Playlist

« Scripted » Zayn

« Safe » All time low

« Seasons » Greyson Chance

« South » Sleeping at last

« Siren » Tom Odell

Chapitre n°28

Point de vue d'Aurore

« Bella ? ».

Une odeur de menthe autre que la mienne vient s'ajouter à celle à la vanille de Céleste qui a toujours sa tête posée contre mon épaule. Matt s'est rendu compte de la présence de Bella au sein de l'hôpital. Je suppose qu'une odeur de sang humain pour un vampire qui travaille dans un hôpital ne passe pas inaperçu pour lui. Elle est avec un interne qui s'occupe de faire des points de suture. Elle est entre de bonnes mains. Je ne peux pas m'inquiéter. Je me redresse un peu pour que Céleste sente qu'il est l'heure de sortir de sa phase de « sommeil ». Pourtant, j'aurais aimé la laisser « dormir » contre moi. C'est la première fois que nous sommes proches physiquement. Sauf que ça ne la fait pas bouger pour autant alors je n'insiste pas. Je vois Bella du coin de l'œil discuter avec mon amour de vampire. Je dois avouer que la blouse blanche lui donne un charme irrésistible. Je préfère qu'elle lui explique la situation elle-même et de toute façon je peux les entendre d'ici. Moi qui ait cru pouvoir passer inaperçu ici. Je vais devoir lui expliquer la situation un peu plus tard si Bella ne lui dit pas tout.

« Je vais bien Matthéo. Ton collègue Colin m'a fait des points de suture ».

« Il est doué pour les points de suture ».

« Je vais bien » la rassure t-elle une nouvelle fois. « J'ai été prise en charge à temps ».

« Comment tu t'es coupée ? ».

« Un rasoir trainait au coin du lavabo de la salle de bain, j'ai glissé ».

Face à la maladresse légendaire de notre amie Bella, nous ne pouvons que nous montrer optimiste pour la suite. Elle a le don de tomber, de se couper aussi facilement qu'un enfant qui apprend à marcher. On s'y attache mais nous sommes sur nos gardes. Dès qu'il lui arrive quelque chose, on a tendance à s'inquiéter et à l'amener à l'hôpital si nécessaire. Une chance que la nuit soit calme ici. Bella a pu être prise en charge à temps. Elle doit être fatiguée et affamée, je pense qu'un petit déjeuner s'impose soit ici soit dans un café en ville. En attendant, je reste près de Céleste. Deux personnes nous ont rejointes dans la salle d'attente et pour adopter des habitudes humaines, Céleste a choisi de se reposer contre moi en fermant les yeux et ce n'est pas désagréable comme choix. J'ai envie de renouveler l'expérience. Matt doit penser à ajouter une nouvelle chose sur la liste: ne pas laisser trainer quoique ce soit dans la salle de bain. Une fois, j'ai surpris Céleste en train d'observer Bella se coiffer à l'aide son fer à lisser (qui est en réalité le mien) mais elle l'adore. Céleste semblait intriguée mais Bella la avertie que l'appareil était très chaud et qu'elle pourrait l'utiliser plus tard sur sa tête. Je doute que Céleste souhaite devenir une tête à coiffer. En tout cas, elle a souri à l'idée. Bella ne doit pas laisser trainer des objets dangereux pour elle. Autant si je me coupe, ce n'est que superficiel. J'ai déjà des marques sur le corps. À côté de Matt et Jasper, je suis une petite joueuse. Eux, c'est une autre histoire. Autant pour moi que pour Bella, j'ai envie de fuir les salles d'attentes des urgences.

« Je m'occuperais de tes soins à la maison Bella ».

« Merci ».

« Tu n'es pas seule j'espère ? ».

« Non, Céleste est avec Aurore dans la salle d'attente ».

« Je vois ».

« Tu finis quand ta garde ? ».

« Je rentrerais à dix neuf heure ».

Je vois que Céleste s'aperçoit qu'il est temps de partir. Elle bouge doucement contre moi. Son air fatigué me fait rire. Elle est si adorable. On dirait un bébé alors qu'elle a quand même quinze ans. Je profite de cette douce image. Je me lève en première et mon bébé de quinze ans me suit. Jusqu'à notre amie tout juste recousue de la main.

« Mais il est neuf heure et demi du matin, tu as encore la journée à passer ici ».

« Oui je sais, j'ai commencé hier soir à vingt heure. Je travaille aussi aujourd'hui. Ils ont de très bons muffins apparemment à la cafétéria si tu as faim ».

La mine de Bella se réjouit tout de suite. Elle prend la main de Céleste qui semble un peu trainer des pieds. Je parie qu'elle ne se contentera que d'un chocolat chaud ou d'un thé tandis que Bella mangera son muffin et boira un café avec plaisir. Je me retrouve donc seule avec mon vampire préféré.

« Tu as bien fait de l'amener ici avant la catastrophe ».

« Qu'est-ce qu'il peut lui arriver de pire ? ».

« Une coupure plus profonde ».

« Quand je l'ai vu, Céleste m'a aidé à l'amener ici. Je me voyais mal la laisser seule à l'appartement ».

« Tu as bien fait » dit-il en mettant une mèche de mes cheveux derrière l'oreille. « Ça me fait plaisir de te voir. Dans un drôle de contexte je suis d'accord mais c'est la première fois que tu viens à l'hôpital ».

« Je serais venue dans d'autres circonstances ».

« Je m'occuperais de ses soins ».

« Je ne m'inquiète pas » dis-je en collant ma tête contre son torse.

Je profite un peu de sa présence. Ses bras s'enroulent autour de moi. Je me sens comme sur un nuage. Je me sens bien. Loin de moi de me montrer nostalgique mais depuis le début de notre histoire, tout est plutôt facile. Il n'y a pas eu de barrières entre nous. Il n'y a rien qui peu gâcher ce moment. Quoique j'ai parlé un peu vite en entendant une nouvelle respiration. Pas une qui m'est familière mais une du genre humain. Je suppose qu'il doit s'agir de l'interne qui a soigné Bella ou quelqu'un d'autre. Je me redresse doucement et croise le regard d'un interne aux cheveux bruns foncés, les yeux de la même couleur et plus petit que Matt. Celui-ci lui donne un dossier entre les mains. Je détourne le regard une seconde pour me rendre compte que je suis toujours dans les bras de Matt et qu'il vaut peut-être mieux m'en détacher. Je laisse donc l'interne humain donner le dossier. Il me regarde comme étonné de voir une fille dans les bras de Matt. Je suppose que peu de gens viennent voir leur copain un soir à l'hôpital. À cette heure-ci en plus, j'imagine que non car c'est un horaire atypique. Mais je ne vais pas le contredire.

« Qui est-ce ? ».

Nouveau moment d'hésitation de ma part. À croire que je suis réfractaire aux interactions sociales humaines. Non. Je peux quand même me montrer un minimum cordiale, sachant que je suis peut-être amenée à le recroiser si je reviens à l'hôpital pour voir Matt ou pour amener Bella mais ça, je ne préfère pas y penser. Alors je lui tends la main, histoire de me montrer polie et aussi pour éviter de rester dans un silence entre nous. J'étais bien contre mon amoureux. Il a fallut que ce soit un autre interne qui interrompt ce moment agréable. Il ne s'agit probablement pas d'une urgence. Je vais éviter de râler et de le vexer par la même occasion. Je suis au sein d'un hôpital et les internes sont tous très très occupés.

« Ma copine » me coupe Matt dans mon élan d'apporter une réponse à l'interne.

Je ne m'attendais pas à une réponse aussi rapide de sa part.

« Enchanté, je suis Colin. Je suis dans la même promo de Matthéo ».

Je lui sourit en guise de réponse. Qu'il me voit ce soir et je compte repasser alors il est possible que je revois son visage de loin. Au moins, s'il arrive quelque chose d'autre à Bella, j'aurais une tête connue ici.

« Je dois y aller » dit-il en consultant son biper qui se met à sonner.

J'espère que ce n'est pas une urgence. Au quel cas, je m'en veux déjà de l'avoir retarder pour un soin urgent ou une intervention urgente. C'est quelque chose que je ne veux pas avoir sur la conscience si c'est le cas. Je croise le regard de mon vampire interne. J'ai de la chance qu'il soit disponible pour passer un peu de son temps avec moi, même si c'est contre les règles de l'hôpital car il y travaille. Mais la nuit est calme, il est planté devant moi alors je vais en profiter.

« Ta copine ? ».

« Tu préfères mon amoureuse ? ».

« C'est mignon ».

« C'est ce que l'on est » me dit-il en haussant les épaules.

« Mignons ? ».

« Tu as très bien compris ».

Évidemment que j'ai compris l'allusion et je suis heureuse d'entendre ce mot de sa bouche devant une personne extérieure. Il ne le dit pas souvent car pour lui, c'est évident et nul besoin de se justifier à ce sujet. Au lycée, les regards étaient braqués sur nous parfois alors que nous sommes discrets. Nous n'avions pas non plus l'habitude des démonstrations publiques. J'aime bien le faire de temps en temps, pour montrer aux autres que ce beau vampire est à moi. Que c'est avec moi qu'il sort, que c'est à moi qu'il tient la main quand on marche dans la rue, que je suis celle qui fait battre son cœur. Hé oui, j'ai beaucoup de chance. Je veux vivre ma vie de jeune femme de vingt deux ans, pour l'éternité d'accord mais je ne veux pas rester sur cette image. Je suis une jeune femme heureuse, ayant un entourage aimant, un amoureux incroyable et des amies sincères que sont Bella et Céleste (pour elle, c'est comme si c'était ma fille mais aux yeux des humains, je dis toujours que c'est soit une amie soit une petite sœur. Je change souvent de discours selon les personnes pour éviter toutes questions susceptibles de déranger Céleste). Nous connaissons la vérité face à cette histoire et c'est en quelque sorte une histoire que nous partageons à deux. Céleste et moi. Point final à ce sujet.

Je réalise que mes doutes étaient complètement inutiles. Notre relation est unique et j'ai de la chance de la vivre avec lui. À présent, j'ai envie de faire quelque chose dont j'ai pensé depuis qu'il a quitté l'appartement pour aller à sa nuit de garde. Je me mets sur la pointe des pieds pour me rapprocher de lui, rapprocher mes lèvres des siennes est mon nouvel objectif. Maintenant. Dans le couloir, aux regards potentiels d'autres personnes. J'en profite tant qu'il n'y a que nous deux ici. Ensuite, il va falloir que je rentre à l'appartement avec les filles. Seulement, avant que je ne puisse finaliser mon geste, le biper de Matt sonne. C'est le bon moment pour sonner. Je vais haïr ce biper pendant les prochaines minutes. Moi qui ai attendu toute la journée pour ce moment, il est tombé à l'eau. Je me résigne à finaliser le baiser que je voulais lui donner. Je suis déçue et ça se remarque sur mon visage. Je sais que c'est sans doute une urgence alors je vais laisser ma déception de côté. Je serais rassurée si la personne en question a eu la vie sauve grâce à son intervention. Je ne vais blâmer personne ce soir. De toute façon, il est encore tôt et Bella doit rentrer à l'appartement avec moi et Céleste. Je m'éloigne de lui et il me regarde d'un air désolé. Je comprends l'urgence. On a besoin de lui. Je lui lâche la main et le laisse partir dans le couloir. Je suis seule à le regarder s'éloigner. Il ralenti le rythme pour ne pas être « vu » par les humains. Se fondre dans la masse. J'entends déjà les voix de Bella et Céleste en train de rire. Elles s'entendent à merveille. Je suis heureuse de voir Céleste le sourire aux lèvres. J'ai l'impression d'être la moins proche d'elle, comme s'il y avait encore une distance à franchir. Nous apprenons encore l'une de l'autre. Je passe à l'accueil signer les papiers de sortie de Bella avant de quitter définitivement l'hôpital.

À l'appartement, je me rends compte que le ménage doit être fait dans son intégralité. Beaucoup d'affaires trainent au sol. Bella ne montre pas beaucoup d'enthousiasme alors je lui suggère toutes les taches ménagères qui ne nécessites pas de mouiller ses mains. Passer l'aspirateur par exemple est dans ses cordes, non ? Elle le passe dans toutes les pièces. Céleste s'occupe des vitres, de la vaisselle dans l'évier. Moi de la salle de bain, de la cuisine qui doivent être nettoyées aussi. Nous mettons un peu de musique pour se mettre dans une ambiance plus joyeuse. Dans ce cadre, le travail sera fait plus vite. J'ai hâte de rendre l'appartement dès mon stage terminé et de rentrer à la maison. Je me suis rendue compte ici que les Cullen me manquaient. N'ayant jamais fait partie d'une famille à part entière, me retrouver dans une ville immense toute seule au début n'a pas été facile. Matt est venu me rejoindre pour mon plus grand bonheur puis Bella et Céleste sont venues. Je me sens mieux qu'à mon arrivée ici. Au moins quand je rentre des cours, du stage je retrouve quelqu'un chez moi. Bella travaille ses cours de manière assidue et je la félicite de garder ses études en tête. Elle est sérieuse. Pour la récompenser, je l'amène souvent faire le tour des librairies. Elle adore les livres. Elle a toujours été de bon conseils concernant les livres, ce qui m'a permis d'offrir autre chose qu'un livre d'histoire à Jasper et autre chose qu'un livre de photographie à ma chère sœur. Sortir de sa zone de confort a du bon parfois. Le ménage se déroule dans une bonne dynamique et évidemment, la bataille de mousse de savon dans la cuisine n'a pas été évitée. Quand j'ai vu les mains de Céleste dans l'évier en train de se battre avec l'éponge, je me suis approchée en faisant le moins de bruit pour taper l'éponge gentiment sur son nez. Bella a éclaté de rire. Céleste moins sur le moment mais en voyant la réaction hilare de l'humaine en face, elle a décidé de se venger. Le sourire en coin et prête à agir, elle a pris de la mousse sur la main et a souffler dessus près de mon visage. Idem pour Bella qui riait moins. Cette fois, c'est moi qui ai éclaté de rire. Le rire de Céleste s'est mêlé au mien et Bella a tenue à se venger. C'est ainsi que l'appartement ressemblait à une grande baignoire de mousse. Je tiens à éviter à Bella une nouvelle chute et un nouveau passage à l'hôpital. Je crois que Matt ne me pardonnerait pas. Pas en quelques heures en tout cas.

Il nous a fallut trois heures pour tout nettoyer.

Je me suis remise en cuisine pour préparer le repas de Bella. Le nettoyage de l'appartement me rend heureuse car la journée s'est avérée productive. Bella est sous la douche. Céleste lève le nez de son livre pour sentir l'odeur qui provient de la cuisine.

« Ça sent bon » dit-elle doucement.

Sa réaction me fait sourire. Céleste replonge le nez dans son livre. L'habitude de cuisiner en sa présence fait qu'elle peut vivre dans un endroit avec odeur de nourriture humaine. Si on ne l'habitue pas, personne ne lui apprendra. Avant de m'installer à Rome, je ne connaissais pas les odeurs de nourritures avant que je ne my intéresse pour m'adapter aux habitudes humaines. J'ai pris cette spontanéité de cuisiner le plus possible. Bella apprécie. D'ailleurs, la voilà qui sort de la salle de bain, une serviette sur les épaules et vêtue de son pyjama. Elle me regarde visiblement ravie de ce qui est en train de se préparer dans la cuisine. Je surveille la cuisson et me retourne pour regarder Céleste. Elle est concentrée sur sa lecture. Je me demande si elle se souvient du goût de la nourriture. Elle qui maintenant, consomme de l'hémoglobine animale.

« Tu veux gouter ? ».

« Moi ? ».

Le visage de Bella est visiblement surpris de la proposition que je fais à Céleste. Elle observe discrètement ce que je mijote dans la cuisine alors je lui suggère de se lancer. Elle est curieuse mais n'osera jamais le dire à voix haute. Et je tente une approche pour lui faire essayer de manger de la nourriture humaine. Je prends une fourchette dans le tiroir quand elle se trouve à ma hauteur. Elle a laissé son livre sur le canapé. Son visage est intrigué. Elle n'ose pas avancer mais je suis sûre qu'elle réussira. Céleste se lève donc du canapé et approche. Sa mine ne semble pas rassurer mais elle me fait confiance et ouvre la bouche pour que je puisse y mettre la fourchette. Je m'attends à ce qu'elle recule d'un coup, en me plantant dans la cuisine mais pas du tout. Un sourire se dessine sur ses lèvres. Même mon amie Bella est surprise. Sa serviette glisse au sol. Je ne me suis pas attendue à une réaction aussi positive de sa part. Ça me fait plaisir. Au moins, je suis douée pour quelque chose. Si Céleste ne fuit pas à toute vitesse. C'est rassurant.

« C'est bon » souffle t-elle.

« Tu n'as pas envie de recracher ? Tu ne ressens pas du dégoût ? ».

« Non, pourquoi ? ».

Elle lance un petit regard noir à Bella qui ne comprend pas vraiment pourquoi, les vampires ont perdu la notion du goût depuis le temps. Je sais que Céleste ne veut pas être assimilée à une créature nocturne mais comme n'importe qu'elle adolescente au monde. Elle prend mal la remarque de Bella. Elle réitère son regard noir, part récupérer son livre et claque la porte de sa chambre. Silence. Bella reste incrédule devant moi. Je ne sais pas quoi répondre non plus. Bella n'a en aucun cas voulu se montre blessante. C'est une amie et jamais elle ne se permettrait de blesser quelqu'un d'autre. J'irais voir Céleste un peu plus tard. Il faut quelle se calme. Et le repas de Bella est sur le feux. Je pose l'assiette de nourriture devant Bella à table. Elle peine à planter sa fourchette dans la nourriture. Quelques secondes s'écoulent, son regard dans le vide et l'assiette. Elle ne doit pas mal prendre la réaction de Céleste. Elles s'entendent peut-être bien et tant mieux mais Céleste ne nous connait pas vraiment. Il lui faut du temps pour apprendre à vivre avec nous. J'imagine qu'elle a des habitudes dans le clan de Peter. Elle a tout plaqué pour aller à la recherche de ses origines et elle a appris son adoption temporaire avec moi au tout début. Je m'en suis occupée pendant une année. Elle l'a oubliée. Pas moi. Lui apprendre cette partie de sa vie n'a pas été facile mais il fallait que la vérité soit sue. Je suppose que la remarque de Bella a été comprise comme insultante dans le fait que les vampires sont des créatures différentes. Évidemment que c'est le cas. Nous avons l'éternité devant nous, la jeunesse éternelle, nous n'avons pas à nous nourrir comme les humains puisque notre source de nourriture ce sont eux. Céleste est jeune. Côtoyer des humains n'est pas facile pour elle. Son régime alimentaire a dû changer. Au début de sa nouvelle vie éternelle, elle a forcément dût essayer le sang humain. Tout le monde y a gouté. Ensuite quand elle a été accueillie au sein du clan de Peter, elle a adopté un régime d'hémoglobine animal. Vivre tout ça est encore « nouveau » d'une certaine façon.

« Ne t'inquiètes pas, elle… Mange ça va être froid ».

Le regard de mon amie n'est pas optimiste. Elle ne doit pas oublier de manger. Encore plus suite à une dispute avec Céleste. Jamais elle ne se vexe pour quelque chose d'aussi futile mais je sais que pour elle comme pour moi ça ne l'est pas. Elle l'a pris directement. C'est prendre cette remarque concernant sa nouvelle nature comme acquise. Ce n'est parce que nous sommes immortels que nous ne pouvons pas apprécier certaines choses. Je pense que c'est ainsi qu'il faut interpréter la pensée de Céleste.

« Je n'ai pas si faim que ça ».

Je vois bien que ça la tourmente un peu mais ce n'est qu'une dispute. Rien de grave ne s'est produit. Entre la blessure de Bella et la dispute de ce soir, il s'en passe des choses en peu de temps. Personne ne doit se reprocher quoique ce soit. Je vais laisser tomber ma couture pour ce soir. Bella a besoin d'être rassurée.

« Mange un peu » insistais-je.

Je ne veux pas me montrer sous un autre jour qu'elle ne connait pas, je ne suis pas parente à Bella. Je ne suis qu'une amie. Nous avons une amitié qui grandit de jour en jour et j'en suis la première heureuse. Je pense que ce séjour new-yorkais va s'écourter. Je me demande si je ne vais pas demander à terminer mon projet à la maison. J'ai fait le stage sur place comme demandé et je dois juste envoyer mon projet par la poste. Rester encore ici ne serait pas productif. J'ai tenté de rattraper les heures dites « perdues » suite à mes journées occupées avec Bella et Céleste la nuit mais je ne pouvais pas penser à autre chose. Heureusement que Matthéo est venue ici à plein temps, qu'il ait pu travailler à l'hôpital de New-York pour ne pas perdre le fil de son internat. Carlisle a été conciliant et compréhensif. Je le remercie pour ça car deux vampires ne sont pas de trop concernant la sécurité d'une humaine et pour m'occuper de Céleste.

« Tu crois qu'elle me déteste ? ».

« Non, pourquoi elle te détesterait ? ».

« J'ai dit quelque chose de mal, voilà pourquoi elle ne m'aime pas ».

« Céleste n'est plus une humaine. Elle est coincée dans le corps d'une adolescente de quinze ans à vie. Je suis coincée dans le corps d'une jeune femme de vingt deux ans à vie. Jamais on ne pourra me prendre au sérieux sur certains sujets prétextant que je suis trop jeune. Les gens ne verront que mon âge dit « humain ». Personne ne verra mon âge vampirique Bella ».

Bella baisse les yeux en ayant compris. Céleste ne peut plus grandir. Moi non plus. Bella si. Elle a encore du temps pour évoluer physiquement. Ce qui n'est plus mon cas. La seule chose que je puisse faire évoluer c'est mon intérieur, ma maturité comme l'appelle les humains, ma sagesse. Bella a toute la vie devant elle pour ça. Mais ce n'est pas dramatique comme situation, parfois il nous arrive de faire preuve de maladresse et c'est valable pour tout le monde. Je ne veux pas que Bella en fasse une montagne pour elle-même.

« Ne te mine pas le moral pour ça Bella ».

« Merci » me murmure t-elle. « d'être patiente avec moi ».

« C'est normal ».

Quand je récupère son assiette vide au bout de quelques minutes, elle se lève aussi. Son odeur de caramel me suit jusqu'ici, dans la cuisine. Elle se glisse contre moi et me sers fort contre elle. Je ne suis pas habituée aux démonstrations d'affections spontanées mais j'apprécie de plus en plus de la part de Bella. Avec Céleste c'est encore nouveau. J'entends le rythme cardiaque de mon amie se calmer un peu. Elle est même émue puisque je sens des larmes chaudes couler le long de ses joues. Personne ne soit culpabiliser ou encore se montrer triste ce soir. Je frotte doucement le dos de mon amie pour lui montrer mon soutien. Elle prend la peine de me dire quand quelque chose ne va pas et j'apprécie le fait qu'elle me considère comme une grande sœur. Elle m'accorde sa confiance et je la remercie pour ça. Une fois calmée, elle quitte mes bras et pars dans sa chambre se reposer un peu avant de se coucher. La journée a été longue. Si Céleste ne veut toujours pas sortir, je ne vais pas rester planter là dans la cuisine.

Au même moment, je termine la vaisselle dans l'évier et je sens une aura apaisante. Une onde de bien-être m'envahi et je comprends qui vient de rentrer de l'hôpital. Il est vingt heure. Il retire ses chaussures, pose son manteau et je vois sa mine triste. Il a pris la peine de me faire me sentir mieux avant même d'avoir enlevé ses chaussures alors qu'il a passé une journée chargée. Je me sens un peu ridicule dans ma position. Je sens même l'odeur de vanille de Céleste qui met le nez hors de sa chambre. Elle me regarde en m'interrogant si je ressens la même chose. Il a aussi pris la peine de l'apaiser. Bella doit se sentir mieux aussi. Il a appliqué son don sur nous. Je me demande pourquoi il a pensé à nous avant lui. Mais ce n'est pas le moment de poser des questions. Il ne va pas bien. Sa mine est moins enjouée que tout à l'heure.

Il a dû se passer quelque chose de grave à l'hôpital aujourd'hui. À sa mine, je n'ose pas lui demander au risque de lui causer plus de peine. Il vient tout juste de rentrer alors je présume qu'il a envie de se changer les idées en premier. Il n'a murmuré qu'un bonsoir et a demandé si la salle de bain était libre. Il s'y enferme à double tour et en ressors un quart d'heure plus tard vêtu de vêtements plus confortables. Il ouvre la porte de la chambre et en ressors avec un livre entre les mains pour venir me rejoindre dans la cuisine. Il attrape ma main qu'il embrasse de ses lèvres douces. Quand j'étais triste, en colère, pleine de doutes, il a toujours pris le temps de m'apaiser grâce à son don et à ses paroles. Je me vois mal le laisser dans sa bulle de tristesse. S'il ressens autant d'émotions, il doit les exprimer. Il est trop tard pour qu'il puisse aller dans une salle de sport. Je sais que la boxe est un sport important pour lui et il avait l'habitude de pratiquer ce sport avec Peter. Je suis face à lui, dans la cuisine sans savoir quoi lui dire pour le réconforter de sa journée horrible vu le visage triste qu'il affiche.

Je suis dans l'incapacité de rester stoïque face à lui. Je m'avance vers lui.

« Désolé. La journée a été longue. On… on a perdu une patiente aujourd'hui. C'est quasiment quotidien à l'hôpital mais la patiente en question était jeune. Trop jeune pour partir aussi vite. Malgré la prise en charge, ça n'a pas été suffisant. Un cancer l'a prise. J'espère qu'elle est mieux ailleurs. On a sympathisé avec le temps. J'imagine que mon empathie grandissante ne m'aide pas ».

Comme son frère Jasper, Matt est toujours sidéré de la perte de quelqu'un. Je sais qu'Edward n'a jamais oublié le visage des victimes qu'il tuait lors de ses premières années de vie éternelle. Même si Edward choisissait des hommes ayant commis des crimes horribles pour « soulager » sa conscience, ça ne la soulageait pas. Jasper a souffert de prendre la vie des vampires tout juste crées par Maria qu'il devait tuer ensuite. Matt pareil. Alors comme Matt est impliqué dans ses études de médecine, il voit toutes sortes de situations à l'hôpital. Le meilleur comme le pire s'y passe. On peut dire malheureusement que ça fait partie de la vie. Ça me fait mal de l'admettre mais c'est tristement vrai. J'imagine que Matt se confie ce soir parce qu'il voit bien que je culpabilise sans le dire et qu'il a dû se douter de quelque chose à peine avoir franchi la porte de l'appartement. Il était à l'hôpital. Une dispute entre Bella et Céleste ne sera pas nouveau d'ici les prochains mois et les prochaines années. Ça fait partie de la vie.

J'apprécie le fait qu'il me raconte davantage le contenu de ses journées, même si elles n'ont pas été passionnantes, même si elles n'ont pas été digne d'un épisode d'une série médicale mondialement connue. On s'en fiche. Il a besoin d'en parler et il se confie à moi. Je me vois mal lui parler d'un patron raté que j'ai mis du temps à créer et sur le tissu, le rendu n'était absolument pas celui que j'ai imaginé.

« Tu as le droit d'avoir de la peine. Je suis désolée que cette jeune fille n'ai pas survécue. Au moins, elle aura eu de l'attention de ta part. Les infirmiers, le médecin et toi avez pris soin d'elle jusqu'au bout. C'est ce qu'il faut retenir je pense ».

« On en a discuté ensuite et ses chances n'étaient pas élevées alors… ».

« Au moins, elle a été soutenue et elle a eu de la chance de t'avoir eu dans le service pour surveiller sa respiration ».

« Je ne suis pas encore médecin » sourit-il tristement.

Il remet ensuite une mèche de mes cheveux en place derrière mon oreille. Il effleure ma joue de ses doigts tièdes. Ce n'est pas parce que nous dégageons moins de chaleur que les humains que c'est différent. Il a été très occupé ses dernières semaines et je comprends pourquoi il était plus distant. Moi qui me posais des questions stupides. Je m'en veux. Il y a eu une jeune fille qui a tenté de rester en vie et qui est partie. La transformer en créature nocturne a dû lui effleurer l'esprit. Le processus est dangereux. Tous les humains ne le supportent pas. Pendant le processus, le vampire tout juste créé peut mourrir d'une seconde à l'autre s'il meurt de soif ou qu'un autre vampire dans les parages ne lui mette la main dessus. Les conséquences sont trop lourdes. C'est compliqué de l'accepter et d'accepter cette nouvelle vie. Je ne sais pas si c'est la question à poser mais…

« Tu as pensé à Edward dans ce cas ? Dans le fait de donner une seconde chance à cette fille, comme Carlisle la fait pour lui ».

« Non ».

J'ai de la chance, il a compris où je voulais en venir.

« Les conséquences auraient été dramatiques. Tu imagines les répercussions à l'hôpital ? Prendre la responsabilité d'un tel acte est grave. Edward a eu de la chance d'avoir été transformé par Carlisle. Peu de personnes auraient fait ça ».

Edward a eu une reconnaissance éternelle envers Carlisle. Inversement, Carlisle a su qu'Edward était trop jeune pour mourrir de la grippe espagnole. Il méritait une nouvelle vie. Je trouve que le cas de son frère n'est pas anodin et qu'au final, il y a des similitudes avec Céleste. Elle non plus n'a rien choisi. Le vampire qui l'a transformée a décidé de lui donner une seconde chance. Je ne sais pas comment Céleste aurait grandi si sa vie n'avait pas été si différente à seulement quinze ans. Ça signifie qu'un vampire l'a prise sous son aile ou alors un vampire a saisi une opportunité. Je n'en ai aucune idée et je ne sais pas si j'ai envie de le savoir. Il s'agit de l'histoire de Céleste et non de la mienne.

« Excuse-moi » souffle t-il au bord des larmes.

La dernière fois que je l'ai vu ainsi, c'était quand il a frappé à ma porte un soir. Je l'ai observé sans oser réellement l'aborder mais j'ai finis par y arriver. Je ne sais pas si je peux nommer ça un « coup de foudre ». Ma sœur voit l'avenir. Dans une rue romaine, nous avons vu Jasper et Matthéo. Je me souviens de cette nuit-là. Il s'agissait d'une sorte de « mission », retrouver ce Jasper qui hantait les visions de ma sœur et ce Matthéo qui m'intriguait par la même occasion. C'était une sensation étrange à l'époque. Quand j'y repense, c'est toujours aussi étrange. Nous sommes dans mon appartement, à New-York et en couple désormais depuis trois ans et demi, quatre ans. Le temps passe. Et depuis cette soirée, j'ai vécu ma vie avec Alice. Un jour, nos chemins se sont séparés sans réellement se perdre. Je suis surprise de la tournure que la vie a prise pour nous deux. Nous avons pu nous retrouver. C'est quelque chose qui ne se décide pas. Ses visions lui ont permises de me retrouver. Je pense que c'est grâce à elle, à l'espoir que j'ai nourris moi-même aussi. J'ai espéré des années, qui m'a semblé durer des siècles à l'époque, de la retrouver. Quand Matthéo a frappé à ma porte ce soir-là, j'étais arrivée dans la famille depuis trois mois. Cette famille m'a accueillie comme la leur. J'aurais très bien pu vivre seule dans mon propre foyer, aller au lycée et côtoyer ma sœur autant que possible. Esmée a insisté pour que je rejoigne le clan. Ce sont eux ma famille. Ils m'ont permis d'aller au lycée et de faire des études supérieures. Je sais que le cercle recommencera dans quelques temps. Le même parcours scolaire. Matthéo était triste. Ça m'a déstabilisé. Je l'ai embrassé ce soir-là. Un premier pas satisfaisant et concret. Une chance qu'il ne m'ait pas repoussée. Je l'aurais un peu mal pris sur le moment mais je peux comprendre que ce soit étrange pour lui. Disons que mon geste était spontané et il y a répondu. J'ai eu de la chance.

« Ne t'excuse pas » murmurais-je. « Tu ressens les émotions. Ce que tu as vécu est traumatisant. Perdre un patient fait peut-être partie du métier à l'hôpital mais on ne s'y habitue pas. Ne ressens pas ça comme un échec car je suis sûre que vous avez fait tout ce qui était possible pour elle, pour la soulager des douleurs jusqu'au bout. Son corps a dit stop. Son corps était fatigué ».

Il tient encore ma main dans la sienne et il sert mes doigts. Je ressens une nouvelle chaleur qui m'apaise alors que c'est lui qui en a besoin.

« J'ai de la chance » ajoute t-il. « Tu as toujours les bons mots ».

« Je… » murmure une voix que l'on connait et ce n'est pas la voix de Céleste.


Hey !

Wha, je me suis étonnée moi-même de poster aussi vite mais j'ai pris un peu d'avance alors pourquoi ne pas poster le chapitre dans la foulée... J'espère qu'il vous plaira.

Merci de continuer à me lire, ça représente beaucoup !

Bonne lecture