Playlist
« Made for you » OneRepublic
« Let's stay together » Imaginary future
« Cherry wine » Hozier
« Memories » Shawn Mendes
« Heartbreak warfare » John Mayer
« Whaterver it takes » Lifehouse
Chapitre n°29
partie 2
Point de vue de Matthéo
Je n'arrive pas à nouer le nœud de cravate que je tente de faire dans le miroir. Si beaucoup d'hommes apprécient, je trouve que ça me donne un air trop sérieux. Je ne vais pas porter ça en présence de ma copine quand même ? Elle va me rire au nez. Sachant que je dîne au restaurant dans une heure avec elle. Ma tension remonte et je commence à avoir peur d'être en retard. Ma journée a bien commencé pourtant pour me permettre de ne pas être à l'heure ce soir. Je n'en reviens pas que Céleste et Bella aient réussi à cacher leur surprise aussi longtemps. D'ailleurs, en parlant d'elles leur dispute n'a pas duré longtemps. Bella a finit par adresser la parole à son amie qui s'est aussi excusée de sa réaction un peu disproportionnée. Je suis neutre dans cette histoire mais je peux concevoir le point de vue de Céleste. Elle est une créature dangereuse depuis peu de temps. Elle est la plus jeune d'entre nous. Devenir un vampire n'a rien de génial, notre mode de vie est chamboulé du tout au tout. On devient non seulement une créature nocturne dangereuse et on devient un monstre. On est capable de tuer nos semblables dès les premiers mois de notre nouvelle vie et les humains d'une aisance sans faille. À chaque mouvement, tout peut déraper. Je me suis étonné à ne pas en vouloir à Bella au début, elle est humaine et son sang est un appel. Mon sang froid a fait en sorte que je puisse me contrôler. Si Céleste a mal pris la remarque de Bella, c'est sans doute due au fait que Céleste comme nous tous, ne sommes pas des monstres. C'est l'image dont on souhaite se débarrasser en tout cas. Bella est humaine et n'a pas imaginé combien sa nouvelle nature est quelque chose de nouveau. Elle n'a pas voulu la blesser. Je suis heureux que la situation se soit apaisée entre elles.
Si je continue de me battre avec ce morceau de tissus que je tente de nouer, la situation ne va pas s'arranger comme par magie. J'ai un peu les nerfs à vifs. Non que ma journée se soit pas bien passée, j'ai terminé un peu plus tôt car il n'y avait pas grand monde. Il y a des jours où c'est plus calme. J'ai hésité à prévenir que je sortais et si en cas de besoin urgent on pouvait compter sur moi. C'est une décision horrible sachant que ce dîner est un cadeau et que j'ai attendu longtemps avant de passer une soirée en tête à tête avec ma belle vampire. Elle aussi est sur les nerfs suite à ses études, je sais aussi que son dernier projet ne lui a pas laissé toutes ses nuits inoccupées. Elle a travaillé jusqu'au lever du jour pendant que Céleste lisait de son côté et Bella qui dormait comme un bébé. Alors nous avons besoin de temps pour nous. Finalement, cette soirée est parfaite pour oublier un peu notre quotidien chargé par nos études respectives. Je ne suis pas non plus le plus proche de Bella et de Céleste dans la famille. Depuis qu'elles sont avec nous à l'appartement, je peux dire que notre relation amicale s'est développée. J'en suis le premier heureux. Savoir qu'en plus, elles ont préparé une surprise à deux me réjouis davantage. En attendant, je ne suis pas à l'heure. Il faut que je termine de mettre mes chaussures.
Je commence à être un peu nerveux. C'est ridicule. Avoir de l'avance à un rendez-vous est considéré comme impératif. Un dernier regard dans le miroir. Je porte un pantalon beige, une chemise bleue marine ouverte par le col et rentrée dedans, manches retroussées. Vous allez trouver ça étrange mais je déteste le noir. On dit que c'est une couleur chic mais elle me déprime. J'évite de choisir des vêtements qui ne me correspondent pas.
« Tu es nerveux ? » me demande Bella.
« Comment tu arrives à percevoir ça ? ».
Je décide de le laisser tomber au sol et opte pour rien du tout.
« Tu as fait tomber ta cravate, tu t'agites et tu cours un peu partout ».
« Bonne analyse ».
« Je prends des notes ».
« Pas de flatteries s'il te plait » dis-je en me concentrant de nouveau sur les derniers détails.
« Sache que tu es très élégant. Décontracté et élégant ».
« Merci ».
« Tu vas être en retard » ajoute une nouvelle voix dans la pièce.
« Rappelez-vous que s'il y a le moindre… ».
« On sait » répondent t-elles ensemble.
Une fois que je suis prêts, je ferme la porte de chez nous. Bella et Céleste semblent ravies de se débarrasser de moi pour la soirée.
Aurore m'a assuré que son projet avait besoin d'être entreposé à son école alors je la rejoins directement au restaurant. J'aurais aimé aller la chercher mais elle a décliné l'offre. En attendant, j'ai l'impression d'être le premier quand je rentre dans le restaurant. Nous sommes au cinquantième étage de la tour de l'Empire State building et je dois avouer que la vue sur New-York est incroyable. Je n'ai jamais pris le temps de jouer les touristes ici. Je sais que c'est une chance d'y vivre. C'est une expérience. Je travaille dans un hôpital, mes horaires sont surtout décalés. Cela ne me permet pas d'être aussi présent à l'appartement et de sortir plus souvent avec les filles.
Je regarde partout dans la salle. Des couples sont installés et commandent déjà. Des tables sont réservées un peu plus loin. Le lieu est décoré de manière sobre. En tout cas, le lieu est chic. Tout semble raffiné et je me sens un peu de trop ici. Je suis donc le premier arrivé. Je montre le carton d'invitation à un serveur qui comprend tout de suite. Il m'indique une table très bien placée. Elle se situe face à une baie vitrée dont la vue m'impressionne. New-York est une ville immense mais pleine de surprise et les habitants ne veulent pas la quitter. Pour des vampires, c'est un environnement où se fondre dans la masse est parfait. Nous n'avons pas le temps de nous attarder sur le jugement, sur le fait que nous ne fréquentions pas les lieux publics habituellement composés d'humains. Dit comme ça, j'ai l'impression que les vampires comme comme des reclus de la Société. Des Sociétés, j'en ai connu plusieurs. Chacune ont eu leur codes, pas toujours justes. En tout cas, je suis surpris du lieu. Les filles ont fait un bon choix. La vue est constituée de millions de points lumineux, comme une guirlande. Tous sont de différentes couleurs. Je me sens petit face à eux. Ils constituent une palette de couleurs. Être ici me fait prendre conscience que je ne sors pas assez en dehors de l'hôpital. La dernière fois, c'était quand je suis allé chercher Aurore en fin d'après-midi à son école. Ma journée s'est terminée plus tôt ce jour-là. La surprise lui a autant plu qu'à moi. Je suis de « l'ancienne école » comme dit très bien mon cher frère Edward. Oui. Je ne vais pas m'excuser pour ça. Aurore mérite toute l'attention du monde. C'est une femme merveilleuse. J'ai de la chance que son cœur batte au rythme du mien. Je regarde la carte des menus pour faire comme si j'étais encore seul. En vérité, je m'impatiente un peu de la voir. Nous n'avons jamais pris le temps de passer une soirée hors de l'appartement ensemble.
Ce soir, c'est le moment de lui dire mon futur projet de tourisme. J'ai envie d'amener les filles partout. Je vais aussi organiser l'emploi du temps de mes gardes pour passer plus de soirées avec ma copine. J'ai une garde demain, après-demain aussi et le jour suivant. En ce moment, je les enchaîne. Je le fait dans que c'est possible. On irait visiter des lieux incontournables, manger dans quelques restaurants pour Bella. Céleste apprécierait. J'ai l'impression de ne pas faire assez d'efforts pour l'intégrer. C'est toujours Bella ou Aurore qui s'en charge. Aurore voudra sans doute découvrir le musée d'Histoire Naturelle et je suis certain que Céleste voudra voir le Planétarium. Je vais lui suggérer l'idée dans un premier temps. Peut-être a t-elle une autre idée à me suggérer ? Ce serait le moment de passer davantage de temps tous les quatre.
Quand une odeur de menthe autre que la mienne attire mon attention, mon cœur semble rater un battement. Aurore apparait dans mon champ de vision. Elle est encore plus belle. Je crois que le coup de foudre m'a frappé une seconde fois. J'affiche sans doute un sourire ridicule mais je ne m'attendais pas à la voir aussi élégante. Vêtue d'une combinaison bleue marine et chaussée d'escarpins rouge, elle est aussi belle que dans mes rêves. Elle regarde partout dans la salle jusqu'à ce que son regard vert croise le mien. Je lui fais un signe de la main.
Elle s'approche et je l'enlace sans me préoccuper du reste de la salle de restaurant. Je me détache un peu le temps de la regarder et de la voir sourire.
« Je ne t'ai pas fait trop attendre ? » dit-elle comme si elle devait présenter des excuses.
Je lui dis toujours de ne pas s'excuser. Elle n'a pas à le faire. Attendre cinq ou dix minutes supplémentaires n'a pas d'importance. La seule chose qui m'importe est de la savoir en sécurité et en bonne santé. Ses joues ont un peu rougies.
« Non, ne t'inquiète pas. Tu es élégante ».
« Je peux en dire autant pour toi ».
À présent, j'ai envie de l'embrasser. J'en ai toujours envie. Son sourire aussi est irrésistible. Je crois que je m'emporte. Dans une autre époque, je n'aurais jamais pu la tenir dans mes bras dans un restaurant. Il aurait fallut que nous soyons mariés avant. L'embrasser en public sans autorisation préalable de sa famille aurait été très mal vu. Mais nous ne sommes plus à cette époque. Comme elle, je ne suis plus la même personne non plus. J'ai évolué. Quand Aurore est arrivée dans ma vie, je dois dire qu'elle a ravivé quelque chose chez moi. Elle est spontanée, elle ne juge personne et elle me regarde avec une lueur dans les yeux qui fait que je ne peux pas être indifférent. Elle est unique. Savoir que je suis aussi dans sa vie me ravie. Sans elle, je ne serais pas la même personne. Elle est dans mes bras. Je décide d'écourter le moment à contrecœur sinon ses lèvres seraient collées aux miennes, délicatement bien sûr. J'embrasse son front à la place. Elle ferme les yeux une seconde et les ré ouvrent. Je peux même deviner un sourire timide sur ses lèvres. Sur les miennes aussi mais je contrôle les émotions. Elle se redresse mais reste encore dans mes bras. Par moment, je ne veux pas que ce type de moment s'arrête mais il faut bien. Je ne veux pas attiser les regards sur nous. La soirée ne fait que commencer. Elle s'assoit et jette un œil à la carte du restaurant proposée ce soir. Je ne me décide pas tout de suite. Nous sommes dans un restaurant humain. Sachant que les vampires ne mangent pas, c'est délicat pour Céleste de choisir un lieu mais son cadeau est une expérience que je me dois d'honorer. Je pense qu'un carpaccio de tomates-poivrons serait un bon choix. C'est liquide. Rouge. Épais. Sans le gout métallique. Je vais partir pour ce premier choix.
Une fois nos commandes passées, je ne peux m'empêcher de chercher ses doigts pour les lier aux miens.
« Je ne suis jamais allée dans ce genre de restaurants ».
« Moi non plus ».
« Je pensais que ce n'était pas fait pour moi… ».
« Pourquoi ? ».
« Disons que c'est intimiste comme endroit. Et puis, je n'ai pas la garde robe de nos voisins de table ».
Elle se sent gênée maintenant et elle porte le verre de champagne à ses belles lèvres rouges. Le serveur a eu un bon choix, le champagne est très bon. Je fais mine de le faire savoir alors qu'en réalité je suis indifférent à ce choix. Je regrette les goûts en matière d'alcool de mon frère Edward. Je porte le verre à mes lèvres aussi pour davantage faire illusion aux yeux des autres humains présents dans la salle. Dire que cette soirée en tête à tête est une expérience pour deux vampires est une vérité. Par contre aux yeux des humains, ce tête à tête est une soirée très agréable à vivre en couple. Je souhaite quand même profiter de certaines choses avec ma copine. Pas pour vivre comme les humains, nos habitudes ne sont pas identiques mais au moins en adopter de temps en temps. Céleste a raison. Ce n'est pas parce que nous sommes des vampires, des créatures éternelles sans âme pour certains, âgés de quelques siècles que nous ne pouvons pas apprécier notre nouvelle existence. Justement, vivre cette éternité aux côtés de gens comme Carlisle et Esmée par exemple est une chance incroyable. Ils m'ont adopté ainsi que mon frère Jasper, avec Rosalie, Alice, Emmett. Maintenant, Bella, Aurore et dernièrement Céleste va rejoindre la famille (si Peter est d'accord). Je ne peux pas croire qu'une fille aussi belle (je suis objectif) et incroyable (quand on prend la peine de la connaitre et je suis objectif aussi) n'ait pas eu l'opportunité de dîner dans un restaurant comme celui-ci. Je suis heureux de le faire avec elle. Merci Bella, merci Céleste pour cette opportunité et je leur devrais ça une prochaine fois. Je pense que mon idée de visite guidée de la ville sera cette prochaine fois. Elles vont apprécier. Je reporte mon regard ambre sur Aurore et je ne cesse de me dire qu'être avec elle est la meilleure chose que j'ai eu dans ma vie. Sans doute très niais à dire mais honnêtement, je ne peux pas dire le contraire.
« Excusez-moi » interrompt une voix. Le serveur.
Ce n'est pas comme si sa présence m'agace déjà.
Il sert nos assiettes avant de s'éloigner.
Je regarde le liquide rouge. Épais. Sans bouger un sourcil, je porte le liquide en question à mes lèvres et je suis surpris du goût car ce n'est pas horrible.
Aurore commence à rire. Je ne me suis pas rendue compte que ma réaction est comique. La voir rire est merveilleux. Je retombe amoureux. J'ai l'impression de ressentir quelque chose de nouveau à chaque fois. Ses fossettes mignonnes se remarquent davantage quand elle rit. Cela fait son charme mais je ne veux pas qu'elle remarque quelque chose alors je reporte mon verre de champagne à mes lèvres. Contrôler mes émotions ce soir est un échec. Avec elle, je n'en suis pas capable.
Plus la soirée avance, plus je me dis que ce cadeau est comme une bénédiction. La fin du diner approche puisque le serveur repart avec nos assiettes et je suis un peu triste de terminer ce moment. Vraiment, c'était parfait.
Un bruit sourd attire mon attention. Puis une lumière puissante envahie le ciel noir d'encre. Un orage. Le spectacle s'annonce de toute beauté. Les éclairs surprennent les gens et je remarque qu'une femme est éblouie. Même Aurore est surprise quand un coup de tonnerre résonne dans le ciel. Être au cinquantième étage d'une tour change la donne. Je n'y ai pas songé avant. D'après la météo, l'orage n'était prévu que tard dans la nuit. Visiblement, il s'est réveillé plus tôt de son sommeil. Ce n'est pas le moment. Les baies vitrées semblent se fondre dans le décors. On ne voit pas la barrière transparente qui nous séparent tous du vide. Dehors, c'est une autre atmosphère. La température va descendre d'un coup. L'orage va doubler d'intensité. Les secondes silencieuses avant le coup de tonnerre va sans doute effrayer des enfants chez eux et des gens dans la salle de restaurant. Aurore me regarde un peu étonnée du changement qui s'opère dehors. Nous sommes en sécurité ici. Du moins je l'espère. J'ai longtemps regardé ces décharges électriques impressionnantes dans le ciel pendant mes nuits de garde à l'armée. Cette période me rend nostalgique parfois. C'était une autre époque aussi.
Les gens s'approchent un peu des vitres pour admirer la Nature faire son travail quand elle est en colère. Cela dédramatise parfois de l'expliquer ainsi aux enfants, qu'elle s'énerve pour une raison et que le tonnerre représente ses cris et l'éclair est une trace visible qui intrigue les gens. On s'y attache quand ils sont en pédiatrie. J'aime bien passer du temps dans les couloirs la nuit pendant mes gardes. Je garde des dossiers sous le bras pour pouvoir travailler mais je n'y arrive pas. Je regarde les bébés dormir. Je suis attentif à la respiration des enfants en cas de problème. S'ils n'arrivent pas à dormir, je reste attentif pour eux aussi. Les enfants comprennent bien plus de choses que l'on ne le pense et ce sont eux les plus courageux. Ils entendent un tas de discours chaque jour sans se plaindre comme le ferait un adulte. Logiquement, je ne peux pas travailler auprès d'humains. Carlisle a mis des siècles avant que ça n'aille mieux. Il dit toujours que c'est la pratique. Nous savons que sa part d'humanité n'a pas totalement quitté son cœur.
Les orages ne sont pas effrayants pour tout le monde mais selon le point de vue, comme au cinquantième étage d'une tour new-yorkaise je peux affirmer que c'est totalement différent. Le visage de ma belle Aurore change. Il se crispe un peu. Je devine qu'elle ne se sent pas à l'aise ici. Je m'approche un peu pour lier ses doigts aux miens, ce qu'elle ne refuse pas. Je suis cependant surpris de constater qu'elle se colle contre moi. Elle me laisse l'envelopper comme pour la protéger d'un danger imminent et le seul danger est l'orage dehors. Elle est effrayée. Je ressers son étreinte. Nos odeurs mentholées ne font plus qu'une. Elle agrippe ma chemise de ses doigts fins. J'essaie de la rassurer en traçant doucement des petits cercles dans son dos. Après quelques secondes, je peux sentir son rythme cardiaque qui ne veut pas se calmer un peu. Je suppose qu'utiliser mon don dans ce contexte est nécessaire. Cela ne l'apaise pas et c'est tout le contraire que je souhaite à cet instant précis. La voir souffrir me fait mal. Elle ne se détache pas de moi pour autant mais nous devons attendre un peu avant de quitter le restaurant. J'ai envie de demander au serveur de commander un taxi dès que la tempête se calmera. Je lui fais un signe de la main pour qu'il vienne. Je me détache doucement d'Aurore. Mais Aurore ressert sa prise autour de moi.
« Reste » murmure t-elle.
Je continue les petits cercles dans son dos pour la calmer. Je ne l'ai jamais vu ainsi, recroquevillée contre moi. Je me mets à culpabiliser de l'avoir fait souffrir. Ce n'est pas le but. Elle se laisse faire par mon don cette fois. Mon don l'enveloppe. Une onde apaisante pour lui faire oublier sa peur de l'orage. Sa respiration se calme et ça me rassure. Elle doit sans doute le remarquer, mon étreinte est moins serrée autour d'elle. Son corps se détend un peu plus, ce qui me rassure aussi.
« Est-ce possible d'appeler un taxi quand la tempête se calmera ? » demandais-je au serveur.
« Bien sûr Monsieur, à quel nom ? ».
« Cullen ».
Le serveur s'éloigne et je reporte mon regard sur Aurore. Elle reste dans mes bras. Je ne bouge pas non plus. La savoir en sécurité est ma priorité. Je replace une mèche de ses cheveux derrière son oreille, regarde ses beaux yeux verts tristes. Elle n'a rien à se reprocher. Je n'en reviens pas qu'elle puisse culpabiliser d'une quelconque manière. Mon don va me resservir. Décidément. Je continue de lui murmurer que tout va bien. Un nouveau coup de tonnerre retenti dans le ciel. C'est toujours aussi impressionnant. Ces décharges électriques naturelles frappent l'air dans le ciel. C'est un spectacle à voir. Pas depuis une tour de cinquante étages. C'est à la fois effrayant et fascinant. On ne peut pas détacher nos yeux des éclairs qui transpercent le ciel noir d'encre. Ils vont finir par s'atténuer. Ainsi, nous pourrons rentrer à l'appartement.
Un éclair fait sursauter une dame non loin de nous et je comprends mieux pourquoi quand il frappe la vitre une seconde fois. Celle-ci se brise. Des milliers de morceaux de verre volent à travers la salle de restaurant. Tous se cachent sous les tables. Ce n'est que du dégât matériel mais c'est effrayant. Les gens commencent à crier. Une panique générale. Je n'ai pas besoin de ça ce soir. Les serveurs se retrouvent au milieu d'une foule qui ne sait pas quoi faire d'autre que s'affoler. L'un d'eux dirige les gens vers l'étage inférieur de la tour pour les mettre en sécurité. Je suppose qu'il a eu une formation premiers secours ou alors il a été chez les pompiers pour avoir cette idée. Bref, je ne m'en préoccupe pas. Aurore est dans un état de panique aussi, elle tremble. Je la presse contre moi, lui effleure les cheveux de mes doigts. Nous attendons dans la même position quelques minutes. J'entends les premières sirènes de pompier résonner dans la rue du restaurant. Je suppose qu'un serveur a signalé l'incident. Aussi, je sens une odeur que je connais bien. Métallique. Obsédante. Unique selon les groupes sanguins. Quelqu'un saigne. J'imagine que les bouts de verres dispersés dans la salle ont dû provoquer des blessures superficielles aux gens proches des fenêtres en premiers. Ce qui veut dire que ces gens ont besoin de soins médicaux, de points de suture par exemple.
« Matthéo ? ».
Je reconnais la voix qui m'appelle. C'est un autre interne. Colin.
« Colin ? ».
Oui c'est bien lui. Le seul à m'appeler par mon prénom complet et nom par le début de celui-ci. Il ne doit pas être de garde ce soir ? Ou alors je me suis mélangé dans le planning de cette nuit. J'ai des gardes prévues pour le restant de la semaine. J'espère être disponible la semaine prochaine pour prévoir la visite de la ville aux filles. Il est accompagné ce soir. Lui aussi a eu sa soirée mis en suspend par cet orage.
« Il y a des blessés ? » il me demande.
« Je ne sais pas » dis-je.
Je sens une odeur de sang. J'imagine que oui. Et s'il faut apporter de l'aide, je ne peux pas refuser. Vis-à-vis de mon statut d'interne déjà mais comme Aurore est là, j'imagine aussi qu'elle souhaite rentrer à l'appartement. Ceci est un dilemme. Quand des équipes de secours arrivent dans le restaurant, Colin se présente. Évidemment, je ne peux pas me défiler. Le pompier semble soulagé de savoir que deux internes en médecine se trouvent ici ce soir. Il ne devrait pas y avoir beaucoup de travail. Alors je suis un peu obligé d'agir avec lui. Je regarde Aurore qui semble comme prise dans un sentiment de partage elle aussi. Rester avec moi ou rentrer. La savoir en sécurité est ma priorité. Je comprendrais si elle décide de rentrer à l'appartement. Elle ne dit rien, regarde l'agitation autour de nous et prend une décision dans les quelques secondes de blancs entre nous. Les pompiers commencent les premiers soins. Il doit y avoir une dizaine de personnes légèrement blessées par l'impact des morceaux de verres sur leur peaux. Les autres ont eu une grosse frayeur. Les dégâts sont matériels. C'est minime. Les orages peuvent provoquer de gros dégâts. Il y a juste une panne électricité dans le restaurant. Les pompiers ont recouvert les vitres brisées par un film plastique épais. L'air passe moins dans la salle. La situation commence à prendre une autre tournure maintenant. L'heure n'est pas de comprendre pour quelle raison, un éclair a jailli dans la salle mais de s'occuper des blessures superficielles des gens autour de nous. Une chance que deux internes en médecine soient là, on va pourvoir soigner les blessures. Je ne me serais pas vu le faire seul. Colin m'aidera. Il revient avec une trousse de secours entre les mains. Je doute que la salle de restaurant en possède plusieurs alors on va devoir faire avec le peu qu'on a pour l'instant. Je regarde Colin et hoche la tête, on va travailler ensemble ce soir. Aurore prend ma main dans la sienne. Elle semble déterminée à m'aider aussi apparemment.
« Tu m'apprendras ? ».
Devant sa question, je suis un peu surpris mais la connaissant elle souhaite se rendre utile en m'aidant aussi. Quand je vous dis qu'elle est incroyable.
« Je veux me rendre utile. Je veux t'aider » ajoute t-elle.
« De l'aide supplémentaire ne sera pas de refus » intervient Colin. « Si tu sais faire des points de suture ».
« D'accord » dis-je convaincue. « Elle apprendra, je vais lui expliquer ».
Aurore se débrouille très bien avec un fil et une aiguille dans les mains. Elle excelle. Les points de suture sont parfaits. Elle sait mieux les faire que moi j'ai l'impression. La voir travailler à mes côtés me fait drôle. Notre soirée à deux a pris un autre tournant. Elle s'applique. Ses mains font attention, l'aiguille exécute une sorte de petite danse tellement elle est habile.
« Finalement c'est comme coudre du tissu sauf que c'est de la peau » dit-elle satisfaite de son travail.
Et elle peut être satisfaite de son travail. Je suis fier d'elle. Elle manie les aiguilles comme si c'était facile. Ses compétences en couture sont bien utiles. Je suis heureux de la voir si concentrée sur la main d'une femme plus âgée qui ne semble pas être dérangée par la douleur. Elle est courageuse parce que nous manquons de médicaments anti douleur pour ce type de procédure. La femme va devoir aller à l'hôpital pour avoir des soins supplémentaires. Du moins, un contrôle par un médecin est recommandé. Une fois sa patiente recousue, elle s'avance vers moi qui suit en train de terminer mes points. Son odeur envahie mon espace de travail. Je n'ose pas détourner le regard une seconde sur ce que je suis en train de faire. L'homme dont je recouds la main ne va pas être d'accord non plus.
« J'ai terminé » dit-elle pour me prévenir.
Je termine mon dernier point de suture avant de poser mon aiguille. Colin est en train de travailler de son côté. Je dois avouer que sans son aide et celle de ma copine, ça aurait pris plus de temps et au moins les équipes de secours ont été un peu soulagées.
« Moi aussi » dis-je en coupant le fil.
Le protocole de nettoyage est le même que d'habitude, excepté la partie où je brûle le coton imbibé avec le désinfectant, je jette tout à la poubelle mise à disposition. Je souffle sur les bougies qui m'ont permises de travailler.
Il est temps de partir.
Le tonnerre résonne de manière plus distante. Les fréquences avec les éclairs sont plus longues. Cela veut dire qu'il s'éloigne de la tour. C'est bon signe. Je crois que cette soirée va rester dans ma mémoire pendant un moment. Un diner qui s'est transformé en un dispensaire géant. Heureusement que je n'étais pas seul.
Je sors de la tour avec Aurore, main dans la main. Je regarde les taxis aux alentours. Aucun ne semble arriver dans les prochaines minutes. Je me retourne pour faire face à Aurore qui me regarde avec un mince sourire aux lèvres. À première vue, elle n'a pas l'air fâchée. Elle remet en place une mèche de cheveux derrière mon oreille. Le temps est humide et j'imagine que mes boucles n'apprécient pas l'humidité. Une première goutte de pluie tombe sur ma tête et elle dégouline sur ma peau froide comme la glace. Une douche se suit. Souvent après un orage, une douche suit. Je n'ai pas prévu de parapluie. Je ne crois pas qu'elle va m'accorder une autre soirée en tête à tête après tout ce qu'il vient de se passer.
Nous sommes trempés et je crois que je suis quand même heureux de me trouver à ses côtés, même si le temps n'est vraiment pas favorable. La pluie sur nous après un orage, je crois que c'est l'apothéose de la soirée. Croiser Colin dans les couloirs sera assez drôle demain soir et les jours suivants. L'agitation de New-York ne change pas beaucoup, même après un orage.
« Cette soirée est la plus atypique de ma vie » dit-elle spontanément.
Je l'a crois sur parole. Cette soirée est folle. Nous l'avons très bien commencée. Jusqu'à ce qu'un orage décide de l'interrompre et de blesser des gens dans le restaurant. C'est ce que l'on appelle une entrée remarquée. Obligé de prêter main forte avec Colin, j'ai appris à ma copine à coudre un point de suture. Une soirée pleine de rebondissements.
Le vent de la nuit nous frappe le visage. La pluie aussi. Nous sommes mouillés jusqu'aux os tous les deux et pourtant, je ne peux pas m'empêcher de penser au sang froid de ma copine quand elle a vu les blessures superficielles des gens, des humains. Elle n'a pas été dérangée par l'odeur ou alors elle se contrôlait parfaitement. Aucun moyen de savoir si elle allait bien ou si elle savait comment contrôler sa soif. Elle était concentrée.
Je regarde encore aux alentours pour apercevoir un taxi mais au vu des dégâts je suppose que la circulation est ralentie.
Ses lèvres se plaquent contre les miennes sans que je n'ai eu le temps de répliquer. Autant dire que je ne m'y attendais pas mais c'est la réaction tant espérée au fond de mon cœur. Je place mes mains autour de sa taille. Ses mains touchent mes joues, mes cheveux ensuite. Jamais je n'aurais pensé prendre autant de plaisir à l'embrasser sous la pluie. Moi qui était sceptique par rapport à ça dans les films où je me disais « mais ils vont attraper un rhume le lendemain, c'est tout ce qu'ils vont gagner ». N'ayant pas la possibilité d'attraper quelconques maladies, je peux dire que c'est la meilleure chose à vivre. En plus, Aurore est la bonne personne. Elle m'embrasse comme si personne ne pouvait nous voir. Je ne peux pas la protéger de la pluie mais au moins nous sommes tous les deux dans la même situation. J'aurais aimé la rencontrer plus tôt dans ma vie. Je l'aurais épousée plus tôt aussi. J'y pense constamment depuis quelques temps mais je veux faire les choses dans l'ordre et bien. Idem pour Edward, je suis aussi de l'ancienne école. Aurore est une fille qui mérite d'être aimée pour ce qu'elle est et je veux être patient, pour elle comme pour moi. Prendre le temps, même si nous avons l'éternité pour vivre un amour ensemble.
« À moi aussi. Et c'est de loin la meilleure » répondis-je en capturant de nouveau ses lèvres.
Mes mains effleurent ses belles joues. Je l'embrasse comme si plus rien d'autre n'avait d'importance. C'est ce soir-là que je réalise à quel point je souhaite passer le reste de l'éternité avec elle. Le baiser est plus passionné et c'est comme si je le redécouvrais. C'est étonnant. Je suppose que certaines choses ne changent pas mais évoluent. Avec elle oui. Je sens des papillons. Des frissons parcourent mon corps quand je capture ses lèvres et honnêtement c'est la meilleure sensation du monde.
« C'est ce que j'espérais » dit-elle en me regardant dans les yeux.
Je reprends un peu ma respiration. Quand je la regarde, tout va bien.
« Excusez-moi » intervient une nouvelle voix.
Notre taxi.
Hey !
Voici la suite. J'ai dû ré écrire la fin du chapitre, c'est pour ça que ça m'a pris plus de temps. En espérant que ce chapitre vous plaises.
Oh et merci pour le nombre de vue ici qui augmente pour cette histoire, je vois que les derniers chapitres vous donnent encore envie de lire et ça me fait plaisir !
Aussi, lecteurs dits fantômes, n'hésitez pas à vous manifester avec un petit un commentaire. Lire des commentaires aide l'auteur à progresser et on en a tous besoin. Ne soyez pas timide, je suis cool !
En vous remerciant !
Bonne lecture ! ;)
