Playlist

« Kids in the corner » Amber Van Day

« Her joy was complete » Sleeping at last

« Ocean » Seafret

« Lights up » Harry Styles

« Piece of you » Shawn Mendes

« Flicker » Canyon city

Point de vue d'Aurore

Le musée d'Histoire naturelle tient ses promesses.

J'ai l'impression d'être dans un autre monde.

L'Histoire des Etats-Unis y est répertoriée mais pas que, ce sont plusieurs civilisations qui y sont montrées.

Mais ce qui nous intéresse c'est le Planétarium.

Le monde des étoiles. L'univers.

« Quand le cœur de l'étoile cesse de briller, sa nébuleuse se fond dans l'obscurité après 30 000 ans d'existence » lis-je sur une pancarte.

Dire que les humains les croient éternelles. Elles illuminent le ciel quand il n'y a pas de nuages pour les cacher. Elles symbolisent quelque chose. Je ne connais aucun vampire qui a vécu suffisamment longtemps pour voir naître et mourir une étoile. Sans doute que les vampires ne peuvent vivre aussi longtemps. Je sais que nous pouvons mourir de chagrin ou alors si un vampire dangereux nous met la main dessus. Elles ne sont pas éternelles. Si 30 000 ans est une longue période pour les humains qui meurent bien avant et que des générations se succèdent. Pour elles, il s'agit peut-être d'une fraction de seconde ou d'un battement de cils pour nous qui sommes destinés à être immortels aussi.

« Elles se transforment en un feu d'artifice après avoir consommé la totalité de leur combustible nucléaire » lis-je sur une autre.

Elles n'existent plus.

Elles se fondent dans l'obscurité de la galaxie.

Les autres étoiles continuent de vivre. Mais cette vie n'est pas éternelle.

C'est triste de se dire qu'après avoir brillé pendant autant d'années, une étoile meurt définitivement. Ses ressources ne sont plus suffisantes. Idem pour les vampires, sans hémoglobine.

Elles vivront plus que moi. Je ne connais aucun vampires millénaires. Je me demande à quoi ressemblent leur vie.

Les murs noires sont illuminés par des milliers de points lumineux, comme un ciel étoilé.

« La voie lactée » pensais-je.

L'atmosphère de la pièce est apaisante. On se sent bien ici. Les gens prennent le temps de regarder autour d'eux. Les illuminations murales au fond de la pièce captivent le regard des spectateurs. Céleste découvre le musée. Elle est aussi captivée que les autres visiteurs. Ses yeux grands ouverts se posent sur toutes les animations.

Matt lie ses doigts aux miens et je ne peux m'empêcher d'esquisser un sourire. Ce contact me rassure.

Cette journée promet d'être unique pour tous les quatre. C'est une belle surprise. Il a prévu de venir ici depuis un moment apparemment et comme il n'est pas de garde ce soir, sauf si bien sûr l'hôpital l'appelle en urgence il ira travailler. En attendant, il est à mes côtés au musée.

Autant dire que sa main entremêlée à la mienne me donne le sourire. Je ne vais pas le cacher. Il ne me lâche pas et de loin, je vois nos deux amies captivées par le lieu. Il faut dire qu'il y a de quoi, je suis heureuse d'être ici. Je me mets à penser que Céleste doit s'interroger sur l'origine de son prénom en voyant toutes ces constellations. Elles nous entourent et elles sont si belles. Je comprends pourquoi Matt a eu envie de venir. J'ai eu de très bons retours et à force de consulter uniquement le site Internet, la réalité est dix fois mieux. Nous avançons jusqu'à une salle obscure où nous sommes plongés dans l'univers.

« La Lune » annonce une voix grave une fois que la salle est silencieuse. « Notre satellite naturel depuis la création de la planète Terre. Elle guide à la fois les bateaux dans la nuit noire comme un phare et elle maitrise les marées ».

La voix grave se lance dans des explications tout en projetant des animations via l'écran qui nous entoure. J'ai vraiment l'impression d'être projetée dans l'espace. Je pourrais y croire si la main de Matt n'était pas liée à la mienne à cette même minute. Je ressers ma prise autour de la sienne. Je me laisse convaincre par la beauté des images spatiales qui défilent sous nos yeux. Aucun regret d'être venu ici. Tout comme le reste de la salle, je me laisse captiver par les explications accompagnées des animations et des photos qui défilent. J'ai l'impression d'être une enfant. Redécouvrir certaines choses me fait tout drôle en sachant que l'humanité m'a quitté depuis quasiment un siècle, c'est beaucoup trop déstabilisant d'y penser là maintenant. Ce n'est pas le moment d'être nostalgique de mon ancienne vie qui a été douloureuse en plus. J'ai longtemps cru que mes jours seraient cachés par des nuages. Depuis la première éclaircie à mon arrivée chez les Cullen, je me sens complète. Au sein d'une famille. C'est dans des moments simples que je prends conscience de ma chance, même si c'est le cas depuis longtemps. Le fait est que je me sens toujours un peu anxieuse sur le sujet. Une onde apaisante me calme. Matt ressert toujours ses doigts aux miens et quand mon regard croise le sien, il me sourit. Tout va mieux. Il est capable de chasser des mauvaises pensées liées à de mauvais souvenirs en quelques secondes. Il est mon éclaircie.

Je compte bien sur les prochains siècles pour la garder précieusement au-dessus de ma tête. Je me rapproche un peu plus de lui jusqu'à poser ma tête contre son épaule.

Les images de la Lune sont diffusées sur l'écran. On voit différent points de vues d'elle. La caméra fait un zoom où on voit une partie du sol lunaire avec la planète Terre au second plan, un peu floue de manière à ce que l'on garde l'œil sur son satellite.

Le film se termine. Je me redresse un peu en constatant que les gens commencent à se lever puis à quitter la salle. C'est une salle de cinéma dédiée à l'espace. Je pourrais y passer toute la nuit. À les regarder sans me lasser. La cerise sur le gâteau serait de le faire avec Matt. Je me lève du siège. Bella me sourit, Céleste s'étire et Matt me précède dans l'allée.

« Tu n'as pas envie de sortir ? » me demande t-il quand je fixe l'écran sans bouger.

Ses yeux ambres me regardent avec bienveillance et je prends la pain qu'il me tend. Je crois que cette courte parenthèse m'a transporté ailleurs. Les astres eux ne bougent pas. Nous non plus. Être condamné à ne pas bouger pour l'éternité. Notre esprit évolue sans arrêt mais notre corps est encore intact.

Une fois en dehors de la salle, la lumière nous éblouie un peu. Heureuse d'avoir vécu cette expérience. Vu l'heure, je suppose que notre amie Bella a faim. Souvent, j'oublie les horaires des repas.

Assis à une table, Céleste tente d'apprivoiser un muffin, Matt semble se réchauffer les mains autour d'un café à emporter, Bella croque dans un sandwich et moi je me contente de regarder mon adorable famille. Cette image me réchauffe mon cœur techniquement froid et sec de vampire. J'en profite.

Quitter mon appartement new-yorkais est comme un soulagement. Non que je n'aime pas cette ville, elle m'a quand même offerte une opportunité de faire un stage ici. De plus, Matt a passé quelques mois avec moi et je comprends définitivement que sa présence m'est indispensable. L'avoir dans la même pièce que moi, sentir son odeur de menthe, ses petites attentions quand il rentre de sa journée d'internat.

Son regard est comme attendri quand il sonde la table, comme une famille. Cette image me fait sourire. Je me sens comme une humaine qui aurait un mari et des enfants sauf que ce sont des sœurs, des amies, Matt ne m'a pas encore passé la bague au doigt alors. J'attends ce jour impatiemment. L'idée que le cadre ne puisse pas être un lieu très intéressant pour une demande ne m'effleure pas l'esprit. Ce serait encore plus romantique d'être sous les étoiles en réalité ou sous une aurore boréale. Cette idée me donne des frissons. Des idées aussi. Mais je les garde pour moi.

Bella jette le papier de son repas dans la poubelle ainsi que les autres gobelets vides.

« Il reste encore le système solaire ? » dit-elle en analysant le dépliant du musée.

« Oui, à moins que tu ne veuilles voir autre chose ? ».

« Les nébuleuses m'intriguent ».

« Allons voir les nébuleuses alors » répond Matt.

Le pavillon dédié aux nébuleuses est comme le reste, plongé dans le noir où seuls les lumières composent un ciel étoilé qui contraste avec les couleurs vives allant du violet au bleu en passant par le jaune.

L'univers est fascinant.

Les couleurs sont incroyables aussi.

« Pourquoi je m'appelle Céleste ? ».

D'un côté, je m'attendais à cette question et d'un autre côté, vu le contexte de notre sortie du jour, cela me semble logique. Sa question semble anodine pour les humains qui nous entoure mais pas pour nous. Céleste a été en recherche de ses origines et on a été prise par l'émotion la première fois que je lui ai parlé. J'ai répondu à certaines de ses questions tout en me plongeant dans le passé. Mais il reste des zones d'ombres. Répondre à ses interrogations n'a pas été facile.

Matt me regarde tendrement et m'encourage à formuler une réponse. Bella se tient à côté de Céleste. Elle connait la vérité sur le sujet, je sais qu'elle apprécie de l'entendre à nouveau. Devant le visage incrédule de Céleste, il est temps de lui répondre.

« Parce que je t'ai trouvée sous un magnifique ciel étoilé. La voute Céleste au-dessus de ta tête. Ce prénom m'a paru évident » dis-je simplement.

« J'étais un bébé calme ? ».

« Très calme et adorable ».

« Tu as eu cette idée tout de suite ? ».

« En trois minutes ».

Satisfaite des réponses données, Céleste tend ses doigts avec un sourire aux lèvres, elle n'hésite pas à lier les siens aux miens. Les contacts physiques restent rares entre nous. Ils sont pourtant pleins de sens. Notre lien est unique. À près tout, elle pourrait être ma fille. Cette pensée ne me chagrine pas. Si j'avais pu la garder plus longtemps auprès de moi, elle aurait vécu sans crainte des autres sauf que je suis un vampire et non une humaine. À l'époque, mon instinct de chasseuse aurait pris le dessus. Il aurait suffit de pas grand chose et je le savais. Jamais je n'aurais fait de mal à Céleste. À l'époque, je n'étais pas capable de m'en occuper sans avoir la peur constante que ça ne dérape. Être un vampire ne facilite pas les choses. Il aurait fallu pour que je puisse m'occuper d'elle, être sans cesse sur mes gardes quant à ma consommation d'hémoglobine. Mais le passé ne peut être changé. Céleste vit avec moi maintenant, enfin presque. C'est désormais le plus important. Ses doigts ressers les miens avec tendresse. Mon cœur froid se réchauffe un peu.

Je perçois une once d'humanité qui veut bien rester.

Je suis heureuse d'avoir pu conserver cette part d'humanité.

De plus, avec la présence de Bella avec moi m'a fait comprendre que mes instincts peuvent être enfouis et ne jamais faire surface en sa présence. Je me suis surprise de m'être contrôlée aussi bien. Une part de fierté se ressent aussi. J'apprécie la compagnie de Bella, elle est une amie fidèle et j'aime répondre à ses questions. Elle me fait rire. Comment lui reprocher sa maladresse sachant que c'est ce qui a fait craquer Edward à son sujet. C'est ce qu'elle est, maladroite et on a envie de la protéger. En l'ayant avec moi depuis quelques mois, je dois avouer avoir penser à ma douce Céleste encore humaine quelques décennies auparavant et bien plus jeune que mon amie Bella. J'ai pensé à son humanité, à la chaleur du corps de Céleste contre ma peau pour l'endormir ou la calmer les nuits où le sommeil ne voulait pas d'elle, quand les larmes de crocodiles coulaient le long de ses belles joues roses rebondies et douces de bébés. Je suis heureuse et reconnaissante d'avoir eu cette improbable opportunité pour un vampire et non en tant que vampire mais en tant que jeune femme. Je mets de côté ma nature vampirique. Au moins, j'ai prouvé que j'ai pu me contrôler. Ma vie est faite ainsi. Contrôler ma soif à chaque instant sans manifester quoique ce soit. Si Céleste m'a retrouvé, il s'agit d'un énorme coup de chance et de volonté. Je suis heureuse de passer le plus de temps possible avec elle. De retour à la maison, elle sera scolarisée au lycée de Forks avec Bella. Au moins, elle sera rassurée de savoir que notre humaine préféré sera dans la salle de cours d'à côté. Ce sera une occasion pour Céleste de se familiariser avec son nouvel environnement. Et puis, nous allons aussi retourner au lycée d'ici quelques temps. Ainsi, je serais avec Céleste sur les bancs de l'école.

« Merci » murmure t-elle en me prenant dans ses bras.

« Regarde ».

Cette nébuleuse est si colorée. D'après la pancarte explicative, il s'agit d'une nébuleuse diffuse. Les couleurs de celle-ci varie du bleu profond au centre jusqu'au contour jaune aux nuances orange. Je suis toujours éblouie par le travail de la Nature. Je suis un être immortel et pourtant, je me sens si petite face à l'univers.

Je suis aussi captivée que Céleste et Bella face à l'exposition temporaire sur les nébuleuses.

Cette sortie est l'occasion rêvée de passer une belle journée avant de rentrer à Forks. La vie de famille me manque. J'ai entendu Matt parler à Carlisle l'autre jour. Il lui demandait des nouvelles de la maison. Apparemment ça va. Ils me manquent tous. Même les regards exaspérés de Rosalie et ses sautes d'humeurs. Il faut apprendre à passer au-dessus avec le temps. Je n'ai pas écouté le reste de la conversation.

En attendant la fin de la journée, il ne reste qu'une exposition temporaire très courte. Bella n'exprime pas sa fatigue mais je la devine. Elle ne veut même pas la montrer car Céleste a les yeux brillants comme une enfant un matin de Noël. Elle n'a jamais été au planétarium alors je présume que c'est positif et qu'elle a pu en profiter. Elle a l'éternité pour faire le tour du monde, découvrir le monde. Je rêve de partager des anecdotes de voyage avec Céleste. Dormir avec elle à la belle étoile, escalader une montagne, faire une bataille de boule de neige. On ne pourra aller dans les pays où le soleil est fréquent au risque de « briller comme des paillettes » en plein soleil ou comme des « diamants » comme le dit si bien Edward.

Céleste aura besoin de vivre telle une adolescente avec un esprit mature pour son âge. Connaitre le lycée sans connaitre les études supérieures autrement que via nos cours respectifs. Il est évident que Rosalie va lui léguer ses cours de Droits, Jasper ses cours d'Histoire, probablement Matt va lui donner ses cours de médecine. Ce sera une jeune fille très intelligente. Je meurs d'impatience de pourvoir réaliser un tas de projets avec Céleste. Rien que d'y penser, mon cœur froid se réchauffe. Je me projette. Grâce à Céleste, j'ai des perspectives. C'est ce qui m'a manqué pendant longtemps. Céleste est émerveillée par beaucoup de choses. C'est ce qui me rend heureuse et être présente me soulage car elle est comme en sécurité avec moi. Je prête plus attention à l'exposition qui conclue la fin de cette belle journée au planétarium avec Matt, Céleste et Bella.

Sur le chemin du retour à l'appartement, une patinoire extérieure est installée à Central Park. Même si les températures sont plus douces qu'en hiver, la soirée se rafraichie et Bella ne quittera pas sa veste. À côté de trois vampires qui ne craignent pas le froid, Bella est bien plus frileuse.

« Ça vous dit de patiner avant de rentrer ? Juste une heure » demande Matt enthousiaste.

Devant un tel enthousiaste, je ne refuse pas son invitation. Bella est plus réticente à cause du froid et Céleste ne semble pas convaincue car elle n'a jamais fait de patinage auparavant. Avant d'enfiler nos patins, nous restons quelques minutes à regarder d'autres personnes sur la glace. Il y a trop de monde et il y aura plus d'espace sur la glace un peu plus tard. Céleste place ses mains sur la rambarde et regarde les gens glisser sur la glace artificielle avec plus ou moins de facilité. Céleste reste solidement accrochée à la rambarde. Aucun risque de se casser un os. Je peux être soulagée de cette inquiétude. Trois vampires pour surveiller notre amie Bella n'est pas de trop. On sera assez attentifs pour éviter la moindre chute et une soirée aux urgences si la chute est grave.

La musique en guise de fond sonore est digne d'une histoire de Noël. Même si je ne ressens pas les changements de températures de la même manière que Bella, j'apprécie la douceur du printemps. J'ai laissé tomber les manteaux d'hiver avec plaisir. Déjà porter un simple pull est étouffant parfois, j'ai hâte de retrouver mes robes d'été.

« Elle se débrouille bien » me dit Matt avant d'entrer sur la glace.

Bella s'est déjà lancée avec Céleste. Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée que Bella tienne les mains de Céleste pour l'aider à garder son équilibre. Si Bella tombe, elle va se casser quelque chose. Si Céleste tombe, elle n'aura rien. Autant dire que je m'inquiète davantage pour Bella qui risque de se rappeler longtemps d'une chute sur la glace. De plus, j'entends d'ici les reproches d'Edward. Mon frère est très protecteur envers Bella. Je crois qu'il est autant que les autres le sont envers leur moitié. Matt serre ma main dans la sienne, m'amène ensuite sur la glace. Depuis le temps que je voulais renouveler l'expérience. Le sentiment de liberté quand on glisse sur la glace est génial. Je détache mon regard de Bella pour reporter mon attention sur le beau vampire qui me fait face. Ses mèches blondes bouclées virevoltent dans l'air et il est très mignon avec son chapeau sur la tête. Dommage que l'hiver soit terminé, je l'imagine déjà avec un pull de Noël dans un environnement enneigé sur la glace. Mais je sors de ma rêverie. Une musique de Noël résonne dans la patinoire.

« J'espère qu'elle te tombera pas ».

« Céleste va la rattraper » rit-il.

« Une chance que nous soyons trois pour la protéger ».

« Les points de suture de la dernière fois ne sont plus qu'un vague souvenir. Je fais des merveilles donc elle se débrouillera très bien sur la glace. Céleste la surveille quand nous pouvons patiner à deux » sourit-il.

« Ne te moque pas de sa maladresse, si Edward apprend qu'elle est tombé sur la glace je suis mal » dis-je en hésitant entre le rire et l'embarras.

« Mon frère aura le droit à des explications, rien de plus ce sera une affaire réglée ».

« Laissons les s'amuser ».

« Tu as déjà fait du patinage avant ? ».

« Il y a longtemps ».

Un souvenir me vient en tête.

Enfants, nous avions pu nous échapper une fois.

Je me demande encore comment un siècle plus tard. Nous avions enfilé un manteau trop fin pour l'hiver mais le jeu en a valu la peine. À côté de l'hôpital, il y avait un lac qui gelait chaque hiver et la pellicule de glace était suffisamment épaisse pour ne pas se briser sous notre poids. Nous n'avions pas de patin à glace comme aujourd'hui à l'époque, on glissait sur la glace avec nos chaussures. Les débuts furent un peu hésitants mais le plaisir a rapidement pris le dessus.

« On va bien s'amuser » affirmait Alice impatiente de glisser sur la glace.

Déjà à l'époque, ses visions étaient précises.

Elle ne les exprimaient pas face au personnel et très peu auprès des autres enfants, exception à deux d'entre eux avec qui nous avons perdu contact depuis. Nous n'étions pas les seules malheureusement à avoir ce type de dons. La vérité ne devait pas sortir des murs de l'hôpital.

J'entendais les encouragements d'Alice à la rejoindre sur la glace. Le froid environnant nous donnait des frissons et nos joues devenaient rouges. Nos corps tremblaient mais ça nous importaient peu face à la joie ressentie toutes les deux au moment présent.

Une once de bonheur.

Je m'en souviens quasiment un siècle plus tard.

Un sourire triste me traverse le visage.

La voix de mon beau vampire résonne.

« Quelque chose ne va pas ma belle ? Tu as eu un flashback ? ».

« Je repensais à un souvenir heureux ».

« Oh lequel ? ».

« Ma sœur et moi, en train de patiner comme on pouvait sur la glace, en évitant nous aussi la chute » dis-je en jettent un œil à Bella et Céleste.

« Il faisait froid ? ».

« Assez pour claquer des dents ».

« Un joyeux souvenir alors ? ».

« Oui comme aujourd'hui ».

« J'en suis heureux ma belle ».

Passer un peu de temps à la patinoire fut une belle idée. Je suis un peu nostalgique du souvenir que je viens d'avoir. Mes flashbacks m'ont laissé tranquille pendant un moment. Ce n'était pas plus mal car ce sont en majorité des souvenirs douloureux. Mais revoir ma soeur sur la glace, le sourire aux lèvres m'a fait du bien. Je mesure aussi le chemin parcouru. Depuis toutes ces années, nous avons toutes les deux pris conscience que les souvenirs sont renouvelables. Même si notre vie a été marquée par notre séjour à l'hôpital, l'éternité qui nous a été servie sur un plateau a fait que l'on a pu s'émanciper. Je suis plus que reconnaissante envers la famille Cullen de m'avoir accueilli. Je fais partie d'une famille dont les liens sont si solides que je peux compter sur eux sans aucun problème. Je suis heureuse de pouvoir porter leur nom de famille depuis mon arrivée à la maison. Toute mon enfance a été gâchée par un séjour prolongé dans un hôpital. Je n'ai pas eu l'occasion de célébrer toutes les fêtes du calendrier avec une famille. Maintenant que mon nom de famille est devenu Cullen, je veux en profiter.

New-York n'est plus recouverte d'un manteau blanc mais de fleurs. La ville prend une autre facette mais ce n'est pas ce qui me fera rester ici. La ville est super mais si c'est pour uniquement travailler sans voir ma famille je n'envisage pas cette vie.

Désormais, je veux vivre auprès de ma famille. Accompagner Céleste le plus possible, en espérant que ma présence à ses côtés sera la bienvenue encore longtemps. Je me demande si elle saura se satisfaire d'une éternelle vie de lycéenne. Un jour, elle ira à la fac. De toute manière, je serais là pour elle. Elle a ses propres documents d'identité maintenant.

Nos mains sont toujours liées. Sa douce peau glacée touchant la mienne. Il ne l'apprécie pas beaucoup à cause de sa dureté mais il est un vampire. Moi aussi alors on est égaux.

D'ailleurs, je m'imagine avec une jolie bague à l'annulaire gauche à tout hasard.

C'est une perspective d'avenir qui m'intéresse. Certes, nous avons l'éternité devant nous, servie sur un plateau d'argent mais certaines coutumes humaines me tiennent à cœur. J'aime à penser qu'en tant que vampires, certains d'entre nous n'en éprouvent pas le désir car l'éternité est servie sur un plateau, ce n'est pas la peine de prouver son amour via des fiançailles ou un mariage. Personnellement, c'est une étape que j'affectionne. Je me dis que Matt en aurait envie plus tard. Je ne m'attendais pas à une demande aujourd'hui. Nous sommes dans un lieu propice à cela en général. Beaucoup de touristes apprécient de faire leur demande ici. Garder le souvenir d'un moment. Mais ce ne sera pas la mienne. J'ai longtemps eu envie de rentrer dans une bijouterie et de sortir avec une petite boite dans la poche de couleur rouge ou bleue. Sauf que je suis très intimidée à l'idée d'y entrer.

La journée d'aujourd'hui m'a fait changer d'avis et si à mes yeux sa demande tarde, c'est moi qui la ferait. Mais pas aujourd'hui. Je n'ai rien dans mes poches.

Matt m'amène un peu plus loin sur la patinoire.

Je quitte notre amie Bella et Céleste des yeux une seconde. La musique de fond a changé, il s'agit d'une chanson qui passe à la radio environs cinquante fois par heure. Je ne prête pas forcément attention aux paroles.

Matt ajuste son chapeau.

« Vient » rit Bella à l'encontre de Céleste.

Céleste n'ose pas approcher plus près. J'entends le rire de Bella. Situation ironique et improbable. D'après moi, ce serait à Bella de flipper à cause de sa maladresse et non l'inverse. Mais son rire redouble d'intensité. Matt commence à éclater de rire quasiment en même temps que moi. La situation est atypique. J'entends déjà Alice expliquer la situation à Edward, j'entends le rire d'Emmett et Rosalie qui lève les yeux au ciel. Mais je ris de cette histoire, si Bella prend du plaisir, c'est le plus important. À Forks, je suis sure qu'un lac gelé l'hiver est suffisamment solide pour supporter un poids humain existe près de la maison.

Quand je regarde Céleste patiner avec Bella, je suis chanceuse de les avoir dans ma vie aussi. Elles ont une personnalité propre. Elles savent que je suis là pour elles en cas de nécessité, on ne se quittera plus et je compte bien profiter de cette journée.

J'attrape l'appareil photo numérique au fond de mon sac. Ma carte SD s'est remplie rapidement alors j'ai dû en acheter une nouvelle. J'ai préféré profiter de la journée qu'à prendre pleins de photos. Alors, je veux garder des souvenirs de la patinoire. Le zoom se fait rapidement et au bout de trois essais, j'ai une photo plus ou moins entière des visages souriants de Bella et Céleste. Elles sont en train de rire à gorge déployée et je veux garder cette image précieusement qu'il faut imprimer en plusieurs exemplaires plus tard. Les souvenirs comme celui-ci doivent être gardés en mémoire alors je les capture dans la mémoire de l'appareil photo. Les filles ne me regardent pas mais ce moment est aussi capturé dans ma mémoire car elles sourient.

Matt me prend l'appareil photo des mains pour prendre quelques clichés. Il me le tend en souriant et une idée simple me passe par la tête, un selfie. Une photo de nous deux à la patinoire manque à ma collection. Après la photo, je lui montre le résultat avant de sourire à mon tour. Il est plutôt content du résultat puisqu'il me dit.

« Tu as pris mon bon profil ».

« Comme si l'autre n'allait pas ».

« C'est vrai, tu es douée pour la photographie ».

« On renvoie bien la lumière ».

« Je suis sérieux ma belle et je t'accorde cette blague » dit-il en ajustant son chapeau sur la tête.

Le regarder dans les yeux devient difficile maintenant que mes yeux dérivent jusqu'à ses lèvres. Il a toujours les bons mots. J'ai l'impression d'être seule avec lui, que personne que nous regarde. C'est horrible de penser à me retenir de lui voler un baiser. Je n'en ai pas eu un autre depuis hier soir et ce n'est pas facile de ne pas le faire.

« Hey les amoureux » lance Céleste.

« Laisse les tranquille » lui suggère Bella.

Je me retourne le visage un peu embarrassé vers Matt mais je n'ai pas à l'être. Sa main se lie à la mienne. Il émet un rire à l'attention des filles.

« Les amoureux. J'aime bien ces mots » sourit-il.

« Moi aussi ça tombe bien ».

« Même longueur d'onde ma belle ».

Quand il me regarde de cette façon, je veux réduire la distance entre nous. Évidemment, mes pensées anxieuses reviennent. Une onde apaisante. Il me connait si bien. Cela fonctionne bien.

« Attention ».

Céleste arrive à toute vitesse vers moi et menace de tomber sur la glace, avant qu'elle ne me percute. Elle rit alors ce n'est pas dramatique et puis j'entends le rire de Bella derrière.

« Elle me supplie de traverser la patinoire depuis tout à l'heure. Maintenant qu'elle est là, je vais pouvoir aller m'asseoir sur le côté ».

« Tu souhaites rentrer ? On peut partir si tu veux ».

« Désolé, j'ai oublié le froid » dit Matt en se grattant la tête. « On est ici depuis deux heures et il est un peu tard ».

« Bonne idée, moi et le froid ça fait deux ».

En sortant de la patinoire, je me sens légère. La journée a été géniale. Voir le sourire de Céleste et Bella, elles étaient émerveillées au Planétarium. Je crois que ce qui me rend heureuse c'est de vivre une vie de famille. La main de Matt est liée à la mienne. Ce simple geste me rend heureuse. Ils me rendent heureuse. La soirée sera calme. Je sens que Bella va manger, prendre une douche et plonger dans le sommeil. Elle fait des cauchemars depuis une semaine. Elle ne m'en a pas parlé. C'est là que le don de mon vampire préféré intervient en modifiant les cauchemars de Bella pour des rêves. Matt n'intervient pas à chaque fois mais au vu de la mine fatiguée de Bella, elle mérite des nuits plus paisibles. C'est le cas, elle rêve de choses plus légères.

« Attends, tu as oublié quelque chose ».

« Qu'est-ce que... ».

Je ne lui laisse pas le temps de terminer sa phrase que je l'attire contre moi, mes lèvres collées aux siennes quelques secondes. Je me retiens de ne pas passer mes bras autour de son cou ni de passer mes doigts dans ses cheveux. Au risque d'attirer les regards mais pour le moment, je m'en fiche. La seule personne qui m'intéresse c'est lui. J'ai hésité toute la journée et j'aurais voulu le faire au Planétarium. Sans doute à cause de causes enfouies dans ma conscience, je les oublies pour capturer ses lèvres. Même si ça ne dure que quelques secondes, j'en suis heureuse. J'en éprouve une satisfaction. Son sourire aux lèvres me confirme qu'il pense la même chose. Peut-être qu'un baiser sous les étoiles artificielles du Planétarium est dit plus « romantique » qu'au milieu d'une patinoire. Au fond, ce n'est pas ce qui m'importe. Du moment que nous partageons un baiser ensemble.

« Je suppose que c'est l'oubli en question, je m'en excuse ma chère » dit-il en embrassant mon front puis mes lèvres une nouvelle fois.

Nous quittons la patinoire avant la fermeture.

Dans le canapé, Céleste se nourrit d'un verre d'hémoglobine devant la télé. Bella est sous la douche. Je me suis mise à lui préparer le dîner directement. Matt m'a rejoint dans la cuisine. Étant donné qu'il m'enlace la taille, difficile de me concentrer sur le repas qui cuit.

« On dirait que je perturbe tes pensées ? » souffle t-il.

« Tu lis dans mes pensées ? ».

« Non, je les devine car tu es réceptives à ma présence ».

« Je suis un peu nostalgique de bientôt quitter New-York ».

« Je suis heureux d'avoir passé ces quelques mois à tes côtés ici mais ça aurait été aussi bien n'importe où dans le monde ».

« J'ai aimé l'expérience mais sans toi et les filles, ça aurait été si différent ».

« Disons que l'on aurait utilisé les moyens de communications modernes, à défaut des lettres à mon époque avec le délai que cela implique ».

« Tu m'aurais écrit des lettres si on s'était connu plus tôt ? » demandais-je face à lui.

« Bien sûr, je n'aurais pas aimé ne pas avoir de tes nouvelles pendant toute la durée de ton stage ici. On aurait eu recours aux lettres ».

« Je me demande quel métier j'aurais fait à ton époque si j'étais née la même année que toi, infirmière peut-être dans l'armée pour avoir un œil sur toi ».

« Oh vraiment ? Je suis sûr que tu aurais été une infirmière formidable mais si l'idée reste dans ton esprit, rien ne t'empêche de faire des études d'infirmière plus tard ».

« Sûrement, on verra plus tard mais je suis sûre que l'on aurait vécu une belle histoire quand même ».

« Nous la vivons déjà ma belle. Je suis heureux d'être à tes côtés. Tu vas rire mais les sentiments que j'éprouve augmentent tous les jours. J'aurais dû te donner cette enveloppe plus tôt dans la journée, sous les étoiles artificielles du Planétarium sans doute plutôt que dans la cuisine d'un appartement new-yorkais mais j'étais un peu nerveux à la patinoire. Ici, l'ambiance est plus intime. J'espère que tu aimeras » dit-il en me donnant une enveloppe.

« Il ne fallait pas, donne-moi un indice ».

« Ouvre, la surprise est à l'intérieure ».

« Des billets d'avion ? ».

« Ce ne sont pas réellement des billets d'avion, j'ai pensé qu'un peu de vacances dans le Nord serait une bonne idée de dépaysement pour nous deux alors j'ai rédigé cette note ».

« J'ai toujours voulu allez voir les aurores boréales dans ma vie ».

« J'espère que le temps va s'y prêter ».

« C'est un très beau cadeau, merci Matt ».

« Je n'ai pas été présent ces derniers temps, par l'internat alors je me suis rattrapé un peu aujourd'hui. L'idée de partir tous les deux m'a traversé l'esprit et m'a semblé une bonne idée ».

« Ne te justifie pas, c'est parfait. Tes études sont importantes et dans tous les couples c'est ainsi. Deux étudiants ensembles traversent cela. Je suis fière de toi, d'autant que tu as fais des démarches pour venir vivre avec moi et m'aider avec les filles ».

« Tu es ma chance » murmure t-il. « Ma plus belle chance » ajoute t-il avant de m'embrasser.

Ses lèvres contre les miennes est la chose la plus douce.

Cette fois-ci, je ne me prive pas d'enrouler mes bras autour de son cou. Ce contact me fait sourire. Ma bulle est parfaite. Lui et moi.

Je me demande à quoi va ressembler ce séjour près du cercle polaire Arctique.

Hâte de voir les aurores boréales en vrai, j'imagine qu'elles sont encore plus belles que dans les livres ou dans les documentaires sur le sujet. Avec lui, ce sera magique.

De belles secondes plus tard, notre doux et tendre échange prend fin. Je me détache en ne perdant pas une miette de l'expression qui s'affiche sur son doux visage. Ses yeux ambres ancrés dans les miens. Cela me fait toujours drôle d'être dans ses bras. Il est délicat et il se projette déjà avec ce futur voyage. Il vient de me l'annoncer et je m'y projette déjà aussi. Il va falloir que je cache ma valise de ma sœur car elle est capable de la remplir de lingeries. Je me méfie de ses visions qui sont exactes les trois quart du temps et je vais passer mon temps à ressasser les siennes. Aussi, à imaginer la réaction de Matt en découvrant mon corps dans de la lingerie. J'en rougis d'avance. En attendant, je me contente de lui sourire pour ne rien dévoiler de mes réflexions. Ma valise est dans un placard. Elle doit changer de place le plus tôt possible.


Hey !

Surpriiiiiiiiise !

Ne me criez pas dessus, quoique si pour les délais d'attentes très longs...J'ai eu des péripéties. Mais il s'agit d'une bonne nouvelle annoncée ! *roulement de tambours*

Une publication tardive mais en réalité, j'ai terminé cette histoire (oui oui, vous avez bien lu !) donc les chapitres seront publiés au fur et à mesure. Et dans un délai raisonnable c'est promis juré.

Merci beaucoup pour les lecteurs qui continuent de me lire ici et aux nouveaux car vous n'imaginez pas combien cela compte

Merci de votre patience et bonne lecture !