Chapitre trente-deux : Prophète, médium ou visionnaire ?


– Je vous assure qu'elle a mangé comme tout le monde, lorsque vous n'étiez pas là, rétorqua Rogue, sûr de lui. Vous faites fausse route.

À côté de lui, Dumbledore approuva à contrecœur. Il voyait bien depuis ce matin qu'Edward était à fleur de peau et qu'il était prêt à tout pour éviter le moindre incident, mais là, il ne pouvait pas adhérer à sa théorie loufoque.

– C'est Croupton, je vous dis ! Il savait qu'on mettrait des contre-potions et qu'on vérifierait tout le monde. Il s'est simplement déguisé de façon moldue ! Pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt ?

– Arrêtez votre dragon, Elric. Un déguisement moldu ne pourrait pas tromper des sorciers aussi expérimentés que ses collègues Aurors.

– Ce n'est pas difficile ! s'exclama Edward. Les moldus sont doués pour ça, ils peuvent fabriquer des choses incroyables pour se déguiser et modifier leur apparence, ça, je vous l'assure ! En plus, qui se soucierait d'un léger changement physique ou de comportement venant d'une femme qui vient d'accoucher et qu'ils n'ont plus vu depuis des mois ? Personne !

Il se heurta à un mur d'incrédulité et serra les poings en grognant de frustration. Très bien. Il agirait seul dans ce cas. Mieux valait un excès de précaution plutôt que des cadavres sur les bras et Voldemort de retour. Sa baguette en main, il cria un « Accio balais d'entraînement », avant que les portes des vestiaires sur sa droite tremblent, puis soient expulsées de leurs gonds par une nuée de balais impatients. Se sentant tous concernés par l'appel du sorcier, ils semèrent la zizanie dans les tribunes en fonçant sur Edward qui en attrapa un au vol pour l'enfourcher.

– Edward, arrêtez-vous ! ordonna Dumbledore d'une voix autoritaire.

Faisant la sourde oreille, Edward donna un puissant coup de pied contre le sol et décolla à toute vitesse. Il se montra tellement maladroit qu'il fonça d'abord en sens inverse vers la foule qui s'écarta dans un mouvement de panique en criant de peur. Affolé, il s'excusa tandis qu'il manœuvrait un virage en tête d'épingle si difficile qu'il menaça d'assommer quelques spectateurs ne s'étant pas baissés à temps. Autour de lui, la foule le montrait du doigt et les juges lui criaient de descendre de son balai immédiatement.

Quand il se fut assez éloigné des tribunes, les juges eurent la marge nécessaire pour essayer de le ralentir. Il les évita de peu en quelques pirouettes loin de la grâce et de l'agilité de celles de Harry et Viktor, puis s'éloigna assez pour voler au-dessus du labyrinthe, hors d'atteinte.

Il faisait nuit noire et il ne voyait pas à plus d'un mètre devant lui avec les quelques reflets qu'il recevait encore des torches accrochées aux tribunes.

Stupéfix !

Edward vit le jet de lumière foncer droit sur lui et l'évita en tournant sur lui-même. Il faillit lâcher son balai sous le coup de la surprise et s'y cramponna de toutes ses forces. Il détestait définitivement les balais volants ! Face à lui, il vit trois Aurors pointer leurs baguettes vers sa poitrine.

– Que faites-vous ici ? questionna l'un d'eux, l'air peu avenant.

Toujours la tête à l'envers, Edward essaya de se balancer de droite à gauche pour reprendre une position plus confortable, sans y parvenir.

– Vous n'êtes que trois ? Où est –

Des étincelles rouges illuminèrent le ciel, dans le coin sud-est du labyrinthe. Après une rapide concertation, deux Aurors partirent dans cette direction en laissant à leur collègue le soin de s'occuper du cas d'Edward.

– Je vais maintenant vous arrêter et vous feriez mieux de ne pas vous débattre. Compris ?

Edward soupira en jetant un regard au labyrinthe sous lui... ou au-dessus. Il devait faire diversion pour chercher Croupton, sinon toute cette agitation allait attirer sa suspicion. S'il n'avait pas déjà pris la fuite.

Les cris des deux Aurors partis quelques secondes plus tôt déchirèrent le silence. L'Auror qui tenait Edward en joue fit brusquement volte-face pour partir à leur secours. Profitant de cette occasion, Edward se remit la tête en haut d'un coup de hanche avant de partir à la suite des trois Aurors, sûr de trouver Croupton là-bas.

– Tu arrives trop tard ! claironna une voix familière sur sa gauche, avant de le toucher d'un sortilège dans l'estomac.

Edward perdit le contrôle de son balai et pratiqua plusieurs loopings trop rapides qui lui donnèrent le mal de l'air. Lorsqu'il reprit un minimum d'emprise sur le maudit artefact, il était vert et nauséeux. Face à lui, « Martha » souriait en pointant sa baguette sur lui. Sa perruque auburn avait légèrement glissé dans la lutte contre les Aurors et quelques mèches jaune paille s'en échappaient. C'était donc bien lui, finalement. Des fois, Edward se demandait franchement s'il n'était pas un peu devin.

– Pourquoi « trop tard » ? interrogea Edward, méfiant.

Un ricanement secoua les épaules de Croupton avant qu'il arrache sa perruque et la laisse tomber dans le labyrinthe. Elle tournoya dans les airs avant d'échouer sur une haie, parel au cadavre d'une pieuvre.

– À l'heure qu'il est, Potter est auprès du Maître ! Il n'en ressortira pas vivant !

Il éclata d'un rire dément.

Stupéfix !

Croupton évita de peu le sort qui frôla le manche de son balai. En contre-bas, les Aurors revenaient à la charge, déterminés et apparemment de très mauvaise humeur de s'être fait avoir. La lutte s'enchaina à toute vitesse, entre explosions vertes, rouges, jaunes et bleues. Ce véritable feu d'artifice devait se voir de très loin et cette pensée se confirma quand soudain un groupe d'environ cinq sorciers apparut au loin, fonçant dans leur direction à toute vitesse. Comprenant l'impasse dans laquelle il se trouvait, Croupton envoya un dernier maléfice qui noya tout le périmètre autour de lui dans un nuage de fumée. Un Auror et Edward, qui étaient les plus proches du Mangemort, furent pris dans l'épaisse purée de pois qui leur bloqua la vue et les empêcha de se repérer.

– Barty Croupton, clama la voix magiquement amplifiée de Dumbledore. Rendez-vous, vous êtes cerné !

Edward ne vit rien à travers la fumée. Il entendait seulement le sifflement des vieux balais poussés à allure rapide alors qu'ils commençaient à les encercler. Le mouvement créa un vent soutenu qui lui donna du mal à s'accrocher et il se cramponna comme il le put. Quel idiot buté il faisait des fois ! Il savait pertinemment qu'il n'avait aucune chance de battre qui que ce soit sur un balai.

Tout à coup, quelque chose le frappa de plein fouet dans le dos. Il poussa un cri de surprise et de douleur mêlées qui eut pour réponse des exclamations inquiètes. Il tomba dans le vide. Tout devint blanc. Puis noir. Envy ! Puis les couleurs réapparurent. Des cris de panique le suivirent lors de sa chute d'une dizaine de mètres, avant que tout devienne noir alors qu'il s'écrasait dans les haies. Les branches l'écorchèrent en amortissant sa chute et il ne put protéger ses yeux que grâce à ses avant-bras pliés en réflexe. Une seconde plus tard, il touchait la terre ferme, le nez dans la terre et une racine dans la bouche.

Il grommela contre sa malchance d'être si mal tombé et se fit brusquement basculer sur le dos d'un revers de pied.

– Heureux de te revoir, Elric.

Un sourire au coin de ses lèvres maquillées, Croupton appuya sa semelle contre la poitrine d'Edward pour le maintenir à terre. Son talon s'enfonça désagréablement dans son sternum et y resta sans complexe, pesant de tout son poids. Edward se força à respirer amplement pour ne pas étouffer, tandis que Croupton visait sa baguette sur son visage en marmonnant une formule.

Edward plissa les paupières, s'attendant à recevoir un quelconque maléfice très douloureux, mais la seule chose qu'il sentit fut une sensation râpeuse contre ses poignets. Quand il rouvrit les yeux, il lança un regard blasé aux racines qui le retenaient prisonnier. Puis il poussa un lourd soupir en levant les yeux au ciel de dépit.

– Mais bien sûr, marmonna-t-il.

En retour, Croupton lui adressa un sourire narquois et s'accroupit au-dessus de lui tout en sortant quelque chose de sa poche intérieure. De loin, il pensa avoir affaire à une simple carte blanche, mais quand Croupton l'approcha et la retourna, Edward crut mourir. Contre tout instinct de survie, il rit à s'en décrocher la mâchoire sans plus se soucier de la situation critique dans laquelle il se trouvait.

Il savait d'où venait cette carte et avait une bonne idée de son auteur. Ce Nicolas Flamel... il aurait vraiment voulu le rencontrer. Plus il en apprenait sur lui, et plus il lui semblait être un joyeux camarade de jeu.

Sur la carte trônait fièrement une esquisse de visage tirant la langue. Le symbole fétiche des transmutations d'Edward qui avaient pour but de tourner ses adversaires en ridicule. Peu importe comment Flamel avait pu savoir, le résultat était hilarant. Il se demandait comment Voldemort avait réagi en trouvant ça dans le manuscrit de l'alchimiste.

Son rire mourut tout à coup quand la pointe de la baguette de Croupton s'enfonça dans le creux de sa gorge et y appuya sans état d'âme.

– Dis-moi que ce dessin signifie, persiffla-t-il, furieux.

– Ça paraît évident, non ? rétorqua Edward qui se dit mentalement qu'il ferait mieux d'arrêter de fanfaronner s'il ne voulait pas finir embroché sur cette fichue baguette. Flamel vous a bien eu.

– Comment peux-tu savoir que ça vient de Flamel ! s'écria Croupton.

– Oh, vous le savez très bien. On est passé après vous dans le restaurant et dans le cimetière. C'est vous qui avez tué tous ces gens là-bas, d'ailleurs, cracha Edward.

– Ce n'étaient que de vulgaires Moldus. Ils ne méritaient rien de mieux.

– Ils sont morts pour rien ! Je sais que vous n'avez pas trouvé ce que Flamel avait caché là-bas !

La baguette commença à chauffer désagréablement contre sa peau et il déglutit bruyamment.

– Il y avait bien quelque chose alors...

Croupton plissa les yeux en le scrutant attentivement.

– C'étaient ses vrais travaux ?

– Voldemort a réagi comment en comprenant que vous aviez les mauvais ?

– Ne prononce pas le nom de mon maître, ordonna Croupton. Et réponds à ma question ! Est-ce toi qui as les vrais travaux de Flamel sur la pierre philosophale ?

Edward resta obstinément muet et détourna les yeux avec une satisfaction malsaine. Il savait que Croupton détestait ça.

– Donne-moi le secret de la Pierre ! répéta le sorcier en rage tout en le secouant. Révèle-moi le secret de l'immortalité !

Soudainement, Croupton se tut et plaqua sa main sur la bouche d'Edward en tendant l'oreille. Au loin, les professeurs avaient atterri dans le labyrinthe et approchaient d'eux en appelant l'élève perdu. Ils devaient croire que Croupton s'était enfui de l'enceinte de Poudlard.

Frustré, Croupton lui lança un regard calculateur avant de le libérer et de le tirer sur ses jambes en prenant le chemin qui les éloignerait de ceux qui les recherchaient. Edward n'en attendit pas davantage pour prendre son assaillant par le bras et le faire voler par-dessus son épaule. Croupton s'écrasa contre une haie et Edward ne lui laissa pas un seul moment de répit pour se reprendre : il lui sauta à pieds joints en plein dans les reins. Croupton tomba face contre terre en poussant un grognement de douleur.

– Par ici ! cria Edward à l'adresse de ses professeurs. Il est armé !

Il n'essaya pas de l'entraver, car il savait que si ce que Croupton avait dit sur Harry et Envy était vrai, son ami aurait besoin de toute la puissance magique que leur Porte pouvait leur donner. Il préférait ne pas utiliser sa baguette pendant ce temps. Pour compenser, il pesa de tout son poids sur le Mangemort qui restait étrangement immobile. Sûrement en train de préparer un plan foireux.

– Qu'avez-vous fait à Harry et Envy ? Comment comptez-vous faire revenir Voldemort à son ancienne puissance ?

Croupton se remit aussitôt à rire avant qu'Edward aplatisse son visage dans un tas de feuilles calcinées. Cet homme l'exaspérait au plus haut point, vraiment. Heureusement, la relève arrivait à la rescousse d'après les tremblements du sol qui s'approchaient avec de plus en plus de vigueur.

Edward fronça les sourcils. En fait, à bien y réfléchir, le bruit semblait bien trop gros et pas assez éparpillé pour qu'il provienne de plusieurs personnes. Ça ressemblait plutôt à... une grosse bestiole... dont la respiration haletante s'approchait dangereusement, entrecoupée de grognements bestiaux. Puis la créature arriva par une allée transversale, une grosse massue à la main. La silhouette massive devait bien atteindre six mètres, étant donné que le sommet de son crâne chauve frôlait le haut des haies. Peau grise couverte de verrues, jambes courtes, bras longs, odeur pestilentielle : un troll des montagnes. Sans utiliser sa baguette, ça allait être coton.

Le troll renifla bruyamment dans leur direction. Il cligna ses petits yeux bouffis vers eux et dut les apercevoir malgré le fait que la seule source de lumière soit le nuage de fumée rouge au-dessus du labyrinthe. Dès qu'il comprit que deux « champions » contre lesquels il devait se battre étaient réunis devant lui, il leva sa massue bien au-dessus de sa tête et reprit sa course lourde et pataude dans l'objectif visible de les écrabouiller. Pendant ce temps, Croupton s'était relevé maladroitement, après qu'Edward se soit éloigné en voyant le troll arriver.

Le troll donna un coup puissant. Edward s'accroupit pour l'éviter, Croupton eut à peine le temps de se retourner avant que la massue le frappe à l'abdomen et l'envoie s'écraser lamentablement contre une haie. Il glissa jusqu'au sol où il s'écroula comme une marionnette désarticulée. Son jouet déjà cassé, le troll sembla un instant perdu avant de remarquer l'éclat doré des cheveux d'Edward et d'en être attiré.

– Oups.

Edward se jeta à terre et sentit la massue lui frôler l'oreille. Il roula entre les jambes du troll qui tourna sur lui-même, déboussolé par la rapidité de ce petit champion. Une main tendue en avant pour l'attraper par sa robe, il parut plus perdu encore quand il reçut un coup de pied dans les doigts. Edward regretta son geste en comprenant que ça n'était pas la chose la plus intelligente à faire face à une créature de cette taille et de cette dangerosité. Maladroit, il crapahuta sur plusieurs mètres en esquivant attaque furieuse sur coups désordonnés. Au bout d'un moment, ce qui devait arriver dans ce manque de visibilité arriva. Edward trébucha sur les jambes de Croupton et il s'étala de tout son long, le coccyx en miettes.

La massue s'abattit violemment entre ses jambes.

Stupéfix ! s'écrièrent plusieurs voix à l'unisson.

Le troll tomba en arrière, inconscient.

– Par Merlin, bredouilla Edward en levant les yeux vers le ciel où le groupe de professeurs se tenait, chacun sur un balai. Je suis passé si près de la castration.

Sa remarque amena un sourire en coin chez Rogue, mais ne fit qu'irriter les Aurors qui atterrirent près de lui pour aller récupérer Croupton. Ils se penchèrent prudemment sur lui pour vérifier son pouls et discutèrent à voix basse tandis que Rogue atterrissait à son tour, à côté de son élève imprudent.

– Vous êtes une source d'ennuis perpétuels, réprimanda-t-il d'un ton blasé. J'espère que vous êtes fier de vous.

– Je vais vous épargner le « je vous l'avais bien dit ». Ah... Non en fait, je n'ai pas envie. Je vous l'avais bien dit, répéta assez fort Edward cette fois pour que Dumbledore l'entende aussi, depuis son balai. C'est déjà la deuxième fois que je vous dis quelque chose que vous refusez de croire et qui me retombe dessus après.

– Je vous présenterai mes excuses plus tard, rétorqua Dumbledore. D'abord, nous devons découvrir ce qu'il s'est passé.

Edward haussa les épaules et lança un regard en coin à Rogue.

– Venez avec moi, Elric.

Il observa le balai de son professeur avec méfiance.

– Vous êtes sûr qu'il supportera nos deux poids ?

– Votre tête a peut-être enflé de manière exponentielle avec cette nouvelle preuve de votre intelligence supérieure, mais je pense que ce balai, aussi antique soit-il, supportera vos quelques kilos supplémentaires.

En voyant les Aurors faire léviter le corps de Croupton, Edward se mit un coup de fouet mental pour se dépêcher. Deux de ses amis les plus chers étaient en danger de mort et le monde sorcier entier dépendait de cette nuit. Déterminé et pressé, il vint s'asseoir en amazone sur le petit espace qu'il restait devant Rogue et ils décollèrent, d'abord en piquant du nez à cause du poids, ensuite en rétablissant un certain équilibre. Bientôt ils suivirent le cortège d'Aurors pendant que leur chef leur donnait des ordres. Les quatre Aurors chargés de patrouiller autour du terrain les avaient rejoints en entendant les explosions et les cris.

– Retrouver les champions ! s'écriaient-ils entre eux avant de se disperser.

Le ventre noué, Edward tourna la tête pour croiser le regard noir de Rogue qui fixait leur destination, une trentaine de mètres plus loin, à l'entrée du labyrinthe.

– Croupton a dit que Harry était auprès de Voldemort. Envy doit y être aussi, comme il est censé le protéger.

Il n'ajouta pas qu'il avait encore une fois sentit Envy mourir.

– Impossible, attaqua Rogue. Le Seigneur des Ténèbres ne pourrait pas être entré dans l'enceinte de Poudlard.

– Il n'est pas entré, corrigea Edward. Ils ont dû sortir. Le Trophée des Trois Sorciers est un Portoloin, et Croupton, en tant qu'Auror, a escorté Verpey quand il a été mis en place. Il a pu l'ensorceler pour les envoyer à une autre destination.

Rogue lui lança un regard perçant et Edward crut qu'il allait à nouveau nier toute théorie de sa part. Finalement, le sorcier releva les yeux pour fixer leur route avec plus d'obstination qu'auparavant.

– Albus, interpela-t-il, faisant se retourner le directeur. Potter et Alighieri ont été enlevés par le Seigneur des Ténèbres. Il faut immédiatement trouver où il les a emmenés.

Dumbledore observa Edward un instant, se doutant fortement que cette hypothèse venait de lui, puis il hocha la tête.


– C'est impossible, bégaya Cornélius Fudge lorsque Croupton fut débarrassé de ses postiches en silicone. Ça ne peut pas être lui, il est mort !

– Vous savez très bien que selon l'enquête, son corps ne se trouve pas à Azkaban et que Mrs Croupton a pris sa place. Il n'y a plus aucune raison de nier l'évidence. Tout ce temps, vous avez fait rechercher un fantôme au lieu de centrer la chasse à l'homme sur le seul danger qui existait vraiment.

Le ministre de la Magie, rouge de honte ou de confusion, s'épongea le front de son mouchoir en tissu déjà détrempé et froissé par ses gestes convulsifs de nervosité. En dehors de l'infirmerie, les huit Aurors avaient fait chou blanc et n'avaient retrouvé aucun des trois champions manquants. En attendant de nouvelles instructions qui tardaient à venir, ils surveillaient les tribunes et tentaient avec les professeurs et Verpey de calmer les spectateurs affolés qui les harcelaient de questions sur les événements qui se déroulaient en coulisse.

La porte s'entrebâilla et laissa passer Rogue, un flacon en verre rempli de Veritaserum dans la main. Dumbledore l'avait fait en chercher afin d'obtenir le plus rapidement les réponses dont ils avaient besoin. Fudge, heureusement, leur avait donné son accord pour cette pratique normalement interdite en dehors de certaines conditions et juridictions. La situation exigeait des mesures extrêmes. Trois jeunes sorciers avaient disparu et plusieurs Aurors avaient été blessés. Quand cette affaire viendrait aux oreilles du monde magique britannique, celui-ci réclamerait des réponses que le ministre voulait pouvoir donner, au moins pour garder son image.

– Administrez-lui le sérum, Mrs Pomfresh, commanda Fudge, par habitude pendant les procès.

L'infirmière lui lança un regard torve, mais obéit, prenant le flacon, elle en versa trois gouttes dans la bouche de l'homme inconscient. Elle aurait préféré qu'on la laisse soigner l'homme avant de l'interroger, mais elle comprenait qu'elle n'avait pas son mot à dire dans cette situation de crise. Pourtant ce sorcier — qu'importe qui il était — avait déjà perdu l'usage de ses jambes depuis l'attaque du troll et risquait sa vie en ce moment même.

Enervatum, murmura Rogue, la baguette pointée sur Croupton.

Le Mangemort ouvrit les yeux. Les traits de son visage étaient flasques, son regard vitreux, lointain. La potion faisait effet. Prudent malgré les signes de réussite, Dumbledore se pencha pour pouvoir le regarder bien en face.

– Vous m'entendez ? demanda-t-il à voix basse.

Croupton battit des paupières.

– Oui.

– Allons, Albus, laissez-moi faire, ordonna Fudge en poussant le directeur sur le côté, pour prendre sa place près du suspect. Êtes-vous bien Barty Croupton Junior ?

– Oui.

– Comment vous êtes-vous échappé d'Azkaban ? Depuis combien de temps ? s'agaça le ministre, le front dégoulinant. Qui vous a aidé ?

– Ma mère était malade, répondit Croupton d'une voix monocorde qui ne lui ressemblait pas. Elle a pris ma place à Azkaban en utilisant du Polynectar jusqu'à sa mort. Mon père m'a emmené et m'a caché pendant toutes ces années avec l'aide de notre elfe de maison.

– Winky, l'elfe Winky, c'est bien cela ?

– Oui.

– Êtes-vous lié à la disparition de Bertha Jorkins ? Et avez-vous tué votre père, Barty Croupton Senior ?

– Oui, je sais ce qui est arrivé à Bertha Jorkins. Et j'ai tué mon père.

Impatient, Dumbledore avait contourné le lit pour venir au plus près du Mangemort. Ces questions pouvaient trouver des réponses plus tard sans incident. Il y avait plus important pour l'instant.

– Où avez-vous envoyé Harry Potter et les deux autres champions ? interrogea-t-il.

– Ils sont auprès de mon maître.

– Votre maître ? répéta Fudge, qui ne voulait pas comprendre ce que ces aveux impliquaient. Quel maître ?

– Lord Voldemort, répondit Croupton, neutre.

– Impossible ! s'écria le ministre de la Magie. Cet homme délire !

– Il est sous Veritaserum, rétorqua Pomfresh.

– Alors la potion est défaillante !

– Je peux vous assurer qu'elle est de la meilleure qualité qui soit, répliqua Rogue, susceptible.

– Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom est mort depuis treize ans ! s'exclama Fudge, le visage pourpre. Ça ne peut pas être lui ! Cet homme est dément, il a halluciné en croyant voir revenir Vous-Savez-Qui et il a monté cette histoire de toute pièce ! Sinon, pourquoi n'aurait-il pas tué Potter pour venger Vous-Savez-Qui ?

– Potter est l'ingrédient essentiel, répondit la voix monotone de Croupton, brisant la querelle. Son sang servira à faire revenir le Seigneur des Ténèbres plus puissant et redoutable qu'avant sa chute. Il se vengera des infidèles et des traitres.

En disant ces paroles, il avait tourné un regard noir vers Rogue qui resta stoïque.

– Un ingrédient ? demanda Dumbledore, incertain.

– Les os, la chair, le sang... récita le Mangemort. Pettigrow le fera revenir à la vie grâce aux os de son père, à la chair de son serviteur et au sang de son pire ennemi.

– Voilà qu'il fait intervenir Pettigrow maintenant ! cria Fudge. Ce garçon est mort il y a des années, tué par Sirius Black ! Vous n'allez pas me dire que lui aussi a survécu par on ne sait quel miracle ! C'est une histoire à dormir debout !

– Pourtant, c'est la vérité, déclara Dumbledore d'un ton qu'il voulait calme pour cacher son inquiétude croissante. Croupton, où le Portoloin a-t-il été ensorcelé pour amener celui qui le toucherait ?

Cette fois, Croupton ferma la bouche à s'en briser les dents.

– Dites-nous la vérité ! persista Dumbledore.

Le Mangemort ferma les yeux de toutes ses forces et resta muet, même si l'effort paraissait lui coûter les dernières forces qu'il lui restait. En voyant leurs chances de porter secours à Harry, Envy et Fleur s'amenuiser, Edward sortit de sa cachette (Fudge avait refusé qu'il assiste à l'interrogatoire) et se précipita vers le pied du lit de Croupton, sous les regards éberlués des quatre adultes.

– Où sont-ils ? Pourquoi avoir ensorcelé Viktor Krum pour qu'il tue Envy ?

– Il fallait que Potter arrive au Portoloin en premier, grinça Croupton, le regard soudain moins vitreux, en la présence d'Edward. Il fallait que Delacour, Alighieri et Krum s'entretuent. J'ai échoué, mais mon maître va réparer cette erreur en tuant les intrus. Ton ami doit déjà être mort à l'heure qu'il est. Il semblerait que tu n'as pas été là quand il le fallait, pour le ramener à la vie... Encore une fois.

Fudge bredouilla quelque chose sans queue ni tête. Il avait l'air au bord de la crise de nerfs. Pomfresh, dans sa conscience professionnelle, l'écarta pour lui proposer une potion calmante, en même temps qu'elle permettait à l'interrogatoire de se poursuivre sans interruption inutile qui leur faisait perdre un temps précieux.

– Où sont-ils ? Dites-le ! insista Edward en prenant la place de Fudge près de Croupton. Où les avez-vous envoyés ?

Soumis à un dilemme interne d'une rare violence, Croupton se mit à pousser des grognements de douleur alors qu'il se tordait dans le lit, essayant de retarder sa révélation. Il ne voulait pas révéler ce secret, pas avant que Voldemort ait réussi à revenir comme prévu.

Edward ne pouvait pas laisser passer une occasion pareille d'arrêter la course folle du mage noir. Il lui fallait une réponse.

Il voulut donner un coup dans l'abdomen déjà endommagé par la massue du troll, mais Rogue l'attrapa à temps par-derrière.

– Où est Voldemort ?

– Calmez-vous, Edward ! le pria Dumbledore en posant sa main sur son bras alors que Rogue le lâchait. La violence ne résoudra pas la situation.

Soudain, Rogue et Croupton flanchèrent. Les deux, d'un même mouvement, saisirent leur bras gauche. Le moment de douleur passé, le Mangemort hurla d'un rire dément, la tête affaissée dans son oreiller.

– Il est revenu ! Mon maître est de retour !

Entre les cris d'allégresse, Fudge avait finalement fait un malaise et été assis de force par une Pomfresh ébranlée. Dumbledore s'était avancé vers Rogue avec inquiétude et ce dernier avait découvert son bras sur lequel sa Marque des Ténèbres était plus sombre et nette que jamais. Au regard que les deux sorciers échangèrent, Edward comprit que Croupton avait dit la vérité. Le rituel avait réussi. Voldemort était de retour.

Il prit Croupton à la gorge, serra et prit le flacon de Veritaserum qui avait été posé sur la table de chevet. Il lui en fit boire une longue gorgée de force avant d'être obligé de reculer sous la pression de Rogue et de Dumbledore.

– Le cimetière de Little Hangleton ! avoua enfin Croupton. Mon maître est revenu de ses cendres dans le cimetière de Little Hangleton !

Dumbledore se tourna immédiatement vers Fudge qui les regardait comme à travers un voile, l'air hagard et perdu. C'était en période de crise que l'on reconnaissait un bon meneur d'un incapable. Edward savait parfaitement dans quelle catégorie Fudge se tenait, mais Dumbledore paraissait croire qu'il pouvait encore être récupéré.

– Il faut impérativement envoyer des Aurors là-bas avant que ces élèves ne soient tués, commanda-t-il d'un ton ferme.

Déconcerté, Fudge tourna les talons pour quitter l'infirmerie, trop hagard pour discuter un ordre donné sur un tel air autoritaire. Tandis que le ministre partait en quête d'aide, Dumbledore pria Pomfresh d'aller chercher McGonagall de toute urgence.

Au milieu de toute cette agitation, la dure réalité s'abattit sur les épaules d'Edward... Il avait cru pouvoir éviter la guerre, il avait échoué... Il avait gardé tellement d'espoir pendant tout ce temps, en sachant au fond de lui qu'il n'y avait aucune alternative au destin. La Vérité avait dit que Voldemort reviendrait et qu'il faudrait l'arrêter ensuite. Elle n'avait pas dit qu'il fallait empêcher son retour. Dès le départ, ils avaient tous été impuissants face à ce qui les attendait.

– Regarde-moi...

Edward tourna brusquement la tête vers Croupton qui le fixait de ses yeux fous. La manche relevée sur sa Marque, il exhibait son tatouage avec fierté.

– J'aimerais te voir la porter. Je suis sûr qu'elle t'irait... si bien.

– Je ne pense pas, non.

– Ma proposition tient toujours, tu sais, murmura Croupton à toute vitesse alors que personne ne faisait attention à leur conversation. Tu as encore une chance de t'en sortir... Tout ce qu'il te faut, c'est nous donner le secret de l'immortalité... Donne-le-moi, Edward...

Le Mangemort paraissait presque suppliant alors qu'il s'agrippait avec la force du désespoir au poignet du plus jeune. Edward ne put s'empêcher d'éprouver une once de compassion pour cet homme avant de l'enfouir très profondément en lui pour l'oublier et surtout ne plus jamais la ressentir pour un meurtrier tel que lui.

Il se dégagea d'un geste sec de la poigne qui s'affaiblissait.

– Vous n'aurez rien de moi, Croupton.

Croupton le scruta en silence pendant quelques secondes avant que ses lèvres ne forment plus qu'une ligne mince et pâle d'indignation.

– On ne dit pas non au Seigneur des Ténèbres sans en payer le prix. Tu regretteras d'avoir décliné ces offres, ça, je te le garantis. Bientôt, tu réaliseras que tu n'as pas d'autre choix que de t'incliner devant Lord Voldemort. Bientôt, tu te soumettras à lui... et tu lui avoueras tout.

À cet instant, Edward ne mesurait pas encore l'impact que cette prophétie allait avoir plus tard sur son existence. Croupton non plus, ne sut jamais à quel point il s'était montré clairvoyant sur l'avenir de celui qui devait mettre un terme au règne de terreur de son maître.

À partir de ce jour, et même bien avant, le destin d'Edward Elric était scellé.


– Je veux y aller ! s'obstina Edward. Laissez-moi rejoindre les Aurors pour leur mission !

– C'est hors de question, répondit Dumbledore, catégorique. Je ne permettrais pas que vous tombiez entre les mains de l'ennemi alors qu'il croit pouvoir vous extirper le secret de l'immortalité et qu'il le peut ! Vous serez plus en sécurité, ici, à mes côtés.

– Mais —

– Ma décision est irrévocable. Vous restez ici.

Puis Dumbledore le planta là, avant de partir à la suite de Fudge et McGonagall vers son bureau où Croupton avait été déplacé par mesure de sécurité et pour un interrogatoire plus poussé concernant quelques points de l'enquête en cours. Comme si c'était le moment de s'inquiéter de détails qu'ils pourraient vérifier plus tard !

De frustration, Edward voulut donner un coup dans le mur, mais il n'avait pas calculé Rogue qui arrivait par-derrière et se le prit de plein fouet. Le maître des potions lâcha un cri de colère en se baissant pour masser son membre endolori, tout en marmonnant des jurons à l'encontre de son élève et de ses accès de violence explosifs et intempestifs.

– Vous êtes là pour me surveiller ? maugréa Edward avec une grimace. Je ne vois pas comment je pourrais aller me joindre à la castagne étant donné que toutes les issues sont verrouillées. La seule cheminée libre est celle de Dumbledore et le portail est fermé pour que personne ne puisse ni entrer ni sortir. Qu'est-ce que vous craignez ?

– J'étais simplement venu pour vous soutenir dans votre impuissance, mais apparemment mes bons sentiments ne sont pas les bienvenus, commenta Rogue en se redressant, l'air fier et froid. Je vais donc retourner vaquer à mes occupations et vous laissez ruminer dans votre coin avec votre complexe du héros incompris et indispensable à la survis de l'univers entier.

Edward roula des yeux face au sarcasme et partit à la suite de son professeur, les mains dans les poches.

– On dirait Envy quand vous dites ça...

Rogue émit un reniflement méprisant et accéléra l'allure.

– J'ai entendu dire que vos amis Weasley faisaient un tapage impossible pour avoir des nouvelles de ce qu'il se passe. Vous devriez aller leur expliquer la situation dans les grandes lignes avant qu'ils n'organisent une mutinerie contre les représentants du ministère.

Edward poussa un soupir à fendre l'âme et dépassa Rogue, bien décidé à tout raconter à ses amis.

– Elric, le retint Rogue soudain.

Irrité, Edward se retourna.

– Vous avez été très impressionnant ce soir.

Puis Rogue bifurqua à droite, vers les cachots, laissant Edward seul et perplexe. La chauve-souris venait de le complimenter ou il n'avait pas saisi le sarcasme ? Finalement, il se contenta de hausser les épaules puis de traverser le château et finalement le parc. Au loin, il voyait les tribunes, seul point éclairé du domaine, qui grouillaient de mouvement et laissaient s'échapper un brouhaha que les Aurors devaient être bien incapables de maintenir sous contrôle. En s'approchant, Edward crut reconnaître la voix de Mrs Weasley qui en couvrait une grande partie. Celle de Madame Maxime lui faisait honorable concurrence. Les deux femmes, fortes à leur manière, semblaient exiger des réponses sur la disparition de leurs protégés respectifs dont plus personne n'avait de nouvelles.

Lorsqu'Edward passa entre les tribunes, il fut loin de passer inaperçu. Les quatre jeunes Aurors, débordés, le supplièrent du regard pour qu'il les sauve de ce raz-de-marée. Dans les gradins, il entendit des « c'est Elric ! », « vous avez vu sa tête ? », « il sait ce qu'il se passe ! », mais personne ne descendit l'interroger, alors il s'approcha des Aurors et de Madame Maxime, Weasley et de la famille de Fleur. Ils l'accueillirent tous dans un silence quasi religieux, chacun pendu à ses lèvres.

– Croupton est sous contrôle et il est en train d'être interrogé par Dumbledore et Fudge qui ne devraient pas tarder à revenir ici. Des Aurors ont été envoyés là où Envy, Harry et Fleur ont été emmenés.

– Mais où sont-ils ? Pourquoi ?

– Comment uneu telleu choseu a-t-elleu pu se passeu ?

– C'est tout ce que je peux vous dire pour l'instant, conclut Edward en secouant la tête. Tout ce qu'on peut faire c'est attendre qu'ils soient retrouvés.

Molly poussa un soupir fébrile et chagriné, les yeux pleins de larmes contenues. Edward lui tendit un mouchoir d'un geste machinal, le regard tourné vers le labyrinthe qu'il savait vide de tout champion.

– Et toi mon chéri, comment vas-tu ? s'enquit Mrs Weasley en lui flattant la joue. Tu nous as fait une belle frayeur tout à l'heure, quand tu as décollé sans que l'on sache pourquoi. Il paraît que tu as combattu cet homme ?

Las, Edward haussa les épaules. Il irait mieux quand il aurait enfin des nouvelles des disparus. Du coin de l'œil, il vit Dumbledore et Fudge traverser le parc, au loin.

Tout devint blanc. Puis tout devint noir. Edward chancela avant de se reprendre et d'ouvrir les yeux tant bien que mal.

Tout à coup, il y eut des cris dans la foule. Edward n'en retint qu'un seul constat qui s'élevait comme une clameur dans les tribunes :

« Ils sont revenus ».


Promis, le prochain, c'est celui sur Envy et Harry ! Pas taper !