Playlist
« Us » James Bay
« Two » Sleeping at last
« Tell me it's real » Seafret
« Cherry wine » Hozier
« You there » Aquilo
« Lanterns » Passenger
Chapitre 30
Point de vue de Matthéo
Le taxi roule jusqu'à chez nous. Aurore est contre moi, son bras enroulé autour du mien. Elle est dans la même position depuis dix minutes et je sens que ça va le rester pour le reste du trajet. Elle n'a pas dit un mot après que la pluie nous est tombée dessus. Nos vêtements sont trempés. Nous n'avons pas eu le temps de rentrer nous changer que nous sommes dans le taxi. Je ne vais pas lire dans ses pensées non plus. En revanche, je sens son rythme cardiaque qui est similaire au mien. Nos battements sont comme synchronisés. Dans la réalité, je doute que ce soit possible, il y a un décalage mais pas là. On dirait qu'il s'adapte et que ma copine se calme contre moi. Je ne vais pas me plaindre. Je ne doute en aucun cas de nos sentiments. Disons que cette soirée ne s'est pas déroulée comme je l'ai espéré. Bella et Céleste ont eu la gentillesse de nous offrir un dîner à deux mais la soirée a été interrompue par un orage. Je me suis retrouvé à faire des points de suture avec un autre interne et j'ai dû apprendre la méthode à ma copine. Heureusement qu'elle coud. Lui apprendre a pris très peu de temps, elle a aussi regardé comment on fait les premiers points et son aide a été précieuse. J'ai l'impression d'être sur une sorte d'échec. C'est dur à dire mais je ne veux pas rester sur ce point. Elle a au moins apprécié la première partie de la soirée. Je sens par contre, que me lâcher ne sera pas possible de la nuit.
Je n'aime pas la décevoir. Ce soir, par exemple ce n'est pas le moment de gâcher une soirée comme celle-ci.
Ma garde commence très tôt demain.
Elle va m'en vouloir.
Mais je retire délicatement son bras du mien.
Je finis par prononcer une question qui me fait mal d'avance.
« Vous pouvez vous arrêtez à l'hôpital Lenox Hill s'il vous plait ? ».
« Oui ».
Je paie la course en taxi et me rends devant l'entrée de l'hôpital avec la présence de ma copine derrière moi qui n'a pas idée de ce que je vais faire à la prochaine seconde. J'ai des remords à m'avancer dans l'allée qui mène au bâtiment et à monter les escaliers ensuite pour y entrer seul. Laisser ma copine en plan après une soirée à deux est incorrecte.
Je me conduis en imbécile. Si elle m'en veux, c'est normal.
L'hôpital dans lequel je suis interne n'est pas loin de l'appartement. Non que j'ai fait exprès de choisir cet hôpital, leur programme était bien plus interessant que les autres. Aussi, laisser Bella à l'appartement n'a pas été évident. Bien entendu qu'elle est grande mais elle est humaine et quoique l'on puisse dire elle a une maladresse. Je crois que je suis un peu trop protecteur avec elle et ne pas lui laisser de liberté peut la heurter. Elle est quand même sous ma responsabilité et Edward m'en voudrait pendant des siècles si quelque chose devait arriver à sa Bella. Je me montre compréhensif. Aurore est un vampire alors je m'inquiète moins. Si elle est attaquée par un humain, il risque de mal terminer et si c'est un vampire ça dépend s'il possède une faculté ou non. Aurore sait bien se défendre et j'ai l'impression d'avoir un devoir de protection envers elle. Il va falloir que je laisse un peu de côté mes principes de ce type là qui date de mon époque humaine. J'oublie un peu que les femmes sont indépendantes au 21ème siècle. Les choses ont évolué quand même.
J'ai confiance en elle. Mon côté protecteur n'a jamais été mal pris et j'ai essayé de ne pas trop l'appliquer de manière excessive. J'aime juste savoir où elle est, si tout va bien et si elle est en sécurité. Wha. Ça fait beaucoup d'éléments mais j'ai besoin de le savoir.
Le regard de ma copine est interrogatif. Elle se demande la raison de sa présence ici et moi, je ne lui dis toujours pas un mot. Je suis lamentable.
« Tu vas travailler ? » finit-elle par dire.
Je m'approche d'elle, lie mes doigts aux siennes et l'emmène à l'intérieur de l'établissement. J'ai l'impression que sa phrase sonne comme une déception et c'est logique puisque je l'amène ici au lieu de la déposer à l'appartement. Je me dis que sa présence ici est quelque chose de voulue. Je pense lui montrer l'établissement dans lequel je passe beaucoup beaucoup de temps. Il est temps pour moi de me dévoiler un peu plus. Aurore travaille suffisamment sur ses modèles de vêtements, elle tente de m'expliquer parfois et je ne comprends pas toujours tout. Mais j'aime l'écouter parler de tissus, de créativité. C'est inspirant. Cette femme m'inspire. Elle a une lueur de sincérité et de passion quand elle parle de futures créations et comme Alice a un blog sur la mode, pourquoi ne pas combiner les deux. Le résultat risque d'être incroyable et ce serait mérité pour elles.
Ce soir, je vais montrer à Aurore l'établissement. Je vais lui montrer ce que je fais la nuit en surveillant les tous jeunes patients dans les chambres voisines car je suis dans l'annexe des enfants et des adolescents. J'aime bien travailler ici. Je surveille les constantes. Je surveille leur respiration. Quand ils se réveillent d'une opération, je suis pas loin pour intervenir si besoin pour quoique ce soit. Ils sont forts. Ils ne montrent pas beaucoup leur points faibles mais je peux vous dire que c'est le public le plus incroyable que je connaisse.
Ils sont positifs, même dans les moments les plus compliqués, ils comprennent tout rapidement et parfois ils tentent de me rassurer alors que le plus logique est le cas inverse. Je me dois de leur faire honneur. Je me sens utile ici. Alors je vais passer beaucoup de temps sur l'administration mais quand je peux aider un enfant ou un adolescent, rien qu'en lui donnant un verre d'eau, discuter avec lui cinq minutes hé bien je me sens utile quand même. C'est inexplicable. Ça se vit. Ça se ressent aussi. Je ne dis pas que c'est facile tous les jours.
Je monte les escaliers rapidement, toujours mes doigts liés à ceux de ma belle. J'ouvre la porte, elle me suit et son regard vague un peu partout dans le hall du bâtiment.
C'est vide et calme. Des patients dorment, d'autres dans des services de soins, d'autres sont endormis profondément pour une durée indéterminée. Tous les patients sont entre de bonnes mains ici. J'y veille parfois.
Ce que je n'avais pas prévu, c'était la pluie qui tombe dehors pile où nous sommes à l'intérieur ni l'orage qui gronde. Je me souviens de sa réaction au restaurant, elle n'était pas tranquille. C'est ce que je constate quand nos regards se croisent. Aurore tremble. Encore. Ses doigts sont liés aux miens et je la prends dans mes bras pour tenter de la rassurer. Je suis étonné de la voir trembler. Il doit y avoir quelque chose avec l'orage. Je ne vais pas lui demander maintenant, il faut qu'elle se calme. Ses mains tremblent encore et c'est définitivement à cause de l'orage dehors. Jamais elle ne m'a parlé de sa peur de l'orage. C'est quelque chose que je découvre au fur et à mesure de notre relation. Notre histoire est unique. Je prends du temps de la connaître, de passer du temps avec elle et aménager ensemble à New-York fut la meilleure décision. Le fait de faire des allers-retour, le fait que Bella ait décidé de rester et les retrouvailles avec Céleste fait que nous sommes une famille. J'aime cette atmosphère chaleureuse quand je rentre de mes nuits de garde à l'appartement. Cela fait un certain temps que nous sommes ensemble et je me sens prêt à rester avec elle le restant des siècles qu'il me reste. Ça ne m'est pas arrivé avant elle. Aurore est unique.
J'aime garder mes habitudes d'une autre époque.
Je sais que ça peut être étonnant de ne pas vouloir me rapprocher un peu plus mais je préfère attendre d'être plus à l'aise. Déjà parce que je ne suis pas suffisamment à l'aise avec mon corps. Mes cicatrices me font culpabiliser par rapport à moi-même. Ma peau reflète mon histoire personnelle. Les crocs de Lucy y sont plantés. C'est mon point faible. Aurore les a déjà vu et elle m'a rassuré sur ce point. Rare sont les fois où ce sont les garçons qui se confient sur ce point. Avant d'aller un peu plus loin nos merveilleux baisers, je veux lui passer la bague au doigt d'ici quelques temps. J'ai fait promettre à Céleste de ne rien dévoiler. Je lui ai demandé son avis sur la bague en question mais je n'ai pas encore choisi pour lui poser la fameuse question. Il s'agit d'une demande importante alors je veux faire les choses bien. Mes gardes s'enchainent depuis des semaines, c'est génial pour mon avenir professionnel mais pour ma relation avec ma copine c'est différent.
« Je vais commencer ma garde dans quelques heures et avant, j'aimerais te faire visiter les lieux, si tu veux bien » lui dis-je pour changer de sujet.
Avant de rentrer à l'appartement au petit jour, je veux qu'elle se réchauffe avant et qu'elle se repose. Je vais rester avec elle. Un baiser sur le front et j'entrelace mes doigts entre quelques mèches de cheveux, son parfum de menthe m'envoute. C'est une femme unique. Elle doute beaucoup mais sa personnalité m'a fait tomber irrévocablement amoureux.
« C'est possible ? ».
« Bien sûr ».
Elle me suit dans les couloirs sombres et vides jusqu'à une salle de réunion. Je lui explique que c'est là où les infirmiers de nuit discutent avec les médecins des situations le matin. Ensuite, ce sont des salles de garde où les internes, les infirmiers viennent se reposer des longues journées/nuits. Puis, les chambres des patients. Il ne faut pas les réveiller. Nous sommes dans la partie des enfants et des adolescents.
Elle me fait signe de ne rien dire de plus. Un mince sourire s'affiche sur son visage et me réchauffe le cœur. Elle commence à se détendre et à oublier sa peur de l'orage. Elle est trempée mais sans être moins belle, au contraire, la pluie sur son visage accentue ses traits fins et me donne envie de l'embrasser encore une fois. Il faut que je me ressaisisse.
Je l'entraine dans l'allée dédiée à ce public si courageux où je travaille.
Je vérifie qu'il n'y a pas de patient insomniaque.
Personne.
Aurore attrape ma main.
Je sais que je ne suis pas facile, sa patience avec moi est admirable.
Installés tous les deux dans une chambre de garde, je lui donne une serviette pour se sécher les cheveux. Je garde toujours des vêtements de rechange. Ils ne sont pas à sa taille, c'est tout ce que j'ai.
Habillée d'une chemise bleue en coton et d'un jean, elle est aussi belle que dans sa combinaison élégante. C'est signe que tout lui va comme un gant et que je l'aime de plus en plus.
Elle s'approche de moi un peu timide et se réfugie une nouvelle fois dans mes bras.
« J'ai peur de l'orage » souffle t-elle.
Le précédent était impressionnant. Non que j'en sois effrayé mais la résonance l'était. Les éclairs jaillissaient dans le ciel et les clients du restaurants n'étaient pas rassurés non plus.
Je lui frotte le dos en arc de cercle pour la calmer.
« Tu souhaites m'en parler ? ».
Je n'aime pas la voir triste. Mais je ne la force pas à m'en parler si elle ne le souhaite pas. On peut rester dans les bras l'un de l'autre toute la nuit. Je ne vais pas la repousser. Ma garde peut attendre. Ma priorité est le bien être de ma copine.
« Tu sais que j'ai été enfermée dans un hôpital psychiatrique pendant des années avec ma sœur. Nous mangeons tous ensemble au réfectoire. Nous étions jeunes pour la plupart avec des peurs d'enfants. Il y avait de l'orage qui résonnait très fort ce soir-là et comme à chaque fois. Le bruit était insupportable pour nos oreilles d'enfants. Personne ne nous épargnait ça parce qu'ils savaient tous que l'orage nous effrayaient. C'était un jeu pour eux. Un jeu de torture ».
Je suis effaré de ce que j'entends.
Aurore m'a expliqué une partie de son enfance dans cet hôpital. Discuter de ce sujet est délicat. Je ne peux que comprendre la difficulté de l'évoquer à voix haute. Mes années dans l'armée avec Jasper ont été si douloureuses. Je me souviens de mon frère en souffrance et Maria lui a offert l'éternité avant de disparaitre et Lucy m'a fait la même chose.
Comment peut-on faire subir ça à un public si jeune ?
Ils étaient effrayés et personne ne les mettaient à l'abri.
Ils étaient impuissants.
Aurore et sa sœur ont été là, parmi ces enfants à avoir peur de l'orage. Des peurs d'enfants qui ont été ignorées.
Alice et Aurore sont si courageuses. Elles ont survécu à cette vie et à leur transformation en créature immortelle. Deux morts en quelque sorte. L'éternité leur est promise, apportée sur un plateau d'argent comme moyen unique de survivre dans ce monde qui évolue. Mais l'éternité n'est pas toujours un cadeau.
Aurore tire sur les manches de ma chemise bleue jusqu'à ce que ses belles mains disparaissent dans le tissu. Elle remet ensuite une mèche de cheveux en place derrière son oreille.
« Tu sais » reprend t-elle. « Sans l'aide de l'infirmière, je ne serais pas là pour te raconter mon histoire. Tu me connais mieux que quiconque Matthéo Cullen ».
Savoir qu'elle a souffert me rend malade. Savoir qu'Alice a souffert aussi me rend malade. Elles méritent tout le bonheur, elles méritent l'amour et le respect ainsi que les autres enfants de cet hôpital. Elles ne savent pas s'ils ont pu survivre. L'infirmière leur a donné une seconde chance. Elle a permis à deux sœurs de quitter leur condition humaine pour une autre bien plus avantageuse, au risque de les perdre aussi car les vampires sont capables de se laisser mourir. Je suis reconnaissant envers cette infirmière d'avoir donné une chance à ma sœur et à ma copine. Auquel cas, je n'aurais jamais fait la connaissance de mon âme sœur. Sans elle, mon monde n'aurait pas été le même. Une partie de mon cœur lui appartient et je ferais tout mon possible pour l'honorer.
« Tu es là. Je suis là » dis-je en prenant sa main dans la mienne.
Vivre le moment présent avec elle à mes côté est le plus important. Je veux qu'elle sache que je suis là pour elle. Pour les prochains siècles à venir.
Ses yeux semblent avoir envie de verser des larmes. Elle en a suffisamment versé pendant les années difficiles enfermées entre les murs de cet horrible établissement.
« Ça semble ridicule » murmure t-elle.
Jamais elle ne doit penser que ce qu'elle accepte de me dire à son sujet est ridicule. Elle a été traumatisée par un orage. Evidemment si le personnel mettait à profit cette peur d'enfants sur des enfants fragiles, il est évident que ça laisse des marques chez eux. Aurore a été victime, comme Alice et les autres jeunes patients. Je suis écœuré de ce type de pratique. Quand on s'occupe d'enfants qui nécessitent des soins, on les traitent correctement car après tout, la plupart de ces enfants ont des familles. Elles sont inquiètes. Je vois des familles ici qui rendent visite à leur proche tous les jours. J'imagine que la réalité dans le cas de ma copine est bien différent.
« Pas du tout, merci de t'être confiée » dis-je en embrassant son front puis sa joue.
Une larme salée.
Cela me fait mal aussi.
Une onde positive de ma part ne va pas régler le problème.
Dommage qu'il n'existe pas un bouton « reset » parfois pour les vampires. Ne plus se souvenir d'éléments douloureux est nécessaire parfois, pour pouvoir vivre sans avoir peur. Aurore mérite de ne plus avoir peur. Elle vit une belle vie maintenant. C'est ce dont je souhaite. Je ressers mon étreinte. Mes mains effleurent sa joue.
Elle se rapproche un peu plus de moi. Ses doigts glissent sous le tissu de mon col de chemise. Elle embrasse mon coup de manière répétée. Elle repère mes lèvres mais elle dépose d'autres baisers sur ma mâchoire. C'est agréable. Son toucher est doux. J'ai envie qu'elle ne s'arrête jamais. Son odeur de menthe, la douceur de sa peau, les larmes qui menacent de couler le long de ses joues font que je ne peux accéder à sa demande.
« S'il te plaît » murmure t-elle.
Ce ne sont pas uniquement mes cicatrices qui me bloquent. Aurore est dans un état émotionnel instable pour le moment, elle a évoqué un triste souvenir avec moi et puis on est à l'hôpital. S'il y a des gens pour qui c'est un fantasme moi non. Je tiens à l'épouser dans un premier temps avant d'aller plus loin avec nos corps.
« On est à l'hôpital » finis-je par dire sous ses caresses sur mon torse.
Le contact de sa peau contre la mienne est comme électrisante pour moi. Je ne peux pas m'empêcher de ressentir une sensation agréable, sensuelle. Ses doigts effleurent ma peau comme si c'était du coton. J'oublie mes complexes physiques un instant. Elle n'a pas vu les autres marques sur mon corps. Je n'en ai pas qu'aux bras qui ont servis à mon changement de nature. On m'en a infligé d'autres sur le torse et ce sont ces traces qui me rendent mal à l'aise avec mon reflet dans le miroir. Je tente de ne pas réagir face à son contact mais je n'y arrive pas vraiment. Son toucher est délicat. C'est vraiment unique comme sensation et comme c'est Aurore, j'imagine que je peux me laisser aller. Pas maintenant, c'est un peu tôt.
J'écarte doucement ses bras de mon cou, ses doigts fins de ma peau avant de la regarder.
« Tu ne me veux pas ? » me dit-elle déçue de ne pas pouvoir continuer.
Ce qu'elle vient de dire me fait mal au cœur.
Son regard vert se pose sur moi.
Elle ne me dévisage pas. Elle se pose des questions. Je ne pensais qu'aller un peu plus loin que d'habitude était dans ses pensées.
« Bien sûr que je veux de toi mais pas ici, dans un lit convenable et dans un autre environnement ».
Je n'ai pas envie de donner du plaisir à ma copine dans une salle de garde et en face d'une plante desséchée. Je ne veux pas aller plus loin, pas ici en tout cas et les hôpitaux sont des lieux de soins. C'est une salle de garde, les humains en font ce qu'ils veulent. Même si dans les séries, ils en font bon usage. Mais ma copine mérite autre chose qu'une salle de garde.
« Oh » dit-elle en comprenant.
Je me doute qu'elle est en train de se dire que l'environnent lui importe, que ce moment intime entre nous est le plus important. C'est compréhensible. Pour être honnête, j'ai envie d'être tranquille avec elle dans un lieu approprié. Il se trouve que je suis propriétaire d'une belle maison italienne à Rome. Je pense que la maison va lui plaire et ce serait une occasion de voyager tous les deux, d'être tranquille. À moins que Carlisle me suggère son île.
« Embrasse-moi alors ».
« Je ne peux pas le refuser ».
Je me rapproche d'elle et à ma grande surprise, elle prend l'initiative de mener ses doigts à mes cheveux en approfondissant son baiser. Ses lèvres contre les miennes me donnent toujours une sensation unique. J'effleure son visage de mes doigts avant de l'entourer de mes mains. Ses cheveux effleurent ma peau, son parfum, cela forme une bulle. Rien ne peut arriver à l'intérieur. Nous sommes deux. Elle se redresse un peu, toujours ses lèvres soudées aux miennes. Elle n'essaye pas d'effleurer ma peau comme avant.
L'embrasser est quelque chose de magique. Je crois que c'est le sentiment amoureux. En un siècle d'existence, un peu plus qu'un siècle d'existence, je me rends compte que je l'ai attendue. Sa personnalité est touchante. Il n'a pas fallu longtemps pour que mon cœur lui appartienne. Mes mains dérivent vers sa taille. Ainsi, nous sommes un peu plus collés l'un à l'autre.
Aurore se rapproche encore de moi, à tel point que j'entends son cœur battre quasiment aussi vite que le mien. C'est quelque chose de particulier chez les vampires où en principe notre cœur ne bat plus vraiment. Je sais que les sensations humaines de ce type manquent beaucoup à Aurore. Elles manifestent les émotions par des phénomènes physiques.
« Je peux embrasser sans cesse tes lèvres ».
« Recommence alors ».
« Tu es incroyable » je murmure.
Mes lèvres effleurent les siennes puis les capture à nouveau. Encore une fois, la sensation est unique.
« Tu me le dis souvent ».
« Je te le dis parce que c'est vrai ».
« Pourquoi ? ».
« Tu veux en parler maintenant ? ».
« On peut avoir une discussion sérieuse sur l'oreiller » me sourit-elle en remettant une mèche de mes cheveux en place sans que je ne puisse dire quoique ce soit. « Mais tu m'embrasses de temps en temps ».
« En plus, tu y mets des conditions ».
« Oui » dit-elle en se pinçant les lèvres.
« J'aime tout chez toi » commençais-je par dire. « Tu es courageuse, audacieuse et ton âme est merveilleuse ».
« Wha. Ça fait beaucoup de choses. Merci » me sourit-elle. « Je trouve que l'on se complète bien ».
« Comme Carlisle et Esmée » murmurais-je pour moi.
« C'est la vérité ma belle » dis-je en croisant son regard vert.
« Et si tu me disais un truc sur toi ? ».
« Comme quoi ? ».
« Je ne sais pas. Quelque chose dont tu as envie de me parler ».
Elle se réfugie dans mes bras une nouvelle fois. Son souffle contre mon cou. J'ai l'impression de lui avoir manqué alors que j'essaye de passer le plus de temps possible quand je ne suis pas entre les murs de cet hôpital.
« J'ai envie de te demander de m'épouser » pensais-je très fort.
Mes lèvres se pincent et je crois que j'ai envie de l'embrasser une nouvelle fois. Je replace une mèche de ses cheveux qui tombe sur sa joue. Elle est adorable. Je me redresse un peu plus pour être plus à l'aise, le dos contre le mur sur le lit. Je lie mes doigts aux siens. Je sens que sa respiration s'est calmée depuis le début de notre bulle ensemble ici. Elle porte mes vêtements et c'est quelque chose de nouveau pour moi. J'aime l'idée. Je suis soulagé de savoir que sa peur de l'orage s'est estompée.
Je me rends aussi compte que nous n'avions pas partagé d'instants câlins comme celui-ci depuis des semaines je crois. Mon emploi du temps me faisait rentrer tard et partir quelques heures plus tard. On aurait pu faire une sortie avec Céleste mais l'idée de laisser Bella seule à l'appartement, même si elle est grande n'est pas judicieux. Bella est une humaine.
Aurore est bien dans mes bras on dirait, elle ne bouge plus d'un centimètre et je cherche une réponse à sa question.
Que pourrais-je lui raconter d'intéressant ? Elle connait mon histoire d et moi la sienne, sauf sa peur de l'orage qu'elle m'a confié ce soir. Je suis heureux qu'elle l'est fait, sans avoir peur d'un éventuel jugement. Jamais je ne pourrais la juger.
« Si on partait en vacances tous les deux ? » lui demandais-je.
C'est la première chose qui me soit venue à l'esprit. J'ai envie de passer du temps avec elle, voyager avec elle et profiter.
« Où ? ».
« J'ai une maison pas loin de Rome ».
« Oh » sourit-elle. « J'y ai vécu avec Alice ».
« Si ça te rappelle des souvenirs douloureux, on peut aller autre part ».
Quel idiot je suis. J'ai oublié ce détail important. Alice et Aurore ont vécu à Rome. J'imagine que cette ville est l'objet de souvenirs, peut être même douloureux et évidemment je suggère cette idée. Pourtant, j'aime cette maison. Je l'ai acheté il y a longtemps et j'ai pris soin de sa rénovation. J'ai envie de la montrer à Aurore pour son cachet. Mais si elle ne le souhaite pas, je suis certain que Carlisle ne s'opposerait pas à me prêter son île.
« Non, c'était bien. C'étaient des instants agréables et j'ai envie d'en avoir avec toi là-bas ».
« Ma belle ».
« Je t'assure que ça va et tu as cette maison depuis quand ? ».
Je remarque que ses questions sont nombreuses au sujet de ma maison. Je tiens à la lui raconter en détail une fois sur place. Elle découvrira les différentes pièces et son histoire en même temps. Le décor sera planté. Elle aura une meilleure idée de son histoire. J'ai acheté cette maison après mes années dans l'armée. Les travaux de rénovation ont pris du temps et le résultat final est à l'image de ce que j'ai imaginé. Jasper est déjà venu dans cette maison. Je l'ai même proposé à Rosalie et à Emmet pendant leur première lune de miel. Ensuite, j'ai bien compris qu'ils ne comptaient pas voyager uniquement en Italie alors ils ont décidé d'aller dans des destinations ensoleillées. Mais j'aime cette maison. J'ai hâte de la montrer à Aurore d'ici peu de temps.
Elle se lève du lit encore chaud de sa chaleur corporelle.
Elle ajuste sa chemine, ma chemine bleue et elle remet ses cheveux un peu ébouriffés par ma faute en place. Elle est si belle. Dans tous les sens du terme. Je me rends compte de ma rêverie quand elle me pose une question.
« Tu me montreras des photos de ta maison ? » dit-elle à mon attention face au miroir.
Son doux visage me fait face.
Je me lève du lit avant de lui répondre que oui.
« Tu en sauras davantage une fois que tu la verras de tes propres yeux » dis-je en me penchant pour l'embrasser sur le front.
Sauf qu'elle fait en sorte que mes lèvres rencontrent les siennes directement. Son rire entre mes lèvres me fait penser qu'elle ne veut pas que je parte mais ma journée ne va pas de dérouler toute seule, des patients ont besoin de moi. Je rêve de pouvoir ne rien faire d'autre que de regarder ma copine, de l'embrasser toute une journée.
Je réponds à son baiser sans me poser de question, je place mes mains autour de sa taille. Nous sommes dans un écrin, une bulle. Rester dans cette position ne me dérange pas.
Je n'aime pas ce bruit.
Bip. Bip. Bip.
Le devoir m'appelle. Je commence ma garde maintenant.
Autant dire que je n'ai pas spécialement envie de couper ce moment fort agréable et d'être interrompu par le boitier noir que j'ai dans la poche de ma blouse blanche. Il faut mettre fin à cette parenthèse.
Je rentre tard mais je rentre quand même ce soir. On se verra à nouveau dans quelques heures.
« Merci d'être resté avec moi » dit-elle une fois prête sur le pas de la porte.
« À ce soir ma belle » dis-je en partant dans le couloir.
Il y a encore le parfum mentholé d'Aurore sur ma peau. Ça me fait sourire.
Je ne garde pas mon sourire longtemps puisque je repère une silhouette connue que je n'ai pas vu depuis hier soir, avant de me rendre au restaurant.
Céleste.
Je n'aperçois pas Bella autour d'elle.
Je ne comprends pas du tout ce qu'il se passe.
Le visage de Céleste s'illumine. Elle est comme soulagée de me voir ici. Je travaille ici.
« Céleste ? ».
« Oh je suis heureuse que tu sois là ».
« Où est Bella ? Elle n'est pas avec toi ? ».
« À la cafétéria. Elle mange un muffin ».
Sa réponse me soulage.
Je me suis imaginé le pire pendant une seconde.
« Désolée » s'excuse t-elle. « Tu ne réponds pas à tes messages alors je suis venue ici avec Bella car on s'inquiète depuis hier soir ».
Je ne les aient pas prévenues.
Logique.
Je m'en veux de ne pas avoir pris la peine d'avoir envoyé un message aux filles.
« On a entendu l'orage et… ».
« Non » dis-je en me frottant le visage. « C'est moi. Je n'ai pas utilisé mon téléphone depuis hier soir ».
« Tu es fâché ? » me dit-elle tristement.
Sans attendre ma réponse tout de suite, elle se réfugie dans mes bras. C'est la première fois qu'elle me fait un câlin. Je comprends qu'elle se soit inquiétée. Quel idiot je suis. Je ressers mon étreinte autour d'elle. Je sens que sa respiration s'accélère un peu. Elle sanglote. Je ne veux pas la voir pleurer aussi. Je la rassure comme je le ferais pour un enfant, en la tenant doucement dans mes bras. Céleste est venue avec Bella jusqu'ici. Heureusement que ce n'est pas loin de l'appartement.
« Je m'excuse. Tu sais quoi ? Pour me faire pardonner, on passera une journée tous ensemble la semaine prochaine » lui dis-je doucement.
« Oh, vraiment ? » dit-elle visiblement intéressée en levant ses yeux verts.
Je regrette de ne pas avoir pu rassurer Céleste car elle s'est inquiétée pour Aurore. C'est normal.
« J'ai une idée qui devrait vous plaire mais personne n'est au courant ».
D'ailleurs, je sens une odeur de menthe autre que la mienne et celle vanillée de Céleste. Aurore n'a pas quitté l'hôpital. J'imagine sa surprise en voyant Céleste ici. Rien de grave à l'horizon. Je leur envoie une onde apaisante à toutes les deux. Je sens les muscles de Céleste se détendre.
« Céleste ? Ça ne va pas ? ».
« J'ai eu peur » dit tristement Céleste dans mes bras.
« Tout va bien, elle est avec Bella qui est à la cafétéria. Vous n'avez qu'à rentrer ou sortir en ville toutes les trois. Il faut que j'y aille ».
Je suis obligé d'y aller.
Je m'écarte doucement de Céleste.
Je lui promets que ça va. Elle n'a pas à s'excuser de quoique ce soit. Elle a bien fait de venir ici. Je la rassure comme je peux.
Mon boitier noir sonne encore dans ma poche. Je comprends que c'est sérieux.
Je salue les filles de loin et pars dans le couloir des urgences. Les premiers patients de la journée vont arriver. La journée s'annonce longue quand je vois d'autres internes sortir des chambres des patients le visage fatigué.
Hey !
Nouveau chapitre publié aujourd'hui.
Il m'a pris du temps à écrire car j'ai dû le recommencer plusieurs fois.
En espérant que ce chapitre vous fasses plaisir à lire durant l'été.
Bonne lecture !
