On approche tout doucement de la fin de ce tome, yay ! Comme ce chapitre est plus court, j'en poste un deuxième illico. Bonne lecture :D
Chapitre vingt-neuf : Les coulisses de la troisième tâche
Pendant les deux semaines qui suivirent, Edward se détacha presque intégralement de son quotidien écolier pour se concentrer sur la préparation longue et difficile de la troisième tâche. Aucun détail ne devait leur échapper dans son organisation, car des vies entraient en jeu. Le nouveau trio formé par Dumbledore, Rogue et Edward avait trouvé un terrain d'entente dans leur collaboration et tentait de ne pas empiéter sur les plates-bandes des autres, afin de garder une certaine cohésion dans le groupe. Groupe dont Envy était bien malgré lui exclu. Il prenait de nombreux sujets trop à la légère et avait besoin de tout le temps restant nécessaire pour se préparer à affronter le labyrinthe. Il était donc écarté.
Pour plus de rapidité et d'efficacité dans leurs corvées, le trio s'était réparti les tâches. Rogue — en dehors des cours et de ses rondes nocturnes —, s'occupait de mener des recherches quant aux biens de Flamel perdus lors de la distribution à la lecture de son testament. Comme ils l'avaient craint, il ne trouva rien de concluant. Faute de temps et de moyens.
Dumbledore, quant à lui, devait gérer au quotidien les équipes d'Aurors, de Langue de plomb, de journalistes et le ministre de la Magie qui ne lui laissait aucun moment de répit dans ses journées surchargées de travail. Pour ne rien arranger, les parents inquiets et mécontents le harcelaient par courrier et il avait fallu mettre des barrières magiques pour interdire l'accès des Beuglantes dans l'enceinte de Poudlard. Au moins un tiers des élèves avaient déserté les bancs de l'école par peur de découvrir qu'un autre professeur puisse être un dangereux criminel en fuite.
En dernier, Edward avait reçu l'autorisation — comme promis — de vérifier chaque Auror par des visites intempestives dans le bureau du directeur où il passait désormais le plus clair de son temps et même certaines nuits quand il travaillait tard ou tombait de sommeil. Sa tâche personnelle s'avérait simple : examiner les ouvrages de Dumbledore hérités par Flamel et voir s'ils contenaient des informations intéressantes. Pour plus de prudence, étant donné les failles de sécurité — qui paradoxalement s'étiraient à chaque arrivée de nouveaux Aurors —, il fut décidé qu'il ne pourrait consulter ces livres que dans le bureau du directeur, sûrement le lieu le plus sûr à Poudlard.
À chaque visite, il s'installait dans un coin de la pièce, assis par terre — malgré les nombreuses propositions aimables de lui transfigurer au moins un bureau —, où il avait l'avantage d'être discret et pouvait fréquemment surprendre des comportements lui permettant d'évaluer la fiabilité de chaque visiteur. Quand il se retrouvait seul avec Dumbledore, chacun travaillait de son côté, Edward sur ses notes et le vieux sorcier sur ses problèmes dus à la gestion de l'école. Le Serdaigle se faisait souvent si discret que Dumbledore en venait à oublier sa présence, ce qui lui créait quelques frayeurs quand il entendait soudain un juron s'échapper de derrière son bureau.
Il leur arrivait de temps à autre d'avoir des conversations sur l'alchimie ou des légendes sorcières, ce qui réjouissait particulièrement Dumbledore lorsque la pression se faisait trop forte et qu'il avait simplement besoin de se distraire de l'enquête du ministère qui ne progressait pas. Edward était de très bonne compagnie : jeune, brillant, plein d'humour et d'énergie.
Même Rogue s'était enfin laissé quelque peu attendrir et acceptait entièrement le rôle de son élève dans ces affaires très sérieuses. Depuis lors, il ne mentionna plus l'utilisation faite de la pierre philosophale, car il avait compris que certaines choses le dépassaient de loin. Dumbledore suivit son exemple et décida de lâcher prise et d'accepter cette aide providentielle venue d'Edward Elric. Il n'oubliait pourtant pas Envy, qui à sa façon servait également les intérêts de la communauté sorcière en protégeant Harry Potter. Ils avaient fait leurs preuves à plusieurs reprises déjà et ils étaient du bon côté, il n'y avait décemment plus de doute à avoir.
Relevant ses yeux fatigués de la cinquième lettre d'un parent mécontent, Dumbledore observa un moment la silhouette courbée en deux qui griffonnait à toute vitesse à côté de lui. Redoutable cerveau que le sien, Edward lui réservait beaucoup de surprises. Même si l'un des ouvrages de Flamel était en latin archaïque, Edward ne semblait avoir aucun mal à le lire, il le feuilletait même comme s'il lisait dans sa langue natale. Vraiment redoutable. Et il avançait à allure soutenue, aussi.
En tout et pour tout, Nicolas lui avait légué six livres et Edward fut surpris d'en trouver un qu'il connaissait bien et dont il possédait déjà un exemplaire racorni à force d'être lu et relu des heures durant. L'exemplaire de « Coup de foudre ministériel » ne comportait aucune note, alors il le laissa de côté, le connaissant déjà par cœur. À part celui-ci, il commença par « Le livre d'Abraham le Juif » qui expliquait dans les grandes lignes le processus du « Grand œuvre », soit la fabrication de la pierre philosophale, sans en préciser l'ingrédient principal : les vies humaines. Même en cherchant un code ou des indices cachés, il ne trouva strictement aucune mention de ce secret et s'en réjouit.
Ensuite il enchaina avec « Livre des figures hiéroglyphiques » écrit par Flamel en personne. Ce n'était pas une copie quelconque que l'on pouvait trouver dans n'importe quelle librairie, mais bien le manuscrit original avec les brouillons, les remarques, les ratures et les hypothèses de l'écrivain. Sur le marché, ce paquet de papier devait valoir une fortune, alors il en prit grand soin. Toutefois, le contenu le déçut. Il traitait d'alchimie, certes, mais de la manière la plus théorique et même conceptuelle qui soit. Ce n'était presque pas de la science, à vrai dire.
D'ailleurs, il apprit rapidement que dans ce monde, l'alchimie n'était pas vue par la majorité comme une science. Selon certains, elle se situait entre la science, la religion et une espèce de quête spirituelle. Du grand n'importe quoi, en somme. Il s'était arraché des cheveux en lisant ce genre de discours sur ce qui avait rempli sa vie jusqu'à récemment.
Le propre de ce monde était de dire et de répéter inlassablement que l'alchimie n'était rien d'autre qu'une « erreur », une activité exercée par les charlatans dépeint comme d'obscurs arrogants se voulant mystérieux pour pas grand-chose. Mystérieux, mais bien sûr ! Dans chacun des livres qu'il avait lus, c'était la foire aux hypothèses farfelues écrites par des ignorants qui faisaient passer les vrais alchimistes pour des crétins congénitaux. Que ce soit l'Ouroboros comme symbole fétiche des alchimistes ou changer le charbon en or, rien d'autre ne ressortait vraiment du lot parmi leurs idioties. Il voulait bien admettre que l'Ouroboros revêtait une certaine importance (Envy en était la preuve et l'explication à lui tout seul) et que changer du métal en or était une activité sur laquelle il ne crachait pas dans les situations les plus désespérées, mais ce n'était pas tout ce qui leur importait !
Heureusement, tout n'était pas à jeter. Le livre de Flamel contenait quelques allégories qu'il put comprendre grâce à son expérience uniquement. Flamel avait notamment mentionné Père et la Vérité, mais par des métaphores tellement alambiquées qu'Edward eut bon espoir que le manuscrit récupéré par Croupton dans le cercueil serait assez bien crypté pour qu'il ne puisse rien en tirer. Il fit part de ce constat à Dumbledore qui s'en réjouit en gardant tout de même une certaine réserve. Mieux valait se montrer prudent et admettre que Voldemort détenait éventuellement le secret de la Pierre.
Finalement, Edward termina rapidement « Le livre de la composition alchimique » traduit de l'arabe par un moldu du nom de Robert Chester qui ne contenait pas grand-chose non plus. Là-dedans, tout n'était qu'allégories simples à traduire, sans rien contenir de trop sensible. Il n'y trouva rien d'intéressant même en l'étudiant à fond. L'exercice de décoder le roman de Xenophilius l'avait remis dans le bain, mais cette œuvre-là semblait littérale et sans double sens.
Fatigué, Edward abandonna ce livre sur le côté et relut ses notes les plus récentes avant de fermer son carnet et de s'étirer longuement en faisant craquer ses vertèbres. Il bâilla largement derrière sa paume avant de lever les yeux vers la fine horloge en argent présente à côté de Fumsec. Le phénix, paisible et habitué à sa présence, dormait sur son perchoir en se balançant légèrement d'avant en arrière. La place de Dumbledore était vide, il avait dû s'absenter sans qu'il remarque son départ. Le vieil homme recommençait à accorder une confiance aveugle...
Edward afficha un sourire désabusé avant de se lever pour dégourdir ses jambes engourdies. Il en profita pour contourner le bureau et aller ouvrir la fenêtre où il s'accouda un moment pour prendre un grand bol d'air.
Depuis la fuite de Croupton, tout semblait s'accélérer. Et les voilà à l'aube de la guerre. Ce moment qui leur avait semblé si lointain à leur arrivée dans ce monde se présentait maintenant à leur porte et dans une semaine tout au plus, tout serait bouclé. Voldemort serait de retour et il leur faudrait agir plus concrètement.
C'en était déprimant. Il s'était habitué à cette vie paisible d'étudiant à Poudlard. Même s'il y avait aussi des hauts et des bas et son lot d'embûches, il appréciait vivre ici. Savoir qu'il devrait quitter cet endroit le rendait nostalgique, et en même temps, il avait hâte de découvrir d'autres paysages et d'autres modes de vie parmi les sorciers. Ce monde Pré-au-lard-Poudlard-Chemin-de-traverse lui semblait trop étriqué pour son besoin de voyage et il mourrait d'impatience de trouver l'endroit où Envy et lui allaient établir leur « quartier général » pendant l'été.
– Bon...
Il soupira en quittant son poste d'observation du parc pour refermer la fenêtre et aller récupérer le prochain manuscrit duquel il devait s'occuper et que Dumbledore lui avait laissé de côté, sur un coin de son bureau. Dès qu'il eut l'épais volume sur les bras, il retourna à sa place, s'assit lourdement et feuilleta distraitement le livre pour en avoir un aperçu global du contenu. Visiblement, c'était un ouvrage à visée médicale bien différent de ce qu'il avait pu lire jusqu'ici. Des six livres de Dumbledore, il faisait partie de ceux qui ne parlaient pas d'alchimie, avec « Coup de foudre ministériel » et « Les contes de Beedles le Barde ».
Intrigué, Edward essaya de déchiffrer le nom de l'auteur qui n'apparaissait plus entièrement sur la couverture en cuir. En ouvrant à la page de garde, il haussa un sourcil. « Theophrastus Bombastus von Hohenheim dit Paracelse ». Le nom le fit immédiatement tiquer et il observa le manuscrit d'un autre œil. Si Flamel avait vraiment mis ces livres en particulier de côté pour lui sur la demande de la Vérité, le fait qu'un homonyme de son père y apparaisse devait avoir un quelconque sens. En tout cas, il avait attisé sa curiosité et il tourna la page de garde pour découvrir un texte ajouté à la main par Flamel. En ancien amestrian.
Edward écarquilla les yeux en lisant le paragraphe. Puis il sourit. Avant de se mettre à ricaner. Puis de partir en un grand éclat de rire qui étonna Dumbledore lorsqu'il revint dans son bureau.
Blasé, Envy plissa les yeux en remuant des moustaches sous les yeux amusés de ses trois traitres d'amis Gryffondors qui ricanaient de son malheur. Son malheur, car, collés à lui, Pattenrond et Greta le léchaient avec enthousiasme derrière les oreilles pour l'aider à faire sa toilette et il ne pouvait rien contre.
– Tu n'as vraiment pas de chance, se moqua gentiment Ron en prenant le fou de Harry. Tant de tendresse, c'est trop pour un petit cœur rabougri de Serpentard.
– Chut ! le reprit Hermione en lui faisant les gros yeux.
Heureusement, il y avait trop de bruit dans la salle commune pour que quiconque écoute leur conversation. De toute façon, seul le trio connaissait sa forme « animagus », qu'ils avaient acceptée depuis qu'ils pensaient dur comme fer qu'il l'avait gardée secrète sur ordre de Dumbledore afin de protéger Harry incognito et surveiller leurs ennemis sans se faire prendre. Ce qui en un certain sens était vrai, même si Dumbledore n'avait rien à voir avec tout ça et que c'était une initiative qu'ils devaient à Edward et lui.
Loin de tous les préparatifs pour le tournoi et de toutes les mesures prises pour sécuriser le château, Envy avait abandonné la surveillance de Rogue depuis qu'il savait qu'il n'était pas l'imposteur. À la place, il passait ses soirées dans la salle commune des Gryffondors. Autant pour éviter la compagnie de ses camarades Serpentards qui le regardaient de travers depuis l'article de Skeeter, que pour effectivement garder un œil sur Harry. Ce qui ne faisait que confirmer la théorie du trio de Gryffondors selon laquelle Dumbledore avait envoyé Edward et Envy les protéger depuis leur arrivée et qu'ils n'étaient pas de vrais élèves, mais des espions infiltrés ou des gardes du corps professionnels. Ils l'avaient pris pour parole sainte et avaient été confirmés par Sirius qui après avoir discuté avec Dumbledore, leur dit de leur faire confiance et assura qu'ils étaient de leur côté.
Envy se garda de les détromper, ça l'arrangeait bien, car de cette manière, ils arrêtaient de les voir comme des dangers et d'essayer de les piéger. À la place, ils se réjouissaient de sa présence constante à leurs côtés et profitaient également de celle de Greta qui accompagnait Envy où qu'il aille. Au début, certains Gryffondors la reconnurent et demandèrent ce que le chat d'un Serpentard faisait là, puis demandèrent d'où venait l'autre chat noir qui l'accompagnait, avant que le trio dise, en panique, que c'était celui d'Edward. Très vite, les Gryffondors s'habituèrent à ces deux présences et elles devinrent même une plaisanterie entre eux, prouvant qu'Envy était un sociopathe dont même son chat ne voulait pas. Bien sûr, la présence sous cette forme d'Envy créa quelques scènes cocasses qui renforcèrent sa complicité avec le trio.
– Sniffle m'a écrit une nouvelle lettre, lança Harry alors que Ron le mettait échec et mat. Lui non plus ne veut rien me dire sur ce qu'il se passe...
Envy haussa les épaules face au regard de léger reproche du garçon.
– C'est normal, répondit Hermione. Tu ne peux pas aider et Dumbledore s'occupe déjà de tout. En plus, tu as déjà assez de souci à te faire avec la troisième tâche qui approche.
– Cette fois j'ai vraiment fait tout ce que je pouvais pour me préparer ! répliqua Harry, confiant. Et puis c'est la dernière épreuve, après ce sera terminé. Je ne vois pas comment ça pourrait mal se passer.
Battant nerveusement de la queue, Envy croisa les pattes devant lui avant d'étirer le cou pour y poser sa tête, confortablement coincé entre les corps chauds et ronronnant de Pattenrond et Greta. Il aurait bien voulu dire à Harry ce qu'il se passait dans les coulisses du tournoi, mais Edward autant que Dumbledore l'en avait dissuadé. Leur manie du secret s'était grandement développée depuis les fuites dans la presse avec l'article de Rita Skeeter qui les avait dévoilés au grand jour. Autant dire qu'Harry comme Envy avaient hâte que leur dernière tâche soit passée et qu'ils puissent mettre ce tournoi derrière eux.
Du coin de l'œil, Envy capta le regard insistant de Ron peser sur lui et le fusilla des yeux. Le Gryffondor rosit des joues et du front en détournant la tête avec un raclement de gorge.
– Quoi ?
Harry, Hermione et Ron sursautèrent en entendant sa voix irritée et ils regardèrent brusquement tout autour d'eux pour s'assurer que personne n'avait entendu. Quand leur vérification les eut rassurés, ils fixèrent Envy avec reproche. Lui, de son côté, battait de plus en plus furieusement de la queue et même ses deux amis félins finirent par s'éloigner.
– Je...
Ron s'interrompit, plus embarrassé qu'auparavant.
– Je pensais que tu avais l'air vachement doux, en fait, avoua-t-il, rouge brique. C'est difficile de se retenir de toucher... D'ailleurs je me demande bien comment Ed fait s'il te voit souvent comme ça.
– Tu as l'esprit vraiment mal placé, commenta Harry avant de chuchoter. C'est quand même Envy ! Tu ne peux pas vouloir le caresser !
Les rougissements de Ron s'intensifièrent et il croisa les bras, vexé, en voyant le sourire étrange d'Envy alors que son mécontentement s'apaisait. Hermione ne pouvait s'empêcher de lui trouver une ressemblance frappante avec le chat du Cheshire lorsqu'il affichait de telles expressions faciales humaines sous sa forme animale.
– Ed l'a déjà fait, c'est ça ? comprit Hermione, amusée.
Envy hocha le museau en affichant un plus grand rictus qui découvrit ses petites canines.
– Oh non les gars, c'est vraiment bizarre, se plaignit Ron en se bouchant les oreilles. Je ne veux pas avoir cette vision !
J-7 avant le Grand Jour et le château grouillait d'activité, que ce soit visible ou non. D'un côté, il y avait Dumbledore, Rogue et Edward, puis de l'autre, l'équipe professorale et les Aurors qui redoublaient de vigilance au cas où l'imposteur — le ministère refusait toujours catégoriquement qu'il soit Croupton Junior et encore plus que Voldemort ait une quelconque implication — reviendrait pour saboter la troisième tâche. Que ce soit les invités, les familles, les juges, les professeurs ou toutes les personnes entrant et sortant du château, toutes étaient vérifiées rigoureusement. Les contrôles d'identité aléatoires et arbitraires s'échelonnaient à fréquence de plus en plus soutenue et le raz le bol général s'en ressentait grandement. Les élèves vivaient mal cet état d'alerte et tentaient toutes les folies pour enfreindre les règles afin de ne plus avoir l'impression constante d'être épiés et contrôlés.
Les trajets entre chaque cours, qui au départ se passaient dans un calme relatif à des collégiens, finirent par ressembler à un troupeau bruyant et dispersé d'élèves souhaitant plus de liberté. Les professeurs avaient de plus en plus de mal à restreindre leur impatience et à calmer leurs ardeurs. Les jumeaux Weasley étaient les pires et Edward se réjouissait de ne pas partager leur classe. Autour de lui, ses camarades de Serdaigle l'ennuyaient assez comme ça, en plus de continuer à le regarder de travers à cause de Skeeter.
Le professeur Chourave abandonna finalement le groupe de Serdaigles de quatrième année devant leur salle de défense contre les forces du Mal où les Serpentards les attendaient déjà en compagnie de leur professeur de remplacement : l'Auror Gurdjieff. Il le connaissait déjà pour l'avoir rencontré à deux reprises l'an passé, en plus d'avoir eu le contrôle de l'enquête sur Croupton à ses débuts, et il l'aimait toujours aussi peu. L'Auror semblait rendre ce sentiment au moins aux Serpentards et plus particulièrement Envy dont il savait beaucoup de choses, ayant fait partie à plusieurs reprises d'enquêtes le concernant. À part ce désagrément, il se révéla expert en sa matière et prit avec brio le flambeau du faux Maugrey.
– Aujourd'hui nous allons faire un exercice plus pratique, annonça-t-il dès qu'ils furent tous présents pour leur dernier cours de l'année avant les examens.
Suite à cette entrée en matière enthousiasmante, il leur expliqua le but de ce cours qui consisterait à s'entraîner aux duels sorciers, car selon la direction, ils manquaient de pratique. Sans qu'il le sache, l'initiative venait originalement d'Envy qui avait pensé que cette excuse permettrait aux jeunes d'apprendre à se défendre pour la guerre qui approchait. L'idée avait paru excellente à Edward qui l'avait transmise à Dumbledore le jour même. Il se réjouissait du souci de son prochain qui avait secoué pour une fois son ami Homonculus.
– Mettez-vous en duo, demanda Gurdjieff. Nous ne voulons aucun blessé. Vous ne devez que désarmer ou bloquer votre adversaire. Allez-y, commencez.
Edward leva les mains au ciel, vides de toute baguette, tandis que face à lui Envy sortait la sienne avec un sourire narquois.
– Je ne vais quand même pas me battre à mains nues ! s'exclama Edward en interpelant le professeur. Au cas où vous l'auriez oublié, c'est vous qui avez ma baguette.
Gurdjieff lui jeta un regard froid et calculateur avant de s'approcher de lui en plongeant sa main dans sa poche pour en ressortir la baguette confisquée. Distraitement, il commença à jouer avec en l'observant avec attention sous le regard noir d'Edward.
– On m'a autorisé à vous la rendre, annonça-t-il visiblement avec une idée derrière la tête. J'ai hâte de vous voir à l'œuvre.
Le nez froncé, Edward prit la baguette d'un geste brusque avant de tourner les talons pour rejoindre Envy en évitant les sorts fusant entre les Serdaigles et les Serpentards qui s'amusaient à s'envoyer des maléfices vicieux pour se défouler. Avant d'avoir sa baguette en main à nouveau, il ne s'était pas rendu compte qu'elle lui manquait autant. C'était étrange de penser qu'un simple morceau de bois puisse lui faire ressentir un tel sentiment.
Finalement, il semblerait qu'il doive quand même passer les examens pratiques de fin d'année. D'après le sourire moqueur d'Envy, il se réjouissait de son semi-malheur.
Prêt pour leur duel, Edward lança un premier sortilège cuisant à Envy qui était sur le point de le provoquer.
La lutte qui s'en suivit fut loin d'être glorieuse. Leur puissance magique n'avait jamais été dans la moyenne, mais quand en plus ils devaient l'utiliser en même temps, et a fortiori l'un contre l'autre, le résultat était pitoyable et leur combat ridicule. Au bout de quelques sortilèges, leur jauge de magie était si basse qu'ils ne réussissaient plus qu'à s'envoyer quelques étincelles de couleur. Autour d'eux, les Serpentards furent les premiers à ricaner en les observant fréquemment, puis ce furent les Serdaigles qui ne purent plus s'empêcher de se moquer, bien qu'en se montrant plus discrets. Gurdjieff observa leur manège de loin avant de traverser la salle pour venir les apostropher.
– Qu'est-ce que vous fabriquez tous les deux ? Je vous ai demandé de faire un exercice, il me semble.
– On le fait ! s'exclama Envy avec assurance malgré le faible crépitement qui sortit de sa baguette au même moment.
– Vous vous fichez de moi ! s'écria Gurdjieff qui perdait visiblement son calme à vive allure. Faites un effort ! On n'est pas premier au Tournoi des Trois Sorciers si on ne sait rien faire de sa baguette !
– Je suis ex aequo, rétorqua Envy avec un sourire en coin. Et puis qui vous dit que je ne sais rien faire avec ma baguette ?
Son haussement de sourcil plus son ton aguicheur firent perdre tous ses moyens à Edward qui en lâcha presque sa baguette. Envy profita de cette ouverture pour lui lancer un sortilège qui le frappa de plein fouet dans le ventre. D'abord, le blond ne sentit rien, puis le sort vicieux fit effet et soudain, dans un couinement amusant, tout son visage disparut sous d'énormes touffes de poils. Ses cheveux poussèrent jusqu'à toucher le sol, une barbe et une moustache apparurent et lui arrivèrent bientôt jusqu'aux genoux, alors que ses sourcils semblaient vouloir les imiter.
Ravi de son effet, Envy se bidonnait, et son rire était assez communicatif pour que le reste de la classe s'y mette également, vite suivi d'Edward dont le rire se retrouva étouffé par ses poils. Amusé malgré lui, il jeta sa barbe par-dessus son épaule avec fierté. Sous le regard dépité de Gurdjieff, le reste du cours se déroula dans l'anarchie la plus complète.
Au dîner, Edward avait perdu son surplus capillaire et était rasé de près. Quelques ricanements le suivaient toujours sur son chemin, mais il ne les prenait pas mal. Après tout, lui aussi avait trouvé la plaisanterie d'Envy amusante. D'ailleurs, ce dernier était toujours en train de rire quand il le salua en arrivant dans la Grande Salle. Bon rieur et heureux d'avoir passé une après-midi dans une bonne humeur comme il n'y en avait plus eu depuis longtemps, Edward invita son ami Serpentard ainsi que Viktor à venir dîner à la table des Serdaigles avec Luna et lui. Enfermés dans leur bulle, ils passèrent un très bon moment qui sentait la fin d'année scolaire et le temps des adieux.
Leurs conversations superposées ressemblèrent à un fouillis indescriptible. Entre Envy qui ne se lassait pas de décrire son exploit, Edward qui clamait qu'il l'avait touché en traitre, Viktor qui se moquait de lui en imaginant la tête horrifiée et terrifiante de Pomfresh et pour terminer avec Luna qui partageait sa déception à la disparition des poils dont le surplus attirait une créature dont personne ne connaissait l'existence.
Au moment du dessert, Hermione, Harry et Ron vinrent se joindre à eux, le dernier en s'installant à l'opposé de Krum. Cet intermède d'union entre maison et école fit le plus grand bien à Edward qui n'avait plus beaucoup l'occasion de voir ses amis ces derniers temps.
– Votre attention, s'il vous plaît, demanda Dumbledore qui s'était levé à la table des professeurs.
Intrigués et méfiants – les annonces du directeur étaient rarement de bonnes nouvelles cette année –, les élèves se turent.
– La fin d'année approche et les beaux jours sont revenus avec de bonnes températures. Ainsi, après moult demandes et réclamations, j'ai décidé en accord avec le Bureau des Aurors de mettre en place des heures de surveillance dans le parc afin que vous puissiez profiter –
Le reste de son discours se perdit dans les exclamations de joie et d'euphorie. Certains s'étaient même levés pour l'applaudir et les professeurs paraissaient heureux de leur réaction. Edward sourit en coin en voyant ses amis déborder d'enthousiasme et de soulagement à l'idée de pouvoir voir le soleil autrement que derrière une fenêtre.
Le lendemain était un samedi et les premières heures de sortie avaient été affichées dans les salles communes. Elles étaient tellement attendues que trente minutes avant l'ouverture des grandes portes, une masse s'y agglutinait déjà pour profiter de leur week-end avant les examens finaux qui commenceraient dès lundi, à leur plus grand malheur. Que ce soit buses ou, aspic, tout le monde souhaitait s'en distraire le temps de quelques heures et pour cette raison, il fut difficile pour Envy et Edward de se trouver un coin tranquille. Finalement, ils abandonnèrent après que McGonagall – qui surveillait le parc avec d'autres professeurs et quelques Aurors – leur ait demandé de ne pas s'éloigner du terrain protégé.
En désespoir de cause, ils décidèrent qu'il valait peut-être mieux rester au milieu de la foule afin que personne n'essaie d'écouter leur conversation en trouvant leur comportement étrange. De toute manière, par réflexe, Edward avait imposé qu'ils parlent en amestrian dès qu'ils aborderaient des sujets qui ne devaient pas être entendus, même s'ils croyaient être seuls. Dès que son amnésie s'était dissipée, il s'était en effet souvenu de la conversation auquel le trio avait assisté et il n'en avait toujours pas parlé avec Envy et n'en avait pas l'intention. Ça ne ferait que des dégâts et il préférait éviter le conflit. Heureusement, Envy ne lui demanda pas la raison de sa nouvelle lubie et pensa certainement que c'était à cause des Aurors.
En bras de chemise et les mains chargées de sucreries offertes par les elfes de maison, ils prirent une place dans l'herbe et Edward lui résuma les avancées de l'enquête. La chasse à l'imposteur persistait et les avis de recherches pullulaient un peu partout. Le coupable de la tuerie en France était lui aussi toujours en cavale et n'avait pas été identifié. En outre, le ministère refusait encore catégoriquement que le coupable soit Croupton Junior, même si le Bureau des Aurors n'avait pas complètement abandonné cette piste. Ils l'envisageaient même de plus en plus selon Dumbledore, et encore plus depuis le matin même, car pour vérifier avec certitude que Croupton Junior soit bien mort, ils avaient ouvert sa tombe de fortune dans les champs qui entouraient Azkaban.
Résultat : ce n'était pas lui. Après vérification magico-légale, les experts en étaient arrivés à la conclusion que le corps qui avait reposé là pendant près de treize ans était celui d'une femme, et qu'en plus, c'était un membre de sa famille. Il n'en fallut pas plus aux enquêteurs pour comprendre qu'ils devaient vérifier le cercueil de Mrs Croupton, ce qu'ils effectuèrent aussitôt, pour le découvrir vide. La théorie qu'Edward avait soumise dans sa déposition officielle fut donc approuvée après approfondissement. Le chef d'enquête en conclut que Mr Croupton avait effectivement fait s'échapper son fils lors de sa dernière visite à Azkaban et que Mrs Croupton avait échangé sa place avec lui pour lui permettre de sortir de sa geôle.
Le doute s'installait doucement dans les rangs des Aurors qui se demandaient si les allégations du ministère n'étaient pas qu'un tissu de mensonges et qu'il avait seulement désiré faire passer Edward pour un fou paranoïaque afin d'étouffer la vérité. Dans une branche officieuse de l'enquête, certains agents avaient été appelés à vérifier tous les faits du témoignage d'Edward point par point. On ne savait jamais, peut-être la vérité se trouvait-elle réellement dans ce document qu'ils possédaient depuis tout ce temps. Edward avait appris la nouvelle par hasard en surprenant une discussion qu'il n'aurait pas dû, caché dans son coin du bureau de Dumbledore.
En tout cas, les choses bougeaient dans le bon sens, même si trop lentement à son goût. Seul le témoignage de Winky pourrait dévoiler la vérité au grand jour, mais elle restait introuvable et personne n'avait grand espoir qu'elle réapparaisse un jour. Étant donné sa dépression et son alcoolisme, elle devait déjà être morte quelque part. Capturer Croupton restait la seule alternative, afin de lui faire avouer ses hypothétiques crimes et ses objectifs. Pourquoi s'être fait passer pour Maugrey ? Entrer dans Poudlard ? Pour quel motif ? La théorie sur Voldemort restait en bas de liste. Celle qui consistait en l'objectif final de venger la mort du mage noir en tuant Harry Potter tenait une bonne place. Dumbledore leur avait bien dit que ça n'avait aucun sens et qu'il avait déjà eu de nombreuses occasions de le tuer sans procéder. On l'envoya paître en disant que ce n'était pas à lui d'enquêter et que lui ferait mieux de s'occuper de la sécurité de ses élèves.
