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Chapitre trente-et-un : La troisième tâche
Lorsqu'Envy et le reste du groupe composé des champions, de Verpey et de deux Aurors pénétrèrent sur le terrain de Quidditch, celui-ci était méconnaissable. Une haie de six mètres de hauteur l'entourait entièrement et la seule ouverture se trouvait face aux gradins, pour leur permettre d'entrer dans le vaste labyrinthe. Quand ils y seraient, ils n'auraient aucun moyen de tricher. Dumbledore l'avait prévenu, le labyrinthe se montrait aussi capricieux que les escaliers du château, et lui donner un plan du trajet pour atteindre le centre se révélait pratiquement impossible. De toute manière, son objectif n'était pas de gagner le trophée (même s'il aurait bien voulu), mais de suivre Harry à la trace pour le protéger d'une éventuelle attaque de Croupton.
Dix minutes après leur arrivée, les tribunes étaient pleines à craquer. On entendait des exclamations enthousiastes et le martèlement des pas le long des travées. Les premières étoiles étaient apparues dans le ciel et des torches éclairaient l'entrée du labyrinthe, où se tenaient les champions. Aucun d'eux ne disait le moindre mot. Viktor, nerveux, serrait spasmodiquement sa baguette dans son poing. Harry, au-delà de la nervosité, piétinait dans leur petit périmètre. Envy ne s'intéressa même pas à Delacour. De son propre côté, il vit Edward installé dans la foule, entouré de la famille Weasley. Le Serdaigle leva un pouce dans sa direction avec un sourire qui le rassura aussitôt.
– Ces quatre Aurors vont patrouiller autour du labyrinthe, annonça McGonagall qui s'était approchée des champions, accompagnée de Hagrid et de quatre sorciers en uniforme. Si vous vous trouvez en difficulté et que vous souhaitiez être secouru, envoyez des étincelles rouges en l'air et l'un d'entre eux viendra vous chercher. Compris ?
Les champions approuvèrent d'un signe de tête et l'une des Aurors leur adressa un mot d'encouragement avant qu'ils prennent leur envol sur leurs balais. Verpey les invita à prendre place autour de l'entrée du labyrinthe et les champions commencèrent à se séparer.
– Bonne chance, Harry, Envy, murmura Hagrid avant de s'éloigner.
La voix magiquement amplifiée de Verpey résonna dans tout le stade :
– Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, la troisième et dernière tâche du Tournoi des Trois Sorciers est sur le point de commencer ! Permettez-moi de vous rappeler le classement actuel des concurrents. À la première place ex aequo, avec quatre-vingt-cinq points chacun : Mr Envy Alighieri et Mr Harry Potter de l'école Poudlard ! A la troisième place, avec quatre-vingts points : Mr Viktor Krum, de l'institut Durmstrang. Et à la quatrième place : Miss Fleur Delacour de l'académie Beauxbâtons.
Dans les tribunes, la foule était en délire. De nombreux élèves de Poudlard s'étaient peinturluré le visage aux couleurs des Gryffondors et encourageaient Harry à grands cris. Ça n'intéressait pas Envy, qui se tourna une seconde vers Edward. Ce dernier paraissait étrange immobile dans la foule en mouvement constant, et il portait sur son visage une telle expression de gravité qu'Envy en fut mal à l'aise.
– Attention, clama Verpey d'une voix forte. À mon signal, Harry et Envy, vous entrerez. Trois... deux... un...
Il lança un bref coup de sifflet. Les deux champions de Poudlard s'engouffrèrent dans le labyrinthe dont l'entrée se referma aussitôt derrière eux, les plongeant dans un silence épais et lugubre, qui ressemblait à s'y méprendre à celui qui régnait au fond du lac noir. D'après Dumbledore, Flitwick les avait enchantées afin qu'elles soient complètement insonorisées. Devant Envy, Harry murmura un Lumos qui éclaira leur chemin. La première allée dans laquelle ils étaient engagés semblait parfaitement rectiligne et sans aucune issue, à gauche comme à droite.
– Je sens que ça va être l'éclate, commenta Envy d'un ton blasé.
Harry ne lui répondit pas, sûrement trop inquiet pour ne serait-ce que prononcer un mot. Avançant en silence, ils rencontrèrent une bifurcation au bout de cinquante mètres et échangèrent un regard.
– À plus tard, dit Harry en prenant à gauche.
Envy fit mine d'emprunter le chemin de droite avant de profiter d'un deuxième coup de sifflet pour faire demi-tour sans bruit, afin de suivre Harry de près. Viktor venait d'entrer à son tour dans le labyrinthe. Pour se faire discret, Envy prit une forme qui ressemblait beaucoup à Patmol. De cette manière, il serait rapide et à même de mordre, qu'importe l'ennemi qui s'approcherait.
Pour la troisième fois, le sifflet de Verpey résonna, seul bruit dans le silence. À présent, tous les champions avaient pénétré dans le labyrinthe. Normalement, Croupton ne pourrait plus les atteindre ici. Il avait raté son coup, ou alors il attendait la fin de l'épreuve pour agir. Mais ça, c'était ce qu'Edward lui avait dit. Il lui avait l'air bien inquiet pour qu'il lui ait tout dit... Pourtant, ça n'aurait pas de sens, s'il voulait qu'il soit préparé au mieux.
– Pointe au nord, murmura Harry à sa baguette magique qu'il tenait posée à plat sur sa main.
La baguette tourna sur elle-même et s'arrêta en pointant sur leur droite, vers la haie. D'après l'emplacement approximatif du centre du labyrinthe, Envy savait qu'ils devaient aller au nord-ouest. Alors, la meilleure chose à faire consistait à prendre à gauche en attendant de pouvoir tourner à droite dès que possible.
Venu à la même conclusion, Harry reprit sa route en trottant. Envy le suivit à distance afin qu'il ne le remarque pas. Cependant, Harry regardait souvent par-dessus son épaule, comme s'il sentait sa présence. À moins qu'il s'inquiète de la distance qui le séparait des autres champions ? Pour plus de prudence, Envy lui laissa un peu plus d'avance.
Il n'aurait pas dû, car soudain, une haie se déplaça pour lui barrer la route. Pris dans son élan, Envy s'emplafonna le buisson de plein fouet et se débattit contre les branches qui tentaient de l'attraper.
– Rah !
Déterminé à continuer sa route, il trancha la haie de ses longues griffes acérées, mais le végétal se mit à gémir de douleur avant de brusquement l'expulser en arrière. Tombé sur les fesses quelques mètres plus loin, Envy écarquilla les yeux en voyant les deux murs qui l'entouraient se resserrer pour l'écraser. Il se releva d'un bond pour courir dans la longue allée alors que les haies menaçaient de se refermer sur lui pour l'engloutir à jamais. Ce n'est que par une chance incroyable qu'il parvint à une bifurcation qui lui permit d'échapper à un sort terrible.
Il reprit forme humaine, posa une main sur sa Pierre et poussa un soupir de soulagement avant de se redresser. Pour tomber nez à nez avec une boule de lumière vive qui gémissait misérablement. Envy reconnut un épouvantard et sauta sur le côté à temps pour éviter l'explosion. Elle balaya toute la poussière sur son passage et fit trembler les haies dans un vacarme assourdissant avant de laisser place au silence... Non... Pas tout à fait le silence...
Envy fronça les sourcils en tendant l'oreille vers le chemin sur sa gauche. Il entendait... des voix... ? C'était peut-être Harry ! Réalisa-t-il avant de partir dans cette direction à toutes jambes, malgré le fait que cette route s'éloigne du centre du labyrinthe. Pour le moment, tout ce qui importait était de retrouver cet empoté de Harry pour le sauver des périls qu'il pourrait rencontrer.
Plus il s'enfonçait dans ce chemin, plus les haies se rapprochaient et plus le décor devenait étrange. Autour de lui, des dizaines, puis des centaines de bulles de savon parcouraient sa route en sens inverse pour venir s'échouer sur lui. Agacé, il devait sans cesse s'essuyer les yeux où la substance l'irritait. Il ne pouvait pas les éviter dans le passage trop étroit. Bientôt, il dut même marcher de profil entre les rosiers dont les fleurs embaumaient l'air jusqu'à le rendre presque irrespirable. Ensuite vinrent les premières fées qui éclairaient à peine l'obscurité totale, avant d'être assez nombreuses pour être vues du ciel.
Envy ne se souvenait pas du tout d'avoir entendu parler de cet obstacle dans les comptes-rendus de Dumbledore. Aurait-il oublié de le prévenir ? C'était étrange, cet endroit lui rappelait vaguement quelque chose qu'il aurait déjà vu par le passé. Comment était-ce possible ? Avant aujourd'hui, il n'était jamais entré ici.
– Envy !
Surpris, Envy accéléra l'allure à l'entente de la voix d'Edward. Mais que faisait-il là-dedans ! Ça n'avait pas le moindre sens ! Selon Dumbledore lui-même, personne excepté les champions ne pouvait pénétrer le labyrinthe. Y avait-il eu un problème à l'extérieur ?
Inquiet, il déboula sur la sortie de l'étroit passage et l'éclat des fées l'éblouit un instant. Quelque chose l'attrapa par la main et un rire familier retentit alors qu'il rouvrait difficilement les yeux.
– Danse avec moi au lieu de rester les bras ballants, nigaud !
– Ed... Edward ? bredouilla Envy en écarquillant largement les yeux. Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Et dans cette tenue ?
– Je viens danser pardi ! s'exclama Edward, dans sa robe de sorcier bordeaux. Allez, arrête donc de faire une tête pareille et viens danser !
– Mais... Harry...
– Harry est là-bas, il se débrouille très bien tout seul. Si tu ne veux pas venir, je peux toujours aller demander à Fleur si elle veut bien de moi.
Décontenancé, Envy prit son bras pour lui signifier son refus qu'il aille la rejoindre, ce à quoi Edward rit avant de l'entraîner au centre de la piste de danse. Il ne s'étonna pas de l'étrange adresse de Harry ni de la haie qui se referma derrière lui ni encore du fait qu'il se trouvait en ce moment même dans un labyrinthe pour le Tournoi des Trois Sorciers et que toute cette scène ne pouvait pas être réelle. Il s'en fichait, parce qu'il voulait qu'elle soit réelle.
– Tu as vraiment deux mains gauches, plaisanta Edward en lui prenant de force les mains pour en placer une sur sa taille alors qu'il gardait l'autre dans la sienne. Allez, comme aux entraînements. Un, deux, trois, quatre... Ne regarde pas tes pieds, sinon tu vas faire n'importe quoi. Il faut regarder son partenaire dans les yeux.
Malhabile et surtout mal à l'aise de cette proximité, Envy déglutit difficilement et eut tout le mal du monde à relever la tête pour croiser le regard rieur d'Edward. Alors, ce fut comme s'il avait été happé et il fut incapable de s'en détacher. Ce fut comme si le monde avait cessé d'exister et qu'il ne restait plus qu'eux... Alentour, tous leurs amis dansaient au même rythme soutenu qu'eux, le tout en riant.
Un hurlement de terreur brisa la fête. Envy se figea en reconnaissant la voix de Fleur Delacour.
– Tu as entendu ?
– Ce n'est rien, le rassura Edward en resserrant sa main sur son épaule pour attirer son attention. Tu as dû rêver.
– Non, j'ai bien entendu, rétorqua Envy en essayant de trouver d'où venait le cri. C'était la stupide Delacour. Il faut aller voir ce qu'il lui est arrivé.
– Je croyais que tu la détestais, commenta Edward avec un sourire amusé alors qu'il enroulait son bras derrière sa nuque pour l'empêcher de reculer. En plus, tu as promis de rester avec moi. Fleur doit seulement essayer d'attirer notre attention pour gâcher la fête, tu ne crois pas ?
Envy comprit que quelque chose clochait dans le comportement de son ami. Jamais il n'aurait agi comme ça avec lui, primo, et jamais il n'aurait ignoré un appel à l'aide, deuxio. Surtout pas alors qu'ils se trouvaient dans un endroit aussi dangereux que le —
— Labyrinthe ! s'écria Envy en reprenant pied dans la réalité. Mais quel crétin !
– Oui, un vrai crétin, mais le mien, se réjouit Edward en lâchant sa main pour l'enlacer fermement par le cou. Arrête de te débattre ou je t'assomme.
Edward faisait preuve d'une force phénoménale ! Jamais avant cela il n'avait donné tant de mal à Envy pour le battre dans une épreuve de force si banale. Normalement, il aurait dû réussir à lui faire lâcher prise, mais il n'y arrivait tout simplement pas. Comment faisait-il pour le tenir si fermement tout le long de son corps avec seulement deux bras ?
– Calme-toi, murmura Edward en glissant ses doigts dans ses cheveux pour maintenir son visage face au sien. Laisse-toi faire...
Pétrifié, Envy le vit fermer les yeux en se penchant de plus en plus, manifestant l'envie irrépressible de l'embrasser, et il ne fit rien pour l'en empêcher. Le souffle court et les mains moites, tout son environnement lui apparut flou alors que ses paupières se fermaient d'elles-mêmes d'anticipation...
Il sursauta violemment alors que les mains chaudes se transformaient soudain en tentacules gluants et glacés.
« Une pieuvre hypnotique d'Australie » lui avait expliqué Edward, penché sur un manuel de Soin aux créatures magiques. « Elle produit des bulles qui contiennent un hallucinogène puissant. Si tu en respires plus de dix, elle t'attrape et finit par t'étouffer avant de te dévorer. Bien sûr, celle-ci est un bébé immature. Pour la reconnaître dans ton délire, il faut fermer les yeux et tu sentiras ses tentacules. Dès que tu l'auras reconnu, l'hallucination s'interrompra ».
En effet, quand Envy rouvrit les yeux, ce fut pour rencontrer une gueule grande ouverte munie de trois rangées de dents pointues qui s'approchait de son visage. Le gouffre profond de sa gorge déglutissait avec appétit, ayant apparemment hâte de dévorer son dîner tout cru.
« Il suffit de lui envoyer un sort de Jambencoton pour que ses tentacules d'amolissent et que tu puisses fuir ».
À force de gigoter dans tous les sens, Envy réussit à attraper le bout de sa baguette et à la faire glisser dans sa main jusqu'à réussir à lancer le sortilège qui toucha la créature de plein fouet. Soudain aussi molle que la vase dans laquelle elle vivait, la pieuvre s'affala sur elle-même en lançant des bulles sous l'effet de la panique. Envy les dévia d'un sort qu'il utilisait habituellement pour se sécher les cheveux et elles éclatèrent contre les haies. Le danger écarté, Envy contourna le petit marais dans lequel il était embourbé jusqu'aux genoux et ressortit de l'autre côté, dans la direction supposée du nord.
Une fois au sec, il utilisa le sort des Quatre-points, vit qu'il se dirigeait effectivement dans la bonne direction, puis soupira d'ennui en se demandant combien de temps il avait perdu dans ce bourbier. Ça ne lui avait semblé que durer quelques minutes, mais il ne pouvait pas se fier à sa perception. Maintenant, il ne se souvenait plus de quelle direction venait le cri de Delacour. Était-ce en arrière, ou en avant ? Qu'importe la direction, Harry — en bon Gryffondor — devait s'y être immédiatement précipité afin de venir en aide à la demoiselle en détresse.
– Impedimenta ! hurla une voix sur sa droite.
Envy reconnut Harry et prit aussitôt la route dans cette direction. Il n'était pas loin, et le trophée ne devait pas l'être non plus. Néanmoins, après deux culs de sacs, Envy perdit patience et s'acharna à coups d'incendio et de Reducto sur une haie qui lui bloquait le passage. À force d'obstination et de jurons inutiles, il parvint à se créer une petite ouverture où il se glissa en brisant branches et ronces sur son passage forcé. Les épines lui lacérèrent bras, jambes, dos et poitrine, mais il n'en avait cure. Ce foutoir avait assez duré et il n'avait qu'une envie : que ça se termine pour aller prendre un bon bain bien chaud.
Alors qu'il s'extirpait enfin de l'ouverture, il tomba nez à nez avec la baguette de Viktor qui avait dû accourir en entendant ses cris furieux. Quelque chose clochait... Ses yeux paraissaient vitreux. Et il n'avait toujours pas baissé sa baguette.
– Qu'est-ce que tu fous ? s'impatienta Envy en sortant de son trou d'où s'échappaient les gémissements de la haie. Tu vois bien que c'est mo —
– Endolorrrris !
Envy tomba à la renverse et grogna de douleur en se tortillant sur le sol. Ce n'était pas aussi puissant que ses malaises habituels, mais c'était loin d'indolore ! Qu'est-ce qu'il lui prenait, nom d'un chien ?
Tout à coup, Viktor fit volte-face et se mit à courir.
– Stupéfix ! s'écria Harry.
Le sortilège atteignit Viktor dans le dos. Il se figea sur place, tomba en avant et resta immobile, face contre terre. Envy se releva en s'époussetant alors que Harry se précipitait sur lui pour le soutenir.
– Ça va ? s'enquit le Gryffondor en le saisissant par le bras malgré le grognement mécontent qu'il reçut.
– Tout baigne, répondit-il d'un ton sarcastique en s'approchant pour s'accroupir au-dessus de Viktor. Il a été ensorcelé. Il n'aurait jamais fait ça, sinon.
L'expression sérieuse, Harry fixait le corps inerte avec suspicion.
– Tu crois que c'est Karkaroff qui lui a fait faire ça ?
Envy secoua la tête. Croupton était là, quelque part. Finalement, il avait trouvé un moyen de retourner au château, juste sous leur nez. S'il avait pu ensorceler Viktor, alors il était fort probable qu'il ait pu terminer de mettre son plan en place. Le labyrinthe n'était plus un endroit sûr pour personne, et surtout pas pour lui et Harry.
– Ce n'est pas bon. Il faut te sortir d'ici, on va devoir abandonner, dit-il en levant sa baguette au ciel pour lancer des étincelles rouges.
Harry fronça les sourcils et recula. Méfiant, il pointa sa baguette dans le dos d'Envy.
– Toi aussi... Tu dis ça pour gagner la Coupe ?
Perplexe, Envy se retourna pour découvrir la baguette pointée sur lui. Il fronça les sourcils.
– Tu vas pas t'y mettre toi aussi ! Bien sûr que ce n'est pas pour ça, c'est pour ta sécurité.
– Expelliarmus !
La violence du sortilège envoya non seulement sa baguette dans les airs, mais le fit également reculer de quelques mètres. Pendant ce temps, Harry avait déjà tourné les talons pour courir dans une bifurcation.
– Harry, reviens ! C'est dangereux ! cria Envy en courant récupérer sa baguette avant de partir à la poursuite de son ami.
Il tourna à droite, comme Harry, pour tomber sur un rond-point désert. Des trois couloirs, il n'entendait aucun son qui aurait pu le guider dans la bonne direction.
– Bordel de gosse têtu !
Tout le monde avait vu les étincelles rouges au-dessus du labyrinthe, et chacun attendait de voir quel champion avait abandonné le tournoi et dans quel état. Dans les gradins de Poudlard et plus particulièrement chez la famille Weasley, on redoutait que quelque chose soit arrivé à Harry ou Envy. Edward, lui, craignait le pire. Depuis le début de journée, il avait le ventre noué par un très mauvais pressentiment et le fait que la potion de Rogue n'ait pas semblé fonctionner l'inquiétait au plus haut point. Personne n'avait changé d'apparence, pourtant ça aurait dû être le cas depuis longtemps, si Croupton se trouvait là. Il aurait dû s'en réjouir, mais il n'y parvenait pas. Impossible que toutes ses alarmes internes soient allumées sans raison et qu'elles lui hurlent de se bouger pour vérifier que tout allait bien.
– Regardez ! C'est Krum !
Les exclamations dans la foule continuèrent alors que deux Aurors atterrissaient près de la table des juges où se trouvait également Mrs Pomfresh pour les premiers secours. Dès que le champion fut déposé sur une civière, les juges se précipitèrent à son chevet, excepté Madame Maxime et Cornélius Fudge, qui restèrent stoïques, n'accordant qu'un seul regard au garçon avant de reprendre leur expression fermée.
Intrigué par l'agitation qui régnait dans ce coin des tribunes, aucun spectateur n'en détournait le regard, avide de recevoir des détails sur ce qu'il s'était passé. « Il paraît qu'Alighieri aurait essayé de le tuer », « Un cerbère de dix mètres lui aurait dévoré un bras ! », « c'est un Auror qui l'a attaqué pour que Harry Potter gagne le trophée ». Toutes les rumeurs circulaient sans que personne ne se doute qu'il s'agissait uniquement de pures inventions par des esprits fertiles en manque d'action.
En bas, Dumbledore se sépara de la foule un instant pour scruter les tribunes jusqu'à croiser le regard d'Edward. Il lui fit un signe de tête qui lui fit comprendre qu'il devait descendre. Edward ne se le fit pas dire deux fois et se leva pour se faufiler jusqu'en bout de banc malgré les protestations de Ron et ses frères qu'il poussa sans une excuse. Dans sa précipitation, il loupa les regards surpris de ses amis qui le fixèrent avec curiosité alors qu'il descendait les marches quatre par quatre jusqu'à dépasser la tribune des professeurs.
Dumbledore l'invita d'un geste à s'approcher alors que Verpey s'éloignait avec les deux Aurors pour leur poser des questions. Surplombant le corps bégayant de son élève, Karkaroff accueillit Edward d'un regard noir et voulut lui barrer la route, mais c'était sans compter l'intervention de Rogue qui le prit à part après une demande silencieuse du directeur. Intrigué par tout ce mystère, Edward lança un regard interrogatif à Dumbledore.
– Il a été placé sous sortilège d'Impérium, annonça-t-il d'une voix grave. Selon lui, ça a commencé peu avant son entrée dans le labyrinthe. Il aurait apparemment tenté d'assassiner Mr Alighieri, mais Mr Potter est arrivé à temps pour le sauver.
– Impérium ? répéta Edward, alarmé. Mais dans ce cas...
– J'ai bien peur que Croupton soit parmi nous ce soir.
– Personne n'a changé d'apparence alors que nous avons fait en sorte que tout le monde prenne de l'anti-potion.
– Il y a toujours un moyen pour faire le mal. Croupton est déterminé. Gardez l'œil grand ouvert. Nous devons le démasquer une nouvelle fois.
Edward ferma les yeux pour se couper de son environnement bruyant et remettre de l'ordre dans ses pensées. Quelque chose n'allait pas dans ce tableau. Il sentait le danger. Croupton était trop tenace pour avoir laissé tomber si facilement. Il devait absolument se refaire le scénario de la journée pour trouver le meilleur suspect. Si on revenait au point de départ, les choses se présentaient ainsi :
Avant le début de l'épreuve et pendant toute sa préparation, Dumbledore avait toujours tout surveillé, que ce soit les Aurors, les juges, les élèves, les entrées et sorties, les passages secrets, les cheminées. Le seul moyen pour Croupton d'être entré était donc d'y avoir été invité en se faisant passer pour quelqu'un d'autre, ou en enrôlant un nouveau Mangemort pour sa quête. Tout était possible à partir de là. Ça pouvait être un Auror, un élève... Qu'importe. Les noms qui revenaient le plus souvent et avec le plus de crédibilité aux yeux d'Edward étaient ceux de Karkaroff, Malefoy et des Aurors. Pourquoi pas Fudge, tant qu'on y était ? Il ne sous-estimait pas cette possibilité qui présageait le pire.
Ensuite, le seul événement marquant avait été celui de la préparation de l'épreuve. Le matin même, Ludo Verpey (après vérification de Polynectar et de sortilège d'Impérium) avait déposé le Trophée des Trois Sorciers au centre du labyrinthe, le tout escorté de quatre Aurors de confiance (vérifiés eux aussi plusieurs fois par Dumbledore en personne). Tout s'était parfaitement bien passé selon leurs prévisions et le Portoloin était à sa place, prêt à l'usage pour le grand gagnant. Dans le labyrinthe en lui-même, Hagrid et Gobe-Planche avaient sélectionné et éduqué toutes les créatures, Chourave avait fait pousser toutes les plantes, et Flitwick aidé par McGonagall s'était occupé des enchantements et autres obstacles. Tout ce mécanisme s'était enclenché sans la moindre anicroche.
Avant le banquet, Dumbledore avait même invité Edward à passer dans le QG des Aurors à Poudlard pour qu'il vérifie par lui-même que personne ne lui semblait sortir de l'ordinaire. Malgré quelques regards noirs — somme toute compréhensibles étant donné son rôle par rapport à son âge —, envers sa personne, il n'avait décelé aucun dessein malveillant dans ces rangs. Bien sûr, Croupton avait quelques grands talents d'acteur, et rien ne pouvait garantir qu'Edward ne soit pas passé à côté de quelque chose. Qu'aurait-il pu faire à ce moment-là de toute façon ? Les interroger sauvagement un par un et finir à Azkaban ? Mauvaise idée. Il avait dû faire confiance à l'enquête de Dumbledore pour vérifier chaque identité.
En tout, l'équipe qui restait à Poudlard pendant la dernière tâche se composait de huit Aurors. Quatre étaient des Aurors confirmés depuis plusieurs années. C'étaient eux qui avaient escorté Verpey et les champions, et qui en ce moment même patrouillaient sur des balais au-dessus du terrain et qui devaient récupérer les champions qui abandonnaient l'épreuve. Aucun n'était sous Polynectar ni sortilège d'Impérium ou de confusion. Ils étaient au-dessus de tout soupçon.
Puis venaient les quatre autres, déjà moins fiables, qui étaient pour la plupart des jeunes recrues avec pas plus de trois ans de service. C'était tout ce que le ministère pouvait se permettre d'un point de vue budgétaire. Ils n'avaient pas eu d'autre choix que de les accepter pour sécuriser l'école. Edward n'aimait pas ça. C'était trop simple d'usurper l'identité d'un jeune Auror. Percy était la preuve même que les supérieurs ne s'embêtaient pas à connaître ne serait-ce que le nom de famille des jeunes recrues, donc pourquoi les choses seraient-elles différentes avec cette petite équipe ? De plus, ils patrouillaient autour du terrain de Quidditch et si l'un d'eux venait à fuir, personne ne le saurait avant d'avoir pu vérifier.
– Les Aurors autour du terrain, dit finalement Edward en rouvrant les yeux pour croiser le regard de Dumbledore. Il faut vérifier s'ils sont tous encore là.
– Je comptais aller sonder Mr Verpey, pour ma part, confia Dumbledore en faisant un signe de la main à quelqu'un derrière Edward.
Ce dernier se retourna pour voir Rogue et McGonagall s'approcher. Quand ils furent assez près pour discuter en toute discrétion, Dumbledore leur soumit la requête d'Edward concernant les jeunes recrues et ils partirent aussitôt, en contournant les tribunes. Pendant ce temps, les deux restants allèrent interpeler Verpey pour avoir une petite conversation avec lui, qui leur vaudrait sûrement des problèmes, à ainsi harceler un membre du ministère. Comme prévu, Verpey le prit mal et s'offusqua aussitôt avec véhémence.
– Par Merlin, j'ai déjà été soumis à tous vos tests ! J'ai choisi les meilleurs Aurors que j'avais à ma disposition et j'ai même fait rentrer Martha de son congé maternité pour qu'elle fasse partie de mon escorte personnelle. Sur vos ordres, je n'ai jamais été laissé seul le moindre instant et je suis sous la surveillance de quatre Aurors surentraînés et dignes de confiance que le ministère a récompensés à de nombreuses reprises pour leurs exploits et loyaux services. Ils savent davantage ce qu'ils font que vous, j'en suis certain !
Edward réalisa qu'il s'était trompé. Ce n'étaient pas les jeunes recrues qui étaient les plus à même d'être prises pour cible par Croupton, mais leurs aînés, comme Maugrey, qui était un Auror de première classe. Il ne pouvait pas prendre le risque de minimiser ses réelles capacités en risquant de se faire démasquer en exécutant de la magie à un niveau qu'il n'était pas censé atteindre. Ça lui paraissait tellement limpide désormais ! Il savait où était la faille, et elle se situait dans la confiance aveugle que l'on accordait à ces Aurors, même soumis à tous les tests possibles. Car, lors de sa visite au QG, un seul Auror ne mangeait pas ce que les elfes de maison avaient préparé.
« Je me suis habitué à la nourriture que mon mari prépare pour notre bébé. Je ne peux plus m'en passer depuis que j'ai accouché ! »
– Oh non, grimaça Edward, affolé. Albus, nous avons un problème.
Tout à coup, tout devint blanc. Puis noir.
– Merde, marmonna Edward en chancelant. Envy est...
– Faudrait vraiment que j'arrête de crier, grommela Envy.
Dégoulinant de suc gastrique, il poussa un soupir à fendre l'âme. Âme, d'ailleurs, qu'il venait littéralement de perdre stupidement, en attirant l'attention d'une Hydre alors qu'il criait après Harry pour qu'il revienne. La créature l'avait pris par surprise et l'avait avalé tout rond avant de le digérer et de l'expulser, au grand dégoût d'Envy qui extermina l'Hydre en représailles. Après avoir cautérisé la base de ses trois têtes qui ne pourraient plus repousser, il avait planté une lame dans le cœur de la bête mourante. Juste pour être sûr.
– Quel con ! Perdre une âme si simplement ! se morigéna-t-il en essorant ses vêtements à la va-vite pour en extraire le plus de jus puant possible. L'autre nabot va encore me piquer une crise de nerfs.
Cette fois, sa patience atteignait sa limite. Il prit sa baguette, lui ordonna de pointer au nord, et prit le prochain chemin sur sa droite. Il s'y précipita et vit alors une lumière devant lui. Posé sur un piédestal, à une centaine de mètres, scintillait le Trophée des Trois Sorciers. Ça y était enfin ! S'il le prenait, tout serait terminé et à lui la salle de bain des préfets ! Plus qu'un petit effort !
Courant à en perdre haleine, il approchait de plus en plus de la lueur bleutée, quand tout à coup :
– Envy ! Attention à gauche !
Envy tourna la tête juste à temps et vit le corps velu fonçant vers lui. Il se jeta en avant et fit une roulade qui le sauva in extremis de la chose. Une araignée géante, pour être plus précis.
– Stupéfix ! cria Harry.
Le sortilège n'eut d'autre effet que d'attirer l'attention de l'araignée qui sursauta et se désintéressa d'Envy pour plutôt aller attaquer Harry.
– Stupéfix ! Impedimenta ! Stupéfix !
C'était inutile. Aucun sortilège ne produisait d'effet sur la créature et ne faisait que l'énerver davantage. Envy courut à sa poursuite, et déjà elle soulevait Harry qui se débattait comme un fou entre ses pattes gigantesques. Dans l'urgence, il ne s'embarrassa pas de formule magique et transforma son bras en pieu pour l'enfoncer dans l'abdomen de l'araignée. Il la transperça de part en part, réceptionna Harry de son bras libre pour lui éviter la chute et le détourna d'une diversion habile pour avoir l'opportunité de rendre une apparence normale à son bras déformé. Le corps crispé de l'araignée tomba en arrière dans un petit tremblement de terre et ses pattes se recroquevillèrent. Morte.
Choqué, Harry observa un instant le cadavre avant de gémir de douleur en s'appuyant contre une haie derrière lui. Envy se précipita pour vérifier l'état de sa jambe blessée. Une longue coupure s'étendait sur le mollet. Elle saignait abondamment et suppurait une sorte de sécrétion épaisse et gluante provenant sans doute des pinces de l'araignée.
– Assis toi, commanda Envy.
Harry obtempéra, surpris par l'indifférence manifeste d'Envy pour le trophée pourtant à sa portée, en plus de ne plus avoir d'adversaire viable, vu l'état dans lequel Harry se trouvait. À la place, le Serpentard découvrit sa blessure pour en avoir une meilleure vision d'ensemble tandis qu'il essuyait son bras couvert de sang d'araignée sur un morceau de sa robe apparemment approximativement sec. Son odeur était immonde, remarqua Harry en se demandant quels obstacles il avait rencontrés pour que sa robe ne ressemble plus qu'à une serpillère.
Loin de chercher à savoir à quoi son ami pensait, Envy déchira un morceau de sa chemise pour bander la plaie sanguinolente de Harry. Il serra les bandes assez fort et les noua solidement. Ça suffirait pour le moment, en attendant qu'on les sorte de ce labyrinthe.
– Tu crois que tu peux marcher jusqu'au trophée ?
Harry le fixa avec de gros yeux éberlués et Envy perdit vite patience. Il prit le garçon par le bras pour le remettre sur ses jambes et passa son bras dans son dos pour l'aider à se maintenir debout.
– Qu'est-ce que tu fais ? bégaya Harry, choqué. Prends-le, Envy. Tu te souviens de la raison qui te pousse à vouloir le gagner ? Laisse-moi, c'est toi qui dois le gagner. Celui qui atteint le trophée avant les autres remporte la victoire. C'est toi. Je te garantis que je suis incapable de gagner une course dans l'état où est ma jambe.
Envy le fixa en silence avant de resserrer sa prise.
– J'ai promis de te protéger, alors je le ferai. Maintenant tu viens avec moi. C'est toi qui vas prendre ce trophée. Dumbledore m'a prévenu que c'est un Portoloin qui mène directement à l'entrée du labyrinthe. Tu seras en sécurité là-bas. Tant pis si je perds. Je trouverai bien un autre moyen de nous payer une maison, à Ed et moi. Ta vie est plus importante que quelques Gallions.
La gorge nouée d'émotion et de gratitude d'avoir un ami comme Envy, Harry hocha la tête et ils avancèrent vers le piédestal. Une fois devant celui-ci, ils s'arrêtèrent et Harry tendit la main, avant d'interrompre son mouvement.
– Tous les deux.
– Quoi ?
– On prend le trophée ensemble, ce sera victoire ex aequo pour Poudlard, c'est pas mal non ? proposa Harry avec un petit sourire.
Pendant un instant, Envy n'en crut pas ses oreilles. Puis un sourire se dessina sur son visage et il hocha la tête.
– Tu as raison. Viens.
Tous deux tendirent alors la main vers chacune des anses de la coupe qui scintillait sous leurs yeux.
– À trois, d'accord ? dit Harry. Un... deux...
Un cri retentit dans le chemin obscur qui leur faisait face. Soudain, le visage affreusement déformé de Fleur Delacour apparut face à eux, elle brandissait sa baguette d'un air menaçant.
– Trois ! s'écria Envy en poussant Harry vers le trophée.
D'un même geste, ils saisirent chacun une anse du trophée. La main de Fleur se referma sur la coupe en même temps.
À cet instant, ils sentirent tous une secousse quelque part au niveau du nombril. Leurs pieds avaient quitté le sol et ils n'arrivaient plus à lâcher le Trophée des Trois Sorciers qui les entraîna comme une tornade dans un tourbillon de couleurs.
