques heures jusqu'à demain soir » murmure t-il comme réponse.

Je sais que ces derniers temps n'ont pas été faciles. L'arrivée de Céleste a un peu bouleversé les choses. La soirée se déroule bien. Je suis heureuse de le savoir près de moi, il m'épaule à chaque fois. Je suis chanceuse. Il travaille beaucoup à l'hôpital et pourtant il trouve toujours le moyen de passer du temps avec moi. Il ne se plaint pas. Même fatigué (les vampires ne le sont pas beaucoup), il travaille des dossiers administratifs en ce moment et enchaine des consultations nocturnes en cas de besoin. Je suis seule avec Bella et Céleste dans l'appartement alors je ne vais pas me plaindre. J'espère que ces nuits là-bas se déroulent bien. Il ne m'en parle pas beaucoup. Ne pas en parler en rentrant chez soi parce que la journée a été longue et ne pas inquiéter l'autre, je peux comprendre. Alors je n'ose pas évoquer mes difficultés dans mon travail de couture. Céleste comprend un peu mieux. Mais pas Matt, je ne lui en parle pas beaucoup non plus. Ça commence à me faire culpabiliser un peu. Je glisse mes doigts dans ses cheveux. Je l'embrasse une nouvelle fois en guise de réponse avant de me relever vraiment du canapé. Les filles sont occupées à travailler dans leur chambre. Je les laisse tranquille. Il me regarde toujours alors que je me dirige vers la cuisine. Je sais qu'il a deviné mon inquiétude passagère. Quelle idée d'avoir des sentiments envers un Empathe qui sait absolument tout des émotions. Je n'y peux rien si le coup de foudre a été au rendez-vous. Il a fait son travail. Ce que je ressens depuis longtemps me fait un peu mal. Il faut que je vois le bon côté des choses, j'ai beaucoup de chance et je n'ai pas le droit de me plaindre. Bella travaille ses cours sans que je n'ai à lui demander. De temps en temps, je l'interroge sur sa scolarité. N'étant pas sa mère, son père je ne peux me permettre de me montrer intrusive. Elle ne le ressent pas ainsi, je le sais. Il n'y a que moi pour me poser des questions insensées parfois.

Le reste de la nuit se passe sans problème. J'entends même la respiration douce de mon amie humaine alors que je suis en train de coudre. Mon amour de vampire est parti faire sa garde à l'hôpital. Quand il n'est pas près de moi, je me sens un peu seule. Pas dans le mauvais sens du terme, Bella dort profondément et Céleste veille à ses côtés. Elle n'est pas la première à me sauter dans les bras mais au fur et à mesure notre relation va se solidifier. J'ai hâte. Pas question de bousculer les choses. C'est un peu difficile de me montrer distante alors que je n'ai qu'une envie est de la prendre dans mes bras, comme quand elle n'était qu'un bébé. Sauf que ce n'est plus un bébé mais une adolescente de quinze ans éternellement. Je ne sais pas qui est le vampire qui a décidé de son sort. Alice n'a pas plus d'informations. Elle reste sur son dernier rapport qui est que le créateur de Céleste est mort entre les mains de Victoria. Si elle s'approche de nous, elle sera entre de mauvaises mains aussi. J'ai eu beau apprécier ma vie new-yorkaise, je me sens plus en sécurité à Forks avec les autres membres de la famille Cullen.

Je cesse de coudre aux premières lueurs du jour. Je pose mes affaires sur la table de nuit. Je me suis réfugiée dans ma chambre. Chasser en laissant Bella seule à l'appartement avec Céleste n'est sans doute pas la meilleure idée. Non que je ne fasse pas confiance aux filles mais je ne prends pas de risque. D'un côté, Bella risque de penser que je ne lui fait pas confiance. Trois vampires ne sont pas de trop pour la protéger. Je ne veux pas tomber entre les griffes d'Edward. Il m'en voudrait. Je pense qu'il faut que je cesse de m'inquiéter un peu pour tout et n'importe quoi. Je vais préparer le reste de mes affaires pour ma prochaine session de couture. Coudre me permet de penser à autre chose qu'à la sécurité de Bella. Céleste est toujours avec elle alors cela me cause moins d'angoisse. Je dois aller en cours d'ici quelques heures et Bella doit rester travailler à l'appartement. Elle sait que le moindre problème peut me faire revenir en quelques minutes. Même si Céleste est à ses côtés. Je protège les deux en toutes circonstances. Je sais que Céleste est capable de se défendre, elle nous l'a dit. À présent, nous avons moins d'inquiétudes vis-à-vis de Bella mais je pense que mon instinct maternel envers Céleste sera toujours là et je le reporte aussi sur Bella. Je ne veux pas me montrer comme une « maman » trop protectrice. Disons que Céleste fut le seul bébé dont j'ai pu prendre soin autant que j'ai pu. Alors il est évident que je suis sur mes gardes. Je dois travailler cet aspect là de moi-même. Bella est au courant. Comme Alice, je suis protectrice à un point un peu trop envahissant pour notre amie humaine. Elle me manque. Si je l'appelais. maintenant, sans raison apparente, juste parce que ma sœur me manque. Ses visions à propos du vampire à Central Park ne sont plus réapparues alors je suppose que c'est du passé. C'est étrange car cela n'arrive jamais. D'habitude, il y a une suite à ses premières visons concernant quelque chose. Si ce vampire en question était à New-York c'est qu'il devait être sur les traces de Céleste. Si tel était le cas, nous lui aurions mis la main dessus. Sauf que Victoria s'en est occupée. Aussi étrange que cela puisse paraitre de sa part, elle a réglé le soucis. Je suis sûre qu'il vaut mieux aussi éviter la colère des Volturis sur son dos et celle de la famille Cullen aussi.

Je compose le numéro de ma sœur qui ne décroche pas à la première sonnerie mais à la deuxième. Voir son visage enjoué me fait plaisir. Elle rayonne. Son rire résonne dans la pièce dans laquelle elle se trouve. La chambre. La sienne ? Celle de Jasper ? Aucune idée. Je ne veux pas interrompre quoi que ce soit. Si jamais je tombe mal ? Comme au milieu d'un moment intime ? Mon dieu, j'ai envie de me cacher derrière un coussin, un oreiller, n'importe quoi.

« J'ai interrompu quelque chose ? Je ne voulais pas te déranger » dis-je confuse.

Je me cache le visage entre mes mains. Si les autres l'apprennent, je vais avoir de quoi rougir pendant des semaines et ça ne doit pas être quelque chose de gênant. La dernière personne que j'ai vu en lingerie, c'est Élise. Oh non. La dernière personne à m'avoir vu en lingerie, c'est aussi Élise mais aussi ma sœur puisque elle a eu la merveilleuse idée de me convaincre de faire un shooting pour son blog de mode. Quelle idée. Je ne vais quand même pas me montrer gênée par la vue du corps de ma sœur ? Je me sens pathétique. À croire que je suis une enfant, prise la main dans le sac en train de fouiller dans des affaires qui ne me regardent pas. Évidemment qu'avec Jasper, ils… Bref, pas besoin de dessins.

« Tu n'as pas à t'en vouloir » rit-elle.

J'entends le rire cristallin de ma sœur et moi qui suis restée dans la même position, assise en tailleur sur le lit et les mains sur mon visage. Je ne peux pas la regarder dans les yeux après ça.

« Je t'ai déjà vu dans la même tenue » rit-elle.

« Nous n'étions que deux » me défendis-je.

« Je pense que Matthéo n'a rien loupé de loin » répond t-elle d'un clin d'œil.

« Qu'est-ce que tu insinues ? » dis-je en enlevant mes mains de mes yeux pour fixer l'écran.

« Tu as aussi vu mon corps quand nous habitions ensemble à Rome ».

Elle marque un point. C'est juste que la voir aussi loin de moi m'angoisse et de plus en tenue légère via l'écran de mon téléphone. J'ai même aperçu une mèche blonde de Jasper. Il doit être en train de rire derrière la porte ou alors dans la salle de bain.

« C'est différent ».

« Non, nous sommes de la même famille Aurore et avec Jasper nous ne faisions rien si tu veux savoir ».

À nouveau, elle marque un point. Pas besoin de se justifier non plus. C'est moi qui ait appelé à un moment opportun.

« Pardon, je peux te rappeler si tu veux ».

« Non, ça me fait plaisir de t'avoir en facetime. Tu sembles inquiètes ».

« Je voulais simplement avoir de tes nouvelles ».

« Hé bien, je me porte comme une fleur ».

« Tant mieux ».

« Si tu es inquiètes, je le vois. Comment se passe la cohabitation avec Bella et Céleste ? ».

« Très bien, elle est vraiment super. Jamais, elle ne se plaint et avec Céleste tout va bien. Elle est juste un peu distante avec moi. Je sais que nos liens se renforceront au fur et à mesure du temps ».

« Céleste t'aime. Elle est probablement trop timide pour te le dire. C'est admirable ce que tu as fait avec elle et elle le sait ».

« Merci de me remonter le moral ».

« Je suis là pour ça ma belle ».

« Tu es sûre que… ».

Moment de silence entre nous. Je ne l'ai pas contacté depuis un moment. Le dernier a avoir eu des nouvelles, c'est Matt qui a appelé Edward au sujet de la vision de notre chère voyante préférée. Elle n'aime pas qu'on l'appelle ainsi. Elle quitte l'écran du regard une seconde et reporte son regard sur moi. Son air ne me rassure pas pour autant. Alice ne me ment pas. C'est elle qui a les réponses à tout dans la famille. Moi je ne fais que les ressasser dans ma mémoire et je me pose cent cinquante questions. Je laisse mes doutes me ronger alors que je ne dois pas me laisser faire. Elle doit se demander pourquoi je culpabilise autant. C'est un cercle sans fin.

« Non ne t'inquiètes pas. Dis moi, tu n'as rien fait avec… ».

« Matt ? Non. Bella est dans la pièce d'à côté, Céleste aussi. Je ne suis pas dans ce type de pensée actuellement. En plus, il est parti travailler cette nuit ».

« Oh, tu veux en parler ? ».

« Je… Je n'y tiens pas ».

« Allez, je vois bien que quelque chose ne va pas. Tu veux que Bella et Céleste rentrent à Forks ? Je peux demander à Carlisle et je viendrais les chercher à l'aéroport ».

« Non ce n'est pas ça. Elles sont adorables ».

« Alors, tu veux que… je vienne ? Ou autre chose ? ».

« Matthéo travaille beaucoup, les filles sont adorables et je travaille ma couture. Je n'ai pas le droit de me plaindre. Tout se passe bien ».

« Mais tu as des inquiétudes. Tu ne peux pas le nier. Je le vois ».

« Tu vois tout. Qu'est-ce que l'on peut te cacher ? » dis-je. « Je culpabilise un peu. Laisser Matt à l'hôpital quasiment toutes les nuits me rends nerveuse. Ses études sont sa priorité et c'est normal. Je n'ai pas le droit de croire l'inverse. Je me consacre aux miennes aussi et si je suis venue ici, c'est pour elles ».

« Wha, je ne pensais pas que c'était sérieux. Je peux comprendre tes inquiétudes mais si tout va bien entre vous quand vous vous retrouvez, c'est le principal non ? Il t'aime. Ça se voit à des kilomètres ».

« Moi aussi mais est-ce que ça suffit ? ».

« Il est pourtant venu te chercher à ton école et c'est lui qui devrait te le dire mais la timidité de Matt ne va pas s'évaporer d'un coup. Je suppose que c'est normal que tu veuilles un peu plus de proximité avec lui. Tente des approches. Il va le remarquer ».

« Tu es sûre de ce que tu avances ? ».

« Tu préfères demander à Jasper ? » dit-elle en riant. « Jasper ».

« Surtout pas » dis-je en me cachant derrière un oreiller.

Autant disparaitre. Hors de question que je discute de ça avec son frère. Ma propre sœur me regarde d'un autre œil maintenant et ça me met presque mal à l'aise l'espace d'une seconde. Nous avons grandi. Nous ne sommes plus les mêmes jeunes filles. Nos vies ont pris une autre direction. Chacune de son côté, on a murit, évolué et maintenant je fais face à une jeune femme ayant sa propre vision des choses et sa liberté. Dans tous les sens du terme, la voir ainsi me fait penser que j'ai du chemin à faire et je suis fière de le faire avec ma sœur. Elle me connait par cœur. Je suis reconnaissante qu'elle soit toujours avec moi. Dans n'importe quel moment de ma vie, à n'importe quelle heure et n'importe où dans le monde, c'est une chance. Sans elle, les choses n'auraient pas le même sens. Et je me sens comme vulnérable de dire ces choses-là. Je n'ai jamais pris la peine de discuter avec Alice ou encore Matt de ça. Je suis entourée. Mes études m'occupent la journée, une partie de mes nuits aussi et je me trouve à douter de mon couple. Nous sommes dans une relation saine et solide alors pour quelle raison je pense le contraire ? Il m'accepte. Mais je me mets à penser de nouveau à mon année passée dans une Maison close à Venise. Les femmes qui y vivaient avec une sensualité et Élise avait ce charisme qui ne laissait pas grand monde indifférent. Il faut le dire. C'était mon amie mais je parie qu'elle ressentait quelque chose à mon égard. Elle m'accordait toujours une attention particulière. Je n'en ai jamais parlé avant. Elle seule le savait et moi je ne souhaitais peut-être pas l'admettre tout de suite. Élise était vraiment spéciale. Je n'en reviens pas que son premier cadeau à mon égard fut un tube de rouge à lèvres et une parure de lingerie. Oui. Je les aient encore dans mes placards. Quelque part, j'aurais peut-être dû garder le rouge à lèvre. Vendre l'autre chose. D'un côté, ça ne se fait peut-être pas et je n'ai pas porté l'ensemble de nouveau depuis longtemps. Elle souhaitait, je pense m'intégrer à la Maison close. Je n'étais que couturière auprès des filles alors je voyais passer de la lingerie sous mon nez tous les jours et j'en ai vu des parures. Toutes étaient plus belles les unes que les autres. Mais je repense à ça avec nostalgie. C'était une vie particulière mais comme je n'étais que couturière. Je manque peut-être de sensualité ? C'est pour ça que Matt ne fait que m'embrasser ? Si je me remets en question, ça devient inquiétant. Je n'ai jamais ressenti le besoin de me justifier. Après tout, je peux tenter des approches pour l'avoir un peu plus avec moi.

« Ça va Aurore ? ».

« Jasper… Non, c'est juste une blague de ma sœur ».

« Hum » dit-il en remettant une mèche blonde en place.

« Je ne t'ai jamais vu en t-shirt » dis-je sans me rendre compte que je le fixe depuis une minute.

Je n'ai pas pris le temps de le détailler. Je serais curieuse de savoir de qui ils tiennent leurs belles boucles blondes, leur mère ou leur père ? Et leur passion pour l'histoire en plus de s'être engagé dans l'armée plus jeune ? Une chance qu'ils aient été dans le même groupe. Je ne me suis pas rendu compte de ça avant. Jasper dégage quelque chose d'intriguant. Il est le plus discret de la famille mais le plus sincère aussi, il est Empathe alors je suppose que ça joue. Il devine toutes les émotions en une fraction de seconde. Je ne vais pas dire que c'est perturbant mais intriguant parfois car même s'il ne dit rien, il ressent toujours quelque chose. Son frère est pareil.

« Disons que c'est confortable et il est six heure du matin chère Aurore ».

Je ne me suis pas aperçu de l'heure matinale. Quelle idée j'ai eu d'appeler ma sœur à six heure du matin. Et je suis en train de discuter avec Jasper. Raccrocher n'est pas la bonne solution. Tu vas devoir assumer cet appel.

« Hum ».

Il s'est répété. Quelque chose ne va pas ? Son « hum » ne va pas m'aider. Je ne veux pas causer de gêne entre nous deux. Jasper est réellement quelqu'un de gentil. Il suffit d'apprendre à le connaitre pour le savoir. Il est passionné par l'histoire. C'est la personne la plus à l'écoute que je connaisse, hormis Carlisle.

« Tu n'es pas très bavard » dis-je avant de m'excuser en prenant conscience de mon propos.

« Ne pense pas que ça ne va pas dans ton couple. Vous êtes parfaits tous les deux » me sourit-il.

Sa remarque me fait plaisir. Sauf que son visage change quand il s'aperçoit qu'elle a lu mes pensées les plus profondes en ce moment. Il m'explique que Matthéo n'est pas le plus expressif en ce qui concerne ses sentiments mais il se fait comprendre. Alors je lui explique qu'il m'a dit qu'il m'aime il y a plusieurs mois. Il sourit. Jasper sait que son frère sort de sa bulle petit à petit. Il m'explique que rien n'est de ma faute, absolument rien. Son frère est dans une phase étrange car l'amour a sonné faux quand il pensait éprouver quelque chose envers Lucy. Bien entendu, ce n'est pas le même contexte entre lui et son frère qui a eut des sentiments pour elle sauf que tout était faux chez elle. Idem pour Maria. Ce n'est pas à moi de payer les pots cassés il en convient. Juste que cette histoire les ont marqué tous les deux et je suis d'accord avec lui sur le fait que c'est impossible de faire une croix sur le passé. Il me rassure sur tous les points. Je ressens même une sensation de bien-être à travers l'écran. Il sait comment modifier les émotions chez les gens.

« Et je t'interdis de te dévaloriser ».

Une fois l'appel de ma sœur terminé avec la participation de Jasper que j'ai remercié de m'avoir écouté pendant au moins vingt minutes, je range mon téléphone dans le tiroir de la table de nuit. Discuter avec elle m'a fait du bien et avec Jasper aussi à la fin. Elle a raison, je me pose beaucoup trop de questions. Ce n'est pas la bonne solution de me retourner le cerveau pour pas grand chose. Je me concentre sur le positif quand ça ne va pas en principe. Jasper m'a bien expliqué que son frère allait se montrer plus proche de moi dans les prochains jours, d'après les visions d'Alice encore une fois. Matt travaille beaucoup et il est évident qu'il ne va pas rester avec moi tous les jours, il a des études de médecine à poursuivre et je n'ai pas à m'y interférer. Nous n'avons jamais vécu ensemble, tous les deux uniquement alors quand il est venue lors d'un premier week-end c'était incroyable de l'avoir pour moi toute seule. Bella est venue ensuite et j'ai aimé l'avoir en ma compagnie. Nous avons pris le temps de nous connaitre et je peux dire que c'est une amie. Quant à Céleste, elle a débarqué au milieu de tout ça. Trouver sa place n'a pas été simple mais elle s'est très bien entendue avec Bella. C'est une vraie chance. Je me souviens de Céleste bébé, humaine à l'époque et je suis heureuse d'avoir vécu un peu de temps auprès d'elle. Cette image me fait sourire. Je serre contre moi l'oreiller posé sur un coin du lit. Quelle idée. Mon cerveau fait n'importe quoi. Qu'est-ce que je vais imaginer ? Je commence à me demander si mon amoureux ne me rejette pas à cause de mon manque de confiance en moi c'est pathétique. À cause de ça je culpabilise.

« Bella ! » entendis-je dans la chambre voisine.

Qu'est-ce qu'il se passe avec Bella ? La voix de Céleste. Une odeur particulière arrive jusqu'à moi. Ni une ni deux, je me retrouve dans la chambre des filles qui mène aussi à la salle de bain, juste à côté. Céleste ne semble pas bien et je peux comprendre, la main de Bella est rouge. Elle a dû se couper avec quelque chose ou tomber, elle est vraiment maladroite. Je ne peux pas lui jeter la pierre, pas maintenant en tout cas.

« Céleste, donne-moi une serviette dans la salle de bain ».

« Ça va ? ».

« C'est à moi de te poser la question Bella » répondis-je en enroulant la serviette tendue par Céleste autour de sa main.

J'essaie de faire un bandage solide, le temps de l'amener à l'hôpital. Elle a besoin de points de suture. La blessure n'est pas importante. Je suis heureuse que Céleste n'ai pas tenté de la mordre. Les vampires ont toujours leur instinct premier. Même si je suis un régime alimentaire d'hémoglobine animal, ça ne change rien au fait que l'hémoglobine humaine est incomparable. Pas besoin de longs discours. J'aide mon amie à se relever et croise le regard livide de Céleste. Elle n'est sans doute pas habituée à voir ça. Moi non plus. C'est la première fois que Bella se blesse quand je suis là. Une chance que je ne vive pas loin de l'hôpital. Je ne cherche rien d'autre que la chute comme potentielle explication. J'attrape mes affaires dans l'entrée et sors de chez moi, Bella contre moi.

Dans la salle d'attente, je me remémore les derniers événements de la soirée et le visage de Céleste est pâle, plus que d'habitude.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? ».

« Bella est tombée en sortant de la douche. Le rasoir était sur le côté du lavabo et… ».

Son visage est tiré. D'habitude il ne l'est pas. Les accidents domestiques sont courants. Davantage pour les humains. Nous, créatures nocturnes ne sommes pas concernées. Céleste se rapproche de moi. Elle s'inquiète. Moi aussi. C'est la première fois que je mets les pieds dans un hôpital avec une humaine. Je regarde tout autour de moi et une chance, la soirée s'annonce calme ici. Pas d'urgences à proprement parler. Nous sommes deux dans le couloir: Céleste et moi. Mes souvenirs sont précis, de la fois où je suis venues avec Céleste à un dispensaire. Ce souvenir m'apparait d'un coup. J'ai sans doute l'air perdu dans mes pensées à la vue des humains mais pas aux yeux de Céleste puisqu'elle me secoue un peu pour savoir si je vais bien. Je remarque ses yeux verts inquiets à mon sujet. Elle touche mes joues de ses deux mains pour s'assurer que mon regard croise le sien et c'est bien le cas. Juste que je ne sais pas quoi dire, mes pensées se dispersent au fur et à mesure et je revois en dernier le doux visage de ce bébé qui est à présent âgé de seulement quinze ans pour le restant de l'éternité.

« Je vais bien, juste un souvenir » murmurais-je.

Son regard devient interrogateur et elle sait très bien comment me calmer puisqu'elle trace des cercles sur la paume de ma main. Elle essaye de garder son calme mais je vois bien que c'est difficile. Nous sommes quand même dans un hôpital. Entourée d'humains, en situation critique pour beaucoup mais je ressers l'emprise qu'a Céleste en lui entourant les épaules de mon bras pour la rassurer. Elle est avec moi et tout ira bien, ainsi que pour Bella. Il fallait bien un jour assister à un épisode de la maladresse de notre amie. Céleste a fait preuve d'un sang froid exemplaire et c'est salutaire de sa part, si jeune en plus. Je n'ai pas non plus paniqué. D'une part ça ne sert à rien et je ne voulais pas effrayer Bella avec ma panique et mes instincts de chasseur auraient pu prendre le dessus et ceux de Céleste aussi. Elle m'a écouté quand je lui ai demandé de chercher une serviette dans la salle de bain. Je suis fière d'elle pour ça. Le bandage a été fait suffisamment tôt pour que rien de plus grave ne soit arrivée à Bella. Nous sommes dans la salle d'attente, les points de couture doivent être rapides à faire et je crois qu'elle passe une radio de la main par simple précaution. Quelle nuit. Je ne pense pas l'oublier de sitôt celle-ci. Bella a une maladresse qui fait sans doute rire son entourage mais quand ça risquera de devenir plus sérieux un jour, un bras ou une jambe dans le plâtre ce sera moins pris à la légère. Nous avons su réagir au bon moment et c'est le plus important. En attendant Bella, je reporte mon regard sur Céleste qui a posé sa tête contre mon épaule. C'est la première fois qu'elle est aussi tactile avec moi. Deviner l'importance d'amener Bella ici est une chose mais Céleste a compris mon inquiétude. Pour Bella et pour elle aussi. Je lui embrasse le haut du crâne. Je me montre un peu plus proche d'elle, pour mon plus grand bonheur.


Hey !

Nouveau chapitre aujourd'hui. J'ai beaucoup de mal à trouver une playlist parfois. Alors que parfois, je réussi à en trouver une facilement. J'imagine ne pas être la seule dans ce cas. Petit clin d'œil à une chanson de Christophe dans la playlist qui nous a quitté jeudi soir... C'est ma chanson préférée. Il y a aussi une très belle cover faite de cette chanson qui traine sur Internet.

En espérant que ce chapitre vous plaise. Oh, la suite est déjà écrite. Je prends de l'avance.

Merci de continuer de me lire, ça compte vraiment !

Bonne lecture