Playlist

« Hate to see the heart break » Paramore

« Ghost in the wind » Birdy

« Courage to change » Sia

« Cold » James Blunt et Léa Paci

« We are young » The Mayries (cover)

« You are enough » Sleeping at last

Chapitre n°33

Point de vue d'Aurore

Autant dire que je ne m'attendais pas à être aussi subjuguée par le paysage. Nous sommes en Islande, à Reykjavik depuis hier où les températures bien fraîches sont là en ce mois d'octobre.

Nous sommes en pleine chasse dans la forêt.

Une première proie a été repérée à environ deux kilomètres. Mon instinct s'est réveillé. Matthéo me précède, il est concentré.

Je dois dire que le retour à la maison a été un bon retour aux sources. J'ai eu mes marques à New-York et avec ma famille auprès de moi, je me sens nettement mieux. J'étais heureuse de les serrer dans mes bras dans le hall de l'aéroport. Nous avons profité d'eux, raconté nos aventures new-yorkaises. J'en ai profité pour présenter officiellement Céleste au reste de la famille. Elle était un peu intimidée au début mais Carlisle et Esmée l'ont rassurée tout de suite. Sa chambre l'attendait déjà si elle le souhaitait. Mais je suis certaine qu'elle a apprécié la proposition. Nous avons profité de l'été tous ensemble jusqu'à la rentrée où les études ont repris le dessus sur les vacances. Matt s'est octroyé des vacances avec moi après avoir travaillé nuit et jours à l'hôpital tout l'été.

En attendant, je profite de mon séjour sur le territoire des aurores boréales pour la première fois en un siècle de vie. Être auprès de mon vampire favoris est parfait. Outre mon stage à New-York, c'est notre premier voyage à deux. Je suis heureuse de vivre ce moment avec lui. Nous pourrons voir les aurores boréales au cours de ce séjour et je meurs d'impatience de les voir. Ici, la nuit tombe tôt, nous pouvons encore profiter des derniers rayons du soleil pour chasser. Ensuite, j'ai envie de passer du temps à la piscine. Une chance qu'il ne s'agisse pas d'un hôtel classique où l'on peut croiser d'autres clients humains. Il s'agit d'un hôtel particulier qui appartient à des amis de Carlisle, un ancien hôtel en l'occurence qui a servit durant très longtemps puisqu'il a fallut le réhabiliter et ses amis en ont fait une résidence secondaire. Ils vivent dans la région et ont eu assez de confiance pour nous prêter leur domaine privé, le temps pour eux de voyager un peu et pour nous d'admirer ces sublimes phénomènes naturels nocturnes typiques de cette région du monde. Je me souviens encore du jour où Matthéo m'a tendu l'enveloppe qui contenait le programme et la fausse réservation puisqu'il n'y a pas de réservation de logement. Il en a fait une invitation personnelle. C'était dans ma cuisine de l'appartement à New-York.

D'ailleurs, Matt me devance. Sa proie semble être rapide. Notre vitesse est multipliée par je ne sais combien par rapport à un ours ou à un chevreuil. Il le rattrape enfin pour adoucir la brûlure dans ma gorge. Se nourrir de temps en temps nous est nécéssaire. Pour ne pas craquer auprès des parfums humains. Nous sommes censés être des êtres civilisés et nous y mettons un point d'honneur. J'aperçois à mon tour une proie susceptible de satisfaire ma soif. Garder le contrôle. Ne pas paraitre trop étrange, ne pas éveiller les soupçons.

Ma proie est un beau chevreuil. C'est attendrissant. C'est la douce image que donne cet animal sauvage aux yeux des humains. Sauf qu'il existe une autre image et elle n'est répertoriée nulle part exceptée au cinéma. Triste réalité qu'il vaut mieux impérativement ne pas dévoiler au grand jour.

Étant une créature immortelle, un vampire il est évident que mon régime alimentaire diffère d'autres vampires dont la consommation d'hémoglobine humaine n'est pas un problème. Je me rapproche de ma proie pour la mordre rapidement et lui éviter une souffrance prolongée. Son liquide vital m'apaise tout de suite. C'est incroyable l'effet qu'il procure. Je ne serais jamais pleinement rassasiée. Seul le sang humain peut nous combler dans tous les sens du terme. Mais je ne vais certainement pas me plaindre car je peux gouter à la vie quand même sans avoir à me cacher ni à avoir peur de ma nature vampirique. Je peux vivre. Rien ne m'empêche de suivre des études, de voyager, de profiter de ma vie. Je vis au sein d'une famille unie.

De plus, je suis aux portes du cercle polaire Arctique avec Matthéo alors autant dire que je suis heureuse et chanceuse. Son ombre apparait non loin de moi dans la lumière qui annonce la fin de la journée. Nous attrapons une nouvelle proie chacun de notre côté avant de rentrer.

Il s'essuie la bouche avant de me rejoindre. Nous avons assez chassé pour aujourd'hui. Il s'élance en premier à travers les arbres. Le cadre est sublime. Les derniers rayons du soleil disparaissent à l'horizon avant que la pénombre ne s'installe. Ce sera notre heure. Les vampires sortent la nuit. Être une créature nocturne semble effrayant au premier abord. Si nous n'avions pas cette image dans la littérature, elle ne concerne qu'une poignée d'entre nous, je suis sûre que ce serait plus facile de s'intégrer dans la Société humaine. Je sais que la plupart d'entre nous veulent une nouvelle opportunité de vivre comme les humains. C'est une chance d'accomplir des projets interrompus par notre immortalité.

« On rentre ? ».

« Oui, j'ai froid ».

Il rit, lie ses doigts aux miens et on rentre dans notre logement. Le bâtiment est très ouvert grâce aux nombreuses baies vitrées. Ici, nous n'avons pas non plus besoin de nous cacher comme dirait Edward. Je sais combien il a eu du mal à accepter sa nature de vampire. D'ailleurs, c'est la première chose qu'il a mentionné en invitant Bella à la maison. La luminosité de la maison l'a surprise. Des vampires normalement condamné à être tapis dans l'ombre. Côtoyer la lumière est une provocation. Alors, je me dois de faire abstraction de cette triste image. Me montrer sous mon meilleur jour.

« Comme si on pouvait ressentir les changements de températures » rit-il.

Il m'ouvre la porte et fait comme une révérence pour m'inviter à entrer. Ses manières un peu venues d'une autre époque me font sourire. Il est évident que nos siècles d'expérience respectifs font que nous pouvons passer pour snob ou une personne venue d'une autre région plus populaire de celle de l'Olympique dans l'État de Washington.

« Madame ».

« Madame ? ».

« Oui Madame Cullen » dit-il en embrassant délicatement la paume de ma main.

Une manière délicate de sa part.

Son visage semble songeur sans que je ne sache pourquoi.

« Je vais aller profiter de la piscine, tu m'y rejoins ? ».

« Pas tout de suite ma belle, il faut que j'appelle Carlisle. Du travail m'attend ».

Sa réponse me refroidie un peu. Je lâche ma main liée à la sienne. Ma bouche en forme de « O » fait office de réponse.

Disons que je pense que quelque chose le perturbe un peu. Je n'ai pas le don de lire les émotions des gens donc je me fige comme face à un mur. Je vais le laisser tranquille discuter avec Carlisle.

Je le quitte le cœur un peu lourd. Je m'éloigne dans la chambre. Mon maillot de bain en vue, je vais l'enfiler dans la salle de bain. Là encore, mon reflet dans le miroir m'interpelle. Ma peau blanche. Ma peau dure et froide. Mes cheveux blonds que j'ai gardé de mon humanité. Mon reflet reste identique. Ce moment me rappelle celui que j'ai eu avec Élise. Venise. Cette ville dont j'ai encore les souvenirs ancrés en mémoire. Encore une fois, j'ai du travail avant de me détacher de cette image. Je suis née humaine nourrit aux médicaments. J'ai des traces sur le corps qui résultent suite à des effets secondaires comme des tâches sur les jambes et les médicaments ont sans doute causé une stérilité chez moi mais je ne le saurais jamais. Résultat, je n'ai pas eu l'estime méritée. Devenue une créature horrible que l'on appelle « vampire », c'est différent car à la fois on effraie et on attire les gens comme des aimants.

J'enfile mon maillot de bain quand même car je veux profiter de la piscine chauffée. Un peignoir m'enveloppe le corps et je m'aventure dans la demeure. Il y a plusieurs chambres à l'étage, il y en a d'autres au second. Le rez-de-chaussée est constitué des pièces de vies classiques. Une aile située au Sud constitue l'espace de bien-être, la piscine est ce qui m'intéresse. Le bassin semble m'attendre. Un peu plus loin, il y a des jets massants pour le dos. L'eau chaude m'attend. Je laisse le peignoir sur le côté. La pièce est ouverte sur le paysage lunaire de l'Islande. C'est très différent de la forêt qui entoure la maison ou la frontière canadienne. Ici, la maison est dans un écrin, personne ne peut la distinguer car elle se fond parfaitement dans le paysage. Je me rends compte que c'est ce que l'on attend des vampires. Qu'ils se fondent dans la masse sans que les humains ne s'en rendent réellement compte. Comme si on dominait le monde d'une certaine façon.

L'eau chaude me réchauffe la peau normalement froide comme la glace, blanche comme la neige et dure comme l'acier. Ridicule comme description. Je ne suis pas que cette description. Je ne me détends pas. Les pensées négatives se mêlent au visage inquiet par je ne sais quoi de Matt. À croire qu'être ici avec moi lui déplait. Être à l'hôpital lui donne plus de responsabilités. C'est logique, il fait des études de médecine. C'est horrible de douter pour tout. Je me mets à émettre des théories infondées. Autant ressortir de l'eau si des pensées négatives m'envahissent l'esprit. Sauf que tout change quand une onde apaisante envahie mon corps. Mes pensées négatives s'envolent. Je passe d'un état où des larmes perlaient mes yeux avec les mains moites et le corps prêt à se recroqueviller dans un coin de la piscine à un état plus apaisant. Le contraste est très étrange. Il n'y a qu'une personne capable de faire ça.

Matthéo.

Matt se tient au bord de la piscine, vêtu d'une chemise blanche ouverte. Quand je croise son regard, je me demande comment il peut supporter un bout de tissu vu la chaleur que dégage l'eau. La pièce est ouverte. J'ai bien compris qu'Esmé a épousé la carrière de médecin de Carlisle en le choisissant. Leur amour est réellement inspirant pour toute la famille. Je me rends compte que je fais un peu tâche en ayant peur de ce que me cache Matthéo. Nous sommes ensemble depuis un certain temps, nos sentiments se renforcent tous les jours, pourtant depuis que nous sommes ici, quelque chose le perturbe. Sans me dire pourquoi, je me pose des questions.

Pourtant son regard est bienveillant. J'ai envie de lui dire d'enlever cette chemise. Ce bout de tissu me perturbe. Il porte un maillot de bain. C'est la première fois que l'on se voit avec aussi peu de tissu, pour moi en l'occurence. On ne croise pas souvent un vampire aux abords d'une piscine et encore moins à la plage.

J'attends de voir s'il prononce quelque chose ou si je peux encore profiter de la piscine avant de remonter dans la chambre. Il semble réellement désolé. Je peux le lire dans ses yeux. Le connaissant, il doit culpabiliser et ressasser sa déception. Lui en vouloir me fait mal au cœur. Jamais, je n'ai eu cette impression étrange de me sentir aussi chamboulée par quelque chose. Nos âmes sont connectées. De toute manière, c'est un malentendu comme d'autres. Ce n'est pas grave. Montrer nos émotions communes font parties de nos vies. J'ai envie de sortir de l'eau, me rapprocher de lui pour le serrer dans mes bras, sentir sa peau contre ma joue.

« Il est temps que tu saches » commence t-il par dire en me montrant ses bras puis le reste de son corps se dévoile.

Il enlève sa chemise. Le morceau de tissu tombe au sol. Je n'avais pas prévu ça.

Je suis surprise de constater que Matthéo n'a pas que des cicatrices uniquement aux bars mais partout sur le corps. Son torse en est recouvert. Des centaines de croissants de lune plus ou moins grands car les morsures sont de tailles différentes et de profondeurs différentes.

Une réalité me frappe.

Voilà pourquoi je n'ai jamais pu glisser mes doigts sur sa peau.

Voilà pourquoi il a été réticent quand j'ai glissé mes doigts sous sa chemise dans la salle de garde.

Voilà pourquoi il privilégie des chemises à manches longues.

Matthéo a eu peur de ma réaction au sujet de ses cicatrices.

Il en a partout sur le corps.

Lucy et Maria se sont déchainées. Comment ont-elles pu être aussi cruelles ? Elles auraient pu arrêter le cœur de Matt et Jasper en deux morsures. Comment leur cœur respectif a t-il pu tenir autant ?

Ils sont des miraculés.

Sans sa transformation en vampire, je n'aurais pas pu le rencontrer.

Nous avons subi le même sort. Nos âmes se sont quand même trouvées.

Mon regard a du mal à se détacher de sa peau. Elle ne brille pas sous l'éclairage de la piscine mais je devine sa froideur, la même que moi. Je rêve de faire courir mes doigts sur sa peau marbrée. Elle est blanche comme du marbre. Je pourrais en deviner les nervures.

« Ces cicatrices indélébiles sont l'œuvre de Lucy. Celle qui m'a rendu immortel. Autant te dire qu'elles me dégoutent. Il en aurait suffit d'une pour me tuer. Il y en a une centaine. Cents cinquante pour être précis. Dieu sait que j'ai eu très envie de te les montrer avant. Autant te dire que je suis stressé mais soulagé que ce jour soit enfin arrivé. Ne pense en aucun cas que je n'ai pas eu confiance en toi auparavant. Quand tu glisses tes doigts sur ma peau, je ne ressens que du bien-être, quand tu touches mes cheveux, je ressens des frissons et tes doigts sont si délicats. Je meurs d'envie de te laisser faire mais quand je t'ai interrompu à chaque fois, notamment dans la salle de garde, j'ai bien senti ta déception. Ce n'est pas toi, c'est moi. Voilà pourquoi je ne porte rien d'autre que des chemises. Voilà pourquoi je ne laisse personne me toucher la peau. Carlisle a eu du mal au début mais quand il a vu les premières traces, il ne m'a pas jugé. Au contraire, il m'a sourit de toute sa compassion et grâce à mon frère Jasper j'ai pu me défaire du regard des autres sur le sujet. C'est toujours difficile mais il y a un mieux. Par contre, le regard d'une femme me rend nerveux. Je n'ai jamais estimé être prêt à les dévoiler devant une femme. Rien que retrousser mes manches m'angoisse. Je sais que les humains ont une vue faible face à la notre. Ça me suffit à avoir peur quand même. Sauf qu'avec toi, tout est différent. J'estime être prêt à être honnête avec toi sur le sujet. Ces traces indélébiles sont ma triste histoire. Ce sont elles qui m'ont donné l'immortalité et... ».

Je pose un doigt sur sa bouche pour l'interrompre tout en me détachant de sa peau que j'examinais en écoutant ses explications.

J'ai l'impression de revivre la première fois que je l'ai embrassé. Un souvenir à la fois beau car c'était le premier baiser et triste car je n'avais jamais vu quelqu'un affichant un visage aussi préoccupé, triste. Il est venu me voir parce qu'il me faisait confiance. J'ai cru qu'il allait pleurer dans mes bras. Pourtant ça lui aurait fait du bien. Entendre ses sanglots m'aurais fait mal au cœur mais j'imagine que ça aurait pu le soulager. Je suis aussi capable de l'entendre pleurer sur mon épaule. À l'époque, il était tellement préoccupé par ce qu'il vivait au lycée. Il était venu s'excuser. Nous en avons discuté et rien ne justifiait des excuses. Mais j'étais vraiment heureuse pour lui que la situation se soit réglée plus tard.

Je tente de digérer ce que je viens d'entendre. Beaucoup de questions fusent dans mon esprit.

La première étant que la douleur a du être insupportable sur le moment.

Quand je pense aux crocs plantés dans sa peau.

Dans le but de le changer.

Dans le but de le faire souffrir.

Dans le but de le marquer.

Lui et Jasper ont souffert le martyr. Jasper a été manipulé comme un pantin et je sais que ça l'a marqué encore plus que les cicatrices. Matt pareil. Comme quoi les mots peuvent se montrer plus fort que les marques physiques visibles.

Quand je regarde mes cicatrices, je me sens différente. Alors que non. On m'en a infligé à l'hôpital et celle qui a changé ma vie humaine pour ma vie de vampire, c'est Isabelle qui me l'a infligée. Je me souviens que mes pensées étaient désordonnées. Malgré ça, je serais incapable de ne pas reconnaître la seconde chance que l'on m'a donné de vivre une nouvelle vie. La seule chose que j'ai conservé de ma vie humaine, c'est mon dossier médical.

Je suis au courant que la centaine de croissants de lune gravés dans sa peau est un sujet délicat. Pour lui, c'est un sujet douloureux. Je suis heureuse qu'il me les montre. Son immortalité lui a donné une nouvelle chance. Idem pour moi et tous les autres vampires que l'on connait. Personne n'a eu des débuts plus ou moins faciles.

Son regard croise le mien. Son regard ambré se pose sur moi. Il a un air interrogatif et il ne sait pas quoi répondre. C'est la vérité. Et c'est courageux de me les montrer. Il évoque quelque chose d'intime avec moi. On s'attend à ce qu'un vampire soit fort, sans âme et un tas d'autres clichés. Avec Matt, sa sensibilité ou plutôt sa vulnérabilité s'exprime de plus en plus avec moi. Passer quelques jours en Islande nous font du bien.

« Malgré ton vécu, tu es en vie. Avec moi. Je t'aime quoiqu'il arrive Matt et ce ne sont pas des cicatrices qui me feront changer de regard sur toi » dis-je en touchant sa main. « C'est difficile à admettre mais nous avons cessé de souffrir. N'ai aucune honte Matt. N'ai aucune honte de tes marques. J'en ai aussi depuis mon séjour à l'hôpital et tu m'as appris à ne pas les regarder avec mépris. Tu ne dois pas être dégouté des tiennes ».

« Je reconnais avoir beaucoup de chance, tu es incroyable » souffle t-il.

Un mince sourire s'étire enfin sur ses lèvres. Il n'est plus l'humain qu'il a été. Il est un vampire, un étudiant en médecine, un frère, un fils avant tout.

Il effleure ma main de ses lèvres.

« C'est le cas de le dire » souffle t-il avant de remettre une mèche de mes cheveux derrière l'oreille.

Raison de plus pour combler la distance entre nous.

Matt encadre mon visage de ses mains délicatement. Le contact de sa peau est agréable. Il relâche sa douce main de ma joue pour me regarder à nouveau. Il prend mon menton entre ses doigts et comble enfin cette distance. D'abord, son baiser est délicat, je place mes mains sur son torse. Ses marques sont là et se font sentir sous mes doigts. Elles sont silencieuses. Avant, je voulais bien croire que sa peau hurlait de ne pas être touchée, que personne ne pouvait le voir tel qu'il était. Je vais doucement dans mes gestes. Pour ne pas interrompre ce doux baiser de sa part. Je rêve d'enrouler mes doigts à nouveau dans ses cheveux.

« Ma belle » dit-il doucement en esquissant un sourire.

Nous ne ressentons pas le changement de température comme les humains dont le corps y est bien plus sensible. Heureusement pour nous car j'aurais vraiment eu froid sans m'en rendre compte. J'enroule mes bras autour du cou de Matthéo pour me rapprocher de lui. Mes lèvres se soudent aux siennes. Un peu surpris, il enlace ma taille mais je replace ses mains, une au-dessus de ma taille et l'autre au milieu du dos. De cette manière, il est plus collé à moi. Je peux même sentir son cœur contre le mien.

Depuis que nous sommes ensemble, j'ai envie de le toucher. Lier ma main à la sienne est une chose, toucher ses cheveux aussi. J'ai envie d'effleurer sa peau des bras, de son torse sans que je ne devine une gêne ou une non invitation de ne pas trop m'attarder sur ces zones sensibles du corps. J'y ai fait toujours attention au préalable et je lui demande son accord.

« Merci de ton écoute, ça m'a fait du bien de te montrer mes cicatrices sans éprouver une onde de jugement ou de peur. Il était temps ».

« Ça te fait du bien ? ».

« Oui et je ne sais pas comment te remercier ».

Sans attendre une réponse de ma part, je l'attire à moi pour un autre baiser. C'est la seule réponse acceptable. Cette fois-ci je ne me gêne pas pour toucher ses cheveux et effleurer son torse. Mes doigts courent sur sa peau. Autant en profiter. Lui aussi ne doit pas avoir peur.

« Je suppose que c'était la réponse ? ».

« Tu supposes bien » dis-je simplement. « Ça me rappelle la première fois que je t'ai embrassé ».

« J'allais te le dire. Très bon souvenir. D'ailleurs, je compte bien t'embrasser à mon tour ».

Les pièces du puzzle sont rassemblées. Désormais, plus de secrets entre nous.

Conserver le maximum de bons souvenirs me parait une belle idée.

Mettre des mots sur des maux est quelque chose d'important. Ça a été le cas ce soir.

Matthéo a eu le courage de mettre ses peurs de côté pour me montrer et m'expliquer ses doutes vis à vis de son corps.

Comment il a enduré ça ? Jasper a du être terrifié vis à vis de son frère en sachant qu'il a vécu la même chose. J'ai bien envie de connaitre le ressenti de ma sœur avant d'évoquer le sujet auprès de Jasper. Tout ce que j'espère est qu'il ne m'envoie pas sur les roses. Ce serait ma hantise. Je veux juste savoir. Mais je ne vais pas évoquer le sujet demain. Je suis déjà heureuse d'avoir pu écouter les confessions de Matthéo ce soir même si c'était douloureux. L'entendre m'a fendu le cœur. Autant de souffrance cumulées en une seule personne ne devrait pas exister. Matt doit avoir le droit au bonheur. Il l'a trouvé en faisant parti de la famille Cullen. Il a aussi eu le soutien dont il a toujours eu besoin, notamment être avec son frère doit le soulager. D'ailleurs, je me demande si le destin n'a pas ajouté son grain de sel en faisant en sorte que j'intègre moi aussi la famille Cullen grâce à ma sœur.

« Wha, si j'avais su je t'aurais montré mon corps plus tôt, ma peau mais je me sens soulagé que tu saches la vérité ».

« L'important est que tu te sentes prêts ».

« La preuve que oui ».

« Alors, on est à égalité ? ».

« Je suis amoureux encore une fois ».

« L'amour fait beaucoup de choses » souriais-je.

Nos lèvres se scellent une nouvelle fois pour mon plus grand plaisir. Un baiser rapide mais je ressers mon étreinte contre sa peau.

« J'ai envie de te montrer les aurores boréales cette nuit. La météo est correcte pour ce soir, si une tempête ne se lève pas à la dernière minute on devrait les voir ».

« Ce serait fantastique, depuis le temps que j'en rêve et ce sera encore plus beau que dans les livres ».

« Je sais et c'est le but de ce voyage ma belle ».

De retour dans la chambre, je prends une douche pour enlever l'eau chlorée de mon corps.

Sauf qu'au moment de me rhabiller, je n'ai pas beaucoup de sous-vêtements confortables mais uniquement de la lingerie. Ma lingerie. De la lingerie neuve aussi.

Je soupçonne quelqu'un d'avoir réussi à trafiquer en partie ma valise.

Non que je ne sois réticente. Matt vient de me voir en maillot, une pièce mais en maillot dont il n'a pas fait attention. Ce n'est pas grave qu'il me voit en culotte.

Une sorte d'angoisse me tord l'estomac.

Mon reflet dans le miroir aussi pâle que la neige, ma non confiance en moi qui me broie en deux.

Rien ne va.

Mes marques.

Mon corps digne d'un film flippant à cause des marques causées par les médicaments donnés par les piqures. Mes croissants de lune.

Je n'aime pas ce reflet dans le miroir.

Ma respiration devient comme irrégulière.

Ridicule.

Mon corps ne me donne pas envie de sortir de la salle de bain.

Pourtant, je n'ai rien à craindre.

J'attends que ma crise passe en évitant de me regarder dans le miroir. Dans la piscine, j'étais seule. À cause des médicaments pris à l'hôpital, j'ai des angoisses. C'est l'une d'elle. Comme si cette angoisse me hurlait que je n'étais pas assez bien bien. Le miroir se brise parce que j'ai lancé un objet dedans. Les morceaux volent dans la pièce. Des morceaux se hissent dans mes cheveux mais peu m'importe. Des coupures se voient sans doute mais elles vont guérir dans une seconde.

« Si Matthéo a autant de marques sur le corps c'est parce qu'il a fait la guerre, l'armée. Toi c'était pour maitriser ta folie ».

Ces mêmes mots répétés tant de fois.

Ils me reviennent en pleine face.

Aussi difficiles à entendre soient-ils, il y a une part de vérité. Je ne suis plus humaine. On m'a volé mon humanité dès mon entrée à l'hôpital, je ne l'ai plus été. À partir du moment où l'on a décrété une folie chez moi ainsi qu'à ma sœur Alice, notre enfance, notre innocence fut enterrée six pieds sous terre. Ça me colle à la peau.

J'ai quasiment un siècle d'existence.

J'ai encore peur.

Mes angoissent me collent à la peau.

Mon corps est tel qu'il est.

L'accepter est si difficile.

« Un problème ? ».

Il s'inquiète.

« Aurore ? ».

Rosalie et moi sommes d'accord sur le sujet. Nous sommes coincées dans un corps de jeunes femmes sans perspectives de vieillissement ni la possibilité de fonder une famille. Pourtant, j'ai eu l'incroyable opportunité de m'occuper de Céleste bébé alors je n'ai pas le droit de me plaindre. Je n'ai pas eu à vivre comme Carlisle recluse pendant des années à cause de ma nouvelle nature vampirique. J'ai vécu aux côtés de ma sœur jusqu'à l'apparition de James dans nos vies mais il est mort. Fuir avec Céleste dans les bras n'a pas été facile mais l'expérience fut incroyable et c'était la meilleure solution. Je me souviendrais toujours de nos retrouvailles ce soir-là à Central Park avec Matt et Bella. Nous avons appris à nous connaitre. Depuis, je me sens complète. Mon cœur est complet.

Le reflet de mon corps dans le miroir ne devrait pas balayer tout ça, mon vécu m'a construite, détruite et reconstruite depuis mon arrivée chez les Cullen. Mon corps a vécu les changements suite aux médicaments, des traces sont apparues, des marques et des séquelles.

« Aurore, je peux entrer ? ».

Il s'inquiète encore plus.

Sa voix me fait mal au cœur.

Derrière la porte de la salle de bain, il doit ressentir ma détresse. J'ai envie de lui dire que tout va bien mais ça ne servirait pas à grand chose. De toute manière, je ne sais même plus quoi dire.

Enroulée dans mon peignoir, je me sens vulnérable.

Pour la première fois depuis longtemps, mes doutes ont pris le dessus sur le reste. Et ce n'est pas bon.

La porte de la salle de bain s'ouvre et Matt apparait le visage plein d'incompréhension. La première chose que je sens c'est une onde d'apaisement envoyée de sa part et qui a le don de me faire du bien.

« Je vais t'aider ma belle » souffle t-il.

Je me sens d'abord portée par sa voix avant de me retrouver dans ses bras telle une princesse.

La surface moelleuse du lit me donne envie de fermer les yeux. Le visage de Matt est aussi compatissant. Être sur le lit me fait du bien. Il m'envoie une nouvelle onde apaisante pour me calmer. Et elle me calme. Il met une mèche de mes cheveux en place avec une délicatesse telle que j'en éprouve des frissons. Son regard bienveillant posé sur moi, il m'envoie une autre onde. Lui qui n'a pas confiance en son don car il le juge moins performant que celui de son frère. Matt sait modifier les rêves. Les vampires ne rêvent pas comme les humains.

« Excuse-moi pour le miroir » dis-je doucement.

Son regard surpris s'ancre dans le mien et il effleure ma joue de ses doigts.

« Ce n'est qu'un miroir ma belle. Le matériel n'a pas d'importance. Le plus important c'est toi ».

Face à ses mots, je ne peux que me rendre compte de ma chance.

J'attrape le col de sa chemise qu'il porte toujours et mes lèvres capturent les siennes. Un nouvel échange entre nous encore plus fort que celui de tout à l'heure. Je me sens bien entre ses bras. Ma crise d'angoisse m'a fait culpabiliser auprès de lui. Il a eu le courage de me montrer son corps. Il m'a laissé un peu effleurer sa peau. Pour ça, je suis reconnaissante et je suis fière de son courage. Nous sommes aussi brisé au sujet de notre corps. D'un côté, je me sens capable de laisser son regard se poser sur mon corps et d'un autre côté pas vraiment. Auprès de Matt, je me laisse aller. Ses lèvres se complètent parfaitement aux miennes. Il se rend compte que mon baiser n'est pas un moyen détourné pour noyer le poisson.

L'embrasser est quelque chose d'unique à chaque fois. Mes mains sont toujours accrochées à sa chemise et j'ai envie d'enrouler mes bras autour de son cou. Je ne veux pas qu'il parte. Cette bulle est très bien. Il effleure ma joue de ses doigts. Ce contact est agréable, contrairement à ce qu'il peut penser à cause de sa peau froide alors que nous avons la même. Au contraire, j'ai envie de le toucher comme je suis en train de le faire là maintenant. J'ai besoin de le sentir contre moi. Je continue de m'agripper au col de sa chemise. Je peux rester ainsi des heures. Il ne m'interromps pas non plus. Il se positionne de sorte à encadrer le haut de ma tête de sa main gauche avant de se mettre de façon à ce que je me retrouve allonger sur lui. Nos positions sont désormais inversées. Pour mon plaisir non dissimulé sur mon visage. Un sourire se dessine. J'oublie mes angoisse et me laisse aller.

« Tu souhaites en parler ? ».

« Pas maintenant, je me sens mieux dans tes bras ».

« D'accord ».

Autant ne pas insister tout de suite sur le sujet.

Je sais que culpabiliser ne sert à rien.

C'est juste plus fort que moi, comme si j'avais l'intention d'y plonger pour revoir encore les mêmes images de mon reflet dans le miroir de la chambre d'hôpital à l'époque. J'en ai accompli des choses depuis. Je ne suis plus la même personne. Assumer mon image dans un miroir n'est pas habituel. J'ai encore des pensées négatives alors que j'ai la chance d'être en vie. D'autres ne l'ont pas eu à l'époque. Matthéo m'envoie une nouvelle onde apaisante qui m'aide à aller mieux, rien que pour une seconde. J'attrape sa main pour le toucher et me rassurer. Il est là. Sa présence m'est indispensable. Je ne peux m'empêcher de revoir tous les croissants de lune qui ornent sa peau et ça me rend malade aussi. Il a souffert pour dix personnes en une seule fois à cause de Lucy qui lui a infligé ça.

« Mon corps et moi sommes dans une dualité. Depuis très très longtemps, j'ai été sous médicaments et les séquelles sont là. C'est...C'est la première dois que tu me vois en maillot de bain alors... ».

« Égalité » sourit-il. « Tu as un corps tout aussi beau qu'un autre ma belle. L'éternité nous a donné une seconde chance. Nos corps sont marqués, je parle aussi en général dans la famille. D'ailleurs, pour être honnête, je ne pensais pas attirer une femme jusque là. Tu n'as pas eu peur tout à l'heure. Mes cicatrices me complexent et jamais ce complexe ne va me laisser tranquille. Avec toi, je les oublie un temps ».

« Pourtant, nous sommes de la même nature maintenant depuis quasiment un siècle. Je crois que nous avons franchi un nouveau cap ce soir et tu peux être sûr que ce ne sera pas le dernier ».

« Je sais ma belle. Tu es vraiment incroyable » sourit-il timidement.

« Tomber dans tes filets n'a pas été difficile ».

« Dans mes filets, vraiment ? ».

« Dans ton cœur, tu préfères ? ».

« C'est aussi poétique » rit-il.

Maintenant, je le regarde à nouveau dans le détail. Il a le physique d'une statue grecque. Je me mets à penser que les cicatrices qui ornent son corps puisse le laisser prétendre le contraire, qu'il est une créature dangereuse et horrible. Il est bien tout le contraire.

« Tu es loin d'être celui que tu étais il y a un siècle. Nous sommes identiques maintenant. Et je suis amoureuse du vampire en face de moi. Un soldat courageux qui devient médecin et une femme enfermée dans un hôpital qui devient une créatrice avant d'être devenus des vampires amoureux ».

« Heureusement que cette période est révolue » souffle t-il avant de me faire face et d'effleurer mes cheveux. « Tu sais, je suis conscient de ma chance. J'ai une famille fantastique. Mais il y a toi. Tu as changé celui que j'étais ».

« On s'est bien trouvé et je crois que nous sommes chanceux tous les deux » dis-je en me rapprochant encore. « J'ai envie de rester dans tes bras toute la nuit Matt ».

« Vient » me dit-il en me prenant contre lui. « Je t'aime Aurore ».

« Moi aussi Matt » dis-je en me tenant devant lui. « J'espère sincèrement que tu le sais alors ne doute pas de toi, d'accord ? ».

« Promis » dit-il en embrassant mon front.

Je me sens en sécurité. Il enroule son bras autour de moi. Son odeur de menthe poivrée se mêle à la mienne et j'ai envie que cela perdure encore quelques siècles pour ne pas m'en lasser.


Hey !

Nouveau chapitre publié après quelques jours de vacances qui m'ont beaucoup inspiré et aussi m'ont déconnecté d'Internet, ce qui honnêtement fait du bien en été.

Je reviens en forme, inspirée et motivée pour écrire de nouveaux projets !